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Full text of "Bulletin"

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lU'LLETf.X  DE    186-f. 


TOUE      VIII 


BULLETIN 


SOCIETE  LIÉGEOISE 


LITTÉRATURE  WALLONNE 


•  •!      Ht».      AIVlvfeK. 


»  ■  é  «t  E 

J.-C.    (A  RM  A  NNE,    I  \l  PRI  M  RU  R 

1860 


S- 


*o«  il  il     ■■■;<- w  oisi 


L1TTÉRATIRE  \YALL< 


CHAPITRE  PRELIMINAIRE. 

Art.  Ier.  Il  esl  constitué  à  Liège  une  Société  dans'lë  but 
d'encourager  les  productions  en  Wallon  Liégeois;  de  propager 
les  bons  chants  populaires;  de  conserver  sa  pureté  à  notre 
antique  idiome,  d'en  fixer  autant  que  possible  l'orthographe  el 
les  règles,  el  d'en  montrer  les  rapports  avec  les  autres  branches 
•  le  la  langue  Romane. 

CHAPITRE  11. 

Tili*e   t't    travaux  <!«•   :.-•   ["»«>«'!  <-i<-. 


\i;i.  -2.  La  Société  prend  le  litre  de  Société  liégeoise  'le 
littérature  wallonne. 

V.rt.  3.  Elle  institue  un  concours  annuel  de  poésie  wallonne 
entre  les  poètes  du  pays  de  Liège. 


—  6  — 

Un  concours  pourra  également  être  établi  sur  les  questions 
historiques  ou  philologiques  relatives  au  wallon. 

Art.  4.  Le  sujet  du  concours,  ses  conditions,  les  récompenses 
à  donner  aux  lauréats  (*)  sont  déterminés  chaque  année  par  la 
Société  dans  le  courant  du  mois  de  novembre. 

La  distribution  des  prix  pourra  avoir  lieu  en  séance  pu- 
blique (2). 

Art.  5.  La  Société  réunit  les  matériaux  du  dictionnaire  et  de 
la  grammaire  du  wallon  Liégeois.  Elle  détermine ,  autant  que 
l'aire  se  peut,  les  règles  de  la  versification. 

Art.  6.  La  Société  s'assemble  de  droit  au  local  ordinaire 
de  ses  séances,  à  six  heures  dû  soir,  les  Iodes  mois  de 
janvier,  février,  mars,  avril,  mai,  juin,  juillet,  novembre  et 
décembre. 

Dans  le  cas  où  ces  dates  tombent  un  jour  férié,  la  réunion 
a  lieu  le  lendemain.  L'assemblée  générale  est  celle  du  mois  de 
janvier. 

Art.  7.  La  Société  s'assemble  aussi  sur  toute  convocation  du 
secrétaire  ordonnée  par  le  président.  La  convocation  contient 
l'ordre  du  jour. 

A  la  demande  de  trois  membres  titulaires,  le  président  doit 
faire  convoquer  la  Société. 

Art.  8.  L'assemblée  délibère  sur  les  objets  à  l'ordre  du  jour 
lorsque  cinq  membres  titulaires  sont  présents. 

En  cas  d'urgence  reconnue  par  l'assemblée,  il  peut  être  statué 
sur  tout  autre  objet  non  prévu  à  l'ordre  du  jour. 

Ain.  9.  Sur  demande  de  trois  membres  ,  le  vote  a  lieu  au 
scrutin  secret. 


(*)  Toute  mention  honorable  donne  droit  a  une  médaille  en  bronze.  (Séance  du 
15  mars  1858). 

Toute  personne  ayant  obtenu  une  médaille  dans  un  concours  de  la  Société  recevra 
le  bulletin  de  l'année  correspondante.  (Séance  du  15  février  1859). 

(8)  Cet  article  a  été  ainsi  modifié  le  15  février  1858  par  une  décision  de  la 
Société. 


—  7  — 

Toute  élection  a  lieu  au  scrutin  secret. 

Art.  10. Toute  discussion  politique  ou  religieuse  est  interdite. 

CHAPITRE  III. 

I>«»*  fonctionnaires  ei   «lu  bureau. 

Art.  11.  Los  travaux  de  la  Société  son!  dirigés  par  un  bureau 
composé  d'un  président,  d'un  vice-président,  d'un  secrétaire, 
d'un  bibliothécaire-archiviste  el  d'un  trésorier  ('). 

Art.  12.  En  cas  d'absence  du  présidenl  el  du  vice-président, 
le  membre  le  plus  âgé  en  remplit  provisoirement  les  fonctions. 

Si  le  secrétaire  est  absent,  le  présidenl  choisit  un  des  membres 
pour  le  suppléer; 

Art.  13.  Le  président,  le  vice-président,  le  secrétaire,  le 
bibliothécaire-archiviste  et  le  trésorier  sont  nommés  tous  les 
an>  dans  la  séance  du  lo  décembre;  ils  entrent  en  fonctions 
dans  la  séance  qui  suit  celle  du  15  janvier. 

Art.  li.  Le  président  règle  l'ordre  du  jour  et  dirige  les  dis- 
cussions ;  il  veille  à  L'exécution  du  règlement;  il  rend  compte 
des  travaux  de  l'année  écoulée  à  l'assemblée  générale  du  15 
janvier. 

Art.  lo.  Le  secrétaire  tient  le  procès-verbal  des  séances  et  la 
correspondance;  il  exécute  les  décisions  de  la  Société.  11  est 
dépositaire  du  sceau. 

Art.  16.  Le  bibliothécaire-archiviste  conserve  et  classe  la  bi- 
bliothèque el  les  archives.  —  Le  trésorier  opère  les  recettes,  fait 
les  paiements,  el  en  rend  compte  à  la  fin  de  l'année,  le  tout  sous 
la  surveillance  du  président.  Chaque  année  il  sera  dressé  un 
projet  de  Budget  pour  le  nouvel  exercice. 


.  Les  articles  1 1 .  13,  15  el  16  ont  été  ainsi  modifiés  par  la  Société  le  lo  mars 
i  J66. 


—  8  — 
CHAPITRE  IV. 

I»t'*4  meinlîres  «le  la  Snciclc 

Art.  17.  La  Société  se  compose  de  membres  honoraires,  de 
titulaires,  d'adjoints  el  de  correspondants. 

Art.  18.  Les  membres  honoraires  sont  :  A.  le  bourgmestre  de 
la  ville  de  Liège;  B.  le  président  du  Conseil  provincial;  C.  les 
personnes  qui  ont  rendu  des  services  éminents  à  la  Société  et  à 
qui  cet  honneur  est  décerné  par  les  votes  des  trois  quarts  des 
membres  titulaires  présents. 

Art.  19.  Les  membres  titulaires  de  la  Société  sont  au  nombre 
de  trente. 

Ils  ont  seuls  voix  délibérative  et  consultative. 

Art.  20.  Les  personnes  présentées  par  trois  membres  titulaires 
sont  inscrites  comme  membres  adjoints  Les  présentants  sont 
responsables  du  paiement  delà  cotisation  de  la  première  année 
due  par  le  membre  adjoint  qu'ils  ont  présenté. 

Art.  21.  Les  membres  correspondants  sont  nommés  à  la  ma- 
jorité des  membres  titulaires  présents  ;  ils  se  tiennent  en  relation 
avec  la  Société  ('). 

Les  membres  honoraires,  adjoints  et  correspondants  onl  le 
droit  d'assister  aux  séances  fixées  par  le  règlement. 

Art.  22.  Les  membres  titulaires  sont  choisis  parmi  les  mem- 
bres adjoints  à  la  majorité  des  votes  des  membres  présents. 

Art.  23.  Les  membres  titulaires  signent  les  Statuts  avant 
d'entrer  en  fonctions. 

Art.  24.  La  démission  donnée  par  un  membre  titulaire  ou 
adjoint  ne  le  libère  pas  du  paiement  de  la  cotisation  de  l'année 
dans  le  courant  de  laquelle  la  démission  est  donnée. 


f1)  Les  membres  correspondants  ne  figureront  au  tableau  que  lorsqu'ils  auront 
accepté  ce  titre.  Ils  sont  invités  à  faire  don  à  la  Société  de  leurs  publications.  (Séance 
du  io  février  1861). 


—  9  — 

Le  défaut  de  paiemenl  de  la  cotisation  pendant  deux  ans  en- 
traîne la  démission.  Le  démissionnaire  n'en  est  pas  moins  tenu 
au  paiemenl  de  ces  deux  années. 

CHAPITRE  V. 

Des     publications. 

Art.  25.  La  Société  fail  imprimer  : 

\.  Les  pièces  couronnées  dans  les  concours  el  celles  non 
couronnées  qui  méritent  celle  distinction  ('  . 

Ces  pièces  deviennent  sa  propriété.  Les  auteurs  ne  peuvent 
les  réimprimer  qu'avec  l'autorisation  de  la  Société.  Tout  ma- 
nuscrit envoyé  au  concours  es!  déposé  aux  Archives. 

I!.  Lc->  pièces  anciennes  donl  la  rareté  el  le  mérite  nécessitent 
la  conservation. 

C.  Les  pièces  adressées  à  la  Société  lorsqu'elles  en  sont 
•  dignes. 

Dans  toutes  ers  pièees,  les  convenances  devront  être  respec- 
tées tanl  dans  le  tond  que  dans  la  forme. 

Art.  26.  Le  secrétaire  est  chargé  de  remplir  les  formalités 
voulues  par  la  loi  pour  assurer  à  la  Société  la  propriété  de  ses 
publications. 

Art.  27.  Un  exemplaire  numérote  de  toute  publication  est  de 
droit  remis  sans  rétribution  à  chaque  membre  honoraire,  titu- 
laire et  adjoint. 

La  Société  peut  décider  l'envoi  d'un  exemplaire  aux  corres- 
pondants. 

lu  exemplaire  est  adressé  au\  Sociétés  qui  accordent  la 
réciprocité,  à  la  bibliothèque  royale  de  Bruxelles  el  à  celle  de 
l'Université  de  Liège. 


L'inseï         tu  bulletin  d'une  œuvre  quelconque  est  accompagnée  du  tirage  à 
part  de  50  exemplaires  destinés  à  l'auteur.  (Séance  du  \ï>  février  1861). 


—  10  — 
CHAPITRE  VI. 

lies  recettes  et  «le*  tlt>5»eii«et». 

Akt.  28.  Les  recettes  consistent  :  en  cotisations  ordinaires 
payées  par  les  membres  titulaires,  tixées  à  dix  francs;  en  coti- 
sations payées  par  les  membres  adjoints,  fixées  à  cinq  francs  ; 
en  cotisations  extraordinaires  que  la  Société  s'impose;  en  dons 
volontaires;  en  subsides  éventuels  de  la  Commune,  de  la  Pro- 
vince, de  l'État;  et  en  produits  de  la  vente  des  exemplaires  des 
publications  livrés  au  commerce. 

Art.  29.  Les  dépenses  ordinaires  sont  celles  pour  Irais  d'ins- 
tallation et  de  bureau;  elles  sont  ordonnées  par  le  bureau. 

Akt.  30.  Les  dépenses  extraordinaires  sont  celles  qui  sont 
occasionnées  par  les  publications  de  la  Société  et  les  prix  à 
décerner  aux  lauréats  des  concours.  Elles  ne  peuvent  être 
votées  qu'à  la  majorité  des  trois  quarts  des  membres  titulaires 
présents. 

CHAPITRE  VII. 


lïc    lu    révision    «lu     règlement     et    de    !n    «li*t<.olu.tioii    «le 

Société. 


Art.  31.  Eu  cas  de  nécessité  reconnue  par  la  majorité  des 
membres  titulaires  présents  et  absents,  les  Statuts  peuvent  être 
modifiés. 

Aucune  résolution  ne  peut  être  prise  à  ce  sujet  qu'après  avoir 
été  discutée  dans  deux  des  réunions  de  droit. 

Eu  cas  de  dissolution,  laquelle  ne  peut  être  décidée  qu'à  la 
majorité  des  (rois  quarts  des  membres  titulaires  présents  et 
absents,  la  bibliothèque,  les  archives  et  le  sceau  de  la  Société 
sont  déposés  à  la  bibliothèque  de   l'Université  de  Liège  et  de- 


—  11  — 

viennent  la  propriété  de  la  ville;  le  solde  restant  en  eais-se  est 
acquis  en  tous  cas  au  bureau  de  bienfaisance  de  la  ville  de 
Liège. 

Liéye,  le  27  décembre  1856. 

l'uni-  copie  conforme  : 

lx  Secrétaire. 
F.  BÀ1LLEUX. 


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TABLEAU 


MEMBRES  DE  LA  SOCIÉTÉ 


UtBÊTK  LE    I"1    VIA!    1866. 


N  ■*.  *•  \( 


BUREAU. 

GnANDGÀGNAGE"(Charles),  Président. 
Fuss  (Théophile),   Vice-président. 
Bormans  (Stanislas),  Secrétaire. 
Capitaine  (Ulysse  .  Bibliothécaire-itrehîviste.. 
DEFRECHEUX     Nicolas).    Trésorier. 

Membres  titulaires. 

Borsuns    .l.-ll.,.  professeur  à  il  niversité,  membre  de  l'Académie  royale. 

Bormans  (Stanislas),  conservateur-adjoinl  des  Archives  de  l'Etat. 

Bum     luguste),  avocat,  membn  de  la  commission  des  Hospices  civils. 

Capitaine   Ulysse  .  administrateur  de  la  Banque  Nationale. 

Chakdelojn  .1.  D.-P.  .  professeur  àl'l  Diversité,  membre  de  l  académie  royal* 

Chaumoni  (Félix),  fabrieam  (Larmes. 

Collette  (Victor),  fabricanl  d'armes. 

Defrecheux   Nicolas  .  expéditionnaire  du  conseil  académique. 

Dehix  Joseph),  maître  chaudronnier. 

Dejardin  Joseph  .  notaire. 


—  14  — 

Delboeuf  (Joseph),  professeur  à  l'Université  de  Gand. 

Desoer  (Auguste),  avocat. 

De  Tiiier  (Charles),  juge  au  tribunal  civil. 

Dumont  (B.-A.),  notaire. 

Fuss  (Théophile),  conseillera  la  Cour  d'appel. 

Galand  (Walthère),  avoué. 

Grandjean  (Mathieu),  sous-bibliothécaire  à  l'Université. 

GRANDGAGNAGE  (Charles),  ancien  représenta  ni. 

Henrotte  (Nicolas),  chanoine. 

Hock  (Auguste),  fabricant,  bijoutier. 

Kirsch  (Hyacinthe),  avocat. 

Le  Roy  (Alphonse),  professeur  à  l'Université  et  a  l'Ecole  normale. 

Lesoinne  (Charles),  représentant. 

Martial  (Epiphane),  avocat. 

Masset  (Gustave),  commis  au  parquet  de  la  Cour  d'appel. 

Minette  (Adolphe),  avocat. 

Picard  (Adolphe),  vice-président  du  Tribunal  civil. 

Stecher  (Jean),  professeur  à  l'Université  et  à  l'Ecole  normale. 

Tiiiry  (Michel),  inspecteur  du  service,  des  transports  au  chemin  de  t'ev  de  l'Etat. 

Wasseige  (Charles),  docteur  en  médecine  et  conseiller  provincial. 

Membres  honoraires. 

Le  Bourgmestre  de  Liège. 

Le  Président  du  Conseil  Provincial. 

Grandgàgnage  (Joseph). premier  président  de  la  Cour  d'appel. 

Littrê  (Emile),  membre  de  l'Institut  de  France. 

Polain  (Mathieu),  administrateur-inspecteur  de  l'Université. 

Membres  correspondants  (  '  ). 

Alexandre  (A.-.I.),  professeur  à  l'école  moyenne  de  Gosselie.-. 

Bidaut  (Eugène),  secrétaire-général  du  ministère  des  travaux  publics,  à  Bruxelles. 

Borc.net  (Jules),  conservateur  des  archives  de  l'Etat,  à  Namur. 


(l)  On  croit  devoir  appeler  L'attention  de  Messieurs  les  membres  correspondants 
sur  la  note  de  l'article  21  du  règlement. 


—  1i 


Bovie  (Félix),  peintre  el  homme  de  lettres,  à  Bruxelles. 

BREDEN,  professeur  au  gymnase  d'Arnsberg. 

Chalon (Renier),  membre  de  l'Académie  Royale  de  Belgique,  a  Bruxelles. 

Chavéi  i  il.  i,  homme  de  lettres,  à  Paris. 

CLESSE  (Antoinej,  homme  de  lettres,  à  Mons. 

Coune  (Joseph),  préfet  îles  études,  a  Anvers. 

De  Backer  (Louis),  homme  de  lettres,  à  Noord-Peene  (France). 

De  Christé  il..),  imprimeur  à  Douai. 

De  Coussemaker  (E.),  président  du  Comité  flamand  de  France,  à  Dunkerque. 

Delgotalle,  pharmacien,  à  Dalhem. 

l»t:  Noue  (A.),  docteur  en  droit,  à  Malmedy. 

DESROUSSEAUX  (A.),  chef  de  bureau  à  la  mairie,  à  Lille. 

GEUBEL  J.-B.),  juge  d'instruction,  à  Marche. 

Hoffmann  (F.  L.),  homme  de  lettres,  à  Hambourg. 

Hyjians  (Louis),  membre  de  la  Chambre  des  représentants,  à  Bruxelles. 

Lagrange  (Philippe),  négociant,  à  Namur. 

Le  Pas   Auguste),  professeur  au  Conservatoire  royal  de  Liège,  à  .1  n | >i lie . 

Leray    Eugène),  teinturier,  à  Tournai. 

Letellier,  curé,  à  Bernissarl  (Hainaut). 

Loumyer  (N.),  chef  de  division  au  départemenl  des  affaires  étrangères,  à  Bruxelles. 

Mtc.HK.t.AM  (H.),  vice-président  de  la  Société  impériale  îles  antiquaires  de  France,  à 

Paris. 
Magnée  (Gustave),  vérificateur  des  douanes,  à  Francorchamps. 
MûREL  (A.),  homme  de  lettres,  à  Paris. 
Poi  m  i  Nicolas),  peintre,  à  Verviers. 
Régnier  (.i.  S.),  peintre,  ;<  Verviers. 
Renard  (M.  C),  vicaire,  à  Genval  (Brabant). 
Renard  Jules  .  rédacteur  du  Charivari,  à  Paris. 
Scheler  (Aug.)  bibliothécaire  de  s.  M.,  à  Bruxelles. 
Schuerhans   H.),  procureur  du  roi,-  à  Hassell. 
["arlier,  professeur  à  l'Université  libre,  à  Bruxelles. 
\  '.n  Bemmel  (Eugène  .  professeur  ;i  il  niversité  libre,  à  Bruxelles. 
Vermi  t.    kug.  .  doeti  tir  en  médecine,  à  Bcauraing. 
Von  Kku.i  i;    idalbei  I  -  professt  ur  à  l'I  niversité  de  Tubinge. 
B  \i;i  omoni   Charles),  à  Bruxelles. 

Warnkoenig,  conseiller  intime  de  S.  M.  le  roi  de  Wurtemberg,  à  Stuttgard. 
W\  mu  n    Charli  -  .  à  Namur. 
Xnon  ri;    i.  I.  .  rentiei  -  à  Verviers. 


—  16  — 

Membres  adjointe. 

Aerts  (Auguste),  candidat  notaire. 
Alyin  (A.),  préfet  des  études  à  l'Athénée  de  Bruxelles. 
Ancion  (Dieudonné),  fabricant  d'armes. 
Ansubx-Rbtten  (Emile),  ancien  bourgmestre.. 
Ansiaux,  professeur  de  musique,  à  Charleville. 
Attout-Franz,  négociant. 

Baar-Lecharlier,  négociant. 

Baatard  (Frédéric),  maître  de  carrières,  à  Beaufays. 

Balat  (Alphonse),  architecte  du  duc  de  Brabant,  à  Bruxelles, 

Banneux  (Léon),  à  Huy,  propriétaire. 

Bastin-Moraï,  industriel,  àNessonvaux. 

Bayet  (Joseph),  juge  au  tribunal  do  1re  instance. 

Bayet  (Emile),  ingénieur. 

Beaujean  (François),  négociant. 

Reaijean  (Eugène),  négociant. 

Bellefontaine  (François),  négociant. 

Beelefroid  (Victor),  directeur  de  la  banque  liégeoise. 

Bellefroid  (Richard),  avocat. 

Beltjens  (Gustave),  substitut  du  procureur  du  Roi,  a  Verviers. 

Bérard-Leurquin,  directeur-économe  de  l'Institut  des  sourds-muets. 

Bérard  (Charles),  directeur  au  département  des  finances,  à  Bruxelles. 

Bertrand,  curé  de  l'église  St-Lambert,  a  Herstal. 

Bernard  (Félix),  notaire,  a  Montégnée. 

Bethune  (Armand),  rentier. 

Bf.vret  (Auguste),  fabricant. 

Biar  (Grégoire),  ancien  notaire. 

Biar  (Nicolas),  notaire. 

BiRCK-Con.ETTE,  fabricant . 

Blonden,  ingénieur-directeur  des  travaux  publics  de  la  ville  de  Liège. 

Bodson  (Mathieu  .  vicaire  de  St-Bartbélemi,  à  Liège. 

Body  (Albin),  rentier,  à  Spa. 

Boioux  (L.-J.),  avocat,  ancien  échevin. 

Bon  (Charles),  avoué. 

Borguet  (Louis  .  docteur  en  médecine. 

BORGUET  (Louis),  avocal. 

Bohgi  et  (Jos.  .  entrepreneur. 


—  17  - 

BoRMANS  (Théophile),  avocat. 

Boseret  (Charles),  avocat. 

Bottin  i  Alexandre),  avocat. 

Bourdon  Jules),  échevin. 

Bourgeois  Nestor  .  directeur  d'usine,  à  Seilles. 

Boim    Uexandre).  Fabricant. 

Braconier  (Frédéric),  représentant. 

Braconier  (Charles),  conseiller  communal. 

Br \:i\ .  négociant. 

BRONNE  (Louis),  inspecteur  des  postes. 

Bronni    Gustave),  fabricant  d'armes. 

Buckens  (J.-G.  .  professeur  à  l'Académie. 

By.v  (Joseph),  industriel . 

Camrres\  (Thomas),  pharmacien. 

Capitaine  (Edouard  .  président  de  la  Cour  du  Limbourg,  à  Maestrichl. 

Capitaine   Félix),  ancien  président  de  la  Chambre  de  Commerce. 

Capitaine   Félix),  fils,  fabricant  el  conseiller  communal. 

CARLTER  (Florent),  entrepreneur. 

Carmanne  (J.-G.),  imprimeur. 

Cakpav  (François),  instituteur. 

Carpentier  (N.-J.),  curé,  à  Soiron. 

Carrez-Ziegler,  négociant. 

CAURIN  (Martin),  professeur  de  musique. 

Charles  (Prosper),  avocat. 

Charlier  (Eugène),  docteur  en  médecine. 

CHAUDOIR-VAN  Mr.i.u:,  fabricant. 

Chauvin  (Auguste  .  directeur  de  l'Académie  de  peinture. 

Chèvremont  (Henri),  ingénieur  civil,  à  Herstah 

Chokier  (Charles),  avocat. 

Claes-Wauters  (Eugène),  entrepreneur  à  Namur. 

Cloi  séreux  Henri),  avocat  et  conseiller  communal. 

Cloes(J.),  conseiller  à  la  Cour. 

Clossf.t  (Mathieu),  banquier,  ancien  bourgmestre  de  Lie'^'. 

Clossi  i    Evrard),  administrateur  de  la  Banque  nationale. 

ji  i  i  Henri  ,  étudiant. 
Closon  Joseph),  avocat. 

Coui.i  .  major  d'artillerie  de  la  garde  civique. 

i.ui.i  etti  [Léopold),  fabricant  d'armes. 


18 


Colsoul  (Auguste),  directeur  du  gazomètre,  à  Verviers. 

C.omhaire,  avocat. 

Cornesse  (Edouard),  négociant,  à  Aywaille. 

Cornesse  (Prosper),  avocat  et  conseiller  provincial. 

Couclet-Mouton  (F.),  graveur. 

Couclet,  capitaine  de  lanciers. 

Cralle  (Aristide),  avocat. 

Dandoy  (Céleslin),  conseiller  communal. 

D'Andrimont-Demet,  industriel. 

D'Andrimont-de  Mélotte,  conseiller  provincial  et  communal. 

D'Andrimont  (L),  administrateur  de  la  Banque  nationale. 

Dardenne  (V.),  fabricant  bijoutier. 

Dardespine  (F.-C),  négociant. 

Dauw  (E.),  juge  d'instruction. 

Dawans-Closset  (Adrien),  fabricant  et  conseiller  provincial. 

Dawans-Orban  (Jules),  fabricant. 

Debefve  (P. -A.)  négociant. 

Debonnier  (H. -F.),  négociant. 

De  Boubers  (Adolphe). 

De  Bronckart  (Emile),  ancien  représentant,  à  Brâ. 

Dechamps,  major  pensionné,  à  Stembert. 

De  Fabri-beckers,  conseiller  provincial, 

Defays-De  Monceau,  conseiller  provincial. 

Defrecheux  (Emile),  employé. 

De  Glymes  (comte),  substitut  du  procureur  du  roi. 

Dehasse  (Auguste),  fabricant. 

Dehasse  (Félix),  fabricant. 

Dehessele  (Victor),  fabricant,  à  Thimister. 

Dejardin  (Adolphe),  capitaine  du  génie,  à  Anvers. 

Dejardin  (Henri),  rentier. 

Dejasse  (Désiré),  à  Statte  (Huy). 

Delarce  (J.-G),  professeur,  à  Herstal. 

De  la  Bocheblin  (Victor),  propriétaire,  à  Barvaux. 

De  la  Bousseliére  (Amédée  baron),  rentier. 

De  la  Bousseliére  (Arthur  baron),  rentier. 

De  Lavelleye  (Emile),  professeur  à  l'Université. 

Delbouille  (Joseph),  banquier  et  conseiller  communal. 

Delbouille  (Louis  i  notaire. 


—  19 

Delfosse  (Eugène),  ingénjeur  civil. 

Delgotalle  (Alfred),  étudiant,  à  Dalhera. 

un  h  vsse  l  Félix  .  ii  imme  de  lettres,  à  Bruxelles. 

Delheid  il. unis),  docteur  en  médecine. 

lu  i  ni  .m  (Jules),  docteur  en  médecine. 

Deliége-Ri  qi  ii  i.  Jacques  .  fabricant. 

De  Looz-Corswarem  comleHyp.),  sénateur. 

Del  Marmol  [baron  Ch.  i,  avocat. 

De  Lcesehans  [Charles),  gouverneur  de  la  province. 

Delvai  \  .  agrégé  à  l'Université. 

(ni  v  m  \  l'abbé  .  professeur  au  CollégeSt.  Quirin  (Huy). 

De  Mm  mi  (Charles),  colonel  pensionné. 

De  Mai  m;    Augustin),  rentier. 

De  Ma<  m:  (Charles),  avocal  el  conseiller  provincial. 

Dr  Macar   baron  Fernand),  représentant. 

De  Macar  Julien),  directeur  de  houillère,  à  Beyne-Hcuzay. 

Demany  (Laurent),  architecte  el  conseiller  communal. 

Demain   Ferd.  .     immissairede  police  en  chef. 

Demajh    Ferd.),  architecte. 

otte  (Armand),  rentier. 
Demecse  (Dieudonné),  docteur  en  médecine  el  bourgmestre,  à  Wandre. 
De  Moffaerts  baron  Léonce  .  rentier. 
Denis  [Alexandre  .  fabricant. 
Deprez-Delheid  Lambert  .  rentier. 
d  !.i;i  kentel  Eugène  ,  juge  de  paix,  à  Nandriu. 

i  %  baron  Edmond  ,  propriétaire. 
De  Rossius  Ch.  .  fabricant. 
De  Rossn  s   Fernand),  avocat. 
De  Sauvage  VKiti.ni  i;    Félix  .  banquier. 
De  Savoye  (T.  .!.).  professeur  à  l'Université. 
De  Sélys  Longcbamps  (baron),  sénateur,  à  Waremme. 
De  Sélys  Fanson   baron  Ferdinand),  rentier,  à  Beaufays. 
Di  Sélys  Fanson  baron  Roberl  .  rentier,  à  Xhoris. 
Desoer  (Oscar  .  initier. 

Desoer   Emma I),  avocat. 

De  Stû(  khem  (Léopold,  baron),  propriétaire  à  Amay. 
DeTheux  (Xavier),  rentier,  u  Bruxelles. 
Dr.  Thieb   Léon  .  homme  de  lettres. 
Uni /    Vuguste  .  |Uge  au  tribunal  civil. 


—  20  — 

Deval'x  (Louis),  avocat. 

de  Vaux  (Adolphe),  ingénieur. 

De  Vaux  (Emile),  ingénieur. 

Devroye,  chanoine  et  grand  chantre  de  la  Cathédrale. 

Dewalque  (G.),  professeur  à  l'Université. 

Dewandre  (FerdJ,   avocat. 

Dewez-Chaudoir,  négociant. 

De  Zantis  de  Frymerson,  rentier. 

Digneffe  (Victor  ,  agent  de  change. 

Distexhe  (Hubert),  professeur  à  l'Académie. 

Dochen  (Hubert1,  conseiller  provincial,  à  Avernas-le-Bauduin. 

Dodémont  (Jules),  banquier,  à  Huy. 

Dogné  (Alph.),  notaire,  à  Sprimont. 

D'Omalius  (Frédéric),  juge  au  tribunal  de  lie  instance. 

Donckier-Jamme  (Ch.),  membre  delà  députation  permanente. 

Doret  (V.),  conseiller  provincial,  àVerviers. 

Dossm  (Henril,  fabricant. 

D'Otreppe  de  bouvette  (Albert),  conseiller  honoraire. 

Doutrepont  (Louis),  avoué. 

Doutrewe  (P.),  à  Louvegné. 

Dresse  Ancion  (Olivier),  fabricant  d'armes. 

Drion  (Aug.),  greffier  de  justice  de  paix. 

Dubois  (François),  rentier. 

Dubois  (Ernest),  substitut. 

Duguet  (Jules),  maître  de  chapelle  à  la  Cathédrale. 

Dumont,  conseiller  communal. 

Dupont  (Albert),  consul  de  Turquie,  à  Liège. 

Dupont  (Alexandre). 

Dupont  (Ernest;,  chef  de  division  au  ministère  des  travaux  publics. 

Dupont  (Evrard),  professeur  à  l'Université. 

Dupont  (Edouard),  candidat  notaire. 

Dupont  (François),  ingénieur. 

Dupont  (Emile),  avocat  et  représentant. 

Depuis  (Michel),  professeur  au  Conservatoire. 

Du  Vivier-Sterpin  (L.),  libraire. 

Elias  (Floriberl),  rentier. 

Elias  (Nicolas),  avocat  et  représentant. 

ELIAS  Robert),  rentier. 


—  21   - 

Elias,  fabricant,  à  Sclessin. 

Eloin  Félix  ,  secrétaire  de  l'empereur  de  Mexique. 

Etienne,  oégociant. 

Faisry  [Ai'nold  .  conseiller  provincial,  à  Dison. 

FALL1SE   Louis  ,  rentier. 

Faj  i  [SE   Irmand  ,  ingénieur  civil. 

Fallise  (Victor),  professeur  à  l'Athénée. 

Falloise  (Alphonse  Juge  au  tribunal  de  lrP  instance. 

Fayn  Joseph  ,  ingénieur,  au  Rocheux,  prèsTheux. 

FESTRAERTS   Auguste),  docteur  en  médecine. 

Feto-Defize  J.-F.-A.),  fabricant  et  échevin. 

Fick-Simon  François  .  négociant  el  conseiller  communal. 

FLÉ(  BET   François',  notaire  et  conseiller  provincial,  à  Verviers. 

FtÉCHEl    Guillaume  .  entrepreneur. 

FLÉBON  Joaehim  ,  bourgmestre,  a  Bellaire. 

FLORENVILLE    A  -I>  ,  major  (le  la  garde-civique. 

Folville,  rentier,  à  Hermalle-sous-Argenteau. 

I  ONSNY,  bourgmestre  de  Saint-Gilles,  lez  Bruxelles. 

Forgei'r  ..los.),  avocat  el  sénateur. 

Forgeur  [Georges  ,  secrétaire  de  légation. 

FossiON  N.-G.),  docteur  en  médecin''. 

Fouquet  Guill.  ,  sous-directeur  à  l'école  agricole  de  Gémbloux. 

FODRY,  général-major. 

FrAIGNEUX  (Louis),  négociant. 

Franck  Mathieu),  entrepreneur. 

FrancottE   Victor  ,  fabricant. 

Frankignoulle,  greffier  de  la  justice  de  paix,  à  Seraing. 

FréDÉRIX  (Alph.),  ingénieur  civil. 

Fri  dértx    Gustave),  homme  de  lettre-. 

Frère-Orban  Walthère  ,  ministre  des  finances. 

FRÈRE  Walthère  ,  tils,  fabricant,  a  Verviers. 

Frère  Georges  .  avocat. 

Gaedl  h.  ,  docteur  en  médecine. 

Galand  Georges  .  négociant. 

Galand  Lamb.),  notaire  et  conseiller  provincial,  a  Glons. 

GALOPID   .1.  ,  rentier,  a  Aix-la-Chapelle. 

GADTHY,  professeur  a  l'Athénée  de  Bruxelles. 


22  

Gérard  (Frédéric),  avocat. 
Gérard  (Michel),  entrepreneur,  à  Ans. 
Gérard,  professeur  à  l'Athénée. 
Germeau  (F  ),  membre  de  ladépulation  permanente. 
Gernaert  (Arthur),  vice-consul  des  Etats-Unis. 
Gilkinet   J.-P.),  notaire  et  conseiller  provincial^ 
Gillet,  juge,  à  Huy. 

Gillion  ^François),  sous-directeur  de  la  manufacture  d'armes  de  l'Étal 
Gillon  (A.),  échevin  et  professeur  à  l'Université. 
Gilon,  notaire  à  Seraing. 
Gilman  (Alph.  ,  juge  a  Verviers. 
Goffart  (Eugène),  conseiller  provincial. 
Gonne,  ingénieur,  a  Cologne. 
Goossens  (Gustave),  agent  de  change. 
Goret  (Léopold),  ingénieur. 
Gothier,  libraire. 
Goût  Isidore',  rentier 
Govaert-Malherbe,  fabricant. 
Grandjean,  bourgmestre,  à  Housse. 
Grandjean  (Edouard),  directeur  de  houillère. 
Grégoire  (Henri),  industriel,  à  Tihange. 

Grégoire  (Hyacinthe),  président  du  tribunal  de  lre  instance  de  Huy. 
Grégoire  (Alphonse),  notaire,  à  Dalhem. 
Grenson  ^Camille),  avocat. 
Grumsel. 

Guillaume,  commis  greffier,  a  la  Gour  d'appel. 
■Guillaume  (François),  ancien  commissaire  de  police  en  chef. 

Haiiets   Alfred  .  répétiteur  a  l'école  des  mines. 

Halkin  Aimé  ,  lieutenant  d'artillerie,  à  Termonde. 

Halkin  (Emile  ,  lieutenant  aux  pontonniers,  a  Anvers, 

Halkin-Kémont  .C.-J.),  architecte. 

Halkin  (Jules',  sculpteur. 

Hamal  (P.-J.)j  avocat  et  conseiller  provincial. 

Hanssens  (L.),  avocat. 

Hayemal   Henri;,  banquier,  a  Spa. 

Helbig  (Henri),  homme  de  lettres. 

Helmg  (Jules),  peintre. 

Hekrard  Joseph  ,  oégociant. 


Henroz,  membre  de  la  députation  permanente,  à  »  I iplon 

Hermans  L.-J.),juge  de  paix. 

lin  si    n.  j.  .  docteur  en  médecine. 

Heuse  I.aiiayk  G  ),  fabricant,  à  Olne. 

Hock   Félix  ,  capitaine  pensionné. 

Houbotte,  ingénieur  en  chef  des  ponts  el  chaussi 

Houget  [Adrien),  industriel,  à  Verviers. 

HOUTAIN   Louis  ,  ingénieur. 

Eubert  Alexis  ,  fabricant,  à  Esneux. 

Hubert  de  Pondrome  R.  ,  à  Chênée. 

Hubertï  Léon  ,  à  Malmédy. 

Ilias   Henri  ,  professeur  à  l'Athénée. 


Jamar  (Léonard  .  notaire. 

JAUAR   Emile),  conseiller  provincial. 

Jamais  Gustave),  fabricant. 

Jamar  Armand  .  ingénieur,  à  Ans, 

.1  \mai;  (Paul  ,  rentier. 

Jamme   Emile),  commissaire  d'arrondissement . 

Jarsmont,  major  pensionné,  à  Martinrive  (Sprimont). 

JEANNE  (Nicolas  ,  professeur,  à  l'Athénée. 

Jenicoi    Philippe) ,  [)harmacien  ,  à  Jemeppe. 

JONGEN  (Jean),  fabricant. 

Jokissen  (Jules),  négociant. 


Kt.i'i'i  une  (F.  .  président  du  tribunal  de  lrr  instance. 

KEPPENNE  (Ch.),  notaire. 

Kersten-Magis  [P.),  fabricant. 

KiRSCB  (Hyacinthe),  directeur  de  charbonnage. 

Khans,  fils,  docteur  en  médecine. 

Kupper  (Gh.-Théod.  ,  directeur  de  fabrique,  à  Dalhem. 

Ki  pi  i  ers<  ai  m. m  i;  (Fr.  .  recteur  de  l'Université. 

Kupfferschlaeger   Isidon  '.  professeur  à  l'Université. 

Lacroix  (Alfred1),  négociant. 

Lafnet  (T.),  chef  de  bureau  à  l'Hôtel  de-Ville. 

I.  vgasse  (Laurent),  fabricant. 


—  24  — 

Laloux  (Henri),  propriétaire. 

Laloitx  (Nicolas),  greffier  provincial. 

Lamarche-de  Rossius  (0.)j  administrateur  de  la  Banque  nationale. 

Lambert,  notaire,  à  St-Georges. 

Lambert  (J.),  brasseur. 

Lambert  (Antoine),  brasseur,  à  Coronmeuse. 

Lambert  y,  docteur  en  médecine,  à  Verviers. 

Lamberty  (Alphonse),  employé  des  postes  ,  à  Stavelot. 

lambinos  J.-L. ■,  notaire. 

Lambinon  (Gustave),  ingénieur. 

Lambotte  (Jean-Baptiste!,  à  Cologne. 

Laoureux,  sénateur,  à  Verviers. 

Laport  (Guill.),  fabricant. 

Lassence  (Victor1,  photographe. 

Lecoq  (Edouard),  rentier,  àHerstal 

Lecoq  (A.) 

Leenaerts  (J.-M.),  fabricant. 

Lelotte,  négociant,  à  Verviers. 

Lemaire,  avocat,  à  Namur. 

Lemille  (Joseph),  fabricant  d'armes. 

Lemmens  (Ferdinand1. 

Lequarré,  professeur,  à  Tournai. 

Lesoinne  (Léon),  fabricant. 

Leurquin  .Camille),  notaire,  à  Xhoris. 

Lhoest  Aug.;,  lieutenant-colonel  d'artillerie. 

Lhoest-Lonhienne  (J.-G.),  vice-président  du  tribunal  civil. 

Lhoest-Massange,  vétérinaire  du  gouvernement,  à  Stavelot. 

Lhoneux  (Alexandre1,  entrepreneur. 

Liben  (Charles),  contrôleur  de  contributions,  à  Binant. 

Libert  (Louis;,  membre  de  la  députation  permanente. 

Lion  (Léopold),  ingénieur  et  conseiller  communal. 

LONAï  (G),  curé-doyen  de  Si. -Barthélémy. 

Lonhienne  (L.-G.),  sénateur. 

Lonhienne  (Godefroid),  rentier. 

Louvat  (Edmond),  avocat,  à  Namur. 

MACORS (Félix  ,  professeur,  à  l'Université. 
Macors  (Jos.),  professeur,  à  l'Université. 
Magis  (Max.),  fabricant. 


MALÉC01    Léon  .  ingénieur  des  pont*  et  chaussées. 

Malherbe  Edouard),  fabricant  d'armes. 

MAI  i   Henri  .  consul  de  Belgique,  àNew-York. 

Mansion   Émiie  ,  professeur,  à  Huy. 

MAQ1  INA1    Victor  ,  fabricant. 

MarcELus  [François  ,  fabricant. 

M  mi  h,i  i    ii        .  négociant. 

ry,  substitut  du  procureur  général. 
Maréchal-Raiwet,  a  Huy. 
Martin,  docteur  en  médecine,  à 
Mai  mnv  Martin  .  fabricant,  à  Herstal 
Masset-Ham.il,  négociant. 

I.   .  bourgmestre  de  Herstal  et  conseiller  provincial 
Masset  (Os   ir),  fabricant. 
MASS0N   Henri  ,  fabricant,  a  Verviers. 
Massox  [Lucien  ,  avocat,  id. 

•    Armand  ,  fabricant,      id. 
Matelot  Prosper  . 
MAfHLi.OT-DEBRt&E,  fabricant. 
Mathieu  Jules ,  instituteur,  a  Olne. 
Mkan   Charles  .  fabricant. 
Mercier  Laurent  .  négociant. 
Micha    Léonard),  ingénieur  à  Maries  (Pas-de-Calais   . 
Micha  [Alfred  .  étudiant. 
Michi  exs    Laurent),  colonel  d'artillerie. 
MlNKTTK    .lui".-',  rentier. 
Minette-Orban   Victor  .  rentier. 
Modavk  l.wnv'N   i.   \. -Y.},  conseil  communal. 
Monami,  conducteur  des  pontset  chaussées,  à  Stavelot. 
Monnoyer,  directeur  de  houillère,  à  Cheratte. 
Monseur  (Eugène  .  docteur  en  médecine. 
More  au,  ingénieur,  à  Louvain. 
Morred  Edouard),  professeur  à  1 1  niversité. 
Mon  un    \<  ■  trieur  civil. 

Mottari   Gustave  ,  avocat  el  échevin. 
Moi  i.\i;i  (Jules  .  négociant. 
Mottari  (Philippe  .  brasseur. 

Mol  ion  (Louis  .  avocat. 

Mouton  Dieudonné  .  avocat  el  représentant. 


16 


Moxhon  .Casimir],  avocat. 

MtiLLER  (Clément),  avocat  et  représentant. 

Muller  (Edmond),  banquier,  àVerviers. 

NAGELMAÇKERS  (Jules),  agent  de  la  Banque  nationale. 

Nagelmackers  (Armand),  consul  d'Espagne. 

iNagelmackeks  ^Albert ,  banquier. 

Nagelmackers  .Edmond  ,  banquier. 

Nagelmackers  Ernest ,  banquier 

Nagelmackers  Carlos),  ingénieur  civil. 

Neef  (Jules  ,  bourgmestre  de  Tilff  et  conseiller  provincial. 

Neuville  (Joseph),  ancien  bourgmestre  de  Liège. 

Nève  (Auguste;,  bourgmestre-,  à  Beaufays. 

Nicolal  (Denis),  fabricant  d'armes. 

NlHON  (L.-A.),  avocat. 

Noé  (Amand),  avoué. 

NoÉ  (Adolphe),  fabricant. 

Noirfalise  (Jules),  fabricant. 

Nypels  (J.-S.-C),  professeur  à  l'Université. 

Olivier  (Henri),  négociant  en  laines,  a  Verviers. 
Orban  (Eugène  ,  fabricant. 
Orban  (Ernest!,  fabricant. 
Orban  Marcel),  avocat. 
Orban  Julesl,  fabricant. 
Orban  (Léon),  représenla'it. 
Ortmans-Hauzeur,  bourgmestre  de  Verviers. 
ORTMANS,  industriel. 

PAQUE  (Eugène  ,  artiste  vétérinaire,  a  Verviers. 

Paûue  (Erasme',  pharmacien. 

Paqie,  conducteur  des  ponts  el  ehaussées,  à  Aywaille. 

Paquot,  directeur-gérant  de  la  Société  du  Bleyberg. 

Pascal-Lambinon,  négociant . 

Pasquet  (Emmanuel),  professeur  a  l'Athénée  royal  de  Gand. 

Pecuer  (François),  avocat,  à  Mous. 

Peck  (Léonard),  ingénieur. 

Pèrarb  (Edouard),  industriel. 


<*7 


Pérard  Louis  .  ingénieur  des  mines. 

Pétï-de  Rosen  Jules},  rentier,  à  firune. 

I'kiv  [Léon),  avocat. 

Phillips  [Justin),  négociant. 

Phillips- Orb an,  rentier. 

Picard  (Lazare),  rentier 

Piedboeuf  Théodore),  fabricant,  à  Jupillc. 

I'h  dboei  i    i  béo  lore  .  avocat. 

Piercot  Ferdinand  .  bourgmestre. 

Pilei  ir  Désiré  .  avocat,  a  Paris. 

Piksari  (H.  J.  .  ingénieur. 

Pirlot-Terwangne  Ferdinand  .  fabricant. 

Pirlot  (Léon  .  fabricant. 

Pirloi  [Edouard  .  fabricant. 

l'u.i  .1   Gustave  .  fabricant 

Pir]  "i    i    gène),  fabricant. 

Pir]  ot  (Eugène  .  fils,  rentier. 

Pirotte,  receveur  de  l'État,  à  Stavelot. 

PiRSON-HOGGi  .  négociant. 

Plumier    Félix),  photographe. 

Prosi  [Victor  .  capitaine  d'artillerie. 

Prost  Henri  . 

Quoilis  .î.-ll.  .  secrétaire-général  du  ministère  des  finances,  u  Bruxelles 

liAiKt.M  Joseph  ,  industriel. 

Raikem  (  \. -.i.i.  commis-greffier  au  tribunal. 

Ramoux-de  Roghelée  Joseph  .  conseiller  provincial,  à  Amay. 

Raskin   Jos.  ,  fabricant. 

Ri  gnier,  major  pensionné. 

Red  m  i  i    Jacqui  s),  fabricant,  à  Sauheid. 

l'ii  mokt,  juge  de  paix,  à  Esneux. 

Ri  MON!  (J.-E.},  architecte  consultant  de  la  ville  de  Liège. 

Rj  boni  Joseph),  architecte. 

Renard  ^Fernand),  négociant. 

Renier  (A.  .  architecte. 

Ri  nier   M    .  greffier  du  tribunal  de  commi  i  i 

lii  nson  (Antoine  .  avocat. 

Richard  Lamarche  H.  ,  rentii  i . 


-  -  28  — 

Rigo  (H.;,  chef  de  division  au  gouvernement  provincial. 

Robert-Brabant  L.),  avocat. 

Robert-Grisard,  rentier. 

Roland  (Jules ;,  négociant. 

Romedenne-Fraipont  J.-F.),  négociant. 

Rose  (John.1,  fondeur. 

Roselier  (Hyacinthe1,  conseiller  provincial,  à  Liraont. 

Rossini  (Charles^,  négociant. 

Sacré  (Henri,  négociant,  à  Chènée. 

Salmon  (l'abbé),  vicaire,  à  Stavelot. 

Schaffers  (Adolphe  ,  négociant. 

Schoonbroodt,  conservateur  des  Archives  de  l'État. 

Simonis-Orban  (Eugène),  statuaire,  à  Bruxelles. 

Sopers  Théodore),  négociant. 

Soubre  (Etienne),  directeur  du  Conservatoire  royal  du  musique. 

Spiertz  .Henri),  rentier. 

Spring  (A.),  professeur  à  l'Université. 

Systermans  (J.-B.),  commissaire-voyer  d'arrondissement. 

Tart  (0.-J.\  banquier. 

Thonnard  André,  major  d'artillerie 

Thonnard  .Henri),  armurier. 

Thonon,  notaire,  à  Harzé. 

Tilman  (Gustave.,  rentier. 

Tilman,  négociant,  à  Herstal. 

Tombeur,  notaire  et  conseiller  provincial,  a  Verlaine. 

Tombeur,  négociant. 

Trasenster  (Louis:,  professeur  a  l'Université. 

Trasenstek  ^Charles;,  fabricant. 

Troisfontaine  (Arnold  ,  professeur  a  l'Université. 

Trokay   J.-P.  ,  conseiller  provincial,  à  Saint-Georges. 

Truillet  (Félix,,  négociant. 

Truillet  (F.  ,  docteur  en  chirurgie. 

Umé  Godefroid  ,  architecte. 

Van  Grootven,  rentier. 

Van  der  Maesen  ;Servais),  avoué  et  échevin.  a  Vervicrs. 


-  29  — 

\  inderstrai  ikn  Closskt  (Victor),  fabricanl  et  conseiller  communal. 

Vadsi  ,  rhdodore  ,  docteur  en  médecine  et  professeur  à  l'Université. 

Vercken  (J.-L.-E.),  procureur  du  roi. 

Vercken  Théophile  .  professeur  au  Conservatoire. 

Viersei  Godin,  architecte,  àHuy. 

\ loi   Théodore  ,  rentier. 

Vjoi  Léon),  rentier. 

tlvAKIÔ-PtOMDfettR  Nicolas;,  fabricant  d'armes. 

B  m  v  François  ,  substitut  du  procureur  du  roi. 

w  inkenne  Pierre),  négociant,  à  Verviers. 

W  isseige  [Henri  ,  ingénieur  civil. 

w  isseige    Adolphe  .  docteur  en  chirurgie. 

Wauters  (Edouard),  père,  rentier. 

Wadters  Edouard),  fils,  initier. 

WADTERS  Gloe*  (Hyacinthe  ,  rentier. 

w  u  i  ekens  Emile  .  négociant. 

Wellens-Biar  (E.  F.  .  ingénieur. 

Wera  (Louis),  industriel,  à  Herstal. 

Werixhas  (Dieudonné),  contrôleur  à  la  garantie. 

Wigny,  négociant. 

Wii.mottk,  propriétaire,  à  Anvers. 

Wu.i.r.M  .1.  ■',  à  Grîvégnéë. 

W  il  m  \r:i    Julien  ,  a  Verlaine. 

WiTTKKt  (Adrien  baron),  entier. 

Wodo.n  (Emile),  avoué. 

Woos,  notaire,  a  Rocour. 

\hokfhai  Jule      rentier. 


—  30 


SOCIÉTAIRES  DÉCÉDÉS. 


Membre  effectif. 


Baillf.ux  (François*,  avocat,  conseiller  provincial  et  juge  suppléant  près  le  tribunal 
de  i'e  instance,  secrétaire  de  la  Société  depuis  l'origine,  né  à  Liège  en 
i847  ,  décédé  en  cette  ville  le  14  janvier  1866. 


Membres  correspondants. 

Vermesse  (Louis  ,  négociant,  né  en  1837,  décédé  à  Lille  le  18  février  1865. 
Stappers  (Adolphe),  secrétaire  du  Conservatoire  royal  de  Bruxelles,  né  en  4853, 
décédé  à  Ixelles  le  27  avril  -1866. 


Membres  adjoints. 

Demonceau  (Auguste; ,  notaire  et  conseiller  provincial,  né  en  1811  ,  décédé  à  Hervé 
le  14  janvier  1866. 

De  Macar  (M.  C.  F.  B.  baron\  ancien  gouverneur  des  provinces  de  Liège  et  de 
Hainaut ,  ancien  membre  du  Conseil  d'État  des  Pays-Bas  et  du  Sénat  de 
Belgique,  né  en  1785,  décédé  à  Liège  le  24  mars  1866. 


SOCIETE  LIÉGEOISE  DE  LITTÉRATURE  WALLONNE 


CONCOURS    DE    I8G4. 


RAPPORT  DU  JURY  SUR  LES  CONCOURS Nos  9,  10,  11  ET  12. 


MESSIEURS  , 

Vous  avez  prié  cinq  d'entre  nous,  MM.  Bailleux  , 
Bury ,  Desoer,  Fuss  et  Martial,  d'apprécier  les  réponses 
aux  quatre  derniers  articles  du  programme  pour  le  con- 
cours de  1804,  c'est-à-dire  les  résultats  des  concours 

N°  9.    Un  tableau  de  mœurs  liégeoises. 

X°  10.   La  foire  à  Liège. 

N°   11.    Un  petit  poème  ou  un  conte  sur  la  vie  rustique. 

N°  12.  Un  cramignon  ,  une  chanson  ,  ou  en  général  une 
pièce  quelconque  propre  à  être  chantée  sur  un  air  connu  ou 
à  faire. 


V-  32  — 

Je  suis  chargé  par  mes  collègues  du  jury  de  traduire  au- 
près de  vous  les  impressions  que  nous  a  laissées  l'examen 
attentif  des  pièces  soumises  à  notre  appréciation.  Et  pour- 
quoi tenter  de  la  dissimuler?  Notre  besogne  a  été  courte, 
car  la  grande  majorité  des  productions  qui  nous  sont  par- 
venues est  au-dessous  de  la  discussion.  A  d'autres  de  peser 
les  causes  ou  les  conséquences  de  ce  fait ,  qui  heureuse- 
ment n'est  qu'une  exception  ;  bornons-nous  à  le  constater. 

Les  concours  de  poésie,  surtout  ceux  qui  ne  demandent 
que  des  travaux  de  peu  d'étendue,  ont  parfois  le  malheur 
d'allécher  les  concurrents  naïfs  et  inexpérimentés  qui  se 
figurent  qu'en  alignant  quelques  rimes ,  en  faisant  beau- 
coup de  fautes  d'orthographe  et  en  parlant  très-mal  le 
français,  ils  ont  écrit  du  wallon.  Grande  erreur,  hélas, 
mais  trop  répandue  !  La  connaissance  de  notre  vieil  idiome 
n'est  pas  départie  à  tous.  Elle  appartient  à  deux  sortes 
d'écrivains  :  à  ceux  d'abord  qui ,  par  une  longue  habi- 
tude de  le  parler  et  sans  posséder  beaucoup  d'instruc- 
tion littéraire,  ont  assez  de  tact  et  de  goût  pour  conserver 
pure  cette  langue  dont  ils  sentent  et  font  comprendre  la 
grâce  et  l'originalité  ;  à  ceux  encore  qui  ,  étudiant  ses 
origines  et  méditant  les  écrits  de  ses  auteurs,  s'assimilent 
ainsi  l'expérience  des  autres,  retrouvent  les  lois  gram- 
maticales et  savent  discerner  les  tournures  propres  et  les 
expressions  pures.  Ceux-là  connaissent  notre  bon  et  ancien 
wallon.  Mais  si  ce  bon  et  ancien  wallon  a  des  ennemis  , 
des  ennemis  dangereux  ,  ce  sont  les  écrivains  qui  le  cor- 
rompent. 

Quel  remède  à  ce   mal?   Aucun   autre   que  celui-ci  : 


—  33  — 

encourager  les  travaux  sérieux,  les  poésies  vraiment  wal- 
lonnes ;  mais  se  montrer  sévère  pour  les  autres.  A  vrai 
dire,  nous  n'avons  pas  eu  à  être  sévères,  et  la  plus 
grande  indulgence  aurait  été  impuissante  si  vous  proposer 
des  récompenses.  D'ailleurs  il  ne  faut  pas  perdre  ceci  de 
vue  :  les  concours  dans  le  genre  de  ceux  qui  nous  ont 
été  soumis  ,  ont  été  souvent  ouverts.  A  diverses  reprises 
déjà  ils  ont  provoqué  des  travaux  remarquables  et  souvent 
la  Société  a  été  heureuse  de  couronner  de  petits  chefs- 
d'œuvre,  qui  ont  vu  consacrer  par  l'opinion  publique  la 
récompense  que  nous  leur  avions  donnée.  Dans  ce  genre 
donc,  il  n'est  plus  permis  d'être  médiocre,  et  ce  serait 
faire  injure  aux  couronnes  des  Thiry  ,  des  Hock ,  des 
Defrecheux,  des  Magnée  ,  des  Delarge,  des  Poulet,  des 
Masset  et  des  Bormans,que  de  décerner  des  palmes  égales 
à  des  poésies  véritablement  inférieures. 

Cette  introduction  vous  fait  assez  prévoir  que  nous  ne 
vous  proposerons  celte  année  de  décerner  aucun  prix  ni 
accessit.  L'an  dernier  nous  avions  été  plus  heureux. Nous 
le  serons  plus  aussi  l'an  prochain.  En  attendant,  jetons 
un  coup  d'œil  sur  les  pièces  soumises  à  notre  examen. 

Pour  le  9e  concours,  un  tableau  de  mœurs  liégeoises, 
nous  n'avons  pas  reçu  de  réponse. 

Pour  le  10e  concours,  la  foire  à  Liège  ,  il  nous  en  est 
parvenu  une  qui  porte  pour  épigraphe  : 

Li  fore  mi  tourmette; 
Por  lcic  ji  m'kimagne. 
Wiss  fâl-i  qu'on  l'inetle? 
As  plds  d'Charlemagne  ! 


—  34  — 

Il  est  malheureux  que  l'épigraphe  n'ait  pas  pu  entrer 
seule  au  concours,  car  certes  elle  est  assez  bien  tournée 
et  nous  sommes  d'avis  que  quatre  vers  bien  tournés 
valent  mieux  qu'une   longue  et  fastidieuse  énumération. 

Or,  la  foire  à  Liéçe  n'est  précisément  qu'une  longue 
énumération,  un  catalogue  détaillé  de  la  foire.  Rien  n'est 
omis,  rien  n'est  oublié;  ni  un  saltimbanque,  ni  une 
baraque,  ni  un  restaurant  en  plein  air  Quelques  numéros 
du  catalogue  sont  assez  vertement  décrits  ,  tels  que  celui 
de  la  femme  à  la  barbe  ou  celui  de  la  plus  grosse  femme 
du  monde  : 

Elle  peûse  co  pu  il'meie  lîve,  et  j'wage 
Qui  si  on  l'mettéve  cont'  inn'  vache , 
f.i  balance  dimeurreût  d'ièvai. 

Mais  cette  énumération  se  traîne  sans  aucun  lien.  On 
pourrait  indifféremment  commencer  à  la  fin  ou  au  milieu. 
De  plus,  l'auteur  a  eu  parfois  recours  à  de  telles  péri- 
phrases, à  de  tels  excès  de  concision,  qu'on  se  demande 
s'il  a  voulu,  au  lieu  d'écrire  une  poésie,  composer  des 
charades  ou  des  »  advinats  «,  pour  parler  wallon.  Ainsi, 
nous  lisons  ces  vers  : 

On  chet  del  grand'  espèce,  on  grand  caniche  tondou , 
On  rat  gros  comme  on  leûp,  qu'a  l'cowe  èrî  de  cou , 
On  ptit  chvâ  qu'a  des  coin',  in'  gross'  âgne  qu'est  tigrée  , 
Qu'a-t-avu  di  s' jônesse  les  patf  di  drî  cassées ,  etc. 

Je  vous  le  donne  en  dix,  je  vous  le  donne  en  cent ,  je 
vous   le  donne  en  raille.    Jetez-vous  votre  langue   aux 


—  35  — 

chiens?  Certes  oui,  car  vous  n'avez  pu  deviner  qu'il  s'a- 
gissait là  d'un  tigre,  d'un  lion,  d'un  ours,  d'un  cerf  et 
d'une  girafe. 

Il  nous  était  donc  impossible  de  rien  accorder  à  l'au- 
teur de  li  fore  à  Lige. 

Pour  le  11e  concours,  un  petit  poème  ou  un  conte  sur  la 
rie  rustique,  nous  avons  reçu  une  réponse  dont  l'épi- 
graphe est  celle-ci  :  »  L'amant  de  la  nature  et  l'ami  des 
a  beaux  vers  n'est  jamais  seul  avec  lui-même.  » 

L'auteur  part  du  principe  que  tout  est  plein  d'arti- 
fices trompeurs  à  la  ville  et  plein  d'honnêteté  et  de  can- 
deur à  la  campagne.  C'est  un  écho  lointain  de  Y  Emile  : 
h  Tout  est  bien  sortant  des  mains  de  l'auteur  des  choses  : 
«  tout  dégénère  entre  les  mains  de  l'homme.  »  Loin  de 
nous  l'idée  de  combattre  cette  thèse.  La  question  n'est 
pas  pour  nous  de  décider  si  elle  est  vraie  ou  fausse,  mais 
si  l'auteur  l'a  présentée  avec  talent ,  avec  poésie  et  dans 
un  bon  idiome.  Or,  elle  manque  absolument  d'invention, 
de  charme  poétique,  et  elle  est  revêtue  d'un  langage  qui 
laisse  beaucoup  à  désirer.  C'est  à  cette  pièce-ci  surtout 
que  s'appliquent  les  considérations  que  nous  faisions  va- 
loir au  début  de  ce  rapport.  Elle  fourmille  de  mots  et  de 
tournure  qui  ne  sont  pas  wallons  : 


Et  màgré  vus  plaisirs,  vus  pass'  limps,  vos  soirées, 
.li  préfère  «i i  m'vièg1  li  nateure  disseûlaie. 


Et  plus  loin,  parlant  des  femmes  de  la  campagne,  l'au- 
teur emploie  ces  vers  évidemment  fort  peu  champêtres  : 


—  36  — 

KIT  ont  l'molet  bin  fait,  et  l'tournure  agrèâbe , 
Ine  bock  qui  reie  todis,  des  bais  ouïes,  l'air  aftabe, 
Et  çou  qui  vàt  bin  mi,  çou  qu'apoite  l'union , 
EU'  ont  l'caractére  doux  et  l'sintumint  foirt  bon. 

Serait-on  injuste  en  disant  que  cela  n'est  pas  du 
wallon,  mais  n'est  pas  même  du  français?  Cependant, 
hâtons-nous  de  le  reconnaître,  l'auteur  a  parfois  fait 
preuve  de  talent,  d'harmonie  :  il  a  le  sentiment  du 
rythme  et  de  la  coupe  des  vers  :  si  c'est  un  débutant,  on 
peut  lui  prédire  des  succès,  à  la  condition  qu'il  se  montre 
sévère  envers  lui-même.  Ainsi  nous  voulons  citer  la 
strophe  suivante  imitée  de  Sitnonon  et  qui  mérite  évi- 
demment votre  approbation  et  vos  encouragements  : 

Qwand  les  noûf  heûr  et  dmeie 
A  l'chapelle  sont  sonneies , 
I  fat  aller  doirmi. 
Li  famille  tôt'  étire 
A  gno  fait  in'  priîrc 
As  pids  de  vî  cruc'fi. 

Avant  de  quitter  cet  auteur,  nous  aurons  un  petit 
service  à  lui  demander.  Il  indique  dans  ses  vers  une 
chanson  champêtre  :  kimint  on  ûm  Vavdne ,  qui ,  dit-il 
en  note,  est  un  ancien  chant  populaire  wallon  :  il  faut  se 
garder  de  laisser  perdre  ces  anciennes  poésies.  Si  l'auteur 
voulait  bien  la  transcrire  et  nous  l'adresser ,  nous  lui  en 
devrions,  au  nom  des  lettres  wallonnes,  beaucoup  de 
remercîments. 

Le  douzième  concours  demandait  un  crâmignon  ,  une 
chanson  ,  ou  en  général  une  pièce  quelconque  propre  à  vire 
chantée. 


—  37  — 

Nous  avons  reçu  sept  réponses. 

Les  avaiteûrs  da  Hervai,  messegî  cVBierset ,  avec  l'épi- 
graphe -.  Vdt  mî  de  rire  qui  déplorer,  sont  un  récit  assez 
gai ,  sinon  très-moral  et  très-relevé ,  des  aventures  et  des 
mésaventures  amoureuses  d'un  malheureux  messager. 
Elles  sont  même  racontées  avec  entrain  ,  mais  cela  ne 
peut  faire  fermer  les  yeux  sur  l'insuffisance  du  fond  et  les 
défauts  de  la  forme.  Nous  en  citerons  cependant  quelques 
vers  ,  pour  faire  apprécier  ce  que  peut  l'auteur  dans  ses 
bons  moments  : 

1  n'y  a  qou  messègî,  dis-t-on,  si  bon  qu'  lu-mème  ! 
C'est  on  vi  spot  qu'est  bon  qwand  ou  liant'  et  qu'on  aime 
On  deut  ess  fwer  prudent  d'vin  les  affaires  d'amour 
Et  n'janiaie  rait'  ses  cont's  qu  in  aut  ni  v'jow  li  tour. 

Avou  mi  i  ni  a  reign  a  eiaite, 
Dinez  m'vos  lelt  et  vus  paquets, 
Oh  !  ja  si  bin  l'tour  di  îni  praite  : 
•li  m'mel  di  tôt,  j'sé  bin  poqwet  I 
Divais  tott  affair  di  i'eum'reie, 
Seiz  tranquil,  ji  n'sus  ni  sot; 
Seuie  à  vièg  ou  bi  el  veie, 
Ji  fret  bin  vôsst'  ovreg  por  vos! 
Jo  !  n'allons  ni  pu  long  ! 
r     -    inn  fwer  mal  manîre, 
On  m'paie  mes  cornichons 
C'n'est  aeign  po  l'aller  dire! 

Li  cour  à  l'patreie  avec  l'épigraphe  bon  cour  ni  pout 
minti,  est  un  chœur  de  trois  couplets  dont  il  est  impos- 
sible de  faire  mention,  si  ce  n'est  pour  signaler  les 
excellentes  intentions  de  l'auteur,  hélas!  peu  suivies 
d'effet. 


—  38  — 

Un  auteur  qui  n'a  pas  mis  d'épigraphe  en  tête  de  son 
envoi,  mais  qui  signe  :  qui  ririsqueie  rin  ri  a  rin,  nous  a 
fait  parvenir  quatre  romances  :  On  père,  On  fils,  Marne, 
ji  ri  danse  nin  et  A  Vpinseie.  Elles  sont  en  général  très-mo- 
rales, mais  il  nous  était  impossible  de  nous  arrêter  à  cette 
seule  considération  ;  l'invention  fait  à  peu  près  défaut,  la 
grâce  est  absente  et  la  versification  laisse  à  désirer.  Là 
encore,  nous  pourrions  citer  beaucoup  d'expressions  peu 
wallonnes  :  c'est  inutile.  Passons  aux  quatre  crâmignons 
par  lesquels  nous  terminerons  cet  examen. 

Les  trois  premiers  sont  intitulés  : 

1°  Chant  ans  mate  avec  épigraphe  :  li  meû  des  jleûrs . 

2°  Sans  titre,  avec  épigraphe  :  Tout  temps  vient  et  tout 
temps  passe 

3°  Sans  titre,  avec  épigraphe  :  On  récolte  ce  quon  a 
semé. 

Ils  sont  très-faibles  :  peu  d'idées,  un  agencement  très- 
imparfait.  Surtout  nous  ne  pouvons  leur  pardonner  de 
n'être  pas  toujours  écrit  en  wallon  ,  avec  la  pureté  et  le 
charme  qui  font  le  mérite  de  ces  petites  productions. 

Reste  celui  que  nous  avons  laissé  pour  le  dernier,  afin 
de  ne  pas  terminer  ce  rapport  par  des  conclusions  déses- 
pérément négatives.  Il  est  intitulé  :  dizo  l'tïou  ,  et  porte 
pour  épigraphe  :  Des  songes  tant  de  fois  trompent  les 
cœurs  épris  ! 

L'idée  n'en  est  ni  gaie  ni  neuve.  Nous  n'en  faisons  pas 
un  grief  capital  à  l'auteur  :  cependant  il  nous  paraît  que 
l'élégie  n'est  pas  tout-à-fait  ce  qui  convient  au  crâmignon  : 
celui-ci  aime  tant  à  être  gai. 


—  39  — 

L'auteur  de  dizo  l'tïou  a  de  la  grâce  dans  les  idées  et 
dans  l'expression,  qu'un  peu  de  recherche  gâte  parfois. 

Cette  pièce  méritait  une  distinction.  Si  dizo  Vt'iou  nous 
étail  arrivé  au  début  de  notre  Société,  il  eût  mérité  un 
accessit,  mais  venant  après  plusieurs  autres  dont  il  se 
rapproche  trop  par  l'idée  générale,  Fauteur  était  tenu  à 
faire  [mieux  ;  il  devait  nous  trouver  un  peu  plus  sévères. 
C'esl  pourquoi  nous  avons  été  unanimes  à  vous  proposer 
de  lui  accorder  une  mention  honorable  avec  l'impression. 

Fait  en  séance  le  5  mai  1865. 


Les  membres  du  jury , 

F.  Bailleux, 
A.   Bury, 

T.  Fuss, 
E.   Martial, 
il   (u.    Are.    Desoer,   rapporteur 


Ces  conclusions  ont  été  ratifiées  par  la  Société  dans  sa 
séance  du  15  mai. 

L'ouverture  du  billet  joint  à  la  pièce  mentionnée  ho- 
norablement a  fait  savoir  que  M.  L.  Vanderveldek  est 
l'auteur  de  dizo  l'tïou. 


D1ZO    LTIOU 


CRAMIGNON 


es  lant  'le  iuis  trompent  tes  cours  épfis! 
Virgile,  Églogue   VIII. 


«  Dimain,  qwand  l'joù  toumret,  trovez-v'  dizo  l'iïou.  » 
—  Trônant',  vos  m'chal  vinowe,  et  ji  n'ia  nin  veïou. 

refrain  :  Ah!  ha!  ha!  ciss  nutêie,  j'accour  dizo  Yîwu ! 

Trônant',  vos  m'chal  vinowe,  et  ji  n'ia  nin  veïou. 
De  rog'  feu  de  solo  li  cîr  s'at  distindou. 
Ah!  ha!  ha!  etc. 

De  rog'  l'eu  de  solo  li  cîr  s'at  distindou. 
L'àbion  so  l'tér  dihind;  l'aronche  a  recorrou. 
Ah!  ha!  ha!  etc. 

L'àbion  so  l'tér  dihind;  l'aronche  a  recorrou. 
L'ovri  des  champs  rintcùr;  li  labitt'  s'at  taîhpu. 
Ah!  ha!  ha!  etc. 

L'ovri  des  champs  rinteûr;  li  tahitt'  s'at  tailmu. 
Li  chaw-sdii  crinaie;  on  6l  joupef  l'coucou. 
Mi!  ha!  ha!  etc. 


—  42  — 

Li  chaw-sori  crinaie;  on  ôt  jouper  l'coucou. 
Del  pesant'  poitt  del  sinsse  on  a  r'serré  l'verrou. 
Ah!  ha!  ha!  etc. 

Del  pesant'  poitt  del  sinsse  on  a  r'serré  l'verrou. 
Vola  li  rtrait'  qui  sonn...  j'àrè  bin  rattindou!... 
Ah!  ha!  ha!  etc. 

Vola  li  rtrait'  qui  sonn...  j'àrè  bin  rattindou!... 
C'est  l'eûr  qu'on  rpwèz',  li  pây'  so  l'vièg'  s'al  stindou. 
Ah!  ha!  ha!  etc. 

C'est  l'eûr  qu'on  rpwèz,  li  pây'  so  l'vièg'  s'at  stindou. 
M'a-t-i  roûvî,  doux  Diew!  il  est  d'ja  si  tâdrou! 
Ah!  ha!  ha!  etc. 

M'a-t-i  roûvî,  doux  Diew!  il  est  d'ja  si  tâdrou! 
Ji  pleure  et  ji  lanwihe...  ess'  lu  qu'ja-st-ètindouï... 
Ah!  ha!  ha!  etc. 

Ji  pleure  et  ji  lanwihe...  ess'  lu  qu'ja-st-ètindouï... 
Qwand  i  m'at  dit:  «  Ji  t'ainï  !...» — C'est  mi  qu'ai,  respondou  ! 
Ah!  ha!  ha!  etc. 

Qwand  i  m'at  dit  :  «  Ji  t'aim'  !...  » — C'est  mi  qu'at  respi  >ndou  ! 

—  Pilit'  rôz'  qui  m'at  d'né,  c'est  lu  qui  t'at  codou  ! 

Ah!  ha!  ha!  etc. 

—  Pitit'  rôz'  qui  m'at  dné,  c'est  lu  qui  t'at  codou  ! 
Di  m'koûr  seûy  li  trèzôr,  seûy  mi  bon  ange  avou  ! 

Ah!  ha!  ha!  etc. 

Di  m'koûr  seûy  li  trèzôr,  seûy  mi  bon  ange  avou  ! 

—  Mais  v'ià  l'baîté  qui  lût. . .  Vierg'  ! . . .  s'on  mat  mày  veyou  ! . . . 

Ah!  ha!  ha!  etc. 


—  43  — 

—  Mais  v'ià  l'baité  qui  lui...  Vierg'...  s'on  m'at  may  veyou!.,. 
QuétoûrminI  po  m'veie  mér!...  Diew!  j'àreûs  bin  pierdou! 

Ali!  ha!  ha!  etc. 

Que  tourminl  po  m'veie  mér!...  Diew!  j'àreus  bin  pierdou! 

—  Comme  inn  dintel  les  àb'  à  cîr  bleu  sonl  pondous. 

Ah!  ha!  lia!  etc. 

—  Gommé  inn  dintel  les  àb'  à  rn'  bleu  sonl  pondous. 
A.toû  d'mi  qui  fait  iriss'...  li  a-j-judisplaîhou?... 

Ah!  ha!  ha!  etc. 

AioTi  d'un  ijiii  lait  iriss'...  li  a-j-ju  displaîllOU?. .. 
Des  làin  bagnel  mes  oûy  qui  n'âret  nin  veïou  ! 
Ah  !  ha!  ha!  etc. 

Des  l.'iin  bagnel  mes  oûy  qui  n'ârel  nin  veïou! 
I  rèfùz  di  m'aimer...  inn  aut'  l'âret  ritnou  ! 
Ah  !  ha!  ha!  etc. 

I  rèfûz  di  m'aimer...  inn  aut'  l'âret  ritnou! 
.M  sins  m'koûr  difalli.  — Ji  veus  qu'j'a  loi  pierdou! 
Ah  !  ha!  ha!  etc. 

Ji  sins  m'koûr  difalli!  — .li  veus  qu'ja  toi  pierdou! 
-  •  Dimain,  qwand  l'joû  toumret,  trovez-v'  dizo  l'tïou!  » 

Ah!  ha!  ha!  eiss  tiuleie.  j'a  ploréd'zo  l'tïou! 

Léop.  Vandervelden. 


CONCOURS  DE   1864. 


RAPPORT  DU  JURY  SUR  LE  CONCOURS  .V  2. 


Le  glossaire  des  termes  de  menuisier,  etc.,  soumis  à 
notre  examen  ('),  ne  manque  pas  de  mérite,  mais  iJ  ne 
manque  pas  non  plus  de  défauts.  Le  plus  grave  est  qu'il 
se  borne  beaucoup  trop  exclusivement  au  dialecte  du  ban 
de  Roanne  (comme  il  l'appelle),  pour  la  partie  originale, 
c'est-à-dire  celle  qui  n'est  pas  puisée  dans  d'autres  dic- 
tionnaires. Ainsi ,  pour  séveronde ,  il  donne  la  seule  forme 
sovronte.  Il  aurait  dû  dire  que  le  mot  liégeois  est  sofrante, 
et  le  mot  ancien  liégeois  souverande  ;  si  l'auteur  avait  su 
qu'à  Malmédy  on  dit  sogronde,  cela  n'en  valait  que  mieux, 
car  cette  forme  répond  exactement  au  latin  subc/runda  ou 
xuggrunda  ;  de  même,  il  parle  de  hirseû  et  de  hîrsî  sans 

1    Avec  lu  devise  :  Multa  renascentnr  quae  jam  cecidéfe,  etc. 


—  46  — 

paraître  savoir  qu'en  liégeois  ces  mots  ont  les  formes 
hiercheûs,  hierchi. 

La  partie  étymologique  —  qui  est ,  à  la  vérité ,  de  sur- 
croît—  doit  être  soigneusement  revue  ou,  sinon,  suppri- 
mée. Paire  venir  bâbeû  (planchette  que  l'on  met  aux  cornes 
des  bœufs  pour  les  empêcher  de  frapper),  de  bas-veût  (doit 
bas)  est  bien  faible  fbdbeû  signifie  proprement:  visière; 
voyez  mon  dictionnaire  au  mot  Bambeû),  staminée ,  du 
latin  stramen,  est  impossible  d'abord,  le  r  étant  assez  sou- 
vent intercalé ,  mais  jamais  supprimé  dans  cette  combi- 
naison, et  en  outre  invraisemblable,  car  il  n'y  a  pas  de 
rapport  entre  le  poteau  auquel  on  attache  le  bétail  et  la 
litière  sur  laquelle  il  se  couche. 

Je  reproche  en  troisième  lieu  à  l'auteur  une  rédaction 
trop  négligée.  Exemples  :  Balisson  :  poutrelle  qui  sert  à 
voûter  une  cave  non  voûtée  en  maçonnerie ,  etc.  (outre 
la  répétition  du  mot  voûter ,  je  ne  pense  pas  que  la  pou- 
trelle serve  à  voûter  la  cave,  mais  simplement  à  la  couvrir 
au  moyen  d'un  plancher  superposé);  au  motBenai  on  lit  : 
»  Le  benai  offre  une  particularité  en  ce  que  les  côtés  de  la 
caisse  peuvent  s'ôter  à  volonté  »,  etc.  ;  au  mot  Pas  d'gré, 
l'auteur  donne  une  définition  de  la  chose,  mais  il  omet  de 
dire  que  le  mot  français  est  palier. 

Ma  conclusion  est  que  le  mémoire  précité  mérite  un 
accessit  et  ne  peut  être  publié  dans  le  Bulletin  de  la  So- 
ciété qu'après  révision. 

J'engage  l'auteur  ,  si  ces  conclusions  sont  adoptées  et 
s'il  consent  à  revoir  son  travail,  à  le  compléter  par  l'ad- 
jonction de  quelques  figures  au  simple  trait  pour  mieux 


—  47  — 

faire  comprendre  la  nature  et  l'emploi  de  certains  objets  : 
des  dessins  de  charrette,  de  charrue,  par  exemple,  avec 
des  renvois  au  moyen  de  lettres  ou  de  chiffres,  serviraient 
plus  à  l'intelligence  des  noms  wallons  que  les  meilleures 
descriptions.  Par  la  môme  occasion  ,  il  pourrait  étudier 
plus  profondément  la  signification  des  mots  wallons  ;  il 
ne  suffit  pas  de  dire,  par  exemple,  que  ramoûrener  signi- 
fie cuber  :  ceci  n'est  qu'une  acception  particulière  du  mot, 
dont  le  sens  véritable  est  réduire  une  mesure  ou  une 
valeur  en  une  autre,  ainsi  le  pied  courant  en  pied  carré, 
le  pied  carré  en  pied  cube  ,  la  monnaie  d'un  pays  en  celle 
d'un  autre  pays, etc. L'auteur  ferait  bien  aussi,  si  cela  lui 
est  possible, d'ajouter  les  termes  de  tonnelier,  qui  rentrent 
mieux  dans  le  métier  de  menuisier  que  dans  celui  de  vi- 
gneron. 


Les  membres  du  jury, 

J.   Stecher. 
A.  Le  Roy. 
F.  Bailleux. 
et  Ch.  Grandgagxage,  rapporteur. 

Liège,  le  29  mars  1865. 

Le  jury  institué  par  la  Société  liégeoise  de  littérature 
wallonne,  pour  apprécier  les  mémoires  présentés  au  con- 
cours n°  2  (année  1864), 


Après  avoir  examiné  d'une  manière  approfondie  ,  dans 
l'ensemble  et  les  détails,  le  travail  portant  pour  épi- 
graphe : 


Mult.t  tenasetntwr  quatjam  ceeidere  cadentque 
Once  nunc  .<u/it  i.i  Iwntre,  vucubttln  .. 


Ouï  le  compte-rendu  rédigé  par  M.  Grandgagnage,  et 
la  série  d'observations  formulées  par  M.  Mathelot ,  ainsi 
que  les  remarques  des  autres  membres  de  la  Commis- 
sion, 

Décide  : 


Art.  1.  Le  mémoire  précité  mérite  un  accessit. 

Art.  2.  Toutefois,  il  ne  sera  publié  dans  le  Bulletin  de 
la  Société  qu'à  la  condition  expresse  que  l'auteur  se  con- 
certera avec  M.  Mathelot,  lequel  consent  à  mettre  à  sa 
disposition  tous  les  articles  qu'il  a  rédigés  lui-même  et 
communiqués  au  jury,  articles  formant  le  complément 
naturel  du  mémoire  couronné  ;  que  ces  articles  seront  insé- 
rés dans  ledit  mémoire  avec  indication  spéciale  de  leur 
provenance;  que  le  mémoire  sera  publié  sous  le  nom  de 
l'auteur,  mais  avec  mention  des  additions  et  du  nom  de 
M.  Mathelot  comme  les  ayant  fournies  ;  enfin,  que  le  tout 
sera  revu  par  M.  Grandgagnage,  président  du  jury,  de 
telle  manière  que  l'ensemble  présentera  un  ouvrage  exé- 
cuté d'après  un  plan  uniforme. 


I!» 


\it.  .'J.  Le  jury  propose,  comme  récompense  à  l'auteur 
une  médaille  en  vermeil. 

Unsi  t'ait  à  Liège,  en  séance  du  29  mars  1S(>;>. 


Le  Secrétaire,  Le  Président, 

\unoNSE  Lf  Roy.  Ch.  Grandgagnage 


Ces  conclusions  <»ni  ét<  ratifiées  par  la  Société  dans  sa 
séance  du  15  avril. 

L'ouverture  du  billet  accompagnant  le  mémoire  cou- 
ronné a  fait  connaître  que  M.  A.  Body ,  de  Spa ,  est 
l'auteur  du  glossaire  des  menuisiers. 


vocabulaire: 


DKn 


CHARRONS,  CHARPENTIERS  ET  MENUISIERS, 


par    Albin    BODY 
de  SPA. 


Il  était  assez  difficile  de  tracer  les  limites  dans  lesquelles 
nous  devions  écrire  et;  vocabulaire.  Nous  eussions  voulu 
embrasser  tout  ee  qui  concerne  le  bois  comme  matière  pre- 
mière et  tout  ce  qu'on  en  peut  tirer,  c'est-à-dire  les  métiers 
qui  occupent  ce  que  Lobet  appelle  ovri  cTèois;  mais  alors 
toutes  les  professions  y  touchaient  par  quelque  cote,  ^.ussi 
avons-nous  borné  noire  travail  aux  trois  métiers  qui  ont 
une  parente  marquée  : 

Le  Charroi),  l'ancien  métier  des  charliers. 

Le  Charpentier  et  le  Scieur  de  long . 

Le  Menuisier. 

Tout  naturellement  il  nous  a  été  impossible  de  ne  pas 
taire  parfois  une  excursion  sur  le  domaine  des  métiers  qui 
ont  des  rapports  inévitables  avec  ceux  que  nous  avons 
traités. 

Ainsi  en  pari  an  1  du  charron ,  nous  avons  du  citer  des 
termes  qui  appartenaient  plutôt  au  forgeron,  au  maréchal 


ferrant,  au  carrossier,  surtout  à  l'agriculteur, qui  demande 
presque  tous  ses  instruments  au  charron. 

De  même  pour  le  métier  des  charpentiers  et  des  scieurs 
de  lonç  ï\ow&  avons  dû  mentionner  des  termes  communs  à 
ces  professions  et  à  celles  du  bûcheron,  du  maçon,  du 
couvreur,  du  constructeur  en  un  mot. 

Enfin  ,  en  ce  qui  touche  les  menuisiers,  nous  donnons 
des  mots  lésant  partie  des  métiers  d'ébéniste,  de  tourneur, 
de  bimbelotier. 

Remarquons  qu'il  y  a  des  professions  chez  lesquelles  le 
bois  est  employé  comme  matière  spéciale,  par  exemple 
le  tonnelier  (cuveliers  et  sdaideurs)  et  le  constructeur  de 
barques, navires  etc.,  et  que  pourtant  nous  avons  écartées. 
Il  nous  a  paru  que  le  premier  se  rattachait  plutôt  aux 
vignerons,  brasseurs,  le  second  au  métier  des  bateliers. 

L'adjonction  que  nous  avons  faite  des  termes  de  l'ancien 
wallon  tiré  du  Recueil  des  Chartes  et  privilèges  ou  de  nos 
anciens  chroniqueurs,  ainsi  que  les  analogies  ou  compa- 
raisons avec  les  autres  patois,  ne  sera  pas,  croyons-nous, 
sans  intérêt.  Nous  renvoyons  donc  pour 
le   patois  picard,  au  glossaire  de  Corblet  ; 

»  normand,   au  glossaire   de   MM.   Dubois  et 

Travers  ; 
"  rouchi,  au  dictionnaire  d'Mécart. 

«  du  Berry,  au  glossaire  du  centre  de  la  France 

par  M.  Jaubert. 
Nous  avons  appelé  dialecte  ardennais  celui  qui  est  parlé 
spécialement  à  Spa  et  dans  cette  partie  de  la   province 


qu'on  nomme  encore  Ban  de   Roanne,    sorte  de  triangle 
situé  entre  Spa,  Stavelot  et  l'Amblève. 

Nous  conformant  an  bienveillant  conseil  de  M.  Grand- 
gagnage,  rapporteur  du  jury,  nous  avons  joint  des  figures 
au  simple  trait  qui  feront  mieux  comprendre  la  nature  et 
l'emploi  de  quelques  instruments  et  serviront  mieux  à  l'in- 
telligence des  noms  que  les  meilleures  descriptions. 


ABIU-I^IATION». 


Ane.  wall. 

Borms.  Gloss.  des  houill. 

Cari,  de  Bouv. 

Chamb.  des  fin. 

Charp. 

Charr. 

Chart.  et  pe-i vil. 

Bial.  ard. 

Diez. 

Ex. 

f. 
Gggg- 

Hemr. 

J.  de  Stavelot. 

J.  d'Outremeuse. 

J.  le  Bel. 

Littéral. 

(M) 


m. 

men 

normd. 

Bmcle. 

Rqfrt. 

s. 

t. 

voy. 


wall. 


—  Ancien  wallon. 

—  Stanislas  Borman*.  Glossaire  des  bouilleurs. 

—  Carlulaire  de  Bouvigne. 

—  Chambre  des  finances. 

—  Charpentier. 

—  Charron. 

—  Chartes  et  privilèges  des  '6"2  métiers  de  la  cite  de  Liège. 

—  Dialecte  ardennais. 

—  Diez  :   Etymologisches  Worterbuch   der   romanischen 

sprachen . 

—  Exemple. 

—  féminin. 

—  Grandgagnage.   Dictionn.  étymologique  de  la  langue 

wallonne. 

—  Hemricourt. 

—  Jean  de  Stavelot. 

—  Jean  d'Outremeuse. 

—  Jean  le  Bel. 

—  Littéralement. 

—  Les  passages  entre   guillemets  et  accompagnés  de  ce 

signe  sont  ceux  que  nous  devons  à  l'obligeance  de 
M.  Mathelot,  qui,  à  la  prière  du  jury,  a  bien  voulu 
nous  communiquer  quelques  notes. 

—  masculin. 

—  menuisier. 

—  Patois  normand. 

—  Bemacle.  Dictionnaire  wallon-français. 

—  Boquefort.  Glossaire  roman. 

—  substantif. 

—  terme. 

—  voyez. 

—  verbo  (au  mot). 

—  wallon. 


VOCABULAIRE 


A 


Abio :  s.  'h.  (t.  de  charp.  el  men.  anc.  wall.  ablocq,  dans  le 
Cart.  'I«'  Bouv.  =  Tusseau,  morceau  de  i»< us  de  forme  cubique 
eu  ;i  peu  près,  qui  serl  à  soutenir,  maintenir  une  pièce  de  bois, 
un  fiai,  eie.  —  Rmcle  :  (tbl<> ,  ablon  =  étai.  —  Vieux  français  : 
abloc;  normand  :  ablot  —  Du  thiois  :  blok. 

Abioker;  v.  a.,  soutenir  au  moyen  d'une  cale.  —  Roman  : 
ablochier. 

A 

Abon;  s.  m.  il.  de  charp.)  aue.  wall.  aulbon,  ou  blan  bois. 
dans  les  Chart.  el  Privil.  =  Aubier,  aubours.  —  Voy.  Gggg.  el 
Rmcle.  Synonyme  du  wall.  blan  bois  ou  fâ  bois  =  littérale- 
ment faux  bois, la  partie  qui  se  trouve  entre  la pelotte =Yécorce 
el  li  cour  (à  Liège,  n»v/\  V.  Borms. ,  Gloss.  des houill.  =  le 
cœur;  on  désigne  ainsi  la  meilleure  partie  de  l'arbre.  Ex.  :  c'est 
de  cour  di  chêne).  —  Remarquons  que  le  chêne,  le  meilleur  bois 
de  notre  pays,  a  le  plus  mauvais  aubier.  —  Rqfrl  :  albe;  supplé- 
menl  :  aubour;  normand  :  aubet,  berry  :  aubours. 

Acajou;  s.  m.  =  acajou.  --  Dial.  ard.  :  Arkageou  Rmcle  : 
akageou.  — Lobel  :  akajou. 

Ageowtumain;  s.  m   (t.  de  charp.)    =  chevètre,  étrésillon. 

Lobel  :  agjontrumain  et  agjawtrumain.       ><  Se  compose  del 

pesé  (Tageowtumam  el  des  cowai  (Voy.  \"  cowai)  :  li  pess  d'ageow- 

tumain  esl  la  pièce  de  bois  qui  s'appuye  sur  les  deux  poutres 


—  o8  — 

du  plancher;  les  deux  cowai  sont  entaillés  dans  celles-ci  et  par 
l'autre  boul  portent  dans  le  mur  de  refend.  (M)  » 

Aguesse;  s.  !'.  (t.  de  charp.)  littéralement  :  pie;  ici  :  corbeau, 
console  ou  saillie  qui  porte  le  bout  d'une  poutre.  Le  wall.  se 
sert  aussi  du  mot  coirbâ  =  corbeau.  (Voy.  c&irba).  Rmcle  : 
koirba.  —  Lobet  :  boiitan  et  patinet.  —  «  Taquet  de  bois  qui  se 
cloue  aussi  contre  le  bras  d'une  chîvre  pour  servir  de  ranehet 
(M)  ».  Le  vieux;  français  agace. 

Agrappe;  s.  f  il.  de  se.  de  long)  littéralement  :  agraffe. 
Crampon  de  1er  à  angles  droits  qui  sert  à  retenir  la  pièce  de 
bois  sur  l'échafaudage.  (Voy.  v°  hour).  Elles  sont  de  deux  es- 
pèces. (V.  pi.  IV,  tig.  10).  Rmcle  :  agrap.  -  Du  cymrique  : 
crap. 

Ahal;   s.  f.  (t.   de  dieu. ;  =  tablette,  rayon  d'une  armoire, 
planche   horizontale.  Voy.  Gggg  :  Ahelète.  Même  signifie.  - 
Lobet  :  ahlett  et  taublett.  —  Cmpr.  le  simple  haie. 

Aiadbau  ;  s.  ni.  (t.  de  charp.)  =  entrait,  pièce  de  traverse  qui 
lie  les  deux  parties  de  la  couverture  dans  une  ferme.  (Voy. 
pi.  XV,  fig.  1 ,  A).  Signif.  encore  la  pièce  de  bois  qui  est  sous 
la  corniche, lui  est  parallèle  et  porte  les  cartoucK  =  cartouches. 
—  Lobet  :  aidbau. 

Airkette;  s  f.  (t.  de  charp. >  Diuiinutil  de  air  =  cintre. 
Arcade  de  bois  pour  la  construction  d'une  voûte,  d'une  baie  de 
porte  ou  de  fenêtre  ,  etc  —  V  Gggg.  v°  air.  —  Du  français  : 
arc,  latin  :  arcus. 

Aleinn  ;  s.  f.  (t.  de  charr.  et  inen.i  auc.  wall.  aleine  cl 
aulne,  dans  les  Ghart.  et  Privil.  =  alêne,  poinçon  qui  sert  à 
percer  des  trous.  —  Rmcle  le  donne  comme  outil  de  cordonnier 
exclusivement.  — Étym.  V.  Die/,  v°  Lésina. 

Alouraîr;  s.  f.  (t.  de  ebarr.  etmen.)=  la  lumière  d'un  rabot  . 
cavité  dans  le  fût.  On  dit   aussi   dans   le  même  sens  loumîr  et 


—  o9  — 

lârmîr.  —  Rmcle  :  Loumîr  =  Lumière.  —  Ane.  wall.  Lumire. 
dans  J.  d'Outrem.  el  .1  deStaveloI  :  — lârmîr  =  soupirail. Voy. 
Lobe!  :  airchi;  à  Spa  :  kalmîr. 

Andan;  voy.  \"  Balanss' 

Auseus;  s.  ni.  plur.  (t.  de  charr.j  =  Les  limons  de  la 
herse,  traverses  qui  portenl  les  cabillots,  les  dénis  de  la  herse. 
Dial.  ard.  Le  namurois  ansenoir,  ansetoir,  même  significat. 
(pi,  XIII,  fig.  1.  a  .  Le  wall.  désigne  sons  le  nom  de  raies  (b) 
les  traverses  réunissanl  les  anseus. 

Apouti ;  v.  a.  (t.  de  charp.  el  meu.);  auc.  wall.  apontier 
daus  J.  de  Stavelot;  appointer  dans  les  Chart.  el  Privil.  ;  litté- 
ralement :apprêter. — Aponti  al  courress'  =débrutir  une  planche. 
»  La  planche  dans  cel  étal  esl  trusquinée  sur  champ  pour  en  dé- 
terminer l'épaisseur ,  ensuite  retournée  sur  l'établi.,  mise  d'é- 
paisseur, dressée  sur  champ  el  planée  sur  la  lace  à  la  varlope. 

Ce  qu'on   dil  apouti  al  jondress.  Ainsi  apprêtées,  elles  s 

mises  les  unes  sur  les  autres  et  séparées  par  de  petites  tringles 
de  bois;  on  dil  alorsque  les  planches  sont  callaie(M..)» — Gachet, 
apointiei  ;  cmp.  rouchi  :  aponter. 

Arasmin  ;  s.  ni.  (t.  de  men.<  =  Arasement,  action  de  mettre 
de  niveau  el  à  la  même  hauteur  les  diverses  pièces  d'un  ouvrage. 
—  «  Extrémité  d'une  traverse  à  la  naissance  du  tenon,  laquelle 
vient  joindre  lemontanl  à  l'endroit  de  l'assemblage.  Trait  d 'aras- 
min =  le  tracé  fail  sur  les  pièces  qui  détermine  la  place  el  la 
grandeur  des  assemblages.  (M).  »  On  dil  aussi  aresege.  —  Rmcle 
el  Huberl  :  Arezeg.  Lobel  :  arasmain  et  aretzeg.  —  Cmpr.  nor- 
mand :  araser  =  couper  à  rase. 

Arête  :  s.  f.  (t.  de  charp.)  =  Arête,  angle  saillant  que  forment 
deux  faces  d'une  pièce  de  bois.  Le  dial.  ardenn.  employé  indif- 
féremment aress  ou  arête.  —  Tailler  à  viv'arête,  lorsque  tous  les 
angles  sont  bien  marqués.  Synonyme  'le  :•  Côper  à  blarike  teie 


•  —  .il» 

Du  simplement  :  doper  à  bhan,  Littératetttent  :  couper  à  blanche 
taille,  c.  à  d.  équarrir  à  arête  vive, de  manière  à  ce  qu'il  ne  reste 
ni  aubier,  ni  écorçe.  On  dit  encore  à  viv'  riess]  \oy.  Lobei. 

Arma;  s.  m.  (t.  de  men.i  anc.  wall.  arma,  armoire  el 
armoer,  dans  les  Ghart.  et  Privil.  =  Armoire.  Rmcle  :  arma. 
Lobet  :  aurmau.  —  Arma  è  tneur;  littéralement  :  Armoire  dans 
le  mur  =  Placard. — -Lobel  :  aurmau.  RqfrJ  :  armoire.  —  Rouchi: 
armoile  el  aumère.  —  Du  latin  :  armarium. 

Arminette  ;  s.  f.  (t.  de  meii.)  =  Emmielle,  petite  hache 
recourbée  dont  se  servent  les  menuisiers.  —  Cmpr.  Rqf'rt  : 
alermin.  —  Luxembourg  :  haivelet . 

Armon  ;  —  Gggg.  et  Lobet  :  aurmon.  M.  Gggg.  lui  attribue 
p.  328, d'après  une  C.  M.  le  sens  :  Pièce  de  bois  sous  un  chariot 
dans  le  sens  de  sa  longueur  (PL  XVI,  flg.  1,  a.)  C'est  un  espèce 
de  cadre  qui  posé  sur  l'avant-train  du  char  tourne  sur  pivot 
tandis  que  le  hamai  (b)  reste  fixe. 

Aruler  ;  v.  a.  (t.  de  charp.)  =  Poser  les  solives  d'un  plancher 
en  affleurement  avec  deux  autres  dont  on  a  d'abord  fixé  le  niveau. 
Ex.  :  arûler  les  terâss. 

Asijaliée  ;  s.  f.  (t.  de  charr.i  =  La  partie  <lu  rais  qui  l'ail 
coude  à  son  extrémité  près  de  Yaiveie  (Yoy.  v"  aweie)  et  qui  entre 
dans  la  jante  (,pl.  ILiig.o  a). — (t.  de  charp. )=Joue,ëpaulement, 
les  deux  points  d'appui  du  tenon.  —  Yoy.  Lobet  :  aspalé,  dimi- 
nuer la  largeur  d'un  tenon. 

Asseinbier  ;  v.  a.  (t.  de  charp.)  —  Assembler.  Rmcle, d'où  : 

Asseinbieg  ;  s.  m.  =  Assemblage.  —  Lobel  :  Asainbleg.  Les 
différentes  espèces  d'assemblages  se  désignent  sous  les  noms 
de  :  asseinbieg  par  moitaie  bois  =  assemblage  à  mi-bois 
(pi.  XV,  fig.  4)  ;  asseimbleg  a  coin'  d'arondc  =  assemblage 
à   queue  d'aronde    (ibid. ,  fig.    5),  cmpr.    pigeon   (t.   de  bim- 


—  6d  — 

belotier)  =  espèce  d*assembiagë  dans  le  genre  de  celui  à 
qtoeue  d'aronde  ;  asseinblëg  a  boit'  et  a  aweîe  =  à  tenon  et  mor- 
taise (ibid..  fig.  (i  ;  asseinbleg  à  e/foirt;ftttmflm=àenfOiirchemenl 
(tbfch  i  fig.  7)  ;  asseinblëg  à  irai  <£Jupiter  =  h  t rail  (Je  Jupîtéî 
(fig.  8)  ;  à  gueule  du  niim\  littéralement  à  gueule  de  raine  =  à 
repose!  à  paume  fig.  9)  :  il  \  a  encore  ^asseinblëg  à  guéwie  dît  lêît 
=àgueulede  loup;  à  languette  et  à  reneure=  à  languette  el  à  rai- 
nure; asseinblëg  à  clé  (ibid. .  fig.  3)  =  à  ciels  ;  asseinblëg  du  bois 
d'boutou  so  bout  =  aboutemenl  ou  abouement. On  «lit  aussi  abou- 
tèmin. — Asseinblëg  é'  n'anglé=  à  onglet.— A  Liège,  se  dil  aussi 
à  onglet,  c'est-à-dire  à  45°  connue  les  côtes  d'un  cadre  (pi.  W  . 
Bg.  I  ty.Assémèleg  quarte  =  assei»blage  earré(fig.  10).  —Expres- 
sion proverbiale:  assembler  à  côps  d'bonnet, littéralement  :  assem- 
blera coups  de  Inmnei  =  taire  un  tenon  maigre,  c'est-à-dire  que 

l'on  pourrait  l'aire  entrer  le  len lans  la  mortaise  en  se  servant 

d'un  bonnel  au  lieu  du  maillet.—  Efforchî=  v.  Afifourcher 
deux  pièces  de  bois. —  Voy.  Rmcle:  efonseur  =  enfonçure ,  el 
eintrutoiss  =  entretoise.  —  Dfcassdwôte?';v.==Désassembler.  — 
Rmcle  :  Dizasseinblé. 

Asseinblumain  ;  s.  m.  =  Assendtlemenf .  — v.Lobet  et  Rmcle. 

Assi  ;  s.  m.  I.  de  eliarr.i,  anc.  wall.  assi  dans  les  Ghart.  el 
Privil.  =  Essieu. —  Dial.  ard.  :  essi.  —  Rmcle  donne  l'une  et 
l'autre  forme. —  Rqfrt:  essoul.  —  rouchi  :  assi.  —  Luxembourg 

dibi.  —  Du  liilois  :  OS=  essieu. 

Atenihniain  ;  s.  m.  (t.  de  eliarp.  ci  nieii.i  =  Amaigrissement 
du  bots.  —  V.  Gggg.  ci  Rmcle.  :  ateni  =  amincir. 

Attique  ;  s.  f.  i.  de  incii.i  =  Châssis  d'imposte.  La  partie 
immobile  d'une  fenêtre  qui  se  trouve  an  dessus  de-  deux 
battants  =  vantaux.  •  Rmcle  donne  atik  avec  la  signification 
attique  du  français,   pi.  XI.  fig.  I.  ".   Voy.  imposte. 

Aurmon  ;  ^.  m.   i.  de  charr.   I un l  ard.  \<>\    \"  armon. 


—  62  — 

Aweïe  ;  s.  f.  (t.  de  charr.)  Littéralement  :  aiguille.  Extré- 
mité du  rais  qui  entre  dans  la  jante,  (pi.  II,  fig.  5,  />.)  (t.  de 
charp.);  anc.  wall.  awilhe  dans  Hemricourt.  Tenon,  extrémité 
d'une  traverse  qui  entre  dans  la  mortaise.  Remcle  :  aweie  = 
aiguille.  On  trouve  dans  l'anc.  wall.  enwilheir  =  attacher  au 
moven  d'un  tenon.  —  Du  lai  in  aciitus. 


Babecine  ;  s.  !'.  (t.  de  charp.)  ;  anc.  wall.  babescine  dans  les 
Chart.  ci  Privil.  =  Lucarne,  fenêtre  dans  un  toit.  Le  (liai.  ard. 
est  babicène.  Rmcle  :  bab-et-sinn.  Cmpr  :  barbaeane.  V. 
I>iez. 

Babeu  ;  s.  m.  (t.  de  charr.)  =  Planchette  que  l'on  attache 
aux  cornes  des  vaches,  bœufs  et  taureaux,  pour  les  empêcher  de 
donner  des  coups  de  cornes.  Cmpr.  Gggg  :  bambeû  =■  Visière  et 
Rmcle  :  babeu  =  Visière.  --  Notons  que  la  langue  wallonne  a 
trois  expressions  pour  traduire  le  français  :  Donner  des  coups 
île  cornes  :  bouter,  doguer  el  souki. 

Bâche;  s.  m.  M.  de  charron.);  anc.  wal\. bâche  dans  les  Chart. 
et  Privil.  ==  Bac,  ange.  —  Rqfrl  :  bock.  — Rouchi,  Limousin, 
Picard  :  bac  —  Berry  :  huche.  —  Du  thiois  :  bak. 

Bâche;  s.  f .  =  Toute  pièce  de  bois  servant  à  former  une 
paroi.  Anc.  wall.  baiche  dans  le  métier  des  tanneurs,  S.  Bor- 
mans,  p.  284.  —  Gggg  :  bâche.  —  Rqfrt  :  bauch.  Voy.  Lobet 
\"  lanbri. 

Bâchemin  ;  s.  m.  (t.  de  charp.)  =  Cloison.  V.  Gggg. 

Bâchî;  v.  a.  =  Lambrisser.  Gggg  el  Rmcle.  —  Lobet,  v" 
Baugy.  Ex.  :  bâchi  di  planche  in'  ouhireie,   in'  fîniess  =*  fermer 


—  63  — 

une   baie  de  porte  ,    une   baie  de   fenêtre   par  un  palis    en 
planches. 

B&chiheg;  s.  m.  =  Lambrissage.  Voy.  Rmcle. 

Bâchire  ;  s.  f.  (t.  <lii  men.  ci  charp.).  Ane.  wall.  bachier,  dans 
les  ('.liait,  et  Prix  il .  Lambris  ou  cloison  eu  planches.  Baehi 
d'planche.  Le  «liai.  ard.  esl  bâchi. 

Bâdet;  s.  m.  u.  de  charr.) ,  littéralemenl  :  baudet.  =  Banc 
sur  lequel  le  charron  se  met  à  cheval  (Voyez  pi.  III ,  flg.  2),  à 
l'endroit  (p)  pour  tailler  1rs  rais  et  échelons  serrés  entre  le 
coussinel  (v)  et  le  marteau  basculanl  (o)  qu'il  fait  manœuvrer  au 
moyen  du  pied  posé  sur  l'étrier  [q).  Gmpr.  le  français  âne  = 
l»anc  tic  menuisier.  La  fig.  .'{  présente  une  autre  forme  «le  bâdet. 
L'ouvrier  travaille  debout  placé  devanl  l'instrumenl  à  l'en- 
droil  (ï). 

Baïe  ;  s.    f.  (t.  de  meii.  et  charp.;  aue.  wall.  bailhe  dans  J. 
le  Bel.  ==  Garde-fou,  balustrade,  appui,  barre,  main  coulante,  la 
pallie  qui  recouvre  les  lialustresd'mi  escalier  et  qui  sert  d'appui. 
—  Rampe  d'un  escalier.  —  Rqfrt  :  baille.  —  Rouçhi  :  baille.  - 
Cmpr.  :  bâr  et  bârai.       Lobel  :  baurei  baiirai. 

Balance;  s.  f.  u.  de  charr.)  =  Pièce  de  beis  à  l'extrémité 
du  tiiiHMi  d'un  chariot,  à  laquelle  sont  tixés  les  deux  palonniers 
de  devant.  Voy.  Gggg  andaii  .  même  signification.  Voy.  v° 
trepsin  'pi.  IL  fig.  7.  b.) 

Baiivâ;  s.  iu.  u.  de  se.  de  long  et  de  charp.)  =  Baliveau.  — 
Rmcle,  Lobet,  balivaw,  Gggg  baiardai  et  bilordia,  même  signifi- 
cation. 

Bniis.son  ;  s.  m.  < i . de  charp. i  ane.  wall.  balisson  dans  lesGhart. 
••i  Privil.  =  poutrelle  qui  sert  à  couvrir  une  cave  non  voûtée 
•.•u  maçonnerie,   au  moyen   d'un   plancher  superposé.   Cmpr. 


—  «4 

In  signifie,  de  coukmin.  —  Étym.  du  français  balise,  lui-même  du 
latin  palitius  =  pieu. 

Baiouwia;  s.  m.  (t.  de  charp.)  =  Calibre  de  charpentier.  — 
V.  Gggg. 

Ban;  s.  m.  (t.  de  charp.  et  men.)  anc.  wall.  bancke  dans 
J.  de  Stavelot  =  Banc ,  établi.  — Rmcle,  ban.  —  Ban  di  scrini 
—  banc  de  menuisier.  —  D'so  de  ban  =  sous-établi.  —  Rqfrt  : 
tuméfie;  allemand  et  tlhois  :  bank;  Diez  :  v°  banca.  — d'où  : 

Banacof;  s.  m.  (t.  de  men.);  anc.  wall.  ban  a  coffre,  ban  à 
couff,  bances  a  coffre, ban  cl;  à  coffre  pour  eus  dormir,  dans  les  Re- 
gistres aux  greffes.  —  Gggg.  et  Rmcle.  —  Du  thiois,  bankoffer  = 
Caisse  ou  coffre  en  forme  de  banc. 

Basse  ;  s.  f.  (t  de  charp.)  dial.  ard.  =  Cheville  en  fer  qu'an 
pose  provisoirement  dans  les  assemblages  d'une  charpente  à  la 
place  des  chevilles  de  bois.  —  Cmpr.  Gggg  :  basenère  =  cheville 
en  1er  (planche  IV,  tlg.  11.) 

«  Bastâde  Rame  ;  s.  f.  (t.  de  men.)  littéralement  :  châssis 
bâtard  =  Châssis  dormant  d'une  porte  ou  d'une  croisée  auquel 
sont  attachées  les  ferrures  du  châssis  ouvrant  ;  la  traverse  infé- 
rieure du  châssis  dormant  s'appelle  Vsou  =  le  seuil.  (M)  » 

Bâta  ;  (voy.  v°  floïai.)  —  En  terme  d'agriculture  signifie  aussi 
un  morceau  de  bois  assez  lourd  que  l'on  suspend  au  cou  des  bes- 
tiaux, pour  les  empêcher  de  courir. Cmpr.  v°lamai — Débattre. 

Bâtant  ;  s.  m.  (t.  de  men.)  =  Vantai]  d'une  fenêtre,  d'une 
porte.  —  Cmpr.  Rmcle  :  pâmai  =  même  signification. 

Bateu  ;  s.  m.  (t.  de  jardin.)  =  batte ,  planche  assez  épaisse 
qui  porte  au  centre  un  manche  et  dont  se  servent  les  jardiniers 
poupfouler  la  terre.  Voy.  Gggg  :  balèteei  Lobet  .fonk,  même 
signification  (pi.  l\,  fig.  6.) 

Batte  ;  s.  i.    i.  tir  men.)  =  feuillure,  entaillure  au  bord  des 


—  65  — 

portes  et  des  fenêtres.  Elle  se  fait  au  moyen  d'un  rabot  appelé 
['(bïeress  (voy.  v°  rabo\.  —  Rqfrt  :  batte  et  battement.  Cmpr. 
Bonus.  Gloss.  dos  lionill.  batte,  d'où  : 

Battier  ;  v.  a.  Faire  une  batte  =  faire  une  feuillure.  La  langue 
wall.  a  aussi  l'expression  :  pousser  me  batte. 

Batti;  s.  m.  (t.  de  cliarp.)  =  Bâti,  assemblage  de  montants  et 
de  traverses;  se  dit  aussi  costé,  littéralement  :  rôle. 

Battire  ;  s.  f.  (t.  de  cliarp.  ),dial.  ard.  =  Aire  faite  de  planches 
pour  battre  le  bled.  Si  l'aire  est  en  terre  ou  en  argile,  on  la  spé- 
cifie sous  le  nom  de  battire  du  degne. 

Bau  ;  s.  m.  a.  de  eharr.)  =  Anneau  de  1er  adapté  aux  ex- 
trémités du  cadre  de  la  charrette  à  ridelles  et  aux  deux  bouts 
du  hamai (voy.  v°  hamai);  (pi.  I,  fig.  1  et  3.  x). 

Bedenne  ;  s.  f.  (t.  de  cliarp.  et  men.)  ==  Bec  d'âne,  outil.  — 
Voy.  Gggg  et  Lobet.  Il  y  en  a  de  différentes  dimensions;  quant 
au  taillant,  son  minimum  ordinaire  de  largeur  est  de  3  lignes 
et  son  maximum  d'un  pouce  et  demi.  Li  bedenne  à  flige  n'a 
pourtant  qu'une  ligue  de  largeur. 

Benai;  s.  m.  t.  de  charr.i  =  Giand  tombereau  sur  deux  roues, 
auquel  on  attelle  deux,  trois  cl  jusqu'à  quatre  chevaux  (PI.  XIV). 
—  Voy.  Gggg.  et  Lobet  —  Les  côtés  de  la  caisse  du  benai 
peuvent  s'ôter  à  volonté  ainsi  que  les  jiassons  (voyez  ce  mot);  il 
devient  ainsi  une  charrette  plate  qui  porte  le  nom  de  benai 
à  clnnin  (dial.  ard.)  —  Rqfrt  :  benel  —  tombereau;  vieux 
franc.  :  benneau  dérivé  de  banne  ou  benne.  —  Rouehi  :  baneau 
ou  béniau.  —  Lillois  :  begneau.  --  Picard.  :  begneu  et  benieu.  — 
Normand  :  banneau. 

Banne  ;  s.  f.  (t.  de  charr.),  dial.  ard.  =  banne,  charrette 
i\r>  charbonniers  de  bois,  grande  manne  tressée,  posée  sur 
un  cadre  de  charrette.  —  Du  celtique  benna  que  l'on  trouve, 


—  66  — 

avec  le  sens  que  nous  donnons,  dans  une  charte  de  Hesdin  de 
l'an  1000  (Hécart). 

Berwette  ;  s.  f.  (t.  de  chair.)  ;  anc.  wall.  berwette ,  dans  les 
Ghart.  et  Privil.  et  clans  la  Chambre  des  finances.  =  brouette. 
Voy.  Gggg  et  Rmcle.  —  Berwette  a  planch'  =  celle  dont  le 
fond  et  les  côtés  sont  garnis  de  planches.  —  RqfVt  :  browette.  — 
Normd.  et  Berry  :  berouette.  —  Voy.  Diez  :  biroccio. 

Beuze  ;  s.  f.  (t.  de  charr.).  =  pièce  de  fer  en  forme  de  man- 
chon ou  de  cylindre,  qui  est  insérée  dans  l'orifice  du  moyeu 
(pi.  II,  fig.  3  a);  d'où  : 

Beuzon  ;  s.  m.  =  fer  qui  traverse  le  moyeu  de  la  roue  d'une 
brouette  et  qui  fait  l'office  d'essieu  et  de  beuze  (voyez  v°  char)  ;  le 
dial.  ard.  est  bonsson.  —  La  forme  beuzon  se  rapproche  plus  de 
beuze.  —  Cmpr.  Lobet  :  bouson  =  pivot  et  moyeu. 

Biler  (s')  ;  v.  pronominal  =  se  fendre,  en  parlant  du  bois.  — 
V.  Gggg.  et  Rmcle.  —  d'où  : 

Biieur  ;  s.  f.  =  Gerçure,  cadran ,  fente  dans  le  bois.  —  Voy. 
Gggg.  —  Lobet  :  bilard.  —  On  dit  aussi  biheur  et  d'biheur,  fém. 
—  D'bilé  ou  dubilé  (dial.  ard.)  =  bois  gélif,  cadrané,  qui  a 
des  fentes.  —  On  dit  aussi  feint ,  fente,  et  findou,  masc.  et  fém., 
(dial.  ard.).  Le  féminin  est  à  Liège  et  a  Verviers  :  findowe.  — 
Cmpr.  Gggg.  :  Gadibiè  =  pièce  de  bois  pleine  de  fentes  ou  qui 
a  de  l'aubier  aux  arêtes.  —  Cmpr.  aussi  Lobet  :  dkrevlé. 

Birâ  ;  s.  m.  (t.  de  charr.);  anc.  wall.  birat,  biera,  byre,  dans 
les  Chart.  et  Privil.  et  bire  dans  J.  de  Stavelot.  =  Brancard,  ci- 
vière.—V.  Gggg.  et  Rmcle. —  Rouchi  :  béard. —  Normd  :  biard, 
peut-être  par  métathèse  de  birad.  —  Diez  v"  bara. 

Bizawe  ;  s.  f.  (t.  de  charp.)  ;  anc.  wall.  bissauwe,  dans  les  Chart . 
et  Privil.  =besaigûe,  outil  de  fer  taillant  par  les  deux  bouts, 
dont  l'un  est  en  bec  d'àne  (pi.  VII,  tig.  13,  a),  l'autre  en  ciseau  (b) 


—  67  — 

et  portant  au  milieu  une  poignée  (c).  Rmcle  v°  bizaw'  donne  la 
signification  sabot.  —  Rqt'rt  :  bisaigùe.  —  Dans  Rabelais  :  bezagùe. 
—  Rouehi  :  bisaique.  —  Du  latin  bis  acutus  —  doublement  aigu. 

Bodenne  ;  s.  f.  (t.  de  charr.).  =  la  partie  du  bras  de  la  char- 
rette qui  est  renflée  sous  la  caisse  (pi.  1,  fig.  1  ai  —  Par  analo- 
gie de  bodenne  =  mollet,  le  gras  de  la  jambe.  —  Voy.  Rmcle  : 
bodeinn,  et  cmpr  :  bodè  =  trapu,  gros  et  court. 

Boge  ;  s.  m.  (t.  de  se.  de  long  et  bûcheron),  anc.  wall.  boiye, 
dansJ.  d'Outrem.= tronc, souche.  Voy.  Gggget  Rmcle. —  Rqfrt. 

bogue. 

Boiîotte  ;  s.  l.  (t.  de  se.  de  long  et  bûcheron),  dial.  ard. 
=  Arbre  étêté  à  la  hauteur  d'un  ou  deux  mètres  el  dont  le  tronc 
est  couronné  de  nouvelles  pousses.  On  dit  dans  le  même  sens 
rabosse.  —  Voy.  Hubert  :  ranboss.  —  Cmpr.  normd  :  rabotte  = 
masse  d'un  bâton. —  Brohon,  s.  m.  (dial.  de  Stavelot),  anc.  wall. 
brouhon,  dans  la  Chambre  des  finances,  a  la  même  signification 
que  les  précédents. 

Boihier  ;  v.  a   it.  demen.).=  faire  de  la  mauvaise  menuiserie. 

Bois;  s.  m.  (t.  de  charp.,  charr.  et  men.).=  bois.  Voy. 
Rmcle. — Bois  d'bout  ou  ron  bois— bois  de  grume,  en  tronçon  ou 
en  bille,  ni  équarri,  ni  débité  avec  la  scie,  coupé  de  certaine 
longueur  et  convenant  aux  ouvrages  do  charronnagè.  —  Bois 
d'eherpinte  =  bois  de  charpente,  de  construction  ;  se  dit  aussi 
bois  d'eheptireie.  —  Blan  bois.—  arbres  dont  le  bois  est  blanc 
et  le  tissu  tendre.  On  comprend  sous  cette  dénomination  gé- 
nérale :  le  sapin,  mélèze,  peuplier,  etc.  Le  meilleur  de  tous 
s'appelle  :  franc-picard;  le  plus  mauvais  :  commun  blan  bois. 
(Voyez  v°plop  el  sapin).  —  On  désigne  sous  le  nom  de  tinrbois 
=  bois  tendre  :  le  platane,  saule,  tilleul,  marronier,  bouleau, 
aulne,  bourdaine,  etc.  Voy.  Lobe!  :  tair  boi).—  Cmpr.  Rerry  : 
bois-blanc,  arbre  à  tissu  tendre:  saule,  peuplier,  etc.  —  Du 
thiois  :  bosch  =  bois. 


68 


Bondiet  ;  s.  m.  (t.  de  se.  de  long.)  =  Bondieu,  coin  de  bois 
qui  placé  entre  les  planches  du  tronc  à  scier  sert  à  donner  plus 
de  facilité  pour  manœuvrer  la  scie  de  long  (pi.  V,  partie  a). 

Bossai  ;  s.  m.  (t.  de  charp.)  =  La  marche  palière  d'un  esca- 
lier, celle  qui  n'ayant  que  deux  pouces  de  largeur  termine  un 
escalier  et  s'ajoute  au  palier  (pi.  XI,  flg.  2,  &.). 

Bouhette  ;  s.  f.  (t.  de  charp.).—  Repoussoir  ou  pousse-fiche, 
broche  pour  faire  sortir  les  chevilles.  —  De  bouhi  =  frapper. 

Boutan;  s.  m.  (t.  de  se.  de  long).  Voy.  houlmain  (t.  de 
charp.)  et  aguesse. 

Boutisse  ;  s.  f.  (t.  de  charp.)  =  Contre-boutant,  contrefiche, 
pièce  de  bois  posée  obliquement  pour  soutenir  ou  contrebuter 
un  arbalétrier. 

Bovet;  s.  m.  (t.  de  men.).  =  Bouvet,  sorte  de  rabot  pour  faire 
les  rainures  (pi.  VI,  fig.  9).  Il  y  en  a  de  différentes  espèces  : 
bovet  du  deux  pesses  =  bouvet  composé  d'un  rabot  et  d'un  régu- 
lateur (pi.  VI,  fig.  7.);  bovet  à  filet—  tire-filet;  bovet  à  panai 
=  à  panneaux;  bovet  àembrever  =  hemboviïïeteY{\oy.renbrevéj. 

ssraquet  ;  s.  m.  (t.  de  charr.).  =  Scie  à  manche,  semblable 
à  un  passe-partout  de  grande  dimension  (pi.  XII,  fig.  9).  Cmpr. 
Lobet  :  braket  =  braquemart,  glaive,  coutelas. 

Bride  ;  voy.  v°  toheler. 

Buzai  ;  =  s.  m.  (t.  de  charr.),  voy.  v°  mûzài. 


C^ 


Cabriolet  ;  s.  m.  (t.  de  men.)  =  Scie  à  débiter;  sa  longueur  est 
d'ordinaire  d'un  mètre  trente  centimètres  ;  pour  la  manœuvrer, 
il  faut  généralement  deux  ouvriers  (pi.  VII,  fig.  5). 

Cagète  ;  s.  f.  (I.  de  charp. )  =  Chasse-clou,  Gggg  :  cacheté.  Du 


—  69  — 

thiois  :  keg,  kegge  =  coin.  Voyez  la  lettre  de  M.  J.  Bormans  a 
M.  Gggg.,  p.  52,  sur  Les  éléments  thiois  de  la  langue  wal- 
lonne. 

Ca.geter  ou  Cag'ter ;  v.  a.  =  Enfoncer  un  clou.  —  Dicageter, 
l'aire  sauter  les  clous  hors  du  plancher. 

Caïebottes  ;  f.  pi.,  dial.  ard.  =  branches  de  chêne  écorcésur 
pied,  moins  fortes  que  le  pelwai  voyez  ce  mot),  et  dont  on  fait 
des  fagots  plus  petits  que  le  fagol  ordinaire. 

Gaïefc  ;  s.  m.  (t.  demen.).  =  Bûchette  et  petite  cheville  qui 
maintient  la  mèche  d'un  vilbrequin  (pi.  IV,  fig.  16,  a).  On  nomme 
spécialement  :  caiet  âïwindai  la  partie  du  vilbrequin  qui  porte  la 
mèche  ci  qui,  dans  les  vilbrequins  en  bois,  s'emmanche  au  bout 
(pi.  IV,  fig.  17).  Gggg.  :  caiet.  —  Rmcle  el  Lobel  :  keyet  =  talon 
en  bois.  —  Voy.  pour  l'étym.   la  Lettre  de  M.  .1.  Bormans  à  M  . 

(lero  n       i\     47 
ui)DO''    Y'    *'" 

Cale  ;  s.  f.  (t.  de  men.).  =Cale,  ce  qu'on  pose  sous  une  pièce 
de  bois  pour  la  mettre  de  niveau.  —  Voy.  Rmcle  :  rihosse  —  cale; 
du  grec  :  •  *xuu  =  abaisser. 

Gaibote  ;  s.  f.  t.  de  se.  de  long.)  =  Creux  dans  le  tronc  d'un 
arbre,  l'ait  par  la  main  de  l'homme.  On  dit  aussi  dans  quelques 
localités  :  halbote. —  Voy.  Gggg.  :  calebote,  petite  armoire.  — 
Rmcle  :  kalbott,  petite  boite.  —  Huberl  :  halbott  et  Loin!  : 
çharbott.  —  Chabote,  s.  1'.  =  Creux  dans  le  tronc  d'un  arbre  l'ait 
par  la  nature.  Tous  deux  du  dial.  ard.  —  Voy.  aussi  Gggg.  et 
Rmcle  :  chabotte.  Cuipr.  Berry  :  cabotte,  même  signification. 
— D'où  chaboter.  Gggg.Rqfrl  :  chapoter,  hacher,  couper. 

camelot;  s. m. (t.  de  cli.irp.  el  men.).  =la  maille  ou  Heur  du 
bois  qu'on  dil  aussi  en  wallon  :  l'fleûr  de  bois.  — Voy.  Gggg.  v" 
mespati\r[  pour  ce  m*'!  empr.  mesplas—pièce  de  bois  sciée  d'un 
côté,  note  2,  p.   283  du  métier  des   tanneurs,  S.  Bormans.  — 


—  70  — 

L'pôr  de  bois  =  Cernes ,  c'est-à-dire  les  cercles  concentriques 
qu'on  voit  sur  la  tranche  d'un  arbre  coupé  sur  bout. 

Canif;  s.  m.  (t.  de  men.  et  bimbelotier).  =  outil  assez  sem- 
blable à  Yécreneu  (v.  ce  mot),  ou  au  coûtai  a  /'  sipalle  (v.  ce  mot), 
et  qui  n'a  pas  de  rapport  avec  le  canif.  —  Voy.  Rmcle. 

Cartouche  ;  s.  ('.  (t.  de  charp.).  =  Chanlatte,  coyau. 

Cawuron  ;  voy.  v"  errer. 

Chabotte  ;  voy.  v°  calbotte. 

Chaîne;  s.  m.  (t.  de  charp.  et  men.);anc.  wall.  chaisne 
dans  la  Chanib.  des  finances  ;  chesne  dans  Mélart.  =  chêne, 
arbre. 

chaînette  ;  s.  t.  (t.  de  charp.)  =  pièces  de  bois  que  l'on  place 
entre  les  solives  pour  les  affermir  quand  celles-ci  ont  trop  de 
portée;  elles  sont  ou  clouées  ou  assemblées. 

Chame  ;  s.  f.  (t.  de  charr.);  auc.  wall.  chame,  dans  les  Chart. 
et  Privil.  = jante  d'une  roue.  — V.  Gggg,  Rmcle  et  Lobet.  — 
Les  roues  sont  faites  de  quatre,  cinq,  six  ou  septjantes.  —  Chame 
d'on  spldion,  littéralement  :  la  jante  «l'un  traîneau,  la  partie 
courbe  du  bas  d'un  traineau  sur  laquelle  se  cloue  la  bande  de 
fer.  —  Chaîne  (fine  îpre,  voy.  ipre.  — «  Chame  d'on  pusse,  litté- 
ralement :  jante  d'un  puits,  le  rouet,  assemblage  de  madriers 
à  joints  recouverts  débillardé  en  forme  d'anneau  sur  lequel 
est  assise  la  maçonnerie  du  cuvelage  d'un  puits  (M.)»  —  Lpatron 
(Fine  chame  =  jeumérante ,  petite  planche  de  bois  qui  sert  de 
modèle  pour  tracer  les  jantes  d'une  roue.  — Rqfrt.  gante.  — 
Berry  :  chante.  —  De  canthus  ou  xaveô?.  —  D'où  :  Chamlou,  adj. 
Propr.  =  en  forme  de  jante;  se  dit  d'un  individu  qui  est  bancal 
(dial.  ard.) 

Char;  s.  m.  (t.  de  charr.);  anc.  wall.  chare,  chair,  dans  les 
Chart.  et  Privil.  ;  chare, dans  les  Pawillarts  ;  Àar,dans  Jean  leBel.— 


—  71   — 

Char  h  quatre  roues  (pi.  XIX).  —  Voy.  Gggg  et  Rmcle.  L'avant- 
train  porte  sur  le  premier  essieu  Varmon,  (a)  (voyez  ce  mot),  el 
est  uni  à  l'arrière-train  ou  second  essieu  par  la  longe  (c)  (voyez 
ce  mot).  —  Li  custell  (d)  les  deux  bras  qui  sonl  indépendants 
du  corps  du  char,  sont  attachésà  Varmon  (a)  el  retenus  par  un 
bonsson  e)  qui  passe  dans  des  œillets  en  fer  (f). —  Rqfrt.  :  car  el 
kar.  —  Rouchi  :  car.  —  J>u  latin  :  carrus.  D'où  le  diminutif: 

Chârai;  s.  m.  (t.  de  charron). Littéralemenl  :  petil  char.  Bâti 
en  bois  monté  sur  deux  roues  el  qui,  dans  Y  errer  a  rôlett  (voy. 
ce  mot),  serl  à  porter  la  flèche  de  la  charrue  (pi.  VIII,  lig.  2). 
Composé  :  1"  de  Ppresse,  la  sellette  a),  qui  se  hausse  à  volonté 
en  jouant  dans  les  glissières  [d)ei  sur  laquelle  repose  l'extré- 
mité de  la  flèche  de  la  charrue;  2°  de  l'foche  de  charai,  litt. 
fourche  du  charai,  le  timon  (fig.  -2.  c).  Au  bâti  sont  suspendus 
2  anneaux  [h  par  lesquels  passenl  les  lignoules,  brides  ou  cordes 
qui  servenl  à  diriger  le  cheval  ou  les  bœufs  (voy.  v°  errer).  - 
Le  dial.  ard.  l'appelle  aussi  essihai  =  petit  essieu,  diminutif 
d'essi,  qui  dans  plusieurs  endroits  se  dil  par  contraction  echhai. 
—  A  Verriers .  le  charai  porte  le  nom  de  chairoulhaie.  Voy. 
Lobet . 

Chîirai;  il.  de  se.  de  long  et  de  bûcheron),  désigne  encore  : 
deux  petites  roues  unies  par  un  essieu  qui  sert  à  reposer  l'ex- 
trémité des  arbres  ou  grosses  pièces  de  bois,  que  l'on  trans- 
porte sous  1rs  charrettes  à  ridelles. 

Chàrli;  s.  m.  =  charron  ;  anc.  vvall.  charlier,  dans  les  Cbarl. 
et  Privil.  Le  métier  des  Charliers avail  pour  patron  St-Eloi,  en 
wallon  :  Elauieov  Elwet  el  Notre-Dame  des Patteniers. 

Cherette  ;  s.  f.  t.  decharr.);  anc.  wall.  cherrette,  dans  les 
Ghart.  el  Privil.  el  dans  J.  d'Outremeuse.  =  Charrette.  —  Che- 
rette a  liutt\  littéralemenl  :  charrette  à  échelles  =  charrette  a 
ridelles.    Voy.  \    haie).  —  Berry  :  charte  =  charrette  à  ridelles, 

(pi.   1,   fig.   1    d'nll  : 


-     72  — 

Cheriot  ;  s.  m.  (t.  de  charr.).  =  Chariot.  Rmcle.  —  Désigne 
encore  en  dial.  ard.,  une  espèce  de  chaise  dans  laquelle  on  ap- 
prend aux  enfants  à  marcher,  et  un  rouet  à  filer. 

Cherî  ;  s.  m.  =  Chartil,  hangar  pour  remiser  les  charrettes 
et  les  charrues. 

Chepter  ;  v.  a.  (t.  de  charp.).  =  faire  de  la  charpenterie,  char- 
penter,  équarrir  des  pièces  de  bois.  —  Rqfrt  :  chapuiser — d'où  : 

ciieptî  ;  s.  m.  =  Charpentier.  —  Gggg.  Rmcle.  Le  métier 
avait  saint  Joseph  pour  patron.  —  Rqfrt  :  chapuis. 

cheptîreie  ou  cheptreie  ;  s.  f.  =  Charpenterie,  Rmcle. — 
Rqfrt  :  chapusie,  chaipusie. 

Chergeu  ;  voy.  v°  houlmain. 

Cherowe  ;  voy.  errère. 

cherpeinte;  s.  f.  (t.  de  charp.).  =  Charpente, ferme,  cloison. 
—  Lobet  :  cherpaid.  —  L'inte-deux  d'ine  cherpeinte  --=  l'espace 
vide  entre  les  cadres  d'une  charpente  où  l'on  maçonne.  En  dial. 
ard.  :  païou;  anc.  wall.  pailhouh  dans  Hemricourt  et  palhou 
dans  J.  de  Stavelot.  — A  Liège,  cherpeinte,  signifiant  cloison,  se 
dit  :  chesse  al  pareu.  —  Rqfrt  :  carpentement  et  (supplément)  câr- 
pentaige.  —  Normand:  cherpente.  —  Rouchi:  carpente, —  d'où  : 

Gherpeinter  ;  v.  a.  =  Charpenter.  Rmcle. 

Cherpeintreie  ;  s.  f.  =  Charpenterie.  Rmcle. 

Chesse;  s.f.  (t.  de  se.  de  long).=Espèce  de  palette  semblable 
au  battoir  des  blanchisseuses  dont  se  servent  les  scieurs  de  long 
pour  faire  entrer  le  bondiet  (voy.  ce  mol)  entre  les  planches. 
(PI.  V,  fig.  2).  —  Voy.  Lobet,  chess.  —  De  chessi  =  chasser, 
forcer  de  sortir  ou  d'entrer. 

Gheyre  ;  s.  f.  (t.  de  men.);  pour  l'auc.  wall.  ou  trouve  les 
formes  :  chaière,  chayère,  eaière,  châtier,  cimier,  dans  J.  de  Sta- 
velot. —  Chaière,  châtier,  chair,  chaire,  chayer,  chayr,  cheier  dans 


73  - 

J.  d'Outremeuse.  -  Chair,  chaire  et  choyer,  dans  les  Chart.  et 
Privil.  =  Chaise. —  Voy.  Gggg.  et  Rmcle.  —  Rqfrt  :  cheyere.  — 
Rouchi  :  cahière. — Normd.  et  Berry:  chaire. —  Du  latin  cathedra. 

Chezi  ;  s.  m.  (t.  de  meii.).  =  châssis.  —  Rmcle  et  Lobet.  — 
Chezi  battant=  châssis  battant,  qui  intercepte  le  veut. —  Chezi 
dàrnunt  ou  simplement  donnante  meneau  (V.  Rmcle  v°  dor- 
mant). —  Contre-chezi  =  contre-chassis.  Rmcle.  —  Doh-cliezi , 
s.  in.,  ancien  wall.  :  châssis  d'oulerie  (voy.  Ch.  et  Privil.,  p.  50), 
=  double  châssis,  châssis  sur  un  autre.  —  A  Vielsalm  chezi 
signifie  un  appui  de  fenêtre. 

Chiveïe  ;  s.  f.  (t.  de  charp.).= Cheville. —  Dial.de  l'Ardenue  : 
chuveïe  ou  ch'veie.  —  Proverbe  :  ottan  d'tros ,  ottan  di  ch'veïes, 

littéralement  :  autant  de  trous,  autant  de  chevilles,  ce  qui  peut 
s'interpréter  de  différentes  manières. 

Chivii  ou  Chvii  ;  dial.  ard.  chuvii  ;  auc.  wall.  achewillié, 
S.  Bormans,  Métier  des  tanneurs,  p.  284.  =  Cheviller.  — 
Dichvii  ou  £  chvii  =  décheviller.  —  Dial.  ard.  duchvii. 

Civir  ;  s.  f.  (  t.  de  men.  et  charron);  ancien  wall.  civier,  dans 
les  Ch.  et  Privil.  =  Civière,  brancard  avec  ou  sans  pied.  — 
Rmcle.  Voy.  Lobet  :  sivi.  —  Civir  d'ine  cherette  ou  d'cm  henai , 
espèce  de  baquet  en  bois  abords  peu  élevés,  suspendu  par  quatre 
bouts  de  chaînes  sous  le  henai  et  dans  lequel  le  voiturier  met  des 
objets  de  première  nécessité  (pi.  XIV  a).—  Le  henai  porte  encore 
sous  sa  caisse  l'coff",  le  coffre,  mis  à  demeure  et  fermé  à  l'aide 
d'une  serrure  (b).  A  l'arrière,  il  porte  une  toile  forte,  suspendue 
par  les  quatre  coins  en  forme  de  hamac,  dans  laquelle  ou  met  du 
foin,  de  la  paille,  etc.,  et  qui  porte  le  nom  de  forendret  (c). 

cizai  ;  s.  m.   i.  decharp.  <i  men.);  anc. wallon  :  siseaix,  dans 
les  Chart.  el   Privil.  =  Ciseau.  —  Lobet  et  Rmcle:  sizai.  — 
Cizai  à  coinne  ,  lin.  ciseau  à  coin,  =  empenoir.  —  Fourmoi  = 
fermoir,  nez  rond,  ciseau  dont  le  tranchant  or  eu  biais. 
Rqfrt.  chisel ,  cisel,  —  Diez  \"  cincel. 


_  74  — 

Cizeu  ;  s.  m.  (t.  de  men.)  =  tringle  de  bois  horizontale  et 
rendue  mobile  (planche  IX,  fig.  4  a),  au  moyen  de  2  pivots  (o) 
scellés  à  la  muraille  (b).  Au  bout  de  cette  tringle  est  suspendue 
une  crémaillère,  =  crama  (c),  à  laquelle  s'attache  le  crasset  (d), 
lampe  à  crochel  qui  peut  se  baisser  ou  se  hausser  et  sert  h 
éclairer  l'ouvrier  travaillant  le  soir.  De  cize,  soirée. 

cia  ;  s.  ni.  (t.  de  charp.  et  men.),  anc.  wall.  clans  à  pont  — 
clous  à  pointe,  dans  J.  de  Stavelot.  —  Clans  à  claweir  dans  J. 
d'Outremèuse.  =  Clou.  Gggg.  etRmcle. 

Les  charpentiers  et  menuisiers  employent  différentes  espèces 
de  clous,  qui  sont  :  les  cla  (Vont:  ;sous-enteudu  pôce),  c'est-à- 
dire  qui  ont  un  pouce  de  long.  —  «  Cla  d'onc,  di  2,  3,  o,  10,  13, 
20,  30,  40,  50,  60,  etc.,  c'est-à-dire  qu'une  livre  de  compte 
contient  autant  de  pièces  que  le  n°  indique  (M.)  » —  Cla  d'iattes 
à  tiesse=  clous  de  lattes  à  tête,  qui  ont  deux  pouces  de  long.  — 
Cla  à  liesse  platte  =  à  tête  plate,  employés  pour  la  charpente. — 
Cla  d'pavéà  tiesse perdowe,  clou  de  plancher  à  tête  perdue,  c'est- 
à-dire  à  tête  rabattue  (  s'appelle  aussi  cla  d'planchî)  =  clou  de 
plancher  d'un  pouce  et  demi  de  long  et  d'une  demi-ligne  carrée. 
—  Cla  d'ouhe  —  de  porte.  —  Cla  d'pindmain=  de  pentures. — 
Cla  d'serre  =  de  serrure.  —  Cla  du  4  côps  —  de  4  coups,  dont 
la  tète  porte  la  marque  de  4  coups  de  marteau  (dial.  de  Sta- 
velot). —  Cla  du  dosseau  ,  un  peu  plus  grand  que  les  clous  de 
lattes.  —  Cla  d'aidan  =  grand  clou  qui  coûtait  un  aidan  la 
pièce.  —  Cla  d'tapis  =  de  tapisserie.  —  Les  clous  portant  des 
noms  spéciaux  sont  :  les  braques  =  broches,  servant  à  clouer 
les  chevrons  Gggg.  Rmcle  ;  Rqfrt.  broc,  broche,  broque; 
Normd.  broque.  Du  thiois,  brok.  —  Hanicroche  =  clou  re- 
courbé à  2  pointes;  Lobet  hanikrochet  ;  en  dial.  arden.,  cla 
d'coistrai;  de  hanicroche,  nom  d'une  arme.  Du  latin  :  hamus 
==  hameçon,  haim  crochu.  —  Uplat-stoque  =  grand  clou  à 
tête  plate,  pour  attacher  les  plinthes.  Plat-stoque  à  2  liesses,  v. 
Lobet.  — Les  pontes  di  Paris,  ou  simplement  pontes,  =  pointes. 


—  75  — 

—  Les  sclutes  =  clous  à  tête  rabattue,  d'un  quart  et  demi-pouce 
de  long,  employés  dans  la  menuiserie.  -  Voy.  Gggg.,  miète  = 
petit  clou.  D'où  : 

ciawer  ;  v.  a.;  auc.  vvall.  claweir, dans  J.  de  Stavelot  et  dans 
J.  d'Outremeuse ;  clawer,  dans  les  Chart.  et  Privil.  =  Clouer.  — 
Rmcle  klawer  — Diclawer  =  déclouer  ;  dial.  arden.  duclawer. 

—  Riclawer  —  reclouer  ;  dial.  ard.  :  ruklnwer. 

ciawter  ;  fréquentatif. 
Clapette  ;  Voy.  v"  froion. 

Glappe  ;  s.  f.  d.  de  se.  de  long);  auc.  wall.  clappe  dans  les 
registres  de  la  Chambre  des  finances  ;  claps  dans  les  Chart.  et 
Privil.  =  bourdillon,  bois  refendu  propre  à  faire  des  tonneaux. 

—  Voy.  Cambresier.  —  Cmpr.  rouchi  :  clape,  merrain. 

Clé  ;  s.  f.  (t.  de  charr.)  =  Clef.  —  Rmcle  :  clé  inglesse,  s.  f. 
=  clef  anglaise,  clef  d'écrou  en  forme  d'S.  ;  clé  d 'on  cruskin  , 
clef  de  trusquin,  voy.  v"  cruskin  (pi.  VII,  fig.  46)  ;  clé  d'on  ser- 
geant,  clef  d'un  sergent,  voy.  v"  sergean;  clef  d'on  guide,  clef 
d'un  guide,  voy.  v° guide. 

cachet  ;  s.  m.  t.  de  charr.  i;  anc.  wall.  clichet,  dans  les  Chart. 
et  Privil.  =  Tombereau.  Voy.  Rmcle.  Le  dial.  arden.  désigne 
sous  ce  nom  la  charrette  qui  ne  bascule  pas,  dont  les  bras  ne 
sont  pas  indépendants  de  la  caisse  de  la  charrette,  et  ce,  à  la 
différence  e\u  tape-cou  :  voy.  ce  mot  ;  toutes  deux  ont  la  même 
forme  (pi.  X  i.  On  appelle  Vtiess  de  clichet  (littéralement  :  la  tête 
du  clichet),  la  partie  qui  l'en  ne  la  caisse  derrière  les  liras.  (1M.X,  i). 

ciippe  ;  s.  f.  (t.  de  bûcheron);  dial.  arden.  =  gros  bois  d'un 
fagot,  sans  branches  ni  rameaux. —C'est  un  pelwai (voyez  ce 
mot),  coupé  à  grandeur  du  fagot. 

/.'[«hernie  ou  faguenne  =  fagot,  se  compose  :  1°  des  clippes. 

—  Rql'ri  :  clipon,  même  signification  ;  2°  des  rains,  m.  pi.  — 
branches  séchées  avec  rameaux  dont  on  se  serl  aussi  pour  sou- 


76 


tenir  des  plantes  grimpantes.  —  Dict.  des  spots  :  avu  on  rainfou 
di  sfaguenn=  littéralement  avoir  une  branche  hors  de  son 
fagot,  être  fou;  3°  des  ramaies  ==  traines,  ramilles,  menues 
branches  et  feuilles  mortes  dont  on  emplit  le  milieu  du  fagot 
pour  lui  donner  de  l'apparence.  Le  bûcheron  qui  employé  ce 
subterfuge  et  trompe  ainsi  sur  la  qualité  de  la  marchandise  en 
mettant  par  trop  de  ramaies,  appelle  cet  amas  de  ramilles  =  on 
vai,  litt.  un  veau  ;  4°  //'  hàr,  =  la  hart,  toujours  en  double,  lie 
le  tout.  Voy.  v"  tnasloque  et  waroquai. 

Coin  ;  s.  m.  (t.  de  chair.,  charp.  et  inen.)  ==  morceau  de 
couenne  de  lard  pour  graisser  la  scie.  —De  coiène,  couenne. 

Coinne  ;  s.  f.  =  coin,  angle  et  corne.  —  Rmcle.  Par  analogie, 
de  corne.  —  (T.  de  chair.),  dial.  arden.  =  aideau,  perches 
passées  dans  les  barres  ou  les  ridelles  dans  une  charrette  à  Mie 
pour  soutenir  les  charges  élevées  (pi.  I,  tig.  1  b).  — Fiers  du 
coinne=\\[[.  :  fers  d'aideau,  espèce  d'étriers  enfers,  adaptés  au 
sîge,  et  dans  lesquels  s'engagent  les  aideaux.  (PI.  I,  tig.  1  c). 

coivdai  ;  s.  m.  (t.  de  se.  de  long).  =cordeau  enroulé  sur  une 
bobine  (en  dial.  ard.  boubenne),et  dont  les  scieurs  de  long  se  ser- 
vent pour  batt  titrait, c'est-à-dire  tringler.  On  se  sert  pour  frotter 
le  cordeau,  selon  les  lieux,  de  trois  matières,  qui  sont  :  1°  Fcroie 
=  la  craie;  2°  Pwarsclte ,  s.  f.,  le  noir  de  fumée  délayé  dans  de 
l'eau  encollée  et  pétri  eu  pâte;  dial.  de  Stavelot  swarse  (de 
l'allem.  schwartz,  noir);  3° d'une  pierre  schisteuse,  onctueuse, 
semblable  à  la  plombagine,  qu'on  trouve  à  Spa,Franeorchamps, 
appelée  pyrophyllade  bitumineuse.  Ligne,  s.  f.,  dial.  de  Slave- 
lot  :  même  signification  que  coirdai.  Voy.  Gggg.  linioule. 

Goistresse  ;  s.  f.  (t.  de  charp.).  —  arêtier,  pièce  de  bois  qui 
forme  l'arête  de  la  croupe  d'un  comble.  Dans  un  comble  il  y  a  : 
le  faitage,  l'arêtier  et  la  noue.  «  Les  pièces  de  bois  de  la  char- 
pente qui  les  forment  s'appellent  ;  vienne  di  fiessmain,  panne  de 


—  77  — 

Jaitage;  vienne  M  cois  tresse,  panne  d'arètiér,  et  vienne  di  nowe, 
panne  de  noue  (M.)  »Voy.  Lobet  :  kôisstî. 

colonbege  ;  S.  01.  =  Colombie.  —  Voy.  Rmcle. 

nontrè-fïge  ;  s.  f.  =  Conire-tiche.  Rmcle. 

contrè-forer  ;  v.  a.  =  Si1  servir  du  contrè-foreu,  fraiser. 

contrè-foreu  ;  s.  ni.  =  Fraise,  outil  j>onr  faire  la  noyure, 
c'est-à-dire  le  trou  pour  araser  la  tête  d'un  clou,  d'une  vis; 
«  pour  rendre  conique  le  trou  déjà  percé,  on  se  sert  de  la 
horlette  ou  mèche  chandelle  (M).  »  (pi.  IV,  ftg.  19.) 

montré-lame  ;  s.  f.  =  (loutre-lame.  Hmcle. 

contré-latte;  s.  f.  =  Contre-  latte  ;  forte  latte  qui  soutient 
les  autres  entre  les  chevrons  d'un  comble.  Rmcle  et  Lobet.  — 
Signifie  aussi  :  planche  volige  qui  se  cloue  contre  les  lattes  d'un 
toit  en  ardoises. 

Contrè-manî  ;  s.  m.  =  Étai,  pièce  de  bois  pour  fortifier.  Lobet. 

Contré-marche  ;  s.  f.  =  Contre-marche.  Voy.  v°  marche. 

Contrevint;  s.  m.  =  Contrevent, espèce  de  volet. Voy  Lobet. 

Tous  les  mots  composés  de  contre  se  disent ,  selon  les  dia- 
lectes, contri  ou  vont  ru. 

Côp  d*fier:  s.  m.  (t.  de  se.  de  long);  litt.  :  coup  de  fer  = 
Traces  raboteuses  et  parallèles  que  porte  une  poutrelle,  une 
planche ,  etc. ,  et  qui  proviennenl  de  chaque  coup  de  la  scie  de 
long  (Voj .  fier). 

oôpas;  s.  m.  t.  de  charr.  charp.,  et  men.). Compas. Dial.ard.  : 
compas.  Li  branche  ou  Vbresse  d'on  tapas,  la  branche  ou'  le  bras 
d'un  compas  ;  on  dit  aussi  l'jambe,  la  jambe. 

Il  y  a  différentes  espèces  de  compas  :  F  compas  d'rond  ou  di 
speheur,  compas  sphérique  ou  d'épaisseur,  dont  les  branches 


—  78  — 

sont  en  ellipse  (pi.  IV,  fig.  4.)  ;  côpas  horizontal,  compas  des 
charrons  et  carrossiers,  plus  souvent  appelé  guide  (Voy.  ce  mot) 
(pi.  IV,  fig.  7)  ;  côpas  divizeur  oup'tit  divizeur,  compas  des  table- 
tiers  et  bimbelotiers  (pi.  IV,  fig.  8). 

Gôper;  v.  a.  =  Couper.  Rmcle  et  Lobet.  Côper  al  soie,  v.  a., 
débiter  à  la  scie;  côper so  coinne-,  v.  a.,  litt.  :  couper  sur  coin, 
ébiseler. 

Côpresse;  s.  f.  (t.  de  se.  de  long),  dial.  ard.  =  la  scie  hori- 
zontale des  scieurs  de  long).  Voy.  Rïssep  (pi.  XII,  fig.  7). 

Copli;  s.  m.  (t.  de  charron).  =  Palonnier;  raie  ou  tringle  qui, 
dans  ies  attelages,  sert  à  coupler  les  chevaux  (pi.  II,  fig.  7); 
elle  s'attache  au  trepsin  (voy.  ce  mot,  et  balance  et  raietrait). — 
Lobet  :  PaJoni,  même  signification.  —  De  copier,  coupler,  atta- 
cher par  couple. 

Coroiîisse;  s.  m.  (t.  de  charp.)  ;  anc.  wall.  comisse,  dans  les 
Chart.  et  Privil.  =  Corniche,  couronnement,  fronton.  On  dit 
aussi  corniche,  fém.  —  Normand  :  corniche.  —  Diez  v°  comice. 

corroï;  v.  a.  =  Corroyer  le  bois,  en  ôter  la  superficie  gros- 
sière, l'aubier.  —  Rmcle  donne  :  coroyé  =  corroyer.  —  «  Si- 
gnifie aussi  :  Planer  et  dresser  en  retour  d'équerre  pour  être 
ensuite  tracé  et  débité  (M).  » 

côte;  s.  f.  (t.  de  men.).  ==  battement,  côte,  tringle  de  bois 
mince,  rapportée  sur  la  rive  d'un  battant  de  porte,  de  croisée 
ou  de  volet,  pour  recevoir  l'autre  battant  et  cacher  la  jointure. 
—  Voy.  Lobet  :  KM. 

cougnaie;  s.  f.  (t.  decharp.);  anc.  wall.  cougnée,  dans  les 
Chart.  et  Privil.;  congnie,  dans  les  Reg.  de  la  Chamb.  des  fin.; 
coingnie  dans  J.  le  Rel.  =  cognée  (pi.  IV,  fig.  9).  —  Dial.  ard.  : 
cougni.  —  Rqfrt  :  quignie  et  coingnée.  —  Berry  :  cognie  et  cou- 
gnie.  —  Picard  :  quignie.  —  Du  latin  cuneus. 


—  79  — 

coukmain  ;  s.  ni.  (t.  do  charp.).  =  Gîte,  pièce  do  bois,  fort 
pelwai{voy.  ce  mot),  qui  serl  à  former  le  plafond  d'une  étable. — 
De  couki,  coucher.  Gmpr.  balisson. 

couniet;  s.  m.  il.  de  charron  et  bûcheron).  =  (loin  à  fondre. 
—  Voy.  Gggg.  oi  Rmcle.  — (t.  do  charp.).  =  Pelit  coin  qu'on 
lait  entrer  dans  la  tête  fendue  d'une  cheville  pour  l'empêcher  de 
sortir.  —  Rqfrt  :  cunel.  —  Picard  :  cuignet.  —  Du  latin  cuneus. 

<:ourerèsse  ;  s.  f.  (t.  de  cliarp.  et  men.).===Rifflard,  demi-var- 
lope, espèce  de  rabot  (PI.  VI,  fig.  3).  On  dit  aussi  rifflard. 
Le  mot  arden.  désigne  le  rabot  toul  entier,  le  liégeois  désigne 
le  fer  du  rabot.  Rmcle,  faisant  de  la  courerèsse  la  varlorpé,  se 
trouve  en  désaccord  avec  M.  Bormans  (voir  la  lettre  mention- 
née, p.  38). —  Courerèsse  à  n'on  fier,  h  un  seul  fer,  ayant  un 
seul  ciseau  dans  la  lumière  ;  courerèsse  à  deux  fiers,  qui  a  deux 
ciseaux  ;  petite  courerèsse ,  demi-varlope.  — La  courerèsse  (t.  de 
charr.)  =  outil  en  fer  muni  d'un  manche  pour  tracer  des  mou- 
lures sur  le  moyeu.  —  De  cori  =  courir. 

coûtai  à  deux  mains  ;  s.  m.  (t.  de  charr.).  Litt.  couteau  à 
deux  mains,  =  piano  (voyez  plenne).  (PI.  XII,  fig.  12).  —  Coûtai 
d'bois,  sorte  de  coin  qui  se  place  dans  la  rainure  de  la  flèche  de 
la  charrue  pour  donner  de  l'inclinaison  au  coûtre.  —  Coûtai 
tferrér  (Voy.  errer».  Coûtre. —  Coûtai  à  li  spalle  ou  à  l'  sipalle  = 
lia.  couteau  à  l'épaule  ;  espèce  de  lame  adaptée  au  bout  d'un 
manche  que  l'on  appuyé  à  l'épaule  et  qu'on  dirige  de  la  main.  Du 
latin  :  cultellus. 

cowai  ;  s.  in.    (t.  de  charp.).  =  Goyau,  bout  de  chevron 
ssanl  soit   l'aplomb  d'un  toit,  soit  toul  autre  ouvrage  de 
menuiserie.  Le  dial.  de  l'Ardenne  est  cawai.  • —  Berry  :  coyau. 
—  bc  cowe,  queue. 

crama  :  s.  m.  =  Crémaillère.  Voyez  cizeu  et  sergeant. 


—  80  - 

cramiette;  s.  f.,  diminutif  de  crama.  =  Crémaillère.  Rmcle. — 
(t.  de  charp.).  =  Crémaillère  en  fer  à  deux  branches  mobiles 
entre  lesquelles  on  suspend  le  moyeu  pour  le  durcir  au  feu 
(PL  IV,  fig.  13).  Est  aussi  désigné  sous  le  nom  de  :  Vpindan  fier, 
litt.  le  fer  pendant.  Dû  Ihiois  :  kram,  crochet,  ou  mieux,  de 
Kçtfina  :  je  suspends. 

creppe  ;  s.  f.  (t.  de  charr.;;  anc.  wall.  creppe,  dans  J.  d'Ou- 
tremeuse.  =  Crèche  à  moutons.  —  Rqfrt  :  crêpe, même  signifi- 
cation. De  l'allemand  krippe. 

cresse  ;  s.  f  (t.  de  charp. ).=  Crête.  Voy.  Rmcle  :  cresse  de  teu, 
la  crête  du  toit. 

cresse  ;  s.  f.  (t.  de  charr.,  charp.  et  men.).  =  Copeau.  — 
Voy.  hututu. 

crette  ;  s.  f.  (t.  de  charr.)  =  Frette,  cercle  de  fer  qui  en- 
toure le  moyeu  d'une  roue.  Le  moyeu  en  porte  d'ordinaire 
trois,  dont  deux  sur  le  bouge  (pi.  II,  fig.  3  d),  et  le  troisième 
touchant  à  l'essieu  (fig.  3  e).  Ce  dernier  s'appelle  spécialement  : 
cretle  di  cou,  litt.  frette  du  cul. 

croctai  ;  s.  m.  =  Crochet.  —  Le dial.ard.  est  crohtai.  —  Croctai 
d'  ratnîre  ;  litt.  :  de  retenue  ;  ragot,  crochet  en  fer  qui  se  trouve 
sur  chacun  des  bras  d'une  charrette  (pi.  I,  fig.  1.  d.)  —  Croctai 
cïtôhlege  (voy.  v°  tôhlége). 

crohtai  ;  s.  m.  (t.  de  bûcheron)  ;  dial.  ard.  =  Instrument  qui 
sert  à  porter  en  bandouillière  le  fiermain  (voy.  ce  mol).  Il  con- 
siste en  un  petit  bois  courbe, long  de  10  à  12  centimètres, portant 
au  milieu  une  fente  longitudinale  et  aux  deux  extrémités  duquel 
est  attachée  une  corde  (pi.  IV,  fig.  2). 

cruskin  ;  s.  m.  (t.  de  charr.,  charp.  et  men.)  =  Trusquin, 
instrument  qui  sert  à  marquer  la  largeur  des  tenons  et  des  mor- 
taises (pi.  VII,  fig.  4);  ïclé  (b)  sert  à  fixer  la  planchette  (a).  Du 


—  81  — 

thiûis  :  kruisken ,  petite  croix  (voir  la  lettre  de  M.  J.  Bormana  à 
M.  Gggg.,  p.  49.) 

custeiie  ;  s.  f.  (t.  de  charr.).=  Le  brancard  el  l'espace  com- 
pris entre  les  deux  bras  du  brancard  ;  Cmpr.  le  wall.  crustale 
(t.  de  mines),  brancard;  oh  trouve  dans  les  Ghart.  et  Privil., 
p.  82  :  Bras  de  brustelles  Mante  pour  crustelles?) ,  civiers  et  toutes 
autres  minutes  concernantes  chares  et  charettes.  —  Voy.  Lobet  : 
cl-charett,  même  signification. 

cuzi  ;  s.  m.,  dial.  ard.;  anc  wall.  cahier,  dans  les  Chart.  et 
Privil.  =  Étui  en  bois  que  les  faucheurs  portent  à  la  ceinture  et 
dans  lequel  ils  mettent  li  queu,  la  pierre  à  aiguiser. — Voy.  Gggg. 
coin  et  gohi;  à  Viel-Salm  :  coirni,  parce  qu'il  est  souvent  fait  d'une 
corne  ;  Luxembourg  :  cornier;  à  Limbourg  :  boultai.  Rouchi  et 
Picard  :  queusse.  —  Berry  :  coffineau. 


I> 


Daguet  ;  s.  m.  (t.  de  charr.)  ;  anc.  wall.  daguet  et  daghet, 
dans  les  Ghart.  et  Privil.  ;  daget  et  daghuet,  dans  les  Reg.  de  la 
Chainb.  des  lin.  ;  daghet,  dans  J.  de  Stavelot.  =  Goudron.  Gggg., 
Rmcle  et  Lobet.  —  Signitie  aussi  vieux  oint  :  graisse  faite  de 
lard  et  de  suif  broyés  dont  les  charrons  se  servent  pour  oindre 
l'extrémité  de  leur  tarière  et  les  charretiers  pour  oindre  le  bout 
de  l'essieu.  Les  opinions  varient  sur  la  signification  exacte  de 
daguet;  les  uns  le  donnent  comme  signifiant  goudron, les  autres 
comme  signifiant  cambouis.  Lobet  donne  les  deux  significa- 
tions. —  Huberl  :  daket,   goudron;   Rouchi   :  daguet.' —  Ses 

composés    sont    :  dagler,  goudr ter;  dagleg,  goudroninigL'; 

dagleu,  goudronneur. 

Daiie  ;  s.  m.  (t.  de  charp.).  =  Volige, planche  de  bois  légère. 
—  Rmric  v  del  et  dail.  —  Gmpr.  Gggg  :  deie,  tome  II,  p.  XX, 

6 


82 


et  édeii,  planchéier.  —  Pour  l'étymologie,  voy.  la  lettre  de  M.  J. 
Bormans  à  M.  Gggg. 

Dame  ;  s.  f.  (t.  de  charron).  =  Chambrière  ou  servante  :  le 
bâton  suspendu  pnr  un  crochet  au  bras  de  la  charrette,  et  quel- 
quefois aussi  à  l'arrière  dans  le  benai,  qui  sert  à  soutenir  la 
charrette  au  repos,  à  lui  conserver  la  position  horizontale.  (PI. 
X,  flg.  1  rt,  et  pi.  XIV  e).  Par  analogie  de  dame,  lue.  Rmcle.  et 
Lobet.  —  Dame  d'ouhlet,  s.  f.  (t.  de  charr.),  =  la  pièce  de  bois 
qui,  sur  chacun  des  ouhlets  ou  vanteaux  de  la  charrette,  occupe 
le  milieu  et  est  rappliquée  verticalement  (pi.  VIII,  fîg.  3  a). 

Damseï  ;  s.  f.  (t.  de  charr.,  charp.  et  men.).  =  Mâchoire, 
pièce  de  l'établi  qui  serre  les  planches,  fait  l'office  de  l'étau.  — 
Lobet  et  Rmcle  donnent  dammzel,  demoiselle. 

D'biter  ou  dibiter  ;  v.  a.  =  Litt.  débiter,  scier  une  pièce  de 
bois  en  planches  ou  en  billes.  —  Dial.  arden.  :  dubiter.  Dlnter 
e  rïanglé  ou  e  squére,  débiter  en  angle  ou  eu  équerre,  débil- 
larder,  couper  une  pièce  de  bois  diagonalement- 

D-foutrain  ;  s.  m.  (t.  de  charp.).  =Dosse,  madrier,  première 
tranche  de  sciage  d'un  bois  en  grume.  —  Voy.  v°  horron  etflaclie. 

Diclimper  ;  v.  a.  (t.  de  charr.,  charp.  et  men.).  =  Dégauchir, 
regarder  si  la  surface  d'une  pièce  de  bois,  ou  d'une  planche, 
forme  un  plan  droit. — Dial.  arden.  Duclimper.  Le  wallon  dit  ad- 
verbialement d'un  objet  qu'il  est  di  climpeur  ou  fait  climpeur, 
selon  qu'il  est  ou  non  de  niveau;  se  dit  aussi  d'une  surface  dont 
le  plan  est  ou  n'est  pas  droit. 

Dijetté  ;  adj.  =  Dejetté.  Rmcle.  —  Voy.  v°  hiner. 

Diiarder  ;  v.  a.  =  Délarder,  rabattre  les  arêtes  en  chanfrein. 
Rmcle.  —  Lobet  :  d"laurdé,et  dkvauîieg,  refuite  donnée  à  un  ou- 
vrage assemblé. 

D6cine  ;  s.  f.  (t.  de  men.).  =^  Genre  de  moulure  formée  d'une 
courbe  concave  à  côté  d'une  convexe.  Voy.  v"  ogive. 


—  83  — 

Drabéne  ;  s.  f.  (t.  de  charr.).  =  Cuiller,  bandage  de  fer  qui,  en 
dessous  de  l'essieu,  relie  ce  dernier  au  hinon  ou  équignon  (voj 
v°  hinon).  On  en  pose  généralement  deux,  quelquefois  quatre 
(Voy.  pi.  Il,  fig.   1  a).  —  Voy.  Lobel  :   draubaine  ei  sek  dessi  ou 
sekleg  dessi. 

Dressî  ;  v.  a.  't. de  chai -r.,eliarp.  et  men.).  =  Dresser.  Rmcle. 
—  Dressi  inc  planche,  recaler,  unir  avec  la  varlope;  se  dit  aussi 
plené  ou  apontî,  litt.  planer,  apprêter,  ou  encore  digrohi,  lilt. 
dégrossir,  bûcher  une  pièce  de  bois.  — Cmpr.  Gggg  :  dibiarder 
et  Lobet  :  biavdé. 


a<: 


Ecasser;  v.  a.  (t.  de  chair.,  charp.  et  men.).  —  Enchâsser, 
encastrer.  —  Voy.  Gggg.  ecasî.  «  Ecasser  a  fleur,  enchâsser  en 
affleurement  »  (M). 

Echhai  ;  Voy.  v°  charai. 

Ecrener;  v.  a.  (t.  de  charp.) ;  ane.  wall.  encrenneis,  dans  le 
Métier  des  Tanneurs,  p.  284.  =  1°  Creuser  une  pièce  de  bois 
jiour  y  emboîter  une  antre;  2°  se  servir  de  Vécreneu. 

Ecroneu  ;  s.  m.  —  Espèce  de  lame  de  canif  adaptée  au  bout 
d'un  long  manche  dont  on  se  sert  pour  faire  des  crins,  crans. 
Voyez  Lobet  etkreneg. 

Egré  ou  Gré;  s.  m.,  anc.  wall.  greis,  dans  J.  de  Stavelot,  J. 
d'Outrcmeuse  et  le  Cartulaire  de  Bouvigne.  =  Escalier,  t]t%vr. 

Eligi;  s.  t.  (t.  de  îneu.j.  =  Alezes,  menues  planches  étroites 
dont  la  réunion  forme  une  porte.  —  «  Eligi',  v.  a.  =  Diminuer 
un  champ  sur  nue  partie  de'  la  largeur  et  conserver  une  saillie 
sur  l'autre,  synonyme  de  ravalement.  Ex.  :  on  panai  eligi.  »,(M). 

Epeueure;  .>.  f.  M.  de  men.  et  charp./.  =  Lattis  sur  le  mur  de 


—  84  — 

pignon  d'une  maison,  qui  sert  à  garantir  la  muraille  de  l'hu- 
midité et  de  la  pluie. 

Époste;  s.  f.  (t.  de  men.).=  Traverse  horizontale  de  Yattique 
(voy.  ce  mot)  d'une  fenêtre  ou  d'une  porte,  séparant  le  châssis 
dormant  du  châssis  ouvrant.  —  Dial.  ard.  :  imposte  (pi.   XI, 

fig.  iyC). 

Errére;  s.  f.  (t.  de  chaiT.)  ;  anc.  wall.  arreis,  areis,  arreits  , 
dans  les  Chart.  et  Privil.  ;  Vareiz,  l'areier,  hereirs,  dans  les  Reg. 
delà  Chamb.  des  fin.  =  Charrue,  arraire.  Du  latin,  avare.  — 
Se  dit  aussi  cheroive;  anc.  wall.  cheruwe,  dans  les  Chart.  et 
Privil.  —  Picard  :  carme.  On  ne  se  sert  dans  notre  province 
que  de  deux  espèces  de  charrues  :  Verrére  à  pî,  litt.  :  charrue 
à  pied,  charrue  sans  avant-train,  et  Verrére  à  rolette ,  litt.  : 
à  roulettes. 

Cette  dernière(pl.  VIII,  fig.  1)  se  compose  de  :  1°  l'grèll,  s.  m., 
l'âge,  hayeou  flèche  (fig.  1  a)  ;  2°  li  lûr,  s.  m.,  le  soc  \b).  Hu- 
bert M,  même  signification.  De  liiri ,  déchirer;  3°  / 'coûte  ou 
coûtai,  s.  m.,  le  coutre  (r);  4"  Prisse,  s.  m.,  anc.  wall.  riesse, 
rièse,  dans  les  Chart.  et  Privil.  =  le  versoir,  demi-manchon  qui 
refoule  la  terre  (cl)  ;  5°  pî  de  riss,  le  manche  du  versoir  qui 
s'appuie  sur  le  cep.  Lobet  :  riss  (lobe Ir esse  ,  double  versoir  ; 
6°  li  sprinke,  s.  m.,  bois  flexible  qui ,  passé  dans  un  œillet,  sert 
à  incliner  le  coutre  à  gauche  ou  à  droite  (e)  ;  7"  Les  na'ies , 
f.  pi.,  tous  les  fers,  bandages  qui  garnissent  la  charrue  (/'); 
8°  Vcowe  di  Verrére,  litt.  :  la  queue,  le  manche  ou  mancheron  (g). 
Le  dial.  ard.  emploie  aussi  l'expression  :  l'pougnaie  ou  l'cawu- 
ron.  Voy.  Lobet;  9°  l'tiesse  di  Verrére,  litt.  la  tête,  le  cep, 
c'est-à-dire  la  partie  en  bois  {h)  h  laquelle  s'adapte  le  soc  (b). 

Estaie;  s.  f.  (t.  de  charp.  et  charr.)  ;  anc.  wall.  astel,  dans  J. 
d'Outremeuse,  astelle,  dans  J.  de  Stavelot.  =  Copeau,  éclat  de 
bois,  partie  de  bois  enlevée  par  la  hache,  la  cognée,  Gggg.  et 


—  88  — 

Rmcle.  —  Lobet  :  eslcl.  (Voy.  v°  hachérotte).  —  Rqfrt  :  eslailc, 
estelle  et  astelle  —  Normand  :  atalle;  —  Rouchi  :  elcllc;  — 
Diez,  v°  ascla. 

Estige;  s.  m.  ;  dial.  ard.  —  ÉtâgC.  — A  Liégé  :  ostège. 


F 


Fâmain;  s.  m.  (t.  de  cliarj). >  ;  anc.  wall.  faulxmains,  dans  les 
Chart.  et  P'rivil.  =  Manche  de  faux  (pi.  IX,  fig.  o,  a).  —  Berry  : 
fauxmanche.  Voy.  v°  rapoit  roule.  —  De  faux  et  main. 

Fawe;  s.  m.,  âne.  wall.  fawe  el  /<;«  ,  dans  les  Reg.  de  la 
Ghamb.  des  fin.,  fauve,  dans  les  Chart.  et  Privil.  =  Hêtre, 
arbre.  —  Rql'rt  :  fau,  fou  et  /a#.  =  Rouchi,  berry,  normand, 
fait.  —  Du  latin  :  fagus. 

Fendresse;  s.  f.  ;  aue.  wall.,  dans  les  Chart.  et  Privil.  =  Es- 
pèce de  liaehe.  Voyez  findrai,  Gloss.  des  bouilleurs.  Bonus. 

Fier;  s.  ni.  --Fer.  —  Fief  â  planche,  ou  simplement  fier, 
litt.  fer  aux  planches,  scie  de  long  qui  est  manœuvrée  ver- 
ticalement par  d'eux  hommes  (pi.  XII,  lig  4).  Elle  est  munie 
de  deux  poignées;  l'une  fixe,  au  haut  (c)  et  l'autre  mobile,  au 
bas  (fig.  »>.  ai.).  Voyez,  y"  saboV.  Fier  à  r'ssep  ou  simplemenl  : 
r'ssep,  scie  de  long  horizontale.  Voy.  v°  Rssep  el  côpresse.  La 
première  sert  à  scier  les  arbres  selon  leur  tii;  la  seconde  à  les 
scier  sur  bout  (pi.  XII,  lig.  7). 

Fiermaln;  s.  ni.  (t.  de  bùeliei on;  ;  ane.  wall.  fermeau,  dans 
les  Cb.  el  Privil.;  ferment,  fiefment,  dans  les  lteg.de  laGhamb. 
des  lin.  el  dans  les  l'awillarls.  =  Grande  serpe1  de  bûcheron. 
—  Cggg  :  ferment.  —  Rql'i.  :  fermant.  —  Lillois  :  fernient, 
fjermint  (pi.  IV,  lig.  i,  a). 


—  86  — 

Fiesmain;  s.  m.  (t.  de  chat  p.;.  =  Faitage. —  Vienne  di  fies- 
main.  Voy.  v°  Coistresse  et  jambe  d'air. 

Filîr;  s.  f.  (t.  de  charp.).  =  Filière,  pièce  de  bois  qui,  dans 
les  couvertures  de  maisons,  porte  les  chevrons.  — Lobet  et 
Rmcle.  —  (T.  de  chair.).  Les  filifs  d'ouhlet,  les  deux  pièces  de 
bois  qui,  sur  le  vantail  d'une  charrette,  sont  mises  aux  deux 
côtés  et  servent  à  former  la  rainure  dans  laquelle  le  vantail 
glisse  (pi.  VIII,  tig.  3,  b). —  (T.  de  sc.de  long)  ;  voy.  v°  houlmain. 
Du  latin  :  filum. 

Finiesse;  s.  f.  (t.  de  men.);  anc.  Wall,  feniestre,  dans  les 
Chartes  de  Saint-Lambert;  fenestre,  dans  les  Chart.  et  Privil.  et 
dans  J.  d'Outremeuse.  =  Fenêtre.  Voy.  v°  attique,  bastadè  rame, 
rame. 

Fiache  ;  s.  m.  (t.  de  charp.).  —  Madrier  et  dosse.  —  Lobet, 
flah,  bois  flache,  bois  dont  les  arêtes  ne  sont  pas  vives;  pre- 
mière partie  du  bois  équarri  ou  scié. 

Fiahes;  f.  pi.  (t.  de  ehan\).=Planches  qui  servent  à  exhausser 
les  bords  d'une  charrette.  (PI.  X,  fig.  1,  b).  —  Le  dial.  ard. 
se  sert  plus  souvent  de  rahausse;  Hubert  :  rihauss.  —  Gmpr. 
houja  ;  anc.  wall.  xhoge,  xhonge,  dans  les  Chart.  et  Privil.  = 
Planche  qui  sert  à  retenir  le  fumier  sur  le  chariot.  —  Cmpr. 
Gggg.  :  chamia. 

Flige;  s.  I.  (t.  de  men.).  =  Penture  d'une  porte  ou  d'une 
fenêtre  (pi.  XI,  tig.  1,  b).  -  Gggg.  :  flige,  fiche,  cheville  de  fer. 
Patte  d'une  flige,  la  partie  qui  entre  dans  la  rainure  du  châssis 
dormant,  comme  le  tenon  dans  la  mortaise. 

Floïai;  s.  m.  (t.  d'agricult.)  ;  anc.  wall.  flaieis,û-Ans  i.  d'Outre- 
meuse; flaial,  dans  le  Cartulaire  de  Bouvigne.  =  Fléau  à  battre 
(pi.  9,  tig.  8).—  Rqfrt  :  flael ,  flaiel  ;  supplément:  flaiaus. 
—  Luxembourg  fiais  ;  normand  (liais  ;  picard  fleyeu  ;  lorrain 
fia  y  et. 


—  87   - 

Il  se  compose  de  :  1°  ïmanténne  ou  mantènne,  s.  f . ,  le 
manche  (a).  Luxembourg  montagne  ;  normand  maintient,  mou- 
tain  ou  maintain;  —  de  main,  tient;  2°  l'chappe ,  s.  t., 
ferrure  iiui  termine  le  manche  en  forme  d'œillet  (b).  Berry  et 
normand  chappe;  3°  Vlo'ieure}  s.  T..  cuirel  (c)  qui  unit  la  chappe 
(Normand  <■«/><'/  au  batla;£°  battu,  s.  m.,  partie  du  fléau  qui 
frappe  l'aire  </ .  Normand  Ja  batte.  (Voy.  v°  fraMa). 

Foïcresse;  s.  f.  =  Rabot  à  faire  les  feuillures  (pi.  VI,  fig.  8). 

Fonseûre;  s.  f.  t.  de  cliarp  .  =  Madrier  OU  planche  ('paisse 
de  4  à  5  centimètres,  sciée  sur  quartier.  —  Voy.  Gggg. ,  t.  II, 
p.  25.  —  La  fonseûre  esl  employée  pour  les  marches  d'escalier. 

—  Lobet  :  reilledu  fonseure=  fourrure,  pièce  ou  tringle  de  bois 
dans  la  muraille,  quand  il  n'y  a  pas  assez  de  place  pour  mettre 
des  lambourdes.  Cmpr.  Rouchi  fotiçure  =fond  d'un  lit. 

Foré^e;  s.  m.  't.  de  charr. .  charp.  et  men.).  =  Forage  d'un 
trou  avec  la  tarière. 

Forer;  v.  a.  =  Forer.  —  Rmcle. 

Foreu;  s.  m.  =  Perroir,  outil.  —  Rmcle  donne  foreu  =  ou- 
vrier qui  fore.       Du  latin  forare. 

Formain  ;  s.  m.  =  Madrier,  planche  de  chêne  très-épaisse. 

—  Lobet  :  hoformain.  Cmpr.  v°  (Ffoutrain. 

Foùme  ;  s.  f.  i.  île  men.);  auc.  wall.  fourme,  dans  J.  de 
Stavelol  ;  forme  de  liet,  dans  Mélart  et  dans  les  Gharl  et,  Privil. 
=  F>oi>  de  lit.  —  Oh  dit  aussi  foûme  di  lé.  -  Gggg.,  Rracl.  et 
Lobet.  —  Rqfrl  .fourme;  Rouchi  :  fourme. 

Froïon;  s.  m.  i.  de  charron  ;  dial.  ard.  =  Perche  l'aile  ordi- 
nairement de  bouleau,  que  l'on  attache  le  long  des  ridelles  de  la 
charrette  au  moyen  de  chaînes,  de  manière  à  la  faire  arc-bouter 
contre  les  jantes  ouïe  moyeu  de  la  mue,  et  qui,  parle  frottement, 
enraye  la  roue  dans  les  pentes.     De  froï,  frotter, froisser. — Les 


—  88  — 

clapettes  sont  un  autre  moyen  fort  employé  dans  le  même  but 
sur  les  routes  montueuses  de  l'Ardenne.  Il  consiste  en  perches 
flexibles  de  chêne  [clippes  :  voy.  ce  mot)  ou  préférablement  de 
charme,  au  nombre  de  quatre  ou  six,  attachées  longitudinale- 
ment  a  l'essieu  au  moyen  des  chaînes  di  clapettes  (pi.  II ,  fig.  1)- 
Dépassant  de  chacun  des  côtés  les  rais  des  roues,  d'un  bon 
pouce,  elles  enrayent  la  charrette.  —  De  chiper,  frapper,  à  cause 
du  tic-tac  produit  par  le  frappement  des  clapettes  sur  les  rais.  — 
Ces  deux  moyens  d'enrayer  ont  fait  place  à  la  mécanique  (voy. 
ce  mot). 


Gadibié;  s.  m.  Voy.  v°  Hier. 

Gaîio;  s.  m.  (t.  de  chaiT.).  —  Chariot  à  quatre  roues.  Haut 
d'un  pied  et  demi  ou  à  peu  près,  il  est  composé  d'un  fort  cadre, 
posé  sur  quatre  roues  pleines  sans  rais. 

Gatte;  s.  f.  (t.  de  charr.  et  de  bûcheron).  =  Chèvre  (pi.  XI, 
fig.  3).  — Voy.  kzi.  —  Lobet,  cii  volet.  —  Gatte  désigne  aussi  un 
instrument  qui  sert  à  soulever  la  roue  ou  le  train  d'une  voiture 
(pi.  XI,  fig.  4). 

Gise,  s.  m.  =  Solive,  toute  espèce  de  pièce  de  bois  destinée 
à  servir  de  support.  Dial.  ard.  gite;  normand  gite;  du  thiois 
vyze. 

Giva;  s.  m.  (t.  de  men.i;  anc.  wall.  gyvaz,  dans  Hemricourt. 
—  Manteau  et  tablette  ou  corniche  de  la  cheminée. 

Givèie;  s.  f.  (t.  de  se.  de  long);  anc.  wall.  givée,  gyvée,  dans 
les  Chart.  et  Privil.  ;  givée  de  mairains,  dans  la  Tab.de  la  Chamb. 
des  fin.  =  Train  de  bois  flotté. 

Golé;  voy.  v°  leu  et  muzai. 

Gouge;  s.  f.  (t.  de  charr.,  charp.  et  men).  =  Gouge,  outil 


—  89  — 

pour  foire  les  mortaises;  pitite  gouge,  litt.  :  petite  gouge, 
=  gouge  tte.  Luxembourg  goube.  D'où  eyougi;  v.  ;t.  — 
gouger. 

Govion ;  s.  m.  (t.  de  çharr.,  oharp.  el  uien.).=  Goujon,  che- 
ville de  ici-  ou  de  bois.  —  Trôs  £  govion  (t.  de  charr.), 
trous  que  chaque  jante  porte  à  chacun  des  bouts,  pour  être  as- 
semblée (pi.  3,fig.  o,  a).  — Rqfrt.  :  goignon]  gougon.  — Du  latin  : 
gobio. 

Grawia;  s.  m.  (t.  de  charp.  el  riuiri'.i.  =Gurette,  outil  donl 
se  servent  les  charpentiers  el  les  charrons  pour  enlever  au  fond 
d'une  mortaise  ou  du  trou  creusé  par  la  tarière,  le  moirhon  ou 
petite  saillie  du  bois  (pi.  IV,  fig.  lo  .  —  Do  grawi,  fouiller.  — 
Voy.  \    moirhon. 

Gretteu;  s.  m.  il.  de  charr.);  liit.  grattoir,  outil  pour  tracer 
sur  1»'  moyeu  les  cercles  <>ù  doivent  être  posées  les  frettes  ci 
l'endroil  oit  doivent  être  posées  les  mortaises  des  rais  (pi.  IV, 
fig.  12).  Rmcle.  -  Cmpr  :  gretteu,  Gloss.  <\c>  houil.  —  De 
gretter,  gratter  ;  allemand  :  kratze,  grattoir. 

Grèll  ;  s.  m.  Voj .  \"  errére. 

Gueuïe;  s.  I.  ;  litt.  gueule,  =  lumière  d'un  rabot.  —  Voy.  v 
aloumir.  —  Rabot  à  deux  gueuïes,  rabot  qui  porte  deux  lumières 
(pi.  V],  fig,  2,  a). 

Guiaime;  s.  m.  (t.  de  charp.  et  men.i.  =  Guillaume,  espèce 

de  rabot  pi.  VI,  fig.  »  ;  guiaîme  à  batVler, guillaume  pour  dresser 

uillures;  guiaime  h  platte-baine,  guillaume  i\  plats-bande. 

i   ?e;    s.  ni.  't.  de  charr.).    Instrument   en  bois   servant  a 

guider  l'ouvrier  dans  le  forage  du  moyeu  el  dans  la  pose  des 

rais.  Il  s'appelle  encore  côpas  mu  régulateur. 

Il  y  a  des  guides  de  différents  genres,  selon  leur  usage 
(pi.  XII);  celui  qui  sert  à  donner  la  même  longueur  à  chacun 
di*s  rais  (fig.  -'  ;  celui  qui  serl  a  forer  dans  I''  moyeu  les  trous 
où  sera  enchâssé  le  pied  des  rais  dig.  3)  et  qui  dirige  la  tarière 


—  90  — 

c\  ;  celui  qui  sert  à  donner  à  tous  les  rais  le  même  niveau  en  les 
faisant  passer  sur  une  règle  (fig.  o,  a).  Chacun  de  ces  guides  est 
adapté  sur  le  moyeu  (/)  au  moyen  d'une  vis  (fig.  1,  &).Les  guides 
(fig.  3  et  5)  portent  une  clef  (c)  qui  permet  d'élever  ou  d'abaisser 
la  tige  mobile  (d  .  Guide  désigne  aussi  la  languette  de  bois 
appliquée  au  côté  d'un  rabot  pour  servir  de  conduite. 

Guimbare  OU  Guiinbere  ;  s.  111.  t.  de  meil.)- =  Guimbarde, 
outil  pour  dresser  le  fond  d'une  mortaise.  Il  se  compose  d'un 
1er  et  d'un  fût.  —  A  Herstal  cl  à  Jupille,  guibore.  —  Lobet  : 
guebaur. —  Pour  l'étymologie,  voy.  la  lettre  de  M.  J.  Bormans 
à  M.  Gggg.,  p.  iO. 

Gûrm;  s.  m.  it.  de  construct.);  anc.  wall.  grenyêre,  dans 
les  f.hart.  etPrivil.  =  Grenier.  —  A  Liège  arimi  —  Rouclii , 
picard,  normand,  berry  :  guernier. 


H 


Hache  ;  s.  I.  ft.  de  charp.  et  se.  de  long);  dial.  liégeois;  anc. 
wall.  hanche  ,  dans  J.  d'Outremeuse ;  Lace,  dans  Jean  le  Bel.  = 
Hache.  —  Rqt'rt  :  hace,  haische.  —  Du  latin  :  ascia.  Les  com- 
posés sont  : 

1"  Hacherotte;  s.  C.  =-  Hachure,  esquille  de  bois.  —  Dial. 
ard.  :  hecherotte,  à  peu  près  synonyme  (Vestale.   Voy.  ce  mol  . 

2°  Hechî  ;  v.  a.  =  Hacher.  —  Gggg.  et  Lobet. 

3°  Heciiege;  s.  f.  =  Action  de  hacher.  — Lobet. 

4"  Hechter  ;  v.  a.  =  Cliarpenter, fréquentatif. — Lobet,  r'hegchi, 
retailler. 

H;\he;  s.  f.  =  Grosse  pièce  de  bois  enchâssée  d'ais.  —  Gggg. 
et  Rmcle.  —  Lobet  :  haûhe,  herse,  barrière. 


—  91  — 

iiaion  ;  s.  m  (t.  de  charr.  ;  anc.  vvall.  xhailhon,  hailhon, 
dans  les  Chart.  el  Privil.  =  Échelon.  —  Dial.  ard.  :  heion.  — 
Rouehi  :  heion,  hayon  et  aillion.  —  Picard  et  lillois  :  hayon. 

Hîiie  ;  s.  f.  (t.  de  charr.);  anc.  wall.  eskalle,  eskaile,  escalle, 
dans  J.  de  Stavelot;  scaile,  dans  .).  d'Outremeuse;  schaulle, 
dans  les  Pawillarts;  xhalles  monteresses, dans  la  Ghamb.  des  fin. 
=  Échelle.  —  Elle  se  compose  des  montants  et  des  haïons  (voy. 
ces  mots).—  Dobe  haie,  échelle  double.  —  Baie  vêlante,  échelle 
mobile.  Rmcle. —  Hdle  volante,  lin.  :  échelle  volante,  celle  dont 
se  servent  les  peintres  en  bâtiments,  les  maçons,  pour  recrépir. 
Voy.  Gloss. des  houilleurs.  Cherette  à  hâte,  voy.  v*  cherette 

Haieue;  s.  f. ;  anc.  wall.  xhallefte  dans  les  Gh. et  Privil. Di- 
minutif. -  Échelette.  Rmcle  —Halettedi  cherette, s.  !'.  =  Partie 
des  ridelles  qui  est  sur  le  devant  d'une  charrette.  —  Un  trouve 
daii^  les  registres  de  la  Chambre  des  finances  l'expression 
xhalles  d 'aoust,  pour  signifier,  sans  doute,  les  ridelles  dont  on 
se  sert  pour  la  moisson.  —  Xhalette;  dans  l'anc.  wall.  signifie 
échelons  pour  étaler,  éventaire.  — Rqfrl  :  Escalette,eschelette. 
—  Rouehi  :  çhaletie. 

HaU;  s.  m.;  dial.  ard.  =  Ridelle,  l'un  des  côtés  d'une  char- 
rette,  lorsqu'il  ne  lait  pas  partie  intégrante  de  cette  charrette 
(pi.  I,  tig.  1,  f).  Signifie  aussi  :  montant  d'échelle.  —  Cmpr.  Es- 
rahelle,  dial.  ard.,  s.  f.  =  Échelette.  —  Rmcle  :  sikabel. 

Hame;  >.  m.  t.  de  charr.  et  cliarp.);  anc.  wall.  xhame, 
xhamme,  chame,  dans  les  Chart.  et  Privil.  ;  schampne,  dans  J. 
d*-  Stavelol  ;  scampne,  dans  les  Reg.  aux  Greffes  des  Échevins; 
escamme,  dans  J.  d'Outremeuse;  scampne ,  schampne ^  eschame, 
daus  les  Reg.de  la  Ghamb.  des  lin  =  Banc,  escabeau.  — 
Rqfrl  :  cliam  el  escame.  —  Dial.  namurois  :  chamme.  —  Du  latin  : 
scamnun. 

Hamai;  S.  m.    =  Banc.  —  t.  de  charr.  .  =  les  deux  pièce- 


—  92  — 

principales  du  tond  d'une  charrette  à  ridelles.  —  Voy.  Gggg., 
t.  II,  p.  XXIX.  —  Ane.  wall.  bois  pour  faire...  xhameaux  de 
dicter,  dans  la  Ghamb.  des  fin.  —  Le  hamai  (pi.  I,  lig.  1  et 3)  se 
compose  d'une  pièce  de  bois  courbe  (g,  le  hamai  proprement 
dit),  aux  deux  bouts  de  laquelle  sont  les  rorihes,  tréseilles  (/), 
qui  maintiennent  les  ridelles.  —  Le  hamai  est  cerclé  aux  deux 
bouts  d'anneaux  de  fer  appelés  hau  (x)  (Voy.  ce  mot).  — Hamai 
désigne  à  Liège  et  à  Verviers  un  traîneau  d'entant.  —  Dial. 
ard.  sploïèn;  auc.  wall.  splbyon,  dans  les  Reg.de  la  Ghamb. 
des  fin.  —  Rqt'rl  :  chantais,  banc. 

Hansï;  s.  m.  =  Instrument  de  menuisier  semblable  au  trus- 
quin.  Gggg.  —  Cmpr.  hansion,  calibre. 

Hâr  ;  s.  m.  =  Brèche  à  un  outil.  Rmcle.  —  Dial.  ard. 
hardia. 

Harder;  v.  a.  —  Faire  une  brèche  au  tranchant  d'un  instru- 
ment, d'un  outil.  Rmcle. 

Harkai;  s.  m.  ;  dial.  ard. —Joug servant  à  porter  deux  seaux 
(pi.  XII,  fîg.  11).  —  Il  contient  un  creux  dans  lequel  s'emboîtent 
les  deux  épaules  et  se  pose  de  manière  que  les  deux  seaux  sont 
l'un  à  gauche,  l'autre  à  droite  du  porteur.  —  Le  coupe  ,  s.  m., 
servant  au  même  usage,  consiste  en  un  bâton  arqué,  muni  d'un 
crochet  ou  entaille  à  chacun  des  bouts  auxquels  on  suspend 
les  seaux  (pi.  XII,  lig.  10).  A  la  différence  du  harkai ,  il  se  pose 
sur  une  seule  des  épaules,  de  manière  à  ce  que  l'un  des  seaux 
soit  devant,  l'autre  derrière  le  porteur. 

Haubosi;  v.  a.;  charpenter.  Lobet.  —  Dial.  ard.  :  haboser. 

Havé;  s.  m.  (t.  de  charp.).  =  Plancher.  D'où  haver  ,  v.  a., 
—  établir  un  plancher  ;  haver  on  planchi,  couvrir  de  planches 
une  pièce  quelconque.  —  Rmcle  :  haver,  ratisser.  «  On  dit  aussi 
dans  le  même  sens  :  racler  on  pavé  d'planches  (M)  »,  et  paver, 
planchéier. 


—  93  — 

Hawe ;  s.  f. ,  anc.  w:ill.  hawe  el  hauwe,  dans  les  Chart.  et 
Privil.  =  Pioche.  D'où  : 

Hawai  ;  s.  ni.  u.  de  charr.).  =  Houe;  espèce  de  pioche  sus- 
pendue au  bras  de  la  charrette,  qui  seri  de  poinl  d'appui  comme 
la  damme.  (Voy.  ce  mot).  On  l'appelle  plus  souvent  :  pindan 
hawai,  pioche  pendante  (pi.  ï,  fig.  1,  /.").  —  Crombe  hawai  ou 
teian  hawai  (t.  de  charr.)  ;  litt.  :  pioche  courbe  ou  pioche  tail- 
lante, espèce  de  hache  semblable  à  la  doloire  dont  le  fer  est 
courbé,  et  dont  le  tranchant  au  lieu  d'être  parallèle  au  manche 
lui  est  perpendiculaire;  il  sert  à  hacher  les  jantes  (pi.  IV, 
fig.   1  »  . 

Hazi  ;  y.  a.  ==  River.  Gggg.,  Rmcle  et  Lohet. 

aaziheu;  s.  m.  =  Rivoir.  Rmcle  rihazi,  river  de  nouveau. 

Heïer;  v.  a.  f.  de  charr.,  charp.  el  nieu.).  =  se  servir  du 
heieu. 

Heïeu;  s.  m.  =  Tourne-à-gauche,  rainette,  outil  qui  sert  à 
plier  les  dents  de  la  scie  pour  lui  donner  plus  de  voie  (pi.  IV, 
fig.  ::. 

Heppe;  s.  f.  (t.  de  charr.  et  de  charp.);  anc.  vvall.  heppe, 
dans  les  Chart.  et  Privil.  et  dans  J.  d'Outremeuse.  =  Hache.  Ce 
terme  s'emploie  exclusivement  dans  le  dial.  ard.  pour  hache, 
qui  u'esl  pas  en  usage.  Heppe  àVmain,  litt.  :  hache  à 
la  main;  la  hache  ordinaire  que  l'on  manie  d'une  seule  main. 
—  Heppe  quarerèsse  ou  heppe  à  buse,  hache  à  équarrir, 
celle  donl  le  manche  est  passé  dans  le  manchon  de  fer  de 
l'outil.  On  la  désigne  encore  sous  le  nom  de  :  heppe  à  deux 
rnatns,parce  qu'on  s'en  sert  en  la  tenant  des  deux  mains  (pi.  IV, 
fig.  8).  —  Rouchi  et  lillois  :  happe;  picard  :  hepe.  —  Du  thiois 
heppe,  petite  hache.  Voir  la  lettre  de  M.  J.  Bormansà  M.  Gggg., 
p.  54.  D'où  heppler,  v.  a.,  fréquentatif;  hacher  légèrement, 
dial.  ard. 


—  94  — 

Herna;  s.  m.  =  Gros  chariot.  Gggg.  — En dial.  ard.  signifie 
harnais  de  chevaux  et  attirail  de  chasse  et  de  pêche. 

Herpai;  s.  ni.  (t.  de  eharjt.  et  înen.);  auc.  vvall.  xherpay  et 
herpay,  dans  les  Chart.  et  Privil.  =  Ciseau.  — Gggg. et  Rmele. 
—  Luxembourg  :  cherpai. 

Hesse  ;  s.  in.;  auc.  wall.  heste,  liante  cl  hestray ,  dans  les 
Reg.  de  la  Chamb.  des  lin.  =  Hêtre,  arbre.  —  voy.  Diez, 
y  hêtre. 

Hète;  s.  t'.  =  Ëcharde.  —  Voy.  Gggg.,  Rmcle  el  Lobet. 

Hève  OU  héve;  s.  t'.  =5=  Hainure.  — Du  thiois  :  Iteve ,  même 
signification.  Voyez  la  lettre  de  M.  Bormans  à  M.  Gggg.,  p.  52. 
D'où  : 

Hévi  ou  hèvé  ;  v.  a.  =  Eiinnortaiser  et  pousser  la  rainure 
et  la  languette  au  moyeu  des  bouvets.  —  Lobel  :  hevfli;  dial. 
de  Malmédy  :  hèvler. 

Hiercheû;  s.  ni.  (t.  de  charr.;.  =  Train  d'une  charrue  coin- 
posé  de  deux,  bois  réunis  par  les  bouts  à  angle  aigu,  au  moyen 
d'une  cheville;  quelquefois  c'est  une  branche  bifurquant  de  la 
même  façon,  qui  sert  à  traîner  dans  les  campagnes  le  soc  delà 
charrue  attaché  par  la  flèche  au  charai  (voy.  ce  mot).  —  Le 
dial.  ard.  est  hircheu;  à  Bodeux  :  liailiiea.  De  hierchi  ou  hîrsi  = 
traîner.  —  Gmpr.  l'allemand  :  herschiessen,  tirer  vers  soi. 

Hiner;  v.  a.  =  Fendre.  —  G^r^.  D'où  : 

Hène;  s.  f.  (t.  de  charr.  etcharp.);  anc.  wall.  xhine,  dans 
les  Chart.  et  Privil.  =  Bois  de  quartier.  —  Gggg.,Rmcle  et 
Lobet. 

Hinon;  s.  m.  =  Attelle,  éclisse.  Gggg.  et  Hmcle.  —  (T.  de 
charr.);  dial.  ard.  =  Équignon ,  bande  de  1er  sous  l'essieu 
(pi,  il,  ii-.  l,  h.  Le  hinon  est  presque  toujours  de  deux  pièce.-,; 


—  9b  — 

quelquefois  les  deux  extrémités  courbées  en  crochet  sont  réu- 
nies au  moyen  d'un  anneau  (pi.  II,  fig.  2,  s).  —  Voy.  Lobei  : 
hinon,  chanlatre ,  madrier. 

Hinnier  ou  miner  ;  ce  dernier  employé  uniquement  dans  le 
dial.  ard.  =  Fendre.     Lobei  :  hilné;  luxembourgeois  :  chineler. 

Hiuniétte;  s.  i'.  =  Echarde  —  Lobe!  :  hilnêtt.  --  Luxem- 
bourg :  chinnelette.  Gmpr.  Lobet,  skia,  éclat.  S'kihiner, 
se  tendre.  Gggg.  et  Kmele.  Dial.  ard.  :  kuhiner  ouk'himr,  se 
déjeter,  se  voiler,  en  parlani  d'une  planche,  d'une  pièce  de  bois. 
Cmpr.  si  digeter,  déjeter.  Rmcle.  Lobei  :  s'dugeté. —  Kitapé 
ou  h" tapé,  même  signification.  —  Dial.  ard.  :  kutapé.  —  K'toir, 
ti'in.  :  k'toide,  lors.  —  Voy.  Gggg.,  hleu,  tome  II. 

iiîr  ;  voy.  v°  Errére. 

iiore;  s.  i.  i.  de  charr.).  =.Tareau  de  charron, quillier ,  [ar- 
rière de  grande  dimension,  terminée  par  un  crochet,  qui  est 
manœuvrée  par  deux  hommes  et  qui  sert  au  forage  des  moyeux 
(pi.  III,  fig.  4). 

••orier;  v.  ;i.  a.  de  charr.).  =  Forer  un  moyeu  aumoyen  de 

de  la  hure. 

Horiette;  s.  f.  ;  diminutif  :  petite  hore.  Mèche ,  chandelle 
(pi.  Vil.  fig.  1 1  . 

noron;  s.  m.  (t.  de  se.  de  long);  anc.  wall.  xhorron  ,  dans 
les  Ghart.  et  Privil.  =  Madrier,  dosse;  en  terme  général,  dé- 
signe  l'un  des  quatre  côtés  que  l'on  scie  à  un  arbre  pour  IV- 
quarrir;  spécialement,  il  désigne  les  planches  de  chêne  de  5  à 
10  centimètres  d'épaisseur  sur  30  à  50  de  largeur. — A  llal- 
leux  horion.  Su  dit  aussi  dosse  en  wallon  (voy.  Borms,  Gl.  des 
houilleurs)  ;  anc.  wall.  :  soumiers  douz  ou  doz  à  quatre  eosté, 
dans  les  Chart.  et  Privil.  --  Rouchi  :  dosse.  —  Luxembourg.: 
dosseau.  ■■  En  bois  de  chêne,  on  l'appelle  horon  so  quarti  ou  fou- 


—  96  — 

seure;  il  est  scié  sur  ron  bois,  quand  il  est  scié  sur  demi-quartier 
et  qu'il  a  au  milieu  le  coeur  du  bois  (M)  ».  D'où  : 

Bïorner;  v.  a.  =  Scier  les  dosses  (les  horons)  à  un  arbre; 
planche  hornée  ou  hornaie, celle  qui  provient  d'une  pièce  de  bois 
dont  on  a  préalablement  enlevé  les  horons.  —  Lobet  la  définit  : 
qui  n'a  de  flache  que  d'un  côté. 

asote;  s.  f.  (t.  de  charr.,  charp.  ef  mon.).  ==  Mortaise. G4:gg. , 
Rmcle  et  Lobet;  d'où  : 

ïïotter  ou  hoter;  v.  a.;  ancien  wall.  :  holler,  enhotter,  dans 
les  Reg.  de  la  Chamb.  des  lin.;  hotter,  dan?  le  Métier  des  Tan- 
neurs, p.  285.  =  Faire  une  mortaise.  —  On  trouve  dans  l'anc. 
wall.  :  enhottement,  s.  m. 

siouche;  s.  f.  (t.  de  charr.);  anc.  wall.  xhoge,  xhonge,  dans 
les  Chart.  et  Privil.  =  Grande  planche  qui  se  met  sur  le  côté 
d'un  chariot,  et  sorte  de  chariot,  grand  tombereau.  Gggg. 

nouge;  s.  f.  (t.  de  charp.);  anc.  wall.  hougge,  hugge,  dans 
les  Chart.  et  Privil.  —  Coffre  à  avoine.  -  Rmcle  et  Lobet.  — 
Rqfrt  :  huge. 

Houiteu  ou  hourteu;  s.  m.  (t.  de  charr.).=  Bande  ou  cercle 
de  fer  qui  lie  l'essieu  à  réquignon  et  qui  se  trouve  contiguë  à 
chacun  des  moyeux.  On  l'appelle  plus  souvent  :  toian  houlteu  ; 
litt.  liant  houlteu  (pi.  II,  flg.  1,  c).  Au-dessus  du  houlteu  se 
trouve  d'ordinaire  une  pièce  de  cuir  qui  recouvre  à  demi  le 
moyeu  et  l'essieu,  à  l'effet  d'empêcher  la  boue  et  les  graviers 
de  pénétrer  entre  l'essieu  et  le  moyeu  (fig.  1,  q). 

nour;  s.  m.  (t.  de  charp.);  anc.  wall.  hour,  dans  J.  de  Sta- 
velot.  =  l°  Magasin  de  bois.  2"  Échafaudage  des  scieurs  de  long. 
—  Gggg.  et  Rmcle. 

Houlmain    OU   hourmain  ;   s.    m.    (t.    de  SC.    de    long)  ;    aik\ 

wall.  hourdemen  et  hordemen,  dans  le  Cartulaire  de  Bouvigne. 
=  Echafaudage,  en  général. 


—  97  — 

(T.  de  se.  de  long).  =  Baudet  ou  chevalet,  le  tréteau  des 
scieurs  de  long  (pi.  \  .  fig.  I).  Il  «i>i  forme' de  deux  ou  trois 
montants  :  stipes  ou  foches,  litt.  fourches  (e),  maintenus  par  les 
stançons,  élançons,  ou  boutans  (f).  Les  montants  portent  une 
longue  pièce  de  bois  appelée  la  filir  (h) ,  qui ,  ù  son  tour,  sup- 
orte  les  chergeus,  litt.  les  chargeurs  (il),  ordinairement  au 
nombre  de  deux.  L'arbre  à  sciev  g),  duquel  on  a  d'abord  enlevé 
iree  et  l'aubier  au  moyen  de  la  hache,  est  hissé  au  haut 
des  chergeus  et  retenu  dans  la  position  voulue  par  les  trosseus 

coins  de  bois  qui  calent  l'arbre  et  sont  fixés  par  les 
agrappes  x),  agrafes,  enfoncées  dans  les  chergeus.  -  Trossi 
Tbois,  litt.  trousser  la  pièce  de  bois,  c'est-à-dire  lui  donner  la 

on  qu'elle  doit  avoir  pour  que  les  lignes  tracées  par  le 
coirdai  sur  le  bout  du  tronc,  soient  verticales.  -  A  l'arrière  du 
houlmain  se  trouve  le  r'couleu  m),  litt.  reculeur,  formé  de 
deux  montants  en  forme  d'échelle.  Une  planche  (b)  posée  sur 
l'échelon  n  relie  le  r'couleu  à  l'arbre  (g).  Le  r'couleu  permel  an 
scieur  de  long  munie  sur  l'arbre  de  le  quitter  tout-à-fait  pour 
le  scier  jusqu'au  bout.   -  Gmpr.  Lobet  :  skanf'our  et  tress. 


ipe;  s.  f.  i.  de  charr.);  anc.  wall.  ippe,  yppe,  ypre,  dans 
lesChart.  et  Privil.;  mairnis  d'herpe,  dans  la  Table  de  la  Chamb. 
des  fin.  =  Il  irse.  !l  y  a  deux  espèci  s  d'îpes ,  qui,  selon  leur 
forme,  portent  le  nom  de  ipe  quarrée,  herse  carrée,  et  îpe  à 
coinne,  herse  à  coin  ou  triangulaire  Uipe  quarrée  a  d'ordi- 
naire 6  pieds  <\r  long  sur  ."»  de  large;  elle  consiste  en  un 

is  horizontal   (pi.   XIII,  fig.   I),  composé  des  anseus    </; 

ce  mot)  et  des  reies  (b  .  A.ux  anseus  sont  attachés  les  dins 
ou  cabillots  anc.  wall.  deus,  ou  deus  d'y  près,  dans  les  Chart.  et 
Privil.);  à  Verviers,  stikais.  —  On    appelle  corant  d'ipe,  dial. 


—  98  — 

ard.Ja  chaîne  qui  sert  à  attacher  la  herse  au  palonnier. — lîqfrt 
hîrpe;  Luxembourg  :  hierbe. 


Jambe;  s.  f.  —  Jambe.  —  Jambe  d'air ,  ou  jambe  di  fuisse; 
s.  f.  (t.  de  charr.);  litl.  jambe  de  force  ;  =  ferme,  charpente, 
assemblage  des  pièces  de  bois  qui  forment  le  comble  d'un  bâ- 
timent (pi.  XV,  lîg.  1). 

Elle  se  compose  de  :  1°  Ypoitte,  la  poutre,  le  tirant  (b)\  2°  les 
renés,  les  arbalétriers  (c)\  3°  Vaindbau,  l'entrait  (a)\  4°  Yponçon, 
le  poinçon  {e)  ;  5°  les  pelions,  les  eutretoises  ou  les  amoises  (d)  ; 
6°  les  viennes,  les  chevrons  (f);  7°  les  janssons,  les  coyaux,  hors 
d'usage  dans  les  constructions  actuelles  (k);  (voy.  Lobet,  v° 
gosai)  ;  8°  l' plate  (g),  la  chanlate. — Dans  les  fermes  où  le  poinçon 
est  entier  et  porte  sur  le  tirant,  l'entrait,  n'existe  pas  ou  n'a  pas 
de  raison  d'être  (pi.  XV,  tig.  2).  —  En  termes  de  construction, 
on  appelle  spécialement  jambe  di  foisse  la  pièce  qui  figure  sous 
la  lettre  /  dans  la  pi.  XV,  tig.  1.  —  D'vin  jambe  =  l'eut re-deux 
d'une  porte,  la  partie  qui  se  trouve  dans  la  baie,  entre  le  cham- 
branle interne  et  le  chambranle  externe. 

Jansson  ;  s,  m.  Voy.  v"  jambe  d'air. 

Jet   d'eau;  s.  ni.  Voy.  vu  rabat. 

Jondresse;  s.  f.  (t.  de  charp.  et  men.).=  Varlope,  espèce  de 
rabot.  —  Jondresse  à  on  fier,  à  deux  fiers;  voy.  V1  coureresse.  — 
Le  mot  varlope  est  aussi  employé  par  les  Wallons  et  désigne 
spécialement  un  rabot  qui  sert  à  la  fois  à  préparer  les  joints 
et  à  en  faire  disparaître  la  trace.  —  Du  thiois  :  voorlop , 
avant-coureur.  —(T.  de  charr.).  Instrument  eu  1er,  muni  d'un 
manche,  qui  sert  à  tracer  des  rainures  sur  le  moyeu  de  la  roue 


—  99  — 

et  qui  n'a  aucun  rapport  aveclerabol  decen (Voy.  l'étymo- 

ogie  dans  la  lettre  de  M.  J.  Borms.  à  M.  Gggg.,  p.  39).  Jonder 
[quéqu'onc,  expression  locale,  lin.  joindre  quelqu'un  = le  trompe 
adroitement  dans  un  marché,  une  transaction. 

Jonti  ;  s.  m.  i  de  charp.);  anc.  wall.  jaintier,  dans  les 
Chart.  el  Privil.  ==  Chantier  où  l'on  met  le  bois  de  charpente. 
—  Dial.  ard.  :  janti.  Rqfrl  :  jointier.  Rouchi  :  gantier.  — ■  Diez, 
\"  cantiere.  —  Cmpr.  Gggg.  fademain,  chanteau. 

Jonque  ;  s.  m.  t.  de  charr.  c!  d'agricult.).  =  Joug,  pièce  de 
bois  qu'on  mel  par  dessus  la  tête  des  bœufs  et  qui  sert  à  les 
atteler.  —  Dans  quelques  localités,  notammenl  à  Creppe  :  jeu. 
-  La  longe  de  cuir  qui  lie  le  joug  aux  cornes  de  l'animal  s'ap- 
pelle :  cdionc\  dial.  ard.  —  La  pièce  de  cuir  posée  à  plat  entre 
cornes  el  qui  sert  à  préserver  la  tête,  porte  le  nom  de 
chapai,  lin.  chapeau.  —  Du  latin  ijugum. 

Judl;  s.  m  (t.  de  charp.).  =  Judas,  ouverture  pratiquée  à 
une  porte.  —  Rmcle  geuda.  — Cmpr.  vasistas,  ouverture  faite 
dans  un  carreau  de  fenêtre  pour  établir  un  courant  d'air.  De 
L'allemand  :  was  ist  das?  qu'est-ce  que  c'est?—  Cmpr.  encore 
bawette ,  lucarne.  De  bawi,  regarder.  -  Beukette ,  même  signi- 
fication. De  beuk'tér,  regarder  avec  curiosité. 


Kalontr;  s.  m.  Voy.  V°  aloumîr. 

Karman ii  ;  s.  f.  =  Grande  charrette  à  ridelles.  —  Rmcl.  et 
Lobet 

Kriner;   V.  a.  =  Crisser  et  crier;  se  dit  d'une  pièce  de   bois 

qui  frotte  contre  une  autre. —(T.  de  charr.);  se  dit  de    rais 


—  100  — 

d'une  roue  qui  jouent  dans  les  mortaises  du  moyeu.  Pour  indi- 
quer que  les  rais  ne  tiennent  pas  dans  les  jantes,  on  emploie  le 
mot  boulter  =  branler  dans  la  mortaise. 

Kzi;  s.  m.  (t.  de  charr. et  bûcheron).  =  Chèvre, double  croix 
de  saint  André  sur  laquelle  on  pose  le  bois  à  scier  et  qui  s'ap- 
pelle encore  ixe.  La  lettre  x  se  prononçai!  jadis  dans  les  écoles 
kzi,  comme  la  lettre  z  se  prononçait  zètar,  dial.  ard.  —  L'éty- 
mologic  s'explique  par  la  ressemblance  de  cet  instrument  avec 
la  lettre  X  (pi.  XI,  fig.  3).  —  Cmpr.  gatte,  môme   signification. 


Laiwette  ;  s.  f.  (t.  demen.).  =  Languette,  espèce  de  tenon 
continu  formé  par  le  rabot  sur  l'épaisseur  d'une  planche.  —  On 
dit  aussi  languette,  languette.  Voy.  Lobet  :  languette,  petit 
morceau  de  bois  mince  que  l'on  place  dans  un  onglet  aux  quatre 
coins  d'un  cadre. 

Lamai;  s.  m.  (t.  de  ebarr.).  =  Palonnier.  —  Voy.  Gggg., 
tome  II.  —  Rmcle  donne  lamai  =  billot.  —  En  dial.  ard.  lamai 
désigne  un  bâton  que  l'on  attache  au  cou  des  chiens,  des  porcs, 
pour  les  empêcher  de  passer  au  travers  des  clôtures.  —  Cmpr. 
normand  trébar;  picard  hamont;  pays  de  Bray  cagnole,  même 
signification. 

liasse;  s.  f.  (t.  de  charr.).  =  L'essieu  en  bois  qui,  dans  les 
Venais  ,  est  cvryw  et  traversé  par  l'essieu  en  fer  ;  les  brides 
(voy.  v°toheler)  relient  l'essieu  en  bois.  —  (T.  de  men.).  =  La 
feuillure  du  châssis  dormant  (Tune  fenêtre.  —  Gggg.  et  Rmcle  : 
lasse,  boîte. 

Lèœe;  s.  f.  (t.  de  charr. ,  charp.  et  men.).  =  Lime.  Hubert, 
Rmcle  :  leimm',  dial.  ard.  :  lime. 


—  101  — 

i  différentes  espèces  de  limes  employées  dans  la  charpen- 
tei  ie  el  dan  -  la  menuiserie  sont  :  Protide  lème  ,  lime  ronde,  que 
l'on  confond  quelquefois  avec  la  queue  de  rat.  Li  Inné  dumeie 
ronde,  demi-ronde^.  Li  lème  plate,  lime  plate,  écouane.  Li 
lème  a  treu  coisses,  à  trois  côtes  ou  triangulaire.  Lilème  quar- 
reie,  carrée,  le  carreau.  Lilème  bastâde,  bâtarde.  Li  dumeie 
bastâde ,  demi-bàtarde.  L'douce  lème,  lime  douce.  Dumeie 
douce,   lime  de  bimbelotier.   Llème  m    >,  pointe,  aiguë 

ou  à   pointe.   L'U'ine  à  sdielette,  à  scie,  le  tiers  point.    Cowe 

ou  cawe  di  rat,  lime  ronde,  que le  rat.    L'rappe,  la  râpe,   la 

lime  la  plus  gro  iière  des  menuisiers.  -Anglais:  ra^je;  alle- 
mand :  raspel.  Voy.  rd  /.  limer.  Rmcle.  —  Les  composés  sonl  : 

i/»irr.  limer;  r'limer,  reli r;  limège ,  action  de  limer.  —  /.'"/.s 

d'Umeu  ou  /«-/.s-  ri  r'limer  les  suies,  bois  qui  porte  une  entaille 
dans  laquelle  se  meul  un  ••"in  qui  serl  à  tenir  la  lame  de  la  scie 
pour  l'a  limer  1rs  dents  (pi.  VII,  ii,u.  -  . 

.  s.  m.   t.   de  ini'ii. .  ;  anc.  vvali.  lachenière,  dans  .1. 
d'Oui  =  Pupitre,  lutrin.  —  Du  thiois  :  lessenaer,  les- 

s,  neer.  Racine  :  leeren,  enseigner. 

.  ! .  .le  charr.  .  Le  >di  u\  bras  <!<•  la  charrette  h 
principalemenl  la  partie  qui  se  prolonge  sous  la  caisse' de  la 
charrette  (pi.  I.  fig.  I.  m). 

a;  ~  Mi.  (t.  d'agric.  ;litt.  loup.  =  Hache-paille, instrument 
d'agriculteur  (pi.  XIII,  fig.  .".  .  On  <lii  aussi  hakseléu,  de  l'alle- 
mand :  backsel,  paille  hachée. 

H  se  compose  d'un  bac  "  supporté  par  quatre  pieds.  La 
paille  /'  i  -a  tenue  au  moyen  de  l'presse,  la  presse  (c ,  qu'une 
chaîne  (/)  unit  de  chaque  côte  au  p  d,  pédale (d).  —  L'pégne,  le 
peigne  fig.2el  3,/  ,fail  avancer  la  paille  que  tranche  le  couteau 

-  Li  golé,  lui.  le  collier,  sorte  d'anse  en  fer  h),  serl  à 
diriger  le  couteau. 

l,c\  i.  'te  charp.  el   men.);   anc  vvall.  leveau  el 


—   102  — 

liveal,  dans  J.   de  Stavelot.  =  Niveau.   Rmcle  donne  aussi  la 
forme  :  nival  —  Rqfrt  :  livel.  Du  latin  :  libella. 

Lczon;  s.  in.  (terme  de  men.);  ane.  walL  leson,  dans  les 
Chart.  etPrivil.  =  Canapé  de  cuisine.  Voy.  Villers,  Dictionn. 
de  Malmédy.  —  Rqfrt  :  leson,  même  signification. 

Ligue;  s.  f.  (t.  de  chaiT.)  ;  dial.  ard.  =  Sorte  de  traîneau, 
ordinairement  attelé  d'un  cheval,  qui  sert  à  transporter  des 
tonneaux,  du  bois,  etc.  (pi.  XIII.  fig.  5). 

Limeur;  s.  f.  =  Limaille.  —  Lohet  :  limar. 

Limon;  s.  m.  (t.  de  charp.).  =  Solive,  poutrelle.  —  Le 
dial.  ard.  emploie  le  mot  limon  pour  désigner  ce  que  le  dial. 
liégeois  appelle  terrasse  (voy.  ce  mot .  —  (T.  de  charr.) 
=  Timon,  bras  d'une  charrette;  anc.  wall.  limont  de  cha- 
rette,  dans  les  Chart.  etPrivil.  —  Cmpr.  Rqfrt  :  limonier.  — 
Pays  de  Bray  :  limons,  brancard  d'une  voiture.  — Le  wallon  dit 
aussi  limon.  A  Francorchamps  :  tamon.  Le  dial.  liégeois  bresse 
<li  cherette,  même  signification.  —  Lobet  :  bref. 

Limonire;  s.  m.  =  Brancard  formé  par  deux  limons  adaptés 
au  devant  d'une  voilure.  Rmcle. 

Lintai  ;  s.  m.  (t.  de  charp.).—  Liteau,  chacun  des  côtés  (Yun 
cadre,  et  linteau  ou  linçoir,  pièce  de  bois  au-dessus  d'une  baie 
de  porte,  de  fenêtre,  d'un  âtre,  d'une  lucarne,  et  dans  la- 
quelle on  assemble  les  solives  ou  chevrons. 

Lisse;  s.  I.  (t.  de  men.)  ;  anc.  wall.  liche  et  lice,  dans  ,?.  de 
Stavelot  et  dans  Hemricourt.  =  Traverse  horizontale  qui  se 
trouve  eu  haut  de  chacun  des  ventaux  d'une  fenêtre  (pi.  XI, 
iig.  1 ,  d).  —  Rmcle  :  liss,  ficelle.  —  Rqfrt  :  lice.  Voy.  Lobet  : 
l;remol,  liteau. 

longe;  s.  f.  (t.   de  charr.);  dial.  ard.  =  Flèche,  la  pièce  de 


103 


bois  qui,  dans  un  chariot  à  quatre  roues ,  unit  l'avant-train  a 
l'arrière-train  et  passe  >ous  la  caisse  du  chariol  (pi.   XVI,  Qg. 

1,  c).  Rmcle  :  /"»,'/'.  bande  de  cuir.  —  (T.  de  charp.).  =  Cours , 
suite  de  pièces.  K\.  :  in  longe  di  pavés,  une  suite  de  planches 
mises  boul  à  bout. 

Loton  ;  s.  m.  ^=  Solive  qui  soutien!  le  plancher. 


M 


Ma;  s.  m.  M.  de  chair.).  =  Masse,  gros  marteau  de  fer  curé 
leux  côtés,   qui  sert  à  enfoncer  les  rais  dans  le  moyeu. 
D'où  : 

Malet;  s.  m.   =  Maillet.  —  Cmpr.  anglais  :   mallet;  pro 

vençal  :  massa .  —  Du  latin  :  malleus. 

Mai;  >.  t.  t.  de  charp.  et  boulanger);  anc.  wall.  meaux  de 
/mis,  dans  les  Chart.  et  Privil.  =  Pétrin,  huche  à  pétrir.  — 
Vieux  français  :  maie  ;  Rqfrt  :  mais;  picard  et  rouchi  :  maie; 
normand  el  lillois  :  met;  Maubeuge  :  mè;  lorrain  :  mée;  Jura  : 
maid. 

Mairain;  s.  m.  (t.  de  charp.);  anc.  wall.  maiiien,  dans  ,T. 
Stavelol  et  le  Cartulaire  de  Bouvigne;  marien,  dans,!. 
d'Outremeuse  :  mesrien,  dans  .1.  le  Bel  ;  meaurin,  dans  les  Pawil- 
larts:  marien,  mairin  decougnéee\  naivant  mairins  (bois  flotté) 
dans  les  Chart.  et  Privil.;  mayrin  et  mairin  cités  par  Gggg.  = 
Mei  rain  ou  mairain,  bois  de  brin  nu  de  tige  de  moyenne  gros- 
seur. Voy.  Louvrex,  t.  III.  p.  3.  Rqfrt  :  mairan,  mairain, 
mairien. 

Mairnf;  s.  m.;  anc.  wall.  :  le  bon  métier  des  màirniers,  dans 
ïr  Registre  du  métier,  aux  archives  de  la  province.  =  Marchand 


—  104  — 

de  bois.  Gggg.  et  Lobel  :  muirli.  —  Ce  métier  avait  sainte  Ca- 
therine pour  patronne.  —  Rqfrt  :  maironnier;  rouchi  :  mernier. 

Haker;  v.  a.  =  Frapper. 

Mak'ter;  v.  a.  =  Frapper  fréquemment. 

Maka;  s.  m.  =  Massue  de  bois  servant  de  maillet.  Gggg.  - 
Maka;  s.  m.  t.  demen.);  dial.  ard.  =  marteau  de  bois  fixé 
par  une  charnière  sur  une  planchette  el  servant  de  crécelle  dans 
les  églises,  entre  le  Jeudi-Saint  et  le  jour  de  Pâques  (pi.  IV, 
fig.  1).  —  Cmpr.  Lobet  et  Bonus.,  Gloss.  des  Houill.,  v"  maka. 
—  Cmpr.  aussi  Gggg.  :  dibotia,  même  signification. 

Makette;  s.  f.  =  Boule,  pommeau  d'une  caune,  bouton  d'un 
tiroir,  etc.  Rmcle  et  Lobet. 

Manciie  ;  s.  m.  (t.  de  charr.,  charp.  et  men.);  anc.  wall. 
mange  et  manche,  dans  les  Ghart.  et  Privil.  =  Manche  d'un  ins- 
trument, d'un  outil.  Rmcle.  —  Rqfrt  :  manche,  mange.  Diez, 
v"  manico.  —  Cmpr.  Lobet  :  pougnaie  d'ustaie  (voy.  ce  mot). 

Mani;  s.  m.  ^=  Boulin,  perche  transversale  d'échafaudage. 
Gggg.  —  Trod'mani,  trou  dans  lequel  se  place  le  boulin. 

Marche;  s.  I'.  (t.  de  charp.).  =  Marche  d'an  escalier.  — 
Contre-marche,  la  contre  marche, la  planche  verticale  qui  forme 
le  devant  de  la  marche  (pi.  XI,  tig.  2,  a);  Vnez  (Fine  marche, 
lilt.  le  nez,  la  partie  horizontale  de  la  marche  qui  surplombe 
sur  la  marche  inférieure  (c). 

Marii-n;  s.  m.  (t.  de  charr.).  =  Gros  marteau  semblable  au 
ma  et  servant  au  même  usage.  Gggg.:  marlin ,  forte  cognée 
servant  à  fendre  le  bois. — Rmcle  :  merlein,  même  signification. 

Mariai;  s.  m.  (t.  de  charr.,  charp.  et  men.);  anc.  wall. 
marteal,  dans  J.  de  Stavelot.  =  Marteau.  Oiiiede  mariai,  œillet 
de  la  tète  du  marteau  dans  lequel  passe  le  manche.  --  Rqfri  : 
martel.  —  Du  latin  :  martellus. 


LOS 


Masioque,  s.  f . ;  dial.  ;inl.  =  Gros  bâton  noueux  par  un  des 
bouts;  on  dit  aussi  maklotte,  mastok,  qui  signifient  encore  un 
gi  os  maillel  à  fendre  le  bois  -  Berrj ,  malloche,  même  significa- 
tion. -  Cmpr.  waroquai,  s.  m.,  synonyme  de  masioque, 
bâton  se  terminant  pai  un  nœud  Rqfrt  :  ivaroqueau,  même 
signification. 

ii.  de  charr.).  =  Mécanique  .  terme  géné- 
rique. (T.  de  chai  i .        Frein  d'une  charrette. 

La  mécanique  se  compose  I  de  la  vexe  de  Vmécanique ,  bras  de 
levier  agissanl  sur  la  baguette,  ou  tringle  de  fer,  placée  dans  l'axe 
du  train  de  la  ■  rattachée  au  barai.  Souvenl  la  reie  el 

/,/  baguette  >« ■: m  remplaci  es  par  Mi:-  tige  ;i  vis  dans  laquelle  ma- 
nœuvre un  écrou.  -I"  Du  barai  (pi.  IL  fig.  i,  a),  barre,  pièce 
de  bois  qui  porte  ;i  ><  s  deux  extrémités  les  deux  blokais  [b),  ou 
qui  frottenl  -ni'  i.i  roue.  f barai  esl  soutenu  sons 
la  caisse  de  la  charrette  ••m  moyen  du  pindan  fier  (c) ,  fer  en 
.  de  croche!  qui  glisse  dans  le  ridan  [d),  autre  pièce  de 
Ht,  recourbée  à  angles  droits  el  adaptée  à  la  caisse. 

.  b  ;  s.  m.  (t.  de  charr.)  ;  lin.  :  membre.      anneau  de  fer 

d'un,'   chaîne.  G       .  —   Toirchi  meinb,   lin.  membre  torché, 

anneau  en  forme  d'S  qui  retienl  la  charrette  a  l'essieu   |>L  Il, 

'  .  il  :  fâ  meinb,  anneau  mu  fer  non  soudé,  mis  en  réserve 

pour  rejoindre  deux  chaîne 

,  f.  (t.  de' se.  de  long) ;  dial.  de Stavelot.   =Som- 

iiiirr,  poignée  double  qui  s'adapte  à  la  scie  de  long  verticale 

(pi.  \ll.  fig.   i.  n,  el  fig.  <i  .  au  moyen  d'un  petil   coin  de  bois 

qu'on  appellera  délie  menotte    fig.  i,  b,  el   fig.  6).  Cmpr.  v" 

'.  même  signification. —  Gggg.  :  Manotte,  poignée  d'une 

l'un  rabol  (pi.  VI.  li;:.  .'!,  c).  Se  dil  aussi  :  pougni. 

■  ,  ;  .:■;:.  Se  dil   du  bois  à  demi  pourri.        A   Stavelol . 
itle  vermoulu.  —  Cmpr.  G         :  faïé,  bois  donl  le  tissu  esl 


—  106  — 

altéré.  Rmcle  :  sole,  bois  échauffé  qui  commence  a  pourrir.  — 
De  l'allemand  :  loschen,  trouer,  percer. 

Moiie;  s.  m.  (t.  de  cliarr. ,  charp.  et  men.)  ;  litt.  mouche. = 
Mèche  de  vilbrequin.  Gggg.  et  Rmcle. — Mohe  di  windai,  mèche 
de  vilbrequin  (pi.  IV,  fig.  18).  — Mohe  inglaise ,  mèche  anglaise, 
appelée  aussi  mohe  à  treu  pontes,  à  trois  pointes  (iig.  17,  x). 
— ■  Mohe  française  ou  lire-bouchon,  mèche  française  en  l'orme  de 
vrille  (tig.  20).  —  Quarreie  ponte,  litt.  :  pointe  carrée, mèche  de 
bimbelotier.  —  Du  grec  :  /*<â*,  mèche  de  lampe.  —  ÏYmohi  ou 
dîmohi,  se  dit  d'une  tarière  émoussée,  dont  la  pointe  (voy.  v° 
palette)  est  cassée. 

Moïou;  s.  m.  (t.  de  charr.).  =  Le  moyeu  d'une  roue  (pi.  II, 
fig.  3).  —  Du  latin  :  modiolus. 

Moirhon  ;  s.  m.  (t.  de  men.  et  charp.);  litt.  trognon.  =  Picot, 
petite  saillie  semblable  à  une  écharde  et  qui  reste  au  bout 
d'une  pièce  de  bois  que  l'on  n'a  pas  sciée  net.  Voy.  v°  pépin.  — 
Cmpr.  tiesse  du  moir,  litt.  tête  de  mort.  Se  dit  d'une  cheville 
qui  se  trouve  rompue  plus  bas  que  la  surface  de  l'ouvrage  et 
par  analogie,  de  la  laideur  d'un  ouvrage. 

Moisse;  s.  f.  (t.  de  charp.).  =  Moise  ou  amoise,  pièce  plate 
qui,  dans  la  charpente,  en  relie  d'autres,  blochet. 

Moi  ai  ;  s.  m.  (t.  de  men.).  =  Molet,  petit  morceau  de  bois 
long  de  5  à  6  centimètres,  qui  porte  une  rainure  dans  laquelle 
on  fait  entrer  les  languettes  pour  vérifier  leur  justesse. 

Moieure;  s.  f.  =  Moulure.  —  Usteïe  a  moleure,  litt.  outil  à 
moulure,  sorte  de  rabot  dont  le  fût  est  en  forme  de  moulure 
(pi  VI,  fig.  11).  —  Gorge-moleure,  gorge-fouillée ,  moulure 
en  gorge  que  l'on  fait  à  une  fenêtre.  —  Pousser  ine  moleure, 
faire  une  moulure  à  l'aide  d'un  rabot. 

Montaie;  s.  f.  d.  de  charp.);  anc.  wall.  montée,  dans  J. 
d'Outremeuse  et  dans  Mélart.  =  Escalier.  —  Dial.  ard.  :  montée. 


—  107  — 

—  Rame  di  montaie,  le  patin,  pièce  de  bois  dans  laquelle  sont 
enchâssées  les  marches.       Etouchi  :  montée. 

Montant;  s.  m.  =  Montant.  --(T.  de  charp.  et  men.).  = 
Poitrail,  poteau,  cornier.    -  (T.  de  charr.).  Voy.  haie. 

Monteu;    s.  in.  Voy.  x'sattti'lt. 

M.izai  ou  buzai;  s.  m.  (t.  de  eharr.);  lilt.  museau,  espèce 
de  manchon  eu  ter  qui  s'adapte  sur  l'orifice  fin  moyeu  (pi.  Il, 
fig,  :>,  / '■.  Dans  les  roues  de  voiture,  il  dépasse  le  moyeu  d'un 
centimètre  el  s'appelle  alors  chapai,  chapeau ,  ou  golé,  collier. 


%T 


Noi;  s.  f.  t.  de  charp.  et  mon.).  =  Feuillure,  bord,  entail- 
lure  qui  s'enfonce  dans  une  rainure. 

Nok;  s.  m.  (dial.  ard.).  =  Nœud.  Gggg.  et  Rmele  :  nouk , 
nœud,  excroissance  ligneuse.  — Cmpr.  Lobet  :  noierai;  Rmele  : 
porai  ;\itt.  poireau,  [tris  dans  le  même  sens  que  nok.Nokteu, 
adj.;  noueux,  plein  de  nœuds,  se  dit  d'une  pièce  de  bois, 
d' planche. 


O 


s.  m.  (t.  de  men.).  =  Doueine,  sorte  de  rabot  pour 
taire  la  mouline  appelée  dôcine,  qui  esl  de  forme  ondoyante , 
concave  par  le  haut,  convexe  par  le  bas.  Le  wallon  emploie 
ce  mot,  tantôt  pour  désiguer  la  mouline,  tantôt  pour  désigner 
le  rabol  avec  lequel  on  la  fait. 

Ouai  ;  s.    m.;    aue.    wall.   otieau,   onneal,  dans  les  Chart.   el 
Privil.  =  Aulne,  espèce  d'arbre. 


—  108  — 

«  Onglet;  s.  m.  =  Outil  en  forme  d'équerre  dont  une  des 
branches  serl  à  tracer  les  joints  de  l'onglet  à  45°  (M)  »  (pi.  VI, 
fig.  13).  — Voy.  v°  assimblege. 

Orion;  s.  m.;  (t.  de  charr.).==  OEillet  dans  lequel  passe  une 
cheville,  signifie  aussi  an  pi.  les  deux  trous  du  vantail  de  la 
charrette,  dans  lesquels  passe  le  bout  supérieur  du  hati 
(pi.  VIII,  fig.  4,  d). 

■  Oube;  s.  f.  (dans  quelques  endroits  on  le  Tait  masculin); 
anc.  wall.  laisse,  kuysse,  dans  J.  de  Stavelot;  liuisse,  dans  les 
Charl.  et  Privil.  =  Porte.  —  Ouhe  à  deux  battants,  à  deux  bat- 
tants. —  Vielsahn  :  uchè;  Rouchi  :  huche,  uche.  --  Du  latin  : 
ostium.  —  Cmpr.  poite  ou  poète. 

Ouiriet;  diminutif;  s.  m.  =  Petite  porte.  Gggg.  et  Rmcle. 
Ouh'let  d'cherette,  vantail  qui  ferme  la  caisse,  soit  au  moyen 
d'une  glissière,  comme  dans  le  henai  (pi.  VIII,  lig.  3) ,  soit  au 
moyen  de  chevilles  (fig.  4). 

Ovreu;  s.  m.  (t.  de  chair.  ,  charp.  el  men.);  anc.  wall.  ou- 
vroise,  dans  les  Chart.  et  Privil.  =  Ouvroir,  atelier  de  travail 
du  menuisier,  du  charron,  etc.  —  Dial.  liég.  :  botique  ,  atelier 
du  menuisier.  Voir  la  lettre  de  M.  Borms.  à  M.  Gggg.,  p.  25  et 
suiv.  —  Rql'rt.  :  ouvertoir,  ouvfouer;  lillois  :  ouvro.  Du  latin  : 
operare. 


Pa  d'gatte;  (t.  de  men.);  litt.  pas  de  chèvre,  outd  pour 
faire  les  vis  de  bois.  Voy.  v°  tcr<>,  taraud.  —  Signifie  aussi  pied 
de  biche,  outil  en  forme  de  gouge,  pour  creuser  une  rainure  à 
angle  aigu. 

Pa  crgre;  s.  m.  =  Palier  (pi.  XI,  lig.  2,  d).  Lobet,  palier. 


—  109  — 

Pa  d'sou;  s.  m.  =  Le  giron  des  marches.  Lobet. 

Palette;  s.  f.  (t.  de  charr.  ci  charp.).  =  Le  taiUanl  d'une 
tarière,  l'extrémité  aplatie  qui  approfondi!  le  trou  foré  (pi.  VII, 
fig.  12,  u-.       Rmcle  :  /'<//<'//.  truelle,  houlette. 

■aai;  s.  m.  (t.  de  charp.).       Panneau,  ouvrage  de  menui- 
serie. 

.  !'.  i.  de  charp.);  anc.  wall.  pareus,  dans  J.  de 
Stavelot.  Paroi,  cloison.  Rmcle  el  Hubert.--  Dial.  ard.  : 
pareu.  Rqfrl  :  pare,  pairets  ;  normand:  parai, parei',  espagnol  : 
pared.       Ou  latin  :  paries. 

artout;  s.  m.  (t.   de  men.).  =  Petite  scie  à  lame 

d'un  manche.  S'appelle  aussi  sôliette  à  Vmain. — 

Lobel  el  Rmcle  donnent  : paspartout,  clef  (pi.  Vil  ,  fig.  8  .     - 

Cmpr.  Berrj  :  passe-partont,  grande  scie  manœuvrée  par  deux 

ouvriei  s. 

Passet;  s.  m.  =  Tabouret.  Passette,  s.  r.  ;  espèce  de 
gradin,  tabouret,  marche-pied. —  Signifie  aussi  petit  siège  au 
côté  du  benai,  formé  d'une  planchette  el  de  quatre  chaînettes 
lurroies  suspendues  à  deux  bâtons ,  dont  le  voiturier  se 
serl  pour  prendre  du  repos. —  Rouchi  :  passé,  m.  (Pi.  XiV, 
fig.  I,  d). 

Passon  ;  s.  m.  (t.  de  charr.);  gros  coin  en  bois  qui  serl  à 
soutenir  les  côtés  d'un  benai,  d'un  clïchet,  el  fail  l'office  de 
corne  de  ranche,  dans  les  charrettes  à  planches  (par  opposition 
à  charrette  à  haïr,  (pi.  \,  fig.  1  el  2,  d).  Les  passons,  au 
nombre  de  quatre  ou  six,  sonl  placés  dans  les  stris,  étrier 
npr.  passon,  t.  générique,  pieu. 

ae;  s.  m.  (t.  de  chair.,  charp.  el  men.)  ;  lin.  :  peigne. *= 
Crochet  d'établi ,  jure,'  de  bois  dentelée  ,  qui  sert  à  retenir  la 
planche  qu'on  travaille.  —  Voj .  v°  leu 


110 


Pehon;  s.  m.  (t.  de  charp.).  =  Tirant,  entre-toise,  pièce  de 
bois  que  l'on  met  entre  d'autres  pour  les  soutenir  (pi.  XV,fig.  \,d). 
Signifie  aussi  aisselier  et  moise.  —  Voy.  Lobet. 

Pela;  s.  m.  (t.  de  bûcheron).  =  Instrument  en  forme  de 
spatule,  pour  soulever  et  détacher  l'écorce  des  arbres. 

Peiâie  ;  s.  f.  =  Époque  à  laquelle  on  écorce  les  arbres  :  le 
mois  de  mai. 

Peiège  ;  s.  m.  =  Action  d'écorcer. 

Pèier;  v.  a.  =  Écorcer  un  arbre  pour  l'aire  des  hmsses  ou 
écorces  à  tan. 

Pelote  ;  s.  f.  Voy.  v°  âbon. 

Peiwai;  s.  m.  (t.  de  charp.  et  bûcheron).  =  Boispelard,  du- 
quel on  a  enlevé  l'écorce.  Cmpr.  berry  :  peliau,  même  signifi- 
tion.  Voy.  v°  clippe  et  coukmain. 

Pépin;  s.  m.  (t.  de  charr  et  charp.);  litt.  pépin.  =  Petite 
saillie  qui  reste  au  fond  du  trou  foré  par  la  tarière.  —  Cmpr. 
moirhon  et  grawia). 

Pesse;  s.  f.  (t.  de  charp.).  =  Pièce.  Pesse  di  bois,  pièce  de 
bois.  —  Pesse  d'inte-deux,  litt.  pièce  d'entre-deux,  anti-bois, 
tringle  sur  le  parquet.  —  Pesse  di  quatte  puces,  litt.  pièce  de 
quatre  pouces  carrés;  ces  pièces  sont  de  chêne  ou  de  hêtre. 

Pï  d'gatte;  litt.  pied  de  chèvre  ,  bicoque.  On  désigne  ainsi 
le  troisième  pied  qui,  dans  la  gatte,  sert  de  levier  (pi.  XI, 
iïg.  4,  x). 

Pi  d'poie;  litt.  pied  de  poule,  support,  jambette ,  petite 
jambe  de  force  (pi.  XV,  fig.  2,  m).  —  Lobet  :  pi  d'paie. 

Pi  avise.  Voy.  v°  errére. 

Picette  ;  s,  f.  (t.   de  men.).  ==  Pince ,  pincette.   Rmcle. — 


— 111  — 

Picette  ù  côper,  pincette  à  couper,  pincette  de  bimbelotier.  — 
[Hcette  plate,  dont  les  griffes  parallèles  sonl  plates.  Picette 
ronde,  donl  les  griffes  sont  rondes.  Pour  l'étymologie,  voy.  la 
lettre  de  M.  Bormanéà  M.  Gggg.,  p.  47. 

puasse;  s.  m.  a.  «le  charp.).  =  Pièce  de  charpente  croisée, 
poteau  qui  soutient  d'autres  pièces,  pilastre. 

piotte  ;  s.  f.  =  Bloc  de  bois  emmanché  comme  un  balai,  et 
i|in  sert  à  écraser  soit  la  houille,  soil  la  pâtée  des  porcs  et  du 
Lot  ail. 

pire  ;  s.  i'.  =  Pierre.  Rmcle.  —  limitante  (are,  s.  t.,  pierre 
fixe  sur  laquelle  on  repasse  le  tranchanl  des  outils,  on  aiguise  à 
plat,  l'ai-  opposition  à  la  :  Pire  toànresse,  t.  de  men.),  pierre 
meulière  qui  sert  à  aiguiser  les  outils  ;  s'appelle  aussi:  Tournante 
pire  ou  encorePire  difmoleu,  pierre  de  rémouleur,  ou  Raffilresse, 
pour  affiler  les  tranchants.  —  Rafileu,  s.  m.,  tige  fie  ici'  sur 
laquelle  on  aiguise  un  couteau,  on  redresse  les  brèches. 

Le  wallon  a  les  différentes  expressions  :  affiler, affiler. Rafliler, 
même  signification.  Rimoude  ou  rimoure,  émoudre.  Sèmî,  ai- 
guiser. Rissèmî,  même  signification,  affûter.  —  Dial.  arden.  : 
rassèmî. 

Pîse;  s.  f.  t.  de  charp.  el  charr.).  =  Perche.  Eu  t.  d'agricult. 
=  forte  perche  qui  sert  à  serrer  et  tenir  la  charge  d'une  char- 
rette à  ridelle.  —  Dial.  de  Francorchamps  :  pèse. 

Planche;  s.  i.  t.  dé charr.  charp.el  men.);  anc.  vvall. planée, 
dans  .1.  le  Bel.  =  Planche.  —  Planche  à  j'à  buis,  queue  de 
morue,  planche  plus  étroite  à  nu  boul  qu'à  l'autre.  —  Planche 
(Pappui ou  simplement  appui,  tablette  de  croisée;  désigne  aussi 
la  traverse  inférieure  du  bas  d'un  dormanl  de  fenêtre.—  Planche 
di  r'vestihmain,  planche  qui  sert  à  former  le  revêtement  d'une 
cloison.     Planche  kornée,  voy.v0  horner. — l)u  bas  latin  :  planca. 

Planchette  ;  s.  f.  =     Planchette. 


—  112  — 

pianchi  ;  s.  m,  (t.  de  charp.);  anc.  wall.  planchier,  dans  J.  de 
Stavelot  ;  pianchi  dans  les  pawillarts.  =  Plancher.  — Voy. 
Rmcie  et  Lobel  pianchi ,  planchéier.  —  En  dial.  ard.  oh  dit  :  sto 
rplanclii  pour  signifier  :  à  l'étage  ou  au  grenier,  par  synecdoque. 

—  Cmpr.berry  :  le  plancher  pour  signifier  le  grenier.  —  Rqfft. 
planckier.  — -  Avant-planchi  ou  fâ-planchi.  Voy.  llmele. 

Plate  ;  s.  f.  (t.  de  eharp.).=Chanlalle,  pièce  à  Pextréulité  des 
chevrons  pour  soutenir  l'égout  d'un  toit.  —  Filière,  pièce  sur 
laquelle  sont  cloués  les  chevrons  formanl  pendant  d'une  toiture. 
Voy,  Lobet  :  kartoug,  platt,  limande. 

piate-baiue;  s.  f.  (t.  de  mon.)  ===  Plate-bande,  la  partie  plane 
au  pourtour  d'un  panneau  ,  entre  le  panneau  proprement  dit  et 
le  châssis. 

Piatenue;  s.  f.  (t.  d'agriculture).  --=■  Platine.  —  Plàtenne 
d'errére,  semelle  de  la  charrue, plaque  de  fer  adaptée  à  la  gauche 
et  en  dessous  de  la  tiesse, ou  cep  de  la  charrue,  pour  la  préserver 
de  l'usure.  On  dit  aussi  s'melle. 

Pièns;  s.  m.  (t.  de  charr.,  charp.  et  mon.).  =  Platane,  arbre. 

—  (T.  de  charp.  etmen.);anc.  wall.  pîenne  >  plaine ,  dans  les 
Chart.  et  Privil.  =  Plane,  outil  à  deux  poignées  (pi.  XII,  tig.  12). 
— Voy.  coûtai  a  deux  mains — Plène  à  foclie,  lilt.  plane  à  fourche, 
bouvenient, ,  fer  à  fourche  pour  l'aire  les  rainures  et  les  lan- 
guettes. Il  se  compose  de  deux  espèces  de  rabots  dont  l'un  fait 
la  rainure  et  l'autre  la  languette. — Cmpr.  Rqfrt  :  plaine  ;  Berry  : 
plaine.  —  Anglais  :  plane,  rabot. 

Piener;  v.  a.  =  Planer.  Même  signification  qiïaponli  (voy. 
ce  mot). — Lobel:  plené,  pleni.  —  Plené,  plenêe ,  participe  ;  ce 
qui  est  plane.  Ex.  :  des  planches  plenées.  —  Piener  à  l'jondresse, 
planer  à  la  varlope.  —  Voy.  Lobet. 

s»leneu  ;  s.  m.  =  Planeur,  Rmcle  et  Lobet.  —  Voy.  les  com- 
posés aplani,  aplanihege  dans  Rmcle. 


—  113  — 
iMinthe  ;  s.  I".  (t.  de  charp. ).  =  Plinthe,  socle  de  bOÎS  place  ;ui 

bas  el  ;ui  pourtour  d'une  pièce,  d'une  chambre.  —  Voy.  Lobel  : 
pléd,  plinthe,  lambourde. 

piop;  s.  m.  it.  de  charp  et  men.).  =  Peuplier,  qu'on  nomme 
aussi  (Mi  wall.  :  peupler.  Comme  bois.on  distingue  trois  espèces  : 
peupier  ou  blan  bois  d'Italie,  le  peuplier  d'Italie  ;  peupler  d' Ca- 
nada, le  peuplier  de  Canada;  ))lnj)   d'alwe,  litl.    peuplier  d'eau  , 

ou  peuplier  du  pays.  —  Cmpr.  valaque  :  />/<»/>,  même  significa- 
tion. —  Ou  latin  :  populus. 

Ponton;  s.  m.  t.  de  charron).  =  Poinçon, outil  pour  détacher 
les  fers  de  l'essieu  ou  d'une  partie  quelconque  de  la  charrette. 
—  Rmcle  :  ponsson ,  instrumenl  pour  percer.  —  (T.  de  charp.). 

=  Pièce  de  bois  verticale  où  s'ussemhleut  les  petites  forces  et 
le  laite  d'une  tenue  (pi.  XV,  fig.  I,  c).  —  Poriçon  d'pegnon  : 
1    charpente  placée  entre  deux  murs  de  pignon,  qui   sert  à 

Soutenir   les  pannes,   lorsque  la  distance  entre   les  deux    murs 

est  trop  grande;  2°  sous-faîte,  pièce  de  bois  sous  le  faite  d'un 
toit.  Lobet. 

Posseiet ;  s.  m.   t.  de  charp.);  anc.  wall.  possekt,  dans  les 
de  la  Ghamb.  des  tin.  =  Potelet,  pièce  de  bois;  synonyme 
de  pesse  ili  quate  pôces. 

Postai;  s.  m.  (t.  de  charp.) ;  anc.  wall.  \posteau,  dans  les 
Chart.  etPrivil.  ;  posteai,  dans  .1.  de  Stayelot;  postnc-  (plur.), 
dans  Hemricourt.  =  Poteau,  pilier,  jambage  de  porte,  montant. 
Postai '  d'ouhe  ou  tt')><>it<',  forl  montanl  de  bois  que  l'on  met 
aux  côtés  des  portes  charretières.  —  Rqfrt  :  posteau.  —  Du 
latin  :  postis  ou  postellum.  Cmpr.  Lobel  :  chanbral  et  voy.  v° 
pilasse  dans  ce  glossaire. 

Pougniaie;  s.  f.  =  Poignée,  manche  d'un  instrument,  d'un 
outil.  —  Dial.  ard.  :  pougni  el  pougneure;  à  Coo  :  pougnore.  — 
Pougniaie  d'errére  voy.  \  *  errer e).  Pougnlale  di  fâmain,  poignée 
du  manche  de  la  faux  (pi.  IX,  lie,.  5,6).       Pougniaie  a" on  rabot, 

x 


—  114  — 

poignée  d'un  rabot  qui  s'appelle  aussi  Tmenotte  ou  l'manotte 
(voy.  ce  mot). 

Poùte;  s.  f.  (t.  de  charp.).  =  Poutre;  quelquefois  employé 
pour  désigner  le  soumî  (voy.  ce  mot). 

Presse;  s.  f.  (t.  de  men.).  =  Presse.  —  Presse  à  l'main 
ou  vis  à  l'main,  cadre  dans  lequel  on  met  les  objets  à  presser 
(pi.  VII,  fig.  2).  --Presse  à  deux -mains  ou  à  deux  vis,  châssis, 
instrument  pour  serrer  le  placage,  qui,  à  la  différence  de  la  pré- 
cédente, porte  deux  vis  parallèles  (pi.  VII,  fig.  1). 

i-rofiier;  v.  a.  =  Marquer  avec  le  trusquin  (voy.  v°  cruskin). 


Quarrer  (prononcez  couarrê);  v.  a.  (t.  de  charp.  et  se.  de 
long);  anc.  wall.  quarrer  un  bois,  dans  les  Reg.  de  la  Ghamb. 
des  fin.  =  Équarrir,  tailler  à  angles  droits.  —  Rmcle  :  kouaré, 
carrer.  —  Dans  quelques  localités  on  dit  :  quâti.  D'où  : 

Quarrege;  s.  m.  =  Équarrissage.  — Lobet  :  kwaureg. — 
Dicz,  v°  squadrare. 

Quârtî;  s.  m.  =  Quartier,  entrevous.  —  Rmcle  :  kouarti. 
—  Qudrti  d'bois,  planche  qui  a  généralement  quatre  centimètres 
iiY|iaisseur  ;  se  dit  indifféremment  du  sapin  ou  du  chêne. 

Quâtier,  v.  a.  Manière  de  débiter  le  bois  pour  planches, 
quartiers.  —  Dial.  de  Verviers.  :  kwaudlé. 


Rabat;  s.  m.  (t.  de  men).  =  Listel  ou  revers  d'eau;  chan- 
frein, partie  du  châssis   mobile  de  la  fenêtre  qui,  au  bas  et  à 


iir; 


l'extérieur,  se  termine  à  vive  arête.  -  Cmpr.  Lobel  :  fosal, 
chanfrein.  Cmpr.  aussi  jet  d'eau,  traverse,  en  forme  de  quart 
de  rond,  pour  empêcher  la  pluie  de  pénétrer  dans  l'intérieur. 

Rabatte;  v.  a.;  ou  rabatte  Varèse.  =  Chanfreiner ,  ébiseler , 
couper  en  biseau,  en  chanfrein. 

}:■>...!.  -  m.  (t.  de  charr.,charp.  et  men.).  =  Rabot,  (pi.  VI, 
I,.'  rabot  se  compose  :  1°  de  bois,  le  fûl  (b);  les  deux 
côtés  s'appellent  les  chiffes,  litt.  les  joues;  le  dessous  porte  le 
nom  «le  H  semelle,  litt.  la  semelle.  On  dil  rismeller  ou  rus- 
meller  on  rabot,  quand  la  lumière  étant  devenue  trop  large,  un 
adapte  une  pièce  de  bois  horizontale  sous  le  fût;  2°  de  fier  ou 
fier  de  rabot,  le  ciseau (fig.  •'!.  d  ci  fig.  12).  (Voy.  Lobel  :  et 
bihai  :  basile,  inclinaison  du  fer  d'un  rabot)  ;  3°  de  Vpougniaie 
ou  menotte  voy.  ces  mots  :  i  '/è  Valoumir,  loumir,  larmir  mi 
gueule  voy.  ces  m 

Il  >  a,  nuire  la  courerèse  ci  l'jondresse  (voy.  ces  moisi,  diflfé- 
rentes  espèces  de  rabots  :  F  rabat  d'rond  ou  cintre  /v//n>/,  appelé 
encore  quelquefois  .sv//>o/,  dont  le  fût  est  courbe  ci  -cri  -i  tra- 
vailler les  jantes  fig.  5);  rro?jrf  (sous-entendu  rabot;  on  dit  on 
rond),  le  boudin  ou  la  navette,  dont  le  fût  est  convexe  (fig.  6); 
V quart  ili  rond,  mouchette  qui  sert  à  pousser  i\a>  quarts  de 
cercle;  Vrond  à  deux  huiles,  dont  le  fût  porte  une  feuillure  à 
chacun  des  côtés;  Vrond  inle  deux  quarrés,  tarabiscot,  dont  le 
lût  a  la  forme  indiquée  fig.  10;  Vcreû  (sous-entendu  rabot),  dont 
le  lut  est  concave  (fig.  -2  :  Vrabot  h  dins,  à  dents,  dont  le  fûl  est 
dentelé;  Vrabot  u  bar/nette,  à  baguette;  Vrabot  à  gueuïe  <li  leù,  à 
gueule  e}<-  loup;  Vrabot  à  plate  haine .  à  plate-bande,  donl  on  se 
sert  pour  faire  les  panneaux  dr  portes  et  d'armoires;  Vrabot  à 
reneure,  rainoir,  qui  serl  à  faire  les  rainures;  Vrabot  àcoinnedu 
natte,  litt.  à  corne  de  chèvre,  donl  le  fût  porte  à  la  tête  une 
poignée  en  forme  de  corne,  pour  préserver  la  main  (fig.  I). 

I  es  rabots  portant  <\f>  noms  spéciaux  sont  :  l'dôcine  ou  ogive 
>\n\.  \   ogive  ;  \erabot  proprement  dit,  dont  le  fût  est  le  plu- 


—  146  — 

court;  il  a  d'ordinaire  16  à  18  centimètres  de  long;  Vfo'ieresse, 
V sabot ,  li  sterblock  (voy.  ces  mots).  —  Hagnî,  lit  t.  mordre,  ou 
magni  è  bois,  litt.  manger  dans  le  bois,  se  dit  d'un  rabot  qui 
mord  trop  fort.  —  On  appelle  voie  du  rabot,  litt.  voie  du  rabot, 
les  traces  que  laisse  sur  le  bois,  le  fer  du  rabot,  chaque  fois 
qu'il  a  enlevé  les  copeaux.  —  Pour  l'étymologie,  voy.  la  loi  Ire 
de  M.  J.  Bormans  à  M.  Gggg.,  p.  38. 

«  Râcleu;  s.  m.  =  Racloir,  outil  formé  d'une  lame  d'acier, 
à  laquelle  on  donne  le  morfil,  servant  à  emporter  les  raies  res- 
tées dans  le  bois  (M).  »  On  dit  de  cette  opération  :  r'nèti  l'bois  , 
litt.  renettoyer  le  bois. 

Racôïemaîn;  s.  m.  (t.  de  cbarp.).  =  Pièce  de  bois  qui,  dans 
la  baie  d'une  fenêtre,  sert  à  soutenir  la  maçonnerie  superposée 
au  cintre  de  l'embrasure  (voy.  v°  Vint  ai).  —  De  racoï,  affermir, 
raccorder. 

Râïe-trait;  s.  m.  (t.  de  charr.).  —  Bâton  qui  sert  dans  les 
attelages  et  dont  chaque  extrémité  entre  dans  un  anneau  de  la 
chaîne  doublé,  pour  lui  donner  de  l'écartement.  Voy.  Borms., 
Gloss.  des  houilleurs. 

Rainette;  s.  f.  (t.  de  charr.,  charp.  et  men.).  =  Rainette, 
outil  en  forme  de  crochet,  qui  sert  à  tracer  des  lignes  sur  le 
bois.  Ex.  :  marquer  Virait  à  Vrainette, marquer  le  trait  au  moyen 
de  la  rainette. 

Raionge  ;  s.  f.  (t.  de  charp.  et  mon.).  =  Alaise,  planche 
ajoutée  à  une  autre.  —  Lobet  donne  relongue,  recoulement,  ral- 
longement d'un  arêtier,  et  alaise,  aideau. 

Rame;  s.  f.  (t.  de  men.).  =  Croisée,  fermeture  d'une  baie 
de  fenêtre.  Les  croisées  portent  différents  noms,  selon  leur 
forme  et  leur  assemblage  :  «  Bàme  à  grands  qu  irais,  croisée  a 
grands  carreaux,  celle  qui  n'a  pas  de  croisillon  dans  les  châssis; 
rame  à  p'tits  bois  ou  à  ptits  quârais, celle  qui  a  un  ou  deux  rangs 


—  117  — 

de  montants  de  p'tit  bois.  Les  croisillons  s'appellent  à  Verviers 
creuhai;  à  Spa  barai.  Rame  à  attique,  croisée  à  imposte,  celle 
qui  ;i  sa  partie  supérieure  dormante.  Rame  à  lnile,  croisée  sans 
châssis  d'imposte,  celle  donl  les  châssis  ouvrants  ont  toute  la 
hauteur  de  la  croisée(M)  ».  —  Lobet  donne  rame  di  fignesse, 
châssis  dormant.  Voy.  v°  attique,  bastâde rame  et  lisse. 

Ramoûrner;  v.  a.  =  Réduire  une  mesure  OU  une  valeur 
quelconque  en  une  autre;  ainsi,  le  pied  courant  en  pied  carré, 
le  pied  carré  en  pied  cube,  la  monnaie  d'un  pays  en  celle  d'un 
autre  pays,  etc.  —  .1  pi  ramoûrné,  la  mesure  au  pied  carré. 

Rampe;  s.  f.  (t.  de  charp.).  =  Rampe,  la  partie  d'un  escalier 
comprise  entre  deux  paliers;  la  rampe  de  l'escalier.  --  Lobet  : 
litunp  d'on  nwi(i\  taux  limon,  pièce  de  charpente  posée  contre 
un  mur,  laquelle  ne  reçoit  pas  les  bouts  des  marches  comme  les 
vrais  limons,  mais  est  découpée  pour  les  porter  en  dessous  et 
appuie  les  contre-marches. 

Rau;  s.  m.  =  Etable  à  porc.  —  Dial.  ard.  :  luui.  —  Gmpr. 
picard  :  rau. 

Ranairi;  v.  a.  =  Rapareiller. — (T.  de  charp.).  =  Mettre 
les  points  de  repaire,  les  marques  pour  reconnaître  les 
pièces  <pii  doivent  être  assemblées.  Ces  marques  se  l'ont  géné- 
ralement en  chiffres  romains,  qui,  composés  uniquement  de 
lignes  droites,  se  font  aisément  d'un  coup  de  maillet  appliqué 
sur  le  ciseau.  —  Du  latin  :  parare. 

Rapoitroûie;  s.  f.  (t.  d'agricult.).  =  Ramassette,  baguette 
qui  esl  tournée  en  forme  d'oreille  au  haut  du  manche  de  la  faux 
ci  tenue  par  la  virole  qui  relient,  elle-même  la  Taux.  Elle  sert  à 
former  les  andains  sciés  (pi.  IX.  fig.  5,  b). 

R'couieu;  s.  m.Voy.  houlmain. 

Rége;  s.  m.  (t.  d'agricult.).  =  Crible  dans  lequel  on  passe  le 
bled.  — Lobet  :  krib;  rouchi  :  rège.  Gmpr.  anglais  :  ridelle. 


118 


Reie;  s.  f.  =  Tringle,  baguette.  Rinclo,  Lobet. —  (T.  de 
charr.).  =  Espèce  de  large  échelon;  au  plur.  les  traverses  qui 
unissent  le  prolongement  des  bras  et  forment  le  fond  d'une 
charrette  a  ridelle  pi.  I,  lig.  1,  h\  —  Reie  as  usteies,  râtelier 
auquel  on  suspend  les  outils;  quelquefois  il  est  adapté  au  banc 
du  menuisier  et  s'appelle  alors  reie  de  ban  de  sériai.  —  Du  latin 
radia. 

Reinbraver  ;  v.  a.  (t.  de  cliarp.).  =  Faire  un  assemblage  à 
rainures  et  à  languettes.  Lobet  :  reribravéet  renbrevé,  cmbrever, 
emboufeter. 

René;  s.  m.  (t.  de charp.).  =  Arbalétrier,  pièce  de  la  char- 
pente qui  porte  la  couverture;  arêtier  (pi.  XV,  fig.  1,  c). —  René 
di  jambe  d'air,  chantignole.  —  René  so  coinne,  ferme.  Lobet  le 
définit  :  assemblage  de  charpente  qui  se  compose  de  deux 
arbalétriers,  un  entrait,  deux  blochets,  quatre  liens  et  un 
poinçon. 

Reneurc  ;  s.  f.  (t.  de  charp.  et  men.).  =  Rainure.  —  Voy. 
Lobet  :  kouliss,  coulisse,  rainure. 

Réque;  s.  t.  (t.  de  charp.  et  men,);  anc.  wall.  reigue,  raigle, 
dans  les  Gliart.  et  Privil.  =  Règle.  —  Rouchi  :  réque.  D'où  : 

Réglette;  s.  f.  =-  Petite  règle  dont  se  servent  les  menuisiers 
et  les  ébénistes. —  Lobet  :  réglett,  instrument  qui  fait  l'office  de 
heïeu  et  de  rainette.  —  Du  latin  régula. 

Rèt;  s.  m.  (t.  de  charr.)  ;  anc.  wall.  retz,  dans  les  Gliart.  et 
Privil.  =  Rais  d'une  roue  (pi.  Il,  lig.  5).  — Du  latin  radias. 

RTmdege  ou  Rifmdège  ;  s.  m.  (t.  de  charp.).  =  Bois  de  re- 
fend.—  Les  r'findèges  ont  ordinairement  12,  18  ou  24  centi- 
mètres de  largeur,  sur  8  à  9  centimètres  d'épaisseur  et  une 
longueur  indéterminée. 

R'fin dresse;  VOV.  V1  soie. 


—  119  — 

ii'foïeter;  v.  a.  (t.  de  charp.).  =  Refeuiller,  faire  un  assem- 
blage  ci  le  recouvrir  de  planches. 

isiesse  ;  s.  f.  =  Arête ,  angle  saillant  que  forment  les  deux 
faces  d*iui(v  pièce  de  huis,  synonyme  d'arête.  —  D'où  diriesti, 
ôter  les  arêtes  d'une  pièce  de  bois.  Dial.  ard.  duriesti;  Lobel  : 
driesté,  chanfreiner. 

Rife;  s.  i'.  (t.  de  charp.).  =*  Bord  du  loit,  termine  par  le 
pignon. 

nihausse  ou   itahausse;   s.  !'.  ;  voy.   v"  flaclie. 

itise;  s.  f.  :  voy.  v  errère. 

itisselire;  s.  f.  si.  de  chair.  ;  anc.  wall.  risselier ,  rasselier , 
dans  les  Chatt.  et  l'rivil.  =  Râtelier.  Cmpr.  :  creppe. 

nôiai;  s.  m.  't.  de  chair.);  anc.  wall.  rouxhe,  ou  rouxle 
(faoust,  rouleau  pour  la  moisson,  dans  les  Chart.  et  Privil.  = 
Treuil  que  la  charrette  à  ridelles  porte  à  l'arrière  (pi.  I,  lîg.  1 
el  2).  Autour  du  rouleau  s'enroule  la  chaîne  ou  la  corde  qui 
retient  la  perche  voy.  pîse).  Les  chevilles  en  fer  (lîg.  2,  p)  qui 
fonl  manœuvrer  le  rôlai  s'appellent  sprinque. 

nonhes  ;  f.  pi.  (t.  de  charr.).  =Ranches,  cornes  de  ranches 
qui  soutiennent  les  ridelles  (pi.  I,  fig.  1  et  3,  /).  —  Voyez  v° 
hamai. 

nowe;  s.  f.  (t.  de  charr.).  =  Roue.  —  Rowe  à  la  Malbrouk, 
à  la  Malborough,roue  de  chariot  et  de  charrette,  dont  les  jantes 
oui  une  épaisseur  plus  forte  que  les  roues  ordinaires.  Les  roues 
dites  à  la  Malbrouk,  ont  depuis  11  jusqu'à  28  centimètres  d'é- 
paisseur. Jadis,  dans  les  campagnes,  les  roues  n'avaient  que 
6  centimètres  d'épaisseur;  aujourd'hui  on  tend  à  abandonner 
les  roues  à  jantes  étroites.  —  Lobel  :  raw. 

niseppe  ou  mieux  fier  à  r'seppe;  s.  m.  (t.  de  se.  de  long). 
=  Scie  de  long  que  deux  hommes  manœuvrent  horizontalement 


—  120  — 

(pi.  XII,  fig.  7).  Elle  porte  aussi  le  nom  de  r'sëppeu,  m.,  ou  r'ssep- 
presse,  t.,  ou  encore  côpresse  (voy.  ec  mot  et  v°  fier).  Les  dents 
varient  de  forme,  tantôt  comme  l'indique  la  fig.  7,  tantôt  comme 
la  fig.  8.  — Cmpr.  Rqlrl.  :  resse,  scie.  D'où  : 

ei^sepper;  v.  a.  (I.  de  se.  de  Ibiîg).  =  Se  servir  du  fsseppë, 
couper  l'arbre  sur  bout. — Normand  :  recéper,  scier  un  morceau 
de  bois. 

r:  tese  ou  ssiteàe  ;  s.  f  (t.  de  chair,  et  cbai'p.).  =  Cantiboi , 
reste  de  bois  qu'un  ouvrier  fait  en  'débitant  son  bois.  —  Dial. 
ard.  ruteïe  ou  r'teie.  —  Lobet  :  rtéion. 

s\ùie;  s.  m.  (t.  de  cbarr.,  charp.  et  men.).  =  Mètre  à  me- 
surer, pied  du  roi;  signifie  aussi  :  «  règle  qui  sert  à  déterminer 
le  niveau  d'un  point  à  un  autre.  Ex.  :  miner  Fierai  à  grand  rûle.  » 
(M).  —  Lrule  de  fier  (t.  de  se.  de  long),  dial.  de  Slavelol  :  sorte 
de  tringle  qui  porte  une  rainure  dans  laquelle  s'engagent  les 
dents  de  la  scie,  dite  fier  à  planche,  afin  de  la  préserver  quand 
on  la  transporte. 

Rustai;  s.  m.  (t.  d'agricult.)  ;  anc.  wall.  rosteai,  dans  J. 
d'Outremeuse  ;  resteat,  dans  les  Reg.  de  la  Chamb.  des  fin.; 
risteau,  resteaux,  dans  les  Chart.  et  Privil.  =  Râteau.  —  Dial. 
ard.  ristai;  Rqf'rt  :  ruslé.  — Diez,  v°  rastro. 

ic/vesti;  v.  a.  voy.  v°  vesti, 

nfvestihmain  ;  voy.  v"  reslihmain. 


^abot;  s.  m.  (t.  de  charp.).  =  Patin,  bois  sur  lequel  les  es- 
caliers reposent;  semelle,  pièce  de  bois  qui  sert  d'appui  à  un 
étai ,  pour  empêcher  l'écartement.  —  (T.  de  se.  de  long)  ;  som- 


—  121  — 

mier;  double  poignée  au  haut  et  au  bas  de  la  scie  verticale  des 
scieurs  de  long  (pi.  XII,  fig.  4,  a  et  tig.  6).  —  (T.  de  men.)  ; 
sabot;  espèce  de  rabol  qui  serl  à  faire  des  moulures  (Cmpr. 
rabot  <r rond). 

Sapin;  s.  m.;  anc.  wall.  sappien ,  dans  les  Pawillarts.  = 
Sapin.  Le  sapin  comprend  différentes  espèces  qui ,  selon  leur 
lieu  de  provenance ,  portent  en  wallon  comme  en  français  les 
noms  de:  sapin  d'Anvers,  un  du  Nord;  sapin  d'Cologne,  ou 
rf'  illemagne;  supin  d'pays.—  Il  y  a  eu  outre,  selon  leur  qualité  : 
le  sapin  rouge  el  le  sapin  qu'on  n'a  nin  saine,  litt.  qu'on  n'a  pas 
saigné,  celui  duquel  on  n'a  pas  tiré  la  résine. 

uteu  ;  s.  m.  i .  d'agricult,)  ;  dial.  ard.  ;  litt.  sauteur, obstacle 
formé  de  traverses  en  bois  équarri,  qui,  dans  les  sentiers,  re- 

eni  deux  haies,  à  l'effel  de  couper  le  passage  aux  bes- 
tiaux, tduf  en  le  permettant  aux  personnes.  Il  est  composé 
de  deux  pieux  verticaux,  sur  lesquels  est  posée  une  traverse 
horizontale,  à  la  hauteur  de  45  centimètres  (pi.  IX,  tig.  2).  Il 
consiste  aussi  quelquefois  en  trois  ou  quatre  pieux  verti- 
caux el  parallèles  tresses  de  branches  (pi.  IX,  lïg.  3).  —  De 
sauter,  que  le  wall.  rend  par  pochî.  Dans  les  environs  de  Ver- 
viers,  le  sauteu  perle  le  nom  de  monteu,  litt.  montoir.  —  Cmpr. 
rouelii  et  Jura:  baise-cul,  désignant  la  même  chose  et  ainsi 
nommé,  parce  que  l'on  doit  s'asseoir  dessus  à  califourchon  pour 
passer  à  l'autre  côté. —  Cmpr. le  Gloss.  luxembour.  v°  passau,  el 
le  Dict.  du  pays  de  Bray  v  passeux  :  barrière  immobile  qui  sé- 
pare les  herbages  et  qu'il  faut  franchir  quand  on  suit  les  sen- 
tiers qui  traversent  les  prairies.  —  Tourniquet,  autre  moyen 
d'empêcher  le  bétail  de  suivre  un  sentier;  le  tourniquet  est 
formé  d'une  croix  de  saint  André,  pivotant  horizontalement  sur 
un  poteau  de  60  à  80  centimètres  de  hauteur  (voy.  pi.  IX, 
lig.  1). 

Scoimin;  s.  m.  (t.  de  charp.).  ===  Ëpaulement  du  tenon,  dé- 


—  122  — 

collemenl ,   action  de  couper  un  chevron  du  côté  de  l'épaule- 
ment;  il  se  dit  aussi  escolmin  (pi.  XV,  iig.  10,  a). 

Scrauwe;  s.  f.  (t.  de  chaiT.,  charp.  et  men.)  ;  anc.  wall. 
escroe,  dans  le  Cartulaire  de  Bouvignes.  =  Écrou.  Dial.  ard. 
scrawe.  Rmcle  :  sikrawe.  —  Rqfrt  :  escrouet.  Anglais  :  screw. 
—  Du  thiois  schroef  (voy .  la  lettre  de  M.  Bormans  à  M.  Gggg., 
p.  50).  —D'où  : 

Scrauwer;  v.  a.  =  Tarauder.  Lobet. 

Serinai;  s.  m.  (t.  de  men.);  anc.  wall.  escrin,  soin,  escren, 
dans  les  Chart.  et  Privil.  =  Layette,  tiroir  d'armoire.  —  Rqfrt  : 
escrignet,  escrinée,  escrin,  serin.  Anglais  :  shrine. —  D'où  : 

Scrini;  s.  m.;  anc.  wall.  scrinier ,  dans  les  Chart.  et  Privil. 
=  Menuisier.  —  Rqfrt  :  escrignier.  —  Pour  l'étym.  voy.  la 
lettre  de  M.  Bormans  à  M.  Gggg.,  p.  14  et  15.  —  D'où  : 

Seriner;  v.  a.  =  Travailler  en  menuiserie.  Lobet. 

Scrinnéraie;  s.  f.  =  Menuiserie. 

Sera;  s.  m.  (dial.  de  Stavelot).  —  Chaîne  ou  corde,  qui  lie  la 
roue  à  la  longe  ou  flèche,  et, en  enrayant  celle-là,  l'empêche  de 
tourner.  Il  fait  l'office  du  sabot  des  carrossiers.  —  De  sèrer , 
serrer.  Voy.  Borms.,  Vocab.  des  bouilleurs. 

Sige;  s.  m.  (t.  de  charr.).  Litt.  siège,  =  cadre  d'une  char- 
rette; la  charrette,  à  l'exclusion  des  bras  et  des  roues.  Ex.  : 
l'sige  (l'on  clichet. 

S'meiie  ;  Voy.  v°  platenne  et  rabot. 

Sofrante;  s.  m.  (t.  de  charp.);  anc.  wall.  souverante,  souve- 
rande,  dans  les  Chart.  et  Privil.  =  Séveronde ,  avant-toit,  la 
partie  qui  se  trouve  entre  la  pente  du  toit  et  le  plancher  du 
grenier.  —  Dial.  ard.  sovronte.  Lobet  :  sevrood.  Malmédy  : 
sogronde.  Rouchi  :  souvronte.  —  Rqfrt  :   sonrronde,  séveronde, 


123 


partie  du  toil  qui  avance;  la  partie  inférieure  d'une  couverture 
de  maison,  celle  qui  est  en  saillie  sur  le  mur  pour  jeter  les 
eaux  pluviales  hors  du  mur.  —  Du  latin  :  subgrunda  ou  sug- 
grunda.  On  dit  aussi  V penne  de  leu,  pour  signifier  l'avant-toit, 

la  saillie  du  toit  sur  la  rue. 

Sokette  ;  s.  I'.  ;  voy.  v°  sto. 

sôïe;  s.  f.  (t.  de  charr.  charp.  et  men.);  anc.  wall.  soye, 
dans  J.  d'Outremeuse  :  suye  et  soye,  dans  les  Ghart.  et  Prïvil.  = 

Scie. 

La  scie  se  compose  des  dresses,  les  bras  ;  du  montant ,  ou  de 
la  bare,  m.,  lin .  la  barre,  !><>is  du  milieu,  parallèle  à  la  lame;  de  la 
coide,  corde.  —  On  dit  tiriker,  tendre  une  scie  —  Les  différentes 
espèces  de  scie  sont  :  Vsoïelette  à  l'main,  ou  passe-partout. 
(Lobel  l'ait  une  distinction  entre  soîelette  a  Vmain  et  soïelette 
à  manche);  sôïe  à  d'biter ,  scie  à  débiter;  sôïe  à  découper,  scie 
de  bimbelotier ;  soie  d'arasmin,  scie  d'arasement.  —  Les  scies 
portant  des  noms  spéciaux  sont  :  Vcabriolet  (voy.  ce  mot);  l'fier 
à  planche  (voy.  ce  mot);  li  ffindresse,  harpon,  scie  à  débiter;  li 
r'sseppe  voy.  ce  mot1.—  Picard  et  lillois  :  soye;  anglais:  saw. 
Pour  l'étymologie,  voy.  la  lettre  de  M.  Bormans  à  M.  Gggg., 
p.  29. 

Soïelette;  s.  t.;  diminutif;  se  dit  indifféremment  pour  soie, 
scie.  Dial.  ard.  solicite.  —  Ou  appelle  l'vôie  de  Vso'ielette,  la 
pince  qu'occupe  la  scie  dans  le  bois  à  scier,  par  la  manœuvre 
de  va  et  vient  ,  e|  qui  a  d'autant  plus  de  largeur  que  les  dents 
de  la  scie  ont  été  inclinées  alternativement  en  sens  contraire 
,111  moyen  (\w  heieu.  Gmpr.  Lobel  :  roiedu  sôietett. 

Soi-;  v.  a  ;  anc.  wall.  soiier,  dans  ,1.  de  Stavelol;  soyer,  dans 
J.  d'Outremeuse,  dans  les  Chart.  et  Privil.  et  dans  lesReg.  de  la 
Ghamb.  des  fin.  =  Scier.  —  Soi  è  rondeur,  scier  en  rondeur, 
chantourner.  —  Rqfrl  :  soier.  Roucbi  :  soïer.  — .D'où  : 


—  124  — 

Soïereie;  s.  f.  =  Scierie.  Rmcle. 

Soïeur;  s.  m.:  anc.  wall.  soieur,  dans  J.  de  Stavelot ; sûyeur, 
soyeur,  dans  les  Ghart.  et  Privil.  =  Scieur.  —  Soïeur  d  planches, 
litt.  scieur  aux  planches,  scieur  de  long.  —  Rqfrt  :  soïeur.  — 
Rouchi  :  soieux  ;  picard  et  lillois  :  soyeux. 

Soïeure;  s.  f .  ;  anc.  wall.  soyeure,  dans  les  Chart.  et  Privil. 
=  Sciure  de  bois.  Dial.  de  Stavelot  :  soïore.  —  Lillois  :  sçoïn. 

Sorgent;  s.  m.  (t.  de  mon.  et  cliarp,).  =  Sergent.  Dial. 
ard.  :  seurgent.  —  En  menuiserie,  on  emploie  plusieurs  es- 
pèces de  sergents ,  qui  sont  ou  de  bois  ou  de  fer  :  sorgent 
d'bois  ou  iïfier  (pi.  VII,  flg.  6  et  10).  —  Sorgent  shnpe ,  sergent 
simple,  a  crémaillère  (pi.  VII,  fig.  6),  —  Sorgent  dobe,  sergent 
double,  composé  d'un  châssis  (pi.  VII,  fig.  7,  a)  et  d'une  pièce 
mobile  (b),  se  fixant  à  l'aide  de  chevilles  (c).  C'est  entre  cette 
pièce  et  une  autre,  aussi  mobile,  de  moindre  dimension  (d),  que 
se  pose  le  placage,  pressé  par  la  vis  (e).  -  Les  sergents  simples 
sont  à  clé  ou  à  vis,  selon  que  leur  glissière  se  fixe  à  l'aide  d'une 
clef  ou  d'une  vis.  —  Du  latin  :  serviens.  —  En  français,  le  ser- 
gent, supporté  par  un  pied,  porte  le  nom  de  servante.  Cmpr.  : 
Lobet  klatvan,  étreignoir.  —  Pici  à  sorgent,  litt.  pincer  à  l'aide 
du  sergent,  sergenter. 

Sorjou;  s.  m.  (t.  de  construct.)  ;  dial.  ard.  ;  désigne  l'espace 
compris  entre  le  haut  d'une  baie  de  croisée  et  le  plafond.  — 
Lobet  :  sorgjou ,  jouée,  donner  du  jour  à  un  assemblage,  au 
bâtis  de  bois;  joue  d'une  rainure  d'une  croisée. 

Soùmî;  s.  m.  (t.  de  cliarp.)  ;  anc.  wall.  soumier ,  sommier, 
dans  les  Reg.  de  la  Chamb.  des  fin.  et  dans  les  Chart.  et  Privil. 
=  Poutre.  Rmcle.  (Compr.  v°  ponte).  —  Rqfrt  :  saumier,  somier. 
Rouchi  :  sommier;  Luxembourg  :  soumier;  anglais  :  sommer, 
même  signification. 

sponsse  ;  s.  f.  (t.  de  men.).=  Le  côté  ou  les  deux  côtés  longs 
d'un  lit.  —  Les  sponsses  s'attachent  de  différentes  manières. 


—  125  — 

Elles  sont  ou  à  croUai,  h  crochets,  ou  à  aweies,  à  aiguilles, 
appelées  aussi  à  chfveies,  h  chevilles,  ou  encore  à  vis,  à  vis.  — 
lli|lïl  :  espaude,  même  signification.  Rouchi  :  éponee,  bord 
du  lit. 

spiinque  ;  s.  in.  (t.  de  cIkut.).  =  Tortoir,  bâton  pour  serrer 
soit  la  charge  d'une  charrette,  soit  le  coûtre  de  la  charrue 
(pi.  VIII,  fig.  1,  e).  Voy.  errére.  —  Rmcle  :  splaink  ou  spreink. 
Dial  ard.  :  sprinque.  Voy.  Bonus.  ,  Vocal),  des  bouilleurs, 
y  splinque.  On  dit  :  jower  comme  on  sprinque,  en  différentes 
acceptions,  parce  qu'il  est  de  la  nature  d'un  tortoir  d'être 
flexible,  de  plier  sans  rompre. —  D'où  splinquî,  serrer  avec  le 
tortoir.  Dial.  ard.  :  springuer  et  springler.  Lobet  :  splainU, 
battre  quelqu'un  avec  un  bâton.  — Vieux  français  :  espringuer. 
—  De  l'italien  :  sprint/are. 

Squére;  s.  m.  =  Équerre.  Gggg.,  Rmcle  et  Lobet  :  squére 
à  corroï  (t.  de  charp.).  =  Équerre  à  corroyer,  pour  mettre 
les  bois  en  équerre  sur  champ  (pi.  VIT,  fig.  9).  —  Fâ  squére, 
lilt.  fausse  équerre,  chanterelle  ou  sauterelle,  dont  l'une  des 
branches  est  mobile  et  sert  à  tracer  une  fausse  coupe  (pi.  IV, 
fig.  6);  squére  à  onglet,  voy.  v°  onglet.  —  Fou  squére,  adverbe; 
lilt.  hors  d'équerre  ,  guingois.  —  Rqfrt  :  escaire;  anglais  : 
square. 

«talon:  s.  m.  (t.  de  se.  de  long  cl  bûcheron);  anc.  wall. 
station,  dans  les  Reg.  de  la  Ghamb.  des  fin.;  litt.  étalon.  = 
Baliveau,  arbre  réservé  dans  la  coupe  des  bois  taillis.  On  les 
marque  à  l'aide  de  la  griffe,  entaille  faite  au  moyeu  de  la  hache; 
slulon  griffé,  étalon  marqué.  —  D'où  : 

«talonner;  v.  a.  =  Marquer  les  baliveaux. 

«taminée;  s.  f.  (t.  de  charr.).  Dial.  ard.  =  Charpente  de 
bois  dans  les  écuries,  à  laquelle  le  bétail  est  attaché.  —Lobet  : 
stamini,  crèche.  —  Du  thiois  st amenaij,  lieu  de  repos. 


—  126  — 

*tançon;  s.  m.  (t.  de  charp.);  anc.  wall.  stanchon,  dans  J.  de 
Stavelot;  stançon,  dans  les  Ghart.  et  Privil.  =  Étançon,  étai 
(voy.  v°  houlmain).  —  Diez,  stanza.  —  D'où  : 

staussener  OU   Stanssoaer ;   V.  a.  =  Étançonner. 

stansenège;  s.  m.  =  Étançonnage. 

sterbiock;  s.  m.  (t.  de  men.).  =  Espèce  de  rabot  un  peu 
plus  long  que  la  varlope  ;  son  fût  a  d'ordinaire  de  30  à  32  cen- 
timètres de  long. 

wtikai  ;  s.  m.  Vo>.  v°  îpe. 

stipe;  s.  f.  (t.  de  charp.).  =  Étai,  étançon  de  dimension 
moindre  que  le  stançon.  — Stipe  du  trivial,  étrésillon,  bout 
de  bois  que  l'on  place  entre  les  solives.  Lobet.  —  Cinpr. 
chai  nette,  et  voy.  v°  houlmain. —  Rqfrt  :  estepes,  même  significa- 
tion. —  D'où  : 

stiper;  v.  a.  —  Étayer,  étançonner.  —  Cmpr.  Lobet  :  kon- 
trumani,  espèce  de  bois  pour  étayer,  et  gjohlé,  étrésillonner. 

stoc;  s.  m.  (t.  de  se.  de  long  et  de  bûcheron);  anc.  wall. 
sloc,  dans  Mélart;  stocque,  stoc,  sto,  dans  le  Cartulaire  de  Bou- 
vignes;  stock,  dans  les  Reg.  de  la  Cliamb.  des  fin.  et  dans  les 
Ghart.  et  Privil.  =  Souche,  tronc.  —  Dial.  ard.  sto.  Rqfrt  : 
estoc.  =  Diez,  v"  stocco  ;  allemand  :  stock,  tronc;  thiois  : 
slok. 

«toSiai;  s.  m.;  diminutif;  petit  tronc,  synonyme  de  sokette, 
s.  f.  —  Souche,  cul  d'arbre.  — Rmcle  et  Lobet  :  sokett,  massue 
de  bois.  Rqfrt  :  soket.  — Cmpr.  dial.  de  Stavelot  :  sohi,  s.  f., 
souche  de  bois  pourri.  —  Dial.  liégeois  :  tronce,  tronçon ,  une 
partie  du  tronc  d'un  arbre. 

stouer;  v.  a.  (t.  de  charr.).  =  Heurter,  refouler,  faire  entrer 
les  rais  dans  le  moyeu  au  moyen  du  ma  (voy.  ce  mot).  —  Du 
thiois  :  stoken;  allemand  :  stocken.  —  D'où  : 


—  127  — 

stockmain;  s.  m.  (t.  de  chair.).  =  L'action  de  faire  entrer  a 
coups  de  ma  les  rais  dans  le  moyeu. 

supplaie  OU  s**plaie  OU  «ippaie  OU  «paie  ;  S.  f.  (t.  (le  cliari'.). 

=  Tréseille,  tringle  en  bois  qui,  à  la  tête  de  la  charrette  dite 
tape-cou  (voy.  ce  mpt),  est  passée  dans  deux  œillets  en  iVv,  et 
empêche  la  caisse  de  basculer  (pi.  XI,  fig.  1,  //).  —  Anglais  : 
splinter,  tringle;  allemand  :  spltdsse,  même  signification. 


Tape-cou;  s.  m.  (t.  de  ebarr.);  litt.  tape-cul,  espèce  de 
charrette  dont  la  caisse  est  indépendante  des  bras^de  manière 
qu'elle  peut  basculer  sans  qu'on  dételle  le  cheval  (pi.  X,  fig.  1). 
Le  wallon  se  serl  de  quatre  expressions  pour  rendre  le  français 
mettre  à  cul  :  mett  à  cou,  aller  à  cou,  hiner  à  cou  et  taper 
à  cou.  — (T.  de  charp.),  trappe,  sorte  de  porte  au  niveau  du 
plancher. 

Tapon;  s.  m.  t.  de  charp.  et  menA  =  Cheville,  flipot, pièce 
de  rapport  pour  cacher  un  défaut,  pour  boucher  les  trous  pro- 
duits parle  chasse-clou.  —  Taponé,  adj.,  chevillé.  Ex.:  on 
planchl  taponé.  Cmpr.Berry,  tapon,  tampon.  —  Du  thiois  :  tap, 
même  signification. 

Tâve  ;  s.  f.  (t.  de  men.)  =  Table.  Rmcle.  —  Lobet  :  tauf.  — 
Ploïante  turc,  table  qui  s'ouvre  et  se  replie.  Gmpr.  l'anc. 
wall.  table  vidante  et  table  triante  [?),  dans  les  Chart.  et  Privil. 
—  Rqfrt  :  taule,  tavle,  tauvle;  breton  :  tafia;  holland.  et  thiois  : 
tafel.  — Du  latin  :  tabula. 

Tâviî;  s.  m.;  dial  ard.  =  Tranchoir,  baquet  de  bois  portant 
rebord  de   trois  côtés  seulement,  sur  lequel  on   tranche  la 


—  128  — 

viande. — Cmpr.  teyeu  et  planche  baeberesse,  même  signification. 
Lobet  :  taublett,  tablette. 

Terâ.se;  s.  f.  it.  de  ch'arp.);  anc.  .wall.  terrasse,  dans  les 
Cbart.  et  Privil.  ;  terrant,  dans  le  Métier  des  Tanneurs,  S. 
Borms.,  p.  285.=Solive.  Rmcle  et  Hubert. — Dial.deVerviers  : 
terausse.  —  Le  dial.  ard.  emploie  exclusivement  le  mot  limon 
dans  le  sens  de  terâse. 

Teré;  s.  f.  (t.  de  charr.,  cbarp.  et  men.);  anc.  wall.  theret, 
ferez  dans  les  Cbart.  et  Privil.  =  Tarière  (pi.  VII,  flg.  42).  Dial. 
ard.  terére.  —  Les  tarières  sont  de  différentes  dimensions,  sui- 
vant leur  emploi.  —  Teré  à  basse,  celle  qui  sert  à  forer  les  trous 
dans  lesquels  se  placent  les  basses  (voy.  ce  mot).  —  Teré  à 
Vmain,  petite  vrille.  -  Rqfrt  :  tairel,  tairelle  ;  Rabelais  :  terière; 
normand  :  terière.  —  Voy.  Diez,  v°  taraire. 

Tero;  s.  m.  (t.  de  men.).  =  Taraud,  outil  pour  faire  l'écrou. 
—  Cmpr.  étou,  machine  à  tarauder;  Duvivier,  cité  par  Gggg.  — 
Tero  s'emploie  aussi  pour  désigner  la  bore  (voyez  ce  mot). 

Tezeu;  s.  m.  (t.  de  charr.);  dial.  ard.  =  La  traverse  en  bois 
qui,  aux  charrettes  à  ridelles, unit  les  deux  halis,  fait  l'office  de 
vantail.  Lobet  :  ouhlet  (Vcbèrett,  même  signification  que  tezeu 
(pi.  I ,  fig.  1 ,  n).  —  Fier  du  tezeu,  l'œillet  en  fer  qui ,  à  chacune 
des  extrémités  de  la  traverse,  entre  dans  le  montant  des  ridelles 
(z);  ch'veies  du  tezeu,  les  chevilles  qui  retiennent  le  tezeu  [y). 

Tiesse  du  moir;  s.  f.  voy.  moirhon. 

Tiniter»;  v.  a.  voy.  v°  coirdai,  soie. 

Tirant;  s.  m.  ,t.  de  cbarp.).  =  Tirant,  pièce  de  la  charpente 
qui,  dans  une  ferme,  porte  le  pied  des  arbalétriers,  les  empêche 
de  s'écarter;  synonyme  de  poule.  Voy.  v°  jambe  d'air, 

Tire-eiA  ;  s.  in.  (I.  de  cbarp. ).  —  Tire-clou,  instrument  qui 
fait  l'office  de  la  tricoisse.  —  Lobet  :  ter-klau,  outil  de  1er  plat  et 


—  129  — 

denté  des  deux  côtés ,  ayant  un  manche  coudé,  el  servant  aux 
couvreurs  et  aux  menuisiers. 

Tire-heïon;  s.  m.  t.  de  charr.).  =  Tire-filet,  outil  composé 
d'un  fer,  d'un  fui  el  d'un  levier  attaché  dessus;  les  menuisiers 
s'en  servent  pour  mettre  les  filets  de  largeur.  —  Lohel  :  ter- 
heion . 

Tire-jus;  s.  m.  t.  de  charr.).  =  Instrument  consistant  en 
une  pièce  de  bois,  au  bout  de  laquelle  est  fixé  un  anneau  qui 
tient  une  chaîne;  il  sert  à  faire  pénétrer  les  rais  dans  les  jantes. 

Tôhicr;  v.  a.   i.  de  charr.).  =  Attacher  l'essieu  à  la  caisse 

de  la  charrette,  soit  au  moyen  de  clames,  crampons  (pi.  Il, 

tig.  1,  e  el  du  toirchi  meinb  ul  ,  soit  avec  des  crohtais  d'tôhlege 

pi.  Il,  fig.  I ,  o)  el  la  cha  ne  di  tôhlege  {p),  chaîne  qui,  attachée 

au  crochet  (o),  se  serre  à  volonté  au  moyen  d'un  tortoir. 

.Y.  B.  Notre  planche  (pi.  11,  fig.  1)  représente  un  essieu  dont 
le  côté  gauche  est  tôhlé,  ou  attaché,  par  clame  et  toirchi  meinb,  et 
le  côté  droit  par  croktai  el  chaîne  [à,  p).  —  Les  benais  ont  leur 
essieu  attaché  au  moyen  de  brides  (pi.  III,  fig.  6),  fers  qui  en- 
serrent l'essieu  en  bois;  celui-ci  est  appelé  hisse,  lin.  boîte, 
parce  qu'il  contient  l'essieu  en  fer  (voy.  v"  lîsse).  —  Ditôhler, 
ôter  à  un  essieu  les  crochets  qui  l'attachent  au  siège  de  la 
charrette. 

Tôhiège  ;  s.  m.  (t.  de  charr.).  =  Action  de  tôhler.  —  Ditôhlege 
ou dutôhlege,  action  de  ditôhler.  —  Cmpi\  Lobet  :  tonhieu,  ton- 
gours,  petil  levier  dont  on  se  sert  pour  tenir  un  essieu  de 
charrette  bandé  sur  le  brancard;  tonale,  assembler  une  char- 
pente au  moyen  du  tholus,  pièce  de  bois  en  l'orme  de  coin  ou 
clef  de  charpente. 

To'rti  ;  s.  m.;  dial.  de  Stavelot.  =  Fabricant  de  toilettes, 
ébéniste. 

Toùne-vis  (t.  de  charr.,  charp.   et  meii.i.  =  , Tourne-vis.  — 

y 


130 


Toûne-vis  à  l'inain  —  à  la  main  —  pour  le  distinguer  de  celui  qui 
s'adapte  au  vilbrequin. 

Tourbaiie;  s.  f.  (t.  de  chaiT.).  =  Disque  en  fer  forgé  qui 
s'applique  a  l'orifice  du  moyeu,  sur  la  beuse  (voy.  ce  mot)  et  qui 
laisse  passer  l'extrémité  du  hinon  (pi.  II,  fig.  3,  b). 

Tourneur;  s.  m.  (t.  de  cîiarr.)  ;  lilt.  tourneur.  =  Instrument 
composé  d'un  banc  surmonté  de  deux  montants  verticaux  et 
parallèles  (pi.  III,  fig.  1);  l'un  est  fixe  (a),  l'autre  (b)  peut  glisser 
dans  une  rainure  (c)  et  ainsi  élargir  ou  rétrécir  l'espace  dans 
lequel  le  moyeu  d'une  roue  est  placé  entre  les  deux  pivots  {d).  Il 
sert  au  charron  à  tracer  la  place  des  frettes,  des  mortaises,  etc. 
Rmcle  :  tourneu,  tourneur,  ouvrier  qui  tourne. 

Tourniquet;  s.  m.  ;  voy.  v°  sauteu. 

Trakter;  v.  a.  =  Entre-voûter,  comme  l'indique  la  coupe, 
pi.  XV,  fig.  12.  Jadis,  les  solives  du  plafond  se  plaçaient  de 
cette  façon.  On  les  retrouve  dans  toutes  les  constructions  datant 
du  xvie  siècle.  —  D'où  : 

Trakteûr;  s.  f.  =  Entrevous.  Lobet  :  trakté, garnir  de  verges 
ou  d'un  lattis  les  entre-deux  des  solives;  traktar,  entrevous. 
Cmpr.  ibidem  koyeud,  entrevous. 

Traverse;  s.  f.  (t.  de  charp.).  =  Traverse,  croisillon.  Voy. 
\°  rame. —  Lobet  :  traverss ,  enture  et  traversière,  etc.  Cmpr. 
chez  le  même  :  (Vtraver,  contre-fiche  et  guigneaux,  pièces  de  bois 
assemblées  entre  les  chevrons  d'un  comble.  — Fasse  traverse, 
s.  f. ;  litt.  fausse  traverse,  parclôse,  traverse  rapportée  ou 
simulée. 

Trepsin;  s.  m.  (t.  de  chair.);  dial.  ard.,  plus  souvent  :  rete 
du  trepsin.  Palonnier,  tringle  de  bois  plate  qui  s'accroche  au 
devant  du  charai  (pi.  II,  fig.  7,  b)  et  à  laquelle  s'attache  le  copli 
(c).  Voy.  v°  copli  et  Cmpr.  v°  balance;  à  la  différence  du  trepsin, 
qui  est  carré,  la  balance  est  de  forme  ronde. 


—  131  — 

Tricoises;  f.  p.  (t.  de  charr.,  charp.  et  men.).  =  Tenailles. 
Rqf'rt  :  tricoises,  tricouctises;  Berry,  tricoises,  fortes  tenailles. 
Ëtym.  du  thiois  :  trekkerse,  machine  pour  arraelier.  —  Voy.  la 
lettre  de  31.  Bormans  à  M.  Gggg.,  p.  48. 

Trosseu;  s.  m.;  voy.  v°  houlmain. 

Tùie;  s.  f.  (t.  de  eharr.,  charp.  et  men.).  =  Sanguine, pierre 
tendre  et  rouge  dont  se  servent  les  menuisiers,  charrons  et 
charpentiers  en  guise  de  crayon.  —  On  l'appelle  aussi  roge 
cra'iou  ,  crayon  rouge.  —  Cmpr.  wallon  :  tulai,  tuile,  et  vieux 
français  :  tuele,  brique. 


u 


Usteie  ;  s.  f.  ;  anc.  wall.  ustilhe,  ustille,  ustile,utille,  justille, 
dans  les  Chart.  et  Privil.  =  Outil.  —  Rqfrt  :  ostil,  ustil;  vieux 
français  :  ostiz;  rouchi  :  ôsteie.  Cmpr.  ustensile.  Du  thiois  : 
uitstel,  dot,  équipement,  les  outils  que  l'ouvrier  doit  apporter 
avec  lui  et  se  procurer  lui-même  pour  travailler. — Cmpr.  Gggg. 
aflutiauz,  attirail  d'un  ouvrier.  Voy.  la  lettre  de  M.  Bormans  à 
M.  Gggg. 

Lobet  :  usteie  à  baguette,  gorge-fouille,  espèce  de  rabot,  voy. 
rabot  à  baguette  et  usteie  a  mougté,  mouchette,  espèce  de  rabot. 
Voy.  v°  rabut,  quart  du  rond. 


vantrin;  s.  m.  =  Tablier.  Lobet  et  Rmcle.  —  Dial.  ard.  : 
vritrin.  Vantrin  d'eur,  tablier  de  cuir  des  charrons,  charpentiers 
et  menuisiers.  —  Du  vieux  français  :  devantrain,  devant. 


132 


Vâriet;  s.  ni.  (t.  de  charr.,  cliarp.  et  mon.).  =  Valet,  instru- 
ment qui  sert  à  tenir  les  pièces  de  huis,  les  plauelies  sur  rétabli. 
Rmcle.  —  Lobet  :  vaurlet.     . 

Vesti  et  mieux  Rivesti;  ane.  wall.  vesty ,  dans  le  Métier 
des  Tanneurs,  de  S.  Bormaus,p.  ï6o.  ^.Lambrisser,  couvrir  un 
mur  d'une  cloison  en  buis.  Ex.  :  ine  poite  rivesteie,  une  porte 
lambrissée  eu  planches.  —  D'où  : 

Vestilmuxin  ou  K'vestihinain  ;  s.  m.  —  Lambrissage  ;  et 
lambris  eu  bois,  cadre  avec  moulure  qui  pare  la  baie  d'une  fe- 
nêtre ou  d'une  porte.  — llvestihmainU'à  d'fou,  liti.  le  revête- 
ment du  dehors,  le  chambranle  extérieur. 

vienne;  s.  I'.  (t.  de  charp.) ;  anc.  wall.  vienne,  dans  les  Reg. 
de  la  Ghamb.  des  fin.  ;  vianne,  dans  le  métier  des  Tanneurs,  de 
8.  Bormans,  p.  284.  =^  Solive,  poutrelle,  panne;  elle  sert  à  tenir 
les  chevrons  de  la  toiture  d'un  bâtiment.  —  Maiss'  vienne,  syno- 
nyme de  vienne  di  fiesmain  (pi.  XV,  Qg.  2,  b)  ;  voy.  v"  coistresse. 

ViermoJoa;  adj.  =  Vermoulu.  Rmcle  :  viermoyen,  et  Lobet  : 
viairmoleu,  vermoulu  et  vermoulure.  —  Gmpr.  Rmcle  viémi] 
Lobet  :  vietmi,  mouliné.  —  De  vier,  ver,  etmolou,  moulu. 

Visse;  s.  f.  (à  Liège  uiasc).  =  Vis.  Rmcle. — Lobet  :  viss  du 
bois  d'chepti ,  vérin,  machine  en  l'orme  de  presse,  qui  sert  a 
redresser  des  jambes  de  l'oree,  des  charpentes  en  surplomb,  etc. 
—  Du  thiois  :  vyze,  ou  vyse;  d'où  vyzen,  visser. 


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Waïme;  s.  f.  (t.  de  bûcheron);  anc.  wall.  wayme,  dans 
,!.  de  Stavelot;  waynne,  dans  les  Ghart.  et  Privil.  =  Gaine  qui 
porte  le  couteau  dont  les  bûcherons  se  servent  pour  écorcer 
les  arbres.  Dial.  ard.  —  Rqtrt  :  suppl.  waine ,  gaîne.  —  Diez  , 
v°  guaina. 


I  oo 

—    l.».>  — 

Waroquai;   s.  m.;  voy.  v°masloque. 

wèie;  s.  m.  (t.  de  charr.  et  d'agric.)  =  Rouleau,  brise-motte 
ml.  Mil,  fig.  il.  Dial.  ard.  wîle;  Lobel  :  wuelle.  —Dans 
quelques  localités  on  dil  aussi  râlai. 

Le  brise-motte  se  compose  d'un  cylindre  en  bois  un  eu  pierre: 
/;  rôlai  fa ;  proprement  dit,  qui  porte  un  essieu  faisant  corps  avec 
lui  ci  pivotant  sur  deux  chaînes,  jantes  (c)\  puis  des  brets  ou 
bresses  (bj,  bras  qui  servent  à  le  traîner.  Cmpr.  l'allemand: 
welle,  tambour.  —  D'où  : 

Wèler;  v.  a.  =  Passer  le  brise-motte  sur  la  terre.  —  Dial. 
ard.  :  wîler;  Lobel  :  wiiellé. 

wére;  s.  f.  (t.  de  charp.)  ;  anc.  wall.  wer,  dans  les  Chart. 
et  Privil.  :  icciis .  (\,u\>  le  Métier  des  Tanneurs,  de  S.  Barmans, 
p.  l's».  =  Chevron,  pièce  de  bois  qui  porte  les  lattes  du  toit. 
Kmele.  —  D'où  : 

Wcrette  ;  =  petite  wère.  Voy.  Borms.,  Gloss.  des  bouilleurs. 

Wéri  ;  v.  a.  t.  de  charp.).  =  Poser  les  chevrons. 

wése  ;  s.  ('.  (i.  de  charr.)  =Esse,  la  clef  de  l'essieu, cheville 
de  fer  en  forme  d'S  ou  de  T,  qui  se  place  à  l'extrémité  de  l'es- 
sieu, pour  soutenir  la  roue  (pi.  11,  fig.  H,  c).  —  Lobet :  woiss; 
Rmcle  :  wess;  dial.  ard.  :  wasse.  —  Cmpr.  Gggg.  :  èsé  ou  wèse, 
et  houce,  même  signification.  —  Rqfrt  :  eusse  et  heus;  normand  : 
euche,  même  signification. 

Windai;  s.  m.  (t.  de  cbari'. ,  charp.  et  men.);  anc.  wall. 
maniai/,  vendaix,  dans  les  Chart.  et  Privil.  ;  windai  dans  le  Car- 
tulaire  de  Bouvigne.  =  Vilbrequin  (pi.  IV,  li^r.  16).  —  Rmcle 
et  Lobel  :  waidai.  On  dit  mieux  tour  <li  windai,  bit.  tour  de  vil- 
brequin. Il  est  en  buis  nu  en  1er.  —  Cmpr.  Rqfrt  :  uindas. 
—  Die/,  \"  ghindare,  et  uindas  ;  anglais  :  u  imbïe ,  vilbrequin  ; 
allemand  :  ninden,  tordre.  —  Du  thiois  windel,  tour,  manivelle. 
Voy.  la  lettre  de  M.  Bormans  à  M.  Gggg.,  p.  16.  , 


10  lllt  A  TA 


P.  58,  v"  airkette.  Lisez  :  Diminutif  de  air,  cintre   -=  Arcade. 

P.  60,  v"  arm&n.  Ajoutez  :  s.  m.  (t.  de  charr.). 

P.  64,  v"  /></.s'.s<\  L'indication  de  la  planche  doit  venir  avant  le 
mol  :  Cmpr. 

P.  66,  v°  berwette  et  ailleurs.  Au  lieu  de  :  dans  la  Chambre  des 
finances,  lisez  :  dans  les  registres  de  la  Ghamb.  des 
fin.  (conservés  aux  archives  de  l'État). 

P.  OS,  v°  buzai.  Effacez  le  signe  :  =. 

P.  70,  v  chaînette.  Il  tant  lire  :  chaînettes,  s.  f.  pi. 

P.  70,  v°  chaîne.  Au  lieu  de  :  propr.,  lisez  :  figuré. 

P.  71,  v  ch  irai.  Au  lieu  de  :  errer,  lisez  :  errére. 

P.  76,  v"  coirdai.  Au  lieu  de  :  />«M  titrait,  lisez  :  6aM  //  //■«//. 

P.  80,  v"  crette.  Au  lieu  de  :  le  troisième...  ce  dernier,  lisez  : 
la  troisième...  cette  dernière. 

P.  8o,  v°  fendresse.  Après  auc.  wall.,  ajoutez  :  fendresse. 

P.  92,  v"  hàr.  Au  lieu  de  :  Dial.  ard.  hardia,\isez  :  Lobet  haur. 

P.  92,  v"  harkai.  Au  lieu  de  la  phrase  :  il  contient,  etc.,  subs- 
tituez celle-ci  :  Pourvu  d'un  creux  dans  lequel  s'em- 
boîtent les  deux  épaules,  il  se  pose  de  manière  à  ce 
que  les  deux  seaux,  etc. 

P.  95,  après  l'art,  hurlette,  ajoutez  celui-ci  :  Hormain;  s.  m. 
(t.  «le  chair.).  =  Action  de  horler,  de  creuser  un 
moyeu  avec  la  hore.  Ex.  :  prinde  li  liormain  (Ton 
moyou, prendre  la  dimension  du  forage  d'un  moyeu. 

P.  96,  v"  hotter.  Il  faut  lire  :  hotler. 

1'.    l(i-2,  v  lisse.  An  lieu  de  :  ventaux,  lisez  :  vantaux. 

P.    109,  v"  pègne.  Au  lieu  de  :  bois,  lisez  :  1er. 


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MELANGES 


LA 


LETTRE  DES  VENALZ. 


Je  me  suis  déjà  occupé  dans  mon  Vocabulaire  des  noms  wallons 
d'animaux,  etc.  (voy.  2°  édition,  p.  16  et  suiv.  et  le  supplément 
à  la  fin  du  volume)  du  paragraphe  de  redit  nommé  Lettre  des 
Venalz  qui  donne  les  noms  des  volailles  et  des  principaux 
animaux  sauvages  servant  à  la  consommation.  Malgré  des 
recherches  assez  étendues  je  ne  suis  parvenu  dans  ce  travail, 
ni  à  préciser  la  véritable  l'orme  de  plusieurs  de  ces  noms,  ni  à 
les  expliquer  tous.  À  côté  de  dénominations  facilement  intelli- 
gibles, il  s'en  trouve  plusieurs,  diversement  altérées,  dont  le 
sens  est  douteux,  et  il  y  en  a  une  qui  parait  être  spéciale  à  notre 
ancien  idiome  et  qui  pour  moi  est  encore  une  énigme.  Si  je 
reviens  maintenant  sur  cette  étude,  ce  n'est  donc  pas,  malheu- 
reusement, parce  que  je  serais  parvenu  depuis  à  élucider 
complètement  le  texte,  mais  j'ai  voulu  faire  connaître  le  résultat 
de  nouvelles  recherches  et  stimuler  par  cette  publication  le  zèle 
de  nos  jeunes  linguistes  en  faveur  de  notre  vieille  langue.  Puisse 
l'un  ou  l'autre  d'entre  eux  entreprendre  enfin  courageusement 
ce  glossaire  de  l'ancien  wallon  depuis  si  longtemps  sollicité  par 
notre  Société  !  Il  récoltera  par  ce  travail  plus  de  fruit  avec  moins 
de  peine  qu'il  ne  le  pense.  Puissions-nous  aussi  obtenir  bientôt 


—  4   — 

l'édition  du  Pavillar  qu'a  promise  notre  savant  collègue,  M. 
Matthieu  Polain,  et  que  désirent  également  les  linguistes,  les 
historiens  et  les  jurisconsultes. 

Avant  d'aborder  notre  sujet  rappelons  que  \a  Lettre  des  Venah 
date  de  1317,  et  qu'elle  se  trouve  dans  la  plupart  des  anciens 
recueils  de  lois  et  règlements  (tous  restés  manuscrits  jusqu'à 
présent)  que  l'on  appelle  de  ce  nom  inexpliqué  de  Pavillar  ('*). 
Louvrex  l'a  reproduite,  très-inexactement,  comme  d'ordinaire, 
au  tome  III  (p.  172  suiv.)  de  ses  œuvres,  Jean  de  Stavelot 
donne  aussi  le  passage  dont  nous  allons  nous  occuper,  dans  un 
texte  beaucoup  plus  correct  évidemment,  puisqu'il  est  publié 
par  M.  A.  Borgnet  (p.  225  suiv.).  Mon  travail  actuel  est  basé  sur 
la  collation  d'onze  manuscrits,  dont  je  rapporte  les  variantes 
principales  :  le  lecteur  s'étonnera  sans  doute  des  divergences 
nombreuses  que  ces  textes  présentent  et,  aussi,  d'apprendre 
que  pas  un  des  manuscrits  que  j'ai  vus  ne  donne  en  marge  la 
moindre  explication  sur  des  mots  dont  plusieurs  devaient  déjà 
être  obscurs  à  l'époque  de  leur  transcription.  Pour  le  dire  en 
passant,  l'absence  presque  complète  dans  ce  pays  de  livres 
glosés,  imprimés  ou  manuscrits,  a  toujours  été  un  de  mes 
étonnements  :  anciens  noms  de  lieux,  mots  tombés  eu  désuétude, 
vieux  termes  de  droit  oubliés,  rien  jamais  n'est  expliquent  si  je 
cite  les  termes  de  droit  ce  n'est  pas  que  j'oublie  le  glossaire  de 
Méan  (intitulé  Nomenclalor  idiotismi  Leodiensis) ,  mais  c'est  que 
je  regarde  cet  opuscule  comme  tout-à-fait  insuffisant  (-). 

Ces  onze  manuscrits,  qui  se  trouvent,  soit  aux  Archives 
provinciales  ou  à  la  Bibliothèque  de  l'Université,  soit  en  la 
possession  de  MM.  Ferd.  Hénaux  et  Ul.  Capitaine,  sont  désignés 

(')  Anciennement  Pawelhar,  Pawilhar.  —  Serait-ce  tout  simplement  le  nom  du 
premier  compilateur  ? 

(*]  C'est  en  vain,  par  exemple,  que  l'on  y  chercherait  les  mots  affaitier,  kamoder 
ou  halmoder,  paroffre,  logement,  etc.  —  L'explication  des  mots  les  plus  obscurs 
dont  on  se  sert  en  matière  de  houillerie  publiée  par  Louvrex  (tome  H,  p.  240  suiv.) 
est  aussi  fort  incomplète. 


dans  la  liste  suivante  par  les  u0!  1  à  11,  d'après  leur  âge 
approximatif.  J'indique  la  leçon  de  Jean  de  Stavelot  par  l'abré- 
viation J.  de  Stav. 

L'édit  mentionne  d'abord  le  cliiverout,  chicvroul  ou  cheveroul 
'chevreuil),  le  livre  [lierre)  et  le.  ionien  ou  conin  (lapin)  ;  ensuite  : 

Le  marlart  ou  marlar  ,  du  prix  maximum  de  16  deniers 
tournois.  [Malarl  :  canard  sauvage  mâle). 

L'auelte,  selon  Louvrex  et  trois  des  mss.  les  plus  récents  ; 
i'auue ,  l'awe,  l'auwe,  d'après  tous  les  autres  mss.  12  deniers. 
Ici  se  rencontrent  déjà  deux  obscurités  :  l'oie  figurant  à  la  tin 
de  l'Edit  avec  le  prix  maximum  de  18  den.,  il  paraît  évident  que 
la  première  leçon  est  préférable;  mais  comment  se  fait-il  qu'elle 
ne  se  trouve  dans  aucun  des  meilleurs  textes  '!  En  second  lieu, 
le  mol  auette  est  inconnu  et  ne  peut  désigner  l'oison,  qui  est 
mentionné  sous  le  nom  de  oichon,  etc.,  à  la  tin  de  la  liste  :  il 
faut  donc  très-probablement  corriger  et  lire  anette,  qui  signifiait 
la  femelle  du  canard  en  ancien  français  (mais  ici,  peut-être,  le 
canard  domestique);  de  sorte  qu'en  définitive  aucun  des  treize 
documents  n'aurait  conserve  le  nom  véritable.  Remarquons 
encore  une  difficulté  particulière  au  texte  deJ.  de  Stav.  Il 
cite  l'auwe  seulement  au  commencement  de  l'énumération,  et 
à  la  tin  il  ne  mentionne  que  l'oyçon,  mais  il  donne  à  l'un  et 
à  l'autre  le  même  prix,  12  den. 

Le  paire  de  pi  rions  ou  pigons.  6  den.  [Pigeon). 

Le  plorier.  6  den.  {Pluvier). 

Leneppe.  6  den.  (Bécassine).  De  l'anc.  ftam.  sneppe. 

Le  pertris,  pétris  ou  pielrirh.  12  ûen.  [Perdrix). 

Le  plouion  d'eawe  (1  et  2),  le  plouyon  d'eawe  (3);,  le  ploion  d'eaue 
(Louv.,  G  et  11),  plongeon  d'entre  (9),  pouillwn  d'eawe  (10),  le 
pluvier  d'eaue  (8),  le  plorier  d'eawe  (J.  de  Stav.).  6  den.  (Probable- 
ment la  poule  d'eau;  mais  cette  signification  ne  résulterait  pas 
du  mot  lui-même,  a  l'exception  d'une  seule  forme,  la  cinquième 
—  :  pouillwn  =  wallon  moderne  poion  :  poussin.  —  Ou,  confor- 


mément  à  la  quatrième  forme,  le  plongeon  :  colymbus  minor, 
en  fr.  grèbe  de  rivière  ou  castagneux  ?). 

Le  skeilhet,  skeillet,  skilhet  (1,  2,  3,  7,  9y,  skylet  (6),  scillel  (8), 
schillët,  schilet  (4,  5,  10),  xhilhet,  xhilet  (J.  de  Stav.  —  :  cette 
dernière  variante  n'est  que  la  transformation  liégeoise  de  skilhet, 
skilet),  strylet  (Louv.  —  :  faute  de  lecture,  imitée  par  le  ms.  11). 
Le  gros  skeilhet,  12  den.,  le  petit,  8.  Notre  mot  est  très-proba- 
blement un  diminutif  de  scille  mentionné  dans  une  énumération 
analogue,  ap.  Louv.  I,  425.  1  (le  pavillar  n°  8  a  identiquement 
les  mêmes  formes)  :  «  nulles  venisons  :  chierffs,  bisses,  coniens, 
marlars,  pertrisses,  neps,  ploviers,  scilles,  pivions,  ne  autres 
voiliers  ».  J'ai  eu  beau  chercher,  je  n'ai  pu  trouver  l'explication 
du  nom  ni  deviner  quelle  sorte  de  gibier  se  distinguait  naturel- 
lement en  gros  et  petit,  le  premier  équivalant  à  la  perdrix  et  le 
second  inférieur  d'un  tiers  en  valeur.  Les  espèces  connues  dans 
nos  campagnes  et  dans  nos  bois,  dont  les  noms  ne  semblent  pas 
figurer  dans  l'Edit,  sont  les  suivantes  :  le  vanneau,  le  pigeon 
ramier,  la  caille,  le  râle  d'eau  et  de  terre.  Ces  deux  derniers  se 
prêtent  à  la  distinction,  mais  ont-ils  jamais  été  assez  abondants 
pour  qu'on  jugeât  nécessaire  de  lixer  leurs  prix?  Même  obser- 
vation pour  la  grande  et  la  petite  outarde,  qui  sont  maintenant 
fort  rares  et  qui  d'ailleurs  auraient  valu  beaucoup  plus  de  12  et 
8  deniers.  Une  conjecture  qui  paraît  avoir  quelque  vraisemblance 
serait  que  le  grand  skeilhet  désigne  le  râle  de  genêt,  que  l'on 
appelle  souvent  le  roi  des  cailles,  et  que  le  petit  skeilhet  est  la 
caille.  S'il  n'en  est  pas  ainsi ,  il  faut  donc  que  ce  soit  quelque 
oiseau  aquatique  de  l'un  des  genres  anas,  colymbus,  fulica, 
mergus.  Le  seul  mot  analogue  que  j'aie  découvert  dans  les 
langues  parentes  du  wallon  est  le  bas-latin  squilla  qui  désigne 
plusieurs  espèces  de  poissons. 

L'achie  (1,  2,  9,  J.  deStav.),  la  chye  (Louv.,  6,  11),  le  chie  (A,  o, 
8),  l'aiche  (7),  Vochie  (3),  le  piche  (10).  9  den.  On  remarquera 
aisément  que  la  seconde  forme  n'est  qu'une  mauvaise  séparation 


du  vocable  lachye,  l'article,  dans  la  langue  de  notre  Edit,  étant 
le  pour  le  féminin  comme  pour  le  masculin  ;  Vaiche  et  l'ochie 
sont  de  simples  fautes  d'écriture  pour  racine  :  cette  forme  (ou 
l'achye)  est  donc  de  beaucoup  la  mieux  garantie.  Quant  à  la 
signification,  il  est  évident  que  notre  mot  est  le  même  que  le 
moyen-latin  accia  (bécasse).  On  pourrait  s'étonner  que  ce  gibier 
soit  taxé  moins  haut  que  la  perdrix,  mais  j'ai  trouvé  dans  un 
édit  de  Charles  IX,  de  France,  de  l'an  1567,  le  même  rapport  de 
prix  que  dans  notre  document  :  la  perdrix  5  sols  et  la  bécasse 
seulement  4. 

Le  gievre  (Louv.,  fi,  10,  11),  le  givre  (1,  2,  J.  de  Stav.),  le  gyvre 
(3),  le  grève  (4,  8),  lu  griewe  (S),  le  guire  (9,  —  lisez  givre),  le 
grûve  (7,  —  lisez  grievé).  Ici  le  prix  maximum  est  donné  diffé- 
remment :  Louv.,  o,  6  et  7  ont  6  den.,  tous  les  autres  16.  Il 
n'est  pas  douteux  que  cet  oiseau  ne  soit  le  harle,  que  l'on 
appelle  encore  en  wallon  le  gîv. 

Le  faisant  ou  paysan.  3%  den.  (Faisan). 

Le  poilhe  de  faisant.  2  sols.  (Faisane). 

Le  cok  bruereche,  cocq  bruerece,  kock  brureche,  kok  broueche, 
eok  brieche  (ces  deux  dernières  variantes  doivent  être  lues 
brouereche,  briereche,  l'abréviation  signifiant  er  ayant  échappé 
aux  copistes).  Telle  est  la  leçon  de  la  plupart  des  mss.  Louv., 
6  et  11  ont  le  nom  tout  différent,  quant  à  sa  seconde  partie  : 
kockeuerele  (6),  kokenelel  (11),  kokeneil  (Louv.).  18  den.  {Coq  de 
bruyère).  Je  me  suis  beaucoup  et  inutilement  occupé  de  la  se- 
conde dénomination,  qu'il  serait  intéressant  d'éclaircir  par 
de  nouvelles  variantes,  -euerele ,  qui  peut  aussi  bien  être  lu 
-enerele,  rappelle  le  fr.  airelle,  dont  l'étymologie  est  inconnue 
(Littré  se  borne  à  citer  le  portugais  airella):  coq  d'airelle  serait 
une  désignation  parfaite  ;  mais,  outre  que  la  première  partie  du 
vocable,  eu  ou  en,  resterait  sans  explication,  le  mot  airelle  art-il 
jamais  été  connu  chez  nous  (maintenant  on  dit  frambâhe)1  Le 
liégeois  moderne  cokenèle  signifie  cochenille  :  c'est  un  dérivé  di- 


8  — 


minutif  de  coccinus  (qui  est  de  couleur  écarlate)  :  comparez  le  fr. 
coccinelle,  etc. 

Le  corette  ou  eorrette,  12  den.  Les  variantes  ici  n'ont  pas  d'im- 
portance. Le  ms.  1  paraît  écrire  coerrette,  ce  qui  correspon- 
drait à  la  forme  courette  donnée  dans  une  autre  énumération  ;  6 
écrit  corcette  par  erreur  ;  par  suite  d'un  semblable  lapsus,  7  a 
corecte;  8  donne  la  forme  coret.  (La  gelinotte,  en  lat.  gallina 
cofylorum,  en  flam.  korhenhe). 

]£  chappon  ou  capon.  Selon  les  époques  de  l'année,  d'après 
quelques  mss.  9  et  12  den.,  d'après  d'autres  12  et  18  den.  (Le 
chapon). 

Lepoilhe,  9  et  12  den.  (Poule). 

Le  pollé  ou  poulie,  12  den.  la  couple.  {Poulet). 

L'auue,  l'aive,  Vamve  (1,  2,  -4,  7,  8,  9),  l'ewe  (6),  l'oije  (10),  le 
lue  (Louv.,  11).  18  den.  (Oie,  en  liégeois  moderne  âwe). 

Uoichon,  Voizon,  l'oysson.  etc..  12  den.  (Oison). 

En  d'autres  documents,  il  est  fait  mention  en  outre  de  : 

La  cherchelle  ou  cerchelle  (sarcelle),  et  du  : 

Puttoir  (héron  butor,  en  flam.  putoor). 

Nota.  Le  glossaire  placé  h  la  fin  de  l'édition  de  Jean  de  Stave- 
lot  rend  xhilhet  par  :  canard  sauvage  :  cette  explication,  prove- 
nant, à  ce  que  m'a  dit  M.  Borgnet,  d'un  vieux  chasseur,  me 
parait  bien  douteuse,  puisque  l'on  trouve  plus  haut  cité  le 
marlart,  qui  a  ce  sens,  de  l'aveu  même  de  l'auteur  du  glossaire 
(«  probablement  la  même  chose  que  malart  :  mâle  de  cane 
sauvage  »).  Je  dirai  à  ce  propos  que  waxrandre  (J.  de  Stavelot, 
p.  212  :  «  ly  stiers  aile  waxrandre  lient  XXIV  bichiers  »)  ne 
doit  être  nullement  corrigé  en  waranche  :  garance;  la  wahe- 
rante,  dans  un  document  ms.  de  1409  waxherande,  est  un 
fourrage  diversement  mélangé  de  vesces,féveroles,  pois,  avoine. 
La  wesdre  (ibid.)  ne  désigne  ni  la  vesce  ni  la  dravière  (mot 
rouchi  ayant  à  peu  près  la  signification  du  liégeois  waherante), 
mais  probablement  la  guède,  en  anc.  fr.  waide,  waisde,  etc. 

G.  G. 


II 


UN  VIEUX  MÉNAGE  LIÉGEOIS. 


1816-1822. 


La  vieillesse 

Toujours  plaint  le  présent  et  vante  le  passé, 
Inhabile  aux  plaisirs  dont  la  jeunesse  abuse, 
lilànie  en  eux  les  douceurs  que  l'âge  lui  refuse. 
BOILEA.U. 


Quelques  jeunes  gens,  des  plus  élégants  et  des  plus  huppés 
de  notre  ville,  prétendaient  que  le  père  Richelle  était  exagéré 
dans  ses  relations  sur  le  vieux  Liège. 

—  N'oublions  pas,  Messieurs,  leur  dit-il,  qu'il  y  a  cinquante 
ans,  nous  sortions  des  grandes  révolutions  et  des  grands  évé- 
nements qui  avaient  bouleversé  l'Europe.  La  principauté  de 
Liège,  endormie  depuis  des  siècles  aux  sons  monotones  des 
cloches  de  ses  centaines  de  tourelles,  s'éveillait  à  peine.  Les 
Cockerill  et  les  Michel  Orban  commençaient  à  semer  les  grandes 
industries  dans  notre  plantureuse  cité.  On  allait  avoir  de  l'ou- 
vrage pour  nos  hommes,  trouvés  trop  jeunes  pour  aller  mourir 
à  la  guerre;  l'occasion  allait  être  offerte  à  nos  ouvriers  coura- 
geux de  montrer  leur  intelligence  ;  la  misère  et  la  mendicité  des 
âges  précédents  allaient  être  remplacées  par  l'industrie,  la 
source  des  richesses. 

Les  temps  sont  bien  changés  !  On  s'habitue  si  vite  au  bien 
être,  à  l'aisance,  à  la  fortune,  et  par  suite  à  la  dépense  !  Si  vous 


—  10  — 

tenez  à  me  suivre  chez  vos  grands  parents,  soyez  assurés, 
Messieurs,  que  je  resterai  toujours  sincère;  je  pourrai  certai- 
nement parler  un  langage  plus  wallon  que  français,  mais  je 
serai  vrai  jusqu'au  bout. 

Voyons  !  je  vais  essayer  de  vous  représenter  l'intérieur  d'une 
habitation  liégeoise  d'il  y  a  cinquante  ans. 

Vers  1818,  je  demeurais  chez  votre  grand-papa,  dit  le  père 
Richelle  en  regardant  un  de  ses  interlocuteurs.  J'étais  bien 
jeune  alors;  j'avais  à  peine  atteint  ma  dixième  année. 

Jean-Mathieu  Thônus.  né  le  18  octobre  1750,  avait  acheté 
une  maison  rue  Hors-Château,  dans  le  quartier  de. ses  aïeux  ; 
c'est  là  que  je  l'ai  connu. 

A  cette  époque,  Messieurs,  chaque  fenêtre  de  la  façade  était 
divisée  en  quatre  compartiments  par  un  montant  et  une  traverse 
eu  pierre  de  taille,  et  chaque  compartiment  renfermait  36  petits 
carreaux  de  vitre  logés  entre  des  bandes  de  plomb.  Aujourd'hui 
i  ss  144  petils  carreaux  d'une  fenêtre  sont  remplacés  par  trois 
morceaux  de  verre  double  épaisseur,  aussi  blancs  que  les  anciens 
étaient  verts,  et  les  grosses   séparations  en  pierre  ont  disparu. 

La  porte  d'entrée  était  toujours  ouverte  ;  mais  le  passage  en 
était  barré  par  un  petit  grillage  en  bois,  qu'on  ne  pouvait  remuer 
sans  faire  tinter  la  sonnette  qui  y  était  suspendue.  Ceci,  c'est 
l'ancien  purnai!  C'est  laque  grand-papaThônus  venait  s'appuyer 
après  son  déjeuner,  pour  fumer  sa  pipe. 

Maintenant,  si  ces  Messieurs  veulent  [tasser  une  pleine  jour- 
née dans  la  maison  de  leurs  vieux  parents,  dans  l'intérieur  d'un 
vieux  ménage,  ils  doivent  se  lever  de  bonne  heure. 

Il  est  cinq  heures  du  malin.  La  vieille  servante  s'habille  à 
moitié,  et  en  tâtonnant  elle  cherche  li  l  sse  à  l'sitofle,  c'est-à-dire 
une  petite  boite  très-noire,  contenant  des  pierres  de  silex,  le 
briquet  qui  doit  en  faire  jaillir  l'étincelle,  des  allumettes;  enfin, 
dans  un  compartiment  fermé  d'une  planchette,  des  loques  en  toile 
brûlées,  des  étoupes. 


—  M  — 

Ji  r'veus  co  l'neure  lasse  à  l'siloffe, 
So  l'câvâ  où  so  l'banacolîe  ; 
Li  fier,  los  pire  a  batte  de  feu  ! 
Comme  on  soffléve  es  l'neure  potale, 
Tôt  z-y  boutant  ine  longue  brocale, 
So  l'blawette  qui  fève  l'esprindeu  ' 

Quand  le  feu  ne  prend  pas  tout  de  suite,  la  vieille  Jôget  (') 
en  demande  on  tôt  pan  au  bon  Saint-Laurent.  Enfin,  après  avoir 
soufflé  un  quart  d'heure,  sa  ligure  s'éelaircit,  le  soufre  donne  sa 
petite  flamme  bleue  ;  vivat  ! 

Puis  le  bois,  puis- la  houille  s'allument  également,  et  pendant 
que  la  servante  lave  à  grande  eau  les  pavés  polis  de  la  grande 
cuisine  et  du  vestibule,  l'eau  se  met  à  chanter  dans  le  coquemar. 

Li  grande  couhenne  wiss  qu'on  s'tinéve, 
Hàgnêie  di  cœuve  et  d'bais  buffet  ! 
Po  tos  les  r'pas  on  s'y  r'trovéve 
A  dîner  comme  âx  t re u s  café. 

Vos  oncles  et  vos  tantes  allaient  assez  souvent  à  la  messe  de 
six  heures,  à  Saint-Antoine.  Cette  église  est  devenue  paroisse 
depuis  la  démolition  de  l'église  St-Jean-Baptiste. 

Grand-père  et  grand'mère  Tliônus  ne  tardent  pas  à  se  lever. 
Il  n'est  pas  sept  heures,  et  déjà  ils  ont  vaqué  à  quelques  travaux 
d'ordre.  Ils  attendent  l'heure  du  déjeuner.  Grand'maman  vient 
de  remplir  une  cafetière  en  argent  du  premier  café,  pour  les 
deux  vieux;  le  second  sera  plus  haitî  pour  les  jeunes  gens;  le 
troisième  brassin  sera  pour  Jôget. 

—  Combien  d'enfants  dans  ce  vieux  ménage?  demanda  un  des 
jeunes  gens. 

A  l'époque  dont  je  vous  parle  (1810-1821),  il  n'en  restait  que 
quatre  à  la  maison  ;  trois  autres  étaient  mariés.  Voici, sur  votre 
famille,  M.  Henri  ïhùnus,  répondit  Richelle,  quelques  détails 
que  vous  ignorez  probablement  : 

[*j   Abréviation  de  Marie-Josèphe. 


12  

Votre  grand-père  Thônus  s'est  marié  le  29  août  1779.  Le  livre 
de  famille  vous  l'apprendra.  Il  lui  naquit  quinze  héritiers  ;  sept 
seulement  résistèrent  aux  maladies  qui,  en  ce  temps-là,  enle- 
vaient une  grande  quantité  d'enfants.  Votre  père  à  vous,  M. 
Henri,  le  plus  jeune  des  garçons,  est  né  en  1796;  il  avait  donc 
alors  22  a  23  ans.  Il  se  lancera  dans  l'industrie  malgré  la  répu- 
gnance de  son  père  pour  les  métiers  ;  car  il  a  de  la  fierté,  le 
grand-papa. 

Votre  père  sera  le  seul  de  la  famille  qui  saura  non  seulement 
conserver  son  patrimoine,  mais  l'augmenter  de  manière  à  vous 
laisser  une  fort  jolie  fortune. 

La  table  carrée  est  dépliée,  sept  à  huit  petites  tasses  à  lignes 
bleues  sur  fond  blanc  y  sont  symétriquement  rangées  (celle  de 
Richelle  est  du  nombre)  et  quelques  restants  du  dîner  de  la 
veille  sont  placés  à  côté  des  deux  chefs.  Tout  le  personnel  est 
réuni.— Bénédiction, papa? Bénédiction,  maman? on  s'embrasse, 
puis  on  déjeûne. 


Les  vis  parint  avît  n'rawette, 
Seuye-t-il  deux  où,  cùts  d'vins  n'pailettte, 
Avou  l'surale  po  s'ragoster 
Divant  l'osté. 

Puis  vocial  les  jônès  cibolle, 
Les  hiebe  di  tàte,  les  caracolle  ; 
Sorlon  l'saison  gn'  aveut  n'saquoi, 
Po  l'vî  ligeois. 

Toi  ça  cangîve  comme  des  caprice. 
Hoûie,  c'esleut  on  borai  d'ràdise. 
Qu'arrivret-i  po  l'ieddimain? 
On  d'meie  haring. 

Treus  freuds  ouhai,  qwand  c'esteut  l'passe; 
Ine  aute  feie,  ine  grosse  ramonasse 
Trimpe  a  vinaigue  divins  l'platai, 
A  fins  rondai. 


—  13  — 

A  l'Noïé,  c'esteut  inc  dressêie  ; 
Jamàie  noie  fiesse  n'esteut  passôie 
Sins  s'marque  à  tàve,  seuye  po  diner 
Ou  po  djuncr. 

Puis  in  aute  jou,  li  pure  ramasse 
Don  cràs  polet  li  bonne  carcasse  ; 
Après  avu  partagé  l'blanc 
Intc  mère,  éfan. 

Houie,  so  Trustai,  li  cherbonnâde 
Si  magn'ret  avou  n'pitite  tâte  ; 
Li  boûre  fond  so  n'ussiette  di  stain, 
Avou  l'pierzin. 

Ax  Roi,  c'esteut  l'wastai  à  l'féve, 
Avou  l'reud  café  qui  boléve 
lit  po  l'joù  d'I'an,  les  fins  galet 
V  'nit  à  paquet. 

Divant  l'clére  feu  jetant  s'blàmèie, 
Ine  trinche  di  lard  ode  li  chev'nèie; 
Elle  pind  d'vant  l'feu  pos  s'fer  rosti. 
Bon  appétit  ! 

Puis  l'inglitin,  qwand  c'sèret  maigue, 
Ou  bin  li  cb'venne  qu'est  à  vinaigue, 
Ax  bonnes  hiebe,  à  romarin, 

Po  l'jou  d'qwate  timps. 

J'a  l'aiwe  à  l'bok  !  ji  creus  qui  j'glette  ! 
Cial,  c'est  l'iàrd  qui  pind  à  n'forchette, 
Il  gotte,  il  gotte  so  n'pèce  di  pan, 
Rosteie  divant. 

—  Vos  vieux  parents  soupaient  légèrement,  mais  ils  déjeu- 
naient bien. 

—  Dois-je  continuer?  voulez-vous  quelques  détails  sur  ce  que 
j'appelle  la  grande  cuisine,  li  pièce  wiss  qu'on  s'tint? 

—  Volontiers. 

—  Eh  bien!   Messieurs,  le  grand-père  Thônus,  malgré  sa 


—  14  — 

fortune  (car  il  vivait  de  ses  rentes),  avait  conservé,  chez  lui,  les 
habitudes  économiques  de  ses  parents.  La  grande  cuisine  était 
en  même  temps  la  salle  à  manger,  et  la  place  à  recevoir.  Le 
médecin,  les  marchands  de  vins,  les  amis  et  les  connaissances 
étaient  reçus  là. 

Du  reste,  cette  place  était  souvent  la  plus  gaie  de  la  maison; 
elle  donnait  sur  la  rue,  enfin  là  seulement  on  allumait  le  feu  : 
c'est  es  V pièce. 

—  Impossible  !  dit  l'un  de  nos  jeunes  élégants.  Richelle  haussa 
les  épaules. 

—  Dans  les  mauvais  temps,  le  général,  votre  père,  se  chauf- 
fait les  doigts  à  sa  lamponette,  pour  étudier.  Vous,  Monsieur, 
votre  chambre  d'étude  est  si  bien  chauffée  qu'elle  vous  engour- 
dit la  tête,  et  vous  ne  pouvez  travailler 

Je  vois  encore  cette  grande  cuisine,  cette  pièce  lambrissée  de 
bois  de  chêne,  poli  comme  les  portes  ;  les  grands  vases  en  por- 
celaine placés  sur  des  armoires  ;  ine  àté  d'câve,  l'entrée  de  la 
cave;  la  haute  cheminée  avec  son  petit  rideau,  ine  brayire  et  sa 
garniture  :  un  christ,  des  tasses  et  des  petites  statuettes  de  Saxe. 
D'un  côté  du  foyer,  un  buffet  en  chêne  incrusté,  avec  des  car- 
reaux d'un  pied  de  hauteur,  dits  carreaux  français  ;  de  l'autre 
côté,  la  haute  horloge,  du  même  bois. 

Ji  r'veus  les  buffet  d'chène  et.  d'veule, 
Blaw'ter  comme  li  cîr  plein  di  s'teule  ; 
Ji  r'veus  les  tasse  des  pus  vis  timps, 
Les  pûrculaine  di  meye  eolcur, 
Et  les  hauts  verre  taillés  à  fleur 
Qui  fil  songil  àx  vis  parint. 

Le  foyer  était  entouré  d'un  immense  cadre  en  cuivre  jaune  et 
d'un  poli  brillant,  entourant  des  carrés  en  porcelaine.  Des  deux 
côtés  du  brasier  ouvert  et  isolé,  on  admirait  deux  grosses  boules 
en  cuivre,  aussi  fortes  que  la  pomme  de  canne  d'un  tambour- 
major  et  tout  aussi  luisante. 


13  — 

Après  le  déjeuner,  une  des  demoiselles  lave  les  tasses,  soigne 
les  meubles,  etc.  ;  l'autre  se  met  en  devoir  d'aider  la  vieille  Jô- 
get,  à  tout  ranger  aux  étages. 

—  Avec  la  fille  de  quartier,  probablement  ? 

—  11  y  a  cinquante  ans,  les  filles  de  quartier  n'étaient  pas  in- 
ventées, -Messieurs,  à  l'usage  île  nos  ménages  bourgeois. 

Déjà  les  Unes  herbes  pour  la  soupe,  cerfeuil,  oseille,  etc.,  sont 
sur  la  table;  la  grand'maman  vient  de  revêtir  un  tablier  en  toile 
grise,  elle  va  préparer  le  dîner;  mais  elle  ne  veut  pas  salir  son 
vêtement  qui  est  en  basin  anglais,  et  blanc  comme  neige. 

Pendant  qu'on  s'occupe  du  dîner,  visitons  le  grand  et  froid 
salon.  La  vieille  tapisserie  jaune  est  délabrée  et  triste  ;  un  miroir 
large  mais  très-bas  s'étale  snv  la  cheminée,  moins  haut  et  plus 
moderne  que  les  autres.  Les  tables  sont  couvertes  en  marbre  et 
supportées  par  des  pieds  dits  pieds  de  biche;  les  ornements  ro- 
caille ont  été  dorés,  mais  il  n'y  paraît  plus  guère.  Enfin,  tout  ce 
vieil  ameublement  aurait  grand  besoin  d'être  rajeuni.  Mais  les 
vieux  parents  n'entendent  pas  de  cette  oreille-là.  Après  nous, 
disent-ils,  vous  ferez  tout  ce  qu'il  vous  plaira  ;  mais  nous  aimons 
nos  meubl  .-  et  nous  entendons  les  garder  ! 

Les  enfants  savent  tout  cela  ;  aussi  se  gardent-ils  bien  de  blâ- 
mer ces  reliques  ;  la  moindre  volonté  de  leurs  chers  parents  est 
sacrée  à  leurs  yeux. 

Quittons  le  salon  glacial  où  l'on  ne  va  guère  que  pour  dépo- 
ser quelques  vêtements  du  dimanche,  quand  on  revient  de  la 
grand'messe,  ou  pour  remettre  les  cartons  contenant  les  habits 
de  la  S tp  Vierge  de  la  paroisse.  Suivez-moi,  messieurs  :  nous 
irons  nous  réchauffer  devant  le  beau  feu  de  la  cuisine,  bien 
qu'il  soit  consumé  depuis  un  demi-siècle.  Il  est  dix  heures  du 
matin  ;  le  grand-père  eu  culotte  et  en  lias  de  soie,  se  promène 
en  long  et  en  large  ;  un  petit  verre  de  genièvre  va  lui  ouvrir 
l'appétit.  Tandis  que  votre  grand'mère  soigne  un  beau  poulet 
qu'elle  fera  cuire  devant  le  feu  désigné,  son  cher  homme  rem- 


—  16  — 

plira  son  verre  une  ou  deux  fois  ;  puis  tour  à  tour  ils  tourneront 
la  broche  et  ils  arroseront  le  dit  poulet  qui  sera  dodu,  doré  et 
succulent.  Il  sera  meilleur,  je  vous  assure,  messieurs,  que  s'il 
avait  passé  par  le  laboratoire  de  vos  cordons  bleus. 


Vèyez-ve  grand-pére  qu'ost  èsl'couleie. 
Qui  tôt  s'chàffant  louke  à  l'poteie  ; 
Ramasse  et  r'cheige  les  p'tits  coh'tai. 
So  l'henné  dé  feu,  ine  mosse  cuhéve, 
On  marron,  quéqu'  saquoi  d'novai. 
Jusqu'à  dîner,  il  lum'sine've, 
Tôt  buvant  s'gotte  ou  bin  s'pintai. 
So  l'a  matin,  vet  dix  onze  heure, 
Po  l'vî  s'toumak  et  les  aigreure  : 
C'est  l'bon  peket  qu'est  l'pus  haitî 
Po  viker  vi. 


Inutile  de  vous  dire  que  deux  légumes  mijotent  à  doux  feu 
(il  godinet  es  bourre)  sur  les  potagers  et  qu'une  première  viande 
bouillie  est  en  train  de  faire  une  excellente  soupe. 

A  onze  heures  et  demie ,  une  de  vos  tantes  dresse  le  couvert; 
les  assiettes  en  étain  se  chauffent  sur  un  appareil  en  fer,  à  gra- 
dins, placé  devant  le  feu. 

—  Hier,  dit  grand-père  Thônus  à  sa  chère  compagne,  hier, 
en  faisant  ma  promenade  au  quai  St-Léonard,  j'ai  pensé  à  mon 
vieil  ami  Mouhin,  aux  notes  qu'il  m'a  remises  avant  sa  mort  et 
que  j'ai  ajoutées  aux  miennes  (  '  ). 

—  Vous  usez  inutilement  du  papier  avec  vos  vieux  bagous,  ré- 
plique la  grand'mère  ;  gardez  donc  plumes  et  encre  pour  des 
choses  plus  nécessaires. 

—  Il  me  faut  un  passe-temps  :  houtez-me  on  pau,  feumme. 
Le  vieux  livre  de  famille,  relié  en  cuir,  était  ouvert  et  laissait 


(»)  Madame  veuve  Parmentier  possède  4  gros  volumes  de  notes  écrites  sur  Mou- 
hin. V.  la  notice  de  M.  Ulysse  Capitaine  dans  le  Bulletin  de  l'Institut  archéologique 
liégeois.  1854. 


—   17  — 

apercevoir  plusieurs  vieilles  écritures  toutes  jaunies,  tracées 
sur  du  papier  très-épais  et  rempli  jusqu'aux  bords. 

En  contemplant  les  écrits  de  ses  parents,  la  bonne  figure  du 
père  Thônus  laissait  percer  une  douce  satisfaction  ;  quel  beau 
et  imposant  vieillard  il  faisait  ! 

—  Ecoutons  !  Hear,  hear! 

—  Pardon,  Messieurs,  reprit  Richelle  notre  conteur,  vous 
lirez  le  livre  de  famille  plus  tard,  si  cela  vous  convient.  Moi  je 
reprends  mon  vieux  ménage. 

Dame  Thônus  arrosait  son  poulet  qui  godinait  devant  le  feu, 
dans  un  tambour  de  fer  blanc,  et  ne  faisait  point  grande  atten- 
tion à  la  lecture  de  son  mari. 

—  Cest  assez po  hoûie,  Thonus,j'amâ  m'tiesseàfoicedè  limiter. 
En  ce  moment  la  clochette  du  purriai  se  fit  entendre;  elle 

annonçait  l'arrivée  d'un  fermier  venant  payer  son  trescint. 

—  Bonjou  ,  nosse  maisse,  et  li  k'pagneie;  va-t-i  todi  comme  vos 
volez  '! 

—  Bon  joui  Bon  jou,  Belle  Trappe,  assiez-ve.  Il  est  bin  maigre 
vos  dîdon  ? 

—  Ah  bin  !  portant,  nosse  maisse,  ji  v's  a  chùsi  l'pus  gros. 

—  //  rCfaléve  nin  ehnsi. 

—  Ah!  bin,  Vannêieas'tumâle,  paret,  nosse maisse+ji v'rivâret 
tôt  roula  Vannêie  qui  vint,  pusqui  vos  avez  de  Vpatiince  avou  les 
honnêtes  gins.  Mi  prumire  covêie  di  polet  seret  por  vos.  Ossi  vraie 
qu'il  gna  qu'on  Diu. 

—  Jàget,  appoirtez  l'cafè  po  Délie  Trappe  ! 

—  Vos  m'ciàl.  Bonjou  Linâ,  assiez-v  es  l'coulèie  et  s'buvez  tôt 
chaud. 

—  Vos  estez  bin  honnête.  Merci  Jôget,  merci. 

\^\\  grand  signe  de  croix  précède  le  repas  du  paysan.  Puis, 
Jôget  fait  de  son  côté  les  honneurs  de  la  maison;  n'est-elle  pas 
du  ménage? 

—  Si  vos  avez  Ftimps,  vinez  magni  ine  assiette  di  sope. 


Il 


Après  vos  commission,  rw'nez  Lind,  ji  v  wârd'ret  inesaquoi. 

—  A  r'veie,  nosse  naisse,  poirtez-v  todi  Un. 

A  peine  Jôget  a-t-elle  emporté  la  tasse  retournée  sur  son  pla- 
teau et  la  petite  cafetière  en  cuivre,  que  lepurnai  annonce  une 
nouvelle  visite.. 

Cependant  l'horloge  marque  qwârtpo  doze! 

—  Bonjour,  Monsieur;  bonjour,  Madame  Thônus,  et  la  santé 
ce  matin? 

—  Eh  bien!  grâce  à  Dieu,  Monsieur  Fahenne,  reprit  Thonus, 
la  santé  ne  va  pas  encore  mal  pour  notre  grand  âge.  Ji  va  so 
septante-onk,  paret,  mi;  on  s' fait  vi  sins  Vsavu. 

Je  suis  du  18  octobre  17o0  ;  je  viens  de  voir  mon  baptistère 
dans  ce  gros  registre.  JSosnnavansbin  vèyou,  allez,  mi  fi  Fahenne, 
des  guerre  et  des  màleur.  Ji  usé  nin  qui  nos  a  fait  durer.  Li  bon 
Diu  donne  Un  des  foice. 

—  Je  venais  m'informer  si  votre  fils  Joseph  ne  voudrait  pas 
m'aceompagner  à  la  comédie  :  il  y  a  une  fameuse  représentation, 
l'affiche  est  plus  haute  que  moi  ! 

Dame  Thônus  n'avait  pas  assez  d'yeux  pour  admirer  la  tour- 
nure du  jeune  homme,  ses  belles  bottes  a  revers  jaunes,  passées 
sur  un  pantalon  collant  d'un  gris  clair  et  sa  petite  redingote  bien 
taillée  qui  achevait  de  le  faire  reconnaître,  des  pieds  à  la  tête, 
pour  le  fds  d'un  bon  bourgeois. 

—  On  joue,  reprit  Fahenne  : 

Biaise  et  Babet,  Richard  Cœur  de  Lion,  un  vaudeville,  et  Zé- 
mire  et  Azor  pour  finir. 

—  C'est  une  assez  grande  dépense. 

—  Nous  irons  au  parterre  pour  18  sous. 

—  Si  vous  pouviez  avoir  une  seconde  loge  à  bon  marché  ! 
C'est  aujourd'hui  mardi,  il  n'y  a  jamais  grand  monde;  votre  pe- 
tite cousine  Virginie  pourrait  passer  par  dessus  le  prix,  en  se 
faisant  petite  à  l'entrée  ? 

—  Je  ferai  de  mon  mieux,  Mme  Thônus,  je  parlerai  a  Lefèvre, 
il  vient  trois  jours  par  semaine  pour  papa,  répondit  Fahenne. 


—  19  — 

—  Quand  nous  allions  à  la  comédie,  sur  la  Balte,  je  condui- 
sais nia  femme  au  second  rang  des  loges;  le  premier  rang  était 
occupé  par  les  dames  nobles  et  leurs  familles;  et  moi,  j'allais  au 
parterre,  où  nous  étions  debout.  Nous  étions  plus  économes,  de 
notre  temps  :  niais  étant  connu,  continua  Tliùnus  en  relevant 
sa  belle  tête  blanche,  entre  les  pièces,  pendant  qu'on  mouchait 
les  chandelles,  j'allais  causer  avec  ma  femme,  je  lui  portais  un 
michot  ou  une  douceur  quelconque. 


!>.•  timps  passé,  d* vins  nos  manège, 
On  vikéve  sorlon  ses  wagnège. 
Dire  vî  régime,  dit  p'tit  profil, 
Di  ces  borgeu,  mi.  j i  so  l'fils. 


—  Eh  bien!  c'est  convenu  ;  je  vais  m'informer  si  je  puis  avoir 
une  première  loge  aux  secondes,  ou  des  cartes  d'abonnés  ;  elles 
sont  à  moitié  prix.  —  Puis  les  jambes  bottées  de  revers  que  por- 
tail notre  jeune  Fahenne  s'élancèrent  a  la  recherche  des  places. 

Le  vieux  Richelle,  notre  conteur,  s'adressait  le  plus  souvent 
au  jeune  Henri  ïhônus,  petit  fils  de  notre  respectable  Mathieu. 

dépendant  à  plusieurs  reprises,  Richelle  fut  vexé  du  rire 
moqueur  d'un  autre  de  nos  jeunes  gens.  Ne  pouvant  plus  y 
tenir,  il  l'interpella  de  son  air  le  plus  aimable  : 

—  Seriez -vous  assez  bon,  Monsieur,  pour  me  dire  votre  nom? 
je  connais  peut-être  votre  famille. 

—  Avec  plaisir,  M.  Richelle,  je  me  nomme,  Gaston  de  Posli. 

—  De  Posti,  attendez  donc.  Mon  grand-père  a  connu  le  vôtre 
parfaitement,  je  connais  l'origine  de  votre  nom,  vous  pourrez 
peut-être  l'anoblir  par  vos  talents  et  vos  actions. 

—  L'anoblir!  Ah,  M.  Richelle  ! 

—  Ecoutez,  mon  jeune  ami,  je  serai  bref;  je  passerai  <\c:^  dé- 
tails que  vous  devez  ignorer. 

Ma  grand'mcre  est  née  à  la  campagne,  dans  le  village  de 
V".  vers  1740.  Un  jour  qu'elle  sortait  pour  se  rendre  à  la  pie- 


—  20  — 

mière  messe,  elle  trouva  près  de  la  petite  barrière  de  la  prai- 
rie qui  donnait  sur  le  sentier  un  nouveau-né  enveloppé  dans 
de  mauvais  langes.  11  fut  ramassé  et  élevé  avec  les  enfants  de 
la  ferme,  et  baptisé  au  nom  de  Jehan,  et  comme  on  l'avait  trouvé 
près  d'une  porte  faite  en  branches  d'arbre  dite  posti,  on  dé- 
cida de  l'appeler  Jehan  de  Posti.  J'ai  la  preuve  de  cela  dans 
le  livre  de  la  famille.  Cet  événement  fit  époque  dans  le  village. 
Jehan  de  Posti  fut  élevé  dans  de  bons  principes,  et  plus  tard, 
par  son  travail  et  sa  bonne  conduite,  il  fut  nommé  premier  maître 
Vârlet  et  regardé  comme  un  des  meilleurs  ouvriers  du  village. 
Votre  père,  lui  aussi,  a  été  un  bon  travailleur.  A  l'époque  où  je 
me  reporte,  il  n'était  pas  aussi  élégant  que  vous  l'êtes,  il  n'a- 
vait que  deux  chemises,  et,  en  fait  de  nourriture,  il  ne  con- 
naissait qui  Vpoteie  â  lard. 

Il  n'y  a  pas  de  honte  à  venir  de  bas,  Monsieur,  mais  il  y  a 
grand  mérite  à  s'élever  !  Votre  père  s'est  plus  occupé  de  choses 
sérieuses  que  des  plaisirs  de  la  vie,  il  a  gagné  une  très-grande 
fortune;  toutes  ses  opérations  ont  été  des  plus  loyales.  Soyez 
fier  de  votre  père',  Monsieur,  honorez  l'homme!  Les  noms  sont 
peu  de  chose  aujourd'hui.  Et  n'oubliez  pas  que  les  honnêtes 
gens  se  valent. 

Le  front  du  jeune  Gaston  de  Posti,  rembruni  d'abord,  se  dé- 
rida :  les  autres  jeunes  gens  demandèrent  la  suite  du  vieux 
ménage. 

—  Il  est  midi  et  demi,  la  famille  est  au  dessert  :  pommes, 
poires  et  fromage-  La  grand'maman  a  recommandé,  comme  tous 
les  jours,  de  ne  pas  salir  la  nappe,  ni  plus  de  deux  assiettes  par 
personne  :  la  bonne  femme  tient  à  ménager  l'ouvrage  de  la 
vieille  Jôget.  Nos  jeunes  gens  et  surtout  nos  demoiselles  n'ont 
presque  pas  dîné,  tant  est  grande  leur  joie  d'aller  à  la  comédie. 
Le  père  Thônus  n'est  pas  content;  mais  il  s'est  consolé  en  man- 
geant leurs  parts  du  poulet. 

La  table  est  desservie;  la  grande  cuisine,  ou  /'pièce  wiss  qu'on 


—  îi  — 

s'tint,  si  vous  voulez,  est  remise  eu  ordre  par  les  demoiselles. 
Grand-père  se  rend  dans  sa  chambre  a  coucher,  au  rez-de- 
chaussée,  sur  la  cour.  Il  va  l'aire  sa  méridienne  [si  prangîre).  La 
grand'mère  en  fait  autant,  mais  s'installe  au  coin  du  feu,  dans 
un  bon  fauteuil;  une  de  ses  filles  vient  placer  un  coussin 
sous  sa  tête  ;  un  tabouret  glisse  mollement  sous  ses  pieds.  Après 
les  plus  grands  soins,  les  attentions  les  plus  délicates  de  la  part 
de  la  fille  à  la  mère,  le  plus  profond  silence  se  rétablit. 

Le  nettoyage  de  la  vaisselle  se  fait  dans  la  cour,  sous  un 
petit  hangar  couvert  en  plomb  où  se  trouvent  les  pompes. 
Jôget  lave  les  assiettes  et  les  range  dans  le  hiellî,  sans  faire  le 
moindre  bruit.  Quel  calme  dans  le  vieux  ménage! 

—  Beaucoup  trop  pour  nous,  reprit  un  des  messieurs,  nous 
allons  faire  comme  les  Thônus. 

—  Dormir,  je  l'avoue,  messieurs;  je  n'ai  rien  de  gai  à  vous 
conter ,  s'il  faut  rester  dans  le  vrai.  Dois-je  m'arrèter  ou 
rentrer  ? 

—  Continuez. 

—  Je  rentre  pas  a  pas  dans  la  salle  où  la  mère  Thônus  est 
endormie  ;  tout  est  propre  et  à  sa  place  ;  le  tapis  en  laine,  à 
lignes  de  toutes  les  couleurs,  est  étendu  sur  la  table  carrée;  il 
est  devenu  un  peu  court  par  l'effet  de  nombreux  lavages  ;  mais 
on  n'y  tient  pas  moins. 


C'est  l'tapis  d'Iaine  à  lâges  rùie, 

Qui  l'ginteie  mëre  fève  à  crochet. 

J'el  riveut  co,  doux  comme  de  l'sôie, 

Hoiou,  r'sèchî  es  chaud  brouwet. 

A  l'iongue  de  timps,  pierdant  s'grandeur, 

Il  div*néve  gros  comme  on  cofteu  ; 

Li  liant  de  l'tâve  di  vi  cliùne  neur, 

A  veut  tôt  l'air  dé  tronler  d'frcud. 


Grand'mère   dort.  Dépèchons-nous,  dit  une  des  jeunes  per- 
sonnes, tout  bas  a  sa  sœur.  On  commence  à  cinq  heures,  à  la 


comédie.  L'aîné  des  messieurs  Thônus  est  allé  boire  une  pinte 
de  bière,  en  attendant  le  café.  //  est  amon  Viatour  ou  amon 
iïOtrhuje.  Le  jeune  est  retourné  à  son  ouvrage;  la  servante  a 
préparé  le  café  ;  il  n'est  pas  quatre  heures,  et  déjà  elle  appelle 
le  personnel  de  la  maison.  C'est  pour  la  troisième  réunion  de 
famille.  Le  café  est  servi  ;  le  sucrier  .en  argent,  style  torse,  vous 
présente  de  beaux  diamants  en  sucre  candi  destinés  aux  deux 
vieux;  une  assiette  est  chargée  de  tartines  po  lesjônes  cour. 

Les  veyès  gins,  après  l'prangîre, 
Vinît  beure  d'on  café  lègîre, 
Qwate  où  cinq  tasse  â  soac  candi, 
Ou  l'tâte  di  pan  qu'on  a  prusli. 
Tôt  à  l'bonne  sort,  sins  nol  assiette. 
Li  grand  platai,  li  p'tite  copette, 
Vinit  mostrer  leus  dessin  bleus, 
Et  réjoui  los  les  buver. 

L'soucrî  d'àrgint  so  treus  pîd  d'gatte, 
A  coisse  toircheie,  à  fond  tôt  hatte, 
Tôt  rluhant  vinéve  si  mostrer 
Qwand  on  voisin  vinéve  gaster. 
Quel  bon  qwârt  d'heure  èri  d'I'ovrège, 
Quel  doux  moumint  po  l'bon  manège! 
N'est-C'  nin  l'niêie  qui  r'vint  à  nid, 
Sitrinde  l'accoird  qui  n'pout  fini. 

Il  y  a  maintenant  de  l'agitation,  dans  ce  vieux  ménage  que  vous 
trouviez  si  calme,  dit  Richelle.  Les  enfants  vont  à  la  comédie; 
on  est  sorti  de  la  vie  paisible. 

Pendant  que  le  père  Thônus  recommande  à  ses  enfants  d'être 
bien  modestes  et  bien  tranquilles  au  théâtre,  la  bonne  maman 
s'est  hâtée  de  prendre  son  café;  elle  quitte  la  table  pour  se 
rendre  dans  la  chambre  aux  provisions;  là,  sa  main  plonge 
dans  de  vieilles  taies  d'oreillers  à  carreaux,  pour  en  retirer  des 
pommes  coupées  et  séchées  {des  cache  et  des  oreye  di  beguenne), 
des  pruneaux,  des  noisettes,  etc.,  etc.  Vous  l'avez  deviné, 
messieurs;   grand'mèro   Thônus  vient  d'apprêter  le  bagage  de 


23 


ses  enfants.  Ne  vont-ils  pas  à  la  comédie?  Vite!  vite!  on  com- 
mence à  cinq  heures. 

—  Était-ce  un  magasin  ? 

—  Non,  messieurs;  tous  nos  bons  ménages  d'alors  avaient 
chez  eux  une  pièce  qui  ressemblait  assez  à  un  magasin  de  cam- 
pagne. Suivons  grand'maman  dans  cet  endroit  :  vous  en  aurez 
une  idée.  Figurez-vous  une  pièce1  sombre,  pavée  de  pierres,  ni 
humide  ni  chaude  ;  des  volets  ou  des  stores  de  grosse  toile  grise 
préservent  du  soleil  les  conserves  qui  pourraient  fermenter. 
D'abord,  vous  remarquerez  sept  à  huit  pots  en  grès  contenant 
la  verdure  conservée  pour  la  soupe  verte  :  pourpier,  etc.,  un 
pot  de  choucroute,  du  choux  rouge  au  vinaigre  (de  Vkipoissé), 
deux  pots  recouverts  de  beurre  fondu. 

—  Cet  inventaire...  n'est  pas  amusant  du  tout. 

—  Je  le  sais,  monsieur,  mais  si  vous  voulez  la  vérité,  la 
voilà.  Je  vous  dit  ce  que  j'ai  vu,  rien  de  plus.  Vous  voulez 
savoir  comment  on  vivait  a  Liège  il  y  a  cinquante  ans,  le  voilà  : 
je  n'y  puis  rien  changer.  Pour  vous  amuser,  faut-il  que  la  vieille 
Jôget  casse  et  brise  la  vaisselle  d'étain?  ou  bien  qu'elle  demande 
une  augmentation  des  gages?  ou  qu'elle  se  passionne  pour  un 
Prussien  resté  dans  le  pays?  N'oubliez  pas,  messieurs,  que 
vous  m'avez  défendu  d'avoir  de  l'imagination.  Et  n'oubliez  pas 
qu'il  y  a  cinquante  ans,  on  avait  mille  bonnes  raisons  pour 
chérir  la  vif  douce  et  tranquille.  Dois-je  continuer? 

Cinq  voix  sur  six  répondirent  oui. 

—  Eh  bien,  messieurs,  apprenez  que  le  beurre  fondu  recou- 
vrait cinq  ou  six  douzaines  de  grives  (V).  L'autre  pot  contenait 
8  douzaines  d'alouettes  cuites  à  moitié.  Sur  des  planches  on 
voyait  des  bocaux  de  fruits  conservés,  des  verres  de  gelée  de 
groseilles,  dont  une  partie  se  donnait  aux  pauvres  malades. 
Voici  h'  grand  coffre  à  la  farine  [li  huche  à  /' famine),  deux  à  trois 

(')  Elles  se  vendaient  alors  à  42  et  à  lo  sous  la  douzaine   "">  h  90 centimes). 


-  24  — 

sacs  de  grain;  enfin  li  mai,  le  baquet  à  pétrir;  car  on  faisait  le 
pain  à  la  maison,  et  un  excellent  pain  de  ménage  encore.  Levez 
la  tête  maintenant  au  plafond  de  la  chambre  aux  provisions, 
vous  verrez  suspendus  sacs  et  paquets,  à  l'abri  des  souris  (ine 
tike  di  geie,  ine  tike  di  neûhe,  des  prenne,  treus  jambon,  on  bacon 
d'iârd,  del  sdcisse  souwêie,  des  buscute,  del  navette  po  les  ouhai, 
etc.,  etc.).  —  Prenez  garde!  ne  marchez  pas  tête  levée  !  vous 
pourriez  renverser  une  caisse  de  fromage  de  Hervé,  ou  li  tonnai 
â  neur  savon,  ou  Un  li  pot  à  l'pothése.  Voyez  :  il  reste  encore 
des  pommes  et  des  poires  et  nous  sommes  au  printemps  ! 
C'était  un  modèle  d'ordre  que  ce  ménage.  Voici  le  tonneau  à 
Vhôle  di  lampe  et  le  tonneau  au  vinaigre.  Passons.  Quittons  cette 
chambre  :  venez  jeter  un  coup  d'œil  sur  notre  jeunesse.  Ils  ne 
sont  pas  blasés,  ceux-là!  Voyez  leur  joie,  leurs  figures  rayon- 
nantes !  et  cependant  ils  ont  plus  de  vingt  ans  en  moyenne.  Ils 
compléteront  une  loge  et  la  petite  nièce  passera  gratis  s'il  est 
possible.  Les  poches  des  jeunes  gens  sont  remplies,  les  sacs  à 
fermoir  d'argent  {les  ridicule)  des  demoiselles  sont  également 
pleins  de  provisions.  Ils  partent  une  heure  trop  tôt,  mais  c'est 
égal;  à  peine  dans  la  salle  du  théâtre,  ils  s'amuseront  comme 
des  rois  (1).  Quatre  heures  un  quart  !  Courons,  mes  amis  ! 

—  Vous  exagérez,  M.  Richelle,  reprit  le  jeune  Henri. 

—  Nullement,  mon  bon  ami;  vos  grands  parents  avaient  de 
la  fortune,  mais  ils  y  regardaient  comme  tout  le  monde  d'alors  ; 
on  n'était  pas  encore  habitué  à  la  dépense  ;  patience  :  cela  vien- 
dra. 

Tout  est  changé.  Il  y  a  cinquante  ans,  Parfondry,  derrière 
l'Hôtel-de-Ville,  et  la  maison  Tart,  rue  de  l'Epée ,  annonçaient 
dans  les  journaux,  les  huitres  anglaises,  très-fraîches,  à  fr.  2,50 
le  cent.  Ils  en  vendaient  fort  peu.  Aujourd'hui  oseriez-vousdon- 


(')  La  salle  de  spectacle,  place  aux  Chevaux,  aujourd'hui  place  du  Théâtre,  était 
de  construction  toute  récente.  Elle  a  été  inaugurée  le  4  novemhre  1820,  par  l'Apo- 
théose de  Grétry  et  Zcmire  et  Azor. 


—  25  — 

ner  un  petit  dîner,  sans  quelques  cents  d'iiuitres  à  quinze  francs? 
Mille  fois  non  ! 

—  Qu'en  pouvons-nous?  père  Richelle;  indiquez-nous  un  re- 
mède. 

—  Travaillez,  Messieurs  ;  c'est  le  seul  moyen  de  rester  au 
niveau.  Il  me  semble,  au  contraire,  que  la  jeunesse  travaille 
aujourd'hui  le  moins  possible,  tout  en  cherchant  la  vie  la  plus 
douce  et  la  plus  confortable. 

N'oubliez  pas  que  Mathieu  Thùnus,  votre  grand-père,  n'avait 
aucun  moyen  d'augmenter  sa  fortune.  Or,  sa  famille  avait  grandi; 
votre  père,  né  en  1796,  était  venu  le  quatorzième,  et  il  ne  fut  pas 
le  dernier! 

Les  fermages  ne  haussaient  pas  :  l'on  faisait  encore  des  baux 
de  30  et  40  ans  ;  ils  en  avaient  un  de  90. 

On  avait  offert  des  places  au  grand-père  Thônus  ;  mais  il  ne 
démordait  pas  de  ses  idées,  il  était  pour  le  vieux  régime,  il  ne 
pouvait  rien  accepter  des  révolutionnaires  qui  avaient  boule- 
versé le  monde  ! 

Je  vois,  sur  vos  jeunes  et  belles  figures,  un  sourire  moqueur, 
que  je  traduis  par  ces  mots  :  le  vieux  Richelle  radote  dans  sa 
mesquinerie.  Eh  bien!  Messieurs,  loin  de  me  fâcher,  je  vais  in- 
sister encore. 

Déjà  au  vieux  temps,  les  enfants  de  pères  laborieux  héritaient 
du  joli  défaut  de  paresse. 

J'ai  fort  bien  connu  des  hommes  de  l'autre  siècle,  et  particu- 
lièrement la  famille  Thônus,  dont  je  pourrais  vous  donner  la  gé- 
néalogie. 

Votre  bisaïeul,  à  vous,  Henri  Thônus,  fut  un  grand  travailleur, 
honnête  et  sans  fortune,  mais  fort  courageux;  il  épousa  la  veuve 
Flament,  une  bonne  négociante  qui  avait  du  foin  dans  ses  b.... 
souliers.  Comme  ils  étaient  mûrs  tous  les  deux,  ils  n'eurent 
qu'un  fils,  votre  grand-père.  Aussi  fut-il  gâté,  ce  gaillard-là  ! 

Il  est  vrai  que  ce  beau  jojo  de  iiis  avait  fréquenté  les  écoles; 


—  26  — 

et  puis  il  était  si  binamél  Mais  comme  son  père  et  le  premier 
mari  de  sa  mère  s'étaient  donné  beaucoup  de  mal ,  il  trouva 
plus  commode  de  se  reposer  de  leurs  fatigues. 

Le  29  août  1779,  il  épousa  une  bonne  et  aimable  demoiselle 
de  la  campagne,  qui  n'avait  pas  mal  de  propriétés  dans  le  village 
de  Saint-R. 

Ils  s'aimaient ,  ces  jeunes  gens  ;. chaque  année,  le  messager 
Andry  en  apportait  une  nouvelle  preuve,  en  tirant  de  sa  hotte 
un  petit  ou  une  petite  Thônus. 

La  seule  occupation  de  ces  époux  modèles*  ce  fut  de  soigner 
la  jeune  famille  qu' Andry,  le  messager,  leur  apportait.  Vous  pour- 
rez consulter  le  livre  de  leurs  souvenirs,  si  cela  vous  intéresse. 
Votre  grand-père,  reprit  Richelle,  s'adressant  à  Henri,  obtint 
le  titre  de  chambellan  du  Conseil  privé,  plus  une  des  recettes  du 
prince  de  Liège;  mais  il  eut  soin  de  payer  un  employé  pour  faire 
l'ouvrage  :  il  était  fils  unique! 

Son  aîné  avait  étudié  pour  être  chanoine  ;  mais  on  allait 
démolir  les  couvents  :  adieu  places  et  prébendes.  Sa  voca- 
tion étant  manquée  (était-ce  sa  vocation  ?),  il  la  remplaça  par 
une  vie  oisive,  et  quand  la  paix  de  l'Europe  fut  rétablie,  il  cultiva 
les  dîners  en  ville  en  hiver  et  les  fêtes  de  Hesbaye  en  été  ,  en 
quoi  sa  vie  se  rapprochait  un  peu  de  celle  des  chanoines  pré- 
bendiers. 

L'oncle  François,  second  garçon,  trop  beau  pour  s'occu- 
per, n'aima  que  les  plaisirs;  attribuons  a  son  peu  de  chance 
la  perte  de  sa  fortune  et  celle  de  sa  femme,  qui  était  consi- 
dérable. 

—  Vraiment!  demanda  Henri. 

—  Oui,  Monsieur,  aujourd'hui  même  vous  auriez  de  la  peine 
d'en  trouver  beaucoup  de  semblables. 

Vos  vieux  parents  disaient  souvent  à  propos  de  fortune   : 


Il  est  niàlàheie  de  l'wagnî, 
Co  pus  màlàlieie  dé  L'wârder. 


-  -27  — 

Sans  doute  l'histoire  racontée  par  Richelle  ressemblait  trop 
a  un  sermon,  car  deux  de  nos  six  jeunes  gens  prirent  leur  cha- 
peau et  se  retirèrent. 

—  Continuez,  je  vous  prie. 

—  Volontiers,  Messieurs;  on  ne  peut  plaire  à  tout  le  monde. 
Pour  être  agréable  a  ces  dandies,  il  faudrait  ne  leur  conter  que 
des  exploits  de  leurs  familles,  et  répéter  bien  haut  que  chez 
leurs  aïeux  on  a  toujours  rouit'1  sur  l'or.  Surtout  il  faudrait 
taire  que  le  grand-père  du  bouclé  vivait  sur  le  profit  d'une  mau- 
vaise bique  de  cheval  en  aidant  les  charrettes  à  monter  le  Bois- 
de-Breux.  Son  père  est  nédàns  une  hutte  de  l'endroit. 

—  Vous  êtes  dur  et  sévère,  M.  Richelle. 

—  C'est  la  vérité.  La  jeunesse  d'aujourd'hui  aime  la  vie  douce. 

—  Il  nous  semble  qu'au  temps  des  Thônus  père  et  lils,  on 
l'aimait  aussi  ! 

—  C'est  possible,  mais  ils  étaient,  de  l'ancien  régime  ;  rappelez- 
vous  quels  temps  ils  ont  traversé  de  1780  a  1815.  N'étant  pas 
sûrs  du  lendemain,  comme  les  matelots  au  port,  ils  se  conten- 
taient de  jouir  des  biens  présents. 

Le  vieux  Richelle  s'échauffe,  n'est  plus  maître  de  lui,  le  sang 
lui  monte  au  visage.  Il  reprend  : 

—  Les  ouvriers  n'aiment  plus  à  se  gêner,  les  gens  fortunés 
bien  moins  encore;  les  jeunes  gens  ne  veulent  pas  savoir  ce 
qu'on  a  dû  se  donner  de  mal  pour  leur  procurer  l'aisance.  Ils 
sentent  peut-être  que  leur  cœur  ne  serait  pas  assez  reconnais- 
sant ou  bien  ils  seraient  honteux  d'employer  aussi  mal  leur 
temps. 

J'appartiens  à  la  génération  du  premier  quart  de  ce  siècle, 
moi,  messieurs,  s'écria  avec  orgueil  le  vieux  grondeur  ;  nous 
avons  vu  travailler  dos  parents  pour  se  refaire  et  nous  avons 
continué  comme  eux. 

Oui,  reconnaissons-le,  vous  aimez  la  vie  douce  et  agréable, 
les  plaisirs  faciles.  Vous  feignez  de  ne  pas  savoir  que  vos  pères 


—  28  — 

ont  passé  des  nuits  dans  les  travaux  les  plus  pénibles  ou  dans 
des  études  arides  ;  vous  dédaignez  l'amour  honnête  pour  l'amou- 
rette à  prix  d'argent,  au  prix  de  l'argent  que  vous  n'avez  jamais 
pu  gagner  et  que  nos  vieux  ménages  ont  économisé  franc  par 
franc. 

Si  vous  revoyez  ces  jeunes  muscadins  qui  viennent  de  nous 
quitter,  vous  pouvez  leur  dire  que  le-  vieux  Richelle  a  connu  la 
grand'mère  du  plus  grand ,  que  vous  appelez,  je  crois,  M. 
Neuhî;  sa  grand'maman  tripléve  les  hochets  chez  ma  mère;  elle 
avait  épousé  un  coupeur  de  bois  qui  était  en  même  temps  li 
chesse-chien  à  Saint-Thoumas.  Ajoutez  que  ces  bonnes  gens  va- 
laient mieux  que  lui  et  tant  d'autres;  c'est  par  l'ordre  et  le 
travail  qu'ils  ont  amassé  de  quoi  faire  des  petits  messieurs 
propres  a  rien. 

Mais  décidément  je  bavarde  comme  une  vieille  commère  et 
j'oublie  mon  vieux  ménage;  je  crains  que  vous  ne  m'appeliez 
mauvaise  langue. 

—  Ainsi,  demanda  malicieusement  un  des  jeunes  farceurs, 
vous  ne  voulez  pas  que  le  fds  d'un  père  qui  s'est  fatigué  toute 
sa  vie,  se  repose  toute  la  sienne  ? 

—  Non,  mille  fois  non  ! 

—  Pourquoi  ? 

—  Vous  voulez  me  faire  poser,  jeune  ami.  C'est,  égal,  ren- 
trons dans  la  famille  Thônus  et  demandez  aux  deux  enfants 
dé  François  tout  le  mal  qu'ils  ont  dû  se  donner  pour  se  faire 
une  position  honorable;  demandez-leur  combien  d'années  ils  ont 
passé  dans  les  privations  pendant  que  leur  père  digérait  sa 
fortune. 

Aussi  honorables  qu'actifs,  ils  vous  diront  :  l'homme  inoc- 
cupé mange  son  bien  et  celui  de  ses  enfants.  Si  votre  père  a 
travaillé,  imiîez-le  ;  s'il  ne  l'a  point  fait,  raison  de  plus  pour  le 
faire.  Mais  pour  Dieu  !  mes  enfants,  travaillez!  étudiez!  soyez 
occupés,  voilà  la  devise  des  descendants  de  François  ïhùnus; 


—  29  — 

faites-la  vôtre,  mes  amis  :  le  goût  au  travail  donne  la  paix  et  le 
bonheur. 

—  Le  temps  passe,  dirent  à  la  fois  les  jeunes  gens,  qui 
n'aiment  plus  à  être  sermonnés.  Partons. 

—  Un  instant,  reprit  Henri  ;  moi,  je  désire  finir  la  journée 
avec  mes  vieux  parents.  Restez,  je  vais  prier  M.  Richelle 
d'abréger. 

—  Vraiment,  mes  amis,  je  me  suis  fourvoyé  ;  j'ai  oublié  un 
instant  que  la  jeunesse  n'a  plus  besoin  de  conseils  ou  ne  veut 
plus  en  recevoir. 

Puis,  à  l'exemple  de  la  mère  qui  donne  des  boulions  à  son 
enfant  après  l'avoir  battu,  le  vieux  Richelle  changeant  de  ton, 
proposa  de  conter  une  fable  du  vieux  ménage. 

—  S'il  vous  plaît. 

—  La  voici. 

ON  VOYÈGE  A  CHIVRIMONT. 


D'on  bai  solo  d'osle, 
Rôbà,  li  grosse  woisenne, 
S'appontive  à  roter 
Deux  heure  Ion  d'ine  haleine. 

«   Allans  nos  deux, 

Dist-elle,  neveu, 
Ine  chandelle  alloumeic  ; 
Vos  m'sûrez  jusçui  là. 
Ji  pâieret  po  coula 
Li  calé  et  l'dorèie. 

Po  mi  accidint 

I)i  mes  fond'inint, 

Nos  Prans  voyège, 
Pèlerinage.  » 
Mais  a  Griv'gnêie, 
11  plovinêie; 
[ne  plaivc  d'osté 
Moûie  li  poussire. 
«  Ji  va  m'gâter  ; 
Ça  n'est  pu  rire, 
oui  fat  i  ferï 


—  30  — 

Pleure  so  m'eornette  !   » 
Robâ  s'balie  disqu'àx  pids, 

Si  trosse  di  s'mî 
Et  voila  raccoviette  ! 

Li  ch'mîhe  avou, 

Si  r'live  pareie, 

Po  lèyî  veic 

Ses  rin  tôt  nou  ! 

Li  neveu  n'woisse  rin  dire. 

11  sût  todi 
Comme  si  matante  l'a  dit. 
Il  oyéve  rire 
Avâ  les  voie  : 
On  l'ioumdve  truie  I 
Des  aute  brèyît  :  «  Grand  Diu,  dihez,  qu'a-l-elle  pierdou? 
Po  racovier  si  tiesse,  et  mostrer  li  d'findou? 

—  Quéqu'  grand  malheur. 

Elle  a  ses  biesse  malade  oul'rogne  divins  ses  stà; 

Ca,  mi,  j'a  pierdou  mi  homme,  et  ji  n'rotte  qu'à  pids  d'hà. 

—  Là  quel  tabeur  ! 
Cachîz  coula,  veye  sotte  ! 

Ca  vos  pôrîz  distinde,  sins  v'rilourner,  l'ioum'rotte.  » 
On  n'saveut  quoi  pinser  ; 
On  traitîve  di  so  m'vé 
L'ènocint  qui  louméve, 
Et  de  rire,  on  pâméve. 

Dame  Robâ,  tôt  d'on  cûp, 
Dit  :  «  Neveu,  d'hezm'on  pau 
Poquoi  rcie  t-on  si  fôirt  ?  » 
So  c'timps-là,  elle  grettév  si  bâbà  mesbrigi 
Qui  n'est  nin  cachî, 
Tôt  nou  et  tôt  d'covier. 
«  Kimint,  dist-elle,  brigand  ! 
Mal  tourné,  màlignanl, 
Suis  rin  dire,  vos  loumez  mes  ma  jusqu'à  l'chapelle, 
Bin  vola  n'belle! 
Grand  màhonteu, 
Mi  qu'est  si  bonne  ! 
J'a  les  rin  tôt  r'freudi,  et  l'visège  comme  on  l'eu  ! 
Raltindez,  rattindez  qui  n'sèyanssc  es  l'mohonne. 

—  Sor  mi,  ma  tante  Rôbà,  ainsi  ni  v'mâv'lez  nin  ! 
Vos  m'sûrez,  m'avez-v'  dit,  et  surtout  n'dibez  rin. 


—  31  — 

l'o  l'froïon,  so  m'parole, 
J'a  trové  li'rmède  drôle  : 

Mais  so  mi-âme  j'a  pinson 
Qui  vTavîz  promettou.   » 

Les  jeunes  gens,  déridés  par  ce  pèlerinage  un  peu  décolleté, 
demandèrent  la  fin  du  vieux  ménage. 

—  Nous  avons  quitté  la  bonne  grand'mère  Thônus,  appuyée 
sur  la  demi-porte  [li  purnai)  pour  voir  partir  ses  enfants.  Ils 
allaient  tellement  vite,  que  leurs  pieds  effleuraient  à  peine  le 
pavé.  Elle  disait  tout  bas  :  Porveuss  qui  s'amusesse  bin  ! 

—  Ji  va  fer  on  tour  mi,  m'fei/e,  a  dit  le  vieux  Thônus.  Ji  va 
jusqu'à  Coronmouse. 

Vous  n'auriez  pas  donné  septante  ans  à  votre  grand-père  ;  il 
avait,  comme  jadis,  la  jambe  aussi raide  que  bien  moulée.  Il  pré- 
tendait que  nos  larges  pantalons  n'avaient  été  inventés  que  pour 
cacher  nos  quilles.  Les  boucles  de  ses  souliers  et  de  ses  cu- 
lottes étaient  reluisantes,  comme  la  pomme  d'argent  de  son 
jonc.  Et  si  vous  l'aviez  vu  un  jour  de  fête,  avec  ses  belles 
boucles  de  souliers  en  or,  sa  clef  de  montre  carrée,  pendue  à 
une  chaîne  massive  de  même  métal,  brillant  sur  le  satin  noir 
comme  les  facettes  d'une  topaze;  puis  le  grand  gilet  a  fleurs  et 
à  ramages,  retombant  sur  le  ventre,  et  le  bel  habit  à  longs  pans 
et  à  grands  boutons  !  Enfin  sa  cravate,  aussi  blanche  que  ses 
cheveux,  lui  donnait  un  air  de  propreté,  et  de  comme  il  faut,  qui 
nous  inspirait  la  crainte  et  le  respect. 

—  Jusqu'à toratte,  monsieur  l 'baron. 

—  Etait-il  noble,  mou  grand-père  ? 

—  Non,  mon  ami,  mais  suivant  un  ancien  usage  qui  rappelait 
l'autorité  du  chef  de  famille,  on  l'appelait  li  maisse  ou  M.  rbaron. 

Dame  Thônus  restait  si  rarement  seule  à  la  maison,  qu'elle 
fut  toute  ennuyée,  comme  si  les  siens  étaient  allés  faire  un  long 
voyage.  Heureusement  une  de  ses  tilles  mariées  et  sa  bru 
arrivèrent  de  compagnie  :  avaient-elles  le  mot  d'ordre? 


—  32  — 

—  Comment  vont  mes  petits  entants  ?  donne-moi  la  main, 
Edouard,  et  toi  Adolphe  ?  Sont-ils  bien  propres,  ces  enfants  ? 
(Inutile  de  vous  dire  qu'ils  passaient  la  visite). 

Vous  souperez  avec  nous,  mes  enfants. 

—  Vous  ne  nous  regardez  pas,  maman,  dirent  les  deux  dames. 
Vos  n'nos  accomptez-nin  ? 

—  Sia,  mes  èfant,  mais  les  p'tits  d:abùrd.  Comment  vont  les  plus 
jeunes?  il  n'y  a  rien  de  nouveau,  n'est-ce  pas? Je  vous  trouve  si 
ronde,  ma  tille,  avec  cette  robe.  Enfin,  qui  r volonté  di  Diu  seule 
faite. 

—  Non,  maman,  ma  dernière  n'a  pas  encore  dix  mois. 

—  Je  n'avais  pas  cette  chance,  moi,  mes  enfants.  J'estais  todi 
grosse  po  z  aller  ramessi  (i).  Mais  ji  diret  todi  qu'on  n'a  qui  çou 
qui  l'bon  Diu  v's  amie,  et  qwand  on  a  des  braves  homme ,  on  deut 
les  complaire!  Je  suis  charmée  de  vous  voir,  mes  enfants,  je  suis 
triste  ;  la  maison  est  un  désert. 

En  ce  moment,  une  voix  des  plus  criardes  se  fit  entendre  dans 
la  rue  :  A  nblanmùse,  mes  dièrenès  botte  d'aspére  (-2). 

—  Tenez,  Jôget,  achetez  une  botte,  et  marchandez  beaucoup. 
Nos  frans  n'surprise  ci  maisse. 

Pendant  que  la  bonne  grand'mèrc  raconte  la  joie  de  ses  en- 
fants qui  sont  à  la  comédie,  la  vieille  servante  va  de  la  place  à 
l'arrière-cuisine  (refuge  où  il  y  avait  l'alcôve  et  le  lit  de  Jôget), 
en  traînant  les  pieds  dans  des  souliers  trop  grands.  Elle  apprête 
le  souper.  Un  petit  meuble  en  fer-blanc  à  trois  gradins  en  rond 
est  rempli  de  trois  rangées  de  pommes,  puis  placé  devant  le  feu, 
sur  Tàtre  en  fer  poli.  Ce  meuble,  c'est  V eût-pomme  ! 

Ji  r'veus  l'hai  l'eu  jetant  ses  blamrae, 

Et  l'ehaude  coùlêie  qui  levé  nanner  : 

J'ôs  co  l'etït-pommc  qui  chante  plein  d'sainme, 

Tôt  cûhant,  j  os  les  frut  zùner. 

(')  Historique. 

(2)  Bottes  d'asperges. 


—  33  — 

J'ôs  co  jàser  di  nosse  Saveur  : 
Grand'mére  des  Saint  s'mette  à  parler, 
So  l'timps  qu'Jôgel  toune  àmeseure 
Li  molin  qui  siève  ;i  filer. 

—  Je  no  connais  pas  cette  broche  antique,  reprit  Henri 
Tliônus. 

—  Je  le  pense  bien,  mon  ami,  mais  si  vous  voulez  revoir  un 
vieux  ménage,  il  faut  passer  en  revue  les  moindres  objets  qui 
caractérisent  la  simplicité  de  mœurs  du  bon  vieux  temps. 

Et  si  vous  ne  trouvez  pas  mon  récit  trop  stupide,  en  attendant 
le  souper  je  vous  ferai  voir  les  quartiers  de  la  maison.  Votre 
vieux  conteur  n'a  nullement  la  prétention  de  vous  remuer  ni  de 
vous  impressionner  le  moins  du  monde.  Il  est  certain  d'avance 
qu'en  vous  montrant  le  calme  et  la  paix  qui  régnaient  dans  la 
famille  de  vos  aïeux,  il  vous  laissera  froid  comme  une  taupe  dans 
sa  taupinière;  mais  vous  pourrez  mieux  comparer  le  passé  avec 
le  présent. 

Montons  d'abord  le  lourd  escalier,  droit  et  rapide  ;  c'est  sur 
son  large  rouleau  en  bois  (guide-main),  supporté  par  des  co- 
lonnes, forme  balustre,  que  nous  nous  laissions  descendre 
(à  cavak)  au  risque  de  nous  casser  le  coup.  Il  conduit  au  pre- 
mier étage.  Les  chambres  sont  badigeonnnées  à  la  chaux,  y 
compris  les  plafonds  à  solives  ;  les  fenêtres  sont  à  petits  plombs. 
La  simplicité  des  meubles  vous  étonnerait  :  ils  ont  passé  de 
père  en  fils,  et  les  plus  nouveaux  étaient  neufs  en  1779,  époque 
du  mariage  du  grand-père  Thônus.  Le  lit  est  assez  plat;  la  cou- 
chette en  chêne  se  distingue  par  sa  propreté,  mais  n'a  plus  été 
vernie  depuis  le  passage  des  Alliés.  La  toile  cirée  delà  table 
est  déchirée  et  laisse  voir  par  grandes  plaques  la  planche  non 
rabotée;  elle  supporte  une  écuelle  en  terre  cuite  {on  crânien), 
qui  peut  servir  d'aiguière  quand  on  n'a  pas  oublié  de  la  remplir 
d'eau;  mais,  le  plus  souvent  vos  pères,  vos  grand-pères  et 
vos  oncles  allaient  se  laver  dans  la  cour,  à  la  pompe,  on  Un 


:u 


à  tonnai  à  l'gotire,  partout  enfin  où  l'on  a  de  l'eau  tant  que  l'on 
veut.  Vous  riez,  mes  petits  messieurs,  il  fallait  bien  se  servir 
soi-même  :  le  plus  souvent  il  n'y  avait  qu'une  servante  dans  nos 
vieux  et  grands  ménages  bourgeois,  et  je  vous  assure  que  ces 
donzèlles n'étaient  pas  la  plaie  des  familles  comme  à  présent. 

Laissons-là  les  vieux  meubles;  j'abandonne  les  deux  chaises 
trouées,  qui  laissent  traîner  quelques  pailles  jusqu'à  terre, 
pour  vous  dire  un  mot  des  servantes  de  notre  vieux  ménage. 

—  Vous  ne  serez  pas  long  sur  cet  article,  n'est-ce  pas?  s'é- 
crièrent à  la  fois  les  quatre  jeunes  compères.  Nos  mères,  nos 
sœurs,  nos  tantes,  etc.,  ne  parlent  plus  que  des  désagréments 
qu'elles  éprouvent  avec  leurs  domestiques. 

—  Je  serai  court,  répondit  Richelle.  Le  registre  de  famille 
nous  apprend  que  l'heureux  couple  Thônus,  en  45  ou  46  ans,  n'a 
jamais  eu  que  deux  servantes.  Quelle  chance!  A  leur  entrée  en 
ménage,  ils  avaient  Mareie- Jeune  (Marie-Jeanne)  ;  elle  resta  chez 
eux  jusqu'au  jour  de  son  entrée  au  béguinage  de  S1. -Christophe, 
où  elle  fut  placée  sur  sa  demande.  On  la  recevait  très-souvent  ; 
on  allait  même  la  voir. 

Patience,  je  termine. 

—  Enfin  !  dirent  tout  bas  quatre  voix. 

—  Jôget  (c'est  la  seconde),  entra  en  service  à  l'âge  de  14 
ans,  vers  1781.  C'est  elle  qui  apprit  à  marcher  à  toute  la  jeune 
famille,  je  pourrais  presque  dire  à  trois  générations,  puisqu'elle 
a  connu  la  petite  lille  de  Jeanne  (  '  ).  La  vieille  Jôget  serait  encore 
chez  les  descendants  des  Thônus  si  la  mort  n'était  venue  la  faire 
changer  de  poste  à  l'âge  de  78  ans. 

—  Est-ce  tout? 

—  Pas  encore.  La  vieille  Maianne  demeurait  chez  vos  parents 
à  vous,  M.  de  La  Tour.  Elle  a  passé  56  ans  de  sa  vie  au  service 
de  votre  grand-papa  et  de  votre  papa.  En  voilà  une  qui  faisait 

(')  Jeanne,  troisième  enfant  de  la  famille  Thônus,  était  née  le  "20  mars  1783. 


35 


marcher  les  ouvriers,  et  qui  travaillait!  Cette  brave  et  digne 
Maïanne,  je  la  vois  encore  :  était-elle  sur  le  profit  de  ses  maîtres, 
cette  bonne  femme!  Elle  fut  une  seconde  mère  pour  votre 
père. 

Le  moule  en  est  brisé!  il  n'y  en  a  plus  dépareilles.  Le  luxe  est 
bien  trop  grand,  aujourd'hui!  Les  servantes  poussent  quelque- 
fois la  coquetterie  jusqu'à  porter  des  bas  blancs  démarqués  et 
de  qualités  différentes.  D'autres  auront  des  douzaines  de  mou- 
choirs de  poche  marqués  de  toutes  les  lettres  de  l'alphabet  !  quel 
drôle  de  goût  ! 

—  Serait-ce  pour  se  distinguer  ? 

—  Je  n'en  sais  rien. 

—  Permettez-moi  de  vous  faire  remarquer,  se  hasarda  de 
dire,  le  jeune  de  La  Tour,  que  l'article  servante  n'a  aucun  intérêt 
pour  des  jeunes  gens. 

—  Bien  plus  que  vous  ne  croyez,  mon  cher  ami.  Je  vous  crois 
destiné  au  mariage  ;  vous  avez  de  la  conduite,  votre  père  vous 
fait  des  rentes.  Vous  épouserez  une  jeune  et  jolie  personne,  je 
le  souhaite;  elle  sera  très-instruite;  elles  le  sont  toutes.  Elle 
aura  de  la  fortune;  tout  le  monde  en  a,  ou  paraît  en  avoir.  Mais 
vous  aurez  aussi,  comme  tout  le  monde,  trois  ou  quatre  domes- 
tiques qui  attireront  les  orages  et  le  tonnerre  sur  votre  jeune 
ménage.  Votre  jeune  et  charmante  compagne,  aura  tant  d'ennuis, 
qu'elle  deviendra  grondeuse  ;  elle  ne  parlera  plus  que  pour  se 
plaindre  des  servantes.  Sa  nourrice  aura  des  boutons,  un  mau- 
vais lait.  La  bonne  quittera  vos  enfants  pour  un  caporal.  La  cui- 
sinière voudra  se  servir  du  panier  à  anses  pour  tous  vos  achats; 
puis  elle  partira  subitement.  Et  comme  votre  femme  chérie  saura 
tout,  si  ce  n'est  cuire  un  œuf  à  la  coque;  comme  elle  sera 
trop  bien  élevée  ou  trop  délicate  pour  faire  ce  que  sa  mère  et  sa 
grand'mère  ont  fait;  comme  enfin  l'éducation  moderne  ne  veut 
plus  qu'on  soit  bonne  femme  de  ménage,  vous  serez  forcé  de 
faire  prendre  votre  dîner  à  la  gargote. 


—  36  — 

Ah!  Messieurs,  si  grand'mère  Tliômis  voyait  nos  jeunes 
dames  d'aujourd'hui,  elle  en  mourrait  de  chagrin. 

Il  me  semble  à  moi,  vieux  grognard,  que  plus  il  devient 
difficile  de  se  faire  servir,  plus  on  devrait  apprendre  à  se  servir 
soi-même. 

—  Vous  êtes  bon,  vous,  M.  Kichelle  :  nos  tilles,  nos  sœurs, 
nos  femmes  quitteraient  les  arts,-  le  travail  de  l'esprit  et  de 
l'intelligence  pour  peler  les  pommes  de  terre  et  nettoyer  les 
fenêtres  de  la  façade  à  rue  !  Allons  donc  ! 

—  Tout  doux,  Monsieur  de  La  Tour  ;  l'éducation  de  mon 
temps  ordonnait  le  respect  aux  personnes  âgées.  Vous  connais- 
sez plusieurs  langues,  à  présent  :  elles  ne  doivent  pas  vous  faire 
oublier  le  langage  de  la  politesse. 

De  La  Tour  voulut  se  retirer. 

—  Attendez,  jeune  homme.  Aujourd'hui,  si  vous  ne  tlattez 
pas  la  jeunesse,  elle  vous  abandonne. 

Dans  l'entretemps,  apprenez  que  votre  grand'mère  profitait 
d'un  dimanche  pour  blanchir  elle-même  ses  chambres  à  la 
chaux  ;  oui,  elle-même,  la  brave  femme.  Les  vieux  habitants 
du  faubourg  Ste.-Marguerite  se  souviennent  d'avoir  vu  voire 
mère  balayer  la  rue  tous  les  jours.  Elle  était  forte,  votre  mère, 
et  courageuse.  Madame  de  La  Tour  n'en  est  pas  déshonorée 
pour  cela.  Entre  nous,  elle  a  droit  à  toute  votre  reconnaissance  : 
elle  est  pour  une  bonne  part  dans  la  fortune  qui  vous  a  fait 
monter  l'échelle. 

—  Vous  attaquez  l'instruction,  le  bien-être,  notre  vie  aisée  et 
commode,  vous  êtes  un  homme  fini.  A  propos  de  nos  vieux  mé- 
nages, vous  critiquez  les  nôtres.  Quel  mal  y  aurait-il  si  nos  cui- 
sinières nous  faisaient  danser  au  piano,  quand  le  diner  serait 
servi  ? 

—  Aucun;  ce  serait  une  économie.  Quel  grand  mal  y  aurait- 
il,  reprit  Richelle,  si  nos  jeunes  dames  fortunées  s'occupaient 
davantage  des  dépenses  de  leur  maison? 


37 


—  L'argent  est  fait  pour  rouler  ! 

—  Oui,  jeunesse,  savoir  où  il  roule  est  déjà  beaucoup.  N'ou- 
bliez pas  que  les  servantes  ne  font  plus  partie  de  la  famille; 
vos  cuisines  d'aujourd'hui  et  vos  salles  à  manger  forment  deux 
maisons  différentes  :  la  cuisine  fourre  le  doigt  dans  l'œil  à  la 
salle  à  manger,  tant  qu'elle  peut. 

L'autre  jour,  j'écoulais  des  servantes  en  grève.  L'une  disait 
aux  autres  :  mon  maître  gagne  dix  mille  francs  avec  sa  place, 
mais  il  ne  pourrait  vivre  sans  les  bénéfices  qu'il  prélève  derrière 
le  rideau,  il  faut  des  rawettesl  nous  devons  nous  en  faire  aussi! 
—  Une  autre  cuisinière  reprenait  :  nous  exigerons  cinq  pour 
cent  sur  tous  les  achats  faits  par  nos  maîtres;  et  les  modistes, 
les  tailleurs,  les  couturières,  les  épiciers  :  enfin  tous  les  livran- 
ciers  devront  nous  remettre  également  o  %,  cela  nous  fera  10°/o. 
Dix  pour  cent,  sur  vingt  mille  francs  que  dépense  un  ménage 
ordinaire,  c'est  une  remise  de  deux  mille  francs,  plus  nos  appoin- 
tements. Dans  cinquante  ans,  nos  jeunes  maîtres  nous  servi- 
ront !  ! 

Cette  cuisinière,  Messieurs,  avait  servi  un  architecte  d'une 
ville  étrangère.  On  parle  trop  devant  ses  domestiques. 

11  se  prépare,  pour  l'an  prochain,  un  Congrès  de  servantes  et 
de  domestiques.  D'après  nos  informations,  voici  de  quoi  il  est 
question  :  les  meneuses  voudraient  1°  pouvoir  sortir  à  partir  de 
deux  heures,  tous  les  dimanches,  jusqu'à  six  heures  du  malin 
le  lundi.  Liberté  de  la  conscience  et  de  la  vertu  !  2°  Etre  libre 
de  recevoir  leurs  cousins  les  six  jours  de  la  semaine. 

En  troisième  lieu,  toutes  les  maisons,  devront  avoir,  outre  les 
trois  ou  quatre  servantes. obligées,  une  honnête  mère  de  famille, 
appelée  femme  d'ouvrage,  qui  abandonnera  ses  petits  enfants 
pour  quelques  bouchées  de  [tain  qu'elle  portera  à  sa  couvée 
après  s'être  acquittée  des  gros  ouvrages.  Je  passe  sous  silence 
les  27  autres  articles  du  projet;  vous  me  taxeriez  encore  une 
fois  d'exagération.  Qu'il  vous  sulhsr  de  savoir  que  ces  demoi- 


—  38  — 

selles  entendent  fréquenter  les  cafés-concerts ,  les  sermons , 
les  écoles  du  soir,  les  théâtres,  Franklin  et  toutes  les  confé- 
rences, sans  oublier  les  saintes  retraites  ni  les  congrégations. 

Loin  de  ma  pensée,  Messieurs,  de  vouloir  que  nos  charmantes 
jeunes  filles  salissent  leurs  belles  mains,  non  !  non  !  Mais  quand 
il  n'y  aura  plus  de  servantes? 

—  Il  y  en  aura  toujours. 

—  Pardon,  pardon;  déjà  elles  s'engagent  pour  faire  la  lecture 
aux  vieilles  dames ,  d'autres  tiennent  le  comptoir  ou  le  piano 
dans  les  cafés  chantants,  à  deux  et  trois  francs  par  soirée. 
Ensuite  vous  avez  les  demoiselles  de  la  campagne  qui  se  font 
normalistes,  etc.,  etc.;  enfin  le  reste  des  filles  ne  veulent  plus 
servir  qu'une  seule  personne. 

—  Nos  mères  ni  nos  sœurs  ne  peuvent  pas  aller  au  marché 
comme  grand'mère  Thônus,  le  panier  en  cuivre  sous  le  bras. 
Elles  friperaient,  en  une  seule  sortie,  une  robe  de  deux  à  trois 
cents  francs,  pour  gagner  deux  sous.  Ensuite,  nous  ne  sommes 
plus  de  votre  pauvre  temps.  Arrière  les  mesquineries  de  votre 
siècle.  Restez  petit  bourgeois,  monsieur  Richelle;  à  nous  la 
vie  des  grands  seigneurs  et  des  prélats. 

—  Moi,  reprit  de  La  Tour,  à  la  mort  de  mon  père,  je  tiendrai 
une  belle  voiture  à  deux  chevaux.  Il  est  malade. 

-Qui? 

—  Papa. 

—  Ah  !  vous  allez  commander  la  voiture  alors? 

—  Non,  après  le  deuil. 

—  De  mon  temps,  on  priait  le  bon  Dieu  de  prolonger  les  jours 
des  vieux  parents.  Mais  on  n'attendait  pas  d'équipage. 

Pendant  que  le  jeune  de  La  Tour  chantait  :  A  moi  la  jeunesse, 
à  moi  les  amours,  à  moi  la  richesse,  etc. ,  Richelle  reprit. 

—  Si  nos  vieux  ménages  étaient  comme  ceux  d'aujourd'hui  , 
il  n'y  aurait  pas  de  différence  à  établir.  Et  pour  obtenir  mon  par- 
don, je  dois  vous  rappeler  qu'anciennement  les  rois  savaient 


-  89  — 

s'occuper  des  moindres  détails.  Vous  riez,  quand  je  dis  qu'on  ne 
faisait  qu'un  feu  chez  Tlionus.  Écoutez  le  règlement  pour  le 
service  de  la  maison  du  roi  à  Londres  :  ceci  est  écrit  de  la  main 
de  Henri  VIII. 

—  Oui  ,  mais  voilà  trois  cents  ans  que  Henri  VIII  est  mort, 
répondit  un  des  jeunes  gens. 

—  Cela  est  vrai,  mais  vous  n'êtes  pas  encore  rois,  mes  petits 
seigneurs. 

Henri  VIII  disait  : 

Art.  3.  Aucune  viande  ne  sera  servie  sur  ma  table  ,  au-delà 
d'un  prix  raisonnable. 

Art.  5.  La  vaisselle  d'étain  est  d'un  trop  grand  prix  pour  ser- 
vir à  l'usage  journalière.  On  aura  le  plus  grand  soin  des  assiet- 
tes de  bois  et  des  cuillères  d'étain. 

—  Des  jilatai,  des  losse. 

—  Oui,  Monsieur,  ne  riez  pas  ;  le  papa  de  Madame  votre  mère 
est  arrivé  à  Liège  avec  une  hotte  de  ces  marchandises. 

Art.  7.  Les  femmes  prodigues  et  dépensières  seront  bannies 
de  la  cour. 

Art.  10.  Toute  fille  de  la  maison  de  la  reine  qui  aura  un  amant 
sera  chassée  de  la  cour. 

Art.  14.  On  ne  donnera  du  charbon  que  pour  les  chambres 
du  roi  et  de  la  reine. 

Art.  16.  Les  dames  d'honneur  de  la  reine  auront  une  miche 
de  pain  blanc  et  une  échine  de  bœuf  pour  leur  déjeuner. 

—  Assez,  assez,  je  vous  en  prie. 

Inutile  de  parler  de  la  reine  Anne  d'Angleterre,  de  M de 

Maintenon  et  tant  d'autres  grandes  dames  qui  se  sont  occupées 
de  petits  détails  de  ménage.  Les  temps  sont  changés;  nous 
avons  nos  comptables  ,  nos  gens  de  bureau.  Nos  cuisinières 
même  tiennent  des  comptes. 

—  Permettez-moi,  M.  Riehelle;  je  dois  vous  dire,  que  vous 
•'•les   un  homme  fini.    Vous   attaquez   notre  bien-être  ,   notre 


—  40  — 

instruction  !  Enfin ,  vous  êtes  vieux  ;  vous  remontez  au  temps 
des  barbares. 

—  De  mon  temps,  ou  du  temps  des  barbares  ,  comme  vous 
l'appelez,  vos  aïeules  ne  connaissaient  pas  tant  de  musique;  mais 
comme  elles  chantaient  bien  près  du  berceau  de  leurs  enfants  ! 
Elles  n'avaient  pas  les  mains  si  blanches  ;  mais  leurs  ménages 
étaient  si  bien  en  ordre  !  Et  quand  -elles  avaient  préparé,  elles- 
mêmes,  une  petite  surprise  bien  goûtée  par  leur  mari,  elles 
étaient  si  heureuses  ! 

Dans  cinquante  ans,  Messieurs,  faites  comme  le  vieux  Ri- 
chelle.  Faites  la  description  de  vos  vieux  ménages;  ne  méprisez 
aucun  détail.  Vous  montrerez  aux  nouvelles  générations  le  luxe 
de  vos  appartements  ;  et  peut-être  ce  que  vous  trouviez  très- 
beau,  jadis,  sera  remisé  dans  les  greniers.  C'est  ce  que  je  prévois. 

Ensuite,  ce  sera  une  occasion  de  vous  souvenir  de  Richelle, 
que  vous  devez  trouver  bien  maussade.  — 

Il  est  six  heures.  Dame  Thônus,  malgré  les  caresses  qu'elle 
reçoit,  paraît  inquiète;  son  mari  n'est  pas  encore  de  retour!  lui 
qui  sort  si  rarement. 

Enfin  !  la  clochette  du  purnai  se  fait  entendre. 

Le  voici  ! 

—  Les  heures  sont  longues,  par  moment,  Thônus  ! 

—  //  n'est  qusili  heures,  binamêie. 

—  Bonjour,  papa;  n'avez-vous  pas  froid  ? 

—  Non,  non,  mes  bonnes  amies.  Comment  vont-ils  nos  en- 
fants, et  les  maris?  Vous  savez  :  les  plus  jeunes  sont  à  la 
comédie ,  avec  l'ami  Fahenne. 

—  Oui,  je  sais.  Vous  êtes  resté  bien  longtemps.  Tenez  :  voilà 
vos  pantouffles  bien  chauffées. 

—  Merci,  chère  fille. 

Jôget  apporte  un  vêtement  de  rechange,  une  espèce  de  douil- 
lette ouatée.  Un  bon  fauteuil  est  approché  du  feu  ;  dame 
Thônus,  ses  filles,  ses  petits  fils  entourent  le  bon  et  beau  vieil- 


—  41   — 

lard.  Ah!  mes  jeunes  amis,  que  d'amitié,  que  de  tendresse  on 
se  prodiguait  dans  ces  vieux  ménages  de....  (j'ai  toujours  le  nom 
de  barbare  sur  le  cœur.)  Que  de  respect  et  d'attachement  poul- 
ies chefs  de  famille  ! 

Voilà  ce  qu'on  appelait  la  famille  !  Les  filles  s'ingéniaient  à 
soigner  les  vieux  parents,  à  les  combler  de  petits  soins;  rat- 
tachement des  enfants  réchauffait  leur  vieillesse.  Aujourd'hui, 
quelles  sont  les  idées  des  jeunes  tilles  en  sortant  de  pension? 
Elles  conduiront  leurs  mères  rue  Pont  d'Ile,  tout  d'abord,  pour 
les  achats  de  robes,  etc.  Leur  seconde  idée,  ce  sera  de  prome- 
ner le  plus  gentiment  possible ,  les  dites  robes  au  Boulevard  de 
la  Sauvenière,  le  dimanche  ,  de  midi  à  deux  heures. 

—  Le  luxe,  la  toilette,  c'est  le  commerce  !  et  le  commerce, 
c'est  la  source  des  fortunes  !  répondit  le  jeune  Henri  Thônus. 

—  Parfaitement.  Mais  travaillez  en  conséquence,  mes  amis. 
Prenez  déjà  vos  notes  sur  les  jeunes  gens  actifs  et  sur  les 
paresseux  ;  ouvrez  une  page  à  chacun  de  vos  muscadins  :  ce 
sera  une  curiosité.  Je  vois  tant  de  changements.  Vous  en  signa- 
lerez davantage  encore.  Et  si  l'on  parvient  à  établir  un  fil  télé- 
graphique d'ici  à  l'autre  monde,  faites-moi  le  plaisir,  jeunesse, 
de  m'envoyer  une  dépêche  pour  m'apprendre  la  conclusion  de 
vos  remarques  sur  l'état  de  ceux  d'entre  vos  amis  qui  auront 
préféré  le  plaisir  au  travail. 

—  Jôget,  coupez  du  pain,  il  est  presque  sept  heures  ;  quand 
les  enfants  auront  soupe,  ils  retourneront  avec  Tatine,  la  blan- 
chisseuse. Les  deux  mamans  resteront  ce  soir. 

Grand-père  Thônus  a  paru  bien  sensible  à  l'attention  de  sa 
femme  ;  il  se  régale  d'une  demi-botte  d'asperges,  qu'il  veut  par- 
tager avec  la  mère  et  les  deux  filles.  C'est  un  feu  roulant  de 
sollicitations  et  de  remercîments. 

—  Merci  !  merci  !  nous  préférons  la  salade  à  la  sauce  chaude, 
les  pommes  cuites,  les  figues  et  le  fromage. 

4 


—  42  - 

A  bai  moiteie  di  ces  vespreie, 
Sins  fristonfrasse  on  v'néve  soper  : 
Avou  des  frut,  l'crompire  petéie, 
Ou  l'jône  salade  qu'on  vint  d'côper. 

Pus  sinipe,  li  veie  n'esteut  nin  mâle, 
On  n'songîve  nin  tant  à  s'bourrer. 
Hoûie,  on  vike  vite,  à  haut  de  l'hàle: 
Mais  pus  vite  on  s'fait  è-terrer. 

Di  eial  j'ôs  rire  des  cou  plein  d'dette, 
Tôt  m'dihant  :  nos  volans  viker  ! 
A  m'tour,  ji  reie,  et  ji  répète  : 
Bon  Diu  voie  qui  ça  pùie  durer  ! 

Dans  le  vieux  ménage  liégeois,  on  s'aime,  on  est  contenl  de 
se  voir  ;  les  deux  filles  mariées  font  oublier  les  absents  qui  sont 
allés  à  la  comédie.  Eh  !  ils  verront  la  salle  qui  est  toute  neuve, 
toute  fraîche... 

Assez  sur  la  famille  Thonus.  Si  vous  avez  encore  une  heure  à 
perdre,  venez  me  voir,  je  vous  ferai  passer  une  journée  dans  la 
famille  de  l'un  de  vous  :  je  vous  connais  tous. 

A  neuf  heures,  les  maris  étaient  venus  reprendre  leur  dame. 
Jôget  filait  du  lin  au  coin  du  feu,  grand'maman  mouchait  la 
chandelle  de  temps  en  temps. 

Tôt  jasant  d'molin  ou  d'mouchette, 
On  fait  rire  des  madame  Grand'zâ, 
Qu'ont  s'tu  s'paneie  à  l'iamponette, 
Et  hosseie  so  n'cleuse  à\  golzâ. 

A  l'vesprêie  vos  odiz  ['chandelle, 

Li  lignou  qu'on  v'néve  de  mouch'ter. 

A  c'te  heure,  s'on  l'ode,  c'est  à  l'chapelle  : 

Ax  potallc  li  sèwe  est  r'monté. 

Adiel  veye  lampe  !  Adiet  mouche  lie  ! 
Vî  louminaire,  vos  avez  vossc  paquet. 
Li  gàz  vis  chesse  di  ses  blawettc; 
Èvoîe  chandelle  !  èvoie  quinquet  ! 


—  43  — 

So  c'monde,  à  c'te  heure,  on  vont  veye  clére, 
Sin*  grande  clarté  on  n'pout  d'mani. 
Puis,  L'sciince  lonimo,  c'est  l'deuxème  mère. 
Po  qwand  rprumire  nos  a  s'pani. 

Nos  doux  vieux  désirent  attendre  la  rentrée  dos  enfants  qui 

sont  au  théâtre.  Dans  la  crainte  que  son  mari  ne  trouve  la  soirée 
trop  longue,  la  bonne  dame  lui  dit  :  Thônus,  lisez-moi  donc 
quelques  pages  du  livre  où  votre  grand-père  inscrivait  des  notes 
sur  les  choses  remarquables? 

—  Bin  voltî,  m'feye  :  wiss  sont  mes  bèriquel 

Laissons  lire  Thônus.  Pour  moi,  Messieurs,  je  vais  vous  sou- 
haiter le  bon  soir. 

Vous  me  ferez  passer  au  dehors,  si  cela  vous  plaît,  pour  un 
rétrograde,  un  vieux  goutteux  qui  ne  fait  que  gronder: 

On  vî  hayâve  qui  irfvi  keut  rin. 

Eh  bien,  Messieurs,  mes  vœux  les  plus  chers  sont  pour  le 
bonheur  de  la  jeunesse. 

Je  vous  souhaite  à  tous  le  goût  au  travail,  et  l'amour  le  plus 
pur  pour  déjeunes  filles  modèles,  de  bonnes  femmes  de  ménage 
sachant  utiliser  leurs  leçons  de  chimie  à  la  cuisine(au  besoin), 
sachant  appliquer  aux  affaires  leur  talent  de  correspondance, 
mettant  a  profit  leurs  principes  de  dessin  pour  arranger  leurs 
maisons  avec  goût,  ou  pour  exécuter  des  ouvrages  utiles. 

Et  si  vous  répondez  à  Richelle,  en  riant  sous  cape  et  en  le 
narguant,  il  finira  par  vous  dire  : 


Comme  vos  l'bress'rez 

Vos  l'heurez. 


La  soirée  était  belle,  le  vieux  conteur  ouvrit  sa  croisée  pour 
voir  sortir  les  jeunes  gens. 

Les  intentions  du  vieux  sont  bonnes,  disaient-ils  entre  eux; 


—  44  - 

mais  il  n'est  plus  de  ce  siècle.  A  nous  les  plaisirs!  nous  devons 
vivre  bien  ,  très-bien  !  et  vite  surtout.  Après  nous  la  fin  du 

monde  ! 

Richelle  avait  tout  entendu.  Messieurs,  s'écria-t-il  avec  un 
éclat  de  rire,  n'oubliez  pas  de  prendre  des  notes  et  de  me  les 
envoyer  dans  cinquante  ans,  —  par  le  télégraphe ,  vous  savez  ! 

Adieu.  — Ha!  ha!  ha! 

Auguste  HOCK. 


CONTES  POPULAIRES. 

(dialecte  de  beauraing\ 


Li  baubo   do   capuciu. 


Li  curé  d'on  village 
Àvet  brarain  dTovrage 
Po  fô  des  bons  chrétiens 
Avu  ses  paroissiens. 

Tos  les  dimègn'  a  messe 
Il  àvet  beau  préchi 
Tos  côps  qui  v'naint  à  c'fesse 
C'astet  les  mêm'  pèchis. 

Di  to  c'qui  plet  l'zî  dire 

I  n'è  Saint  causu  q'rire 
Et  i  veyet  qu'à  l'fin 

II  y  pierdet  sTatin. 

I  s'dit  :  «  J'ai  ^Yuidi  ni'sage 
«  Po  les  r'mett'  disus  l'ton  ; 
»  l  faut  on'  aut'  lingage 
»  Dinans-1'zî  on'  mission.  » 


46 


I  paute  et  va  quai  a  Salzmne 

On  révérend  pér'  capucin. 

Si  baub'  pindet  divant  s'poitrine, 

Tôt  comme  on  r'présint'  les  vis  saints. 

Li  premî  joû  i  monte  en  chaire 
Po  l'zî  fè  on  sermon  d'Dieu  l'pèrc 
I  l'zî  cause  à  grand  côp  do  l'moirt 
Et  wait'  do  les  s'barè  (  '  )  bin  foirt. 

Gn'avet  tôt  près  on'  vie  commère 
Que  l'riwaitet  et  que  l'clioutet , 
Et  bin  sovint  s'mettet  a  braire  ( 2) 
Do  timps  qui  l'capucin  préchet. 

En  zè  rallant  à  l'maujon  d'curc 
Disus  les  voies  i  rasconture 
Nos'  pauv'  vie  âm'  qu'avet  tant  brait 
Et  v'ià  qui  li  dit  en  français  : 

«  Ah  !  vous  voilà,  ma  bonne  femme. 
»  Je  crois  avoir  touché  votre  âme:'' 
»  Votre  cœur  était  pénétré , 
»  Car  vous  avez  beaucoup  pleuré. 

»  Aï,  dist'ell' ,  j'ai  slî  si  foirt  astomaquée 

»  Qu'i  fallet  qui  j'breyèch'  ji  n'm'aurès  seu  ritni, 

»  Paç'qui  en  vos  r'waitant  vos'  baub'  m'a  fait  r'sovni 

»  Di  m'pauv'  boc  (3)  qu'a  sti  pris  do  leu  l'année  passée  ! 

(  i  ]  S'barè.  Effrayer. 

(2)  Braire  signifie  en  wallon  do  la  Famenne  pleurer  et  non  pas  crier  comme  dans 
:  wallon  de  Liège. 
(r'  )  Boc.  Bouc. 


II 

Li  tiesse  do  p'tit  Jésus. 

On'jjôn'  commér'  qu'avet  d'abord  trente  ans 
Auret  bin  v'iu  s'mariè,  mais  n'avet  pon  d'galant. 
Les  bias  rubans,  li  crinoline 
Les  p'tits  côps  d'ouie,  les  douces  mines 
EU'  sayet  d'to  po  z'attirè 
L'mouchon  din  les  filets  ; 
Mais  pon  n'y  v'net. 
A  l'Un  ell'  si  dècid'  por  on  pèlerinage 

Et  voilà  à  voyage. 
Arrivée  à  l'èglige  ell'  s'aggnolc  à  Faute 
Usqui  l'vierg'  si  trovet. 
Li  p'tit  Jésus  avet  on'  tîesse 
Qui  barloquet  et  qui  tournet 

Quand  l'vint  choulllet 
On  pô  foirt  pas  lïignesse. 
Après  awet  fini 
Do  bin  prii, 
EU'  dimande  à  l'saint'  Vierge  :  «  En'  don,  mi  bin  aimée, 
«  Qu'à  l'iin  di  r't'année-ci  ji  serai  sûr  mariée?  » 
Li  p'tit  Jésus  fait  sign'  :  nenni. 
«  Taijoz-vos,  dis-t-ell',  pitit  malapris, 
»  Leyoz.  causé  vos'  mère. 
»  Vos  astoz  co  trop  jon'  po  responde  à  m'priérc  î 


—  48  — 

III 

Li  punition  do  Lcu. 

Gn'avet  on  Leu,  diu  nos'  pays, 
Qui  mougnet  bramin  des  berbis, 
Sins  compté  les  agnats,  les  gadots  et  les  gattes, 
Les  chins  et  les  polains  qui  cheiaint  (*)  din  ses  pattes. 
Les  cinsîs  s'plaindaint  foir  di  li. 
I  n'astet  nin  àrassasii. 
Po  waiti  (2)  do  li  cassé  l'tiesse 
Les  paysans  allaint  a  l'cliesse, 
Et  les  monsieus,  po  l's  animé, 
Avaint  promis  d'ies  régalé 
Li  j'ou  qu'ils  auraint  tuwé  l'biesse. 
Tôt  l'monde  y  couret  comme  à  l'tiesse 
A  l'nive  on  l'rimettet, 
On  l'traquet, 
On  tiret, 
On  l'manquet , 
Et  on  d'jet 
Qui  l'dial'  s'è  mèlet. 
Li  diale  avet  bon  dos,  l'cliesseu  est  todi  prête 
A  s'escusè  sur  li  quand  i  fait  des  berwettes. 
A  l'fin  portant  on  bricoleu 
Qu'ave t  tendu  on  rcèpe  au  leu 
Prind  nos'  brigand  pa  l'patte. 
On  l'ioie  avu  des  coides 
Et  po  z'awè  tortos  l'plaigi 
Do  l'veie  souïiri,  do  l'veie  mori, 

( !  )  Cheiaint.  Tombaient.  Chair-tomber. 
( -)  Waiti.  Tâcher.  Au  sens  propre  regarder, 


—  49  — 

On l'quiboute,  on  rquisage  (') 

Au  milan  do  village. 
Tôt  1'monde  accourt,  on  fait  l'cèque  autou  d'ii. 
»  Commint,  dist-on,  faut-i  qu'on  l'feiepèri?  » 
»  — Mi,  dit  l'prèmi,  j'è  l'sassomm'i'ès  sus  l'place. 
»  Avu  m'cougnie  ji  lî  spierès  l'carcasse. 
»  —  Non,  dit  l'deuseim',  fians  l'souffri  pus  longtimps. 
»  Avu  des  ètrikoij'  arrachans  li  les  dints. 
»  Pasqui  selon  c'  qui  j'pinse 
»  On'  biess'  qu'a  tant  hagni 
»  Put  bin  fè  pènitince 
»  Pa  usqu'elle  a  pèchi. 
»  Voici,  dit  on  troiscim',  comme  i  faut  qu'on  l'punige; 
»  Nos  l'choich'rans  tôt  viquant, 
»  Et  pus  t'tavau  les  champs 
»  Nos  l'frans  couru  sins  chmige.  » 
On  vî  brave  homm'  qui  n'avet  co  rin  dit 
(C'en'  astet  onc  qu'avet  d'I'expériince) , 
S'avanc'  dilez  les  aut'  et  l'zî  dit  :  «  Mes  amis, 
»  Po  l'bin  puni,  voci  c'qui  j'pinse  : 
I  faut  l'mariè. 
»  C'est  l'pus  grand'  penîtinc'  qui  vos  l'y  sauriz  d'nè.  » 


IV 


Li  Tôrturelle. 

Quand  on  z-est  célibataire , 
I  faut  quéq'chos'  po  s'dislraire  ; 
Gn'a  des  cias  qu'ainmet les  pinsons, 
Ou  les  linets  ou  les  pigeons  ; 

{  '  )  On  le  pousse,  on  le  tire. 


—  so  — 

Des  aût'tîet  des  gayol'  aux  pus  grand',  aux  pus  belles. 
J'ai  connu  ou  brave  homm'  qu'avet  des  torturelles. 
G'estet  on  vî  curé. 
I  les  leyet  volé 
Din  s'cbambe  en  liberté. 
Li  jeu  plaiget  aux  biesses 
Et  gn'avet  todi  on'  sus  si  spaleou  sus  s'tiesse. 
On  joû  il  avet  invité 

Ses  confrér'  à  dinè 
Dispu  l'doyen  jusqu'au  vicaire. 
Li  mesquenne  appoit'  li  soupière. 
On  s'met  àtauve,  on  dit  li  bénédicité. 

Mais  comm'  si  l'dial'  l'avet  tenté, 
On  torturelle  avol'  bin  rate 
Et  sus  l'boird  do  l'soupiér',  vint  posté  ses  deux  pattes. 

Ci  qu'elle  a  fait  din  l'sope ji  vos  l'donne  à  d'vinè. 

Li  mesquenn'  crie  on  côp  comm'  s'on  l'avet  strannè  : 
»  Vilain'  charogn',  mannett'  salope! 
»  Mi  qu'avet  fait  on'  si  bonn'  sope  !.... 
»  Que  displaigî,  Monsieu  l'curé  ! 
»  Qu'allang'  divnu  ?  qui  faut-i  fè?... 
»  Eh  bin,  respond  l'brave  homm',  purdans  patiinc',  Marie  ; 
»  Ca  maugré  nos'  guignon,  il  faut  co  bin  qu'on  rie. 
»  Si  nos  n'avons  pou  d'sop',  nos  boirons  on  côp  d'pus. 
»  Appoirtoz-nos  l'viande  et  nos  né  causrans  pus. 
»  Ohii!  (/mannett'  biesse  là,  elle  s'ré  co  pardonnée, 
»  Dit  l'mesquenne  en  sortant, 
»  Et  mi  s'jè  liés  ostant 
»  On  m'flanq'ret  sus  l'pavée. 
»  — Je  l'vus  bin  croir',  respond  l'Doyen, 
»  Ga  j'pins'  qui  vos  l'mèritrî  bin.  » 


—  51  — 

V 

Li  Wachotage. 

Quand  on  méd'cin  ordonne  on  r'méde  aux  paysans, 

I  dut  l'zî  espliqué  les  pondants,  les  jondants, 

S'i  faut  cûr  les  hierbées,  commint  qui  faut  qu'ça  sïcie  ; 

S'on  dut  boir  tott  les  heur  on  couii  do  l'boteie, 

Si  on  prind  les  pilur'  divant  d'awè  mougni, 

Et  surtout  bin  l'zi  die'  qu'i  nïaut  niii  les  massii. 

Autrèmint  i  n'vos  fr'ont  qui  tott  sort  di  loigne'ries 

Po  s'melt  bramin  pu  mau  ou  mèm'  pu  pied'  li  vie. 

Ainsi  quand  l'méd'cin  caus'  di  lav'mint  au  laton, 

S'i  n'anin  sogn' ( *  )  d'avanc'  do  dîr  di  quelle  façon 

Qu'i  faut  mctt'  l'aiw'  disus  po  qui  l'brawet  si  feie, 

1  gn'a  des  eias  qu'mettront  li  laton  din  l'osteie. 

Ordonnoz  des  pousett'  :  quéq'  lie  i  vos  d'mand'ront 

S'i  faut  qu'on  les  feie  fonde  ou  les  prind  comme  ell'sont. 

Gn'a  eo  des  aut'  pu  biess'  eu  r'ciant  des  pilures 

Qui  s'infôrm'ront  commint  qu'i  faut  qu'on  les  feie  cure. 

Onjou  on  gros  lourdaud  vint  consulté  l'méd'cin 

Po  s'pér'  qui  languichet  déjà  dispu  longtimps. 

Li  docteur  è  li  dit  :  «  Dimoin  j'è  Tirai  veic 

»  Mais  tôt  en  raltindant,  v'iî  r'poitroz  on  boteie 

»  Et  vos  n'rovieroz  nin  qu'i  faut  bin  l'wachotè  ( -2  ) 

»  Tott'  les  heur'  au  momint  qui  vos  s'roz  po  n'nî  d'nè.  » 

Nos'-t-liommo  appougne  li  drogue  et  r'arrive  au  village  : 

«  Papa,  disl-i  à  s'pèr,  j'i  v'  rappoite  on  bruvage 

«  Qui  va  vos  fè  do  bin  ;  mais  on-z'-a  ricmandè 

('  )  Sognc  signifie  ici  soin  et  non  pas  peur  comme  à  Liège. 
[*  )  Wachoté.  Secouer. 


52  — 

«  Qui  chaq'  côp  d'vant  do  l'prind'  fallet  vos  wachotè; 

«  Ainsi  leyoz-vos  fé  et  purdoz  bon  corage. 

«  Vunoz,  dis-t-ià  s'fré,  mettant  nos  à  l'ovrage. 

«  —  Malhèreux,  respond  l'pér',  vos  m'alloz  fé  mori. 

«  —  Nonna  papa,  nonna,  pusqui  l'méd'cin  l'a  dit. 

«  Vos  savoz  bin  comm'  nos  qu'il  a  des  connuchances, 

«  Et  qu'i  faut  sins  r'nicté  sîr  tôt'  ses  ordonnances. 

«  Poquoi  prind'  si-t-avis,  s'on  ne  l'vat  nin  choutè? 

«  Po  n'nin  fè  ç'  qui  commande,  i  n'faut  nin  l'consultè. 

Qu'auret-i  seu  responde  à  on'  si  fait'  morale  ? 

Nos  deux  homm'  l'appougnet  pa  les  pîds,  pa  les  spales, 

Wuich'wach,  wuich  wach,  wuich  wach. Quand  il  estwachoté 

On  vat  lî  wuid  on  couii,  on  lî  fait  avalé. 

Sitôt  q'Pheure  est  finie  on  racminc'  li  mêm'  danse 

Sins  waiti  s'i  n'plet  mau  do  péri  din  s'souffrance. 

Li  troiseim'  côp  portant  i  n'criet  pu  si  foirt 

On  vut  lî  d'nè  l'couii —  on  vet  qu'il  astet  moirt.... 

Li  lendemoin  li  méd'cin  vint  po  lî  fè  s'visite  ; 

Veyant  q'totl'mond  breyet,  i  s'informe  au  pus  vite 

Si  l'malad'  va  pu  mau,  ci  qui  gu'a  d'arrivé  : 

«  Oh,  dit  nos  gros  lourdaud,  ça  n'a  pon  l'ait  d'effet. 

«  Nos'  père  a  trépassé  au  troiseim'  wachotage 

«  I  sintet  bin,  l'pauvre  homm'  qui  maugré  tôt  s'corage 

«  I  n's'auret  suppoirté  d'es  s'  quitapè  comme'  ça, 

«  Ca  il  a  bin  crii  :  leyoz-m'là ,  leyoz-m'là.  » 

Po  n'pus  jamais  awè  on'  aventur  pareie 

Li  méd'cin  dit  à  ç'  t'heur  :  «Vos  wachotroz  Vboteie.  » 


—  m  — 
VI 

Li   curé    malade. 

On  dit  qui  Lafontaine,  qu'astet  portant  malin, 
N'avet  l'air  qui  d'on  innocint. 
Gn'a  des  aut'  ij^ui  c'est  lot  l'contrairè, 
Qui  iiet  les  hoinm'  d'esprit  et  portant  qu'en  n'ont  waire. 
Ci  n'est  nin  d'onc  di  c't'espéc'-ci 
Qui  j'vus  vos  dire  on  mot  voici. 
Mais  c'est  d'on  vî  curé  d'village 
Qu'a  todi  on  si  drol'  d'airage, 
Qu'on  pins'ret  qui  c' n'est  qu'on  vrai  fou  ; 
Mais  li  d'din  vaut  bin  mia  qu'il  d'foû. 
On  j'oû  i  chait  d'apoplexie; 
On  croyet  q'c'estet  fait  di  s'vie. 
I  n'riconucliet  pus  nolu, 
N'attindet  rin  et  n'causet  pas. 
Di  long  et  d'iaug'  li  parintée 
Au  complet  astet  arrivée. 
On'  cousine  et  l'mesquenn'  watiaint, 
Et  po  n'  nin  doirmu  copinint 
Di  tôt  sort  d'alfair'  do  manage 
£t  do  l'valeur  di  l'héritage 
Qu'on  s'apprètet  à  rainasse. 
Quand  l'malade  auret  trépassé. 
»  I  gn'a,  diaint-elle',  di  l'argintrie 
»  De  linge  et  des  bonnes  littries, 
»  Deux  vach'  ostruve  et  on  couchet... 
» — Ah!  tins...  l'couchet...  qu'est-c'  qu'on  z'è  frè? 
»  Li  crachau  trouv'ré  bietôt  s'place  ; 
»  A  l'passée  des  meub'  nos  l'vindrans. 
»  —  Mais  si  cousin  sYiliet  portant'.' 


—  54  — 

»  —  Adon  l'affair'  sèret  cangie , 
»  Et  nos  tuwrans  l'couchet  à  l'An  dol'maladie.  » 
Susl'timps  qu'ell'  bavardaint  comm'  ça 
Il  astet  survinu  do  mia. 
Li  malad'  r'avet  connuchance 
Mais  n'è  flet  nin  simblance, 
Et  po  savvè  ci  qu'ell'  plnsaint 
I  choutet  bin  tôt  c'qu'ell'  dijaint. 
A  l'An  portant  i  lév'  li  tiesse  ! 
»  Ainsi,  dist-iaux  deux  wuieresses, 
»  Soie  mi  ou  bin  soie  li  couchet, 
»  Gu'a  onc  di  nos  deux  qu'y  pass'rè.  » 

VII 

Li  via  et  Tèfant. 

Par  on'  nuit  di  gealée  et  d'nive 
Vola  qu'on  bia  joû  '1  arrive 
Din  on'  maujon  di  paysan 

Onvia  et  n'  èfant; 
Mais  comme  i  gealet  à  pir'  flnde, 
Gnavet  des  précautions  a  prinde 

Di  peu  qui  l'via  n'crèv'ret  ; 

S'il  astet  apris  pa  l'fret 

On  z'auret  ieu  trop  d'poaine. 

On  sauie  do  l'richaudi 

Din  on'  couvert'  di  laine  ; 

Au  coin  do  feu  couchi 

On  l'avetrascouvii. 

On  s'tinet  à  l'cujenne  ; 

Déjà  on'  brav'  vegenne 

Avet  r'faclii  l'èfant 


Et  bin  soqui  l'maman. 
Po  l'cafè  d'délivrance 
Ou  fiet  tourné  l'moulin, 

Li  botcie  avu  l'france 
Allet  v'nu  sus  l'momint. 
On'  douzain'  di  galettes 
Astaint  j'à  sus  l'assiette  ; 
On  riet, 
On  caq'tet, 
Et  l'banquet 
S'apprètet. 
On'  vie  commère  do  veginage 
Qui  sintet  qu'il  allet  fè  bon, 
Vint  fè  on  faux  message 
Po  z'intrè  àl'maujon. 
«  Commint  va-l-i,  dist-elle? 
»  Ess  qu'i  gn'a  des  novelles? 
»  Gn'a-ti  on  nouveau-né  ?  —  Gn'a  deux, 
«  Respond  l'sag'  dam';  vo  zè  là  onc  d'iez  l'feu. 
«  Waitoz-1'on  pau.  »  Li  vie  commère 
Qui  pinset  bin  qu'on  l'invitret 
Avu  l's'  aut'  à  boir  li  café 
Vlet  fè  si  complumint  au  père. 
EU'  lève  ou  pau  réouvert'  do  via. 
Et  d'vant  do  zawè  veiu  l'biesse 
«  le  Maria!  dist-ell',  qu'il  est  boa! 
»  Qués  bias  grands  ouies  !  Que  bell'  noir'  tiesse  ! 
»  Oh,  po  s'papa,  c'est'on  plaigi, 
»  Ca  c'est  li  to  rachi.  » 


—  m  — 

VIII 

Li  jésuite  et  Tpaysan. 

On  jésuite  en  voyage 
Passant  din  on  village, 
Si  trouvant  foirt  odè , 
Vlet  on  pau  s'ripoisè. 
Din  on'maujon  qu'avet  bonn'  mine 
Il  inture  et  d'mand'  s'on  vôret, 
En  payant  lî  d'nè  on'  tartine 
Avu  do  l'bire  ou  do  café. 
Li  paysan  a  l'fait  assire 
Et  va  bin  vit'  lî  quai  de  l'bîre 
Li  présint'  des  oûs,  do  jambon 
Et  to  c'qui  gn'avet  din  s'maujon. 
I-fait  causé  l'révèrend  père, 
Pinsant  todi  qu'i  lî  diret 
S'il  astet  curé  ou  vicaire 
D'us  qui  div'nè,  usqu'il  allet. 
Ça  n'est  nin  surpurdant  quand  on  d'mère  au  village  : 
On  n'a  wair  l'occasion  d'veie  des  novias  visages, 
Et  s'on  vet  des  monsieus  on  vut  todi  savvè 
Qui  que  les  a  ponnus,  quî  que  les  a  covès . 
Li  jésuit'  li  d'jet  bin  des  foirt  belles  histoires. 
Mais  i  n'ii  d'jet  jamais  de  us  et  qui  qTastet. 
A  l'fin  lu  paysan  en  lî  wuidant  à  boire 
S'hasarde  à  lî  d'mandè 
S'il  astet  vicaire  ou  curé. 
»  Non,  je  suis,  dit  l'révèrend  père 
»  De  la  société  de  Jésus.  » 
L'bon  homnï  s'aggnole  et  vut  s'mette  en  prière 
En  criant  :  «  Saint  Joseph  disus  l'terre  est  d'chindu.  » 


57 


»  —  Relevez-vous,  mon  cher,  li  dit  l'jésuite, 
»  Vous  n'avez  pas  affaire  a  Saint-Joseph  ici. 

»  —  È  bitf,  portant,  Thon  Diet  n'avet  din  s'suite 
»  Qui  l'saint'Vierg',  S1. -Joseph  et  l'baudet,  à  c'  qu'on  dil 

»  Vos  n'astoz-nin  l'Saint'Vierg'?  —  Non,  mon  ami. 
»  —  È  bin,  v'ostoz  l'baudet,  ainsi?  » 

Bemirainy,  le  30  avril  1867. 

A.  Vermer, 
membre  correspondant. 


—  58  — 
VIEILLE  CHANSON  CANADIENNE. 


N.  B.  Il  n'échappera  à  personne  que  culte  pièce  est  un  véritable  cràmignon  qui 
peut  se  chanter  sur  l'air  de  :   Ah  !  l'amour,  vous  me  tourmentez. 

1  Dimanche  après  les  vèpr's  y  aura  bal  chez  Boulé  ; 
Mais  il  n'ira  personn'  que  ceux  qui  sav'nt  dansé  : 

Mon  ton  ton  de  ritaine,  mon  ton  ton  derité. 

2  Mais  il  n'ira  personn'  que  cetfx  qui  sav'nt  dansé  ; 
José  Blai  comm'  les  autres  itou  voulut  y  aller  ; 

Mon  ton  ton,  etc. 

3  José  Blai  comm'  les  autres  itou  voulut  y  aller  ; 
Mais,  lui  dit  sa  maîtresse  :  t'iras  quand  l'train  s'ra  fé. 

Mon  ton  ton,  etc. 

4  Mais,  lui  dit  sa  maltresse  :  t'iras  quand  l'train  s'ra  fé. 
Il  courut  à  l'établ'  les  animaux  soigné. 

Mon  ton  ton,  etc. 

5  II  courut  à  l'établ'  les  animaux  soigné; 

Prend  Barré  par  la  corne  et  Rougett'  par  le  pied  ; 
Mon  ton  ton,  etc. 

6  Prend  Barré  par  la  corne  et  Rougett'  par  le  pied  ; 
Il  saute  à  l'écurie  pour  les  chevaux  gratté, 

Mon  ton  ton,  etc. 

7  II  saute  à  l'écurie  pour  les  chevaux  gratté, 
Se  sauve  à  la  maison  quand  ils  fur'nt  étrillés; 

Mon  ton  ton,  etc. 

8  Se  sauve  à  la  maison  quand  ils  fur'nt  étrillés  : 
Il  met  sa  veste  rouge  et  son  capot  barré  ; 

Mon  ton  ton,  etc. 

9  II  met  sa  veste  rouge  et  son  capot  barré  ; 

Il  met  son  fichu  noir  et  ses  souliers  francé  : 
Mon  ton  ton,  etc. 

10        II  met  son  fichu  noir  et  ses  souliers  francé, 

Et  va  chercher  Lisett'  quand.il  fut  bien  greyé  ;  (  '  ) 
Mon  ton  ton,  etc. 

1  1         Et  va  chercher  Lisett'  quand  il  fut  bien  greyé  ; 
On  le  mit  à  la  port'  pour  y  apprendre  à  danser  ; 
Mon  ton  ton,  etc. 

12        On  le  mit  à  la  port'  pour  y  apprendre  à  danser, 
Mais  on  garda  Lisett',  sa  jolie  fiancée  : 

Mon  ton  ton  de  ritaine,  mon  ton  ton  derité. 

Extrait  de  l'ouvrage  de  M.  Ph.  A. ,  de  Gaspé  :  Les  anciens  Canadiens,  Québec  , 
4863,  in-8°,  p.  110.  —  Conforme  à  l'orthographe  du  texte  imprimé. 

(i;  Habillé. 


—  59  — 
TRADUCTION 


1  Dimègne  après  les  vèp  à  bal  dimon  Boule 
On  n'riçuva  non  lu  qui  l'ei  qu'saveut  danser. 

Laridon  deridaine,  Laridon  déride-. 

2  On  n'riçuva  non  lu  qui  l'ci  qu'saveut  danser. 
Joseph  Biais  comme  les  aut'  sohaitiv'  d'y  aller  ; 

Laridon  deridaine,  etc. 

3  Joseph  Biais  comme  les  aut'  sohaitiv'  d'y  aller  ; 
Min,  li  derit  s'mintress'  :  t'a  co  l'ovrège  à  fer. 

Laridon  deridaine,  etc. 

4  Min,  li  derit  s'mintress'  :  t'a  co  l'ovrège  à  fer. 
I  court  es  stà  des  vach'  si  d'homb  di  les  forer 

Laridon  deridaine,  etc. 

5  I  court  es  stà  des  vach'  si  d'homb  di  les  forer 

1  happ'  po  l'pid  Bogett',  i  prind  po  l'coin'  Barré, 
Laridon  deridaine,  etc. 

6  I  happ'  po  l'pîd  Bogett',  i  prind  po  l'coin'  Barré, 
I  vole  es  stà  des  chvà,  si  d'paîch'  di  les  frotter; 

Laridon  deridaine,  etc. 

7  I  vole  es  s'tà  des  ch'vâ,  si  d'paîch  di  les  frotter; 
Quand  les  ava  strii  es  s'chamb'  vola^bizé. 

Laridon  deridaine,  etc. 

8  Quand  les  ava  strii  es  s'chamb'  vola  bizé. 
I  mouss'  si  roge  habit  et  s'eorsulet  rôielé  , 

Laridon  deridaine,  etc. 

9  I  mouss'  si  roge  habit  et  s'eorsulet  rôielé, 
Mett'  si  non  mazarin  et  ses  pus  fins  soles  ; 

Laridon  deridaine,  etc. 

10        Mett'  si  nou  mazarin  et  ses  pus  fins  soles  ; 
Puis  va  quèri  Lisett'  quand  fourit  bin  callé, 
Laridon  deridaine,  etc. 

•11         Puis  va  quèri  Lisett'  quand  fourit  bin  callé. 

Un  l'a  mettou  st'  à  l'ouh'  po  l'apprind  à  danser , 
Laridon  deridaine,  etc. 

12        On  l'a  mettou  s't'  à  l'ouh'  po  l'apprind  à  danser, 
Min  s'bell'  crapaud'  Lisett'  tôt'  nute  on  l'a  wàrdé. 
Laridon  deridaine,  Laridon  déridé. 


Nie.  DEFRECHEUX. 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


PREMIÈRE  PARTIE. 

Pages 

Règlement 5 

Tableau  des  membres  de  la  Société 13 

Rapport  sur  les  concours  nos  9,  10,  11  et  12  par  M.  A.  Desoer 34 

Dizo  l'Tiou,  cràmignon  par  L.  Vanderyelden 41 

Rapport  sur  le  concours  n°  2,  par  M.  Ch.  Grandgagnage 45 

Glossaire  des  menuisiers,  charrons  et  charpentiers,  par  M.  A.  Body     ...  53 


DEUXIÈME  PARTIE.  -  MÉLANGES 


La  lettre  des  Venalz,  par  M.  Ch.  Grandgagnage 3 

Un  vieux  ménage  liégeois,  par  M.  Aug.  Hock 9 

Contes  populaires  (Dialecte  de  Beauraing) 45 

Vieille  chanson  canadienne,  par  Nie.  Defrecheux 58 


BULLETIN   DE    1865 


TOUR     IX. 


BULLETIN 


de  la 


SOCIÉTÉ  LIÉGEOISE 


LITTÉRATURE  WALLONNE. 


NEUVIEME    ANNÉE. 


LIÈGE 

I . -G .     C  A  K  M  A  N  \  Il ,     I  M  P  lî  [  M  E  U  H 


18U 


SOCIET*:    LIEGEOISE 


DE 


LITTÉRATURE  WALLONNE. 


CHAPITRE  PRÉLIMINAIRE. 

Art.  l<r.  Il  est  constitué  à  Liège  une  Société  dans  le  but 
d'encourager  les  productions  en  Wallon  Liégeois;  de  propager 
les  bons  chants  populaires  ;  de  conserver  sa  pureté  à  notre 
antique  idiome,  d'en  tixer  autant  que  possible  l'orthographe  et 
les  règles,  et  d'en  montrer  les  rapports  avec  les  autres  branches 
de  la  langue  Romane. 

CHAPITRE  IL 

Titre    et     travaux   €le     la    «ofielô. 

Art.  2.  La  Société  prend  le  titre  de  Société  liégeoise  de 
littérature  wallonne. 

Art.  3.  Elle  institue  un  concours  annuel  de  poésie  wallonne 
entre  les  poètes  du  pays  de  Liège. 


6 


Un  concours  pourra  également  être  établi  sur  les  questions 
historiques  ou  philologiques  relatives  au  wallon. 

Art.  4.  Le  sujet  du  concours,  ses  conditions,  les  récompenses 
à  donner  aux  lauréats  (')  sont  déterminés  chaque  année  par  la 
Société  dans  le  courant  du  mois  de  novembre. 

La  distribution  dès  prix  pourra  avoir  lieu  en  séance  pu- 
blique (:). 

Art.  5.  La  Société  réunit  les  matériaux  du  dictionnaire  et  de 
la  grammaire  du  wallon  Liégeois.  Elle  détermine,  autant  que 
faire  se  peut,  les  règles  de  la  versification. 

Art.  6.  La  Société  s'assemble  de  droit  au  local  ordinaire 
de  ses  séances,  à  six  heures  du  soir,  les  15  des  mois  de 
janvier,  février,  mars,  avril,  mai,  juin,  juillet,  novembre  et 
décembre. 

Dans  le  cas  où  ces  dates  tombent  un  jour  férié,  la  réunion 
a  lieu  le  lendemain.  L'assemblée  générale  est  celle  du  mois  de 
janvier. 

Ar.  7.  La  Société  s'assemble  aussi  sur  toute  convocation  du 
secrétaire  ordonnée  par  le  président.  La  convocation  contient 
l'ordre  du  jour. 

A  la  demande  de  trois  membres  titulaires,  le  président  doit 
faire  convoquer  la  Société. 

Art.  8.  L'assemblée  délibère  sur  les  objets  à  l'ordre  du  jour 
lorsque  cinq  membres  titulaires  sont  présents. 

En  cas  d'urgence  reconnue  par  l'assemblée,  il  peut  être  statué 
sur  tout  autre  objet  non  prévu  à  l'ordre  du  jour. 

Art.  9.  Sur  demande  de  trois  membres,  le  vote  a  lieu  au 
scrutin  secret. 


(')  Toute  mention  honorable  donne  droit  à  une  médaille  en  bronze  (Séance  du 
15  mars  1858). 

Toute  personne  ayant  obtenu  une  médaille  dans  un  concours  de  la  Société  recevra 
le  bulletin  de  l'année  correspondante  (Séance  du  15  février  -1859). 

(2j  Cet  article  a  été  ainsi  modifié  le  lu  février  1858,  par  une  décision  de  la 
Société. 


—  7 


Toute  élection  a  lieu  au  scrutin  secret. 

Art.  10.  Toute  discussion  politique  ou  religieuse  est  interdite. 

CHAPITRE  III. 

Wos  fonctionnaires   «>l   du  bm*c:in. 

Art.  11.  Les  travaux  de  la  Société  sont  dirigés  par  un  bureau 
composé  d'un  président,  d'un  vice-président,  d'un  secrétaire, 
d'un  bibliothécaire-archiviste  et  d'un  trésorier  ('). 

Art.  1:2.  En  cas  d'absence  du  président  et  du  vice-président, 
le  membre  le  plus  âgé  en  remplit  provisoirement  les  fonctions. 

Si  le  secrétaire  est  absent,  le  président  choisit  un  des  membres 
pour  le  suppléer. 

Art.  13.  Le  président,  le  vice-président,  le  secrétaire,  le 
bibliothécaire-archiviste  el  le  trésorier  sont  nommés  tous  les 
ans  dans  la  séance  du  15  décembre;  ils  entrent  en  fonctions 
dans  la  séance  qui  suit  celle  du  15  janvier. 

Art.  14.  Le  président  règle  l'ordre  du  jour  et  dirige  les  dis- 
cussions ;  il  veille  à  l'exécution  du  règlement;  il  rend  compte 
des  travaux  de  l'année  écoulée  à  l'assemblée  générale  du  15 
janvier. 

Art.  15.  Le  secrétaire  tient  le  procès-verbal  des  séances  et  la 
correspondance;  il  exécute  les  décisions  de  la  Société.  Il  est 
dépositaire  du  sceau. 

Ain.  16.  Le  bibliothécaire-archiviste  conserve  et  classe  la 
bibliothèque  et  les  archives.  —  Le  trésorier  opère  les  recettes, 
l'ait  les  paiements,  et  en  rend  compte  à  la  fin  de  l'année,  le  tout 
sous  la  surveillance  du  président.  Chaque  année  il  sera  dressé 
un  projet  de  Budget  pour  le  nouvel  exercice. 

I  ')  Les  articles  11,  1J",  lo  et  16  ont  été  ainsi  modifiés  par  la  Société  le  15  mars 
1866. 


CHAPITRE  IV. 


Des  membres  «îe  Sa   SoeHétc. 


Art.  17.  La  Société  se  compose  de  membres  honoraires,  de 
titulaires,  d'adjoints  et  de  correspondants. 

Art.  18.  Les  membres  honoraires  sont  :  A.  le  bourgmestre  de 
la  ville  de  Liège;  B.  le  président  du  Conseil  provincial;  C.  les 
personnes  qui  ont  rendu  des  services  émineuts  à  la  Société  et  à 
qui  cet  honneur  est  décerné  par  les  votes  des  trois  quarts  des 
membres  titulaires  présents. 

Art.  19.  Les  membres  titulaires  de  la  Société  sont  au  nombre 
de  trente. 

Us  ont  seuls  voix  délibérative  et  consultative. 

Art.  20.  Les  personnes  présentées  par  trois  membres  titulaires 
sont  inscrites  comme  membres  adjoints.  Les  présentants  sont 
responsables  du  paiement  de  la  cotisation  de  la  première  année 
due  par  le  membre  adjoint  qu'ils  ont  présenté. 

Art.  21.  Les  membres  correspondants  sont  nommés  à  la  ma- 
jorité des  membres  titulaires  présents;  ils  se  tiennent  eu  relation 
avec  la  Société  ('). 

Les  membres  honoraires,  adjoints  et  correspondants  ont  le 
droit  d'assister  aux  séances  fixées  par  te  règlement. 

Art.  22.  Les  membres  titulaires  sont  choisis  parmi  les  mem- 
bres adjoints  à  la  majorité  des  votes  des  membres  présents. 

Art.  23.  Les  membres  titulaires  signent  les  Statuts  avant 
d'entrer  en  fonctions. 

Art.  24.  La  démission  donnée  par  un  membre  titulaire  ou 
adjoint  ne  le  libère  pas  du  paiement  de  la  cotisation  de  l'année 
dans  le  courant  de  laquelle  la  démission  est  donnée. 

(*)  Les  membres  correspondants  ne  figureront  au  tableau  que  lorsqu'ils  auront 
accepté  ce  titre.  Ils  sont  invités  à  faire  don  à  la  Société  de  leurs  publications.  (Séance 
du  15  février  1861). 


9  — 


Le  défaut  de  paiement  de  la  cotisation  pendant  deux  ans 
entraîne  la  démission.  Le  démissionnaire  n'en  est  pas  moins 
tenu  au  paiement  de  ces  deux  années. 

CHAPITRE   V. 

I>es      publication». 

Art.  2o.  La  Société  fait  imprimer  : 

A.  Les  pièces  couronnées  dans  les  concours  et  celles  non 
couronnées  qui  méritent  celle  distinction  ('). 

Ces  pièces  deviennent  sa  propriété.  Les  auteurs  ne  peuvent 
les  réimprimer  qu'avec  l'autorisation  de  la  Société.  Tout  ma- 
nuscrit envoyé  au  concours  est  déposé  aux  Archives. 

B.  Les  pièces  anciennes  dont  la  rareté  et  le  mérite  néces- 
sitent la  conservation. 

C.  Les  pièces  adressées  à  la  Société  lorsqu'elles  en  sont 
jugées  dignes. 

Dans  toutes  ces  pièces,  les  convenances  devront  être  res- 
pectées tant  dans  le  fond  que  dans  la  forme. 

Art.  26.  Le  Secrétaire  est  chargé  de  remplir  les  formalités 
voulues  par  la  loi  pour  assurer  à  la  Société  la  propriété  de  ses 
publications. 

Art.  27.  Un  exemplaire  numéroté  de  toute  publication  est  de 
droit  remis  sans  rétribution  à  chaque  membre  honoraire,  titu- 
laire et  adjoint. 

La  Société  peut  décider  l'envoi  d'un  exemplaire  aux  corres- 
pondants. 

Un  exemplaire  est  adressé  aux  Sociétés  qui  accordent  la 
réciprocité ,  à  la  bibliothèque  royale  de  Bruxelles,  et  à  celle  de 
l'Université  de  Liège. 

(')  L'insertion  au  Bulletin  d'une  œuvre  quelconque  est  accompagnée  du  tirage 
part  de  50  exemplaires  destinés  à  l'auteur.  (Séance  du  15  février  4861). 


—  40  — 
CHAPITRE  VI. 

Des    Recettes  et    des    Dépenses. 

Art.  28.  Les  recettes  consistent  :  en  cotisations  ordinaires 
payées  par  les  membres  titulaires,  fixées  à  dix  francs  ;  en  coti- 
sations payées  par  les  membres  adjoints,  fixées  à  cinq  francs  ; 
en  cotisations  extraordinaires  que  la  Société  s'impose  ;  en  dons 
volontaires  ;  en  subsides  éventuels  de  la  Commune,  de  la  Pro- 
vince, de  l'État  ;  et  en  produits  de  la  vente  des  exemplaires  des 
publications  livrés  au  commerce. 

Art.  29.  Les  dépenses  ordinaires  sont  celles  pour  frais  d'ins- 
tallation et  de  bureau  ;  elles  sont  ordonnées  par  le  bureau. 

Art.  30.  Les  dépenses  extraordinaires  sont  celles  qui  sont 
occasionnées  par  les  publications  de  la  Société  et  les  prix  à 
décerner  aux  lauréats  des  concours.  Elles  ne  peuvent  être 
votées  qu'à  la  majorité  des  trois  quarts  des  membres  titulaires 
présents. 

CHAPITRE  VII. 

De    5a    révision    «îw    règlement    et    tîe    !a    <lSsso<ut5oïi    tBe     !a 

Société. 

Art.  31.  En  cas  de  nécessité  reconnue  par  la  majorité  des 
membres  titulaires  présents  et  absents,  les  Statuts  peuvent  être 
modifiés. 

Aucune  résolution  ne  peut  être  prise  à  ce  sujet  qu'après  avoir 
été  discutée  dans  deux  des  réunions  de  droit. 

En  cas  de  dissolution  ,  laquelle  ne  peut  être  décidée  qu'à  la 
majorité  des  trois  quarts  des  membres  titulaires  présents  et 
absents,  la  bibliothèque  ,  les  archives  et  le  sceau  de  la  Société 
sont  déposés  à  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Liège  et  de- 


—  11  — 

viennent  la  propriété  de  la  ville;  le  solde  restant  en  caisse  est 
acquis  en  tous  cas  au  bureau  de  bienfaisance  de  la  ville  de 
Liège. 

Liège,  le  27  décembre  1856. 

Pour  copie  conforme  : 

Le  Secrétaire , 
F.   BAILLEUX. 


— «•"&*»*£* — 


TABLEAU 


DES 


MEMBRES  DE  LA  SOCIETE 


ARRÊTÉ  LE   1"  MAI   1867. 


BUREAU. 

Grandgagnage  (Charles),  Président; 

FDSS  (Théophile1,    Vice-président  ; 

BORMANS    Stanislas),  Secrétaire; 

Grandjean  (Mathieu),  Bibliothécaire-Archiviste; 

Dr.FRECHEUX  (Nicolas),  Trésorier. 

Membres  titulaires. 

Bormans   J.-H.),  professeur  émérile  à  l'Université,  membre  de  l'Académie  royale. 

Bormans  (Stanislas),  conservateur-adjoint  des  Archives  de  l'État. 

Biry  Auguste),  avocat,  membre  de  la  Commission  des  Hospices  civils. 

Capitaine  Ulysse),  administrateur  de  la  Banque  Nationale. 

CHANDELON  (J.-T.-P.),  professeur  à  T'Université,  membre  de  l'Académie  royale. 

Chai  noua  -:  t'.-iix  ,  fabricant  d'armes. 

COLLETTE  (Victor;,  fabricant  d'armes. 

Defreciieix  (Nicolas),  expéditionnaire  du  Conseil  académique. 

liKiiix   Joseph),  maître  chaudronnier. 

Dejardh  [Joseph),  notaire. 


14 


Delarge  (Jean-Guil.),  instituteur  à  Herstal. 

Delboeuf  (Joseph),  professeur  à  l'Université  de  Liège. 

Desoer  (Auguste),  avocat. 

De  Thier  (Charles),  juge  au  tribunal  civil. 

Dumont  (B.-A.),  notaire. 

Fuss  (Théophile),  conseiller  à  la  Cour  d'appel. 

Galand  (Walthère),  avoué. 

Grandjean  (Mathieu),  sous-bibliothécaire  à  l'Université. 

Grandgagnage  (Charles),  ancien  représentant. 

Grenson  (Camille),  avocat. 

Henrotte  (Nicolas),  chanoine. 

Hock  (Auguste),  fabricant-bijoutier. 

Kirsch  (Hyacinthe),  avocat. 

Le  Roy  (Alphonse),  professeur  à  l'Université  et  à  l'École  normale. 

Lesoinne  (Charles),  représentant. 

Masset  (Gustave),  commis-greffier. 

Picard  (Adolphe),  vice-président  du  Tribunal  civil. 

Stecher  (Jean),  professeur  à  l'Université  et  à  l'École  normale. 

Thiry  (Michel),  inspecteur  du  service  des  transports  au  chemin  de  fer  de  l'État 

Wasseige  (Charles),  docteur  en  médecine  et  conseiller  provincial. 

Membres  honoraires 

Le  Bourgmestre  de  Liège. 

Le  Président  du  Conseil  provincial. 

Grandgagnage  (Joseph),  premier  président  de  la  Cour  d'appel. 

Lamaye,  avocat,  vice-président  du  Conseil  provincial. 

Littré  (Emile),  membre  de  l'Institut  de  France. 

Polain  (Mathieu),  administrateur-inspecteur  de  l'Université. 

Membres  correspondants  (*) 

Alexandre  (A.-J.),  professeur  à  l'école  moyenne  de  Gosselies. 

Bidaut  (Eugène),  secrétaire-général  du  ministère  des  travaux  publics  ,  à  Bruxelles. 

Borgnet  (Jules),  conservateur  des  archives  de  l'État,  à  Namur. 


(*)  On  croit  devoir  appeler  l'attention  de  Messieurs  les  membres  correspondants 
sur  la  note  de  l'article  24  du  règlement. 


—  15 


Bovie  (Félix),  peintre  et  homme  de  lettres,  à   Bruxelles. 

Breden,  professeur  au  gymnase  d'Arnsberg. 

CiiALon  (Benier),  membre  de  l'Académie  royale  de  Belgique,  à  Bruxelles. 

Chavée(H.),  homme  de  lettres,  à  Paris. 

CLESSE  (Antoine),  homme  de  lettres,  à  Mons. 

Coi  NE   Joseph),  préfet  des  études,  à  Anvers. 

De  Backbr  (Louis),  homme  de  lettres,  à  Noord-Peene  (France). 

De  Christé  (L.),  imprimeur  à  Douai. 

De  Coussemaker  E.),  président  du  Comité  flamand  de  France,  à  Dunkerque. 

Delgotalle,   Franc.),  pharmacien,  à  Visé. 

De  Noue  (A.),  docteur  en  droit,  à  Malmedy. 

Desrousseaux  (A.),  chef  de  bureau  à  la  Mairie,  à  Lille. 

Geubel  (J.-B.),  juge  d'instruction,  à  Marche. 

BOFFMANN  (F.-L.),  homme  de  lettres,  à  Hambourg. 

HyMANs  Louis),  membre  de  la  Chambre  des  représentants,  à  Bruxelles. 

Lagrange  (Philippe),  négociant,  a  Namur. 

Le  Pas  (Auguste),  professeur  au  Conservatoire  royal  de  Liège,  à  Jupille. 

Leray  Eugène),  teinturier,  à  Tournai. 

Letellier,  curé,  à  Bernissart  (Hainaul). 

Loumter  (N.  ,  chef  de  division  au  département  des  affaires  étrangères,  à  Bruxelles. 

MlCHELANT  H.),  vice-président  de  la  Société  impériale  des  antiquaires  de  France,  à 

Paris. 
MAGNÉE   Gustave  ,  vérificateur  des  douanes,  à  Theux. 
Morel  (A  ,  homme  de  lettres,  à  Paris. 
Poulet  (Nicolas),  peintre,  à  Verviers. 
Régnier  (J.-S.),  peintre,  à  Verviers. 
Renard  (M.-C.  .  vicaire,  à  Genval  (Brabant). 
Renard  (Jules),  rédacteur  du  Charivari,  à  Paris. 
Scheler  (Aug.i,  bibliothécaire  de  S.  M.,  à  Bruxelles. 
Schgermans  ^11.  ,  procureur  du  roi,  à  Lié; 
Tarlier,  professeur  à  l'Université  libre,  à  Bruxelles. 
Van  Bemmel  (Eugène),  professeurà  l'Université  libre,  à  Bruxelles. 
V'ermer  (Aug.),  docteur  en  médecine,  à  Beauraing. 
Von  KELLER  Adalbert),  professeur  à  l'Université  de  Tubinge. 
Wabxomont  (Charles),  à  Bruxelles. 
Wérotte    Charles  ,  à  Namur. 
Xik.i  1 1  r  .1.  F.),  rentier,  à  Verviers. 


—  16  — 
Membres  adjoints. 

Aerts  (Auguste),  notaire. 

Ancion  (Dieudonné),  fabricant  d'armes. 

Ansiaux-Rutten  (Emile),  ancien  bourgmestre. 

Ansiaux  (Jules),  Dr.  en  médecine. 

Ansiaux,  professeur  de  musique,  à  Charleville. 

Attout-Franz,  négociant. 

Baar-Lecharlier,  négociant. 

Balat  (Alphonse),  architecte  du  duc  de  Brabant,  à  Bruxelles. 

Banneux  (Léon),  propriétaire  à  Huy. 

Bayet  (Joseph ,  juge  au  tribunal  de  4re  instance. 

Bayet  (Emile),  ingénieur. 

Beaujean  (François?,  négociant. 

Beaujean  (Eugène),  négociant. 

Bellefontaine  (François),  négociant. 

Bellefroid  (Victor),  directeur  de  la  Banque  liégeoise. 

Beltjens  (Gustave),  substitut  du  procureur  du  Roi,  à  Verviers. 

Bérard-Leurquin,  directeur-économe  de  l'Institut  des  sourds-muets. 

Bèrard  (Charles),  directeur  au  département  des  finances,  à  Bruxelles. 

Bertrand,  curé  de  l'église  St-Lambert,  à  Herstal. 

Bernard  (Félix),  notaire,  à  Montegnée. 

Bethune  (Armand),  rentier. 

Beuret  (Auguste),  fabricant. 

Biar  (Grégoire),  ancien  notaire. 

Biar  (Nicolas),  notaire. 

Birck-Collette,  fabricant. 

Blonden,  ingénieur-directeur  des  travaux  publics  de  la  ville  de  Liège. 

Bodson  (Mathieu),  vicaire  de  St-Barthélemi,  à  Liège. 

Bodv  (Albin),  rentier,  à  Spa. 

Boioux  (L.-J.),  avocat,  ancien  échevin. 

Borouet  (.Louis),  docteur  en  médecine. 

Borguet  'Louis),  avocat. 

Bormans  (Théophile),  avocat. 

Boseret  (Charles),  avocat. 

Bottin  (Alexandre),  avocat. 

Bourdon  (Jules),  échevin. 

Bourgeois  (Nestor),  directeur  d'usine,  a  Seilles. 


—  17  — 

Bouvy  (Alexandre),  fabricant. 
Rraconier  (Frédéric),  représentant. 

Braconier  (Charles1,  consul  de  Suède. 

Brahy,  négociant. 

Bronne  Louis  ,  inspecteur  des  postes. 

BRONNE  (Gustave),  fabricant  d'armes. 

Bdckens  (J.-G.),  professeur  à  l'Académie. 

IU'stin  (Oscar),  directeur  de  charbonnage,  à  Grace-Berleur. 

Bya  Joseph),  industriel. 

Capitaine  (Edouard),  président  de  la  Cour  du  Limbourg,  à  Maastricht. 

Capitaine  (Félix),  ancien  président  de  la  Chambre  de  Commerce. 

Capitaine  (Félix),  fils,  fabricant  et  conseiller  communal. 

Carlikr  Florent,  entrepreneur. 

Carmanne  J.-G.),  imprimeur. 

Carpay   François  ,  instituteur. 

Carpentier  (N.-J.),  curé,  à  Soiron. 

Carrez-Ziegler,  négociant. 

Caurin  (Martin),  professeur  de  musique. 

Charles  (Prosper),  avocat. 

Charlier  Eugène),  docteur  en  médecine. 

Chaudoir-Van  Melle,  fabricant. 

Chauvin  (Auguste),  directeur  de  l'Académie  de  peinture. 

Chèvrement  Henri),  ingénieur  civil,  à  Herslal. 

Chokier   Charles),  avocat. 

Ci.aes-Waltehs  Eugène),  entrepreneur,  à  Namur. 

Ci.ociiereux  (Henri),  avocat  et  conseiller  communal. 

Cloes  (J.),  conseiller  à  la  Cour. 

Closset  (Mathieu),  banquier,  ancien  bourgmestre  de  Liège. 

Closset  (Evrard),  administrateur  de  la  Banque  nationale. 

Closset  (Henri),  étudiant. 

Closon  (Joseph),  avocat. 

CohEDR  (Gustave1,  major  d'artillerie  de  la  garde  civique. 

Collette  (Léopold),  fabricant  d'armes. 

Colsoul  (Auguste),  directeur  du  gazomètre,  à  Verviers. 

Comhaire  (Charles),  avocat. 

Constant  (Erasme),  marchand  de  fer. 

Corxesse  (Edouard),  négociant,  a  Aywaille. 

CORNESSE   Prosper).  avocat  et  conseiller  provincial. 


—  18  — 

Couclet-Mouton  (F.),  graveur. 
Couclet,  capitaine  de  lanciers. 
Crémers  (Léopold). 
Cudell  (Adolphe),  avocat. 

Dandoy  Célestin),  conseiller  communal. 

D'Andrimont-Demet,  industriel. 

D'Andrimont-de  Mélotte,  conseiller  provincial  et  communal. 

D'Andrimont  (L.),  administrateur  de  la  Banque  nationale. 

Dardenne  (V.),  fabricant  bijoutier. 

Dardespine  (F.-C),  négociant. 

Dauw  (E.),  juge  d'instruction. 

Dawans-Closset  (Adrien),  fabricant  et  conseiller  provincial. 

Dawans-Orban  (Jules),  fabricant. 

Debefve  (P. -A.),  négociant. 

Debonmer  (H. -F.),  négociant. 

De  Boubers  (Adolphe). 

De  Bronckart  (Emile),  ancien  représentant,  à  Brâ. 

Dechamps,  major  pensionné,  à  Stembert. 

De  Fabri-Beckers,  conseiller  provincial. 

Defays-De  Monceau,  conseiller  provincial. 

Defrecheux  (Emile),  employé. 

De  Glymes  (comte),  substitut  du  procureur  du  roi. 

Dehasse  (Auguste),  fabricant. 

Dehasse  (Félix),  fabricant. 

Dehessele  (Victor),  fabricant,  à  Thimister. 

Dejardin  ;  Adolphe),  capitaine  du  génie,  à  Anvers. 

Dejardin  (Henri),  rentier. 

De  la  Rousselière  (Amédée  baron  ,  rentier. 

De  la  Rousselière  (Arthur  baron),  secrétaire  de  légation. 

De  Lavelleye  (Emilie),  professeur  à  l'Université. 

Delbouille  (Joseph),  banquier  et  conseiller  communal. 

Delbouille  Louis),  notaire. 

De  Lexhy  (M.-B.-J.),  docteur  en  médecine,  à  Gràee-Berleur. 

Delfosse  (Eugène),  ingénieur  civil. 

Delgotalle  Alfred),  étudiant,  à  Dalhem. 

Delhasse  Félix),  homme  de  lettres,  h  Bruxelles. 

Delheid  (Louis),  docteur  en  médecine. 

Df.lheid  (Jules),  docteur  en  médecine. 


-  19  — 

Deliége-Requilé  [Jacques),  fabricant. 

De  Looz-Corswarem  comte  Hyp.),  sénateur. 

Dei.  Marmoi.  (baron  Ch.),  avocat. 

De  Luesemans  (Charles',  gouverneur  de  la  province 

DELVAUX,  agrégea  l'Université. 

DELVAUX   l'abbé),  professeur  au  Collège  St.-Quirin  (Huy). 

De  Macab  Charles),  colonel  pensionné. 

DE  Macar  (Augustin  ,  rentier. 

De  Macar  (Charles),  avocat  et  conseiller  provincial. 

De  Macar  (baron  Ferdinand),  représentant. 

De  Macar  (Julien',  directeur  de  houillère,  à  Beyne-Heusay. 

De.many  Laurent  ,  architecte  et  conseiller  communal. 

Demany  (Ferd.),  commissaire  de  police  en  chef. 

De.many  (Ferd.),  architecte. 

De  Mélotte  (Armand),  rentier. 

Deheuse  Dieudonné),  docteur  en  médecine  et  bourgmestre,  a  Wandre. 

De  Moffaerts  (baron  Léonce),  rentier. 

DENIS   Alexandre),  fabricant. 

d'Erckentel  (Eugène),  juge  de  paix,  à  Nandrin. 

De  Uosen  vbaron  Edmond),  propriétaire. 

De  Rossil's  (Ch.  ,  fabricant. 

De  Rossius  Ferdinand  ,  avocat  et  représentant. 

De  Sauvage  Vercoiu  Félix),  banquier. 

De  Savoie  (T.  .(.),  professeur  à  l'Université. 

De  Selys-Longchamps  (baron),  sénateur,  a  Waremme. 

De  Sélys-Fanson  baron  Ferdinand),  rentier,  à  Beaufays. 

De  Sélys-Fanson  (baron  Robert),  rentier,  à  Xhoris. 

Desoer  Oscar  ,  rentier. 

Desoer  (Emmanuel),  avocat. 

De  Stockhem  baron  Léopold,),  propriétaire  à  Amay. 

De  Tiiel'x   Xavier  ,  rentier,  a  Bruxelles. 

De  Trier  (Léon),  homme  de  lettres. 

Detrooz  (Auguste),  juge  au  tribunal  civil. 

Devaux  (Louis  ,  avocat. 

De  Vaux  (Adolphe),  ingénieur. 

De  Vaux  (Emile  ,  Ingénieur. 

Detroye,  chanoine  et  grand  chantre  de  la  Cathédrale. 

DeWALQUE  G.),  professeur  à  l'Université. 

Dewandre   Ferd.  ,  avocat. 


—  20  — 

Dewez-Chaudoir,  négociant. 

De  Zantis  de  Frymerson,  rentier. 

Digneffe  (Victor),  agent  de  change. 

Distexhe  (Hubert),  professeur  à  l'Académie. 

Donchen  (Hubert),  conseiller  provincial,  à  Avernas-le-Bauduin. 

D'Omalius  (Frédéric),  juge  au  tribunal  de  lre  instance. 

Donckier-Jamme  (Ch.),  membre  de  la  députation  permanente. 

Doret  (V.),  conseiller  provincial,  à  Verviers.    ' 

Dossin  (Henri),  fabricant. 

D'Otreppe  de  bouvette  (Albert),  conseiller  honoraire. 

Doutrepont  (Louis),  avoué. 

Doutrewe  (P.),  à  Louvegné. 

Dresse-Ansion  (Olivier),  fabricant  d'armes. 

Drion  (Aug.),  greffier  de  justice  de  prix. 

Dubois  (François),  rentier. 

Dubois  (Ernest),  substitut. 

Dumont,  conseiller  communal. 

Dupont  (Albert),  consul  de  Turquie,  à  Liège. 

Dupont  (Alexandre). 

Dupont  (Ernest),  chef  de  division  au  ministère  des  travaux  publics. 

Dupont  (Evrard),  professeur  à  l'Université. 

Dupont  (Edouard),  candidat  notaire. 

Dupont  (François),  ingénieur. 

Dupont  (Emile),  avocat  et  représentant. 

Du  Vtvier-Sterpin  (L.),  libraire. 

Elias  (Floribert),  rentier 

Elias  (Nicolas),  avocat  et  représentant. 

Elias  (Robert) .  rentier. 

Elias,  fabricant,  à  Sclessin. 

Eloin  (Félix),  secrétaire  de  l'empereur  de  Mexique. 

Etienne,  négociant. 

Fabry  (Arnold),  conseiller  provincial,  à  Dison. 

Fallise  (Louis),  rentier. 

Fallise  (Armandj,  ingénieur  civil. 

Fallise  (Victor),  professeur  à  l'Athénêe. 

Falloise  (Alphonse),  juge  au  tribunal  de  lre  instance. 

Fain   Joseph)  ingénieur,  au  Rocheux,  près  Theux. 


-  21  — 

Festraets  (Auguste),  docteur  en  médecine. 

Fetu-Defize    J.-F.-A.),  fabricant  et  échevin. 

Fick,  tanneur. 

Fick-Simon  (François),  négociant  et  conseiller  communal. 

Fiess,  bibliothécaire  à  l'Université. 

Fn.or  [H. -J.), instituteur,  faubourg  Vivegnis. 

Fléchet  (François),  notaire  et  conseiller  provincial  à  Verviers. 

FlÉCHET  (Guillaume),  entrepreneur. 

FLÉRON  (Joachinij,  bourgmestre  a  Bellaire. 

Flokenville  (A.-U.),  major  de  la  garde  civique. 

Fons.ny,  bourgmestre  de  Saint-Gilles.  lez-Bruxelles. 

Forgeur   Jos.),  avocat  et  sénateur. 

Forgeuu  (Georges),  secrétaire  de  légation. 

Forir  (Jos.),  chef  de  bureau  à  l'Hôtel-de-Ville. 

Fossion  (N.-J.),  docteur  en  médecine. 

Fouo.uet  (Guill.),  sous-directeur  à  l'école  agricole  de  Gembloux. 

Folry,  général-major. 

Fraigneix  (Louis),  négociant. 

Franck  Mathieu1,  entrepreneur. 

Francotte  (Victor) ,  fabricant. 

Frankig.noi'lle,  greffier  de  la  justice  de  paix,  à  Seraing. 

FrÉDÉRIX  (Alph.),  ingénieur  civil. 

Frédérix  (Gustave),  homme  de  lettres  à  Bruxelles. 

Frére-Orran  (Wathère),  ministre  des  finances. 

Frère  (Walthère),  tils,  fabricant  à  Verviers. 

Frère  (Georges),  avocat. 

Gaede  (H.),  docteur  en  médecine. 

Galand  George.-),  négociant. 

Galand  (Lamb.),  notaire  et  conseiller  provincial  à  Glons. 

Galopin  (J.),  rentier  à  Aix-la-Chapelle. 

Gaithv,  professeur  a  l'Athénée  de  Bruxelles. 

Gérard  (Frédéric),  avocat. 

Gérard  (Michel),  entrepreneur  à  Ans. 

Gérard,  professeur  à  l'Athénée. 

Gerheau   F.),  membre  de  la  Députation  permanente. 

Gernakrt  (Arthur  ,  vice-consul  des  États-Unis. 

GiLKJNET  (J.-P.),  notaire  et  conseiller  provincial. 

Gillet  (Emile),  juge  a  Huy. 


Gillon  a.),  échevin  et  professeur  à  l'Université. 

Gii.man  (Alph.),  juge  à  Verviers. 

Gonne,  ingénieur  à  Cologne. 

Goossens  (Gustave),  agent  de  change. 

Goret  (Léopold),  ingénieur. 

Gothier,  libraire. 

Goût  (Isidore),  rentier. 

Goyaert-Malherbe,  fabricant. 

Grandjean,  bourgmestre  à  Housse. 

Grégoire  (Hyacinthe),  président  du  Tribunal  de  tre  instance  de  Huy. 

Grégoire  (Alphonse),  notaire  à  Dalhem. 

Grenson  (Camille),  avocat. 

Grumsel. 

Guillaume  (François),  ancien  commissaire  de  police  en  chef. 

Habets  (Alfred),  répétiteur  à  l'École  des  mines. 

Halkin  (Aimé),  lieutenant  d'artillerie,  à  Termonde. 

Halkin  (Emile),  lieutenant  aux  pontonniers,  a  Amers. 

Halkin-Rémont  (C.J.),  architecte. 

Halkin  (Jules),  sculpteur. 

Hamal  (P.-J.),  avocat  et  conseiller  provincial. 

Hanssens  (L.),  avocat. 

Hayemael  (Henri),  banquier  à  Spa. 

Helbig  (Henri),  homme  de  lettres. 

Helbig  (Jules),  peintre. 

Hermans  (L.-J.),  juge  de  paix. 

Heuse  (H.-J.),  docteur  en  médecine. 

Heuse-Lahaye  (G.),  fabricant,  à  Olne. 

Horstmans,  rue  Fétinne. 

Houbotte,  ingénieur  en  chef  des  ponts  et  chaussées. 

Houget  (Adrien),  industriel  à  Verviers. 

Hubert  (Alexis',  fabricant,  à  Esneux. 

Hubert  de  Pondrome  (R.),  à  Chênée. 

Huberty  (Léon),  à  Malmédy. 

Ilias  (Henri),  professeur  à  l'Athénée. 
Jahar  (Léonard),  notaire. 


Jamar  (Emile),  conseiller  provincial. 

Jamar  (Gustave1,  fabricant. 

JAMAR  (Armand  ,  ingénieur. 

Jamme  (Emile),  commissaire  d'arrondissement. 

JARSMONT,  major  pensionné,  à  Martinrive  (Spriinonl). 

Jeanne  Nicolas),  professeur,  à  l'Athénée. 

Jenicot  (Philippe),  pharmacien,  à  Jemeppe. 

Jongen  (Jean),  fabricant. 

Jorissen  (Jules),  négociant. 

Keppenne  (F.),  président  du  tribunal  de  i,c  instance. 

Keppenne  (Ch.),  notaire. 

Kersten-Magis  (P.),  fabricant. 

Kirsch  Hyacinthe),  directeur  de  charbonnage. 

Ktpper  (Ch.-Théod.),  directeur  de  fabrique,  a  Dalhem. 

KCPFFERSCHLAEGER  (Isidore),  professeur  a  l'Université. 

Lacroix  Alfred',  négociant. 

Lafnet  (T.),  chef  de  bureau  à  l'Hôtel-dc-Ville. 

Laçasse  (Laurent1,  fabricant. 

LAHAYE,  Joseph  .  directeur  de  charbonnage. 

LALOUX   Adolphe,  propriétaire. 

Laloux  (Nicolas  .  greffier  provincial. 

LAMARCHE-DE-Hossius  '<>.),  administrateur  de  la  Banque  nationale. 

LamaRCHE-JamAR  'Alfred),  industriel. 

Lambert,  notaire,  a  St. -Georges. 

Lambert  (J.),  brasseur. 

Lambert  (Antoine  ,  brasseur,  à  Goronmeuse. 

LAMBERTY,  docteur  en  médecine,  à  Verviers. 

Lambertï  Alphonse),  employé  des  postes,  à  Stavelot. 

Lambinon  (J,-L,  .  notaire. 

LAMBINON  (Gustave),  ingénieur. 

Lamrotte  (Armand),  fabricant  bijoutier. 

Lambotte  (Jean-Baptiste;,  a  Cologne, 

LAOUREUX,  sénateur,  a  Verviers. 
Laport  (GuilL),  fabricant. 
Lassence  (Victor ,  photographe. 
Lecoq  (A). 
I.eenaerts  (J.-M.)  fabricant,  a  Saulcy. 


—  24  - 

Lelotte,  négociant,  à  Verviers. 

Lemaire,  avocat,  à  Namur. 

Lemille  (Joseph),  fabricant  d'armes. 

Lequarré,  professeur,  à  Tournai. 

Lesoinne  (Léon),  fabricant. 

LEURQUIN  (Camille),  notaire,  à  \horis. 

Lhoest  (Aug.',  lieutenant-colonel  d'artillerie. 

Lhoest-Lonhienne  (J.-G.),  vice-président  du  tribunal  civil. 

Liben  (Charles),  contrôleur  de  contributions,  à  Dinant. 

Libert  (Louis),  membre  de  la  députalion  permanente. 

Lion  (Léopold),  ingénieur  et  conseiller  communal. 

Lonay  (G.),  curé-doyen  de  St. -Barthélémy. 

Lonhienne  (L.-J.j,  sénateur. 

Lonhienne  (Godfroid),  rentier. 

Louvat  (Edmont),  avocat,  à  Namur. 

Lovinfosse,  (F.),  imprimeur. 


Macors  (Félix),  professeur  à  l'Université. 
Macors  (Jos.),  professeur  à  l'Université. 
Magis  (Max.),  fabricant. 
Malherbe  (Edouard),  fabricant  d'armes 
Mansion  (Ëmil«),  professeur  à  Huy. 
Marcelin-Lagarde,  professeur. 
Marcellis  (François),  fabricant. 
Marchot  (Emile),  négociant. 

Marcotty,  substitut  du  procureur  général. 

Martiny  (Martin),  fabricant,  à  Herslal. 

Masset-Hamal,  négociant. 

Masset  (L.),  bourgmestre  de  Herslal  el  conseiller  provincial 

Masset  (Oscar),  fabricant. 

Matelot  (Prosper). 

Mathelot-Debruge,  ingénieur  civil. 

Mathieu  (Jules),  instituteur,  à  Olne. 

Méan  (Charles),  fabricant. 

Mercier  (Laurent),  négociant. 

Micha  (Léonard),  ingénieur,  à  Maries  (Pas-de-Calais.) 

Micha  (Alfred),  étudiant. 

Minette  (Jules),  rentier. 


—  25  — 

MiNETTE-Orban  (Victor] ,  rentier. 

Mou.wf.-Lami-.inon  [J.-A.-F.),  conseiller  mmmunal. 

Monnoyek,  directeur  de  houillère,  à  Cheratte. 

Moreau,  ingénieur,  à  Louvain. 

Morren  (Edouard),  professeur  à  l'Université. 

Mottart  (Albert),  ingénieur  civil. 

Mottart  (Gustave),  avocat  et  échevin, 

Mottart  (Jules),  négociant. 

Mottart  (Philippe),  brasseur. 

Mouton  (Louis),  avocat. 

Mouton  (Dieudonné),  avocat  et  représentant. 

Moxhom  [Casimir),  avocat. 

MULLER (Clément),  avocat  et  représentant. 
Miller  (Edmond),  banquier  à  Verviers. 

NAGELMACKERS  (Jules;,  agent  de  la  Banque  nationale. 

Nagelmackers  [Armand),  consul  d'Espagne. 

Nagelmac.kers  (Albert),  banquier. 

Nagelmackers  (Edmond),  banquier. 

Nagelmackers  (Ernest;,  banquier. 

Nagelmackers  (Carlos),  ingénieur  civil. 

Neef  (Jules),  bourgmestre  de  Tilff  et  conseiller  provincial. 

Necvili.e  (Joseph),  ancien  bourgmestre  de  Liège. 

Niiion  (L.-A.),  avocat. 

NoÉ  [Amand),  avoué. 

NOÉ  (Adolphe),  fabricant. 

Noirfalise  Jules),  fabricant. 

Nypels  (J.-S.-C),  professeur  à  l'Université. 

Olivier  (Henri),  négociant  en  laines,  à  Verviers. 

Orran  (Eugène),  fabricant. 

Orran  [Ernest),  fabricant. 

ORBAN  Marcel),  avocat. 

Orban  (Jules),  fabricant. 

Orbak   Léon  ,  réprésentant. 

uni  m  VNS-HADSEDR,  bourgmestre  de  Verviers. 

Orthans,  industriel. 

Paque  Eugène),  artiste  vétérinaire  à  Verviers. 


—  26  — 

Paque  (Érasme),  pharmacien. 

Paque,  conducteur  des  ponts  et  chaussées,  à  Aywaille. 

Paquot,  directeur-gérant  de  la  Société  du  Bleyberg. 

Pascal-Lambinon,  négociant. 

Pasquet  (Emmanuel),  professeur  à  l'Athénée  royal  de  Gand. 

Pécher  (François;,  avocat,  à  Mons. 

Peck  (Léonard),  ingénieur. 

Péty-de  Rosen  .'Jules  ,  rentier,  à  Grune. 

Péty  (Léon),  avocat. 

Phillips  (Justin),  négociant. 

Phillips-Ohban,  rentier. 

Piedboeuf  (Théodore),  fabricant  à  Ju;iille. 

Piedboeuf  (Théodore),  avocat  et  conseiller  provincial. 

Piercot  (Ferdinand),  bourgmestre. 

Pilette  (Désiré),  avocat  à  Paris. 

Pinsart  (H.-J.),  ingénieur. 

Pirlot-Terwangne  (Ferdinand),  fabricant. 

Pirlot  (Léon),  fabricant. 

Pirlot  [Edouard),  fabricant. 

Pirlot  (Gustave),  fabricant. 

Pirlot  (Eugène),  rentier. 

Pirlot  (Eugène),  fils,  rentier. 

Pirotte,  receveur  de  l'État,  à  Stavelot. 

Pirson-Hogge,  négociant. 

Prost  .Victor),  capitaiae  d'artillerie. 

Prost  (Henri). 

Quoilin  (J.-H.;,  secrétaire-général  du  ministère  <irs  finances, à  Bruxelles. 

Raikem  (Joseph),  industriel. 

Raikem  (A..-L),  commis  greflîer  au  tribunal. 

Ramoix-de  Rochelée  (Joseph),  conseiller  provincial  a  Aniay. 

Raskin  (Jos.  ,  fabricant. 

Régnier,  major  pensionné. 

Remacle  (Jacques),  fabricant,  à  Sauheid. 

REmont  (Denis),  juge  de  paix  à  Esneux. 

Rémont  (J.-E.),  architecte  consultant  de  la  ville  de  Liège. 

Rémont  (Joseph),  architecte. 

Renier  (A.),  architecte. 


27 


RENIER  [M.),  greffier  du  tribunal  de  commerce. 

Renoz  (Ernest),  notaire. 

RensoN  (Antoine),  avocat. 

Richard-Lamarche  (H.),  rentier. 

Rico  (H.),  chef  de  division  au  gouvernement  provincial. 

Rorert-Brabant  (L.),  avocat. 

Robert-Grisard,  rentier. 

Roland  [Jules),  négociant. 

Romedenne-Fraipont  (J.-F.),  négociant. 

Rose  (John.),  fondeur. 

ROSELIER  (Hyacinthe),  conseiller  provincial,  à  Limont. 

Sacré  (Henri),  négociant,  à  Chênée. 

Su. mon  (l'abbé),  vicaire,  à  Stavelot. 

Schoonbroodt,  conservateur  des  Archives  de  l'État. 

Sihonis-Orban  (Eugène),  statuaire,  a  Bruxelles. 

SOPERS  Théodore),  négociant. 

Soi'bre  Etienne),  directeur  du  Conservatoire  royal  de  musique. 

Spiertz  (Henri),  rentier. 

Shi.neux  (A.),  avoué  au  Tribunal  de  lre  inslanee. 

SPRING  (A.),  professeur  a  l'Université. 

Tart  O.-J.;,  banquier. 

Terri  (Léon),  professeur  au  conservatoire. 

THONNARD  (Henri),  armurier. 

Thonon  Auguste!,  notaire  à  Sprimont. 

Tii.man   Gustave,  rentier. 

Tombeur,  notaire  et  conseiller  provincial,  à  Verlaine. 

TRASENSTER   Louis  ,  professeur  à  l'Université. 

TfiASENSTER   Charles  ,  brasseur. 

Troisfontaine  Arnold;,  professeur,  à  l'Université. 

Trujllet   Félix),  négociant. 

1  ruillet  Franc  ),  docteur  en  chirurgie. 

i  mi.  Godfroid  .  architecte. 

Van  der  Maesen  (Servais),  avoué  et  représentant,  à  Verviers. 
Vanderstraeten-Closset  (Victor),  fabricant. 


—  28  — 

Vaust  (Théodore),  docteur  en  médecine  et  professeur  à  l'Université. 

Vercken  (Théophile  ,  professeur  au  Conservatoire. 

Vierset-Godin,  architecte,  à  Huy. 

Viot  (Théodore),  rentier. 

Yiot  (Léon),  rentier. 

Vivario-Plomdeur  (Nicolas),  rentier  à  Embourg. 

Wala  (François),  substitut  du  procureur  général. 

Wankenne  Pierre),  négociant,  à  Verviers. 

Warnant  (Julien),  avocat,  conseiller  communal. 

Wasseige  (Henri),  ingénieur  civil. 

Wasseige  (Adolphe),  docteur  en  chirurgie,  professeur  à  l'Université. 

Wauters  (Edouard  ,  père,  rentier. 

Wautets  (Edouard),  fils,  rentier. 

Wauters-Cloes  (Hyacinthe),  rentier. 

Wellekens  (Emile),  négociant. 

Wellekens-Biar  (E.-F.),  ingénieur. 

Wera  (Louis',  industriel  à  Herstal. 

Werixhas  (Dieudonné),  contrôleur  a  la  garantie. 

Wilmotte,  propriétaire  à  Anvers 

Wilmart  (Julien),  à  Verlaine. 

Wittert  (Adrien  baron  ,  rentier. 

Woos,  notaire,  a  Rocour. 

Xhoffrai  (Jules.,  rentier. 

SOCIÉTAIRES  DÉCÉDÉS. 

Membre  correspondant. 

Warnkomg  (A.:,  ancien  professeur  aux  universités  de  Gand,   Louvain,    Liège, 
Fribourg  et  Tubinge,  à  Stuttgard. 

Membres   adjoints. 

Goffart  (Eugène),  conseiller  provincial. 
Grandjean  (Edouard;,  directeur  de  houillère. 


29 


Hock  (Félix),  capitaine  pensionné. 

Krans  (Gustave),  docteur  en  médecine. 

Laloux  (Henri),  propriétaire. 

Halécot  (Léon),  ingénieur  des  ponts  et  chaussées. 

Malt  H.),  consul  de  Belgique,  à  New-Yorck. 

Micheels  (Laurent),  colonel  d'artillerie. 

Nicolaï  Denis:,  fabricant  d'armes. 

Picard  (Lazare),  rentier. 

Systermaxs  (J.-B.1,  commissaire-voyer  d'arrondissement. 

Trokay   J. -B.),  conseiller  provincial. 

Vercken  (J.-L.-E.),  procureur  du  roi. 


SOCIÉTÉ  LIÉGEOISE  DE  LITTERATURE  WALLONIE. 


CONCOURS  DE  18G5. 


APPORT  III  Jl'lll  SUR  LES  CUBS  If  S,  9,  il  ET  12  !)L  l'HOliiUMlE. 


Messieurs, 


Les  réponses  aux  concours  nos  S,  9,  11  et  12  du  pro- 
gramme sont  désignées  comme  suit  : 


C()\COL'R«   Xo  S. 

(comèdeie). 

Fin  contra  fin,  comèdeie-spot,  mêlaie  di  couplets,  en  on 
acte  et  en  vers  wallons. 

Epigraphe  :  Il  pu  malin  attrapp'  Côte. 


—  32  — 

CONCOURS  IV     ». 

(PASQUEILLE  ,   SATIRE,   PEINTURE   D'UN   TYPE   WALLON). 

Li  moice,  avec  épigraphe  : 

Elle  attirait  les  gens 
Par  ses  airs  engageants. 

(Béranger). 

Et/?.?  coquelis,  avec  épigraphe  :  II  est  plus  aisé  de  garder 
de  bonnes  mœurs  que  de  mettre  un  terme  aux  mauvaises 
(J.  J.  Rousseau). 

concours  1v>  11. 

(contes  en  vers). 

Li  bouben,  ayant  pour  épigraphe  cinq  vers  en  allemand 
du  Faust  de  Goethe  ; 

Et  Apologues  en  vers  ,  avec  l'épigraphe  :  Et  Ion  la  la,  ji 
?i  cite  noullù  :  Vvi  qu'est  rogneu  qui  s'grette. 

CONCOURS  IWo    1». 

(CRAMIGNONS,   CHANSONS,   ETC.) 

1°   Ordmignon,  avec  l'épigraphe  :  On  prumî  pas  ; 

2    Li  veie,  chanson,  avec  épigraphe  :  On  prumî  pas; 

3°  Une  chanson  :  Bosseuse ,  avec  l'épigraphe  :  Qui 
qioire  bin  trouve  bin  ; 

4°  Li  chvd  et  l'mo/t  du  petion,  portant  pour  épigraphe  : 
vie  g  ; 

Et  5°  EU'  n'est  pu,  sur  l'air  :  En  parlant  de  ma  mère. 


—  33  — 

Chargé  de  rédiger,  au  nom  de  mes  collègues  du  jury, 
le  procès-verbal  de  nos  décisions ,  j'ai  pris  plaisir  à  re- 
lire tout  d'abord  dans  les  Bulletins  de  la  Société  tous  les 
rapports  qui  concernent  les  concours  analogues  à  ceux 
qui  nous  sont  actuellement  soumis.  Mais  si  j'ai  lu  ces 
rapports  avec  un  grand  plaisir  parce  que  j'y  voyais  souvent 
les  résultats  remarquables  produits  par  nos  appels  aux 
littérateurs  wallons,  ce  fut  avec  un  sentiment  plus  triste 
que  je  rejetai  les  yeux  sur  les  œuvres  dont  je  vais  vous  par- 
ler. Hélas  !  oui ,  ce  concours  ,  quoique  supérieur  à  celui 
de  l'an  dernier,  n'a  pas  répondu  à  notre  attente.  Certes, 
tout  n'est  pas  mauvais,  loin  de  là,  mais  l'ensemble 
n'est  pas  riche.  Plus  de  ces  spirituelles  comédies,  petits 
chefs-d'œuvre  d'observation  ,  de  finesse  et  d'esprit;  plus 
de  ces  crâmignons  ou  de  ces  chansons  empreintes  d'une 
si  douce  poésie  ou  d'une  raillerie  gauloise  si  aimable; 
plus  de  ces  contes  dialogues  qui  montraient ,  pris  sur 
le  vif,  les  types  les  plus  caractéristiques  du  pays;  plus 
de  ces  ballades  populaires  ou  de  ces  souvenirs  touchants 
enfermés  dans  un  vers  élégant,  correct,  finement  railleur. 

Notre  moisson  n'est  pas  comparable  à  celles  que  nous 
avons  récoltées  dans  nos  bonnes  années  ;  ne  les  com- 
parons donc  pas.  Il  ne  sert  à  rien  de  se  plaindre.  Atten- 
dons des  temps  meilleurs;  attendons-les  sans  crainte, 
et,  faisant  abstraction  du  passé,  examinons  le  présent.  11 
n'est  pas  d'ailleurs  sans  mérite,  et  si  les  Muses  wallonnes 
ont  sommeillé ,  ce  n'était  pas  du  sommeil  de  la  mort, 
mais  d'un  repos  salutaire  peut-être  et  qui  prépare  un 
réveil  serein  et  vigoureux. 

3 


—  34   - 


CONCOURS    Ko     ». 


Fin  contru  fin  s'intitule  comédie  :  une  telle  dénomi- 
nation donnée  à  son  œuvre  prouverait  seule  que  l'auteur 
n'a  pas  compris  le  caractère  de  la  comédie.  Fin  contru  fin 
est  tout  au  plus  un  proverbe ,  mais  ce  nom  modeste  est 
encore  supérieur  à  l'œuvre  ,  car  il  suppose  au  moins  de 
la  finesse ,  de  l'esprit  et  quelqu' observation. 

Fifine  est  une  sage  jeune  fille  qui,  tout  en  pensant 
qu'on  pau  di  coquetteraie  va  ùin  à  toit  lesfeummes,  veut  se 
bien  conduire,  parce  que  une  bausseln'a  quu  des  displis  et 
despon  à  z  ait  aide  :  il  ni  pout  fé  noll  jess  sins  qu'on  n'y 
veye  des  m  au.  Raffermit:  par  cette  morale  hypocrite,  Fifine 
aurait  peut-être  accepté  une  invitation  de  son  voisin 
Bouchon  ,  parce  qu'un  aussi  vieil  amoureux  n'est  plus 
compromettant.  Cdà  nest  loère  à  traite ,  iè  mou  tappé , 
foirt  laid,  du  pus,  avaricieux .  Donc  elle  ira  chez  Bouchon, 
sans  que  son  fiancé,  qui  va  revenir  bientôt,  on  ne  sait 
d'où,  puisse  le  trouver  mauvais.  Mais  Marie,  son  amie , 
est  plus  prudente.  Elle  se  défie  des  pièges  du  vieux  beau  : 
Ces  vîs-là  ont  cint  tours  po  savu  vzangaimter.  I  n'sdreut 
fé  aut  c/ioi  qu  du  v'bin  copromette.  A  ces  conseils  salu- 
taires, dits  avec  tant  d'élégance,  la  vertueuse  Fifine  ré- 
pond avec  autant  de  charme  : 

Vos  v's  alaurmé  trop  vite;  on  n'sareut  sins  maiti 
Trové  so  mu  côduite  on  mot  po  m' fer  rogi. 

Cependant  Marie  ,  toujours  prudente  ,  se  charge  d'é- 
conduire   Bouchon   et   voici   son    petit   stratagème  :  elle 


—  35  — 

commence,  tout  en  le  recevant  très-bien,  par  montrer  «les 
exigences  dignes  de  MUe  Benoiton  ;  les  jeunes  filles  s'at- 
tendent à  trouver  chez  lui  plaisirs  de  toute  nature,  bonne 
chère  surtout  et  vins  fins.  Il  faudra  aussi  que  la  maison 
soit  "  rimpleie  du  drapereies  du  velours  et  du  salin  ,  »  en 
un  mot,  que  le  vieil  amoureux  dépense  beaucoup  d'ar- 
gent. Comme  il  est  plus  avare  encore  qu'amoureux  ,  il 
s'esquive  et  renonce  à  inviter  Firme  et  Maraie.  Le  tour 
a  réussi  et  celle-ci  peut  s'écrier  dans  son  wallon  à  elle  : 
»  Lu  farce  est  bin  jowaie.  »  Puis  s'adressant  au  public, 
c'est-à-dire  sans  doute  aux  membres  du  jury  : 


Y's  allez  jugîz  ciss  iiililt  comèdaie; 
Sei  por  leie  binâmes,  côplaihants; 
L'auteur  veut  mue  lu  faiblesse  <li  si  idaie. 


Certes,  le  jury  ne  contredira  pas  Maraie.  Il  sera  binanié 
et  côplaihant  en  adressant  au  concurrent  ses  conseils  les 
plus  sincères  :  qu'il  s'inspire  de  Boileau  : 

Avant  donc  que  d'écrire,  apprenez  et  pensez  ; 
Cent  fois  sur  le  métier,  etc.  ,  etc. 

Jamais  un  concurrent  ne  doit  désespérer,  et  celui-ci 
aura  d'autant  plus  de  mérite  à  obtenir  plus  tard  des 
palmes,  qu'on  pourra  juger  par  le  chemin  parcouru  des 
notables  progrès  qu'il  aura  réalisés. 

CONCOURS  X»  t». 

Les  auteurs  des  deux  réponses  à  ce  concours,  les  coqueli 


—  36  — 

et  li  moioe  doivent  être  traités  tout  autrement  :  chez 
eux  on  rencontre  de  l'observation  et  du  style  ;  leurs 
poésies  ne  méritent  pas  le  prix,  mais  elles  ont  une  valeur 
réelle.  Elles  en  auraient  eu  davantage  encore  (et  je  ne 
puis  ici  que  répéter  ce  que  je  disais  dans  mon  rapport 
de  l'an  dernier)  si  elles  nous  avaient  été  présentées  à 
l'origine  de  notre  Société,  alors  que  nous  faisions  un 
premier  appel  à  nos  littérateurs  populaires.  Mais  aujour- 
d'hui, traitant  des  sujets  analogues  à  ceux  qui  l'ont  été 
à  diverses  reprises  avec  tant  de  succès  par  nos  premiers 
lauréats,  il  leur  était  imposé  d'être  au  moins  à  la  hau- 
teur de  ceux-ci.  Après  l'coptnne  xo  V manège ,  après  lu 
pimonnî ,  après  grand  mère  à  Vviheme\  après  lu  Uncleu , 
etc.  ,   nous   devions  nous   montrer   plus  difficiles. 

Li  mowe  est  le  nom  de  la  fille  de  cabaret  qui ,  grâce  à 
ses  attraits  et  à  son  esprit,  tous  deux  plus  frelattés  encore 
que  sa  marchandise,  a  pour  mission  de  retenir  les  buveurs 
autour  de  son  comptoir.  L'auteur  l'a  peinte  avec  vérité  , 
avec  esprit  même,  et  nous  citerons  ce  portrait,  parce  que 
c'est  le  meilleur  passage  de  son  œuvre  : 


Louquîz  l'niowe ,  elle  esl  a  l'cangelette  ; 
Qu'elle  est  virlihe,  qu'elle  esl  agette , 
Et  comme  elle  si  sét  bin  r'tourner 
Seûe-t-il  po  rçur,  seûie-t-il  po  d'ner! 
Maie  ell  ni  roùveie  cou  qu*chaque  cantc 
A  l'hape,  ammi  l'disdut  lî  kmande; 
Elle  si  d'hombeûr  di  l'ahessî 
Sins  s'plainde  tli  çou  qu'on  l'a  kehessî. 
Bin  Ion  d'esse  musse,  elle  lî  mosteûre 
Tôt  l'siervant  ine  menue  pleinte  d'aweûre. 


—  37  — 

Elle  laii  voletî  hillcter  s'boteille, 

Ses  verr ,  ses  cuis ,  tôt'  ses  usteil  , 

Ca  die  sét  qui  c'est  l'pus  plaihante 

Di  lot'  les  musiqu'  po  ses  cante. 

Si  quéqu'onq'  dibitt'  ine  sottreie  . 

Elle  n'el  ôt  màie  qu'elle  n'ennès  reic, 

Tôt  riant  d'ine  si  foireeie  manîre , 

Qui ,  sins  v'mari  vos  |>olez  dire 

Qu'elle  n'el  fait  po  rin  qu'po  fiestî 

Li  buveû  et  po  fer  s'mestî. 

Louquîz  comme  elle  est  racocheteie , 

Gaie  et  frissemint  atitoteie. 

Si  vos  l'veyî,  quand,  à  l'aireûre, 

Po  l'prumîrc  feie  elle  si  mosteûre  , 

Qu'à  poiic  elle  vint  di  s'dicoueki , 

Qu'elle  ni  s'at  nin  èco  wâkî , 

Qu'elle  al  moussî  s'foircrehowc  cote 

Rapèceteie  avou  des  clicotte  . 

A   brinbàte  et  totc  dieoweie 

Avou  des  châsse  qui  sont  traweie  , 

Vos  l'prindril  à  si  distante  mènne 

Po  ine  chawe  on  po  ine  halenne; 

El  nouk  adon  même ,  j'el  wag'reùt , 

Avou  l'èkneie,  ni  l'adusereût. 

Mais  cl  là  malin  ei  n'est  pu  eial. 

Li  pèneuse  et  r'grigneie  houpralle, 

Comme  on  pàvion  quand  vint  l'osté, 

Elle  s'at  d'halé  d'  ses  màsistés  : 

Elle  a  -i  Imi  arringî  s'tiesse 

Qu'elle  n'a  non  ch'vè  qui  n'seuïc  es  s'plèce. 


Comme  le  lecteur  a  pu  s'en  convaincre,  ces  vers,  malgré 
quelques  défauts,  ne  sortent  pas  d'une  plume  inhabile. 
Mais  que  de  longueurs  !  Pour  arriver  à  ce  passage,  il  nous 
faut  traverser  cinq  énormes  pages  de  description  du  ca- 
baret, entremêlées  de  réflexions  morales,  quelquefois  un 
peu   lourdes  et  privées   de  mouvement  ;    après  d'autres 


—  38  — 

longueurs,  nous  arrivons  à  un  apologue  emprunté  au 
monde  romain  qui  termine  la  pièce.  Outre  qu'elle  manque 
d'esprit  et  d'à-propos  ,  cette  moralité  cadre  absolument 
trop  peu  avec  le  sujet  auquel  elle  s'applique.  L'œuvre  n'a 
pas  été  conçue;  il  n'y  a  ni  plan,  ni  ordonnance  des  détails. 
A  l'auteur  de  li  moioe,  nous  dirons':  Vous  avez  de  l'obser- 
vation ,  vous  possédez  très-bien  la  langue  wallonne; 
courage,  un  peu  d'effort,  et  nous  aurons  le  honneur  de 
vous  compter  bientôt  au  nombre  de  nos  lauréats. 

Les  coquelî  ont  toujours  beaucoup  t'ait  parler  d'eux  au 
pays  de  Liège  ,  mais  particulièrement  aujourd'hui  que  les 
réclamations  sur  la  liberté  des  combats  de  coqs  ont  franchi 
le  seuil  de  nos  assemblées  délibérantes.  Aussi  ne  sommes- 
nous  pas  tâchés  de  les  voir  de  près,  et  franchement  le  por- 
trait n'est  pas  flatteur,  parce  qu'il  est  vrai  sans  doute 
Mathias  vient  emprunter  un  coq  à  Hinri,  po  nbatt  à 
l'Wache  conte  onjori  bleu.  Hinri  lui  répond  : 


Vos  estez  ma  tourné;  mi  coq  est  promettent, 

I  s'batt'  d'hoûïe  es  n'hut  joùs  es  viége  di  Wihou. 

Si  v' volez  hasarder  inn'  pitit'  somm'  so  s'tiesse , 

Vos  estez  quâzî  silr  de  r'gangnî  vos  quinze  pèees. 

In'  si  batt'  nin  por  mi,  mais  nos  estans  convenou 

Qui  je  pous  mett  vingt  cinq  et  co   pus  si  ji  vou. 

Si  v'volez  n'nès  mett,  quinze,  mi,  j'ennè  mettre  dîhe 

Vos  savez  qu'c'est  on  coq  qu'a  n'jambe  comme  in  corîhe, 

Qu'est  ossi  vif  qui  l'poûr,  qui  n'pite  jamais  (sic)  a  i'à 

Et  qui  v'chesse  on  côp  d'patf  comme  on  côp  d'pî  di  ch'và. 

I  va  jonte  iue  veille  claque  qui  s'al  battou  deux  feie 

Et  '||M'SI   r'eraindou  vers  là  comme  ine  méchante  usteye. 


—  39  — 

Mais  vos  veurez 
Si  v'sy  allez 

Qui  quand  cicial  li  chesserel  ine  voleie 

El  va  trawer  comme  in'  makeie, 
El  ji  n'crains  nin 
Di  pielt'  l'àrgint 

Qui  ji  von''  mett'  po  m'pàrt  es  l'wageùre. 
Si  l'hazârd  voul 
Qui  seûïe  battou, 

Nus  porans  dire  qui  n's  avans  mâle  aweûre. 
Et  m'grand  coûtai, 
Vil.'  su  s'  haïrai 

Li  apprindret  ;i  n'pus  jower  d'malheûr! 


Nous  ne  sommes  pas  peu  surpris  d'entendre  cette  dé- 
claration de  Hinri  :  tuer  son  coq  si  cher?  Oui.  car  il  veut 
renoncera  ce  jeu  cruel,  qui  n'inspire  que  des  sentiments 
indignes  de  l'homme  ,  qui  est  une  occasion  de  dépense  et 
de  déhanche  ,  bien  plus  (c'est  lui  qui  nous  fait  cet  aveu), 
(pii  a  souvent  conduit  les  coquelî  hors  du  droit  chemin. 
En  effet ,  Henri  et  Mathias  ,  évoquant  leurs  souvenirs, 
dévoilent  les  tricheries  de  toute  nature,  les  ruses  mal- 
honnêtes auxquelles  ils  avaient  sans  cesse  recours  autre- 
fois pour  gagner  leurs  paris.  La  conscience  de  Hinri 
proteste,  pas  trop  rigoureusement,  il  est  vrai,  car  nous 
l'avons  vu,  son  coq  si  batt  d'/iouïe  es  ?ihute.  Sera-ce  bien 
la  dernière  fois?  Serment  de  joueur  ou  d'ivrogne,  on  sait 
ce  que  vous  valez!  Notons  en  passant  que  s'il  y  a  là  une 
observation  juste  de  la  nature  humaine,  elle  est  bientôt 
détruite,  car,  en  annonçant  dès  le  début  qu'il  pariera  en- 
core,  Hinri  ôte  lui-même  toute  valeur  aux  conseils 
qu'il  donne  à  Mathias  de  renoncer  à  ce  passe-temps  im- 


—  40  — 

moral  et  coûteux.  Du  reste,  sincères  ou  non,  les  conseils 
de  Hinri  sont  perdus,  car  Mathias  termine  ainsi  : 

Hoûtez,  Hinri,  hoùtez  ,  vos  avez  bonne  raison. 
Mais  si  n's  avans  happé ,  on  nos  a  fait  pareie  ; 
J'a  d'on  bout  jusqu'à  l'aute  bin  hoûté  voss  sermon , 
Et  màgré  tôt  roula,  ji  tinrè  m'ccrlèbreie. 

Les  coqueli  sont  inférieurs  aux  pinsonnî  et  n'ont  pas 
la  même  verve  que  nous  admirions  l'an  dernier  dans  H 
tindeu.  Le  style  et  la  versification  nous  ont  aussi  paru  in- 
férieurs ,  mais  la  peinture  est  vraie  et  colorée ,  le  sujet 
possédé  à  fond  ,  et  c'est  bien  du  bon  wallon  liégeois. 
Voilà  pourquoi  nous  vous  proposons  d'accorder  à  l'auteur 
la  mention  honorable  avec  l'impression. 

Les  six  fables  qui  se  présentent  avec  l'épigraphe  : 
Et  Ion  la  la ,  ji  n'cile  noullu  ,  F  ci  qu  est  rogneû  qui 
s'çrette  ,  sont  une  déception  pour  nous.  Déjà  plusieurs 
fois  la  Société  a  ouvert  ce  genre  de  concours  et  il  sem- 
blerait que  la  malice  wallonne  et  la  verve  de  nos  poètes 
se  seraient  adaptées  plus  heureusement  à  ce  genre. 
C'est  encore  une  fois  partie  remise.  Il  y  a  dans  ce  choix 
de  bonnes  intentions ,  surtout  dans  la  composition  ;  mais 
la  mise  en  scène  est  très-faible  ,  le  style  traînant  et 
commun,  la  versification  mauvaise.  Or,  il  faut,  dans  les 
fables  surtout,  se  montrer  difficile  pour  les  qualités  et  la 
forme;  c'est  une  condition  sine  qua  non  du  genre. 


—  M  — 

Li  boubeu,  incontestablement  la  pins  jolie  poésie  de 
tout  ce  concours,  rappelle  beaucoup,  par  sa  nature  et  par 
la  façon  dont  ce  conte  est  écrit,  cette  charmante  légende 
du  sjjér  delvd d'Fair/aie,  (pic  nous  couronnions  avec  tant 
de  plaisir  il  y  a  un  an.  Ce  n'est  pas  à  nos  yeux  faire  un 
moindre  éloge  de  l'œuvre  d'aujourd'hui  que  de  la  com- 
parer à  celle  de  l'an  dernier,  car  tous  les  amis  des  lettres 
wallonnes  avaient  salué  dans  le  spér  dei 'va  d'Fawtaie  un 
petit  chef-d'œuvre. 

Selon  l'auteur,  et  selon  notre  honorable  secrétaire  dans 
son  Glossaire  des  houil leurs  liégeois,  H  boubeu  est  un 
esprit  malfaisant  qui  apparaît  aux  ouvriers  dans  les  mines. 
Son  vrai  nom  n'est-il  pas  plutôt  boublen  ?  Peu  importe 
pour  nous,  c'est  affaire  aux  linguistes  ,  et  nous  sommes 
devant  un  poëte.  Donc  boubeu  ou  boublen,  le  fils  du  péché 
et  d'une  macralle,  se  tient  caché  dans  la  bure  de  Mohe  et 
JFase.  Arnold  di  Romzeie  passe  à  cheval ,  emmenant  en 
croupe  sa  nouvelle  épouse,  la  jolie  Aguize  ;  les  deux  jeunes 
gens  s'aiment  et  sont  heureux  ;  mais  X boubeu  traverse  leur 
bonheur,  car  Aguize  a  méprisé  son  amour.  Il  se  précipite 
à  la  suite  du  jeune  couple,  esprit  invisible  attaché  à  un 
tourbillon  qui  lui  sert  de  monture  ,  et  il  souffle  à  l'oreille 
de  la  jeune  femme  sa  passion  et  ses  menaces.  Aguize, 
saisie  d'effroi ,  comme  l'enfant  de  la  ballade  allemande, 
demande  secours  à  son  époux,  qui  ne  conçoit  rien  à  ses 
terreurs  ,  car  il  ne  voit  et  n'entend  pas  li  boubeu.  Mais 
celui-ci  menace  toujours  :  le  drame  commence  bientôt  et 
l'esprit  malfaisant  réalise  ses  criminels  desseins.  Aguize 
tombe  de  cheval. 


—  42  — 

Et  l'bouben,  don  foirt  hion, 
Apoclie  foù  de  tonbion; 
Vitjreùs ,  hâbiese,  mùsaivc, 
I  hanie ,  li  same  à  l'gêve, 
Aguise  ,  drî ,  è  hatrai; 
Lèie,  tote  èsèpêie,  brait; 
Et  s'  dolente  èclameûre 
Resdonde  avâ  l'planeûré» 
El  s'a  de  cop  pâmé; 
Si  song  k'cst  ovinne* 
S'at  aresté  è  s'coùse 
So  l'tïmps  ki  l'hanieûre  hoûse; 
Et  s'bai  coirps  sipani 
l)i  si  ameûre,  est  puni 
Jusqu'à  cour  del  myole 
Ploie  et  s'  clinche  eonte  Arnol. 


Arnold,  éperdu,  rappelle  Aguize  à  la  vie;  il  ne  peut 
croire  à  tant  de  malheur  ;  tout-à-coup  un  bruit  étrange 
frappe  son  oreille;  c'est  encore  li  ùo/iôen,  qui,  non  content 
d'avoir  commis  le  crime  ,  exhale  sa  joie  sardonique  en 
criant  à  celui  qu'il  a  rendu  malheureux  : 


Vo  m' là  vingî ,  Romezêie  ; 
Ti  bell'  jùne  sipozôic 
Ti  n'poirès  puz  l'aveûr  : 
EU'  est  moite  à  ciste  beûre. 
On  n'wànië  rin,  t'el  veùs  ben, 
A  d'haver  on  bouben  , 
Ca  ci  d'zeûtrain  monde  cial 
Corne  l'infier  est  à  diale. 


Cette  légende  est  beaucoup  moins  poétique  que  celle 
Auspére;  li  spére  était  puni,  mais  il  avait  été  coupable. 
Aguize  ne  le  fut  jamais  Cette  poursuite  du  mauvais 
esprit   attaquant   la  jeune  fille   reste    inexplicable    pour 


—  43  ~ 

nous.  C'est  un  épisode  d'un  drame,  mais  pas  un  drame 
en  lui-même. 

Le  vers  est  bien  frappé,  imagé,  poétique.  L'auteur  a 
fait  preuve  d'une  grande  science  de  la  langue  wallonne; 
mais  son  goût  d'archaïsme  l'a  poussé  parfois  trop  loin. 
Ajoutez-y  une  orthographe  très-difficile  ,  et  vous  ne  serez 
pas  surpris  quand  nous  vous  dirons  que  souvent  nous 
étions  arrêtés  dans  notre  lecture  par  la  difficulté  de  com- 
prendre. Quand  cette  pièce  sera  publiée,  il  serait  bon  que 
l'auteur  changent  quelques  mots  ou  du  moins  les  ex- 
pliquât par  des  notes. 

Quoi  qu'il  en  soit,  li  bouben  est  une  œuvre  très-remar- 
quable à  plus  d'un  titre  ,  et  si  elle  n'atteint  pas  au  pre- 
mier rang,  elle  brille  cependant  d'un  vif  éclat.  Nous  vous 
proposons  donc  de  lui  accorder  un  second  prix  ,  avec 
médaille  d'urgent. 

Hélas!  il  nous  reste  peu  de  choses  à  dire.  Le  12e 
concours,  celui  à  qui  nous  avons  dû  les  plus  riches  joyaux 
de  notre  Muse  wallonne  ,  nous  a  apporté  cette  année  un 
très-maigre  contingent.  Des  cinq  pièces  que  nous  avons 
citées  tout -à-l' heure,  nous  pourrions  vous  montrer  faci- 
lement les  défauts  nombreux  et  saillants.  Peut-être,  en 
cherchant  bien,  pourrions-nous  citer  quelques  bonnes  in- 
tentions, traduites  avec  un  peu  de  bonheur  ;  ,  mais  nos 
éloges  seraient  trop  rares  et  nos  critiques  trop  nom- 
breuses. Ne  les  disons  donc  pas  et  réservons  les  unes 
et  les  autres  pour  l'an  prochain,  avec  l'espoir  d'un  meilleur 
s  accès. 


—   44 


En  conséquence,   nous  vous  proposons   d'accorder   le 
2e  prix  à  li  botiben  et  la  mention  honorable  à  les  coquelî. 

Les  membres  du  jury  , 

T.  Fuss, 

N.  Defrecheux  , 

A.  Bury, 

F.  ClIAUMONT, 

et  Cn.   Aug.   Desoer  ,   rapporteur. 
14  avril   1866. 


Les  conclusions  du  jury  ont  été  adoptées  par  la  Société, 
dans  sa  séance  du  16  avril  1866. 

L'ouverture  des  billets  cachetés  a  fait  connaître  que 
l'auteur  de  H  Bouben  est  M.  Gustave  Magnée,  et  celui  de 
les  Coquelî,  M.  J.  G.  Delarge. 


LES    COQUELI  i1) 


Il  est  plu* aisé  de  garder  do  lionnes  mœur-  '|u<'.    le 
mettre  un    terma   aux   mauvaises. 

J-.i.   Rousseau. 


MATH  LYS. 

Ji  v'vins  veï,  Hinri,  vive  les  veïès  k'nohanse, 
Inte  des  vîx  camarade,  vos  savez  qu'on  s'deut  n'danse, 
Et,  quoi  qu'on  n'si  veuse  mâie  qu'ine  feie  par  occasion 
Qwan  on  s'veut  voltî  d'près,  on  s'estème  ottant  d'Ion. 
J'a  bouïe  mesâhe  di  vos.  J'esteus-t-hir  en  ribotte, 
Qwan  j'a  on  pau  pek'té  vos  savez  qui  j'barbotte 
Di  trime,  di  trame,  di  si  et  d'ià; 

On  jasa  d'colèbreille , 

Kl  mi  ji  fas  l'biestreïe 
Qui  m'amone  (liiez  vos,  po  m'sèchi  d'imbarras. 
J'a  égagî  on  coq,  po  1er  batte  à  Bellaire, 
El  ji  m'aspôïe  sor  vos,  po  cisse  pitite  affaire. 
J'aveus-t-on  jône  flori  ( 2)  qu'il  n'y  aveut  rin  d'pus  bai , 
Belle  patte,  bon  esporon,  gros  coirp  et  foirt  hatrai , 
Capâbe  de  joute  sins  pône  li  pirou  d'tote  li  veille, 
On  coq,  qwan  il  s'dressîf  qu'esteul  dreul  comme  inebeille(s) 

(  '  )  L'e  muet  est  élidd  dans  la  prononciation  dos  mois  qui  ont  plus  d'une  syllabe. 
(2)  De  trois  couleurs  différent! 
I  •  i)  Quille. 


—  46  — 

Qui  pittef  ossi  jusse  qui  l'halle  d'on  bon  tireu  : 
Il  a  hîr  tourné  moirt  à  casse  d'esse  trop  plein  d't'eu. 
Il  oïdimanef  mi  vîk,  qu'esteut  co  fleur  di  biesse, 
Li  prumî  des  tourneu  (  '  )  po  savu  cacliî  s'tiesse, 

Q'aveut  des  espovou 

D'on  pauce  et  d'mèie  di  long, 
Ji  l'a  lèï  cori  quéque  joûs  d'vins  l'voisinège, 
On  z-a  jeté  après,  on  li  a  cassé  l'bèche. 
Li  treuzeime  qu'esteut  onk  qui  v'nef  fou  di  m'flori 
Et  d'ine  jône  poïlle  anglèso  qui  j'avcus  lait  riveni 
Esteut  mettou  à  posse  (2)  divins  n'cinse  à  Joupeille 

Je  l'vèiéf  l'oirt  voltî, 

On  joû  qu'je  l'I'as  saï 
Il  v'na  chanter  so  m'main,  divant  d'aller  es  l' treille. 
On  les  r'prinda  po  bouf  ( 3  )  main  l'meune  aveu  l'bai  jeu. 

Qwinze  joû  pus  tard, 

Ji  r'priuds  m'gaillard 

Po  l'tinre  tôt  seu  ; 

Et  ji  l'égage 

Po  s'balte  à  l'Wache  (4) 

Conte  on  jône  bleu. 
Les  rôlette  qui  v'nît  fous  des  poche 
Estît  turtote  so  l'tiesse  di  m'roge. 

J'aveus  qwinze  pèce  dissus 

Et  j'voléf  co  mette  pus 

Tellemint  je  l'vèïéf  batte, 

Qwan  1  malheur  arriva 

Qui  l'bleu  li  eppoirta 

Li  dreut  oùïl  d'on  cop  d'patte. 

(*)  Tourneu.  Expression  de  l'amateur,  pour  dire  que  son  coq  sait  se  garantir  en 
tournant  et  en  poussant  la  tète  sous  l'aile  de  son  adversaire. 
(2)  En  pension. 

(a)  Po  bouf.  Pour  partie  égale,  sans  gain  ni  perte. 
(  *  )   U'tuhe.  Endroit  du  nom  d'une  ferme  située  à  Jupille. 


—  Al  — 

On  nTètinda  tnaïe  braire  (4  )  main  il  cora  à  vège  (2), 
Li  pauve  biesse  pleinte  di  songue,  pierda  foice  et  corège; 

Mes  qwinze  pcoc  en'  u'alit 

Et  c'est  po  les  r'gangnî 

Qui  j'a  hîr  ègagî 

On  coq  po  s'batte  dimègne, 

El  ji  so  y'ikhi  d'iez  vos 

Po  avu  vosse  vîx  gros 

Qui  les  pettrè  turtos 

Sins  jamais  fer  nulle  hègne  ; 
Ga  v'savez  l'pielle des  coq,  si  n'est  iiîn  sin  raison 
Qui  tos  les  colèbcu  l'ioumel  Napoléon  (*). 
11  n'eraindéf  qui  l'Agneu(*),rDragondôr(s)et  l'Grossëbotte 
Il  sont  div'nou  trop  vîx,  si  n'es!  pus  qu'des  harotte, 
Et  tos  les  ci  d'astheur  qui  s'rissaïeront  avou 
Y  lairont  les  hozette  et  seront  vite  batou. 
Vola,  Hinri,  vola  li  sujet  qui  m'amonne, 
Vos  m'allez  d'né  vos  coq,  et  nos  frans  bien  essonne. 


IIMU. 


Vos  estes  ma  tourné,  mi  coq  est  promettou 
Il  s'batte  d'hoûie  es  n'hût  joù  es  viège  di  Wihou, 
Si  v' volez  hasarder  ine  pitite  somme  so  s'tiesse, 
Vos  estes  càzî  sûr  de  r'gangnî  vos  qwinze  pèce. 
Il  ii'si  batte  nin  por  mi,  main  nos  estans  convenou 
Quij'ès  pout  mette  vingt-cinq,  et  co  pus  si  ji  voux. 

ires  ion  de  l'amateur,  quand  lec  iq  cric  pour  se  déclarer  vaincu. 

•     Expression  de  l'amateur,  quand  l i  veul  se  sauver  pour  son  adversaire. 

N  ims  de  quelques  coqs  célèbres,  connus  de  tous  les  amateurs. 

I  1:1.  M.  1,1. 

là.  [d.  Id. 

'■,    1,1.  1,1.  1,1. 


48 


Si  v'volez  n'es  mette  qwinze,  mi  je  n'es  mettre  dîhe. 
Vos  savez  qu'c'est  on  coq,  qu'à  n'jambe  comme  ine  corîhe, 
Qu'est  ossi  vif  qui  l'poùre,  qui  n'pitte  jamais  à  fà 
Et  qui  v'chesse  on  cop  d'patte,  comme  on  cop  d'pîd  di  ch'vâ. 
Il  va  joute  ine  veille  claque  (')  qui  s'a  battou  deux  feïe, 
Et  qu'est  r'craindou  vers-là  comme  ine  méchante  usteïlle. 

Main  vos  veurez 

Si  v's'y  allez 
Qui  qwan  cicial  li  chesseret  ine  volée 
El  va  trawé  comme  ine  makèe; 

Et  ji  n'erains  nin 

De  piette  l'ârgint 
Qui  ji  vorè  mette  po  m'pârt  es  l'wageure, 

Si  l'hasard  vout 

Qui  seuie  battou 
Nos  porans  dire  qui  n's  avans  mâle  aweure  ; 

Et  m'grand  coûtai, 

Vite  so  s'hatrai, 
Li  apprindreut  à  n'pus  jower  d'malheur. 
D'ailleurs,  j'ès  vous  fini,  j'a  trop  ma  jowé  m'jeu, 
Les  coquelî,  les  oûhelî  et  tos  les  colèbeu 
Négliget  leus  ovrège,  et  ji  rik'nohe  asteur 
Totes  les  biestreïe  qu'on  fait  qwan  on  z'est  amateur. 
Cotraze  feie  so  n'eampagne  (-)  on  s'trouve  imbarassé, 
Qwan  on  gagne  noùf  dix  francs,  c'est  po  fer  l'forsôlé  ; 
Et  si  on  piède  des  cens,  li  feumme  moue  si  arège, 
On  va  heure  et  wagî  çou  qui  fât  es  manège, 
On  n'ouveure  nin  l'iondi,  l'mardi  on  z-est  k'pagneté 
Il  fât  r'prinde  de  poïèche,  on  heut  n'gotte  po  s'santé 
S'il  arrive  on  coquelî,  on  fait  co  des  wageure, 
C'est  tournée  so  tournée,  qwan  on  wage  il  fât  heure  , 

(')  Claque.  Coq  auquel  on  n'a  pas  ôté  la  crête. 

(-1  Expression  de  l'amateur,  un  hiver,  le  temps  où  l'un  fuit  battre  les  coqs. 


—  49  — 

Et  c'n'est  qui  lWrkidi,  lot  bômel  ou  toi  rend 

Qu'on  r'prindnème  ou  l'martai,commes'onprindéfine  creux. 

Ji  so  nâhi  d'ooula,  ji  vous  viké  es  paie 

Et  sûre  li  spot  qui  dit  :  Il  vàt  mi  tard  qui  màïe. 

MATHIAS. 

Kimiiit  qu'vos  v'ià  div'nou,  vos  l'prumî  dos  trimeleu 

Lèî  là  l'colèbrèïe  ainsi  sins  fer  nou  pieu  ; 

Jaser  conte  les  coquelî ,  oh  !  ji  n'vis  sareut  creure 

Po  les  blâmer  ainsi,  il  fàt  esse  en'  erreur  ; 

\  os  savez  bin  comme  mi,  qu'c'est  on  foirt  baî  passe-timps 

Et  qu'à  l'homme,  joue  ou  vîx,  il  fàt  quéqu'  amusemint, 

Koirez-m'  on  pau  pu  baî  qu'in  amateur  di  coq, 

Qu'èva  l'dimègne  tôt  frisse  avou  n'belle  pipe  es  s'bok  ; 

Deux  homme  po  poirier  s'bot,  ses  poches  rimplèïes  d'àrgint 

On  p'tit  bordon  ferré,  l'nâlî  âtoû  di  s'main. 

Li  cour  rimpli  d'espoîr,  il  arrive  dilez  l'batte, 

Il  louke  si  s'coq  bêche  bin,  s'il  a  on  bon  côp  d'patte 

S'il  veut  qu'  l'aute  es  l'battrè,  Il  wage  po  l'rivingî 

Il  fàt  esse  raisonnàbe,  on  n'pout  lot  fer  gangnî  ; 

«  Hasard,  hasette, 

Ou  gagne  on  piette  » 
Main  s'il  veut  à  contraire  qui  s'coq  battre  cila 
Il  wage  po  tote  si  poche  et  dobèle  çou  qu'il  a. 
Après  l'combat  fini,  on  beut  on  verre,  on  rèïe, 
On  colèbèc  essonne  des  coq  et  des  feumerèïe, 
Et,  vès  dix  heure  et  d'mèe,  on  n'erva  tôt  doucemint, 
S'èwalpé  es  s'bèdreille  et  s'èdoirmi  contint. 

iiixni. 

Qui  v's  ètindreut,  Mathias,  qui  hoûtreut  vos  conseil 
Trouvereut  d'vins  l'colèbrèille  on  plaisir  sins  pareil. 

4 


_  50  — 

Wisse  qui  ji  veus  de  ma,  v'trovez  des  qualité 

Vos  conte  frît  r'prinde  de  gosse,  â  ci  qu'es  n'est  d'gosté, 

Main  d'hez-nï  si  l'homme  d'honneur  qui  kuire  à  fer  si  d'voîr 

Irè  1er  batte  deux  biesse,  qui  n'ont  maïe  fait  nou  toirt. 

Por  mi,  ji  creus  qu'neni,  et,  d'vins  l'bon  raisonemint 

A  nombe  des  colèbeu,  on  trouve  pau  d'bravès  gins. 

Si  j'esteus-t-â  pouvoir,  po  l'bih  de  peupe  ètir 

A  sujet  des  coquelî ,  j'àreus  aute-choi  à  dire, 

Et  so  quéques  année,  vos  veurîz  qu'avou  m'plan, 

Les  colèbeu  zel-mêroe,  distounerît  leus  èfan, 

Il  n'y  areut  pus  mèsâhe  di  d'finse  ni  d'plaîtîrèïe, 

Vos  porîz  tinre  des  coq  vosse  mohone  tote  rimpleïe. 

Vos  v's  ètindrîz 

Comme  vos  vorîz 
Avou  vosse  eolèbrèïe ,  et  fer  batte  ou  nin  batte, 
Si  sereut  voste  affaire  comme  treus  et  eune  font  qwate, 
Main  po  vos  coq  di  sort,  vos  donrît  tôt  bonemint 
On  dreut  d'qwinze  franc  par  tiesse  à  nosse  governumint, 
Ca,  il  sereut  pus  jusse,  qui  v'pàïerîz  so  vos  biesse 
Qui  l'chesseu  qu'a  s'port-d'armc,  de  païs  po  s'ehin  d'chesse; 
Ji  creus  qu'avou  coula,  chaque  amateur  dîreut 
Mettans  l'coq  es  l'marmitte,  c'est  là  qu'il  est  l'mêïeu. 
Main,  j'vins  de  parler  d'chesse,  continuans  l'discours, 
Ji  poche  d'ine  cohe  so  Faute,  hoûtez  ,  ji  serè  court. 
Nos  r'vairans  co  tôt  rate  à  jàser  des  coquelî 
Qwan  j'arè  dit  quéqu'  mot,  de  l'chesse  et  des  oùhelî  ('). 
Vos  v'sovenez  bin  comme  mi,  di  nos  taprèîe  à  l'àwe, 
Hoûïe,  rin  qui  d'y  pinser,  ji  sins  m'cour  qui  d'vins  flâwe. 
On  prindéf  li  pauve  biesse,  on  l'pindéf  po  l'hatraî, 
On  lî  frohîf  les  patte  po  l'choquî  es  herpaî, 

(*)  Amateur  d'oiseaux. 


—  51   — 

Tant  qu'avou  les  côp  d'céle  (')  qui  nos  tapîs  sor  lèïe 

F.llf  moréf  à  p'tit  feu  ,  d'vins  n'terribe  langonèïe. 

àsteur,  c'est  bin  aute-choi,  li  chesseu  prind  s'fisiquc, 

Poite  coula  so  li  s'pale  comme  ine  précieuse  erlique, 

Et  n'feïe  so  l'boird  di  l'aiwe  es  l'sèche  fous  di  s'fôraî 

Et  s'amuse  à  tirer  des  ènocins  ouhai, 

Des  aronche,  des  erchîche,  qui  touwèt  chaque  année 

Des  cint  d'million  d'mohette  qui  magnerît  nos  dinrèe, 

Et  qu'on  fait  co  cint  heure,  po  riv'ni  l'coûr  joïeux, 

Kichessî  les  arègne  et  covcr  d'sos  nos  teu. 

Douce  kipagnèïe  di  l'homme  qui  n'fait  qu'  de  bin  sol'terre, 

A  pone  es-t-elle  riv'nowe  qui  v'ià  qu'on  li  fait  l'guerre. 

Vos  l'vèïez  d'hinde  so  l'Mouse  quéque  fêïe  a  baî  moumint, 

Qui  s'nièe  est  rimpleïe  di  jône  qui  morel  d'faim. 

Coula  fait  sonner  Pcour,  et  nos  haut  fonctionnaire 

Divrit  poirter  n'ditinse  d'èvoï  l'poure  es  l'air, 

Po  tirer  tôt  aute-choi  qu'les  bais  et  bons  jublî 

Qui  l'Providince  avôîe,  et  qu'tot  l'monde  pout  magnî, 

Ou  po  distrure  les  biesse  qui  nos  loumans  sâvage 

Et  qui  n'fet  rin  so  l'terre  qui  d'y  fer  de  damage. 

Main  parlans  des  oûhelî,  j'a  déjà  s'tu  trop  Ion  ( 2) 

On  n'samuse  wère  à  1ère  les  long  (3)  conte  es  wallon. 

So  çoucial,  ji  wagereus  qui  v's  allez  mutoi  dire, 

Qu'on  pout  critiquer  tôt,  qwan  on  jâse  à  s'manîre, 

Certeinement,  on  l'pout  fer,  main  d'vins  tôt  cou  qu'ji  dit 

Jamais  l'homme  raisonnâbe,  ni  trouvera  qu'j'a  minti. 

Paciintez  jusqu'à  bout,  ji  vas  pôr  tèhe  mi  tcule. 

Qui  pinséf-v'  di  l'ouhelî,  qu'fait  ses  ouhai  aveule, 

Qui  sins  pitié  por  zel,  prind  on  fier  fous  de  feu, 


(  •  )  Céle.  Fer  long  et  pointu  emmanché  comme  une  lime ,  avec  lequel  on  jetait 
pour  couper  le  cou  à  l'oie. 
(*)  Loti,  loin. 
(5  )  Lonij,  long. 


52 


Que  l'freut  fruzi  lu  même  s'el  touchéf  di  ses  deugt, 

Et  l'approchant  des  ouïl  di  ses  p'tit  prisonnîr 

Les  prive  po  tote  leu  veïe  de  l'douce  clâté  de  cîr. 

Divreut-on  d'vins  noss  siéke,  wisse  qu'on  veut  l'instruccion, 

Si  s'pâde  po  tote  li  terre  divins  tote  les  nàcion, 

Permette  de  fer  souffri  des  pauvès  p'titès  biesse 

Qui  v'net  d'vins  les  bais  joû  ,  chanter  d'vans  nos  fignesse, 

Nos  ferrouvî  l'hiviér,  en'  n'aller  on  d'mèïe  an, 

Et  v'ni  r'chanter  so  l'àbe  qu'à  vèïou  leus  efan. 

Hureux  comme  li  sodart,  qui,  rivenant  d'à  l'armée, 

Riveût  l'clokî  qu'il  eimme,  dispôïe  bin  des  année. 

Ni  v'sonle-t-il  nin  qu'ine  loi  d'vreut  puni  sévèremint, 

Tos  ces  moudriheu  d'biesse  comme  des  méchantes  gins  ? 

Main  finihans  d'çoula,  ji  vins  dé  dire  torate , 

Qui  nos  r'jaserît  des  coq,  et  dé  cis  qu'les  fet  batte. 

Ji  vas  continuer  et  jàser  d'vos  et  d'mi  : 

Vola  bin  des  année  qui  nos  estans-t-ami, 

Ripassans  nosse  jônesse  et  câlculans  essonne 

Çou  qu'nos  avans  fait  d'mâ,  qwan  ji  pinse  co  ji  trôrme, 

Ca  les  treus  qwart  des  cens  qui  nos  avans  gangnî, 

Vos  l'savez  bin  comme  mi,  n'ont  nin  v'nou  sins  pèchî. 

Main  çou  qui  vint  dé  l'flute  en  n'erva  à  tabeur  ; 

Hoûïe,  il  fàt  raspargnî  po  rinde  çou  qu'on  z-a  pris , 

Mi  conscïince  mè  l'riproche  et  ji  veus  l'mâle  aweur, 

Mi  porsûre  tôt  costé  comme  on  màva  esprit; 

Ji  veus  todi  mes  fàte,  comme  on  feu  qui  blawetèe, 

A  d'divant  don  mireu, 
Ou  comme  on  neûr  âbion  qui  sovint  m'éwalpèe 

Et  qui  m'rind  paoureux. 
Li  ma  qui  n's  avans  fait,  comme  on  pan  chaud  so  m'coûr , 
Mi  tourmctte,  mi  tracasse  et  m'rind  todi  pus  lourd. 
Qwan  nos  avîs-t-on  coq  qui  d'véf  joute  on  bècheû, 
Nos  mettiz  d'vins  ses  plomme  on  poison  foirt  vilmeu , 


—  53  — 

L'aute  to  bêchant  80  s'tiesse  so  l'côp  s'èpoisonnéf , 

Et  dix  minute  après  plein  d'doleùr  il  moréf; 

On  d'héf  :  c'est  on  malheur,  li  songufi  lî  a  r'monté, 

Li  pauve  biesse  ni  deût  s'moirl  qu'à  s'grande  vivacité  : 

Et  nos  gangnî  les  cens  el  nos  n'es  fîz  l'pârtège, 

Comme  si  coula  nos  v'néf  di  dreût  d'quéqu'  héritège. 

Noz  avi  eliaqu'  ine  monte  qui  nos  avîz-t-acheté 

A  on  vix  juif  qui  l'diale  a  bin  sûr  époirté. 

L'aweille  de  l'vosse  marqué!' ine  minute  so  treûs  qwârt 

Et  tôt  fer  vos  brèîz  qu'elle  alléf  co  trop  tard; 

Li  meune  c'esteût  Fcontraire,  elle  rotéf  longinnemint , 

Po  marquer  les  minute  il  l'y  falléf  [tus  d'iimps; 

Qwan  les  deux  coq  estîl  so  pouf, 

El  qu'on  voléfles  r'prinde  po  bouf, 
Si  l'nosse  aveût  co  l'air  de  voleur  ripiter 

On  compté!' les  minute  so  m'monte  , 
Main  qwan  c'est  qu'cesteût  faute  qui  s'voléf  rècrester , 

Vos  mostrîz  l'vosse  tôt  v'dinant  n'ponte. 
Par  des  tour  di  voleur  nos  agrawîz  l'àrgint, 
Adon  nos  l'garlandîz  à  des  sots  amusemint. 
Vi  sovenéf  bin,  Mathias?  mi  j'mès  sovins  comme  hoûïe, 
Qwan  coula  m'passe  es  l'tiesse  les  lame  mi  v'net  as  oiïie  : 
Vos  avîz-t-on  vîx  coq  qu'on  louméf  li  Coucou , 
Et  mi  j'aveûst-on  jône  qui  n'a  màie  rin  valou  ; 
Nos  ègagîz  nos  deux,  main  nos  savîz  d'avance 
Qui  l'vosse,  à  treûs  côpd'patte,freûtrôleii'meunesos'panse. 
Tôt  l'monde  tinéf  li  vosse,  on  wagea  doze  cint  francs , 
Po  coviér  les  wageûre,  vos  m'dinîz  des  aîdans. 
Ji  wagea  conte  di  vos,  avou  vos  propès  cens' 
Tos  les  coquelî, 
Qui  nos  loukit 
Comptit  qu'essonne  nos  n'avîz  nin  k'nohance  ; 
Main  l'affaire  esteût  faite,  ca  d'on  certain  boisson, 


—  M  — 

Vos  avîz-t-à  vosse  coq,  fait  beûre  deux  treùs  gourgeon, 
Il  n'y  vèïéf  pus  gotte, 
Vosse  coucou 
Fout  battou, 
Cn-z-alla  beùre  li  gotte; 
Et  comme  c'esteût  conveuou 
Vos  m'diniz  treùs  cint  francs  et  vos  èpochî  Tresse, 
Et  nos  rivnîz  de  l'cîse  to  nos  t'nant  po  les  blesse. 

MATHIAS. 

Hoûtez,  Hinri,  boutez,  vos  avez  bonne  raison, 
Main  si  n's  avans  hapé,  on  nos  a  fait  pareille. 
«Ta  d'ôn  bout  jusqu'à  Faute  bin  bouté  vosse  sermon, 
Et  mâgré  tôt  coula,  ji  tinrè  m'colèbreille. 

MORALITÉ. 

((  Comme  li  voix  de  progrès  cesse  â  brut  de  canon , 
Tôt  bon  sintimint  moûrt  disos  l'voix  des  passion.  » 

6  novembre  1865. 


LI    BOUBIN. 


ItltlAf. 


Mir  brennt  der  Kopf,  das  Herz,  die  Leber-brennt. 
Ein  iiberteuflisch  Elément  ! 
Weil  spitziger  als  HôTlenfeuer  ! 
Drum  jammerl  ihr  so  ungeheuer 
Ungluckliche  Verliebte. 

Goethe,  Faust  ,  2'er  Theil  5'er.  Act. 


I 


A  l'sîze,  es  l'neûristé, 
On  ôt  on  ch'vâ  traf'ter; 
A  coùsse  il  gripe  li  thier; 
Tôt  àtoû  d'ses  qwate  lier 
Co  traze  blawette  blawetet, 
Co  traze  cawiai  spitet, 
Il  est  hansiant,  si  oùil  blamme 
El  s'coirps  foumèie  et  saine. 


11 


C'est  Arnold  di  Romesêie 

Avou  s'jône  siposêie; 

Li  tinristé  à  cour 

Rate  il  '1  ramone  es  s'coùrt; 

Lu,  tint  l'bride  divin  s'main 

Et  lèie  tôt  pawereûsemini , 

S'agrigeant  avou  s'bresse 

A  coirps  di  si  homme,  '1  abresse. 


TRADUCTION. 

A  la  veillée,  dans  l'obscurité, 
on  entend  un  cheval  galopper  ; 
en  hâte  il  grimpe  la  montagne  ; 
tout  autour  de  ses  quatre  l'ers 
encore  treize  étincelles  étin- 
cellent ,  encore  treize  cailloux 
jaillissent,  il  est  haletant,  son 
œil  flambe  et  son  corps  fume 
et  écume. 


C'est  Arnold  de  Romsée  avec 
sa  jeune  épouse; la  tendresse 
au  cœur  il  la  ramène  vite  dans 
son  manoir;  lui,  tient  la  bride 
en  main,  et  elle  tout  peureuse- 
ment s'acerochant  avec  le  bras 
au  corps  de  son  mari,  l'em- 
brasse. 


56 


III 

Aguisse  vola  s'dreût  no 
Et  Polard  si  sorno  : 
Foû  d'vîle  fowêie  hoïowe 
Aguisse  est  rik'nohowe 
Po  d'hinde  del  soûr  d'Ogî 
Li  ci  qui  tout  chergî 
D'ahoûte-r  di  s'iambène 
Li  d'seûve  di  vès  l'Ardenne. 

IV 

Wice  es  troûve-t-on  comme  lèie 
Qui  sèiesse  agalèie , 
Adawiante  et  foû  belle'.'' 
C'est  d'Lîge  li  pièle  des  pièle 
Et  s'pére  li  vî  Wârnî 
Est  avou  ses  bounî, 
Ses  ciuse,  ses  court,  ses  beui 
Et  ses  rinte  on  foûkeure. 


Tôt  dreût  porsûhant  s'vôie 
Li  haguenêie  dare  èsvôie; 
On  pau  pus  Ion  elle  passe 
Ad'lez  l'fosse  Mohe-et-Wasse. 
Diso  s'pid  qui  traftêie 
Tuîe  !i  coveleure  di  oumetêie 
El  l'rudinège  si  mône 
Jusqu'âx  d'zotraînès  vône. 


VI 

Rjohe-et-Wasse  c'est  l'meilleûx 
Boket  d'Wârnî  Fhouilleûx  ; 
Biu  soviet  il  '1  vinéve 
Rilould,  divalléve, 
Et  même,  co  pus  d'ine  lèie, 
On  aveût  vèiou  s'fèille, 
Qwittant  l'ioumîre  de  cîr, 
El  sure  oute  des  màliîre! 


Aguisse ,  voilà  son  vrai  nom 
et  Polard  sou  surnom  :  issue 
de  vieille  race ,  Aguisse  est  re- 
connue pour  descendre  de  la 
sœur  d'Ogier,  celui  qui  tut 
chargé  de  protéger  de  son  épée 
la  frontière  du  côté  de  l'Ar- 
denne. 


Où  eu  truuve-t-ou  comme 
elle  qui  soient  sémillantes,  at- 
trayantes et  extraordinairement 
belles?  C'est  la  perle  des  perles 
de  Liège,  et  son  père,  le  vieux 
Garnier,  est  avec  ses  bonniers, 
ses  fermes ,  ses  manoirs ,  ses 
bures  et  ses  rentes  un  million- 
naire. 


Tout  droit  poursuivant  sa 
route  la  haquenée  s'élance  ;  un 
peu  plus  loin  elle  passe  près 
de  la  l'osse  Mohe-et-Wasse. 
Sous  son  pied  qui  galôppe, 
toute  la  toiture  des  veines  re- 
tentit et  le  bruissement  se  pro- 
longe jusqu'aux  veines  infé- 
rieures. 


Mohe-et-Wasse, c'est  le  meil- 
leur morceau  de  Garnier  le 
bouilleur  ;  bien  souvent  il  ve- 
nait l'inspecter,  y  descendait, 
et  mémo  encore  plus  d'une  fois 
on  avait  vu  sa  tille,  quittant  la 
lumière  du  ciel,  le  suivre  à  tra- 
vers les  parois  du  bure. 


—  57 


VI! 

G'esl  là  qu'si  tint  caehî 
()nk  qui  s'pére  esl  Ppèchî  : 
Awatron  aMiie  maqueraile 
El  d'ine  lïerlêie  di  diale; 
On  boubin  qui  y  r'vint 
Kitràgnc  si  veie  divin 
Les  bacneure,  ea  Ploumîre 
Li  d'zaweure  les  iârmîre. 

VI  II 

ÈS  l'rù  grieùx  l'boubin 
Vike  et  s'ennès  trouve  bin  : 
Il  si  r'pahe  del  boûteneure 

(Jui  sùde  tôt  avàl'beure; 
Neûr,  grand  comme  mi  sottai, 
Evieûx,  musse,  mâie  ettâit 
Et  plein  d'niâlavisaiice 
Il  r'dohe  di  mûlignance. 

IX 

Es  beure  li  toûrsivèûx 
Fils  dèl  maqueraile  aveùt 
Awaiti  l'belle  Aguisse 
Cotiant  d'vin  les  rotice  : 
Di  s'baité  estèné 
El  tôt  èloviné 
Il  aveût  sintou  boûre 
L'ègealé  songue  di  s'coûr. 


X 


A  fond  di  s'neûre  eaterèie, 
Èèrestanl  ses  oreille, 
Es  haui  stichant  s'nàrène 
Et  tinglarit  tote  si  assène 
Li  boubin  sûteillemint 
Advènc,  rin  tanl  seùlemint 
Qu'à  or  trafter  l'monteure, 
Çou  qui  s'passe  so  l'planeure. 


C'est  la  que  se  tient  caché 
un  dont  le  père  est  le  péché  : 
avorton  d'une  sorcière  et  d'uni' 
bande  de  diables,  un  boubin 
qui  y  revient  traîne  sa  vie  dans 
les  galeries,  car  la  lumière  lui 
oblitère  les  veux. 


Dans  le  grisou  le  boubin  vit 
et  s'en  trouve  bien  :  il  se  nourrit 
de  la  vapeur  bitumineuse  qui 
suinte  par  tout  le  bure;  noir, 
grand  comme  un  sottai,  en- 
vieux, maussade,  jamais  con- 
tent et  plein  de  mauvaises  idées, 
il  regorge  de  méchanceté. 


Dans  le  bure,  le  fds  retors 
de  la  sorcière  avait  aperçu  la 
belle  Aguisse  circulant  dans  le 
parcours  des  galeries  :  frappé 
de  sa  beauté  et  entièrement 
fasciné,  il  avait  senti  bouillir 
le  sang  gelé  de  son  cœur. 


Au  fond  de  son  noir  taudis, 
dressant  ses  oreilles,  poussant 
son  nez  en  haut  et  tendant  toutes 
ses  facultés,  le  boubin,  d'une 
manière  intelligente  devine,rien 
seulement  qu'à  entendre  galoper 
la  monture,  ce  qui  se  passe  sur 
la  plaine. 


—  58 


XI 


Ine  baguante  jaloserèie, 
Inc  haïme  sins  pareille 
Lî  aspitet  es  cour 
Èse  el  vinet  lî  kmoûre. 
Ah  !  qu'il  àreût  èveie 
Di  s'dihaler  del  vèie! 
Mais  hoïou  d'diale,  li  moirt 
N'âreût  nolle  poulie  so  s'coirps, 

XII 

S'il  'lpolahe,  il  vâreût 
Co  mî  s'wêner  tôt  dreût 
Là  d'zeûr  fou  des  d'vinz-oûve 
Po  l'hore  d'arène  qui  d'hoùve 
Si  oûil  so  l'bassène  del  va , 
Et,  rak'sûhant  li  ch'vâ, 
Apîtî  l'coûr  d'Aguisse 
Avou  des  douces  d'visse. 

XIII 

C'est  coula,  haïe  èsvôie  ! 
Et  vo'l  là  qu'il  prind  l'vôie 
Qui  mène  foû  del  bacneure , 
Qu'il  dare  es  l'coûve  de  heure, 
Qu'il  broke  es  tôt  loué 
Sins  nolle  sogne  di  s'touer 
Et  qu'il  gripe  po  ine  roisse 
Tôt  jambiant  d'totes  ses  l'oice. 

XIV 

Frèhe,  dibrislé,  mâssî, 
Il  adiesse  à  moussî 
A  Ffin  foû  des  baumège 
Et  s'tindant  so  l'bârenège 
Li  vigreûseté  d'ses  sins, 
Il  qwîrt,  dihoûve  et  sint 
Arnold  avou  Aguisse 
Qui  haiet  les  bouhisse. 


Une  jalousie  mordante,  une 
haine  sans  pareille  lui  sur- 
gissent dans  le  cœur  et  vien- 
nent le  lui  broyer.  Ah!  qu'il 
aurait  envie  de  se  débarrasser 
de  la  vie!  mais  issu  de  diable , 
la  mort  n'aurait  aucune  puis- 
sance sur  son  corps. 


S'il  le  pouvait,  il  vaudrait  en- 
core mieux  se  hisser  immédia- 
tement là  au-dessus,  hors  de 
l'intérieur ,  par  le  canal  de  la 
galerie  de  décharge  qui  dé- 
couvre son  issue  sur  la  fon- 
drière du  vallon,  et,  atteignant 
le  cheval,  apitoyer  le  cœur  d'A- 
guisse avec  de  doux  discours. 


C'est  cela,  vite  en  route!  et 
le  voilà  qui  prend  le  chemin 
qui  conduit  hors  de  la  galerie 
qui  s'élance  dans  la  cuve  du 
bure ,  qui  se  précipite  en  tout 
lieu  sans  aucune  crainte  de  se 
tuer  et  qui  grimpe  par  une 
veine  montante  en  remuant  ses 
jambes  de  toutes  ses  forces. 


Mouillé,  éclaboussé,  sale,  il 
réussit  à  sortir  à  la  tin  des  ex- 
cavations et  étendant  sur  le 
voisinage  la  vigueur  de  ses 
sens,  il  cherche,  découvre  et 
sent  Arnold  avec  Aguisse  qui 
franchissent  les  broussailles. 


59  — 


XV 

Vo'l  là,  il  '1  aparçûl  : 

Ine  coûte  hapêie  si  oui]  sût , 

sins  pâpî,  l'jône  bâcelle  : 

A.'imi'  d'ange,  qu'elle  esl  belle! 

El  il  vôre  vos  s'costé 

Avon  l'agètisté 

I)i  l'agliginte  aronde 

Qui  vès  s'niêie  s'ènonde. 

XVI 

Qu'il  va  foirt,  qu'il  val  reûd! 
Ah  !  c'est  qu'il  d'mane  vigreûx 
Si  longtimps  qu'di  s'houillîre 

11  u'qwitle  niu  les  clawîre  : 
Ainsi  'I  ;i(  volou  Hiu. 
3Iais  s'foice  val  vanner  jus  : 
Conte  on  iià  l'cavalle  passe, 
C'est  l'rénâ  d'Mohe-et-Wasse. 

xvii 

Il  pout  eo  aseohî 
On  coron  sins  s'nâhî  ; 
A  l'fin  vola  qu'il  d'rène. 
Môr,  comme  li  haguenêie  renne  ! 
Bin  sûr  qu'elle  ode  li  s'tâ 
AViee  qu'elle  val  1er  testa  : 
Li  boubin  qu'elle  foircoûrt 
Di  foircihège  si  moûrt. 

XVIII 

Maistià  del  nàhislé 
Il  vat  d'veûr  s'arrester; 
Il  s'astâge,  il  d'fallihe, 
Il  jokèie,  il  gèmihe  ; 
De  côp  qu'il  s'v^ût  broketé, 
l»i  vire  et  d'mâvasté 
II  frohe  se-,  (lini  ossoule, 
Il  samêie  ■  '!  s'eoirps  ironie. 


La  voilà,  il  l'aperçoit  :  un 
court  laps  de  temps  son  œil 
suit  la  jeune  tille  sans  remuer 
la  paupière  :  amour  d'ange, 
qu'elle  est  belle!  et  il  se  préci- 
pite de  son  côté  avec  la  légè- 
reté de  l'hirondelle  active  qui 
s'élance  vers  sa  nichée. 


Qu'il  va  Tort,  qu'il  va  vite! 
Ali  !  c'est  qu'il  reste  vigoureux 
aussi  longtemps  qu'il  ne  quitte 
pas  les  limites  de  sa  houillère: 
ainsi  l'a  voulu  Dieu.  Mais  sa 
force  va  disparaître  :  contre  un 
poteau  la  jument  passe,  c'est 
la  borne  de  Mohe-et-Wasse. 


11  peut  encore  enjamber  un 
bout  sans  se  fatiguer;  à  la  tin 
voilà  qu'il  défaillit.  Morbleu, 
comme  la  haquenée  court! 
bien  sûr  qu'elle  flaire  l'écurie 
où  elle  va  faire  halte;  le  boubin 
qu'elle  laisse  derrière  elle  se 
meurt  d'efforts. 


Maîtrisé  par  la  fatigue,  il  va 
devoir  s'arrêter;  il  est  en  re- 
tard ,  il  faiblit ,  il  reste  eu  ar- 
rière, il  gémit  ;  dès  qu'il  se  voit 
surpassé,  d'obstination  et  de 
colère,  il  froisse  ses  dents 
l'une  contre  l'autre,  il  écume 
et  son  corps  tremble. 


60  — 


XIX 

Comme  il  n'pout  pus  cori, 
Li  diale  el  vint  s'cori  : 
lue  damabôme  qui  passe 
A  l'avîre  batte  carasse, 
Raie,  tôt  d'havant  s'pasai , 
Les  pîrre,  l'hièbe  et  l'mossai; 
Toûbièie  à  caracole, 
Poûsselêie,  hùsène  et  vole. 

XX 

So  ses  coisse  li  boubin 
Poche  et  s'y  agrige  bin; 
Il  hièclie  pindou  à  l'àwe 
So  les  ringuion  qu'elle  crâwe, 
Il  '1  sût  d'vin  ses  toûbion 
Qu'el  kihoiet  à  bion 
Et,  sins  keure  et  sins  sogne  , 
Conte  les  arresta  s'gogne. 

XXI 

Li  vint  soffèle  d'adreùt, 
Li  damabôme  vat  reîid, 
Sins  s'distoùrner  d'ine  gotte 
Elle  s'ahièche  so  l'arote 
Del  cope  qui  vat  traftant, 
Dismètant  qu'tot  s'boutant 
Es  haut,  l'iils  del  maqueralle 
S'aclape  conte  li  cavalle; 

XXII 

Et  d'ine  abaumêie  voix 

Dist  à  Aguisse  :  —  Poquoi 

Don,  belle  ange  de  Diu  d'glore, 

At-s'-richôkî  mi  amor; 

Ni  m'at-il  nin  wâgni 

Di  m'vèie  di  ti  adègnî 

Et  fàt-il  qu'ji  soffeure 

Di  cou  qu'ti  m'dishîffeure? 


Comme  il  ne  peut  plus  courir, 
le  diable  vient  le  secourir  ;  une 
trombe  qui  passe  bat  les  champs 
ai:  liasard ,  arraclie ,  en  écor- 
chant  son  sentier,  les  pierres, 
l'herbe  et  la  mousse,  tourbil- 
lonne en  spirale,  soulève  de  la 
poussière,  siffle  et  vole. 


Sur  ses  côtes,  le  boubin  saute 
et  s'y  accroche  bien;  il  traîne, 
pendu  comme  une  oie,  sur  les 
sillons  qu'elle  creuse  ;  il  la  su:t 
dans  ses  tourbillons  qui  le  se- 
couent par  saccades  et,  sans 
souci  et  sans  peur,  contre  les 
obstacles  se  heurte. 


Le  vent  souffle  convenable- 
ment ;  la  trombe  va  vite ,  sans 
se  détourner  de  peu  de  chose, 
elle  se  traîne  sur  la  trace  du 
couple  qui  va  galopant,  tandis 
qu'en  se  poussant  en  haut ,  le 
fils  de  la  sorcière  s'adosse 
contre  la  jument. 


Et  d'une  voix  caverneuse  dit 
à  Aguisse  :  —  Pourquoi  donc, 
bel  ange  du  Dieu  de  gloire,  as- 
tu  repoussé  mon  amour;  ne 
m'a-t-il  pas  mérité  de  me  voir 
favorisé  par  toi  et  faut-il  que 
je  souffre  de  ce  que  tu  me  mé- 
prises ? 


61  — 


XXIII 

Mi  qu'estant  ine  esprit 
N'est  nin  l'ait  po  mori, 
Mi  qu'ai  ine  si  grande  poulie, 
Mi  qui  k'nolie  les  roudrouhe 
Et  les  gîse  îles  naènerèie, 
Mi  qui  mono  et  maistrèie, 
Sins  qu'on  'Isèpe  et  à  m'vîre, 
Les  porchcsse  del  houillîre. 

XXIV 

Aguisse  qu'el  at  hoûté, 
Divin  s'déçênîsté 
Estant  ak'sûte,  treffèle. 

—  Arnold!  Arnold!  dist-clle, 
Avét-v'  torate  oïou 

Çou  qu'là  podrî  l'chaipiou 
Diale  qui  d'mane  es  l'houillîre 
Ni  s'at  nin  hontî  d'dîre? 

XXV 

—  Ji  a'ôt,  q'  veût-j'  rin  di  s'fait  : 
Sûr  qu 'ine  houprale  at  fait, 
Tôt  frohant  l'heûve  d'on  côre, 
Li  samerou  qu'on  vint  d'ôr; 
Sur  qui  c  n'est  qu'ine  beûlêie, 
Rin  qu'on  s'pïon  d'nùlèie 

Qui  cotèie  es  l'airège, 

Rin  qu'on  trompâve  blawetège. 

XXVI 

— Vins  don, vins,bellejônefeille! 
Rin  qu'à  l'hape,  po  ine  fèie, 
On  moumint, d'vin  mes  brosse. 
Qwand  so  m'haul  coûkantt'tiesse 
Sins  èhale  ji  t'ioukeret, 
A  m'binâhe  ji  pouherel 
Es  feû  di  tinre  loukeuro 
Li  pus  k'pagnetante  aweurc 


Moi  qui,  étant  un  esprit,  no 
suis  pas  l'ail  pour  mourir,  moi 
qui  ai  une  si  grande  puissance, 
moi  qui  connais  les  êtres  et  les 
gisements  des  mines,  moi  qui 
conduis  et  domine,  sans  qu'on 
le  sache  et  selon  mon  caprice, 
les  travaux  d'avancement  de  la 
houillère. 


Aguisse  qui  l'a  écouté,  étant 
atteinte  dans  sa  réserve,  tres- 
saille. —  Arnold  ,  Arnold,  dit- 
elle,  avez-vous  entendu  tantôt 
ce  que  la  derrière  le  diable 
chétif  qui  demeure  dans  la 
houillère  n'a  pas  eu  honte  de 
dire? 


—  Je  n'entends  et  ne  vois 
rien  de  semblable  :  certaine- 
ment qu'un  cîiat-huant  a  l'ait 
en  frôlant  le  feuillage  d'un  noi- 
setier le  bourdonnement  qu'on 
vient  d'entendre;  certainement 
que  ce  n'est  qu'une  raffale,  rien 
qu'un  fragment  de  nuage  qui 
circule  dans  l'atmosphère,  rien 
qu'un  éblouissement  trompeur. 

—  Viens  donc,  viens,  belle 
jeune  fille!  rien  qu'au  vol,  pour 
une  lois  un  moment  dans  mes 
bras  :  lorsque  sur  mou  giron 
couchant  la  tête  sans  embarras 
je  le  regarderai ,  pour  ma  sa- 
tisfaction  je  puiserai  dans  le 
feu  de  ion  tendre  regard  le  plus 
mis rant  bonheur. 


—  62  — 


XXVII 

—  Arnold,  Arnold,  boutez 
Çou  qu'dit  ciste  affronté 
Avou  ses  laids  messège 
Et  ses  haïâves  manecège  ; 
D'ei  ôr  ji  sot  nâhèie, 

Il  m'grîve  et  m'disqucûbèie, 
Vos  '1  divrît  fer  si  k'dûre 
Et  '1  espêchî  d'nos  sûre  ! 

XXVIII 

—  Oh  binamêie,  poquoi 
Crainde  ine  si  loigne  saquoi? 
Chessîz  ciste  avisance 

Qui  v'donne  del  displaihance. 

—  Arnold,  voltî  j'el  freût, 
Mais  vormint  ji  n'sâreût, 
Ca  j'ôt  et  j'veùt  ci  s'pére 
Qui  s'kihène  là  so  l'térre. 

XXIX 

—  Qu'av-v'di  keure?  ad'lez  mi 
Ni  r'dotez  nol  ennemi  : 
N'at-j'  nin  m'iambène  d'acîr 
Qui  pind  cial  à  m'bandelîre, 
Mi  crâwe  à  foûme  d'urson 
Accroketêie  a  mi  airçon 

Et  mi  p'tite  awehièie  dague 
Qui  hâgne  so  mi  stoumack? 

XXX 

—  Nonna,  ji  n'wâgneret  rin, 
J'el  veut  et  j'el  comprind; 

Ji  ti  d'mande  poquoi  m'fùre 
Et  di  t'haïme  m'ak'sûre? 
Oh!  ji  n'el  sot  qu'trop  bin! 
C'est  qu'ji  sot  on  boubin, 
C'est  qu'j'ahièche  li  liisdeure, 
L'angohe  et  l'màle  aweure. 


—  Arnold ,  Arnold  ,  ('coûtez 
ce  que  dit  cet  effronté  avec  ses 
vilains  propos  et  ses  détestables 
menaces;  je  suis  fatiguée  de 
l'entendre,  il  me  chagrine  et 
m'inqujète,  vous  devriez  l'o- 
bliger à  se  tenir  tranquille  et 
l'empêcher  de  nous  suivre  ! 


—  Oh!  bien-aimée, pourquoi 
craindre  une  si  folle  chose? 
Chassez  cette  idée  qui  vous 
donne  du  déplaisir. 

—  Arnold,  volontiers  je  le  fe- 
rais, mais  vraiment  je  ne  sau- 
rais, car  j'entends  et  je  vois  ce 
spectre  qui  s'agite  la  sur  la 
terre. 


—  Que  vous  importe?  auprès 
de  moi  ne  craignez  pas  d'en- 
nemi :  n'ai-je  pas  mon  épée 
d'acier  qui  pend  ici  à  mou  bau- 
drier, ma  massue  en  forme 
d'hérisson  accrochée  à  mon 
arçon,  et  ma  petite  dague  affilée 
qui  s'étale  sur  ma  poitrine? 


—  Non,  je  ne  gagnerai  rien  , 
je  le  vois  et  je  le  comprends; 
je  te  demande  pourquoi  me 
fuir  et  m'atteindre  de  ta  haine? 
Oh  !  je  ne  le  sais  que  trop  bien  ! 
c'est  que  je  suis  un  boubin, 
c'est  que  je  traîne  avec  moi 
l'effroi, l'angoisse  et  lemalheur. 


63  — 


XXXI 

A\\(\  t'at  p'chî  l'onnai 
Et  l'coûr  d'en  bai  jônai  : 
C'est  po  çou  qui  m'viaire 
Po  sûr  ni  t'ahâie  wère, 
C'est  qu'ji  sot  mâtoûrné, 
Laid,  crawé,  d'iamburné, 
C'est  qu'j'al  on  tôt  neûr  coirps 
El  qui  m'boke  flaire  li  moirt! 

XXXII 

Po  s'pârgnî  à  si  oreille 
D'ôrine  sit'aite  hanterèie, 
Di  s'sâie  Aguisse  s'affûle, 
Elle  s'aqwatihe  pàhûle 
Conte  les  s'pale  di  Romesêie, 
Et  là  l'jône  siposèie 
Voul  po  s'distriî  l'âme 
Tûser  à  s'ieune  di  lame. 

XXXIII 

—  Ah!  quelle  hâtaînisté! 
Ti  n'mi  vout  nin  hoûter 
Po  mostrer  li  d'hîffrège 
Qui  t'at  po  mes  messège; 
Si  ti  voléve  cangî, 
Li  gêriège  di  m'vingî 
Ni  m'vinreût  nin  à  make 
Ènaiwî  li  stoumacke  ; 

XXXIV 

Et  l'boubin  d'on  foirt  hion 
Apoche  fou  de  toûbion; 
Vigreûx,  hâbiesse,  mâ-saive, 
Il  tiagne,  li  same  à  l'gêve, 
Aguisse,  drî,  es  hattrait ; 
Lèie  tote  ècèpêie  brait 
Et  s'dolinte  èclameure 
Resdonde  avâ  l'planeure. 


Oui,  tu  préfères  l'anneau  et  le 
cœur  d'un  beau  jeune  homme  : 
c'est  parce  eue  mon  visage  as- 
surément ne  te  plaîl  guère, 
c'est  (lue  je  suis  difforme,  laid, 
rabougri,  délabré,  c'est  que  j'ai 
un  corps  tout  noir  et  que  ma 
bouche  pue  le  mort. 


Pour  épargner  à  son  oreille 
d'entendre  une  semblable  cour, 
Aguisse  s'affuble  de  sa  faille, 
elle  se  blottit  tranquille  contre 
les  épaules  de  Romsée,  et  là 
la  jeune  épouse  veut  pour  se 
distraire  l'âme  penser  à  sa  lune 
de  miel. 


—  Ali!  quel  orgueil!  tu  ne 
veux  pas  m'écouter  pour  mon- 
trer le  mépris  que  tu  as  pour 
mes  propos  ;  si  tu  voulais 
changer,  le  désir  de  me  venger 
ne  viendrait  pas  en  abondance 
m'inonder  la  poitrine  ; 


Et  le  boubin  par  un  tort  élan 
saute  hors  du  tourbillon  ;  vi- 
goureux, emporté,  frénétique, 
il  mord  ,  l'écume  à  la  bouche , 
Aguisse,  par  derrière,  dans  le 
cou;  elle,  toute  saisie  crie,  et 
sa  clameur  plaintive  retentit 
parmi  la  plaine. 


64  — 


XXXV 

Elle  s'at  de  côp  pâmé, 
Si  songue  qu'est  èvilnié 
S'at  arresté  es  s'coùsse 
Su  l'timps  qui  l'hagneure  housse, 
Et  s'bai  coirps  sipani 
Di  si  ameure  et  puni 
Jusqu'à  cour  del  méiolle, 
Ploie  et  s'clinche  conte  Arnold. 

XXXVI 

Cicial  tôt  estèné 
Si  r'toûne  et,  sins  wihener, 
Vèïant  s'feumme  eue  ine  blesse 
El  raskôie  inte  ses  bresse. 

—  Oh!  qu'il  dit,  ange  di  Diu! 
Qui  fét-v'?  vos  toumét  jus, 
Vos  m'èwarét  ;  qu'avét-v', 

Di  que  mèhin  soffrét-v'? 

XXXVII 

Il  '1  araîne  à  mâle  vât; 
Mais  il  ôt  so  li  ch'và, 
Sins  qu'rin  vinse  à  s'vèiège, 
On  foirsôlé  hahelège, 
Et  l'boubiu  qui  hignetèie 
D'ine  oiàve  voix  wignetêie 
ïot  s'clinchânt  ces  parole 
Divin  l'oreille  d'Arnold  : 

XXXVII 

—  Vo  rn'là  vingî ,  Romesêie  ! 
Ti  belle  jùne  siposêie, 

Tin'  poiret  pus  '1  aveùr; 
Elle  est  moite  à  ciste  heure  : 
On  n'wàgne  riu,  Tel  veut  biu, 
A  d'haver  on  boubin  ; 
Ca  ci  d'zeûtrain  monde  cial 
Comme  l'infier  est  à  diale. 


Elle  s'est  aussitôt  évanouie  ; 
son  sangqui  est  envenimé  s'est 
arrêté  dans  son  cours  pendant 
que  la  morsure  se  gonfle,  et 
son  beau  corps  privé  de  sa  vi- 
gueur et  infecté  jusqu'au  cœur 
de  lar  moelle ,  plie  et  s'incline 
contre  Arnold. 


Celui-ci, tout  surpris,  se  re- 
tourne, et,  sans  tarder,  voyant 
sa  femme  en  défaillance,  la 
recueille  dans  ses  bras.  Oh! 
dit-il,  ange  de  Dieu,  que  faites- 
vous?  Vous  tombez,  vous  m'ef- 
frayez; qu'avez-vous?  de  quel 
mal  souffrez-vous? 


Il  l'interroge  inutilement; 
mais  il  entend  sur  le  cheval, 
sans  que  rien  apparaisse  à  sa 
vue,  un  éclat  de  rire  extrava- 
gant et  le  boubin  qui  ricane, 
d'une  voix  qui  peut  s'entendre, 
glapit  en  se  penchant,  ces  pa- 
roles dans  l'oreille  d'Arnold  : 


—  Me  voilà  vengé,  Romsée! 
ta  belle  jeune  épouse,  tu  ne 
pourras  plus  l'avoir,  elle  est 
morte  à  cette  heure;  on  ne 
gagne  rien,  tu  le  vois  bien,  à 
braver  un  boubin  ;  car  ce  monde 
supérieur-ci,  comme  l'enfer, 
est  au  diable. 


CONCOURS  DE  1805. 


RAPPORT  RDJURIfSBR  LES  CONCOURS  V'à  1,  2,  3  ET  h  DU  PROfilAWft 


Messieurs  , 

La  Société  liégeoise  de  littérature  Wallonne  peut  encore 
une  fois  se  féliciter  des  travaux  que  font  naître  ses  con- 
cours. Elle  le  peut  d'autant  mieux  aujourd'hui  qu'elle  a 
reçu  des  mémoires  volumineux  sur  des  sujets  qui  ré- 
clament beaucoup  de  temps  et  beaucoup  de  zèle. 

On  ne  dira  pas  que  c'est  l'importance  des  prix  qui 
a  tenté  les  concurrents  ;  rien  n'est  plus  modeste  que 
les  récompenses  que  nous  pouvons  décerner.  Mais  pour 
ce  rude  labeur  qu'on  entreprend  à  la  poursuite  de  curio- 
sités archéologi'ques,  il   y  a  plus  d'un   noble  stimulant. 


—  66  — 

Outre  l'honneur  d'être  distingué  par  une  Société  qui 
ne  prodigue  pas  ses  palmes,  il  y  a  l'honneur  de  travail- 
ler pour  son  pays. 

C'est  en  effet  une  œuvre  patriotique  qu'il  faut  recon- 
naître dans  ces  études  dont  l'objet  semble  si  chétif  et  si 
mince.  Les  indifférents  ,  les  ignorants  seuls  peuvent 
sourire  de  cet  emploi  du  temps. 

Ils  ne  savent  pas  tout  ce  que  l'histoire  nationale 
recueillera  plus  tard  de  la  minutieuse  enquête  instituée 
dans  la  plupart  de  nos  provinces. 

Pour  arriver  un  jour  à  voir  à  plein  ce  qu'elles  valaient 
dans  ces  temps  qui  ont  produit  les  nôtres,  rien  n'est  à 
dédaigner.  L'histoire  d'une  rue,  d'une  maison,  d'une  en- 
seigne ,  d'un  sobriquet,  d'un  idiotisme,  d'une  manie, 
d'une  superstition,  —  tout  peut  servir  à  l'élucidation,  à 
l'explication  de  notre  passé. 

Or,  il  y  va  de  notre  intérêt  comme  de  notre  honneur 
d'obtenir  cette  explication  aussi  intégrale  que  possible. 
Noblesse  oblige. 

Mais  pour  vous,  Messieurs,  cette  vérité  n'a  que  le  tort 
d'être  trop  vraie.  Elle  inspirait  déjà,  il  y  a  dix  ans,  le 
troisième  article  de  votre  règlement,  et  elle  vous  a  amené 
à  multiplier  les  concours  sur  les  moindres  détails  de  l'an- 
cienne vie  wallonne. 

Notre  jury  s'est  fait  un  plaisir  en  même  temps  qu'un 
devoir  d'étudier  les  mémoires  soumis  à  son  appréciation. 
Il  retrouvait  dans  les  constatations  de  l'apparence  la  plus 
futile   de  véritables  documents  pour  cette  histoire  défini- 


—  67  — 

tive  qui  n'est  pas  une  des  moindres  ambitions  de  notre 
jeune  et  vieux  pays. 

Le  mémoire  sur  le  méfier  des  drapiers  (avec  devise 
d'Augustin  Thierry)  mérite  d'être  placé  à  la  suite  de 
l'étude  sur  la  corporation  des  tanneurs  que  vous  avez 
couronnée  en  1S62.  A  certains  égards  ces  deux  disserta- 
tions se  complètent  l'une  l'autre  ;  et  l'auteur  lui-même 
est  le  premier  à  reconnaître  ce  qu'il  doit  à  son  devancier. 
Il  a  eu  la  rare  fortune  de  rencontrer  quelques  pièces  iné- 
dites propres  à  compléter  le  recueil  des  Chartes  et  Pri- 
vilèges des  32  bons  métiers;  mais  avec  une  modestie  qui 
témoigne  en  faveur  de  son  érudition  ,  il  déclare  n'avoir 
pu  tout  comprendre. 

Loin  de  s'étonner  de  cette  déclaration,  le  jury  regrette 
que  le  concurrent  n'en  ait  pas  invoqué  plus  souvent  le 
bénéfice.  Il  y  a  pour  ces  sortes  de  travaux  une  règle  que 
le  bon  sens  des  anciens  avait  déjà  formulée  :  «  comptons 
parmi  les  qualités  du  savant  de  ne  pas  tout  savoir.  « 

Ce  petit  grain  d'ignorance  ,  il  convient  surtout  de  le 
placer  dans  les  choses  conjecturales. 

C'est  ainsi  qu'en  dépit  de  plus  d'une  jolie  anecdote,  l'au- 
teur ne  parvient  pas  à  nous  faire  oublier  qu'il  a  été  trop 
peu  circonspect  en  ce  qui  concerne  les  origines  de  l'indus- 
trie liégeoise.  Citer  l'âge  d'or  de  Berte  qui  filait  ne  saurait 
nous  suffire.  Il  faut,  dans  ces  débrouillcments  historiques, 
s'attacher  aux  justes  limites  qui  séparent  le  certain,  du  pos- 
sible et  du  vraisemblable. 

Ce  n'est  pas  que  dans  ce  mémoire  on  se  laisse  trop  aller 
à  ce  travers  assez  commun  de  surfaire  son  sujet.  Sans  féti- 


—  68  — 

chismc  local,  on  consent  à  voir  que  Liège  n'a  eu  ni  la  plus 
haute  ni  la  plus  ancienne  gloire  de  la  tisseranderie.  Mais 
avec  un  remarquable  talent  d'analyse,  avec  une  grande 
habitude  des  vieux  textes,  il  peut  se  faire  cependant  qu'on 
n'atteigne  pas  au  degré  de  précision  qu'exige  le  problème. 
En  matières  d'érudition,  longueur  de  temps  est  toujours 
nécessaire. 

C'est  faute  de  temps,  sans  doute,  que  le  concurrent  n'est 
pas  parvenu  à  éviter  une  certaine  indécision  prolixe,  no- 
tamment dans  le  tableau  de  la  période  de  Formation.  On 
voudrait  plus  de  netteté  sur  la  concurrence  verviétoise,  sur 
la  distinction  entre  drapiers  qui  vendent  et  drapiers  qui 
fabriquent,  sur  les  véritables  rapports  entre  tisserands, 
foulons  et  teinturiers.  On  s'étonne  de  voir  rejeter  dans  des 
notes  des  faits  importants  tels  que  l'ordonnance  impériale 
de  1703  qui  devança  le  libéralisme  de  Turgot.  On  regrette 
aussi  de  constater  que  cette  accumulation  de  renseigne- 
ments précieux  et  souvent  peu  connus  n'ait  pas  été  fait 
de  façon  à  permettre  à  la  pensée  d'y  garder  sa  véritable 
place.  Certes,  le  tableau  de  cette  vie  corporative  n'aurait 
rien  perdu  à  être  dominé  par  une  bonne  distinction  entre 
la  liberté  de  privilège  et  la  liberté  de  droit  commun.  Il 
aurait  surtout  gagné  à  une  comparaison  avec  les  mœurs  et 
les  coutumes  des  tisserands  d'autres  villes  belges.  N'est-ce 
pas  dans  l'intérêt  même  des  concurrents  que  notre  pro- 
gramme a  indiqué  une  comparaison  que  l'on  pouvait  ap- 
peler interprovinciale?  Mais  les  imperfections  que  le  jury 
signale  dans  ce  travail  pourront  disparaître.  Que  l'auteur 
se  relise,  qu'il  corrige  quelques  points  de  sa  rédaction,  et 


—  69  — 

il  laissera  à  notre  Société  un  document  des  plus  im- 
portants. 

Un  glossaire  des  drapiers,  envoyé  avec  la  devise  El  wâde 
di  Dia  au  concours  n°  2,  n'est  pas  non  plus  sans  impor- 
tance. Il  atteste  des  recherches  consciencieuses;  il  est 
assez  complet  quant  au  nombre  des  mots  techniques  et  pro- 
fessionnels ;  mais  il  va  quelque  négligence  dans  les  défi- 
nitions et  trop  peu  de  méthode  dans  les  étvmologics.  Il  est 
vrai  que  notre  programme  n'insiste  pas  sur  ce  dernier 
point  ;  mais  en  se  bornant  à  demander  «  l'histoire  des  termes 
spéciaux  les  plus  importants  «  n'a-t-il  pas  implicitement 
indiqué  l'obligation  de  se  tenir  à  la  hauteur  de  la  science 
étymologique? 

Le  troisième  concours  demandait  une  étude  sur  les  rues 
de  Liège  ou  tout  au  moins  d'une  partie  notable  de  notre 
ville.  Le  mémoire  qui  a  été  envoyé  sur  cette  question  porte 
pour  devise  une  jolie  pensée  de  l'auteur  de  la  Meuse  belge: 
»  C'est  un  charme  pour  la  pensée  de  rétablir,  en  face  du 
présent,  l'aspect  et  la  physionomie  des  temps  antérieurs.  " 

La  devise  ici  n'était  point  banale;  elle  a  été  visiblement 
l'inspiration  du  concurrent.  En  choisissant  pour  sujet  la 
paroisse  Saint- André,  en  décrivant  avec  une  légitime  com- 
plaisance le  marché,  ce  vieux  forum,  il  a  espéré  ressusciter 
quelques  éléments  de  la  vieille  turbulence  démocratique. 
Mais  le  temps  paraît  avoir  trahi  ses  efforts  (!)  :  presque 
partout,  dans  ce  recueil  si  plein  de  choses,  on  sçnt  l'em- 
barras qu'amène  la  précipitation. 

(')  Le  jurj  s'esl  explique  cette  précipitation  depuis  qu'il  sait  que  c'est  le  même 
auteur  qui  a  concouru  pour  les  trois  questions. 


—  70  — 

\*  Introduction  dont  le  concurrent  reconnaît  lui-môme 
toutes  les  lacunes,  n'est  pas  un  morceau  sans  valeur.  Il  y 
avait  déjà  du  mérite  à  en  concevoir  la  nécessité  ;  il  fallait 
avoir  étudié  sérieusement  la  matière  pour  comprendre 
qu'une  vue  d'ensemble  sur  l'ancienne  ville,  c'était  mieux 
qu'un  cercle  vicieux  dans  lequel  le  tout  serait  expliqué  par 
la  partie  après  avoir  servi  à  la  fonder. 

Mais,  cela  reconnu,  qu'était-il  besoin  de  recourir  aux 
chimériques  histoires  d'Œnops,  fils  du  troyen  Léodès,  du 
roi  Lothringe,  de  Richer,  fils  de  Jupila,  roi  de  Tongres, 
d'Auguste,  d'Ambiorix,  etc?  A  quoi  bon,  quand  on  n'y 
croit  pas,  exhumer  ces  inventions  dignes  de  Jean  d'Outre- 
Meuse  ou  d'un  Lucius  de  Tongres,  puisqu'elles  ne  se  re- 
commandent pas  même  par  la  tradition?  Elles  sortent  de 
l'imagination  solitaire  du  cloître,  et  elles  ne  correspondent 
ni  à  la  sévérité  de  l'histoire ,  ni  à  la  grâce  de  la  poésie 
populaire.  Passe  encore  pour  Ogier-le-Bâtisseur,  qui  lui, 
du  moins,  a  la  consécration  de  la  légende. 

M.  Gérard,  dans  son  Histoire  des  Francs  d' Austrasie, 
a  bien  raison  de  s'élever  contre  cette  tendance  à  reculer 
les  limites  de  nos  annales  aux  dépens  de  la  stricte  vérité. 
Il  ne  faut  pas  ,  même  de  loin ,  ressembler  à  ces  clercs 
naïfs  ou  trop  habiles  qui ,  pour  le  moins  ,  poussaient  un 
arbre  généalogique  jusqu'au  déluge.  Il  ne  faut  pas  non 
plus  transformer  une  vague  tradition  en  texte  formel, 
comme  quand  il  s'agit  d'un  certain  Aistulphus,  contem- 
porain d'Auguste.  Quant  à  faire  de  Liège  la  résidence 
d'un  proconsul  romain  ,  il  suffit  do  consulter  Desroches 
(II,  295),  ou  Schayes  {ta  Belgique,  etc.,  II,  10,  nouvelle 


__  71  — 

édition),  pour  savoir  que  nos  provinces  relevaient  direc- 
tement de  l'empereur  et  ne  pouvaient  avoir ,  par  consé- 
quent, que  des  propréteurs,  des  préfets,  des  légats  ou  des 
présidents. 

L'auteur  regrette,  et  nous  regrettons  avec  lui,  l'absence 
de  quelques  plans  pour  faciliter  l'intelligence  des  détails; 
mais  c'est  là  une  lacune  facile  a  combler,  en  même  temps 
qu'il  pourra  peut-être  consulter,  pour  quelques  noms,  le 
l01  volume  des  Registres  de  S'-Lambcrt.  Il  lui  faudra 
aussi  revoir  quelques  définitions  de  noms,  par  exemple, 
celui  de  /tour ,  qui  d'ordinaire  signifie  échafaudage,  et 
qu'il  assimile  au  mot  chœur;  et  rectifier  la  description  de 
la  Légia,  où  il  amalgame  trop  l'ancien  et  le  moderne. 

Le  jury  estime  que  ce  Mémoire  réclame  une  fréquente 
division  par  chapitre.  On  se  perd  dans  ce  fouillis  de 
menus  faits.  Et  cependant,  pour  répondre  à  la  promesse 
de  la  devise,  il  y  en  a  encore  plus  d'un  à  recueillir  L'his- 
toire d'une  rue  ou  d'une  maison  ne  saurait  être  achevée, 
si  l'on  omet  un  trait  caractéristique,  parce  qu'il  est  trop 
voisin  de  nous.  Il  n'est  pas  non  plus  permis  d'omettre  les 
faits  historiques,  les  traditions,  les  singularités  qui  se 
rattachent  à  la  localité.  Dans  cette  enquête,  la  maîtresse 
qualité,  c'est  de  tout  dire;  car  l'enseignement  historique 
sort  souvent  d'où  l'on  pouvait  le  moins  l'attendre. 

L'auteur  a  fait  du  Vieux-Marché  un  tableau  qui,  s'il 
manque  un  peu  de  lumière  vivante,  a  néanmoins  tous  les 
avantages  d'une  exacte  photographie.  En  voyant  ce  zèle 
à  compulser  tous  les  souvenirs,  on  s'étonne  d'autant  plus 
de  certains  oublis.  Pourquoi  négliger  deciter  lesenseignes 


__  7"")  

encore  existantes,  dès  qu'elles  sont  curieuses?  Pourquoi 
emmêler  le  vieux  et  le  neuf?  Pourquoi  ne  pas  oser  dire 
ce  qui  caractérise  certaines  rues  .  telles  que  Derrière-le- 
Palais,  etc.  ?  Pourquoi  ne  pas  dire  que  Saint-André,  après 
avoir  vu  la  déesse  Raison  et  le  Théophilantlirope,  a  servi 
tour  à  tour  d'asile  aux  réunions  électorales  ,  aux  confé- 
rences, au  Musée,  à  la  Bourse,  à  la  Banque  ouvrière  et  à 
tant  d'autres  choses  populaires? 

Si  Saint- André  a  été  ,  à  l'instar  de  Saint-Lambert  et 
des  Mineurs,  une  sorte  de  forum  couvert ,  il  a  été  célèbre 
aussi  par  ses  caveaux  qui  ont  été  viciés  ,  non  pas  il  y  a 
trente  ans,  comme  le  dit  l'auteur,  mais  il  y  a  quelque  dix 
ans  à  peine. 

La  maison,  en  Féronstrée,  où  l'empereur  Henri  IV  est 
venu  mourir,  méritait  une  notice  quelque  peu  étendue. 

Le  côté  anecdotique  peut  avoir  son  importance.  Qui 
sait  ce  que  l'histoire  fera  un  jour  des  détails  qui  con- 
cernent l'hôtel  de  X  Aigle-Noir ,  qui,  fermé  depuis  douze 
ans,  fut  pendant  deux  siècles  l'hôtel  le  plus  aristocratique 
et  où,  il  y  a  quinze  ans  encore,  l'auteur  d'un  article  de  la 
Bévue  britannique  allait  chercher  le  meilleur  bourgogne 
de  l'Europe  ? 

Et,  au  Marché,  le  pilori,  le  supplice  de  Bex  devant  la 
rue  Neuvice  ,  et  tant  d'autres  curiosités  tristes  ou  gaies  , 
infâmes  ou  nobles,  pourquoi  donc  les  dédaigner?  N'y  a-t-il 
pas  là  des  éléments ,  des  matériaux  pour  la  grande 
histoire  ? 

Le  jury  avait  enfin  à  apprécier  un  Mémoire  intitulé  : 
Curiosités  icatlonue* ,    croyances  populaires  ;  miracles    et 


—  73  — 

remèdes  et  ayant  pris  pour  devise  ces  deux  mots  :  le 
peuple  et  sa  religion.  Ce  travail  ,  qui  ne  comprend  pas 
moins  de  douze  cahiers  et  qui  n'est  pas  terminé,  est,  dans 
son  état  actuel  et  provisoire,  composé  de  deux  parties  : 
La  première,  sous  le  nom  de  miracles  et  remèdes ,  entre- 
mêle la  prose  et  les  vers  ,  «  les  saints  et  les  endroits  » 
(comme  dit  l'auteur),  pour  rompre  la  monotonie.  La  se- 
conde ,  qui  n'a  jusqu'à  présent  que  trois  cahiers  nommés 
livraisons,  a  pour  sous-titre  :  Remèdes  familiers. 

Dans  cette  encyclopédie  de  la  superstition  wallonne, 
on  croit,  retrouver  tour  à  tour  l'influence  des  Wallonnades 
de  l'auteur  à! Alfred  Nicolas  et  le  désir  d'imiter  la  désin- 
volture érudite  d'Alexis  Monteil ,  l'auteur  de  Y  Histoire 
des  Français  des  divers  États.  En  effet,  après  une  intro- 
duction qui  ressemble  fort  à  ces  prologues  naïfs  de  l'ou- 
vrage français  auquel  nous  faisons  allusion  ,  la  série  des 
bigarrures  s'ouvre  par  quelques  vers  wallons,  moitié  nar- 
quois, moitié  mélancoliques,  qui  amènent  ce  refrain  : 

Li  bon  Diu  fév'  kinohant  noss'  pinseie, 
Qui  noss'  bonn'  foi  n'esteùt  jamàie  trompèie. 

Ce  distique  ,  qui  revient  très-souvent  dans  les  neuf 
cahiers  consacrés  aux  miracles,  indique,  comme  sentiment 
dominant,  une  large  indulgence  pour  certaines  faiblesses. 
Xous  inclinons  toutefois  à  croire  que  Dieu  serait  bien  plus 
content  de  nous  voir  user  de  la  raison  qu'il  nous  a  donnée 
pour  éviter  les  niaiseries  superstitieuses. 

Quoi  qu'il  en  soit  ,  nous  devons  reconnaître  que  ces 
voyages   humoristiques  à  travers  toutes  ces  broussailles 


—  74  — 

plus  ou  moins  payennes ,  ne  laissent  pas  que  d'amuser.  Il 
y  a  bien  de  quoi  rire  ,  à  voir  comme  souvent  un  calem- 
bour fonde  une  superstition  Sainte  Matrisse  préside  aux 
douleurs  maternelles  ;  saint  Breiat  au  braire  des  enfants; 
sainte  Golte  à  la  goutte  ;  saint  Nazar  au  nez  (nasus); sainte 
Fivelenne  à  la  fièvre  lente;  sainte'  Reine  (pour  Rogne)  à 
la  rogne;  saint  Amour  à  la  fidélité;  saint  Cloud  aux 
clous,  etc.,  etc. 

Ces  étrangetés  ne  sont  pas  spéciales  à  la  Belgique. 
«Souvent,  dit  M.  Paul  Lacroix  {Superstitions,  époque 
moyen  âge  et  Renaissance,  t.  I,  fol.  XXIII),  le  saint  avait 

été  inventé  exprès  pour  la  maladie On  invoquait  saint 

Àignan  pour  la  teigne  ;  sainte  Claire  pour  le  mal  d'yeux  ; 
saint  Genou  pour  la  goutte  ;  saint  Ladre  pour  la  lèpre; 
saint  Quentin  pour  la  quinte,  la  toux;  saint  René  pour 
les  maux  de  reins  ;  sainte  Main  pour  la  rogne,  etc.  » 

Quant  à  l'auteur  du  Mémoire  que  nous  avons  à  juger, 
il  a  dépensé  beaucoup  d'esprit  à  faire  passer  devant  nous 
cette  danse  macabre  du  crétin isme.  Mais  il  nous  semble 
qu'en  se  laissant  aller  à  sa  verve  wallonne,  il  a  fini  par 
s'écarter  considérablement  du  programme  du  4e  concours 
fia  médecine  populaire  au  pays  de  LiégeJ . 

Le  concurrent  ,  tout  en  se  plaignant  lui-même  dès 
l'abord  de  manquer  d'ordre,  ne  paraît  pas  y  tenir  beau- 
coup. Il  vise  essentiellement  à  la  variété,  à  la  jovialité,  à 
la  bonhomie  ;  mais  chemin  faisant ,  il  jette  son  bonnet 
par  dessus  les  moulins  et  renonce  à  tout  ordre,  à  tout  fil 
conducteur. 

Sans  doute,  il  entasse  dans  sa  hotte  (comme  il  dit)  des 


—    Ta   — 

centaines  de  choses  curieuses;  niais  regardez-y  :  il  n'en  a 
épluché  aucune.  Il  ne  paraît  pas  se  douter  qu'en  ces  ma- 
tières, la  plus  minutieuse  exactitude  est  requise,  soit  pour 
pouvoir  retrouver  l'origine  payenne ,  soit  pour  aider  à  la 
photographie  des  vieilles  mœurs.  On  dirait  qu'il  a  com- 
plètement oublié  que  notre  Société  ne  peut  demander  le 
catalogue  de  ces  aberrations  humaines  que  dans  un  but 
de  constatation  historique. 

Il  passe  d'un  bout  du  pays  à  l'autre,  au  lieu  d'étudier 
les  superstitions  par  légions,  par  zones,  par  couches. 
C'est  pourtant  la  seule  façon  qui  permette  des  inductions 
sur  les  mœurs  d'une  localité  déterminée.  Jetant  pêle- 
mêle  les  pèlerinages,  les  remèdes,  confondant  les  remèdes 
qui  ne  sont  que  familiers  avec  ceux  qui  sont  superstitieux, 
négligeant  le  soin  des  véritables  sources,  l'auteur  a  livré 
un  travail  difficile  à  apprécier.  11  n'a  pas  trouvé  la  forme 
(pii  convenait  à  nos  concours;  il  s'est  attardé  à  des  cita- 
tions superflues,  à  des  biographies  de  saints,  à  des  doubles 
emplois,  et  tout  à  la  fois  il  a  pu  paraître  trop  long  pour 
qui  voulait  s'amuser .  trop  court  pour  qui  demandait  à 
s'instruire. 

Le  jury  pouvait  au  préalable  et  par  fin  de  non-recevoir, 
écarter  un  Mémoire  qui  ne  répondait  pas  aux  conditions 
de  son  programme  et  qui  s'affranchissait  de  toute  méthode 
et  de  toute  classification.  Mais  les  faits  relatés  dans  cette 
volumineuse  compilation  sont  en  général  si  curieux  qu'il 
faudrait  regretter  (h;  les  voir  perdus  pour  le  public.  En 
outre  ,  ces  faits  sont  souvent  relevés  par  des  observations 
piquantes  ,  ingénieuses,   et  il  a  fallu  une  grande  perséve- 


76 


rance  pour  les  recueillir.  Dans  l'intérêt  des  études  sur  le 
passé  belge,  ne  pourrait-on  pas  demander  à  l'auteur  de  se 
faire  connaître  et  de  consentir  à  refondre,  pour  l'insertion 
dans  nos  bulletins,  une  œuvre  qui, en  dépit  de  tout  et  par 
sa  valeur  intrinsèque,  mérite  incontestablement  une  men- 
tion ire- s -honorable  ? 

Telles  sont,  messieurs,  les  impressions  presque  toujours 
unanimes  du  jury  que  vous  avez  chargé  d'examiner  les 
Mémoires  envoyés  aux  concours  nos  1,  2,  3  et  4. 

Au  nom  de  ses  collègues  du  jury  : 

Le  Rapporteur , 
«T.   Stecher. 


— *"*-»af£!«-«_^— 


CONCLUSIONS, 


LE  JURY, 

Après  avoir  mûrement  délibéré  sur  l'ensemble  et  les 
détails  des  Mémoires  qui  lui  ont  été  soumis,  savoir  : 

A.  Concours  n°  1    Une  étude  sur  les  règlements  ,  etc. 
Métier  des  drapiers. 

Épigraphe   :  Les  corporations  d'artisans   ont   eu  ,  etc. 
(Aug.  Thierry). 

B.  Concours  n°  2.    Un  glossaire,  etc.   Glossaire  du 
métier  des  drapiers. 

Epigraphe  :  ECwâdedi  Diu. 

C.  Concours  n°  3.  Une  étude  sur  les  rues   de  Liège. 
Paroisse  Saint- André. 

Epigraphe    :    C'est    un    charme   par    la   pensée ,   etc. 
(Eremder). 

T).  Concours  n°  4.  Médecine  populaire.    Miracles  et 
remèdes. 

Épigraphe  :  Le  peuple  et  la  religion,  etc. 
Décide   : 

Le  prix  est  accordé  aux  Mémoires  //  et  C  ;   ils   seront 


—  78  — 

insérés  dans  le   Bulletin  de  la  Société ,  sauf  révision  e 
correction,  l'auteur  étant  instamment  prié  d'avoir  égard 
aux  observations  du  jury  ; 

Quant  au  Mémoire  B,  le  prix  n'est  pas  décerné.  Ayant 
néanmoins  égard  au  zèle  de  l'auteur  et  au  mérite  intrin- 
sèque du  travail,  lequel  doit  être  soigneusement  revu  et 
corrigé  d'après  les  observations  du  jury,  les  soussignés 
proposent  à  la  Société  d'accorder  un  second  prix,  repré- 
senté par  une  médaille  en  vermeil.  Le  glossaire  sera  inséré 
au  Bulletin ,  lorsque  l'auteur  se  sera  conformé  à  la  déci- 
sion précitée  ; 

Quant  au  Mémoire  D ,  le  jury,  tenant  compte  des 
nombreuses  recherches  et  des  observations  ingénieuses 
faites  par  l'auteur ,  lui  accorde  une  mention  très-hono- 
rable. Toutefois ,  considérant  que  ,  comme  il  le  déclare 
lui-même,  son  travail  n'a  pu  être  »  ni  revu  ni  achevé  »  ; 
d'un  autre  côté,  ayant  égard  à  l'importance  du  concours  ; 
estimant  en  outre  qu'une  œuvre  de  ce  genre  devrait  être 
précédée  d'une  introduction  indiquant  nettement  le  ca- 
ractère général  de  la  médecine  populaire  et  ses  rapports 
avec  les  mœurs;  enfin,  jugeant  que  le  travail  qui  lui  a 
été  présenté  laisse  à  désirer  sous  le  rapport  de  la  mé- 
thode, tant  au  point  de  vue  des  doubles  emplois  résultant 
de  la  division  adoptée  par  l'auteur,  qu'au  point  de  vue  du 
classement  géographique  ;  le  jury  laisse  au  dit  auteur  la 
liberté  de  se  faire  connaître.  Si  dans  le  délai  d'un  mois 
il  y  renonce  ,  ce  qui  serait  regrettable  ,  la  question  sera 
remise  au  concours.  En  cas  d'affirmative  ,  l'impression 
du  Mémoire  est  accordée,  sauf  révision  et  correction  dans 


—  79  — 

un  délai  à  déterminer,  et  obligation  pour  l'auteur  de  tenir 
compte  des  observations  du  jury. 

Ainsi  proposé  à  la  Société,  le  24  février  1860. 

Les  membres  du  jur//, 

Cu.  Grandgagnage, 
J.  Stechkr, 
Ad.  Picard, 
Ulysse  Capitaine, 
Alphonse  Le  Roy. 


Les  conclusions  du  jury  ont  été  adoptées  par  la  Société 
dans  sa  séance  du  15  mars  1S66. 

L'ouverture  des  bi\lets  cachetés  joints  aux  pièces  cou- 
ronnées ont  fait  connaître  que  M.  S.  Bormans  est  l'auteur 
des  Mémoires  A ,  B  et  C. 


LE  BON  MÉTIER 


DES 


DRAPIERS  DE  LA  GITE  DE  LIÈGE 


Stanislas    BORMANS. 


Les  corporations  d'artisans  ont  eu ,  pendant 
le  moyen-âge,  une  grande  importance  histo- 
rique par  leur  durée  et  par  leurs  résultats  so- 
ciaux. (A.  THIERRY ,  Consid.  sur  l'histoire  de 
France.) 


Le  livre  intitulé  :  Chartes  et  privilèges  des  32  bo?is 
métiers  de  la  cité ,  malgré  ses  innombrables  fautes  typo- 
graphiques, est  un  recueil  précieux  mais  incomplet;  et  le 
plus  grand  embarras  qu'éprouve  celui  qui  veut  se  mettre 
au  fait  de  l'histoire  de  nos  anciennes  corporations  provient 
de  la  pénurie  des  documents.  Il  y  a  deux  ans,  en  remuant 
de  vieux  papiers  dans  un  grenier  ('),  nous  avons  eu  la 
bonne  fortune  d'y  trouver  plusieurs  pièces  sur  parchemin 
relatives  aux  drapiers  de  Liège.  Après  les  avoir  confron- 
tées avec  le  recueil  indiqué  ci-dessus  et  constaté  qu'elles 
étaient  toutes  inédites,  nous  avions  cru,  en  les  utilisant, 
pouvoir  retracer  aisément  l'histoire  de  cette  corporation. 
Mais  malgré  ce  nouveau  renfort,  on  peut  certifier  que  les 


(')  Sous  les  combles  du  Palais  de  justice,  lors  du  transfert  des  archives  de  l'État 
dans  leur  nouveau  local. 


84 


archives  de  l'ancien  bon  métier  sont  encore  loin  d'être 
complètes.  De  là  de  grandes  difficultés  pour  remplir  les 
lacunes,  et  expliquer  les  effets  dont  on  ne  connaît  pas  les 
causes  ;  difficultés  augmentées  par  l'obscurité  de  certains 
textes  que  nous  n'avons  pas  toujours  compris  et  que  nous 
signalons  tout  spécialement  aux  philologues  wallons.  De 
là  aussi  naturellement  des  conjectures  que  nous  présen- 
tons au  lecteur  avec  la  plus  grande  modestie. 

Le  Mémoire  sur  le  métier  des  tanneurs  nous  épargne 
la  peine  de  répéter,  au  sujet  des  drapiers,  ce  que 
toutes  les  corporations  liégeoises  avaient  entre  elles  de 
commun  (*  ). 


( i  )  Nous  regrettons  de  n'avoir  pu  établir  entre  la  corporation  liégeoise  et  celles 
des  autres  villes  belges  une  comparaison  qui  aurait  été  sans  doute  très-instructive. 
Mais  il  n'existe  presque  pas  de  livres  sur  cette  matière  dans  nos  provinces, et  l'oc- 
casion d'aller  sur  les  lieux  mêmes,  compulser  à  grands  frais  les  archives  des  mé- 
tiers, nous  a  manqué. 


Armoirie    des     Drapiers     de    Lrége 

N.B.     à  partir  de  L673  Le  champ  devint  azur  et  gueules. 


Sceaux    des    Drapiers    de     Liège 


i  lindels .  Liège. 


LE  BON   MÉTIER  DES  DRAPIERS  A  LIEGE. 


RECHERCHES    HISTORIQUES. 


Période   de  formation,    1300  à   1418. 


Peu  de  personnes  se  doutent  que  la  fabrication  du  drap, 
aujourd'hui  presqu'abandonnée  dans  notre  ville,  et,  pour  ainsi 
dire,  monopolisée  par  Verviers,  sa  voisine  et  son  ancienne 
rivale,  a  été  pendant  plusieurs  siècles,  dans  la  cité  des  princes- 
évèques,  une  industrie  florissante.  Liège  ne  peut  pas,  il  est 
vrai,  sous  ce  rapport,  revendiquer  une  antiquité  aussi  reculée 
que  les  Flandres,  ni  se  glorifier  comme  elles  du  nombre  de  ses 
travailleurs  ou  de  la  perfection  de  ses  tissus.  Ces  provinces  se 
trouvaient ,  à  proximité  de  l'Angleterre ,  dans  une  position  ex- 
ceptionnellement avantageuse  au  développement  rapide  et  à  la 
prospérité  de  cet  art  qui  maintint  pendant  si  longtemps  leurs  ca- 
pitales au  premier  rang  des  cités  industrielles  du  monde.  Il  est 
prouvé  que  les  Anglais  qui,  dès  les  premiers  siècles,  possédaient 
des  troupeaux  et  des  règlements  pour  la  propagation  des  mou- 
tons, ne  mettant  pas  eux-mêmes  à  profit  la  laine,  l'expédiaient 
par  milliers  de  sacs  aux  Flamands  qui,  plus  industrieux,  s'applî- 


86 


quaient  à  les  tisser  et  fabriquaient  des  étoffes  pour  l'Europe 
entière  (<)•  Dans  ces  deux  faits  se  résume  presque  toute  l'his- 
toire de  la  manufacture  des  draps  depuis  le  VIIe  siècle  jusqu'à 
la  fin  du  XVe  :  la  laine  d'Angleterre  et  l'industrie  des  Flamands. 
«  Il  sera  à  jamais  étonnant,  dit  un  auteur,  que  les  Pays-Bas 
aient  été  pendant  tant  de  siècles  en  possession  exclusive  de 
fournir  aux  besoins,  au  luxe  et  aux  fantaisies  de  tant  de 
nations  (2).  » 

Pendant  cette  longue  période  de  temps,  les  dissensions  poli- 
tiques qui  affligèrent  si  souvent  les  Flandres  amenèrent,  surtout 
aux  XIIe  et  XIIIe  siècles,  de  fréquentes  émigrations  de  tisse- 
rands gantois  qui ,  allant  s'établir  dans  d'autres  localités ,  y  in- 
troduisirent leur  industrie  ;  telles  furent  Ypres  ,  Courtray  , 
Bruxelles,  Louvain ,  Liège ,  Verviers,  et  l'on  peut  dire  presque 
toutes  les  cités  belges  qui  s'occupèrent  de  la  fabrication  du 
drap  ;  il  y  eut  même  des  colonies  flamandes  qui  s'expatrièrent 
en  France,  en  Angleterre  et  en  Norwége.  Mais  Gand  et  Bruges, 
les  mères-patries ,  conservèrent  pendant  longtemps  encore  sur 
les  autres  villes  leur  ancienne  supériorité.  Au  XIIIe  siècle, 
Bauduin  IX,  en  s'emparant  de  Constantinople,  leur  ouvrit  des 
débouchés  nouveaux,  et  les  Vénitiens,  les  Génois,  les  Pisans, 
en  leur  enseignant  l'art  de  broder  les  étoffes  d'argent  et  d'or  et 
de  les  teindre  de  couleurs  brillantes ,  les  mirent  a  même  de  sa- 
tisfaire au  luxe  incroyable  de  cette  époque ,  laissant  les  autres 
nations  du  Nord  dans  l'impossibilité  de  rivaliser  avec  elles. 

Ce  ne  fut  qu'au  commencement  du  XVI"  siècle  que  l'Angle- 
terre comprit  tout  l'avantage  qu'elle  pouvait  tirer  de  ses  propres 


(  *  )  «  Les  Belges  (Flamands?)  étaient  alors  si  célèbres  par  l'habileté  avec  laquelle 
ils  travaillaient  les  étoffes  de  laine,  qu'un  historien  anglais  de  la  fin  du  XIe  siècle 
dit  que  l'art  do  tisser  paraissait  être  un  don  particulier  qui  leur  avait  été  accordé 
par  la  nature .  et  que  ce  talent  les  avait  tellement  enrichis  que  plusieurs  fabricants 
et  marchands  devinrent  les  rivaux  des  princes  par  leur  luxe  et  leurs  richesses.  » 
(Bibliothèque  des  antiquités  bclyes,  par  Ed.  Marshall  ;  Anvers  1833,  t.  II,  p.  43). 

(•)  Encyclopédie  méthodique.  Manufactures,  urts  et  métiers.  Préface. 


—  87  — 

produits  et  s'appliqua  à  les  utiliser  elle-même.  Bientôt  les  ma- 
nufactures de  drap  se  répandirent  en  Angleterre,  et  lesFlamands 
se  trouvèrent  peu  à  peu  privés  de  matière  première.  Ils  eurent 
recours  aux  laines,  de  qualité  liien  inférieure,  produites  par  la 
France,  l'Allemagne  et  l'Espagne;  mais  la  lutte  était  trop  inégale, 
et  dès  lors  le  commerce  des  Gantois  commença  à  languir.  Dans 
les  premières  années  du  XVIII0  siècle,  les  troubles  civils  ache- 
vèrent de  chasser  la  draperie  des  Flandres.  La  plupart  de  leurs 
tisserands  vinrent  s'établir  dans  le  Limhourg,  où  bientôt  après 
leur  industrie  occupa  plus  de  30,000  ouvriers. 

A  celte  époque,  Verviers,  par  la  persévérance  de  son  travail, 
s'était  déjà  acquise  dans  le  tissage  des  étoffes  de  laine  une  ré- 
putation qui  ne  fit  que  s'accroître.  Dès  le  XVe  siècle,  elle  portait 
aux  Liégeois  une  concurrence  haineuse  qui  finit  par  absorber 
complètement  l'industrie  de  la  cité  (').  En  1798,  William 
Cockerill  y  importa  les  machines  à  filer  la  laine;  enfin,  l'emploi 
de  la  vapeur  en  1816  fit  faire  a  cette  ville  des  prodiges  et  l'éleva 
en  peu  de  temps  au  degré  de  prospérité  où  nous  la  voyons  au- 
jourd'hui. 

A  côté  de  ces  souveraines  de  l'industrie,  la  ville  de  Liège 
n'occupe  qu'un  rang  secondaire;  la  page  consacrée  à  la  fabri- 
cation liégeoise  dans  l'histoire  de  la  draperie  en  Belgique  n'est 
pas  brillante  ;  mais  tout  ce  qui  rappelle  le  souvenir  des  efforts 
faits  par  nos  ancêtres  et  leur  petite  part  de  gloire  mérite  notre 
étude. 

C'est  dans  un  document  de  l'an  1323  que  nous  trouvons  la 
plus  ancienne  preuve  claire  et  authentique  de  l'existence  de 
l'industrie  drapière  à  Liège.  Nous  n'en  conclurons  pas  qu'avant 
cette  époque  ,  ses  habitants  ne  se  livraient  pas  à  la  fabrication 
du  drap,  ce  qui  serait  d'autant  plus  étonnant  que  déjà  en  1249 
de  petites  localités  voisines  telles  (pic  Huy,  Saint-Trond,  Léau, 

(')  Liège,  capitale  de  la  principauté,  portait  le  titre  de  cité.  Verviers  et  les 
18  autres  localités  les  plus  considérables  du  pays  s  appelaient  bonnes  villes. 


—  88  — 

Tirlemont,  Maestricht  avaient,  d'après  des  témoignages  certains, 
des  tisserands  et  des  foulons  (').  Quelques  auteurs  assurent 
même  que  ces  villes,  ainsi  que  Tongres  et  Diest,  possédaient  au 
XIIe  siècle  des  fabriques  de  drap  florissantes. 

Toutefois  ,  il  nous  paraît  probable  que  pour  l'industrie  qui 
nous  occupe,  avant  d'être  devenue  ville  manufacturière,  Liège 
fut  simplement ,  pendant  une  assez  longue  période  de  temps, 
cité  commerçante. 

Le  drap  ayant  été  dans  les  premiers  siècles  et  au  commence- 
ment du  moyen  âge  le  principal  tissu  dont  se  composait  l'habil- 
lement des  hommes  et  des  femmes,  le  commerce  des  étoffes  de 
laine,  comme  celui  de  tous  les  objets  de  première  nécessité,  doit 
remonter  à  l'origine  même  de  la  ville.  Ce  furent  sans  doute 
d'abord  des  étrangers  qui  vinrent  débiter  aux  foires  du  pays  les 
draps  fabriqués  par  les  Flamands  et  même  par  les  Brabançons  ; 
le  diplôme  par  lequel  l'empereur  Otton  accorda  en  983  les  bé- 
néfices de  la  foire  de  Visé  à  l'Église  de  Liège  ,  mentionne  spé- 
cialement les  étoffes  parmi  les  marchandises  que  l'on  y  exposait 
en  vente  (2).  Comme  ces  grands  marchés  n'avaient  lieu  qu'à 
de  longs  intervalles,  quelques  bourgeois  de  Liège  durent  songer 
de  bonne  heure  à  s'en  approvisionner  pour  la  consommation 
journalière  de  leurs  concitoyens.  Bientôt  ils  nouèrent  des  rela- 
tions avec  les  villes  voisines ,  et  le  commerce  liégeois  s'éten- 
dant  peu  à  peu  ne  tarda  pas  à  devenir  important.  Au  XIe  siècle, 
les  habitants  de  Liège  et  de  Huy  qui  était  alliés  à  la  hanse 
flamande  pour  les  expéditions  d'outre-mer,  trafiquaient  déjà  di- 
rectement avec  l'Angleterre. 

Fisen  rapporte  qu'en  l'an  1048  le  comte  de  Hollande  fit  brûler 
toutes  les  barques  liégeoises  amarrées  dans  le  port  de  Dor- 


(')  Bibliothèque  des  antiquités  Beloiques ,  par  Ed.  Marshall.  Anvers,  1833, 
t.  Il,  p.  43. 

(2)  Quicquid  videlicet  ex  coemptione  animalium  vel  ex  omni  génère  tam  vestium 
quam  ferri,  etc.  Dans  YAmplissima  collectio ,  I,  552. 


—  89  — 

drtrlit ,  qui  (;iait  alors  le  principal  entrepôt  des  laines  an- 
glaises 0).  Des  historiens ,  dont  le  témoignage  n'est  du  reste 
appuyé  que  sur  ces  faits  et  sur  d'autres  indications  vagues, 
font  des  conjectures  plus  ou  moins  probables  et  croient  que 
dans  ces  opérations  commerciales,  les  Liégeois  ne  se  bornaient 
pas  à  échanger  des  marchandises  qu'ils  recevaient  d'ailleurs, 
mais  transportaient  sur  les  marchés  étrangers  des  produits  ma- 
nufacturés par  eux.  Ils  les  expédiaient  dans  les  principales 
places  de  la  Hollande,  de  la  Hongrie,  de  la  Saxe  et  delà  France 
qu'ils  s'étaient  ouvertes  par  des  traités  ("2).  Des  relations  fré- 
quentes s'établirent  entre  Liège  et  Cologne,  où  nos  marchands 
débitaient  de  la  laine,  des  draps  et  de  la  toile.  Les  11  décembre 
1100  et  4  décembre  1103,  ces  deux  villes  conclurent  des  traités 
par  lesquels  elles  spécifiaient  les  droits  de  douane  qu'elles  de- 
vaient réciproquement  percevoir  et  les  denrées  qui  y  étaient 
sujettes.  Au  XII"  siècle,  Liège  formait  comme  l'entrepôt  général 
entre  la  France  et  l'Angleterre;  ses  principaux  produits  étaient 
les  armes,  le  drap  et  toutes  sortes  d'étoffes  de  laine  (5). 

D'après  ces  données,  il  faut  croire  que  le  marché  de  Liège 
avait  i]î'>  lors  une  grande  importance  et  que  les  drapiers  jouis- 
saient déjà  d'une  partie  du  crédit  dont  ils  furent  plus  tard  si 
fiers. Un  chroniqueur  rapporte  en  effet  que  vers  1130  ils  avaient 
la  réputation  d'être  des  hommes  arrogants  (4).  Cependant  la 
célébrité  de  la  foire  de  Visé  continuait,  paraît-il,  à  éclipser  le 
marché  de  la  capitale.  Anselme  rapporte  que  vers  l'an  1030, 


(1)  Ignem  injecit  in  naves  omnes  Leodiensium  et  Coloniensium  (Hist.  ecclesiœ 
Leod.,  t    I,  p.  187). 

(2)  Henaux.  Hist.  de  Liège,  t.  I,  p.  08. 
(5)  Polain.  Hist.  de  Liège,  t.  I,  p.  288. 

(')  Est    genus    hominum  mercenarium  ,   quorum  oflicium   est  ex  lino   et    lana 

te.xere  telas,   hoc  procax  ri  superbum  super   alios  mercenarios  vulgo  reputatur. 

(Pertz,  X, 309, cité  par  M.  F.  Henaux).  En  France  et  presque  partout,  les  marchands 

drapiers  jouissant  de  plus  de  considération  ,  avaient  la  prééminence  sur  les  autres 

■  lions. 


—  90  — 

l'abbé  de  saint  Laurent  étant  en  peine  d'habiller  ses  moines  à 
cause  de  la  pauvreté  de  son  monastère,  reçut,  par  l'inspiration 
de  saint  Wolbodon,  le  conseil  d'envoyer  un  des  frères  à  la  foire 
de  Visé.  Celui-ci  s'y  étant  rendu  fut  accosté  par  un  inconnu  qui 
lui  demanda  ce  qu'il  faisait  là.  «  Je  suis  venu,  répondit-il,  afin 
de  me  procurer  du  drap  pour  l'habillement  de  mes  frères,  mais 
il  est  si  cher  que  je  ne  pourrai  en  acheter.  »  A  ces  mots, 
l'inconnu  lui  donna  60  sous ,  avec  lesquels  il  put  faire  son 
emplette  (') 

On  voit  que  les  renseignements  positifs  sur  la  draperie  lié- 
geoise pendant  les  premiers  siècles  de  notre  histoire  font 
presque  complètement  défaut.  Nous  sommes  cependant  certains 
que  le  commerce  de  cet  article  prospérait  dans  la  cité,  puisqu'en 
1208  elle  fut  dotée  d'une  halle  par  la  munificence  de  Louis  Sur- 
let  surnommé  le  Vieux.  A  cette  époque  aucune  association 
n'avait  sans  doute  encore  eu  lieu  entre  les  marchands  de  drap  ; 
isolés ,  indépendants  ,  rivaux  peut-être  ,  n'ayant  pas  comme 
d'autres  artisans  des  raisons  de  nécessité  pour  s'unir  et  se  prêter 
un  mutuel  appui,  ils  avaient  repoussé  ces  liens  de  confraternité 
qui  firent  dans  la  suite  la  principale  force  de  la  Commune.  Un 
siècle  presqu'entier  les  séparait  du  reste  encore  de  la  grande 
révolution  qui  donna  naissance  aux  premières  compagnies  mili- 
taires des  métiers.  Louis  Surlet  le  plus  riche  et  le  plus  puissant 
bourgeois  de  Liège  et,  suivant  Hemricourt,  plus  absolu  dans 
cette  ville  que  Hugues  de  Pierrepont  lui-même,  comprit  proba- 
blement l'avantage  qu'il  y  aurait  à  instituer  un  lieu  public  pour 
la  vente  du  drap,  où  les  consommateurs,  établissant  des  compa- 
raisons, pouvaient  juger  avec  plus  de  certitude  les  différences 
du  prix  et  de  la  qualité.  Il  fit  en  conséquence  jeter  les  fondations 
d'une  halle  dans  la  rue  de  St-Johan  Strée  aujourd'hui  Féronstrée. 
Mais  ceux  du  lignage  de  St-Servais  qui  étaient  les  principaux 

(*)  Dans  Chapeauville,  Gesta  pontificum  leod.,  t.  I,  p.  269. 


—  91  — 

marchands  d'étoiles  de  la  ville,  voyant  que  cette  construction 
allait  leur  porter  un  grand  préjudice,  voulurent  s'y  opposer  et 
épouvantèrent  tellement  les  ouvriers  par  leurs  menaces  que 
ceux-ci  abandonnèrent  ['atelier. 

C'était  un  jour  d'été  dans  la  saison  des  roses.  Louis  Surlet 
étant,  dans  l'après  midi,  allé  voir  l'ouvrage,  trouva  ses  ouvriers 
inactifs  et  apprit  d'eux  ce  qui  s'était  passé.  Aussitôt  il  lit  crier  pu- 
bliquement que  tous  les  charpentiers  de  la  ville  eussent  à  venir 
travailler  à  la  halle  sous  peine  d'une  grosse  amende.  Lorsqu'ils 
lurent  réunis  il  leur  mita  chacun  un  chapeau  (couronne?)  de  roses 
sur  la  tète  et  leur  ordonna  de  travailler  avec  diligence,  les  assu- 
rant que  personne  n'oserait  désormais  les  interrompre  dans 
leurs  besogne  ('). 

Ce  bâtiment  qui  comme  toutes  les  constructions  de  cette  épo- 
que était  en  bois  fut  détruit  en  1212  lorsque  le  duc  de  Brabant 
pilla  Liège  et  tous  les  draps  qui  s'y  trouvaient  furent  enlevés  (2). 
Mais  il  fut  bientôt  remplacé  par  un  autre  destiné  au  môme  usage, 
car  la  halle  de  Liège  est  citée  dans  une  charte  de  1225  (3). 

Une  autre  charte  de  l'an  1249  prouve  que  les  liégeois  conti- 
nuaient leurs  relations  avec  l'Angleterre  (4)  ;  elle  n'indique  pas  la 
nature  des  produits  qu'ils  en  tiraient,  mais  on  peut  conjecturer 
que  c'était  principalement  de  la  laine.  Hemricourt  nous  apprend 
en  effet  qu'il  y  avait  alors  des  marchands  de  laine  d'Angle- 
terre dans  la  cité  (5). 

On  peut  juger  par  le  fait  suivant  comment,  alors  comme  au- 


(')  Hemricourt.  Miroir  des  nobles  de  la  Hesbayc,  éflit.  Jalheau,  p.  250. 

(î)  Foulon.  Historia  eccl.  leod.  —  Polain.  Esq.  kist.  53. 

(3)  Inventaire  des  eliartes  de  St-Lambert,  par  M.  Sehoonbroodt,  n°  48.  Elle  devint 
dès  1244  un  lien  il.'  réunion  pour  les  assemblées  du  peuple,  ainsi  que  le  couvent  des 
IV.  mineurs,  le  pré  l'Evoque,  les  Dominicains  et  la  halle  des  vignerons.  (Loyens,  Re- 
ri, ni  héraldique,  ms.  aux  archives  de  Liège,  p.  23.) 

(*)  V.  les  documents  inédits,  n°  I. 

(B)  Henry  de  Noevis...  s'estoyenl  marchans  de  laynes  d'Angleterre  et  de  toute 
denrées.  (Miroir  des  nobles,  etc.,  p.  277). 


—  92  — 

jourd'hui,  les  circonstances  politiques  influaient  sur  le  prix  des 
marchandises  et  combien  le  commerce  devait  avoir  à  souffrir 
dans  cette  époque  de  rivalités  et  d'agitation  que  l'on  appelle  le 
moyen-âge  :  Edouard,  roi  d'Angleterre,  n'ayant  plus  d'argent 
pour  payer  ses  alliés  dans  la  guerre  qu'il  avait  soutenue  contre 
Philippe,  roi  de  France  (1340),  proposai  Renaud  de  Maxhurée, 
Liégeois  de  la  maison  de  Limbourg  envoyé  par  le  duc  de 
Juliers  pour  toucher  sa  solde ,  de  prendre  de  la  laine  en  paye- 
ment. Celui-ci,  sachant  que  cette  denrée  était  très-chère  à 
Bruges  depuis  le  commencement  de  la  guerre,  a  cause  de  l'in- 
terdiction du  commerce  entre  l'Angleterre  et  la  Flandre,  accepta 
au  nom  de  son  maître  et  reçut  en  retour  de  riches  cadeaux  de 
la  munificence  royale.  Après  s'être  procuré  de  la  laine  pour 
l'entièreté  de  la  somme  qui  était  due  au  duc,  il  se  fit  donner  un 
sauf-conduit  et  une  exemption  des  droits  de  douane ,  et  alla 
vendre  sa  cargaison  à  Bruges.  Il  en  retira  trois  fois  le  prix  qu'il 
l'avait  estimée  et  réalisa  un  bénéfice  de  6,000  réaux.  Puis  ayant 
été  trouver  le  duc,  il  lui  déclara  qu'il  n'avait  obtenu  en  paye- 
ment du  roi  que  de  la  laine,  dont  il  ne  pourrait  se  défaire  qu'à 
perte.  Le  duc,  qui  avait  besoin  d'argent,  lui  ordonna  de  vendre 
à  quelque  prix  que  ce  fut ,  et  le  rusé  Liégeois  gagna  encore  de 
cette  façon  2,000  réaux  ('). 

Le  pays  de  Liège  produisait  toutefois  aussi  cette  matière  et  y 
était ,  de  même  que  l'élève  du  bétail ,  paraît-il,  une  source  assez 
abondante  de  revenus.  C'est  encore  fauteur  du  Miroir  des  nobles 
de  la  Hesbaye,  qui  nous  apprend  ces  circonstances,  en  parlant 
de  Guillaume  Malclerc,  seigneur  de  Hemricourt,  qui  vivait 
vers  1250. 

Ce  bon  seigneur  ne  cherchait  pas  à  s'enrichir ,  au  contraire  ; 
comme  il  était  fort  brave,  il  dépensait  tout  son  argent,  engageait 
ses  terres ,  ses  joyaux  et  sa  vaisselle  pour  aller  guerroyer  au 

')  Hemricourt.  Miroir  des  nobles  de  la  Hesbaye,  p.  55. 


—  93  — 

loin.  Mais  en  son  absence,  sa  femme  économisait  et  rachetait 
en  secret  ses  domaines. 

Un  jour,  revenant  d'un  grand  tournoi  qui  avait  eu  lieu  entre 
Juliers  et  Aldenhovej  quelques  chevaliers  étrangers  l'engagèrent 
à  retourner  chez  lui  par  Maestricht*  pour  jouir  de  sa  compagnie. 
Comme  il  se  dirigeait  vers  Hemricourt  en  longeant  le  Geer,  il 
vit  dans  les  pâturages  d'Orey  un  beau  troupeau  de  brebis,  et 
ayant  demandé  au  berger  à  qui  il  était,  celui-ci  lui  répondit  qu'il 
appartenait  à  Madame  de  Hemricourt;  ce  qui  l' étonna  beaucoup. 
Continuant  de  chevaucher  vers  Moumalle  ,  il  rencontra  un  se- 
cond troupeau  qui,  d'après  les  renseignements  qu'il  prit,  appar- 
tenait aussi  à  sa  femme.  Alors  il  fit  réflexion  que  puisqu'il  avait 
par  hasard  trouvé  sur  son  chemin  deux  troupeaux  qui  étaient  à 
sa  femme,  elle  pouvait  en  avoir  en  grand  nombre  ailleurs  ,  ce 
qui  le  surprit  encore  davantage,  et  partant  lorsqu'il  revint  chez 
lui,  il  lui  dit  :  Dame,  j'ai  dépensé  tout  mon  bien,  ce  me  semble  ; 
mais  ainsi  n'avez-vous  pas  fait  du  vôtre;  vous  avez  le  nom 
d'èiie  riche  et  moi  d'être  pauvre  et  endetté.  —  La  bonne  dame, 
qui  l'aimait  et  le  craignait  tout  ensemble,  affligée  de  ce  langage, 
lui  répondit  :  Certes ,  doux  sire ,  Dieu  nous  a  bien  gardé  de 
pauvreté,  louange  à  lui;  vous  ne  pouvez  être  pauvre  sans  moi, 
ni  moi  riche  sans  vous.  — Alors  le  seigneur  de  Hemricourt,  la 
voyant  affligée,  lui  dit  en  riant  :  Dame,  je  viens  de  trouver  sur 
mon  chemin  deux  beaux  troupeaux  de  moutons  qui  sont  à  vous, 
d'après  ce  que  les  bergers  disent,  mais  comme  je  ne  veux  pas 
perdre  ma  part,  trouvez  bon  ,  s'il  vous  plaît,  la  déclaration  que 
je  vous  fais  ici.  —  Quand  la  dame  vit  que  ce  discours  tendait  à 
la  consoler ,  elle  dit  à  son  mari  d'abondance  de  cœur  :  Cher 
sire,  vous  n'avez  pas  encore  vu  tout  ce  qu'il  y  a  ;  ne  vous  tour- 
mentez pas  de  votre  état,  car  vous  ne  fûtes  jamais  si  riche;  j'ai 
racheté  tous  vos  héritages  engagés  avec  des  'vaches  et  des 
brebis.  Autant  vous  avez  du  plaisir  à  acquérir  l'honneur  du 
monde  auquel  j'ai  part  avec  vous,  quoique  vous  en  ayez  seul  les 
blessures  et  les  fatigues,  autant  en  ai-je  d'épargner  pour  fournir 


—  94  — 

à  vos  dépenses.  —  Alors,  pour  la  première  fois,  le  sire  de 
Hemricourt  apprécia  la  conduite  de  sa  femme  ;  depuis  lors ,  il 
l'aima  pour  sa  loyauté,  l'honora  de  plus  de  confiance,  et,  dit 
l'écrivain,  continua  encore  mieux  sa  vie  ('). 

On  n'admettra  pas  volontiers,  sans  doute,  qu'un  commerce  , 
probablement  assez  étendu,  de  laines  anglaises  et  nationales, 
existait  à  Liège,  sans  en  conclure  que -ces  laines  y  étaient  aussi, 
dès  lors,  travaillées;  mais,  sans  vouloir  rien  décider  à  cet 
égard ,  nous  ferons  observer  que  les  magasins  de  la  capitale 
pouvaient  être  simplement  destinés  h  alimenter  la  fabrication 
des  villes  voisines.  Du  reste,  comme  nous  l'avons  dit,  ce  n'est 
réellement  qu'à  partir  du  XIVe  siècle  que  l'on  peut  constater 
d'une  manière  certaine  l'existence  de  l'industrie  drapière  à 
Liège. 

Les  historiens  rapportent  qu'en  l'an  1300,  des  manufacturiers 
de  Gand,  chassés  de  chez  eux  par  des  troubles  civils,  vinrent 
s'installer  à  Verviers.  Les  fabriques  de  drap  de  cette  ville 
prirent  alors  un  si  grand  accroissement,  que  deux  ans  après 
ses  habitants  demandèrent  à  Adolphe  de  Waldecq  le  droit  de 
pouvoir  vendre  librement  leurs  produits  dans  les  halles  de 
Liège ,  car  à  cette  époque  il  en  existait  deux,  dont  une  près  du 
Marché,  contre  le  Palais  des  évêques.  Mais  le  prince  mourut 
sur  ces  entrefaites  et  la  négociation  fut  interrompue  (2  ). 

En  1323,  les  Verviétois  renouvelèrent  leur  demande;  les 
drapiers  de  Liège  ,  craignant  la  concurrence  et  déjà  animés  de 
cet  esprit  d'égoïsme  qui  caractérise  le  système  des  corpora- 
tions, unirent  leurs  efforts  pour  empêcher  cette  concession. 
Mais  leur  opposition  échoua  devant  la  décision  favorable  du 
prince  et  des  magistrats  de  la  cité,  qui,  remarquons-le  à  cause 
de  l'époque,  favorisèrent  les  intérêts  généraux  de  la  masse  du 

(i)  Hemricourt.  Miroir  des  nobles  de  la  Hesbaye ,  p.  119.  Notons,  toutefois,  en 
passant,  que  la  laine  de  la  Hesbaye  est  la  plus  mauvaise  du  pays. 
(2)  Detrooz.  Hist.  du  marquisat  de  Franchimont. 


—  95  — 

peuple,  au  détriment  des  intérêts  privés  de  quelques  fabricants. 
Adolphe  de  la  Marck  crut  en  même  temps  nécessaire  de  régler 
la  vente  des  étoffes,  dans  le  but  de  protéger  l'industrie,  nais- 
sante peut-être  des  Liégeois ,  et  de  prévenir  les  fraudes  de  la 
part  des  étrangers.  C'est  ce  qu'il  fit  par  la  Lettre  des  halles  datée 
du  1er  février  1323.  Il  importe  d'examiner  ce  document  en 
détail. 

Nous  y  remarquons  d'abord  une  mesure  d'ordre  en  ce  que  la 
grande  halle  de  Féronstrée  est  exclusivement  consacrée  aux 
fabricants  de  la  ville,  celle  du  Palais  aux  marchands  de  draps 
étrangers;  ensuite  une  mesure  d'utilité  publique, en  ce  qu'il  est 
défendu  de  débiter  du  drap  en  détail  ailleurs  que  dans  ces  deux 
halles.  Chaque  jour  avant  l'heure  où  elles  sont  ouvertes  aux 
chalands ,  des  officiers  du  prince  vont  y  examiner  les  draps 
apportés  pour  la  vente  et  appliquent  à  ceux  qu'ils  jugent  conve- 
nablement travaillés  une  marque  en  plomb  (  ')  ;  de  cette  manière 
les  intérêts  des  acheteurs  sont  sauvegardés  et  ils  peuvent 
acheter  de  confiance.  C'est  l'idée  de  Louis  Surlet  généralisée  et 
érigée  en  principe. 

Les  fabricants  de  la  ville  peuvent  vendre  chez  eux  des  pièces 
entières;  en  effet,  par  cette  mesure,  la  bonne  foi  ou  l'inexpé- 
rience du  pauvre  peuple  ne  peuvent  être  trompées  :  ce  ne  sont 
en  général  que  les  marchands  qui  achètent  des  pièces  en- 
tières pour  les  revendre  en  détail  ;  ils  sont  compétents  pour  ju- 
gerde  la  valeur  des  étoffes  et  connaissent  les  fabricants  auxquels 
ils  s'adressent.  Les  mêmes  officiers  du  prince  sont  du  reste 
chargés  de  faire  la  visite  de  tous  les  draps  manufacturés  à 
Liège,  lorsqu'ils  pendent  aux  rames  au  sortir  des  fouleries  et 
de  faire  une  coupure  dans  ceux  qu'ils  trouvent  défectueux. 

Il  n'en  est  pas  de  même  des  pièces  entières  de  drap  étranger 
introduites  en  ville  pour  être  vendues.  Celles-ci  n'ayant  pas  été 

(•)  Cet  usage,  qui  n'est  pas  exprimé  dans  la  Lettre  des  halles ,  ressort  d'autres 
documents. 


—  96  — 

surveillées  par  les  rewards  pendant  la  fabrication ,  ne  peuvent 
se  débiter ,  en  gros  ni  en  détail ,  dans  les  maisons  particulières 
ou  sur  les  places  publiques.  Elles  doivent  être  transportées  im- 
médiatement à  la  halle  du  Palais ,  où  elles  subissent  la  visite 
avant  d'être  mises  à  la  disposition  des  acheteurs.  Ce  drap  doit, 
par  la  façon  dont  il  est  plié,  porter  l'indication  de  l'endroit  où  il 
a  été  fait,  et  le  propriétaire  est  obligé,'  sous  peine  d'amende,  de 
déclarer  a  l'avance  aux  chalands  s'il  est  fait  de  déchets  de 
fabrique  (pennes). 

Les  bourgeois  qui  hébergent  des  marchands  étrangers  doivent, 
les  dénoncer  s'ils  apprennent  qu'ils  concluent  des  marchés  en 
dehors  de  la  halle.  Disons  en  passant  que  le  commerce  de  ces 
étoffes  étrangères  devait  être  important ,  puisque  la  halle  du 
Palais  était  ouverte  tous  les  jours  depuis  le  matin  jusqu'au  soir. 

Il  est  défendu  aux  tailleurs ,  tondeurs  et  courtiers  d'amener 
des  pratiques  à  un  marchand  et  de  recevoir  de  celui-ci  une  ré- 
munération. 

Ces  règles  établies,  il  fallait  s'assurer  qu'elles  seraient  obser- 
vées et  leur  donner  une  sanction.  A  cet  effet,  Adolphe  de  la 
Marck  ordonne  la  formation  d'un  Conseil  composé  de  six 
hommes  qu'il  constitue  gardiens  de  la  Lettre  des  halles.  Ces  offi- 
ciers s'appellent  wardans  délie  drapperie.  Comme  ils  avaient 
dans  leurs  attributions  le  double  caractère  d'experts  et  déjuges, 
qu'ils  surveillaient  en  même  temps  les  intérêts  de  la  Commune 
et  ceux  des  drapiers  marchands  ou  fabricants,  deux  d'entre  eux 
étaient  choisis  par  les  maîtres  de  la  cité  parmi  les  jurés  du 
Conseil,  deux  autres  par  les  halliers  et  les  deux  derniers  par  les 
drapiers,  chacun  parmi  ses  confrères.  Immédiatement  après  leur 
élection,  qui  devait  avoir  lieu  chaque  année  le  premier  jour  de 
février,  ils  étaient  mis  en  féauté  par  les  deux  maîtres-à-temps. 

Nous  avons  déjà  signalé  en  passant  quelques-unes  de  leurs 
fonctions  :  la  surveillance  sur  la  fabrication  des  étoffes  faites  en 
ville  et  l'examen  des  draps  manufacturés  amenés  du  dehors. 
C'étaient  eux  aussi  qui  fixaient  le  prix  du  drap  en  cas  de  contes- 


—  97  — 

tation ,  qui  avaient  la  police  des  halles  et  qui  infligeaient  les 
amendes;  ils  avaient  a  leurs  ordres  un  valet  et  pouvaient  même 
requérir  un  des  menesteriers  de  Liège  ou  un  des  quatre  valets 
des  maîtres  de  la  cité  pour  signifier  leurs  sentences  aux  com- 
pagnons,  leur  ordonner  de  payer  en  tiers  jour  ou  en  exiger 
caution,  à  défaut  de  laquelle  ils  avaient  même  le  droit  de  mettre 
le  délinquant  en  interdit  en  lui  défendant  tout  travail.  Leurs 
décisions  étaient  inappellables  ;  seulement  à  la  fin  de  leur  année 
ils  devaient  rendre  compte  de  leur  gestion  en  présence  de  plu- 
sieurs députés  de  l'évêque  et  du  Conseil  de  la  cité.  Ils  partici- 
paient pour  un  tiers  dans  le  produit  des  amendes  (>). 

La  Lettre  des  halles  ne  peut  nous  donner  une  idée  exacte  de 
ce  qu'était  en  1323  la  corporation  des  drapiers.  Et  d'abord 
ceux-ci  formaient-ils  déjà  alors  une  corporation?  Rien  ne  l'in- 
dique dans  le  document  que  nous  venons  d'examiner  et  la  qua- 
lification de  métier  ne  s'y  rencontre  même  pas.  Toutefois,  elle 
apparaît  six  ans  après  dans  un  acte  que  nous  aurons  à  analyser 
plus  loin,  et  ceci  suffit  pour  prouver  que  l'association  des  dra- 
piers existait  depuis  1307  et  qu'elle  faisait  partie  des  25  tribus 
établies  cette  année  après  la  publication  de  la  paix  de  Seraing, 
par  Thibaut  de  Bar.  En  effet,  l'histoire  ne  mentionne  aucune 
formation  de  métiers  à  partir  de  cette  date  jusqu'en  1418. 

Toutefois,  s'il  faut  admettre  que  la  corporation  des  drapiers 
existait  dès  1307,  nous  devons  déclarer  aussi  que  jusqu'en  1330 
elle  ne  se  manifeste  comme  telle  dans  aucun  acte  public;  et 
ce  fait  qui ,  au  premier  abord  ,  paraît  étrange,  s'explique  selon 
nous  facilement.  En  effet,  la  division  de  la  commune  en  25  mé- 
tiers, qui  paraît  dater  de  la  paix  de  Seraing,  avait  pour  but  non 
pas  de  protéger  les  intérêts  industriels  et  commerciaux  des 
artisans,  mais  d'organiser  toute  la  population  liégeoise  en  com- 
pagnies militaires,  dans  un  but  purement  politique. 

(')  Documents  inédits,  n"  II. 


—  98  — 

Nous  pouvons  donc  assurer  que,  comme  corps  industriel,  les 
drapiers  n'ont  pas  encore  revêtu  leur  forme  caractéristique;  ils 
n'ont  pas  même  de  chefs  spéciaux.  Les  gouverneurs  des  métiers 
invoqués  dans  la  Lettre  des  halles  ne  peuvent  être  entendus  dans 
ce  sens ,  et  l'article  5  de  la  paix  de  Geneffe  de  1331  nous  fait 
croire  que  cette  désignation  s'appliquait  à  deux  personnes 
chargées  de  l'administration  de  toutes  les  corporations  réunies; 
le  pouvoir  étendu  dont  elles  devaient  être  investies  fut  cause  de 
leur  abolition  :  car  cette  paix  déclare  que  «  deux  chefs  ne  pou- 
vant être  profitables  à  un  état  et  les  deux  maîtres-à-temps 
suffisant  pour  le  gouvernement  de  la  ville,  les  deux  maîtres 
gouverneurs  qui  soloient  y  estre  en  ladicte  cité  seront  désor- 
mais abolis.  »  Elle  ajoute  que  chaque  métier  pourra  choisir, 
si  cela  lui  convient ,  des  wardains  chargés  de  le  «  gouverner  et 
maintenir.  » 

Nous  voyons,  il  est  vrai,  qu'en  1323,  des  officiers  spéciaux 
vont  être  créés  pour  administrer  toutes  les  affaires  relatives  à 
la  vente  et  à  la  fabrication  du  drap  et  même  exercer  sur  les 
compagnons  une  certaine  juridiction;  mais  ces  officiers,  connus 
aussi  sous  le  nom  de  wardains,  ne  sont  pas  les  représentants 
des  drapiers;  loin  d'être  choisis  par  la  corporation  pour  dé- 
fendre ses  privilèges ,  ils  sont  établis  par  ordre  du  prince,  et 
plutôt  dans  le  but  de  surveiller  les  intérêts  du  peuple.  L'étendue 
de  leur  autorité  est  une  preuve  nouvelle  de  l'absence  de  gou- 
verneurs particuliers.  Les  maîtres  gouverneurs  des  métiers,  qui 
existaient  encore,  administraient  probablement  les  affaires  géné- 
rales ;  niais  il  nous  est  impossible  de  déterminer  leur  part  res- 
pective de  juridiction  (»). 

Si  nous  cherchons  le  motif  de  la  lenteur  avec  laquelle  le 
métier  des  drapiers  s'organisa ,  nous  le  trouverons  probable- 
ment dans  l'existence  des  deux  classes  hostiles  de  compagnons 

(  '  )  Peut-être  les  fonctions  «les  deux  maîtres  gouverneurs  étaient-elles  purement 
militaires. 


—  99  — 

qui  le  formaient.  D'une  part,  les  marchands,  d'abord  prépondé- 
rants (halliers) ,  de  l'autre,  les  fabricants  (drapiers) ,  qui  éta- 
blissent une  lutte  avec  ceux-là  et  tâchent  <P«;!-Mi(lre  leurs  opéra- 
tions. Cette  distinction  est  parfaitement  établie  dans  la  Lettre 
des  Halles. 

Il  nous  paraîl  certain  qu'alors  encore  le  commerce  du  drap 
ét;iil  beaucoup  plus  important  dans  noire  ville  que  l'industrie 
elle-même.  Peut-être  les  marchands  drapiers  formaient-ils, 
comme  dans  les  cités  flamandes,  une  espèce  de  gilde  à  l'exclu- 
sion des  simples  artisans  qu'on  appelait  les  hommes  aux  mains 
sales.  Toujours  est-il  que  ce  commerce  enrichissait  en  peu 
d'années  les  bourgeois  qui  s'y  livraient,  à  tel  point  que  plusieurs 
d'entre  eux,  au  dire  de  Hemricourt,  menaient  la  vie  des  grands 
seigneurs  el  s'alliaient  aux  plus  nobles  familles  du  pays.  L'auteur 
que  nous  venons  de  nommer  ne  cite  pas  un  seul  fabricant  de 
drap  dans  son  long  ouvrage,  tandis  qu'on  y  rencontre  souvent 
des  marchands  d'étoffes,  entre  autres  ce  Nicolas  Flockelel  «  le 
plus  agréable  tils  de  bourgeois  qui  fut  de  sou  temps  à  la  ville  de 
Liège,  qui  estoit  marchand  d'étoffes  et  faisoit  profession  des 
armes ,  cherchant  partout  les  oecasions  de  s'en  servir»;  Jean 
de  Metz,  aussi  marchand  d'étoffes,  qui  épousa  vers  13o0  Oude, 
fille  de  Raes  de  Warfusée;  les  Festeau  dits  du  Jardin  ,  parce 
qu'ils  habitaient  le  fief  de  ce  nom,  devant  les  frères  Mineurs,  et 
qui  tirent  tous  de  brillants  mariages  ('). 

Quant  à  l'industrie  drapière,  elle  semble  encore  être  dans 
l'enfance  à  Liège  et  restreinte  à  la  fabrication  de  trois  espèces 
d'étoffes  :  le  drap  uni  (plam  drap),  le  drap  rayé  (royé)  et  le  drap 
à  carreaux  (dighedunes)  (-).  La  longueur  de  la  pièce  de  chaque 

1     Hemricourt.  Passim. 

(*)  A  cii.-  époque  el  pendant  bien  Longtemps  encore  tout  le  travail  se.  faisait  a  la 
main.  Le  filage  particulièrement  avait  lieu  dans  les  familles  ;  le  manufacturier  dis- 
tribuait un  certain  nombre  d'écbets  a  des  ouvriers  ijui  les  rapportaient  filés.  C'était 
un  travail  facile  auquel  se  livraient  en  guise  'l.-  passe  temps,  les  dames  de  la  plus 
haute  distinction    (Hénaux,  Hist.  de  lu  "//<■  </<■  Vermers.)l\  était  du  reste  exclusive- 


—  100  — 

sorte  d'étoffe  est  déterminée  ;  c'est  le  premier  article  réglemen- 
taire, prédécesseur  de  tous  ceux  qui,  dans  la  suite,  entravèrent 
le  libre  essor  de  l'industrie.  La  pièce  entière  de  drap  uni  devait 
mesurer  3:2  ou  38  aunes  ;  le  drap  rayé  40  aunes  ;  le  drap  à  car- 
reaux, 38.  Ces  mesures,  que  nos  fabricants  empruntèrent  pro- 
bablement aux  Flamands,  étaient  sans  doute  fixées  pour  la 
facilité  des  rapports  commerciaux;  en  effet,  ces  règles  une  fois 
adoptées ,  exigées  même  et  connues  de  tous ,  il  n'était  plus  né- 
cessaire de  mesurer  chaque  pièce  pour  connaître  sa  contenance  ; 
l'acheteur  était  en  même  temps  garanti  contre  la  fraude  ou  l'er- 
reur. La  différence  établie  entre  la  longueur  des  pièces  d'étoffes 
diverses  était  nécessitée  par  la  nature  et  la  qualité  du  tissu  ;  les 
fils  plus  ou  moins  forts  de  la  chaîne  permettaient  de  donner  plus 
ou  moins  de  longueur  à  ceux  de  la  trame  ;  les  pièces  les  plus 
courtes  étaient  nécessairement  les  plus  solides.  C'est  pour  ce 
motif  que  le  drap  uni,  réputé  le  meilleur  et  généralement  réservé 
aux  ecclésiastiques  et  aux  magistrats,  était  plus  court  que  le 
drap  rayé  employé  par  les  bourgeois  et  par  le  peuple;  étant 
moins  solide,  il  était  aussi  moins  cher. 

Au  moyen-âge,  chacun  s'habillait  suivant  sa  condition,  et  les 
différentes  classes  de  la  société  se  distinguaient  facilement  par 
la  qualité,  la  forme  et  la  couleur  des  vêtements.  Les  nobles  y 
déployaient  un  grand  luxe  :  ils  portèrent  longtemps,  comme  un 
apanage  exclusif  de  leur  haute  naissance  ,  le  drap  écarlate ,  la 
soie  et  le  velours  ;  leurs  signes  distinctifs  étaient  surtout  les 
riches  fourrures,  les  ornements  en  or  et  en  pierreries. 

Quoique ,  suivant  la  tradition ,  Charlemagne  eût  permis  aux 
bourgeois  de  la  cité,  en  les  créant  tous  nobles,  de  porter  gris  et 
verd  (vaiij,  c'est-à-dire  de  l'hermine  et  d'autres  pelleteries  spé- 
cialement affectées  aux  chevaliers,  il  n'en  est  pas  moins  certain 


mont  réservé  aux  femmes  :  les  chroniqueurs  racontent  que  lorsque  Sl-Bernard  vint 
prêcher  les  croisades  à  Liège,  on  mettait  une  quenouille  entre  les  mains  de  ceux  qui 
montraient  de  la  tiédeur  à  prendre  part  à  la  sainte  expédition. 


—  101  — 

que  l'usage  général  du  peuple  était  de  se  vêtir  de  serge  ou  de 
drap  rayé;  être  dans  les  draps  roues  voulait  dire  que  l'on  était 
rangé  dans  la  tdasse  des  bourgeois. 

Contrairement  aux  vieilles  cités  flamandes,  la  nuire  esl  pauvre 
en  miniatures  et  en  peintures  anciennes;  on  ne  trouve  aucune 
description  détaillée  des  habits  de  nus  ancêtres.  Les  testaments 
du  XV1'  siècle  nous  fournissent  les  noms  de  quelques-uns  d'entre 
eux;  mais  il  reste  à  en  expliquer  la  forme  et  l'usage. 

Le  costume  des  simples  bourgeois  et  bourgeoises  paraissait 
du  reste  être  fort  simple  et  généralement  de  couleur  sombre. 
C'étaient  pour  celles-ci  «des  cottes  de  drap  de  piere,  de  violette, 
de  wastarde,  de  instable, de  melleit,  de  skerlat, de  bonnette,  etc., 
fourées  de  gros  ver,  de  ratte  de  meir,  de  soie  ver  ou  de  conin; 
des  rouges  cottreals;  des  rauches  et  madonnets  de  cotton;  des 
heukes  de  sawine  ou  de  brunette  fourées  de  vvacbet  ;  des  houp- 
pelandes vertes  ou  grises  à  petites  ou  à  grandes  manches,)) etc. 

Des  pierres  tombales  dont  les  dessins  nous  ont  été  conservés 
par  Del  Rey,  d'autres  pierres  encore  conservées  dans  les 
églises ,  les  descriptions  données  par  quelques  auteurs ,  entre 
autres  par  J.  B.  de  Glen,  enfin  beaucoup  d'anciens  tableaux 
pourraient  être  utilement  mis  à  profit  pour  dessiner  une  galerie 
de  personnages  représentant  les  costumes  de  nos  ancêtres  h 
différentes  époques  et  dans  leurs  diverses  qualités.  Mais  cette 
galerie,  qui  serait  sans  aucun  doute  fort  intéressante,  demande- 
rait de  longues  et  minutieuses  recherches. 

Le  costume  des  ecclésiastiques  était,  comme  nous  l'avons 
dit,  de  drap  uni  et  probablement  noir;  sa  forme  était  déterminée 
par  des  statuts  synodaux.  Mais  comme  la  plupart  des  chanoines 
surtout  ceux  de  la  cathédrale  étaient  nobles  ,  beaucoup  d'entre 
eux  conservaient  en  dehors  des  églises  des  vêtements  de  toutes 
couleurs  et  de  toutes  formes.  Témoin  Guilleaume  de  S'-Martin 
dit  de  la  Rose,  chantre  de  Saint-Denis,  «  qui  était  magnifique  et 
plus  richement  vêtu  que  pas  un  chanoine  des  églises  collégiales 


—  102  — 

de  Liège.  «Témoin  encore  Jean  d'Ile,  surnommé  le  Bel,  le 
célèbre  chroniqueur,  qui  fut  le  maître  de  Froissart,  et  dont 
Hemricourt  parle  avec  tant  d'admiration  :  «  Ce  chanoine  de  la 
cathédrale  était,  dit-il,  un  homme  de  belle  taille  et  toujours 
richement  vêtu ,  choisissant  des  étoffes  comme  celles  qu'on 
voyait  aux  bannerets.  Ses  habits  qui,  selon  la  saison,  étaient 
doublés  d'hermine  et  d'autres  fourrures,  s'attachaient  sur  les 
épaules  au  moyen  d'agrafes  chargées  de  pierres  fines  et  de 
boutonnières  de  perles.  Ses  chaussures  aussi  ressemblaient  à 
celles  des  chevaliers.  Chaque  année,  il  distribuait  à  ses  parents 
et  à  ses  amis  48  paires  de  robes  d'écuiers  et  5  paires  de  robes 
garnies  de  fourrures  pour  trois  chanoines  et  deux  cheva- 
liers (').  »  Recevoir  ainsi  des  habillements  de  quelqu'un,  dit 
M.  Henaux,  porter  ses  couleurs,  c'était,  selon  l'expression 
d'alors,  être  à  ses  draps,  c'est-à-dire  être  de  sou  intimité,  être  à 
son  service  {"■). 

La  recherche  que  les  clercs  mettaient  dans  leurs  costumes 
devint  à  la  fin  un  scandale.  En  1360,  tous  les  Chapitres  de  la 
ville  s'unirent  pour  les  ramener  a  une  forme  plus  modeste 
et  défendre  sous  peine  d'amende  aux  prêtres  de  porter  des  vê- 
tements de  couleurs  variées ,  d'étoffes  rayées  ou  mi-parties , 
c'est-à-dire  la  moitié  d'une  couleur  et  l'autre  d'une  autre , 
comme  c'était  l'usage  au  XIVe  siècle  chez  les  gens  riches  ;  de 
les  faire  orner  de  plis,  de  frisures  et  de  crevés,  avec  des  bou- 
tonnières et  des  nœuds  de  soie,  d'argent  ou  d'or;  de  se  couvrir 
avec  d'élégants  capuchons  noués  de  longs  rubans  et  entretaillés 
autour  de  la  figure  ;  de  porter  en  public  des  brodequins  à 
longues  pointes,  entièrement  rouges  ou  verds  ou  de  plusieurs 
couleurs;  de  mettre  des  manteaux  à  manches,  etc.  (••). 

(')   Miroir  des  nobles  de  Hesbaye  ,  pp.  261  et  158. 
(2)  Hist.  de  la  bonne  ville  de  Verriers. 

(  s  )  «  Item  prohibemus  ne  aliquis  de  dicto  elero  vestes  aut  togas  partitas,  rugatas 
seu  intercisas  vel  scatatas,  caputiola  cum  coppis  longis  nodata  sub  gutture,  intercisa 


—  103  — 

Lorsque  l'industrie  et  le  commerce  eurent  amené  la  richesse 
parmi  les  bourgeois,  les  plus  opulents  d'entre  eux  commencèrent 
aussi  à  s'habiller  avec  recherche  et  à  imiter  les  chevaliers  dans 
leurs  costumes.  Alors,  pour  conserver  entre  les  différentes 
classes  de  la  société  une  distance  forcée  et  arrêter  le  dévelop- 
pement excessif  du  luxe,  les  choses  les  plus  simples  de  la  vie 
ordinaire  furent  réglées  par  la  loi  ;  nous  en  voyons  un  exemple 
dans  un  édit  de  1294,  porté  par  Philippe-le-Bel,  roi  de  France, 
et  conçu  dans  ces  termes  :  «  Nul  bourgeois  n'aura  chariot; 
bourgeois  ni  bourgeoise  ne  porteront  verd  ne  gris,  ne  hermines, 
ceintures,  couronnes  d'or  ni  d'argent,  ni  perles,  ni  pierrics 
précieuses;  aux  grands  banquets  n'y  aura  qu'un  mets  et  un 
entremets,  et  s'il  est  jeune,  ne  y  aurat  deuxpotaiges  aux  harem 
et  deux  mets,  et  n'y  aurat  d'autres  mets  que  d'une  sorte  de  chair 
ou  de  poissons.  Quant  aux  habits  et  robes,  les  personnes  selon 
leur  qualité  ne  porteront  draps  qu'au  pris  que  s'ensuit  :  les 
prélats  et  barons  à  18  sols  tournois;  les  escuiers  h  15  sols; 
les  pages  à  7  sols;  les  elereques  nobles  h  16  sols;  les  autres 
clerques  12  sols;  les  bourgeois  selon  leurs  richesses  à  10  et 
12  sols  tournois  sur  paine  pécuniaire  (').  » 

sou  scissa  circa  oram,  vel  in  coppis  aut  spatulis  alligata,  seu  caligas  différentes 
partitas  vel  rugatas  aut  ctiam  penitus  rubeas  seu  viridi  coloris  neenon  sotulares  ad 
pompam  seu  lasciviam  intercisas  aut  cum  cuspide  longa  gracili  et  acuta  publiée  de- 
feral  seu  portet.  Simili  modo  vestes  quaseumque  argento,  auro  seu  serico  frisatas, 
ornatas  aut  conlextas ,  neenon  etiam  vestes,  togas,  caputia  seu  alia  quevis  indu- 
menta  auro  argeotove  nodata,  seubotonata  aut  ornata  deferri  omnino  prohibentes... 
Nullus  insuper  beneficiatus  vel  choralis  publiée  cinclus  desuper  seu  cum  vestibus 
anle  botonatis  vadat,  scilicet  mantellis  aut  togis  soluni  supra  spatulas  vel  ante  non 
protensius  uno  palmo,  simplicibus  et  ejusdem  panni  uodis  ac  tunicis  supra  spatulam 
vel  anle.  ses  ad  plu.-,  circa  vero  brachia  usque  ad  cubitum  et  non  ultra,  altim  nota- 
biliter  nodis  seu  botonibus  nodatis  seu  botonatis  utatur  vel  cum  illis  incedal  ,  nec 
manicas  quicumque  circa  wardecorsia  déférât,  si  presbiter  quarta  ulne  cumdimidia, 
si  vero  dyaconus,  duabus  qaartis  cum  dimidia  vel  saltim  brachio  cum  manu  extensa 
déférât  longiores.  »  Chartes  de  Saint-Lambert  du  i'.\  nov.  1363.  V.  {'Inventaire  de 
M.  Schoonbroodt ,  n°  77;;. 

(l)  Gilles  Corrozet.  Trésor  des  lù*t.  de  France;  maître  1'.  Quenoys.  I.u  Confé- 
,,  n,,   des  ordonn.  royales,  p.  ()7«tj,  cites  par  V.  1).  Berch,  ms.  des  archives. 


—  104  — 

Ce  ne  fut  que  lorsque  les  patriciens ,  succombant  dans  leur 
lutte  avec  le  peuple ,  perdirent  le  prestige  du  rang  en  même 
temps  que  le  pouvoir,  que  l'égalité  s'étendit  jusque  dans  les 
costumes.  Son  règne  ne  fut  toutefois  pas  tellement  immédiat  ni 
général  que  pendant  plus  d'un  siècle  encore  on  ne  pût  recon- 
naître par  des  marques  extérieures  les  gens  du  peuple  et  les 
personnes  appartenant  aux  classes  élevées.  Un  écrivain  belge, 
en  exposant  les  causes  des  calamités  qui  affligeaient  son 
époque ,  cite  particulièrement  le  luxe  des  habillements  parmi 
les  bourgeois.  J'allais  oublier,  dit-il,  que  par  suite  de  l'affluence 
de  l'or,  il  est  devenu  presqu'impossible  de  distinguer  les  nobles 
des  hommes  enrichis  par  le  travail ,  qui  affectent  de  porter  les 
mêmes  habits  que  les  premiers  et  ne  souffrent  pas  que  vous  les 
appeliez  maîtres  ;  ils  veulent  être  salués  du  nom  de  Monsieur  ('). 

Mais  nous  nous  sommes  proposé  d'étudier  la  draperie  lié- 
geoise, particulièrement  au  point  de  vue  des  corporations  ;  nous 
allons  continuer  l'examen  des  rares  documents  que  nous  avons 
découverts  ou  recueillis  sur  ce  sujet  et  tâcher  d'en  tirer 
quelques  conclusions;  si  elles  ne  sont  pas  toujours  justes,  ou 
doit  tenir  compte  de  la  difficulté  qu'on  éprouve  toujours  lors- 
qu'on veut  se  rendre  compte  de  tout  et  reconstituer  un  état  de 
choses  dont  il  reste  a  peine  quelques  traces ,  et  je  dirai  avec 
Mélart  :  «  Tousiours  seray-je  excusable  qu'escrivant  des  choses 
vieilles  où  il  faut  aller  la  toise  à  la  main ,  j'ai  tasché  de  les  tirer 
de  leurs  ténèbres;  et  que  l'on  me  verra  avoir  sué  et  ahanné  en 
la  compréhension  très-difficile  d'un  langage  presque  non-intelli- 
gible ,  qui  m'a  souvent  mis  au  désespoir  de  poursuivre  la  pre- 
mière esbauche  en  desseiguée...  On  ne  peut  tirer  de  l'esthuy 
plus  qu'il  n'y  a  dedans.  » 

Lorsque  l'industrie  drapière  commença  a  prendre  quelque 
consistance  dans  la  ville  de  Liège ,  les  premières  tentatives  de 


(  '  )  Dcclaratio  Causarum  calamitatttm    Belgicarum  a  P.    à   S.    Audomaro.  Col. 
1582,  in-8. 


—  105  — 

fédération  industrielle  se  manifestèrent  chez  les  foulons;  la 
nécessité  en  était  cause.  De  môme  que  les  tanneurs,  ces  artisans 
sévirent,  croyons-nous,  obligés  de  s'associer  pour  acheter  à 
frais  communs  un  moulin  à  fouler  le  drap.  Quels  arrangements 
avaient-ils  pris  pour  pouvoir  tous  ensemble  et  chacun  en  parti- 
culier avec  ses  valets  exercer  leur  industrie?  Observaient-ils  un 
tour  ou  travaillaient-ils  simultanément  dans  différents  quartiers 
du  moulin?  Nous  ne  pouvons  le  deviner.  Comme  dans  les  do- 
cuments que  nous  avons  sous  les  yeux ,  il  n'existe  aucune  trace 
de  concurrence  entre  les  maîtres  foulons,  on  pourrait  croire 
que  leurs  intérêts  n'étaient  pas  divisés  et  que  chacun  travaillait 
au  profil  de  tous;  mais  alors  pourquoi  limiter,  comme  nous  le 
verrons  tantôt,  le  nombre  des  ouvriers  et  des  lavages  de  chaque 
maîtres?  Nous  devons,  dans  tous  les  cas,  supposer  que  dans  le 
commencement  ils  étaient  peu  nombreux.  Ils  apparaissent  dans 
un  acte  do  1325,  comme  réunis  en  Société  et,  malgré  les  mesures 
énergiques  prises  à  cette  époque  contre  les  métiers  par  Adolphe 
de  Waldecq,  jouissant  déjà  du  plus  beau  privilège  qu'aient 
jamais  obtenu  les  corporations  liégeoises,  celui  de  se  régle- 
menter eux-mêmes.  Cette  association  porte  même  le  titre  de 
métier  (le  mestir  de  folerie).  On  n'y  voit  encore  figurer ,  il  est 
vrai,  aucun  chef  propre;  ce  sont  les  maîtres  et  les  valets  qui, 
ayant  une  discussion  au  sujet  du  salaire  de  ces  derniers,  s'en- 
tendent à  l'amiable  pour  éviter  des  déchirements;  chacune  des 
deux  parties  contondantes  choisit  dans  son  sein  deux  arbitres 
qui,  en  présence  des  wardains  institués  par  la  Lettre  des  Halles, 
fixent  le  prix  de  la  main  d'œuvre  de?  valets.  Ce  tarif  arrêté,  ils 
prient  d'un  commun  accord  ces  mêmes  wardains  d'appendre 
au  parchemin  le  propre  seal  de  leur  draperie  pour  lui  donner 
force  de  loi. 

Les  wardains  ont  toujours  la  haute  surveillance  sur  la  fabri- 
cation; pour  ne  pas  encourir  la  peine  d'avoir  l'ait  un  mauvais 
ouvrage,  les  foulons  sont  obligés  d'aller  leur  montrer,  avant 


—  106  — 

de  les  soumettre  à  aucune  préparation,  les  pièces  de  drap  qu'ils 
reçoivent  des  tisserands  lorsqu'ils  les  croient  mal  travaillées 
et  impropres  à  un  bon  foulage  ;  leur  cercle  d'action  ne  paraît 
pas  s'étendre  au-delà.  Les  arbitres  profilent  de  leur  autorité 
momentanée  pour  infliger  des  amendes  contre  l'ivrognerie  et  la 
passion  du  jeu  ;  ils  décident  que ,  pour  les  cas  imprévus ,  les 
maîtres  et  les  valets  feront  de  nouveau  eboix  de  quatre  arbitres 
pour  les  juger;  enfin  ils  défendent  à  chaque  maître  d'avoir  a  la 
fois  plus  d'un  valet  à  son  service  (  '  ). 

Le  détail  des  différentes  étoffes  énumérées  dans  ce  document 
n'est  pas  sans  intérêt  ;  il  permet  de  constater  un  progrès  notable 
dans  l'industrie  depuis  deux  ans;  nous  y  ajoutons  les  dimen- 
sions et  le  prix  du  foulage  tarifé  à  la  pièce  et  non  à  la  journée  : 
Pour  un  drap  dikedunne  de  40  aunes,  8  sous  tournois. 

»  rayé  »  6    »     moins  2  deniers. 

»  mêlé  ou  à  fleurs  (pour 


doublure  ?)  de  40  aunes 

,5 

» 

» 

3 

)) 

mêlé  ou  à  fleurs,  30 

» 

4 

» 

2  de 

niers 

» 

dapreis  (diapré),  40 

» 

4 

» 

7 

» 

)) 

gros  drap  bleu 

ou  blanc,        » 

)> 

4 

» 

» 

drap  mêlé,         28 

» 

4 

» 

» 

»    bleu ,          32 

» 

3 

» 

5 

» 

» 

»    à  2  envers 

à  1  corois,  32 

» 

3 

» 

5 

» 

)) 

»    à  2  envers 

a  2  corois,  » 

)> 

4 

» 

2 

» 

» 

gros  drap  blanc 

(banscotte?),  32 

» 

3 

)> 

5 

)) 

i1)  Cette  défense  montre  qu'il  est  impossible  d'admettre  l'assertion  de  Loyens, 
lorsqu'il  dit  que  Jacque  Jaquemont  dit  Coekial ,  hallier ,  maître  à  temps  de  la  cité  en 
1343,  entretenait  seul  dans  la  manufacture  de  draps  8  à  600  ouvriers  [Recueil  héral- 
dique des  bourgmestres  de  Liège,  p.  66.) 


107 


IN  un'  un  drap  scafare  à  floches 

(ratine?),  de  40  aunes  4  sous  6  deniers. 
»  scafare  à  floches  32      »    4    » 

»  demi  dikedunne,  8    »     7      » 

»  deux  pièces  formant  un 

drap  entier,  7    »  petits,  plus  le  prix 

d'un  drap  entier. 
Pour  toute  pièce  de  drap  rayé,  de  skafaires  à  floches  et  de 

demi-drap,  2  sous  1  maille  par  aune. 
Pour  toute  pièce  de  dikedunne  et  de  demi-drap,  3  petits  tour- 
nois par  aune. 
Pour  une  scafare  scrawée,  16  tournois. 

»    deux  »  32        » 

Pour  remostreir  (recoudre  les  trous?  repasser?)  et  mettre  aux 

rames  un  drap  de  40  aunes,  8  sous. 
Pour  remostreir  et  mettre  aux  rames  un  drap  de  32  aunes, 

7  sous. 

Pour  scureir  (rincer?)  digedune,  7  petits. 

Pour  tout  autre  drap,  3  tournois. 

Pour  fouler  un  plein  drap  de  7  à  10  aunes,  3  mailles,  par  aune. 

Pour  raparelhier  (donner  l'apprêt,  plier?)  un  drap  de  40  aunes, 

8  tournois. 

Pour  rapareihier  un  drap  de  32  aunes,  7  tournois. 
Pour  mettre  un  dikedunne  aux  rames,  7  sous  tournois. 

»  drap  rayé  »  6     »     petits. 

Pour  fouler  un  drap  mêlé  et  à  fleur  de  24  aunes,  3  1/2  sous. 

»  »        a  2  envers  a  1  corois,de  40  aunes,  4  sous. 

»  »  »  2      »  »     4  s.  9  d. 

Quant  aux  draps  ou  scafares  anglais  (étoffes  que  Ton  recevait 

min  préparées),  ils  s'arrangeront  comme  ils  l'entendront (•). 

D'après  les  termes  de  la  lettre, ces  prix  devaienl  être  observés 

i  '    v.  Documents  inédits,  n°  111. 


—  108  — 

à  toujours.  Mais  vingt-sept  ans  après,  les  mêmes  difficultés  sur- 
girent entre  les  maîtres  foulons  et  leurs  ouvriers,  et  il  fallut 
faire  un  nouvel  accord  en  tous  points  semblable  au  précédent, 
quant  au  mode  de  procéder.  Le  salaire  des  valets  fut  fixé  comme 
suit  : 

Pour  fouler  un  dighedonne  teint  en  gris ,  14  sous  6  deniers. 

Pour  l'embroyer 16  » 

Pour  le  mettre  aux  rames  ou  appareiller    ...  12  » 

Pour  fouler  un  dighedonne  mêlé  aile  verge,  12  s.  6  » 

Pour  l'embroyer 12  » 

Pour  le  mettre  aux  rames 11  » 

Pour  l'appareiller 11  » 

Pour  fouler  un   dighcdone  bleu  et   blanc,   11  s.  6  » 

Pour  l'embroyer ,     ....  12  » 

Pour  le  mettre  aux  rames 11  » 

Pour  l'appareiller .  11  » 

Pour  fouler  un  plein  drap  bleu  et  mêlé  de  40  aunes,  6  sous. 

Pour  l'embroyer 8  deniers. 

Pour  le  remostreir 12  » 

Pour  le  mettre  aux  rames 12  » 

Pour  l'appareiller M  » 

Pour  fouler  2  demies  dighedonnes   mêlés,  13  s.  6  » 
»                              »            rayés,  10  » 

Pour  les  embroyer 10  » 

Pour  les  mettre  aux  rames 10  » 

Toutes  les  étoffes  ci-dessus  étaient  fabriquées  avec  de  la 
laine  majesté. 

Pour  fouler  un  scafar  à  floches 9  sous. 

Pour  l'embroyer 7  deniers. 

Pour  le  mettre  aux  rames 8        » 

Pour  l'apareiller 8        » 

Pour  fouler  deux  demi  dighedonnes  bleus  et  blancs,  12  s.  6  d. 


—  109  — 

Tour  fouler  un  scafar  scrowé 6  deniers. 

Pour  l'embroyer 4       » 

Pour  le  mettre  aux  rames 8        » 

Pour  fouler  une  pièce  dighedonne  laine  majesté,  5  d.  par  aune. 
»  de  plain  drap   ....     4  » 

»  de  scafar  à  Hoches    .    .    4  » 

Pour  fouler  un  drap  à  2  envers  et  à  1  corois    .    4  sous. 

Les  maîtres  ne  peuvent,  sous  peine  d'amende,  donner  moins, 
ni  les  valets  exiger  davantage  que  les  prix  stipulés. 

De  même  que  les  arbitres  de  1325,  ceux  de  1352  ajoutent, 
en  forme  d'ordonnance ,  les  quelques  dispositions  qui  suivent  : 

Les  maîtres  foulons  ne  peuvent  faire  crédit  aux  drapiers 
dont  ils  ont  foulé  le  drap,  ni  leur  faire  remise  de  leur  salaire. 

Il  leur  est  défendu  à  eux  et  à  leurs  valets  de  faire  plus  de 
trois  lavages  par  semaine. 

Les  valets  ne  peuvent  emprunter  de  l'argent  h  leurs  maîtres 
ni  ceux-ci  leur  en  prêter,  à  moins  qu'ils  soient  malades  ou 
dans  le  besoin.  Ils  ne  peuvent  quitter  leurs  maîtres  sans  motifs 
ni  leur  faire  tort  en  allant  travailler  chez  d'autres. 

Enfin  cette  lettre  ordonne  l'institution  de  quatre  députés  an- 
nuels, deux  maîtres  et  deux  valets  foulons,  chargés  de  faire 
observer  ces  statuts  ('). 

Nous  ne  comprenons  plus  la  portée  de  toutes  ces  défenses; 
elles  tendaient  sans  doute  à  maintenir  l'ordre  dans  la  société 
et  à  empêcher  la  trop  grande  prospérité  d'un  seul  au  détriment 
des  autres;  c'était  l'étroit  et  cependant  charitable  principe  qui 
dominait  le  système  des  métiers  :  «  Il  faut  que  le  petit  puisse 
vivre  delez  le  grand.  »  On  se  demande  aussi  si  les  tarifs  établis 
concernaient  les  drapiers  tisserands  ou  si,  chose  peu  probable, 
ceux-ci  devaient  encore  faire  avec  les  maîtres  foulons  un  arran- 
gement particulier. 

'  '     V.  Documents  inédits,  n°  VI. 


—  110  — 

Un  troisième  accord,  fait  pour  durer  douze  ans,  nous  apprend 
que  le  premier  mode  était  en  usage  en  1435  ;  mais  alors  il  ne 
s'agit  plus  de  maîtres  ni  de  valets  ;  il  y  est  stipulé  que  les  dra- 
piers payeront  aux  foulons  : 

6  livres  pour  un  drap  commun. 

3    »  1/2         »  de  22  aunes,  et  5  sous  pour 

chaque  aune  qu'il  aurait  en  plus. 

7  livres  7  sous  pour  un  drap  gris  de  Vilermostier  ou  bleu.  Les 
drapiers  non  enrôlés  sous  la  bannière  du  métier  pour  le  service 
militaire  payaient  3  sous  déplus  par  drap,  parce  que,  sans  doute, 
ils  pouvaient  mettre  à  profit  le  temps  que  les  autres  compagnons 
consacraient  au  service  ('). 

Enfin  un  quatrième  arrangement  pris  à  l'expiration  du  terme 
fixé  en  1423,  termine  cette  série  de  documents  relatifs  au  salaire 
des  foulons.  Il  est  fixé  à  8  livres  pour  chaque  drap  fait  de  grayt 
nions,  de  fleur,  de  koxhe,  de  simple  gris;  à  9  livres  pour  les 
draps  mêlés,  gris  ou  bleus;  a  10  livres  pour  les  draps  faits  de 
hoppe  de  laine,  quelle  que  soit  la  laine  qu'on  y  eut  employée. 
Les  wardains  des  drapiers  et  des  foulons  réunis  examinent  les 
draps  foulés,  peuvent  faire  retravailler  une  pièce  qui  laisserait 
h  désirer  et  même  interdire  les  ouvriers  récalcitrants.  Pour 
faciliter  les  opérations,  le  métier  décide  que  tous  les  draps  de- 
vront avoir  la  même  longueur  :  42  aunes  pour  les  pièces  en- 
tières, 22  aunes  pour  les  demi-pièces  (2). 

Les  deux  derniers  actes,  quoique  de  la  même  nature  que  les 
deux  premiers,  émanent  du  métier  des  drapiers,  dénomination 
qui  apparaît  pour  la  première  fois  en  1330;  celle  de  métier  des 
foulons  se  rencontre  toutefois  encore  en  13o2;  d'une  part  le 
métier  des  drapiers  semble  se  substituer  à  celui  des  foulons, 
d'autre  part  ils  paraissent  subsister  l'un  à  côté  de  l'autre  sans 
avoir  rien  de  commun.  Faute  de  renseignements  positifs  nous 

(')  Documents  inédits,  n°  XF. 
[*)  Documents  inédits  n°  XII. 


—  111  — 

ne  pouvons  expliquer  ces  contradictions  apparentes  sans  recou- 
rir aune  hypothèse  que,  malgré  nos  scrupules  primitifs,  nous 
avons  fini  par  admettre.  Nous  croyons  donc  que  les  premiers 
maîtres  foulon  s,c'est-à-dire  les  premiers  propriétaires  du  moulin, 
étaienl  les  tisserand  s  on  drapiers  delà  cité  eux-mêmes;  les  valets 
qui  figurent  dans  les  actes  de  1325  et  1352  étaient  les  vrais 
foulons,  eeux  qui  travaillaient  au  moulin  sous  la  dépendance  des 
drapiers.  De  cette  façon  la  difficulté  que  nous  avons  signalée  au 
sujet  des  tarifs  disparaît;  ils  établissent  les  rapports  de  tisse- 
rands à  foulons,  de  maîtres  à  ouvriers.  Le  moulin  devant  éga- 
lement servir  à  tous  les  drapiers,  on  comprend  dès  lors  aussi  le 
motif  qui  a  fait  défendre  a  chacun  deux  d'avoir  à  son  service  plus 
d'un  valet  et  de  faire  plus  de  3  lavages  par  semaine;  on  com- 
prend encore  pourquoi  les  maîtres  de  foulerie  s'arrogent  le  droit 
de  fixer  des  statuts  relatifs  à  la  tisseranderie;  enfin  la  dispari- 
tion, sans  cela  inexplicable,  du  métier  des  foulons  qui  ne  figure 
pas  sur  la  liste  des  32  métiers  de  Liège,  n'est  plus  un  mystère, 
c'est  une  simple  transformation  ou  plutôt  un  changement,  de 
nom;  la  dénomination  particulière  qui  rappelait  l'origine  de 
l'association  industrielle  fut  abandonnée  pour  une  appellation 
pins  générale  qui  comprenait  sous  elle  toutes  les  opérations  de 
la  fabrication  du  drap:  le  tissage,  le  foulage  et  la  teinture. 

L'acte  de  1330  que  nous  avons  cité  tantôt,  vient  encore  con- 
firmer cette  opinion;  il  nous  montre  les  drapiers  réunis  achetant 
à  des  particuliers  un  terrain,  rue  Hors-Château,  pour  y  étendre 
sur  des  rames  les  étoffes  au  sortir  de  la  foulerie:  jusque  là 
chaque  drapier  avait  sans  doute  ses  rames  particulières  et  se 
servait  comme  il  l'entendait  soit  de  son  jardin,  soit  de  son 
grenier  comme  cela  se  pratiquait  encore  en  1585.  L'acquisition 
de  raines  communes  faite  au  profil  de  tous  et  ayant  sans  doute 
pour  but  de  faciliter  auxwardains  l'inspection  des  étoffes  indique 
l'accroissement  d'importance  du  métier.  L'initiative  prise  par  les 
drapiers  dans  un  objet  qui  parait  être  uniquement  du  ressort  des 


—  112  — 

foulons  prouve  que   ceux-ci  ne   faisaient  qu'un  avec  ceux- 
là  {*)• 
Vers  la  même  époque  la  corporation  devenait  propriétaire  de 

la  halle  de  Féronstrée  bâtie  par  Louis  Surlet:  nous  trouvons 
en  effet  en  1334  un  accord  extrêmement  curieux  fait  entre  les 
drapiers  et  un  ardoisier  pour  en  couvrir  le  toit  (*).  Ce  devis,  le 
plus  ancien  que  nous  connaissions,  est  parfaitement  rédigé  et 
pourrait  encore  servir  de  modèle  aujourd'hui.  Tout  y  est  prévu 
et  réglé;  la  carrière  qui  doit  fournir  les  ardoises;  le  poid  des 
clous;  le  nombre  de  cloux  qu'il  faut  mettre  à  chaque  ardoise; 
le  jour  où  l'ouvrage  doit  être  commencé  et  celui  où  il  doit  être 
fini.  L'entrepreneur  doit  livrer  comme  caution  un  millier  de 
clous;  il  recevra  en  payement  270  livres:  36  le  jour  où  il  amè- 
nera sur  les  lieux  11  à  12  mille  ardoises;  36  deux  ans  après  et 
le  reste  lorsque  tout  sera  terminé  (5.). 

C'était  à  la  halle,  dans  une  pièce  du  rez  de  chaussée,  que 
devait  se  vendre  toute  la  laine  introduite  en  ville.  Le  métier 
louait  au  plus  haut  offrant  le  droit  de  peser  la  laine  vendue  ;  le 
fermier,  qui  s'appelait  Y-usinier  délie  halle,  y  avait  son  logement, 
était  chargé  de  l'entretenir,  d'ouvrir  et  de  fermer  les  portes  aux 
heures  fixées;  il  lui  était  défendu  de  sous-louer  le  bâtiment  en 
tout  ou  en  partie,  d'exiger  pour  le  pesage  au  delà  du  prix  con- 
venu et  de  remplir  d'autres  fonctions  dans  le  métier  pendant 
toute  la  durée  de  son  bail  (4). 

Quelques  années  plus  tard  la  corporation,  évidemment  en  voie 
de  prospérité,  trouve  le  moyen  d'acheter  un  moulin  à  fouler, 
sans  doute  le  même  que  celui  dont  elle  se  servait  auparavant, 
mais  qu'elle  ne  possédait  qu'à  titre  de  rendage;  il  appartenait 

(  i)  Documents  inédits,  n°  IV. 
(2)  Documents  inédits,  n°  V. 

(s)  Les  mille  ardoises  couvrent  la  petite  verge  de  S'-Lambert,  16  pieds  sur 
16  =  256  pieds  carrés. 

(*)  Documents  inédits  ,  n°  VIII. 


—  m  — 

alors  à  Raes  de  Haccourt  échevin  de  Liège,  et  était  situé  sur  la 
Meuse  entre  Beaureparl  et  la  Boverie  ('). 

Lorsque  les  drapiers  se  virenl  en  état  non-seulement  de  four- 
nir à  la  consommation  de  leurs  concitoyens,  mais  même  d'ex- 
porter leurs  produits  au  loin,  ils  cherchèrent  à  étouffer  le  plus 
possihle  chez  eux  la  concurrence  des  étrangers;  or,  il  existait,  à 
Liège,  deux  foires  annuelles  où,  suivant  l'antique  habitude,  on 
vendait  surtout  des  étoffes;  ces  foires  faisaient  aux  drapiers  de 
Liège  un  tort  immense,  parce  qu'il  leur  était  défendu  d'y  étaler 
leurs  draps  et  que,  dans  les  temps  de  fête,  on  se  laissait  très- 
facilemenl  entraîner  à  faire  des  achats,  soit  à  cause  de  la 
variété  et  de  la  nouveauté  des  étoffes,  soit  à  cause  de  leur  prix 
avantageux.  L'évêque  Englebert  de  la  Marck  ne  pouvait,  pour 
protéger  l'industrie  nationale,  abolir  sans  exciter  des  murmures, 
ces  deux  foires  considérées  comme  des  privilèges  de  la  nation  ; 
mais  il  en  supprima  une  ou  plutôt  les  remplaça  toutes  deux  par 
une  foire  générale  qui  devait  se  tenir  en  Gravioule;  il  exigea  de 
plus  que  toutes  les  marchandises  étrangères  amenées  par  les 
marchands  fussent  soumises  à  leur  entrée  à  l'inspection  des 
rewards  (24  mars  1350). 

L'industrieuse  activité  des  drapiers,  la  participation  du  peuple 
au  pouvoir,  l'extension  des  privilèges,  quelques  fois  même  la 
faveur  des  princes,  tout  faisait  présager  à  la  corporation  un 
avenir  prospère,  lorsque  le  désastre  d'Othée  (1408)  vint  l'arrêter 
dans  son  élan;  de  même  que  tous  les  autres  métiers,  elle  fut 
violemment  supprimée;  on  continua  certainement  à  fabriquer 
du  drap  et  à  exercer  tous  les  états  ;  mais,  de  même  que  les 
arts  et  les  lettres,  que  deviennent  l'industrie  et  le  commerce 
sans  la  liberté? 

Ici  finit  la  première  période  que  nous  nommons  de  formation 
de  notre  métier.  Nous  sommes  aussi  enclin  que  personne  a  attri- 


(')  Documents  inédits,  n°  VII.  Ce  moulin  qui  se  trouvait  siH'  l'île  Renoz  fut  démoli 
lors  de  la  dérivation  de  la  Meuse. 


—  114  — 

buer  aux  institutions  de  notre  patrie  la  noblesse  de  l'ancienneté  ; 
mais  lorsque  les  documents  manquent  complètement  pour 
l'attester  et  que  nous  nous  trouvons  en  présence  de  faits  qui 
lui  sont  contraires,  force  nous  est  de  la  mettre  en  doute.  Nous 
croyons  donc  qu'avant  le  XIVe  siècle,  l'industrie  drapière  n'exis- 
tait pas  à  Liège  et  qu'on  se  bornait  à  y  faire  le  commerce  des 
draps  étrangers.  Peu  après  se  forma  une  société  industrielle  de 
fabricants  qui  devint  assez  ricbe  pour  pouvoir,  dans  un  espace 
de  temps  de  moins  d'un  siècle,  acheter  une  halle,  un  moulin  à 
fouler  et  un  terrain  pour  y  établir  des  rames.  Cette  société  de 
travailleurs, entièrement  sous  la  dépendance  du  pouvoir  aristocra- 
tique, ne  jouit  d'aucune  liberté  ;  dépourvue  de  chefs  et  de  statuts, 
elle  se  règle  sur  l'usage  et  délègue  de  temps  en  temps  quelques 
fondés  de  pouvoirs,  choisis  dans  son  sein,  pour  la  représenter 
dans  les  actes  publics  ;  ces  délégués,  ordinairement  au  nombre 
de  quatre,  s'appellent  maîtres  (1329J,  hiretirs  (1334J,  élus  fl365), 
mambours,  porveors  (1367),  etc.  Les  princes  tout  en  prenant  des 
mesures  pour  protéger  son  industrie  et  l'affranchir  de  la  con- 
currence étrangère,  lui  imposent,  dans  l'intérêt  du  public,  des 
officiers  chargés  de  surveiller  la  fabrication,  des  règles  pour  le 
tissage,  l'ourdissage,  la  vente,  etc.;  ils  s'appliquent  aussi  a 
maintenir  entre  les  différents  membres  de  la  corporation  une 
certaine  égalité  afin  qu'ils  ne  se  fassent  pas  réciproquement  du 
tort. 

Jusqu'ici  on  ne  rencontre  pas  de  trace  d'acquête,  de  relief, 
d'apprentissage,  de  chef-d'œuvre,  aucune  tendance  au  monopole 
au  détriment  de  la  généralité;  dans  ce  cas  les  drapiers  seraient 
exempts  de  l'accusation  formulée  contre  les  métiers  qui  cher- 
chaient à  empêcher  tout  autre  que  les  compagnons  à  vivre 
du  travail  de  ses  mains;  il  est  toutefois  probable  qu'il  existait  a 
ce  sujet  certaines  règles  et  que  la  société  n'admettait  dans  son 
sein  que  les  parents  et  les  amis  de  ses  membres. 

Pendant  cette  première  période  de  temps,  les  drapiers  habi- 


—  115  — 

taient  presque  tous  la  paroisse  S'.-Georges  et  surtout  la  rue 
Hors-Château  où  nous  trouvons  dès  1353  un  pont  des  tisseurs 
sui"  une  branche  de  la  Légia  et  un  peu  plus  lard,  la  draperie, 
la  rue  des  Wendes  et  la  place  des  Foulons. 


II 


Période  de  prospérité,  1418  à  1650. 


Jean  de  Wallenrode,  en  rétablissant  les  métiers  en  1418  et 
en  augmentant  leur  nombre ,  inaugura  pour  cette  institution , 
devenue  officielle,  une  ère  brillante.  Les  32  corporations,  ob- 
servant un  rang  fixe,  où  celle  des  drapiers  occupe  la  douzième 
place,  s'organisent  librement  et  à  peu  près  uniformément  sous 
l'influence  du  pouvoir  démocratique.  Les  nouveaux  métiers  ré- 
digent par  écrit  leurs  statuts,  et  quelques-uns  des  anciens, 
notamment  celui  des  tanneurs,  refondent  leurs  vieux  règle- 
ments. Les  drapiers  n'éprouvent  pas  immédiatement  le  besoin 
d'une  loi  écrite  et  se  règlent  encore  pendant  un  quart  de  siècle 
d'après  les  usages  et  les  traditions  de  leurs  ancêtres.  Mais, 
comme  les  autres ,  ils  régularisent  leur  administration  ,  choi- 
sissent dans  leur  sein  des  gouverneurs  et  des  jurés  ;  ces  offi- 
ciers permanents  et  d'un  caractère  bien  connu ,  chargés  de 
surveiller  les  intérêts  de  la  société,  jurant  de  travailler  de  tout 
leur  pouvoir  à  sa  prospérité  et  au  maintien  de  ses  privilèges 
apparaissent  pour  la  première  fois  en  1423.  Les  wardains  minis- 
tériels sont  abolis;  mais  comme  il  y  allait  de  l'intérêt  et  surtout 
de  l'honneur  du  métier  à  ce  que  les  règlements  pour  la  fabri- 
cation du  drap  fussent  observés,  et  les  marchandises  mises  en 
vente  de  bonne  qualité,  ce  métier  lui-même  leur  substitua  des 
personnes  de  son  choix  chargées  de  remplir  les  mêmes  fonc- 
tions. Pour  faciliter  la  surveillance  sur  les  produits,  la  corpora- 
tion est  divisée  en  trois  sections  appelées  membres  et  déter- 


J17 


minées  par  les  différentes  occupations  des  compagnons  ('). 
Le  membre  de  drapiers,  comprenait,  croyons-nous,  les  an- 
ciens maîtres,  propriétaires  de  métiers,  ayant  la  direction  de 
la  fabrication  et  s'occupanl  surtout  de  la  vente;  ceux  <lrs 
tisseurs  et  des  foulons  étaient  composés  d'ouvriers  soumis  aux 
drapiers  :  chaque  membre  avait  un  ou  deux  chefs  appelés 
ma  tirs,  nommés  tous  les  deux  ans  par  leurs  compagnons  dans  le 
but  de  les  représenter  et  de  les  protéger;  mais  cette  charge  de- 
vint bientôt  purement  honorifique.  Quoique  du  même  métier,les 
teinturiers  peu  nombreux  formaient  une  classe  à  part.  En  1447  il 
y  en  avait  4  àLiégequi,  selon  toute  probabilité,  étaient  associés 
el  s'étaient  chargés  de  teindre  eu  diverses  couleurs  toute  espèce 
d'étoiles  suivant  un  prix  fixéde  commun  accord  avec  les  drapiers. 
Mais  cette  année  sous  prétexte  que  les  matières  colorantes  étaient 
haussées  de  valeur,  ils  voulurent  augmenter  le  tarit  et  deman- 
dèrent à  faire  un  nouveau  contrat. Les  drapiers  s'y  étant  refusés, 
les  teinturiers  cessèrent  de  travailler.  Alors  les  32  métiers  réunis 
les  sommèrent  de  se  remettre  à  l'ouvrage  dans  les  huit  jours  sous 
peine  d'être  déclarés  bannis;  mais  ces  menaces  ne  les  intimi- 
dèrent pas  et  l'industrie  drapière  de  Liège  fut  menacée  de  ruine. 
Enfin  le  métier,  pour  se  tirer  d'embarras  et  étouffer  la  discorde 
dans  une  société  dont  tous  les  membres  étaient  frères  soumirent 
le  débat  à  quelques  arbitres;  ceux-ci  partagèrent  la  différence 

(')  -1724  16  février.  Supplique  des  maîtres  du  membre  des  drapiers  au  chapitre 
S'-Lambert ,  lui  remontrant  que  pour  être  maître  en  due  forme  et  pouvoir  employer 
toute  espèce  d'ouvriers,  il  faut  acquérir  le  membre  et  le  métier;  par  l'acquisition  du 
premier  on  peut  employer  chez  soi  des  tisserands  pour  fabriquer  des  étoiles  ;  par 
l'acquisition  du  second  on  ne  peut  qu'acheter  et  vendre  de  la  laine  et  la  faire  accom- 
moder chez  soi.  Le  membre  et  le  métier  sont  donc  deux  choses  distinctes  et  ont 
chacun  leur  greffier.  De  tous  temps  les  compagnons  du  membre  ont  eu  le  droit  de 
conférer  celui-ci  à  qui  ils  voulaient,  et  en  percevaient  les  droits.  Ceux  du  métier 
n'avaient  rien  à  y  voir  ni  a  prétendre  des  droits  qui  se  payaient  aux  maîtres  du 
membre  (20  fis.  d'or  pour  ceux  de  la  cité  ,  80  pour  ceux  du  pays,  40  pour  les  étran- 
gers). Cependant  depuis  plusieurs  années  la  Chambre  se  môle  de  conférer  le  membre 
et  cela  à  vil  prix,  de  façon  que  les  étrangers  affiliant,  les  ouvriers  n'ont  plus  d  ou- 
vrage.  [Document  sur  papier  :  liasse  du  Conseil  privé.) 


118 


qui  était  du  reste  fort  petite  et  condamnèrent  les  teinturiers  à 
l'amende  pour  avoir,  par  leur  inaction,  empêché  les  drapiers  de 
travailler.  La  corporation  avait  préalablement  fait  accord  avec  un 
étranger  pour  donner  au  drap  de  belles  couleurs  rouge,  verde 
et  sanguine,  que  jusque  là  on  n'était  pas  parvenu  à  rendre  aussi 
brillantes  que  celles  que  produisaient  Tournay  et  d'autres 
villes,  ce  qui  discréditait  la  réputation  des  étoffes  liégeoises; 
cet  étranger  nommé  Gilis  de  Molin  étant  venu  s'établir  à  Liège, 
cette  ville  posséda  5  teinturiers  jusqu'en  1487  où  ils  furent  rem- 
placés par  un  Johan  Fivé  qui  s'engageait  à  servir  seul  le  métier 
pendant  un  an  au  prix  accoutumé  et,  assurait-il,  à  la  satisfac- 
tion générale. 

A  peine  les  dignités  sont-elles  établies  dans  la  corporation 
que  l'ambition  y  amène  la  discorde.  Pour  mettre  un  terme  aux 
brigues  qui  se  faisaient  publiquement  et  empêcher  les  désor- 
dres, le  métier  est  obligé  en  1428  de  réglementer  la  forme  des 
élections  annuelles  et  de  défendre  aux  bourgeois  qui  n'habitaient 
pas  la  banlieue  de  porter  leur  vote  aux  séances  électorales.  En 
1458  paraît  une  autre  ordonnance  où  le  législateur  entre  dans 
de  munitieux  détails  pour  faire  régner  l'ordre  dans  le  choix  des 
gouverneurs  et  des  jurés;  il  défend  aux  candidats  de  faire  des 
présents  de  quelque  nature  qu'ils  soient  aux  électeurs  ;  d'être 
présents  aux  votes;  ils  doivent  être  reconnus  capables,  être 
mariés  ou  âgés  de  25  ans,  être  nés  dans  le  pays  de  Liège  de 
parents  légitimes  et  avoir  relevé  le  métier.  Les  officiers  élus 
doivent  aussitôt  jurer  qu'ils  n'ont  pas  brigué  leurs  fonctions  et 
qu'ils  n'aquerront  pas  la  bourgeoisie  dans  un  autre  métier.  Pour 
apporter  au  mal  un  remède  plus  efficace, la  corporation  fixe  préa- 
lablement les  principaux  devoirs  des  compagnons  ;  il  consigne 
pour  la  première  fois  par  écrit  quelques  anciens  usages  mal 
observés  relatifs  aux  acquêtes,  aux  reliefs,  aux  assemblées,  aux 
fonctions  des  gouverneurs  et  des  rewards.  Ces  dispositions  in- 
complètes et  incohérentes,  prises  à  la  hâte  pour  les  nécessités 


119 


du  moment  ne  constituent  qu'un  règlement  provisoire.  La  né- 
cessité  d'un  code  général,  d'une  loi  que  chacun  sera  obligé  de 
suivre,  d'une  charte  que  tous  pourront  à  l'occasion  invoquer, 
ne  tarde  pas  à  se  faire  sentir. 

Mais  sur  ces  entrefaites  Charles  le  Téméraire  vint  saccager 
Liège  et  supprimer  les  corporations. 

La  crise  ne  fui  pas  plutôt  passée  que  le  premier  soin  du 
peuple  liégeois  fut  de  rétablir  ses  métiers,  institution  qui  lui  (''tait 
plus  chère  que  toute  autre  parce  qu'en  elle  résidait  sa  force,  sa 
richesse  et  sa  part  d'autorité  dans  l'administration  de  la  Com- 
mune. 

Cependant  tout  était  à  refaire;  les  tisserands  et  les  foulons 
étaient  morts  ou  dispersés,  leurs  métiers  et  leurs  moulins  brisés 
et  détruits;  il  fallait  un  certain  temps  pour  rendre  aux  corpora- 
tions l'impulsion  et  la  vie  et  pendant  quelques  années  l'indus- 
trie drapière  languit.  Les  Verviétois  profitèrent  aussitôt  de  cet 
état  de  somnolence  pour  faire  affluer  leurs  étolfes  sur  le  mar- 
ché' de  Liège;  mais  les  drapiers  de  cette  ville  se  crurent,  à  la 
laveur  du  nouvel  ordre  de  choses,  assez  puissants  pour  leur  con- 
tester le  droit  de  vendre  dans  la  capitale  et  firent  saisir  tous 
leurs  draps  déposés  dans  la  halle  du  palais.  Les  Verviétois  invo- 
quant la  charte  d'Adolphe  de  la  Marck  réclamèrent  auprès  de 
l'évêque  contre  cet  acte  de  violence.  Louis  de  Bourbon  leur  lit 
justice  et,  le  28  avril  1480,  leur  confirma  le  privilège  accordé  en 
1323  par  son  prédécesseur;  il  ordonna  de  plus  le  rétablissement 
immédiat  des  wardains  épiscopaux  décrétés  par  cette  charte  et 
qui  furent  maintenus  depuis  lors. 

Pour  repeupler  la  ville  décimée  par  les  guerres,  le  prince, 
avec  le  consentement  des  corporations,  permit  aux  étrangers 
de  venir  librement  exercer  pendant  8  ans  leurs- industries  dans 
la  cité  moyennant  une  redevance  d'un  tlorin  à  payer  au  métier 
dont  ils  feraient  partie;  à  la  suite  de  celte  permission,  il  y  cul 
dans  le  métier  quatre  fois  plus  de  reliefs  que  lus  années  précé- 


—  120  — 

dentés.  Les  apprentis  et  les  serviteurs  devinrent  même  tellement 
nombreux  que  lorsque  le  terme  fixé  fut  expiré  le  métier  déclara 
que  les  maîtres  ne  devaient  plus  en  recevoir  parce  qu'ils  ne 
seraient  plus  admis  à  l'acquête  ('). 

À  cette  époque  chaque  métier,  éprouvant  plus  que  jamais  le 
besoin  de  se  constituer  solidement,  se  bâte  de  profiter  des 
moments  propices  pour  réviser  ses  chartes,  ses  règlements,  ses 
privilèges,  pour  statuer  à  nouveau  sur  divers  points  éclaircis  par 
l'expérience,  pour  recueillir  les  coutumes,  les  usages  et  les 
traditions  des  ancêtres  ;  puis  il  s'applique  à  fondre  le  résultat 
de  ses  recherches  en  une  seule  charte  fondamentale,  loi  inva- 
riable pour  les  compagnons  et  leurs  administrateurs. 

Le  métier  des  drapiers  songe  aussi  enfin  à  formuler  un  rè- 
glement général  et  le  1er  février  1527,  quelques  députés  chargés 
de  sa  rédaction,  soumettent  à  l'approbation  des  échevins  de  la 
cité  un  long  manuscrit  auquel  ils  avaient  travaillé  plusieurs 
années.  La  sanction  des  échevins  était  nécessaire  pour  la  mise 
en  garde  de  loi  ;  ils  examinaient  si  le  document  ne  contenait 
rien  qui  fut  contraire  aux  institutions  et  aux  paix  du  pays  ou  qui 
pût  préjudicier  au  prince  et  à  la  cité.  Cette  approbation  atteste 
que  les  statuts  de  1527  constituent  le  premier  règlement  de  la 
corporation  et  que  les  drapiers  n'ont  fait  qu'y  relater  et  mettre 
en  ordre  les  usages  de  leurs  pères.  Comme  il  est  nécessaire,  y 
est-il  dit,  que  dans  toute  ville  où  régnent  la  justice  et  la  raison 
que  fait  observer  l'autorité,  l'ordre  et  la  règle  soient  établies 
en  toutes  choses,  le  métier  des  drapiers,  ayant  en  vue  l'hon- 
neur, le  profit  et  le  bien  public  de  la  cité  et  de  la  corporation, 
publie  ce  règlement,  afin  que  chacun  connaisse  ses  droits  et  ses 
devoirs.  Il  déclare  avoir  été  guidé  par  l'exemple  des  autres 
métiers  qui  tous  possédaient  leurs  règles,  franchises  et  libertés 


('  )  Déclaration  du  jour  S'-Philippe  et  S'-Jacque  de  l'an  -1504  dans  le  petit  registre 
aux  reliefs  du  métier  des  drapiers  {Archives  de  l'Etat,  à  Liège.) 


121 


distinctes  suivant  la  nature  de  leurs  occupations  ou  de  leurs 
marchandises;  il  déclare  enfin  que  puisqu'il  convient  de  changer 
tonte  chose  suivant  le  temps  et  les  circonstances,  il  s'estdécidé 
à  modifier  le  règlement  d'Adolphe  de  la  Marck.  Les  statuts  que 
contient  cette  charte  forment  un  code  complet  de  l'usance  et  de 
la  pratique  jusqu'alors  négligée  du  métier. 

Comme  il  règne  peu  d'ordre  dans  l'arrangement  des  paragraphes 
du  règlement  de  1527  et  qu'il  rappelle  des  dispositions  géné- 
rales déjà  connues,  nous  nous  sommes  appliqués,  par  une  étude 
sérieuse,  à  la  transformer  en  un  tableau  méthodique  comprenant 
i\i\us  ses  divisions  un  exposé  de  toutes  les  parties  de  l'organisa- 
tion du  métier,  des  particularités  qui  le  distinguent  des  autres 
corporations  liégeoises  et  des  usages  qui  lui  sont  propres.  Pour 
éviter  des  longueurs  dans  la  suite,  nous  y  ajoutons  à  leurs  dates 
les  modifications  apportées  à  différents  points  par  des  règlements 
postérieurs. 

1 

Des    offices    et   emplois. 

Le  métier  des  drapiers  avait,  comme  les  autres,  deux  gouver- 
neurs, deux  jurés ,  des  rewards,  un  rentier  ,  un  greffier  et  un 
valet.  A  l'exception  do  ce  dernier,  les  personnes  revêtues  de  ces 
charges,  formaient  le  Conseil  des  officiers.  La  corporation  avait 
en  outre  de  plus  que  les  autres  deux  employés  spéciaux,  l'usinier 
de  la  halle  et  l'usinier  des  wendes. 

Au  XVI'  siècle,  le  conseil  administratif  de  la  corporation  était 
formé  de  personnes  capables  et  jouissant  d'une  bonne  réputation; 
aussi  l'honneur  d'en  faire  partie  était-il  si  considéré  que  des  billes 
violentes  accompagnaient  chaque  élection.  Nous  avons  vu  que 
dès  le  commencement  du  XV'  siècle  ces  désordres  attirèrent 
l'attention  des  législateurs  ;  les  mesures  prises  en  1428  et  en 


—  122  — 

1458  pour  combattre  les  brigues  furent  renouvelées  dans  la 
charte  de  1527  qui  défendit  de  plus  aux  étrangers  de  se  porter 
comme  candidats  aux  offices  sans  avoir  payé  l'acquêtedu  métier; 
pour  qu'une  telle  décision  fut  nécessaire,  il  fallait  que  les  abus 
fussent  bien  grands.  Mais  toutes  ces  ordonnances  qui  produi- 
saient un  effet  momentané  étaient  presqu'aussitôt  annihilées  par 
l'ardeur  des  partis.  Le  11  décembre  1552  on  augmenta  les  peines 
contre  ceux  qui,  pour  parvenir  aux  honneurs, régalaient  les  com- 
pagnons dans  les  tavernes,  leur  faisaient  remise  de  leurs  dettes, 
leur  accordaient  des  pensions  sur  les  revenus  de  la  cité,  etc., 
et  l'on  décida  que  ces  dispositions  seraient  lues  chaque  année  à 
la  S'. -Jacques  dans  l'assemblée  qui  précédait  les  élections. 

Toutefois  quelques  années  après, les  choses  en  étaient  revenues 
au  même  point  qu'auparavant.  Le  3  août  1568  «  afin  d'éviter  les 
exclandres,  haines,  odiosités  et  discussions  qui  ci-devant  avaient 
régné  parmi  les  drapiers, «on  exclut  les  simples  compagnons  des 
assemblées  électorales  ;  les  gouverneurs,  les  jurés,  les  4  délie 
halle,  le  banneresse,  les  vieux-maîtres  des  membres,  le  clerc 
et  le  valet  procédaient  seuls  au  vote  :  c'était  ouvrir  la  porte  toute 
grande  au  favoristisme.  On  décida  en  même  temps  qu'une 
seule  personne  ne  pourrait  se  porter  candidat  pour  deux  offices 
à  la  fois. 

Pour  être  élu  officier,  il  fallait  avoir  hanté  le  métier  pendant 
trois  années  consécutives  ;  en  1649  la  fréquentation  ayant  été  , 
nous  ne  savons  pourquoi,  interrompue  pendant  plusieurs  années, 
le  conseil  de  la  cité  fit  demander  le  7  juin  1676  aux  32  métiers 
si,  pour  les  élections  qui  allaient  avoir  lieu,  cette  condition  serait 
exigée  ;  il  fut  répondu  que  pour  cette  fois  seulement,  il  suffirait, 
pour  être  éligible,  d'être  habillé  et  d'avoir  huit  jours  avant  la 
Sl.-Jacques  fait  le  relief  du  métier. 

Les  officiers  avaient  le  droit  de  se  réuuir  en  conseil  pour 
délibérer  sur  les  affaires  de  la  corporation;  ces  assemblées  par- 
ticulières s'appelaient  chambres;  il  était  défendu  à  ceux  qui  y  as- 


—  123  — 

sistaient  de  révéler  les  secrets  des  chambres  sous  peine  d'être 
privé  de  leur  office  el  même  du  métier. 

Lorsqu'il  s'agissait  d'une  contestation  peu  grave  survenue  entre 
deux  compagnons  ou  d'un  cas  non  prévu  par  les  règlements,  le 
métier  pouvait  instituer  une  espèce  de  tribunal  faisant  les  fonc- 
tions de  justice  de  paix  et  composé  de  2  compagnons  de  cha- 
cun des  3  membres  réunis  aux  wardains.  Les  parties  conten- 
dantes  pouvaient  toutefois  récuser  la  compétence  de  ces  juges 
el  porter  leur  cause  devant  les  tribunaux  ordinaires. 

LES  GOUVERNEURS  ET  LES  JURÉS. 

La  grande  charte  du  métier  du  1"  février  1527  règle  ce  qui 
concerne  ces  officiers  de  la  façon  suivante:  Les  deux  gouverneurs 
et  les  deux  jurés  seront  choisis  chaque  année  le  jour  de  S'-Jac- 
ques  et  de  Sl-Christophe  ;  ils  feront  avec  les  gouverneurs  et  jurés 
des  31  autres  corporations  partie  du  conseil  de  la  cité;  après 
leur  élection,  ils  jureront  de  régir  loyalement  le  métier  et  de  con- 
tribuer de  tout  leur  pouvoir  à  sa  prospérité;  ils  seront  obligés, 
sous  peine  d'amende  et  d'être  privés  pendant  un  an  du  métier,  de 
précéder,  une  torche  à  la  main,  le  S'-Sacrement  à  la  procession 
de  S'-Lambert  ou  en  cas  d'empêchement  de  se  faire  remplacer 
par  une  personne  honorable. 

Les  deux  gouverneurs  et  même  l'un  d'eux  aura  le  droit  de 
provoquer  les  assemblées;  ils  recevront  les  serments  des 
nouveaux  compagnons  entrants  et  des  anciens  qui  feront  relief. 
Le  jour  de  la  Madeleine,  ils  assisteront  à  la  reddition  des 
comptes  faite  par  le  rentier  ;  le  lendemain  de  la  Sl-Jaccjues  et 
du  jour  des  Rois,  ils  calculeront  les  frais  occasionnés  par  les 
réjouissances  des  compagnons  ;  leurs  peines  à  cette  occasion 
seront  payées  d'un  florin  par  jour. 

Pour  octroyer  la  franche  bourgeoisie  ils  devaient  avoir  ras- 
sentiment  de  toute  la  corporation. 


—  124  — 

Les  gouverneurs  avaient  plein  pouvoir,  pour  passer  des  con- 
trats au  nom  et  dans  1  intérêt  du  métier,  acheter  des  clous  et  des 
wères  pour  tendre  les  draps,  vendre  de  vieilles  vvendes,  etc.  Ces 
contrats  se  passaient  toujours  inter  pocula  dans  un  cabaret,  aux 
3  Papegaies  ou  à  la  Verde  Tête  sur  les  Foulons,  à  la  Jeune  Bosse 
ou  au  Léopard  en  Féronstrée  ,  à  l'ours  Entre  deux  Ponts  ;  tout 
ce  qui  se  consommait  dans  ces  occasions  était  payé  par  le 
rentier. 

Les  appointements  des  gouverneurs  en  1458  étaient  de  12 
griffons  et  au  XVIIIe  siècle  de  11  florins. 

LES    REWARDS    OU   WARDA1NS. 

La  question  importante  et  difficile  des  rewards  nous  a  déjà 
beaucoup  occupés  ;  nous  avons  vu  leurs  fonctions  remplies  en 
1323  par  des  officiers  du  prince,  remplacés  bientôt  par  des  dé- 
putés du  métier  (')  puis  rétablis  en  1480  par  Louis  de  Bourbon. 
Le  règlement  de  1527  nous  apprend  qu'ils  étaient  alors  au  nombre 
de  9  et  élus  chaque  année  le  1er  mai;  les  maîtres  à  temps  en 
choisissaient  deux  parmi  le  conseil  des  jurés;  les  drapiers,  après 
avoir  assisté  à  la  messe  aux  frères  Mineurs,  se  réunissaient  à  leur 
halle  et  en  nommaient  deux,  les  tisserands  deux  et  les  foulons 
deux  ;  le  neuvième  était  un  teinturier  choisi  par  les  six  premiers. 
Les  compagnons  désignés  pour  ces  fonctions  ne  pouvaient  les  re- 
fuser sous  peine  d'amende.  Immédiatement  après  leur  élection 
ils  prêtaient  serment  devant  le  conseil  de  la  cité  de  faire  observer 
loyalement  tous  les  points  de  draperie  et  d'appliquer  sans  fraude 
les  peines  fixées  par  la  loi  ;  ils  juraient  aussi  de  n'accepter  aucun 
autre  office  pendant  l'année  de  leur  charge.  Ensuite  ils  faisaient 
choix  parmi  eux  d'un  maître  ou  mayeur  des  wardains  lequel 
prêtait  un  nouveau  serment  entre  les  mains  du  prince  ou  de 

(')  L'ordonnance  du  17  juil.  14o8  est  signée  par  7  wardains. 


—  125  — 

son  officier  ;  ce  mayeur  était  chargé  de  faire  pendant  l'année 
rapport  à  l'évêque  sur  tout  ce  qui  se  passait  dans  la  corporation 
et  dirigeait  probablement  les  travaux  de  ses  confrères. 

Le  règlement  de  1527  énumère  tout  au  long  les  droits  et  les 
devoirs  de  ces  officiers.  Quatre  au  moins  d'entre  eux  devaient 
se  rendre  chaque  jour  à  la  halle  le  matin  a  8  1/2  heures,  et 
Faprès  midi  à  3  pour  faire  la  visite  des  draps  mis  en  vente  et 
les  sceller  lorsqu'ils  étaient  bons ,  qu'ils  fussent  crus,  blancs  ou 
t indus;  ils  ne  pouvaient  quitter  la  halle  avant  d'avoir  terminé 
leur  besogne,  car  c'était  là  seulement  qu'ils  pouvaient  appliquer 
leur  scel  et  cela  uniquement  aux  étoffes  fabriquées  dans  la  cité, 
franchise  et  banlieue  de  Liège.  Pour  procéder  à  cette  tâche,  ils 
s'enfermaient  dans  une  chambre  destinée  a  cet  usage;  personne 
ne  pouvait  y  entrer  ou  les  troubler  d«  quelque  façon  que  ce  fût 
quand  ils  y  étaient.  Lorsqu'ils  trouvaient  une  pièce  illégale,  ils 
appelaient  le  propriétaire  du  drap  et  en  sa  présence  en  désenu- 
raienl  la  lisière  sur  toute  la  longueur  de  l'endroit  fautif  ;  ils 
déclaraient  en  même  temps  la  perte  que  le  propriétaire  éprou- 
vait par  suite  de  cette  lacération ,  afin  qu'il  pût  réclamer  ses 
dommages  aux  facteurs  qui  avaient  fabriqué  l'étoffe. 

Outre  cette  besogne  fixe,  les  rewards  étaient  obligés  d'aller 
au  moins  une  fois  par  semaine,  munis  de  leur  commission  qui 
portait  l'empreinte  du  cachet  de  la  clef  magistrale,  faire  des  vi- 
sites domiciliaires  chez  les  drapiers,  ménagers,  tisserands,  fou- 
lons, cardeuses,  peigneuses,  fileuses  et  autres ,  usants  du  mé- 
tier, pour  s'assurer  que  le  travail  se  faisait  conformément  aux 
prescriptions  de  la  loi.  Les  compagnons  étaient  obligés  de  leur 
ouvrir  leur  demeure  sous  peine  d'un  florin  d'amende. 

Les  draps  étrangers  importés  dans  la  cité  pour  être  vendus 
entiers,  taillés  ou  cousus,  devaient  également  passer  sous  leurs 
yeux.  Lorsque  les  halliers  avaient  reçu  du  drap  du  dehors,  ils 
faisaient  avertir  les  wardains  qui  venaient  le  visiter  et,  s'ils  le 
trouvaient   bon,  y  appliquaienl  une  marque  en  fer  portant  le 


—  126  — 

perron  liégeois;  muni  de  cette  marque,  le  drap  pouvait  être 
mis  en  vente  (  '  ).  En  1578  il  fut  défendu  «  de  défardeler  packets 
de  draps  ni  ouvrir  tonneas  de  drap,  kersée  ou  xhafures  »  ailleurs 
qu'à  la  halle  du  palais  ou  à  la  céarrie  du  prince  qui  se  trouvait 
à  côté  ;  ces  marchandises  devaient  être  conduites  aux  lieux 
indiqués,  par  d'autres  que  par  leurs  propriétaires  ;  là  deux 
wardains  au  moins  présidaient  à  leur  déballage  entre  8  et  9 
heures  du  matin  et  3  et  4  de  l'après-diner  (2).  S'ils  trouvaient  des 
pièces  qui  n'étaient  pas  dans  les  conditions  voulues,  ils  les  enfer- 
maient provisoirement  dans  leur  chambre  pour  les  examiner  avec 
plus  4'attention  à  quatre;  lorsque  leur  premier  jugement  se  trou- 
vait confirmé,  les  draps  étaient  confisqués,  livrés  au  conseil  de 
la  cité  et  brûlés  publiquement  sur  le  marché  (s).  Personne  ne 
pouvait  les  interrompre  dans  l'exercice  de  leurs  fonctions  par 
injures  ou  autrement  sous  peine  d'une  amende  de  3  florins  d'or. 

Les  wardains  exerçaient  clans  les  limites  de  leurs  attributions 
une  juridiction  absolue  ;  c'étaient  eux  qui  décidaient  sans  appel 
dans  les  cas  de  contestations  survenues  entre  les  maîtres  et  les 
ouvriers  à  propos  du  salaire  (déserte)  de  ceux-ci;  entre  le  mar- 
chand et  le  chaland  au  sujet  du  prix  de  vente;  si ,  après  en  avoir 
été  sommés,  les  premiers  ne  payaient  pas  leurs  ouvriers  dans  les 
trois  jours,  les  wardains  pouvaient  défendre  à  tous  les  ouvriers 
de  la  corporation  de  travailler  pour  eux  (forcommander  F  usage  du 
métier)  ;  lorsque  ces  maîtres  se  décidaient  enfin  à  exécuter  leur 
sentence,  ils  devaient  racheter  une  nouvelle  rate  du  métier.  Tout 
compagnon  dont  l'avis  ou  la  présence  paraissait  nécessaire  aux 
wardains  dans  l'intérêt  delà  généralité  devait  sur-le-champ  com- 
paraître devant  eux  à  leur  première  semonce. 

Le  wardain  qui  dans  ses  fonctions  était  convaincu  d'avoir  pris 

(>)  Recès  du  17  nov.  1570. 
(2  )  Recès  des  17  juin  1372  et  25  mai  1378. 

(3J  En  1735  on  les  enfermait  à  l'Hôtel-de-Ville,  pour  les  distribuer  ensuite  aux 
pauvres. 


—  127  — 

faux  lowier ,  c'est-à-dire  d'avoir  contre  récompense  scellé  un 
drap  illégal  était  privé  de  son  office,  condamné  a  une  amende  et 
puni  comme  parjure. 

A  la  fin  de  Tannée  magistrale,  le  mayeur  des  wardains  rendait 
compte  de  sa  gestion  et  de  celle  de  ses  confrères,  d'abord  en 
présence  des  députés  du  conseil  de  la  cité,  ensuite  devant  toute 
la  corporation  réunie. 

En  15o7  le  nombre  des  wardains  fut  réduit  à  4,  y  compris  le 
mayeur;  c'étaient  deux  drapiers  et  deux  tisserands.  La  présence 
de  deux  d'entre  eux  suffit  dès  lors  pour  sceller  un  drap  teint  ;  si 
un  seul  procédait  à  cette  opération,  il  devait  apposer  sa  marque 
personnelle  à  côté  du  scel  du  métier  pour  assumer  la  responsa- 
bilité de  ses  actes.  On  leur  défendit  de  sceller  les  draps  teints 
ailleurs  que  dans  la  halle  et  de  transporter  le  cachet  (la  slampe) 
hors  de  ce  bâtiment,  excepté  lorsqu'il  s'agissait  de  l'appliquer  à 
des  étoffes  destinées  à  l'exportation.  Enfin  ils  devaient  veiller 
sous  peine  d'être  pendant  dix  ans  privés  de  tout  office,  à  ce 
qu'aucun  drap  fabriqué  dans  la  cité  ne  fut  livré  à  la  teinture 
avant  d'avoir  été  examiné  et  scellé  par  eux  ('). 

A  la  tin  du  XVIe  siècle,  le  mode  d'élection  suivi  jusqu'alors 
offrit  de  graves  inconvénients.  Des  hommes  inhabiles  dans  le 
métier,  parvenaient  à  captiver  la  bienveillance  des  compagnons 
par  corruption  (beuvraige)  ou  autrement  et  étaient  nommés  war- 
dains au  grand  détriment  des  intérêts  de  l'industrie  etdu  peuple. 
Le  25  avril  1589  le  métier  déclara  que,  cet  office  devant  être 
rempli  par  des  gens  capables  et  experts  dans  l'art  de  la  draperie, 
les  bourgmestres  désigneraient  chaque  année  le  lcrmaià8  heures 
du  matin,  8  candidats  reconnus  habiles  parmi  lesquels  la  généra- 
lité des  compagnons  choisirait  aussitôt  après  ses  4  rewards. 

Le  salaire  des  rewards  fut  probablement  d'abord  le  produit 
des  amendes;  en  1527  ils  percevaient  encore  à  leur  profit  celles 
qui  n'excédaient  pas  la  somme  de  4  livres;  les  autres  étaient 

(')  Ordonnance  de  1569. 


—  428  — 

partagées  par  tiers  entre  le  prince,  la  cité  et  le  métier.  A  cette 
époque  ils  avaient  aussi  le  produit  des  sceaux  ou  ce  que  les 
drapiers  payaient  pour  chaque  application  des  marques  ;  cette 
taxe  était  de  12  sous  pour  le  seaul  cardinal,  de  8  pour  le  grand 
scel  et  de  4  pour  le  petit.  Le  1er  mai  4551,  le  métier,  ayant  sans 
doute  besoin  d'argent,  il  fut  décidé  que  jusqu'au  jour  de  laMade- 
laine  suivant,  la  taxe  serait  fixée  à  32, 12  et  6  sous,  que  le  métier 
en  prélèverait  un  tiers  et  que  les  rewards  fourniraient  aux  drapiers 
les  marques  pour  estampiller  leur  drap.  Ils  recevaient  encore 
pour  chaque  pièce  de  saye,  hanskotte,  rassette  et  autres  draps 
étrangers  qu'ils  visitaient,  mesuraient  et  marquaient.  7  patars, 
dont  2  pour  le  mesureur  ou  mineur  (').  Le  rentier  leur  payait 
enfin  le  jour  de  leur  élection  sur  les  fonds  delà  société  80  francs 
pour  s'acheter  une  livrée  qu'ils  étaient  obligés  de  revêtir  dans 
les  processions  et  autres  occasions  solennelles  (2). Au  XVIe  siècle 
on  leur  donnait  a  chacun  avant  la  fête  du  S'.-Sacrement  deux 
aunes  de  drap  avec  lesquels  ils  devaient  se  faire  confectionner 
leur  costume  officiel  ( 3  ). 

Une  dernière  ordonnance  du  24  avril  1700  prescrit  à  chaque 
drapier  et  ménager  de  payer  tous  les  45  jours  auxwardains  pour 
leurs  peines  un  liard  par  stal  ou  métier  à  tisser  qu'il  faisait  tra- 
vailler. 

LE    RENTIER. 

L'office  du  rentier  dans  la  corporation  des  drapiers  fut  primi- 
tivement rempli  par  les  rewards  chargés  en  4323  de  percevoir 
les  amendes  qu'ils  comminaient;  à  cette  époque  le  métier  n'avait 
peut-être  pas  d'autres  revenus.  Lorsqu'un  officier  spécial  pour 
régler  les  finances  de  la  société  fut  institué,  les  rewards  con- 


(')  Ordonnance  du  9  mai  1671. 
(-)  Recès  du  6  mai  1656. 
(s    Recès  du  lor  mai  1570. 


—   12i)  — 

tinuèrenl  à  toucher  les  amendes,  mais  en  partageaient  le  pro- 
duit avec  lui.  Au  XVIe  siècle  le  temps  leur  faisant  défaut,  ils 
cessèrenl  de  s'occuper  de  ce  soin  et  ce  fut  le  rentier  seul  qui 
se  chargea  de  faire  rentrer  les  amendes,  les  renies  en  grain  et 
en  argent,  les  droits  i.\v>,  entrants  et  des  relevants,  etc  (l).  Muni 
d'un  papier  signé  i\\\  greffier,  il  paie  toutes  les  dettes  du  mé- 
tier, les  consommations  laites  dans  les  cabarets  par  les  gou- 
verneurs lorsqu'ils  concluaient  un  marché,  le  prêtre  qui  disait 
la  messe  pour  le  métier,  etc.;  jusqu'en  1557,  il  calculait  lui- 
même  les  dépenses  laites  par  les  compagnons  au  jour  des  Rois 
et  à  la  S'-.laeques;  à  partir  de  eetle  dale,  il  dût,  avant  de  solder 
ses  comptes,  les  soumettre  à  la  révision  des  4  délie  halle  et  de 
quelques  députés  désignés  à  cet  effet. 

De  1542  à  1750  les  gages  du  rentier  ont  varié  de  20  à  40  florins 
liégeois  ;  il  eut  toujours  la  priorité  pour  la  brieze  ou  effraction  de 
l'épeautre. 

LE    GREFFIER. 

L'institution  du  clerc  ou  greffier  ne  paraît  pas  être  fort  an- 
cienne. Le  règlemenl  de  lo27  ordonne  aux  gouverneurs  du  mé- 
tier de  choisir  un  clerc  pour  inscrire  les  sieultes,  séquelles  ou 
procès-verbaux  i\.'>  séances,  les  noms  des  acquérants,  des  en- 
trants et  *l'>  relevants,  pour  tenir  note  des  comptes,  lire  au  com- 
mencement de  chaque  séance  les  motifs  de  la  convocation  faite 
par  le  prince,  le  conseil  de  la  cité  ou  les  gouverneurs.  Une  lettre 
de  l'an  1684  oblige  le  greffier  des  Chambres  à  (aire  une  copie  des 
rbaux  peur  le  magistrat  de  la  cité. 

En  1573  le  g  'i  ffi  ir  avait  6  florins  de  gages  par  an;  au  XVIIIe 
siècle  ce  chiffre  fui  porté  à  22.  Il  recevait  une  quarte  de  vin  de 
chaque  personne  qui  entrait  dans  le  métier  ou  en  faisait  le  relief. 

1    Ordonnance  de  1842. 


-  130  — 


LE    VALET. 


Le  règlement  de  1527  ordonne  aussi  l'institution  d'un  valet 
soumis  aux  ordres  des  gouverneurs  pour  convoquer  les  compa- 
gnons aux  assemblées  et,  lorsque  ceux-ci  avaient  encourru  une 
amende,  les  sommer  de  la  payer  dans  les  trois  jours  qui  suivaient 
la  condamnation.  Au  XIVe  et  au  XVe  siècle,  il  existait  déjà  un 
valet  chargé  de  cette  dernière  besogne,  mais  celui-là  n'obéissait 
qu'aux  rewards  qui  le  nommaient. 

Le  valet  du  métier  portait,  comme  insignes,  un  petit  péron  en 
fer  ;  les  jours  de  fête  il  revêtait  un  manteau  de  couleur  écarlate 
dont  le  rentier  lui  fournissait  l'étoffe  (2  aunes);  de  temps  à  autre 
on  lui  faisait  cadeau  d'une  paire  de  souliers. 

Chaque  année  le  jour  de  la  Sl-Jacque  le  valet  devait  se  démettre 
de  ses  fonctions  en  déposant  son  péron  sur  la  table  du  conseil; 
mais  il  était,  d'usage  de  le  continuer  dans  son  office  si  l'on  était 
content  de  ses  services. 

En  1766  ses  gages  étaient  de  28  florins  par  an.  Lorsque  le  mé- 
tier se  réunissait  à  la  demande  de  particuliers  ou  de  marchands 
étrangers,  ceux-ci  devaient  le  dédommager  de  ses  courses  ex- 
traordinaires. 

Après  1684  le  valet  fut  remplacé  par  un  buissier  qui  con- 
voquait les  composants  de  la  Chambre. 


L  l'SIXlER  DE  LA  HALLE. 


L'usinier  de  la  grande  balle  était  une  espèce  de  concierge 
auquel  on  confiait  la  garde  de  ce  bâtiment;  il  remplissait  en 
même  temps  les  fonctions  de  peseur  des  laines  et  de  mesureur 
des  étoffes.  Cet  emploi  était  très  lucratif  et  le  métier  le  louait 
au  plus  haut  offrant.  Nous  avons  vu  qu'en  1367  Jean  Rikimonde 


134 


obtint  un  stuit  ou  loyer  de  deux  ans(').  Le  règlement  de  1527 
adjoignit  a  l'usinier  trois  courtiers  assermentés  pour  l'aider  dans 
sa  besogne  et  examiner  si  dans  la  laine  apportée  pour  la  vente, 
«  il  ne  se  trouvait  pas  de  taire,  cottrealx,  frescheurs,  on  vilains 
vaires  non  laudables  à  ladite  marchandise»  (2).I1  recevait  du 
propriétaire  2  ' ,  sous  pour  chaque  livre  pesée  et  les  courtiers 
un  sous.  Ces  prix  ont  varié  pins  tard  ("). 

Tons  les  draps  fabriqués  en  ville  devaient  être  mesurés  (olnés) 
à  la  balle;  le  propriétaire  payait  de  ce  chef  à  l'usinier  deux 
sous  par  pièce,  excepté  pour  celles  que  les  drapiers  voulaient 
vendre  chez  eux  en  détail  [rejeter  à  la  menue  main  en  leur  mai- 
son*". 

Avant  d'entrer  en  service,  l'usinier  devait  jurer  de  peser  cl  de 
mesurer  loyalement  ;  de  ne  pas  laisser  sortir  de  la  balle  les 
poids  [pessants  condits  livreaulx)  pour  peser  la  laine  ailleurs, 
ce  qui  eut  facilité  les  fraudes  et  portait  atteinte  aux  droits  du 
prince  ;  d'entretenir  à  ses  frais  la  halle  en  bon  état;  de  veiller 
sous  sa  responsabilité  aux  dépôts  de  laine  et  de  drap  (4);  de  ne 
pas  acheter  ou  vendre  soit  pour  lui  soit  pour  un  autre  de  la  laine 
avant  10  heures  du  matin,  etc.  Il  était  tenu  de  payer  le.  habier 
pour  la  récréation  du  métier,  c'est-à-dire  qu'il  devait  une  fois  par 
an  régaler  les  compagnons  et  surtout  les  officiers.  Enfin  chaque 
fois  que  le  métier  s'assemblait,  l'usinier  devait  préparer  au 
haut  bout  de  la  table  un  fastion  ou  assiette  pour  le  greffier  (  '■  ) 


(')  L'emplacement  occupa  parla  halle  devait  être  assez  grand,  car  en  1, 51 Si  le 
métier  fit  bâtir  quatre  neuves  maisons  en  cortil  et  porpris  de  la  halle. 

(2)  En  167t>  un  compagnon  ayant  offert  de  mesurer  chez  lui  le  drap  à  2  liards  la 
pièce,  le  métier  le  reçut  au  nombre  de  ses  aulneurs   Recès). 

(*]  Un  remouleur  se  tenait  dans  la  scaillie  de  la  halle  pour  repasser  les  forces 
des  tondeurs  :  le  métier  louait  aussi  celle  place  au  plus  haut  offrant  pour  un  terme 
de  3  ans   lool). 

■  '  Ku  1S.S1,  le  métier  défendit  de  faire  à  la  halle  d'autre  dépôts  que  ceux  des 
laines  ou  draps  destinés  à  la  vente. 

(s)  Lettre  de  lo'Jr>. 


-  132 


L  USINIER  DES  WENDES  OU  DES  RAMES. 


Les  principales  wendes  du  métier  se  trouvaient  rue  Hors- 
château  du  côté  de  la  montagne,  derrière  les  Carmes  déchaus- 
sés; elles  ne  servaient  qu'aux  draps  fabriqués  dans  la  cité,  et 
personne  ne  pouvait  y  attacher  des  hersées  ou  xhafures  sous 
peine  d'amende;  le  drapier  qui  voulait  user  du  bénéfice  des 
wendes  devait  au  préalable  pour  chaque  pièce  de  drap  qu'il 
apportait  se  munir  d'une  permission  des  officiers  en  retour  de 
laquelle  il  payait  probablement  une  redevance;  il  ne  pouvait 
retenir  une  wende  à  l'avance,  et  s'il  en  trouvait  une  desblavée, 
il  devait  immédiatement  y  attacher  son  drap. 

L'usinier  était  chargé  de  veiller  à  l'observation  de  ces  points, 
d'empêcher  qu'on  s'introduisît  dans  l'enclos  la  nuit  ou  les  jours 
de  fête,  soit  pour  voler,  soit  pour  tendre  frauduleusement  des 
étoffes. 

Les  rewards  étaient  obligés  de  visiter  les  wendes  2  fois  par 
jour  depuis  le  grand  carême  jusqu'à  la  herbatte  et  une  fois  le 
jour  pendant  le  reste  de  l'année,  excepté  les  jours  de  fête; 
l'usinier  les  accompagnait  dans  leur  tournée  et  sur  leur  ordre 
stampait  les  draps  qu'ils  avaient  examinés;  il  lui  était  défendu 
de  détacher  aucun  drap  des  wendes  avant  qu'il  eut  été  rewardé. 
En  1527  le  métier  fixa  une  amende  pour  les  drapiers  qui  dans  le 
but  de  tromper  les  rewards  larderaient  leurs  draps  aux  wendes 
ou  presseraient  les  noppes  sur  les  étoffes. 

Vers  looO,  on  imagina  une  nouvelle  espèce  de  rames  «  avec 
balisons  d'en  bas  montans  et  descendans,  chevilles,  trous,  per- 
tuis,  hamaides  et  autres  instruments  »  qui,  parait-il,  en  donnant 
aux  pièces  d'étoffe,  par  la  tension,  une  longueur  qu'elles  n'a- 
vaient réellement  pas,  facilitait  les  fraudes  et  les  abus. Ces  consi- 
dérations engagèrent  le  métier  à  porter  les  défenses  suivantes: 
1°  d'ériger  des  wendes  en  dehors  de  la  cité;  2°  de  les  munir  de 
têtes;  d'élever  les  balisons  d'en  bas  à  plus  d'une  aune  de  iiau- 


I 


leur  el  de  leur  donner  plus  de  5  pouces  de  largeur  ou  d'épais- 
seur,  tous  les  pertuis  devanl  être  estoupés;  les  wendes  n'auront 
aucune  cheville  pour  fixer  les  balisons  d'en  bas  qu'on  laissera 
se  mouvoir  en  toute  liberté;  3°  d'employer  l'instrumenl  appelé 
macrea  pour  tirer  la  tête  de  la  pièce  d'ouvrage  à  la  wende. 

Quelques  jours  après  le  métier  permil  par  recès  de  construire 
des  wendes  avec  une  tête  afin  de  permettre  aux  pauvres  de 
gagner  leur  vie  aussi  bien  que  les  riches. 

Il 

Usance    du    métier. 

L'usance  du  métier  comprenail  les  droits  politiques  el  sociaux 
des  compagnons  en  tant  qu'ils  faisaient  partie  d'une  corporation. 
Os  droits  el  les  conditions  exigées  pour  les  obtenir  étant  à  peu 
près  les  mêmes  pour  toutes  les  corporations  liégeoises,  nous  ne 
signalerons  ici  que  les  points  qui  caractérisaient  les  drapiers. 

l'àcquète. 

La  lettre  du  17  juillet  1458  nous  apprend  qu'il  existait  à  cette 
époque  dans!;'  métier  quatre  espèces  d'acquètes  dont  trois  rates  : 
la  1'  ■  de  celles-ci  était  de  50  florins  ,  la  2m"  de  10  et  la  3me  de 
3  grillons;  les  compagnons  qui  ne  possédaient  que  cette  dernière 
n'avaient  d'autre  droit  que  celui  d'acheter  el  de  revendre  du  drap 
l'ait  à  Liège  :  c'étaient  les  halliers  d'autrefois  ;  ils  ne  pouvaient  en 
aucune  façon  s'occuper  de  la  fabrication.  Il  y  avait  enfin  la  bour- 
geoisie du  métier  qu'on  pouvait  acquérir  au  prix  d'un  florin,  mais 
qui  ne  donnait  pas  le  droit  d'assister  aux  séances. 

La  grande  charte  ^\\\  métier  de  1527  ne  l'ail  plus  mention  que 
de  deux  rates ,  la  grande  ei  la  petite.  Les  acquérants  étrangers 
au  pays  devaienl  avant  d'être  admise  prêter  serment,  exhiber  des 
certificats  attestant   qu'ils  étaient   catholiques  el  de  bonnes 


—  134  — 

mœurs;  ils  payaient  30  florins  d'or  pour  la  grande  rate  et  15 
pour  la  petite. 

Le  9  mai  1671,  l'industrie drapière déclinant  à  Liège,  le  métier 
décida  que  «  pour  augmenter  le  négoce  des  drapiers  liégeois  avec 
les  voisins  »  les  étrangers  qui  voudraient  venir  habiter  la  cité, 
pourraient,  pendant  un  an,  acquérir  le  métier  pour  le  tiers  des 
droits  habituels. 

LES    ASSEMBLÉES. 

Les  réunions  du  métier  nécessitées  pour  les  besoins  de  l'État, 
de  la  cité  ou  de  la  corporation  ,  pour  les  élections  ou  pour  les 
fêtes  religieuses  ,  étaient  obligatoires  pour  tous  les  compa- 
gnons ,'). 

Les  bourgeois  habitant  hors  de  la  banlieue  étaient  exclus  des 
assemblées  électorales;  ils  ne  pouvaient  siéger  et  prendre  part  à  la 
discussion  que  lorsqu'il  s'agissait  d'une  expédition  militaire  (2). 

Lorsque  le  métier  devait  se  réunir  extraordinairement  pour 
délibérer  sur  les  affaires  d'intérêt  général,  le  valet  convoquait 
chaque  compagnon  ;  mais  ceux-ci  devaient  spontanément  se 
rendre  à  la  halle  les  jours  de  S1. -Madeleine,  de  S1. -Jacques, 
de  S'.-Séverin,  de  Ste.-Lucie,  des  Rois  et  le  1er  mai;  après  10 
heures  férues  à  S'.-Lambert,  les  portes  de  la  halle  étaient  closes 
et  les  retardataires  payaient  une  amende  (3). 

Les  gouverneurs,  et  même  l'un  des  deux,  convoquait  le  métier 
de  sa  propre  autorité,  et  aussi  sur  la  demande  de  quelques  com- 
pagnons ou  de  marchands  étrangers.  Chaque  votant,  après  avoir 
donné  son  avis,  se  retirait  et  laissait  au  conseil  le  droit  de 
décider;  cette  décision  était  sans  appel. 


')  Lettre  du  17  juillet  1458. 
2)  Lettre  de  1428. 
.:i  )  Après  8  heures  au  XVe  siècle    17  juillet  1458.) 


—  135  — 

Les  assemblées  électorales  avaienl  lieu  le  jour  de  S1. -Jacques; 
pour  procéder  à  une  élection  on  mettait  dans  un  panier  {bodet) 
autant  de  boulets  (boettes  qu'il  y  avait  d'électeurs  présents;  ces 
boulets  étanl  tous  blancs  sauf  2  rouges,  les  gouverneurs  étaient 
désignés  par  le  sort;  ils  prêtaient  aussitôt  sermenl  à  l'hôtel-de- 
ville,  puis  tous  les  compagnons  se  réunissaienl  en  un  banquet 
au  cabarêl  du  Dauphin,  de  l'Olifant,  de  l'Empereur,  etc. 

Au  XVIe  siècle  ces  assemblées  étant  chaque  fois  troublées  à 
cause  de  la  pourchasse  des  offices,  il  lui  décidé  le  11  octobre 
1552, que  poury  assister,  il  fallait  avoir  relevé  le  métier,  cire  âgé 
de  25  ans  ou  marié.  En  1558  les  réunions  étant  encore  trop  nom- 
breuses,on  en  exclut  les  gens  non  idoines-et  tous  les  célibataires. 

Vers  la  lin  du  XVII',  lorsque  la  draperie  languissait  déjààLiége, 
les  séances  dn  métier,  loin  d'être  bruyantes  et  orageuses,  étaient 
presque  désertées  :  les  querelles  qui  alors  divisaient  le  pays 
avaient  aussi  contribué  à  amener  cet  état  de  choses;  le  métier  d^s 
drapiers, par  un  recèsdu  19 juillet  1676,  somma  tous  les  compa- 
gnons d'assister  aux  assemblées  sous  peined'être,pendantlOans, 
privés  du  métier;  il  engagea  les  autres  corporations  à  en  faire 
autant  afin,  dit  le  document,  que  l'on  pût  connaître  les  fidèles  pa- 
triotes. 

Dans  les  cérémonies  religieuses, les  dignitaires  du  métier  (')  et 
le  valet  précédaient  le  Sl-Sacrement  portant  sur  la  tète  une  cou- 
ronne de  fleurs  (2)  et  à  la  main  une  torche  avec  l'écusson  du 
métier  (5),  plus  ou  moins  grande  suivant  l'importance  du  per- 
sonnage; des  joueurs  de  pifreel  de  tambourin  les  accompagnaient; 
les  simples  compagnons  y  figuraient  avec  une  paire  de  chausses 
rouges  et  un  chapeau  verd  (4).  Après  la  procession  les  officiers 

(')  Le  document  cite  parmi  eux  un  banneresse  et  des  homme*  de  fief,  et  donne 
à  tous  le  nom  de  chevaliers. 

(!)  Cet  usage  existai!  aussi  pour  les  fêles  de  la  S'  Jacques. 

(s)  Un  aigle  noir  à  deux  têtes  sur  un  champ  parti  verd  et  rouge  Reg.  37. 

(*)  C'est  ainsi  qu'ils  figurèrent  en  1865  à  la  joyeuse  entrée  de  Gérard  de  Grocs- 
beck. 


—  136  — 

allaient  se  récréer  et  dîner  aux  frais  du  métier  à  la  Verde  Porte, 
à  la  Barbe  d'Or,  au  Sauvage  Homme  et  boire  de  la  cervoise  à  la 
Blanche  Rœse.Le  5  septembre  16o4  on  supprima  ces  dîners  et  la 
torche  fut  remplacée  par  une  simple  chandelle  de  cire. 

La  chapelle  des  drapiers  se  trouvait  dans  l'église  des  frères 
Mineurs;  les  compagnons  y  entretenaient  perpétuellement  un 
immense  cierge  que  l'on  conduisait  à  l'église  en  grande  céré- 
monie au  son  de  la  musique;  c'était  là  que  se  faisaient  les  obsè- 
ques des  compagnons  auxquels  tous  les  membres  du  métier 
étaient  obligés  d'assister  de  même  qu'aux  épousages  des  fils  ou 
filles  de  maîtres  «  pour  entretenir  la  confraternité,  union  et 
amitié  et  se  porter  honneur  l'un  l'autre.  »  Après  un  service  le 
valet  s'emparait  d'une  des  quatre  principales  chandelles  qui  en- 
touraient le  corps  et  la  portait  chez  lui ,  suivi  de  tous  les  com- 
pagnons; quelques  jours  après,  il  faisait  célébrer  une  messe  de 
Requiem  pour  les  âmes  de  tous  les  frères  décédés. 

Les  officiers  et  les  compagnons  qui  eu  avaient  le  temps  se  réu- 
nissaient encore  chaque  année  au  Chestea  cCEsneu  le  1er  jour  du 
quarême  pour  manger  ensemble  le  caplea,  les  harengs,  bocho  et 
blan  poisson;  le  1er  lundi  de  mars  et  le  1er  du  mois  d'août  pour 
manger  Yawe  oul'/jo/.swj.Dans  ces  jours  de  fête  une  bannière  por- 
tant les  armoiries  du  métier  flottait  à  Yestef  (variante  à  la  steffe), 
de  la  tour  de  la  grande  halle  (1601). 

m 

Pratique   du    métier. 

Le  droit  de  fabriquer  et  de  vendre  du  drap,  celui  de  s'occuper 
de  l'une  ou  l'autre  des  parties  nécessaires  à  cette  fabrication,  con- 
stituaient la  pratique  du  métier.  Chaque  division  du  travail  était 
soumise  à  certaines  règles  qu'il  fallait  observer  sous  peine 
d'amende.  Parmi  les  différentes  opérations  de  cette  iuduslrie,il 


—  137  — 

en  étail  deux  plus  importantes  que  les  autresrcelles  du  tissage  ei 
du  foulage;  les  ouvriers  qui  s'en  occupaient,  faisaienl  directement 
partie  du  métier  et  en  formaient  même  deuxmembres.  Mais  quant 
aux  autres,  donl  quelques-unes  particulières  aux  femmes,  nous 
ignorons  dans  quelle  position  ceux  et  colles  qui  s'y  livraient 
se  trouvaient  vis-à-vis  du  métier. 

DES  MAÎTRES. 

Un  des  principes  fondamentaux  des  corporations  du  moyen- 
âge,  étail  qu'il  ne  fallait  pas  acheter  des  objets  dont  on  n'avait, 
pas  besoin  pour  son  usage  personnel  ou  pour  l'appliquer  à  son 
industrie  ;  en  d'autres  ternies  qu'on  ne  devait  pas  acheter  pour 
vendre.  Afin  d'empêcher  quecette  règle  fut  éludée,  il  était  défendu 
aux  drapiers  de  mettre  des  marchandises,  laines  ou  draps,  en 
gage  (');  au  moins  ceux-ci  devaient-ils  porter  le  scel  du  métier. 
Un  maître  ne  pouvait  de  même,  pour  en  tirer  profit ,  payer  ses 
ouvriers  ou  ménagers  avec  des  laines  peignées,  filet,  chaîne  ou 
lansure. 

Il  fallait  être  marié  ou  chef  de  ménage  et  avoir  au  moins  20 
ans  pour  pouvoir  tenir  un  stal,  c'est-à-dire  pour  posséder  un 
métier  et  travailler  à  son  bénéfice;  un  fils  de  maître  émancipé 
et  ne  demeurant  pas  chez  son  père  ne  pouvait  donc  s'établir  pour 
son  propre  compte  s'il  ne  remplissait  ces  conditions. 

li  fallait  en  outre  avoir  fait  le  relief  du  métier  et  être  de  bonne 
apprise. 

Chaque  maître  tisserand  ne  pût  jusqu'en  1542  posséder  qu'un 
seul  métier,  dans  le  but  de  répartir  le  travail  aussi  également  «pu1 
possible  entre  tous  les  compagnons  ;  le  (.t  décembre  de  cette  an- 
née, il  fui  permis  d'eu  employer  deux,  un  pour  tisser  les  draps  et 


Laine  ne  aches,  draps  crus  ou  parés   préparés  ou  non),  entiers  ou  coupés  en 
manière  de  laille  di  coupés,  t;  illés r  un  vêtement  ou  non)  ». 


—  138  — 

fourures,  un  autre  plus  petit  pour  les  xhafures,  karsées  et  sayes. 
Ou  alla  plus  loin  encore  dans  l'exécution  de  ce  principe  :  le  19 
juin  1589,  on  porta  la  défense  de  tisser  chaque  semaine  plus  de 
deux  pièces  sur  un  métier. 

Chaque  drapier  devait  avoir  sa  marque  particulière  Connue  des 
wardains  et  en  munir  son  drap  sous  peine  de  le  laisser  consi- 
dérer comme  drap  étranger.  Si  par  hasard  deux  drapiers  avaient 
la  même  marque,  le  plus  jeune  était  obligé  d'en  adopter  une 
autre.  Il  était  défendu  à  un  drapier  de  la  cité  de  passer  sa 
marque  à  un  fabricant  étranger  qui,  par  ce  moyen,  aurait  pu  faire 
entrer  ses  pièces  en  ville  sans  payer  l'impôt  du  soixantième  de- 
nier ('). 

Un  maître  ne  pouvait  employer  chez  lui  plus  de  deux  apprentis 
libres  à  la  fois,  plus  un  3me  dont  l'intention  aurait  été  de  n'ac- 
quérir que  le  membre;  le  salaire  des  ouvriers  était  aussi  fixé; 
aucun  maître  ne  pouvait  sous  peine  d'amende  les  engager  au 
dessous  du  tarif;  il  ne  lui  était  pas  davantage  permis  de  don- 
ner des  pièces  à  travailler  hors  de  la  cité  sous  peine  de  confis- 
cation (-2). 

Un  maître  tisserand  ne  pouvait,  outre  ses  enfants,  avoir  chez 
lui  qu'un  apprenti  âgé  de  moins  de  13  ans;  après  3  années  consé- 
cutives de  travail  chez  le  même  maître, l'apprenti  tissait  une  étoile 
sur  le  grand  stau  en  présence  de  députés  pour  montrer  qu'il 
était  ouvrier  délie  main,  et  s'il  s'acquittait  convenablement  de  sa 
tâche,  il  était  libre  d'établir  un  stau  à  son  profit.  Outre  cet  ap- 
prenti, tout  acquérant  du  membre  des  tisserands  devait  avoir 
deux  maîtres  varlets  pour  son  métier,  à  moins  qu'il  fut  ouvrier 
lui-même. 

La  veuve  d'un  maître  était  autorisée  à  continuer  l'industrie  de 
son  mari  et  pouvait  tenir  un  apprenti.  Si  elle  se  remariait  avec 
un  bourgeois  étranger  au  membre,  elle  était  obligée  d'employer 


(*)  Ordonnance  du  24 avril  4700. 
(8)  Ordonnance  du  24  avril  1700. 


—  130  — 

pendant  3  ans  chez  elle,  un  maître  pour  apprendre  le  métier  à 
son  mari. 

DES   OUVRIERS. 

Les  compagnons  servants  du  métier  qui  cherchaient  de  l'ouvrage 

devaient  se  rendre  à  la  halle  entre  5  et  6  heures  du  matin  depuis 
le  grand  carême  jusqu'à  la  Sl-Gilles,  et  à  l'aube  du  jour  pendant 
le  îeste  de  l'année  ;  les  maîtres  qui  avaient  besoin  d'ouvriers  s'y 
rendaient  aussi  pour  les  engager  en  présence  des  rewards. 

Les  compagnons  ne  pouvaient  quitter  un  maître  pour  en  servir 
un  autre,  s'ils  n'avaient  pour  cela  des  motifs graves,ni  passer  à  un 
autre  l'ouvrage  qu'on  leur  remettait.  Il  leur  était  défendu  de  s'en- 
tendre «Mitre  eux  pour  demander  une  augmentation  de  salaire  ou 
pour  apporter  du  trouble  dans  le  métier. 

Si  un  ouvrier  était  convaincu  d'avoir  volé  de  la  laine,  des 
étoffes,  etc.,  il  était  privé  du  métier  et  personne  ne  pouvait  plus 
lui  donner  de  l'ouvrage;  l'objet  volé  était  confisqué  au  profit  du 
métier  à  moins  que  le  propriétaire  ne  pût  prouver  qu'il  était  à 
lui  en  montrant  d'autres  marchandises  semblables. 

Au  commencement  du  XVII"  siècle,  le  nombre  des  ouvriers 
était  très-grand  tant  dans  la  cité  que  dans  les  villages  voisins; 
le  métier  considérant  qu'ils  avaient  beaucoup  de  peine  à  gagner 
leur  vie  d'autant  plus  qu'à  celte  époque  beaucoup  de  maîtres 
abandonnaient  leur  industrie,  décida  le  26  novembre  1617,  que 
tous  ceux,  qui  voudraient  apprendre  le  métier  de  drapier  de- 
vaient, avant  de  pouvoir  acquérir  le  membre,  travailler  pendant 
6  années  et  payer  double  droit  d'inscription. 

IlK    L'ACHAT   DES    LAINES. 

Depuis  un  temps  immémorial,  la  vente  des  laines  se  faisait  à  la 
halle  où  elles  devaient  être  pesées.  Il  était  défendu  d'arrêter  en 


140 


route  pour  lui  acheter  de  la  laine  un  marchand  qui  se  rendait  à 
la  halle;  le  marché  était  ouvert  à  5  heures  du  matin;  on  ne 
pouvait  traiter  aucune  affaire  avant  cette  heure,  afin  qu'il  fut 
possible  à  tout  le  monde  de  s'approvisionner;  pour  le  même 
motif  les  revendeurs  ne  pouvaient  acheter  avant  10  heures  son- 
nées à  S'-Lambert ,  et  étaient,  obligés  d'attendre  jusqu'au  len- 
demain pour  revendre;  les  courtiers  ne  pouvaient  acheter  de 
la  laine  pour  un  maître  a  moins  que  celui-ci  ne  fût  présent. 

Le  propriétaire  lui-même  devait  délier  et  ouvrir  ses  sacs  de 
laine  ou  d'aces  afin  que,  s'il  s'y  trouvait  des  matières  étrangères, 
il  ne  put  en  accuser  personne;  il  devait  avertir  l'acheteur  au  cas 
où  il  lui  vendait  vairc  de  laine  non  entier. 

Un  maître  ne  pouvait  acheter  plus  de  12  livres  de  laine  à  la  fois; 
le  9  avril  1366,  pour  éviter  la  surenchère  et  les  discussions,  le 
métier  prescrivit  aux  compagnons  de  ne  pas  se  présenter  plus  de 
deux  à  un  marchand  qui  n'aurait  que  12  livres  (10  livreas)  à  vendre, 
plus  de  trois  a  celui  qui  n'en  aurait  que  30  et  ainsi  de  suite. 

La  vente  par  poids  de  12  livres  se  faisant  très-lentement,  le 
métier  supplia  en  1566  le  prince  de  permettre  le  pesage  de  la 
laine  par  sac  comme  elle  arrivait  à  la  halle;  il  lui  représentait 
que  tel  était  l'Usage  suivi  à  Maestricht,  ce  qui  engageait  les  dra- 
piers liégeois  à  aller  faire  leur  provision  dans  cette  ville  au  dé- 
triment du  commerce  liégeois.  Le  prince,  ayant  reconnu  la  vérité 
de  celle  remontrance,  fit  établir  par  le  conseil  de  la  cité  une 
grande  balance  ,  poids  et  accessoires  dans  la  halle  avec  ordre 
d'y  peser  toutes  les  laines  de  la  cité  (23  juin  1569).  Mais  on  ne 
tarda  pas  à  y  peser  d'autres  objets  au  préjudice  du  poids  de  la 
ville  établi  sur  la  Batte,  ce  qui  donna  lieu  à  une  ordonnance  du 
prince  en  date  du  17  janvier  1650. Le  16  juin  1735,  il  fallut  infliger 
des  amendes  aux  marchands  qui,  pour  augmenter  le  poids  de 
leurs  sacs,  y  introduisaient  des  pierres  et  des  ordures  qui,  sui- 
vant les  chartes,  devaient  être  détachées  de  la  laine  pour  que 
celle-ci  fut  considérée  comme  marchandise  légale. 


141 


DE    L  EMI'OI    DES    LAINES. 


On  ne  pouvait  employer  que  pour  des  étoffes  de  doublure,  la 
laine  provenanl  de  bêtes  malades  ou  colle,  trop  courte,  des  mou- 
tous  tondus  entre  le  1er  juin  et  le  1"  octobre.  Si  un  maître  s'en 
servait  pour  faire  du  drap,  il  devait  en  prévenir  les  wardains  et 
déclarer  qu'il  ue  le  mettrait  pas  en  vente,  mais  l'utiliserai!  pour 
s'habiller  lui-même,  sa  femme,  ses  enfants  et  maisines  ou, 
comme  le  dit  le  règlement,  pour  le  deshirer  chez  lui;  ce  drap 
devail  être  porté  aux  wendes  sans  être  scellé  et  il  était  détendu 
de  le  l'aire  teindre  ('). 

Les  nœuds,  les  bouts  de  laine  restés  dans  les  ciseaux  des  ton- 
deurs ou  dans  les  cardes  ne  pouvaient  davantage  servira  l'aire 
du  drap.  Un  fabricant  convaincu  d'en  avoir  travaillé  de  la  sorte 
plus  d'une  aune  était  tenu  d'achever  toute  la  pièce  qui  était  en- 
suite brûlée  au  péron  comme  fausse  draperie  par  les  maîtres  de 
la  cité,  les  jurés  et  wardains  du  métier,  la  justice  et  les  échevins  ; 
le  fabricant  était  en  outre  frappé  d'une  amende  de  3  florins  d'or 
et  privé  à  perpétuité  de  l'usance  du  métier. 

DES   PEIGNEUSES. 

Toutes  les  peigneuses  devaient  être  étrangères  à  la  ville;  on 
craignait  que,  à  cause  de  leurs  accointances  el  de  la  facilité 
qu'elles  auraient  eues  de  se  défaire  de  leur  larcin,  elles  se 
laissassent  entraîner  à  voler  leurs  maîtres 

Un  drapier  ne  pouvait  employer  chez  lui  plus  d'une  peigneuse 
à  la  fois;  le  salaire  de  sa  journée  eiaii  fixé  à  \  livres  de  Liège;  on 
ne  pouvait  sous  peine  de  12  livres  d'amende  lui  promettre  (avant 

(')  Ces  étoffes  servaient  à  faire  des  draps  de  lit;  au  commencemenl  de  ce  siècle, 
la  moitié  des  babitants  d'Outre-Meuse  dormaienl  encore  dans  des  draps  de  laine;  lors- 
qu'ils recevaient  un  étranger,  ils  attachaient  une  serviette  ou  un  linge  blanc  àl'endroil 
qui  devail  approcher  de  la  figure. 


—  142  - 

le  cop  de  peigner)  du  drap  ni  autre  chose  pour  l'engager  à  bien 
travailler. 

Ceux  qui  donnaient  de  l'ouvrage  à  des  peigneuses  aux  environs 
de  Liège  ne  pouvaient  leur  envoyer  plus  de  six  piêres  de  laine 
à  la  fois,  la  pière  comptée  à  7  1/2  marcs  plus  1/4  entre  deux  fers 
c'est-à-dire  pesés  exactement  (!).  L'ouvrière  ne  pouvait  garder 
sa  laine  plus  de  quinze  jours,  ni  un  maître  lui  envoyer  un  nou- 
veau paquet  avant  d'avoir  reçu  le  premier  en  retour. 

Afin  de  protéger  à  la  fois  les  intérêts  du  maître  et  des  consom- 
mateurs, il  avait  été  décidé  que  le  peigne  dont  se  servaient  les 
peigneuses  devait  avoir  20  dents  au  moins  et  mesurer  une  demi 
aune,  plus  la  moitié  d'une  demi  quarte  (2).  Un  instrument  ayant 
des  dents  trop  serrées  aurait  fait  du  tort  au  propriétaire  de  la 
laine  en  arrachant  trop  de  fils,  un  autre  qui  aurait  eu  des  dents 
trop  distantes  l'une  de  l'autre  n'aurait  pas  permis  de  nettoyer  la 
laine  convenablement. 

Vers  l'an  4630  des  maîtres  peigneurs  ayant  sous  leurs  ordres 
beaucoup  d'ouvriers  vinrent  s'établir  à  Liège  ;  les  anciens  em- 
ployés protestèrent  contre  cette  invasion  d'étrangers  qui  ruinaient 
leur  petite  industrie  ;  le  1er  mai  1637,  le  métier  faisant  droit  à 
leur  réclamation,  décida  que  les  nouveaux  peigneurs  devaient 
faire  l'acquête  ou  le  relief  du  métier  et  leur  défendit  d'employer 
plus  d'un  ouvrier;  il  leur  ordonne  aussi  de  demander  l'autorisa- 
tion des  gouverneurs  pour  pouvoir  tenir  un  apprenli. 

DES  CARDEUSES. 

11  était  enjoint  aux  cardeuses  de  ne  se  servir  que  de  bonnes 
cardes  et  de  vêtir  pendant  leur  travail  un  tablier  en  peau,  ceux 


(')  Ceux  qui  faisaient  peigner,  filer  ou  carder  devaient  employer  la  livre  pesant 
o  inares,  à  laquelle  ils  ajoutaient  un  quart. 
[*)  L'aune  de  Liège  mesure  ±2  1/2  pouces  de  Si-Hubert  ou  68  centimètres. 


—  143  — 

de  lin  i;t;int  nuisibles  à  l'opération  du  cardage.  En  effet,  si  de 
petits  filaments  de  lin  venaienl  à  se  mêler  à  la  laine,  ne  prenant 
pas  comme  celle-ci  la  teinture,  ils  occasionnaient  des  imperfec- 
tions dans  le  drap. 

DES   FILEUSES. 

La  Rieuse  rendait  en  écheveaux  [fileits)  au  propriétaire  la  laine 
cardée  qu'il  lui  avait  remise;  ces  écheveaux  devaient  sons  peine 
d'amende  être  aussi  bien  travaillés  au  dedans  qu'au  dehors. 

Aucune  peigneuse,  fileuse  ou  cardeuse  ne  pouvait  avoir  de 
poids  chez  elle;  de  cette  façon  elle  était  obligée  de  rendre  fidèle- 
ment et  intégralement  toute  la  laine  qu'on  lui  avait  confiée  sans 
être  tentée  de  dérober  ce  que,  en  pesant,  elle  aurait  trouvé  de 
trop;  de  cette  façon  aussi  elle  ne  pouvait  contrôler  son  maître 
en  qui  elle  devait  avoir  confiance.  Si  cependant  elle  soupçonnait 
celui-ci  de  lui  donner  à  travailler  plus  que  la  quantité  convenue, 
elle  pouvait  demandera  un  wardain  de  faire  peser  gratis  la  laine 
à  la  halle.  On  punissait  d'une  amende  l'ouvrière  qui,  pour  donner 
plus  de  poids  à  ses  écheveaux,  les  mettait  dans  un  lieu  humide  ou 
y  mêlait  de  la  terre  mouillée  ('). 

DES    TISSERANDS. 

Le  membre  des  tisserands  formait  la  compagnie  de  S1. -Severin. 

Avant  de  commencer  une  pièce  de  drap,  le  tisserand  devait 
déposer  chez  les  wardains  sa  marque  ou  celle  de  son  maître. 

La  lisière  de  chaque  pièce  doit  porter  un pater  noster  en  plomb 
pour  que  les  wardains  après  l'avoir  examinée puissenl  la  sceller. 
L'ouvrier  peut  s'en  dispenser  lorsqu'il  l'ait  du  drap  appelé  féauté 

i)  Ces  h      i  i!  encore  observés  en  1843. 


—  144  — 

pour  l'usage  personnel  d'un  bourgeois,  à  condition  d'y  appliquer 
sa  marque,  une  demi  croix  et  de  ne  pas  faire  de  lisière. 

Pour  les  empêcher  de  faire  du  tort  a  leur  maître  par  prodiga- 
lité ou  par  négligence,  on  défendait  aux  tisserands  de  jeter  plus 
de  6  fils  d'une  demi  aune  de  longueur  hors  d'un  gros  tas  ou 
écheveau  ;  plus  de  8  fils  de  3/4  d'aune  de  largeur  hors  d'une 
pièce  large,  et  plus  de  12  fils  d'une  aune  de  longueur  hors  d'une 
pièce  étroite. 

Il  fallait  qu'une  pièce  de  drap  fut  parfaitement  unie  d'un  bout 
à  l'autre  et  aussi  bien  tissée  au  milieu  qu'au  commencement  ;  si 
elle  présentait  un  défaut,  les  règlements  obligeaient  l'ouvrier  a 
couper  la  lisière  tout  le  long  du  bord  correspondant  à  ce  défaut. 

Lorsqu'un  drapier  se  trouvait  par  hasard  avoir  trop  peu  de 
trame  pour  finir  son  drap,  il  pouvait  l'achever  avec  une  autre 
trame  aussi  bonne  que  la  première  ou  meilleure;  dans  ce  der- 
nier cas,  il  pouvait  même  faire  le  manteal  plus  long;  mais  pour 
éviter  tout  soupçonne  tisserand  «  jetait  une  lisse  tout  outre  appa- 
rente entre  deux  ». 

La  pièce  achevée,  le  tisserand  la  portait  aussitôt  à  la  halle  à 
l'heure  ordinaire  et  la  faisait  examiner  par  les  wardains  en  ayant 
soin  de  cacher  les  marques.  Il  payait  une  amende  d'une  livre 
pour  chaque  déchirure  ou  «  patte  de  chat  de  trois  sorfils  ». 

Muni  du  sceau  des  wardains,  le  drap  était  porté  aux  foulons; 
si  ceux-ci  trouvaient  qu'il  avait  trop  peu  de  trame  pour  en  faire 
œuvre  de  raison,  il  était  coupé  en  trois  et  ne  pouvait  être  ni  scellé 
ni  vendu,  à  moins  que  le  drapier  auquel  il  appartenait  ne  vint 
déclarer  aux  wardains  que  c'était  par  son  ordre  que  le  tisserand 
n'avait  pas  donné  plus  d'étoffe  à  son  drap.  Dans  le  cas  contraire, 
ce  dernier  était  à  l'amende  et  tenu  de  rembourser  au  drapier 
les  dommages  qu'il  lui  avait  causes. 

Il  était  d étendu  de  tisser  a  la  lumière  des  cnandelles  autre 
chose  que  des  sayes,  xhafures,  et  autres  tissus  blancs;  le 
drap  étant  teint  en  laine  ne  pouvait  convenablement  se  filer  qu'à 
la  clarté  du  jour. 


—  1 


Un  compagnon  tisserand  d'une  des  17  bonnes  villes  du  pays, 
pouvant  (trouver  sa  bonne  réputation  et  son  aptitude  était  admis 
à  l'acquête  du  membre,  c'est-à-dire  comme  ouvrier  compagnon 
du  métier  pour  i  florins;  le  15  octobre  1553,  on  trouva  que  cet 
usage  causail  trop  de  tort  aux  tisserands  de  la  ville  et  on  obligea 
les  étrangers  à  travailler  'A  ans  dans  la  cité  comme  ouvriers 
avant  de  les  admettre  à  l'acquête. 

DES  FOULONS. 

Un  drap  ne  peut  être  foulé  s'il  ne  porte  le  scel  du  métier  apposé 
par  les  rewards.Tout  drap  foulé  doit  également  porter  l'enseigne 
de  celui  qui  l'a  foulé  afin  que  le  propriétaire  puisse  lui  réclamer 
(1rs  dommages  au  cas  où  il  ne  l'aurait  pas  bien  foulé,  décraissé, 
enbersé,  bertodé,  appointé,  laine  et  paré ,  où  il  y  aurait  fait  plus 
de  4  vilains  traits,  et  où  il  ne  lui  aurait  pas  conservé  sa  première 
largeur;  si  le  foulon  prévoit  qu'il  ne  pourra  pas  lui  garder  cette 
largeur,  il  doit  en  prévenir  les  rewards;  ceux-ci  sont  juges  des 
dommages  causés  par  la  négligence  de  l'ouvrier  et  fixent  la 
somme  qu'il  doit  payer  de  ce  chef  au  propriétaire  du  drap. 

Les  foulons  ne  peuvent  travailler  en  même  temps  du  drap 
nouveau  et  du  vieux  ni  employer  des  gardes  de  fer,  qui  étaient 
de  sa  force  au  drap,  sous  peine  d'amende  les  deux  premières 
fois  et  de  privation  du  métier  la  troisième 

Les  rewards  ont  la  haute  inspection  des  draps  foulés;  ils 
peuvent  renvoyer  à  la  foulerie  une  pièce  mal  préparée  avec  la 
condition  de  l'améliorer  dans  les  trois  jours  ,  et  en  cas  de  refus 
la  faire  travailler  par  un  autre  foulon  aux  frais  du  récalcitrant. 

Le  drapier  convaincu  d'avoir  accepté  des  draps  foulés  non  re- 
wardésel  ceuxqui  les  lui  onl  fournis  sont  privée  du  métier;  pour 
empêcher  ces  fraudes  les  rewards  ont  le  droit  d'arrêter  en  route 
et  d'examiner  tonte  pièce  allant  à  la  foulerie  ou  en  revenant. 

Le  prix  du  foulage  étant  lixé  par  les  règlements,  un  loulou  ne 

10 


—  146  — 

peut  accepter  moins  ni  davantage  sous  peine  d'une  amende  qui 
frappe  également  le  drapier  avec  lequel  il  aurait  fait  accord. 

Un  maître  foulon  ne  peut  tenir  chez  lui  qu'un  seul  apprenti;  il 
lui  est  défendu  de  faire  crédit  a  un  maître  drapier  et  d'avancer  de 
l'argent  a  son  ouvrier  sur  l'ouvrage  que  celui-ci  a  a  faire  à  moins 
qu'il  soit  malade. 

DES    TEINTURIERS   OU    TINDEURS. 

Les  teinturiers  sont  obligés  d'employer  de  bonnes  et  loyales 
denrées;  s'ils  se  servent  de  noix  de  galle,  de  couperose,  de 
chaux  ou  d'autres  matières  défendues,  ils  sont  tenus  de  réparer 
les  dommages  et  privés  pour  toujours  du  métier. 

Chaque  fois  qu'ils  veulent  teindre  ou  jeter  hors  de  bouillon,  ils 
doivent  en  avertir  les  wardains  qui  viennent  assister  à  l'opéra- 
tion. 

Ils  ne  peuvent  conserver  plus  de  huit  jours  chez  eux  une  pièce 
d'étoffe  et  sont  responsables  des  déchirures  ou  autres  dégâts 
qu'ils  y  font. 

Après  avoir  teint  un  drap  sanguine  etbrunette,  ils  devaient  lui 
donner  waize,  puis,  muni  de  leur  marque,  le  porter  à  la  halle  où  il 
était  visité  par  les  rewards  qui  le  scellaient  ou,  s'ils  le  trou- 
vaient mal  teint,  ordonnaient  de  le  rebouter  dans  le  waize. 

Les  wardains  marquaient  avec  une  stampe  en  fer  particulière 
\espessots  tout  blancs  ;  ils  devaient  au  moins  deux  fois  par  semaine 
aller  chez  les  tindeurs  pour  faire  la  visite  des  draps  blancs  qu'y 
avaient  envoyé  les  nobles,  les  gens  d'église  et  les  bourgeois  et 
voir  si  on  leur  avait  bien  donné  la  couleur  de  loi;  s'ils  n'en  étaient 
pas  satisfaits,  ils  pouvaient  obliger  les  teinturiers  aies  reteindre 
ou  a  les  garder  pour  eux.  Ils  avaient  pour  leurs  peines  par  aune 
de  drap  teint  2  sols  6  deniers  que  les  teinturiers  payaient  de  3 
en  3  mois. 


—   147  — 


DE   LA    VENTE. 


Toute  pièce  de  drap,  avant  d'être  mise  en  vente, devait  avoir  été 
reconnue  bien  tissée,  bien  foulée  et  bien  teinte  par  les  rewards 
qui,  dans  ce  cas,  y  appliquaient  le  scel  du  métier;  le  propriétaire 
pour  la  soumettre  à  leur  inspection  était  tenu  de  la  l'aire  porter 
à  la  halle  avant  81,2  heures  du  matin  ou  3  heures  de  l'après-midi  ; 
il  ne  pouvait  assister  à  cet  examen. 

Les  règlements  défendent  sous  peine  de  confiscation  et  de  pri- 
vation du  métier  la  mise  en  vente  d'étoffe scancellées  (lacérée)  par 
eux  ou  munies  d'un  scel  contrefait. 

L'acheteur  qui  s'aperçoit  qu'on  lui  a  vendu  un  drap  faux  et  mm 
loyal  doit  le  porter  aux  wardains  qui  le  livrent  aux  bourgmestres 
de  la  cité  pour  être  brûlé  publiquement;  le  vendeur  est  ensuite 
condamné  à  restituer  le  prix  d'achat  et  privé  pour  toujours  du 
métier. 

Aucun  drapier  ne  peut  colporter  ni  offrir  son  drap  en  vente 
chez  les  halliers,  sur  le  marché  ni  dans  les  vinàves,  parce  que, 
sous  ce  prétexte,  on  vendait  du  drap  étranger  ou  non  rewardé 
(1527);  il  ne  peut  les  débiter  en  détail  que  dans  sa  maison  ou  dans 
celles  des  retondeurs  ;  de  cette  règle  étaient  exceptés  les  rassettes 
ou  karsée,  xhafures ,  bayettes,  fourures,  stain  sur  stain,  à  la  con- 
dition que  le  propriétaire  lui-même  ou  une  personne  bien  connue 
de  sa  famille  se  chargeât  de  la  vente;  il  était  toutefois  interdit 
d'acheter  des  pièces  de  cette  façon  aux  drapiers  dans  le  luit  de 
les  revendre  (2o  avril  1589). 

Il  était  enfin  défendu  d'enpacker  de*  draps  non  rewardés  avec 
des  pièces  scellées  et  de  les  revendre  dans  cet  état  (1527). 

DES  DRAPS  ÉTRANGERS. 

Le  règlement  de  1527  déclare  qu'on  ne  peut  vendre  à  Liège  au- 
cun drap  étranger,   s'il   ne  porte  la  marque  di'>  rewards  de  la 


—  148  — 

bonne  ville  où  il  a  été  fabriqué.  Mu  ni  de  cette  marque,  on  pouvait 
le  vendre  à  certains  jours  dans  la  halle  du  Palais;  mais  il  était 
défendu  de  le  colporter  dans  les  rues  ;  celui  qui  était  convaincu 
d'en  avoir  acheté  ou  reçu  chez  lui  était  privé  du  métier. 

Le  19  juin  1589,  les  officiers  ayant  reconnu  que  les  halliers 
achetaient  et  revendaient  du  drap  "étranger  privé  de  marque,  or- 
donnèrent ,  sous  peine  de  confiscation ,  de  conduire  tout  droit  à 
la  halle  toute  marchandise  venant  du  dehors  pour  être  vendue, 
foulée  ou  teinte,  et  de  la  soumettre  à  l'examen  des  rewards.  Les 
draps  de  Verviers  eux-mêmes  n'étaient  pas  exempts  de  cette  vi- 
site. Les  pièces  illégales,  c'est-à-dire  mal  fabriquées,  étaient  ren- 
fermées à  la  halle  et  marquées  de  deux  plombs;  celles  qui  étaient 
bonnes  pouvaient  être  vendues  les  mercredi  et  vendredi  de  cha- 
que semaine  par  les  fabricants  ou  les  membres  de  leur  famille, 
mais  non  par  les  revendeurs,  facteurs,  cultiers  et  cultresses  (9  mai 
1671). 

Toute  pièce  de  drap  étranger  entrant  dans  la  cité  devait  payer 
le  60""'  que  ce  fût  pour  la  vendre,  pour  la  fouler  ou  la  teindre  ; 
plus,l  patar  pour  la  halle,  1  pour  le  wardain  commis  à  la  visite 
et  3  pour  le  magistrat  de  la  cité. Tout  drapier,  retondeur,  tindeur, 
cultier  ou  facteur  devait  sur  la  simple  réquisition  des  rewards 
prêter  serment  qu'il  n'avait  pas  clandestinement  introduit  du 
drap  sans  payer  le  eO"1"  (9  mai  1671  et  24  avril  1700). 

Les  foulons  qui  recevaient  des  étoffes  étrangères  à  travailler 
devaient  d'abord  s'assurer  qu'elles  étaient  munies  du  scel  des 
wardains  de  Liège  ;  puis  ils  donnaient  au  commis  de  la  halle  une 
liste  de  ces  draps  avec  le  nom  de  leur  propriétaire  et  leur  desti- 
na! ion  (24  avril  1700. 

Si  un  maître  du  métier,  ayant  fait  relief,  allait  s'établir  à  Huy, 
Visé,Tongres  ou  ailleurs  dans  la  principauté,  il  était  mis  au  même 
rang  que  les  drapiers  de  Verviers  et  pouvait  vendre  son  drap  a 
Liège  à  la  céarrie  du  prince  (5  mai  1637). 


—  149  — 

Le  tableau  que  nous  venons  de  tracer,  représente,  avec  tous 
les  détails  ((Lie  nous  ont  conservé  les  chartes,  le  métier  des  dra- 
piers pendant  le XVIe  siècle  et  la  première  moitié  du  XVII  .  C'esl 
la  plus  belle  période  de  son  histoire,  l'époque  de  sa  plus  grande 
prospérité.  Tout  contribuai!  du  reste  à  favoriser  l'essor  de  l'in- 
dustrie ;  la  participation  des  métiers  au  gouvernement  de  la 
Commune  leur  assurait  uneexisleuee  indépendante, la  protection 
des  magistrats  et  toute  espècede  privilèges  démocratiques.  D'un 
autre  côté,  la  paix  extérieure  permettait  aux  commerçants  et  aux 
industriels  de  s'appliquer  à  leurs  affaires  que  les  luttes  de  religion 
ne  parvenaient  que  rarement  à  interrompre.  Aussi  la  corporation 
était-elle  alors  très  nombreuse  :  en  1550,  80  compagnons  assis- 
taient aux  séances,  et  en  1571,  on  en  voit  figurer  plus  de  150. 

On  a  pu  s'apercevoir  que  le  règlement  de  1527,  quelque 
bien  étudié  qu'il  fut,  exigea  plusieurs  fois  des  éclaircissements, 
notamment  en  1542,  pour  des  questions  de  pratique,  en  1553 
pour  des  points  d'usance  particulièrement  au  sujet  de  l'élection 
des  officiers. 

Dans  ces  documents,  la  multiplicité  et  la  minutie  des  détails 
nous  étonnent  ;  ils  étaient  cependant  bien  nécessaires.  En  effet, 
tout  devenait  matière  à  procès  dans  ces  temps  de  rivalités  per- 
sonnelles ou  de  caste  et  d'égoïsme.  Le  moindre  paragraphe 
douteux  donnait  lieu  à  deschicanes  etàdes  débats  interminables. 
Fatigués  de  ces  querelles  qui  les  épuisaient,  les  deux  métiers 
réunis  des  drapiers  et  des  retondeurs  prirent,  le  lendemain  du 
jour  des  Rois  1550,  une  décision  par  laquelle  on  obligeait  tous 
les  compagnons,  avant  de  s'adresser  aux  juges  ordinaires,  à 
porter  leurs  discussions  devant  un  tribunal  particulier  et  officieux 
composé  de  -s  députés  (4  drapiers  et 4 rétondeurs),  des  wardains, 
des  gouverneurs,  des  jurés,  des  4  de  la  Violette  et  .des  maîtres 
des  membres.  Si  l'une  des  pailies  se  croyait  par  leur  sentei  ce 
lésée  dans  ses  droits,  elle  pouvait  encore,  si  elle  le  jugeait  à 
propos,  recourir  à  l'autorité  judiciaire  des  échevins. 

Cette  institution  produisit  les  meilleurs  effets.  La  corporation 


—  150  — 

ainsi  organisée  parcourut  sans  secousses  violentes  une  ère  bril- 
lante de  près  d'un  siècle  de  durée.  De  temps  à  autre,  suivant  la 
nécessité  ou  les  circonstances,  elle  décrète  quelques  dispositions 
nouvelles  soit  par  recès  pris  en  séance,  soit  par  lettres  approuvées 
par  les  échevins.  On  remarque  qu'à  partir  de  1650  toutes  les 
mesures  administratives  sont  publiées  sous  forme  d'édits  du 
prince  :  c'est  ainsi  qu'en  1671  une  ordonnance  de  Jean  Louis 
d'Elderen  règle  la  question  des  draps  étrangers  et  même  le 
prix  des  acquêtes  et  le  salaire  des  wardains,  et  ce,  sous  prétexte 
«  d'augmenter  le  négoce  et  commerce,  tant  entre  les  bourgeois 
de  Liège  qu'avec  les  voisins,  pour  appaiser  les  plaintes  nom- 
breuses qu'on  lui  adresse  au  sujet  des  règlements  et  pour  pou- 
voir conserver,  sans  inconvénient  et  sans  désordre,  la  draperie 
dans  sa  cité.  » 


III 


Période  de  décadence,  1650  à  1794. 

Au  moment  où  la  domination  inflexible  des  princes  de  Bavière 
pesait  sur  toutes  les  institutions  démocratiques  el  restreignait 
auiau!  que  possible  les  libertés  du  peuple,  le  besoin  de  cette 
même  liberté  se  faisait  sentir  d'une  manière  impérieuse  pour  as- 
surer les  progrès  et  même  le  maintien  «le  l'industrie  drapière  que 
le  système  des  règlements  étouffait.  On  en  trouve  la  preuve  dans 
les  moyens  frauduleux  que  ne  cessent  d'employer  les  fabricants 
pour  multiplier  leurs  opérations  et  dans  les  concessions  toujours 
plus  étendues  que  les  chefs  de  l'Etat  sont  obligés  de  faire  à  cha- 
que instant  pour  arrêter  le  dépérissement,  de  cette  brandie  du 
commerce. 

Les  drapiers  commencent  par  donner  aux  draps  étroits  qui  ne 
devaient  mesurer  que  3  aunes  el  un  demi-quart,  un  plus  grand 
nombre  de  fils  afin  de  les  faire  passer  pour  du  drap  de  grande 
largeur.  Puis  ils  fournissent  aux  compagnons  desstains,  traimes 
d'outoirs,  laines,  etc.,  pour  les  travailler  clandestinement  à  domi- 
cile (1639).  Enfin  ils  établissent  chez  eux  plus  de  métiers  que 
ne  le  permettaient  les  lois.  Les  officiers  étanl  ordinairement  des 
drapiers  riches,  loin  de  réprimer  ces  abus  qui  écrasaient  les 
compagnons  peu  fortunés,  les  favorisaient  pour  en  profiter  eux- 
mêmes.  Ils  négligeaient  aussi  de  surveiller  la  fabrication  qui  de- 
venait de  pins  en  [tins  mauvaise.  Les  petits  maîtres  ne  pouvant 
plus  supporter  la  concurrence  s'expatriaient  ou  se  mettaient  au 
service  des  riches,  de  façon  que  h'  nombre  des  ouvriers  s'ac- 
croissait  dans  une  proportion  démesurée. 


;52 


Cet  état  dechoses  devint  à  la  fin  intolérable  pour  les  fabricants 
peu  aisés  qui,  en  1596,  adressèrent  au  prince  des  réclamations 
piteuses. 

Ernest  de  Bavière,  «  par  humanité  et  pour  sauver  l'honneur 
de  la  république  »  confirma  le  règlement  de  1542  en  détendant 
aux  tisserands  de  faire  travailler  en  même  temps  plus  de  deux 
métiers,  et  en  fixant  de  nouveau  la  longueur  et  la  largeur  des 
différentes  étoffes. 

Pour  restreindre  le  nombre  des  ouvriers  dele  main,  il  éleva 
en  1617  les  droits  d'apprentissage  et  d'acquête,  et  en  1637,  for- 
mula une  ordonnance  contre  les  fabricants  qui  employaient 
dans  la  cité  des  peigneurs  ou  autres  artisans  étrangers  au  dé- 
triment des  compagnons  du  méfier  ;  ceux-ci  avaient  profité  de 
l'occasion  où  l'on  élisait  les  rewards  pour  faire  entendre  de 
nouvelles  plaintes  auxquelles  il  fut  aussitôt  fait  droit  par  la 
défense  de  faire  travailler  des  ouvriers  étrangers. 

Toutefois  le  besoin  d'affranchissement  était  trop  général  pour 
qu'il  fût  possible  de  maintenir  la  draperie  liégeoise  dans  les 
anciennes  et  étroites  limites  tracées  par  les  règlements,  et 
bientôt  on  voit  le  prince  permettre  aux  drapiers  de  mettre  en 
œuvre  chez  eux  jusque  4  métiers  et  autant  de  serviteurs  à  la 
fois.  Ils  avaient  demandé  de  pouvoir  en  établir  un  nombre  indé- 
terminé ;  mais  la  plupart  des  compagnons  avaient  réclamé  en 
disant  que  les  pétitionnaires  étaient  des  étrangers  qui ,  par 
suite  des  grandes  affaires  qu'ils  faisaient,  les  empêchaient  eux- 
même  de  vivre  et  de  songer  à  prendre  des  ouvriers  pour  leur 
petite  besogne. 

La  loi  une  fois  enfreinte,  il  n'y  avait  pas  de  raison  pour  s'ar- 
rêter; les  drapiers  continuèrent  leurs  sollicitations,  et  en  1659, 
on  leur  permit  d'avoir  5  métiers  ;  les  petits  fabricants  recom- 
mencèrent leurs  doléances  et  leurs  suppliques  dans  lesquelles 
ils  dévoilaient  toute  espèce  d'abus,  désignaient  tel  maître  qui  em- 
ployait jusqu'à  20  staus  bastans  chez  eux  et  appelaient  l'attention 
sur  un  certain  Philippe  Gentil,  marchand  de  Liège,  qui  faisait  fa- 


153 


briquer  dos  étoffes  de  laine  à  la  modo  de  France,  on  achetait  à 
d'autres  marchands,  puis  les  envoyait  teindre,  apprêter,  presser 
et  souffrer  à  Anvers,  Rotterdam  et  Leyde  parce  qu'à  Liège  il  ne 
trouvait  pas  d'ouvrier  capable,  et  y  l'osait  ensuite  appliquer  un 
sceau  comme  si  elles  avaienl  été  manufacturées  à  Liège.  Le  seul 
remède  efficace  pour  remédier  au  mal  eut  été  de  le  couper  dans 
sa  racine,  en  faisant  exécuter  à  la  lettre  le  règlement  de  1542  re- 
lativement au  nombre  des  métiers.  Mais  cette  mesure  n'était  plus 
possible,  et,  le  22  octobre  HITS,  le  prince  fut  obligé  de  consentir 
à  une  nouvelle  transaction  par  laquelle  les  drapiers  étaient  au- 
torisés à  posséder  6  métiers  ;  ils  devaient  toutefois,  pour  la  lon- 
gueur et  la  largeur  des  draps,  s'en  tenir  aux  anciens  statuts.  Enfin, 
en  l'an  1700,  pour  procurer  du  travail  aux  nombreux  ouvriers  de 
la  cité  et  des  villages  voisins,  il  fallut  prendre  exactement  la  me- 
sure opposée  à  colle  qu'on  avait  adoptée  jusqu'en  1650  pour 
protéger  la  petite  industrie,  et  l'on  permit  à  chaque  fabricant 
d'établir  jusqu'à  9  métiers  chez  lui  et  3  au  dehors  «  pour  le  sou- 
lagement des  pauvres  ménagers.  » 

Ces  infractions  successives  à  la  loi  fondamentale  du  métier  dé- 
notent dans  l'industrie  drapière  à  Liège  une  période  de  déca- 
dence. La  prospérité  commerciale  et  manufacturière  à  laquelle 
s'était  alors  élevée  la  ville  de  Verviers,  contribua  à  l'amener;  ses 
fabricants,  par  la  perfection  do  leurs  tissus,  par  leurs  relations 
qui  s'étendaient  par  toute  l'Europe  et  jusque  dans  les  Indes  ('), 
faisaient  aux  drapiers  liégeois  une  concurrence  que  ceux-ci 
n'étaieul  pas  en  état  de  soutenir.  Ajoutons  que  les  discordes  qui 
agitaient  alors  le  pays  et  troublaient  les  opérations  pacifiques 
du  commerce,  occasionnaient  l'émigration  d'un  grand  nombre  de 
fabricants  en  tous  genres,  mais  particulièrement  des  drapiers  et 
des  forgerons  auxquels  on  faisait  espérer  à  l'étranger  de  brillants 
avantages. 

1     Henaux.  Histoire  de  la  bonne  ville  de  Verviers. 


—  154  — 

Ces  émigrations  prirent  un  caractère  tellement  inquiétant  que, 
dès  le  11  mai  1699,  le  prince  songea  à  les  empêcher  par  des 
moyens  énergiques.  «  Attendu,  dit-il,  qu'il  y  a  de  mes  bourgeois 
et  sujets  qui,  oublieux  du  devoir  delà  fidélité  de  véritables  sujets, 
s'établissent  ailleurs  au  détriment  du  commerce  de  leur  pays,  ce 
qui  va  à  la  perte  entière  de  la  patrie,  »  il  ordonne  a  tous  les  émi- 
grés de  rentrer  dans  les  15  jours  à  Liège  sous  peine  d'être  privés 
à  perpétuité,  eux  et  leurs  descendants,  du  droit  de  bourgeoisie, 
et  défend  aux  ouvriers  liégeois  de  sortir  de  la  principauté  pour 
aller  ailleurs  ériger  des  manufactures  ou  contribuer  de  quelque 
façon  que  ce  fût  à  leur  établissement. 

Ces  décisions  furent  spécialement  renouvelées  le  6  février  1721 
pour  les  fabriques  de  drap  dans  les  termes  suivants  :  «  Étant 
informé  que  plusieurs  personnes  de  nos  sujets....  malgré  les  dé- 
fenses sérieuses  faites  par  nos  mandements,  se  présumeraient 
de  vouloir  établir  au  grand  préjudice  de  leur  patrie,  des  manu- 
factures de  draps,  de  laines  et  pareilles  dans  les  provinces 
étrangères,  subornant  et  corrompant  par  des  promesses  de 
salaire  considérable  et  autres  moyens  illicites,  les  ouvriers  et 
autres  surcéants  de  notre  principauté  de  Liège  pour  les  en 
tirer,  faire  domicilier  et  établir  dans  des  provinces  étrangères, 
ce  qui  pourrait  ruiner  et  détourner  le  commerce  qui  est  déjà 
fort  affaibli  et  diminué  (ce  qui  est  une  désobéissance  criminelle 
qui  approche  d'une  félonie  ouverte  digne  de  chastoy  public , 
comme  tendante  à  la  destruction  du  commerce  établi  dans  notre 
pays  de  Liège  et  à  la  ruine  de  nos  fidèles  sujets)  :  après  avoir 
considéré  les  suites  dangereuses  et  fatales  conséquences  de  ces 
entreprises  pernicieuses,  nous  avons  renouvelé  les  mande- 
ments, etc.  » 

Quatre  édits  successifs  modérèrent  le  mouvement,  mais  ne 
l'arrêtèrent  pas;  l'industrie  drapière  continua  a  décliner  à  Liège. 
Le  régime  étroit  des  corporations,  ayant  pour  principe  la  néga- 
tion de  la  liberté  du  travail,  commençait  à  porter  ses  fruits. 
L'état  déplorable  où  se  trouvait  l'industrie  drapière  à  Liège, 


—  155  — 

ouvrit,  sur  la  nécessité  de  cette  liberté  les  yeux  des  administra- 
teurs, bien  longtemps  avant  l'époque  où  la  France,  sur  le  rapport 
de  son  ministre  Turgot,  proclama  la  première  abolition  des 
métiers.  Nous  trouvons  en  effet  dès  le  11  juin  1703  une  ordon- 
nance du  Conseil  impérial  abolissant  l'impôt  d'un  liard  se  payant 
dans  la  cité  sur  chaque  pièce  d'étoffe  travaillée  par  les  drapiers 
et  leurs  ouvriers  et  supprimai)!  tes  visites  des  rewards  chez  eux. 
L'annulation  de  ce  dernier  article  fondamental  des  chartes  du 
métier  était  un  premier  pas  l'ait  vers  l'indépendance.  Mais 
d'autres  circonstances  contribuèrent  à  rendre  cette  mesure 
inefficace  pour  relever  à  Liège  la  fabrication  du  drap;  elle  ne 
servit  même  qu'à  accélérer  la  désorganisation.  En  1724,  les 
drapiers  se  plaignent  de  l'alïluonce  des  étrangers  qui,  achetant 
à  vil  prix  le  droit  de  travailler,  arrachent  l'ouvrage  aux  pauvres 
ménagers.  En  même  temps  les  maîtres,  malgré  les  édits  des 
princes,  aggravent  encore  la  position  de  ces  ménagers,  en  don- 
nant leurs  pièces  à  travailler  au  dehors  ;  de  cette  façon  la  main 
d'œuvre  leur  coûtait  même  moins  cher,  car  les  ouvriers  des 
petites  villes  et  des  campagnes  ne  payant  aucun  droit  à  l'Etat, 
se  logeant  et  se  nourrissant  à  peu  de  frais,  travaillaient  a  meil- 
leur compte  (').  Le  prince,  dans  le  but  de  rendre  la  vie  à  l'in- 
dustrie liégeoise,  défendit  cet  expédient  par  un  édit  du  11  sep- 
tembre 173-4.  Mais  ce  fut  inutilement. 

Les  Etats  avaient  déjà,  avec  aussi  peu  de  succès,  tenté  d'ar- 
rêter le  dépérissement  de  la  draperie  en  protégeant  ce  mé- 
tier aux  dépens  des  fabricants  de  Verviers.  Profitant  de  ce  que 


(')  Voir  lt>  ordonnances  du  1 1  sept.  1734  ,  30  août  1741 ,  42  sept.  1719.  «  Le 
métier  remontre  au  prince  que  depuis  plus  de  20  ans  un  nommé  P.  Massart,  drapier 
de  Liège,  emploie  des  ouvriers  du  dehors  qui  viennent  chaque  semaine  chercher  chez 
lui  île-,  chaînes  de  laine  pour  fabriquer  des  pièces  de  saye  qu'ils'rapportent ensuite, 
ce  qui  est  contraire  aux  chartes  qui,  pour  le  bonheur  de  la  cité,  veulent  empêcher 
les  ouvriers  résidants  au  dehors  de  travailler  chez  eux  ,  d'y  dresser  des  staus  au 
préjudice  des  ménagers  de  la  cité  qui  seraient  bientôt  réduits  à  mendier.  Alors  on 
les  verrait  s'établir  a  Herstal  ou  ailleurs  où  ils  ne  paieraient  aucun  droit  de  consom- 
mation a  l'Etat,  etc.  » 


-  156  — 

les  bourgmestres  de  cette  ville  avaient  conservé  le  tiers  de 
l'impôt  des  24  patars  sur  le  muids  du  braz ,  ils  révoquèrent 
l'exemption  d'un  droit  appelé  le  soixantième  qui  se  percevait 
sur  toutes  les  marchandises  du  pays  à  leur  entrée  à  Liège  et 
dont  les  draps  de  Verviers  étaient  depuis  longtemps  affranchis 
par  divers  octrois  de  nos  princes.  Ils  avaient  encore  essayé  de 
ce  moyen  en  168J2,  mais,  à  cette  époque,  les  Verviétois  avaient 
chassé,  les  armes  à  la  main,  les  soldats  allemands  envoyés  pour 
contraindre  la  bourgeoisie  au  payement  de  la  taxe.  Cette  fois 
encore  toute  la  ville  se  révolta  ;  les  principaux  fabricants  firent 
sortir  leurs  draps  par  la  violence,  et  souvent  des  luttes  san- 
glantes s'engagèrent  entre  eux  et  les  percepteurs  des  Etats  ; 
ceux-ci  envoyèrent  plusieurs  fois  des  troupes  qui  n'obtinrent 
aucun  succès,  de  façon  qu'ils  furent  obligés  de  diminuer  la  taxe 
de  moitié  ;  toutefois  les  troubles  continuèrent  et  deux  fois  les 
tisserands  se  mirent  en  insurrection  ;  la  plupart  d'entre  eux 
manquaient  de  travail  et  les  autres  n'obtenaient,  pour  prix  de 
leur  labeur,  que  des  marchandises  qu'ils  étaient  ensuite  obligés 
de  revendre  à  bas  prix  à  leurs  maîtres. 

La  mort  de  Joseph-Clément  de  Bavière  vint  offrir  une  occa- 
sion pour  ménager  un  accomodement.  La  ville  de  Verviers  re- 
nonça au  tiers  de  l'impôt  des  24  patars  et,  en  compensation, 
les  Etats  abolirent  pour  3  ans  l'impôt  du  60mp  sur  les  fabricats  de 
ses  tisserands.  En  1753,  sur  les  vives  instances  des  députés  ver- 
viétois, cet  impôt,  qui  pesait  sur  les  laines  à  leur  entrée  et  sur 
les  draps  à  leur  sortie,  fut  définitivement  aboli.  Mais  il  était  trop 
tard.  Là  aussi  l'émigration  avait  commencé  et,  pendant  de 
longues  années,  le  commerce  de  Verviers  fut  en  souffrance.  Les 
droits  énormes  de  douane  établis  vers  1740  sur  les  draps  par  le 
gouvernement  des  Pays-Bas,  dans  le  but  de  protéger  les  manu- 
factures limbourgeoises,  n'avaient  pas  peu  contribué  à  amener 
cet  état  de  choses,  qui  dura  jusqu'en  1757,  époque  de  la  guerre 
de  7  ans;  alors  le  commerce  se  ranima,  les  ouvriers  se  firent 
payer  en  argent  et  Verviers  produisit  60  à  70  mille  pièces  par  an. 


6i/A-  Z Seva°ey7is,  a  Jjèae- 


S.  2ïo77Ka7is;  JfémoiTV-  sw  2es  Jh^apicrs 


-   157  - 

A  cette  époque,  on  no  fabriquait  plus  guère  à  Liège  que  des 
serges,  des  moutones  et  autres  étoffes  communes  comme  dans 
quelques  villages  desenvirons  de  Verviers.  Mais  cette  fabrication 
était  encore  assez  importante.  On  comptait  dans  le  quartier 
d'Outre-Meuse  plus  de  cent  ménages  possédant  8  ou  i)  métiers 
el  produisant  au  moins  20,000  pièces  d'étoffes  par  an,  qui  se  ré- 
pandaient dans  l'Europe  entière  ('). 

Depuis  longtemps  les  drapiers  avaient  abandonné  les  quartiers 
de  S'-Jean-Baptiste  et  de  S'-Georges  pour  se  loger  dans  les  rues 
Roture,  Petite-Bëche,  Grande-Bêche,  Terre-en-Bêehe  et  Der- 
rière-les-Pottiers.  Les  foulons,  de  leur  côté,  avaient  quitté  le 
moulin  de  Beaurepart  el  s'étaient  établis  dans  le  quartier  qui  porte 
encore  aujourd'hui  leur  nom;  les  teinturiers  habitaient  tout 
près.  Lorsque  les  tisserands  d'Outre-Meuse  portaient  leurs 
laines  à  teindre  ou  leurs  draps  a  fouler,  ils  ne  payaient  que  la 
moitié  de  la  taxe  pour  le  passage  du  pont  pour  aller  et  revenir. 

Quelques  anciens  liégeois  se  rappellent  encore  avoir  connu 
(huis  leur  jeunesse  les  petits  drapiers  de  Bêche  et  vu  leurs  mai- 
sons dont  la  disposition  intérieure  était  à  peu  près  uniforme.  Le 
rez-de-ehaussée  et  le  1er  étage  étaient  réservés  à  la  famille;  on 
communiquait  de  l'un  à  l'autre  et  aux  autres  étages  par  une  es- 
pèce de  large  échelle  qui  n'occupait  que  fort  peu  de  place.  Le  se- 
cond était  occupé  par  cinq  staus  ou  métiers  et  le  grenier  par  4 
autres  auxquels  travaillaient  les  plus  jeunes  ouvriers;  le  peigneur 
se  tenait  debout  à  une  fenêtre  du  grenier  (-).  La  planche  ci-contre 
représente  un  tisserand  à  son  métier,  ayant  derrière  lui  un  pot 
de  peigneur  ('). 

1  C'étail  avec  de  lit  serge  qu'on  faisait  les  l'ailles,  sorte  de  manteau  dont  toutes 
les  femmes  m-  servaient  au  commencement  de  ce  siècle,  les  rideaux  des  lits  dans 
les  maisons  particulières  des  bourgeois  ci  i\r*  hôpitaux,  les  chemises  i\<;s  religieux 

dans  les  Ordres  mendiants,  etc 

'  *)  La  fumée  produite  par  les  .'i  lampes  (cressets)  du  second  étage,  s'ajoutant  a 
celle  des  \  lampes  du  grenier,  rendait  celui-ci  iiv>-incommode  en  hiver. 

(s)  Ce  dessin  est  tiré  du  registre  aux  métiers  de  la  famille  Houltain  et  accom- 
pagne un  relief  de  l'an  li>07.  Il  nous  a  été  communiqué  par  M.  le  notaire  Dumont, 


—  158  — 

Souvent  tous  les  ouvriers  d'un  même  atelier  étaient  parents, 
car  tous  les  membres  de  la  famille,  même  les  maîtresses  et  les 
filles  de  la  maison,  participaient  au  travail.  Ces  dernières  so- 
paient,cherpaient,  jetaient  de  l'huile  sur  la  laine,  etc., chez  les  plus 
riches  fabricants.  C'est  peut-être  là  la  cause  de  la  politesse  et  de 
l'honnêteté  proverbiales  qui  distinguaient  les  drapiers  de  Liège 
au  commencement  de  notre  siècle;  on  sait  toutefois  que  dans 
d'autres  métiers,  par  exemple  dans  celui  des  tanneurs,  les 
femmes  prenaient  aussi  une  part  active  dans  certaines  opérations 
relatives  à  l'industrie  de  leurs  maris  ou  pères. 

Les  fêtes  et  les  réjouissances  du  métier  des  drapiers  se  sont 
en  partie  perpétuées  jusqu'à  nos  jours.  C'est  ainsi  qu'à  la  S'-Ni- 
colas,  le  fabricant  distribue  à  ses  ouvriers  un  cougnou,  à  la  nou- 
velle année  une  waffe,  à  Noël  on  quârlet  contenant  un  morceau  de 
trippe.  A  la  S'-Àndré,  on  célèbre  la  fête  du  patron  et  tous  les 
spouleux  chôment;  le  maître  ne  peut  se  passer  de  les  remercier 
en  les  indemnisant  de  leur  frais,  mais  il  attend  le  jour  des  Rois 
pormouyi  s 'bouquet.  Enfin,  continuant  une  ancienne  tradition  ex- 
primée par  ce  dicton  «  à  Sl-Blaise,  les  teheux  sont  maisses,  »  les 
tisserands  ou  du  moins  la  plus  grande  partie  d'entre  eux,  chô- 
ment, nous  ne  savons  pourquoi,  le  jour  de  S'-Blaise. 

Mais  ce  qui  depuis  longtemps  est  passé  de  mode,  ce  sont  les 
habitudes  religieuses  :  la  messe  entendue  en  commun  à  la  fête  du 
saint  sous  le  patronage  duquel  la  corporation  était  placée  ('),  les 
prières  faites  à  genoux  et  par  groupes  devant  les  niches  nom- 
breuses placées  au  bout  des  rues  ;  tous  les  soirs  au  sortir  de  l'ate- 
lier; l'habitude  de  cesser  les  samedi,  tout  travail  une  demi-heure 
avant  le  temps  ordinaire  pour  réciter  à  haute  voix  les  litanies  de 
Notre  Dame. 

A  côté  des  maîtres  et  des  ouvriers  s'était  formée  probablement 
auXVIL  siècle  une  troisième  classe  intermédiaire  de  travailleurs 


(')  Sl-Sévère  qui,  d'après  une  légende ,  avait  crevé  un  œil  au  diable  avec  la 
pointe  d'une  navette;  sa  statue  se  trouvait  dans  l'ancienne  église  de  Sl-Nicolas. 


—  159  - 

qui  s'appelaient  façonnaires,  parce  qu'ils  fabriquaient  du  drap  a 
la  façon  pour  le  compte  d'un  autre.  «  Un  capitaliste  leur  fournis- 
sait la  laine  et  toutes  les  matières  premières  et  traitait  à  tant  par 
pièce  ou  aune,  abandonnant  ainsi  aux  façonnaires  tous  les  soins 
de  la  confection  el  se  réservant  seulement  ceux  du  placement 
des  produits.  Ce  système  avait  eu  pour  résultat  de  donner  nue 
certaine  diffusion  â  l'industrie  lainière.  Avec  peu  d'argent  on  de- 
venait aisément  façonnaire, tout,  excepté  le  foulage,  se  faisant  à 
la  main.  L'ouvrier  et  le  façonnaire  allaient  presque  d'égal  à  égal  ; 
mais  ce  dernier  subissant  les  exigences  du  marchand,  en  laissait 
retomber  une  bonne  partie  sur  l'ouvrier.  «  Il  était  d'usage  parmi 
les  façonnaires  d'exposer  publiquement  certains  dimanches  et 
jours  de  fêtes  de  l'année,  leurs  plus  beaux  frabricats  au  profit 
des  pauvres  ou  des  églises  (*).  »  Les  façonnaires  qui  du  reste, 
étaient  rares  à  Liège,  tandis  qu'à  Verviers  et  dans  ses  environs 
ils  étaient  très-nombreux,  disparurent  lorsque  les  machines  vin- 
rent remplacer  le  travail  des  mains. 

('  ;  Nautet.  Notices  historiques,  Verviers,  III,  28. 


Gouverneurs    du    métier   des   drapiers. 


1320  Johan  Alar,  maistre. 

4329  Goffins  li  Vachos. 

4334  Wilheame  Gruodins,  Piroa  Démissions,  Johan  Benois,  Gi- 

lons  Bizenhaie,  hiretirs. 
4365  Johan  de  Lambermont,  ung  des  quattre  esleus. 
4367  Lambert  Roseaux,  Giles  li  Garsons,  Pirons  dit  Sanson, 

Remey  Halebache ,  mambors  et  porveoirs  por  le  temps  du 

mestier. 
4428  Linar  Banneresse,  Henri  Requerson,  gouverneurs. 
4435  Soghier  de  Geneffe,  Renkins  de  Castealz. 
1458  Piron  Lantremange,  Lambert  de  Grasce. 

4477  Jean  délie  Vaux,  Johan  Tiskin. 

4478  Johan  Daras,  Mathias  de  Tongres. 

4479  Mathias  de  Tongres,  Johan  Tiskin. 

4480  N.  de  Vinamont,  Connart  délie  Cop  d'oire. 
4484  Johan  Grégore,  Gérard  d'Aspe. 

4482  Connart  délie  Cop  d'oire,  Johan  Amont. 

4483  Johan  le  Drappier,  Miehar.... 

4484  N ,  Connart  délie  Cop  d'oir. 

4485  Johan  Grigore,  Renchon  le  Tindeur. 

4486  Johan  Tiskin,  Johan  Amont. 

4487  Johan  Grégore,  aile  nouvelle  modération. 

4488  Gillet  d'Heur,  Henri  Chapoilhon  (Copilhou). 

4489  Lynart  le  Follon,  Staskin  Teewis. 

4490  Johan  Tiskin,  Tittus  Riwet. 

4491  Renchon  le  Tindeur,  Lynart  le  Follon. 

4492  Henri  Chapoilhon,  Wouthier  van  Ham. 


It.l 


1493  Jolian  Gillet,  Jolian  Davingnon. 

1494  Wouthier  van  Ham,  Rïichiel  le  Barbier; 

1495  Lynarl  le  Folldn,  Stas  Teewis. 

1496  Michiel  le  Barbier,  Jolian  Davingnon. 

1497  Woutier  van  Ham,  Johan  Joesman. 

1498  Tittus  Riwet,  Stasse  Teewis. 

1499  Gillet  d'Heur,  Ghiskin  Gronselt. 

1500  Joiris  leDrappieren  Ghoke,  Godefrinde  Treit. 

1501  Gillet  d'Heur,  Willem  de  Pare  dit  le  Manoyr. 

1502  Ghiskin  Gronselt,  Jacob  Hextelman. 

1503  Godefrin  de  Treit,  Joris  le  Drappier. 

1504  Wouthier  van  Ham,  Piron  Beulevin. 

1505  Godefrin  de  Treit,  Joris  le  Drapier. 

1506  Stas  Teewis,  Gonthierde  Hodeige. 

1507  Du  temps  de  la  paix  de  Sl-Jacque,  Jacob  Hextelman. 

1508  Johan  Bertollet,  Rynard  d'Oupye. 

1509  Wilyem  le  Manoyr,  Symon  de  Venta. 

1510  Lynar  délie  Merdue,  Lambert  Brocar. 

1511  Godefrin  de  Treze,  Henry  Cornez. 

1512  Lynard  délie  Merdieu,  Gonthier  de  Hodeze. 

1520  Brocka,  Godelet. 

1521  Anthoene  Jamar,  Henri  de  Jerson. 

1527  Jacob  Extermau,  Robert  de  Goez  (Goyet). 

1528  Gollart  Bareit,  Piron  le  Follon. 

1529  Lambert  Brockart,  Johan  de  Verd  cheval. 

1530  Jacob  Hexterman,  Gonty  de  Hodeige. 
1536  Jean  Wathi,  Thomas  de  Hodimont. 
1538  Johan  le  Naltier,  Piron  de  Chesteau. 

1540  Guillaume  Bure,  Gilet  Dirick. 

1541  Collart  Bareit,  Henry  Jacob. 

1542  Johan  de  Malmendie,  Johan  de  Parfontvaulx'. 
1544  Jolian  Godelet,  Johan  Naletier. 

1546  Johan  Teste  dit  des  Weynes,  Henry  de  Fowedar. 
1548  Johan  Goddelet,  le  jeune  Berthollet. 

11 


—  162  — 

1549  Piron  Loys,  Toussaint  Hannea. 

1551  Toussaint  le  Harpeurdit  Hannet  ou  Hannea. 

1552  Johan  de  Malmendie,  Henri  Jacob. 

1553  Wilheame  Beure,  Johan  de  Parfontvaulx. 

1554  Toussaint  Hannea,  Collard  de  Grandauz. 

1555  Johan  Wauthier,  Colley  de  Fléron. 

1556  Toussaint  Hannea,  Gielet  de-Herbet. 

1557  Wathier  Liverloz,  Piron  Henrar. 

1558  dollar  de  Fléron,  Colleie  Sacreit. 

1559  Collar  de  Grandauz,  Lambert  de  Hermée. 

1560  Bertrand  de  Longdoz,  Johan  Heine. 

1561  Lambert  de  Hermée,  Collart  Sacreit. 

1563  Toussaint  Hennea,  Léonard  Pirson. 

1564  Collaire  de  Fléron,  Johan  Gilvaer. 
1566  Nicolas  de  Fléron,  Hubert  Bure. 

1568  Johan  Jacquet,  Simon  Pirson. 

1569  Martin  de  Malmendie,  Menjoie  délie  Xhurre. 

1570  Piron  Tongerlo,  Remeyde  Franchimont. 

1571  Stas  Tewis,  Lambert  de  Preit. 

1572  Gielet  de  Looz  le  jeune,  Johan  de  Velroux  dit  Gros  Johan. 

1578  Johan  de  Velroux,  Thiry  de  Liexhe. 

1579  Hubert  Bure,  Piron  de  Liexhe. 

1580  Jamysin  Marckon. 

1581  Jacquemin  Randaxhe,  Giele  de  Houtain. 

1582  Thiry  de  Lixhe,  Wathier  délie  Haye 

1583  Hendrick  de  Hers,  Henri  Heine. 

1587  Lambert  Warnotte,  Giele  de  Houtain 

1588  Wery  Wertea,  Johan  Gloechet. 

1590  Martin  de  Malmendie,  Henri  Brockar  (ou  Hendrick  d'Heur?). 

1591  Martin  de  Malmendie,  Gielis  Herbet. 

1592  Lambert  Warnotte,  Woelt  de  Houtain. 

1593  Thiery  de  Lixhe,  Giele  de  Houltain. 

1594  Gielis  Herbet,  Badon  de  Hayeneux. 

1595  Giele  de  Houltain,  Wery  fils  Johan  Wery. 


-     163  — 

1596  Thiry  de  Liexhe,  Baulduin  le  Blavier. 
1899  Johan  Cloechet,  Gérard  Lybotte. 
1600  Lambert  «le  la  Croix,  Gérard  Lybotte. 
1602  Gérard  Lybotte,  Anthoinc  Jacquet. 
1608  Mathi  de  Trooz,  Jehan  Bodeson  le  jeune. 

1608  Johan  Bodcchon,  Gielle  Herbet. 

1609  Henri  de  Beaufays,  Thiry  Genchine. 
16-10  Henri  de  Beaufays,  Johan  de  Bodechon. 
1643  Jehan  de Solleil,  Servas  Gillel  ('). 
1614  Henri  d'Odeur,  Fier  Bomersom. 

1618  Jean  Bovegnistier,  Toussaint  de  Riwe  ou  de  la  Rue. 

1642  Henri  Gentil,  Jean  Gathy. 

1653  Englebertde  Chesteau,  Halel  de  Walrant. 

1676  Hubert  Cajoz,  Jean  Rigaz  dit  Cortis. 

1677  Jean  le  Forgeur. 

1678  Pierre  Jacque  dit  Trouillet. 
1683  Jean  le  Brun,  Paul  Gilman. 
1684-1690  Léonard  Bayar. 

1698  Abraham  Nagant. 

1699  Jean  Houtain. 
1704  Abraham  Nagant. 
1705-1706  Pierre  Waonry. 
1710-1711  Abraham  Nagant. 

1715  Hubert  de  Salme. 

1716  Nicolas  Arbinet. 

1  Les  principaux,  drapiers  à  cette  époque  étaient  :  H.  Dodeur,  P.  Bomersom, 
L.  de  Chestea,  J.  Bodechon.  G.  de  Riwe,  T.  Ghenchine,  G.  de  Hervé,  C.  de  Fosseit, 
C.  de  Pireux,  B.  de  Fraisne,  A.  Jacquet,  \V.  Trongtea,  G.  Herbet,  P.  Gentil, 
];.  Gérard  F.  de  Vivegnis,  R.  de  Looz,  H.  Billock,  H.  de  Baufays,  A.  Thonnar, 
.1.  Bovegnistier  F.  Lefebve,  11.  de  Heers,  H.  de  Rocourt,  P.  le  Bresseur,  D.  de  Vo- 
temme  S.  del  Fosse  A.  Halen,  L.  de  Lamine,  M.  Dheur,  F.  Derecourl ,  Grigo 
Harcé  I  r.  Dawans  M.  Tilman,  J.  de  Salme,  C.  Namuron,  H.  Dardenne,  J.  Pepins- 
ter,  J.  Babe,  J.  Ansea,  Cornet  de  Resta,  c.  de  Bierses,  <',.  Herbet,  .1.  Gérard, 
C.  deGomsé,  AI.  de  Thier,  J.  de  Poil. mi.  a.  de  Housse,  Haie!  de  Warnant,  J.  de 
Looz,  G.  de  Voroux.   M.    Rasier,  i  te. 


164  — 


1717  Joseph  Renotte. 
1719  Guilleaume  de  Fize. 

1721  Joseph  Renotte  ('). 

1722  Guilleaume  de  Fize. 

1723  Joseph  Renotte. 
1726  Toussaint  Damaffe. 

1728  Jean  Colson. 

1729  Toussaint  Damave. 

1730  Pierre  Waonry. 
1732  Eustache  Chefneux 
1736-1739-1742  Jean  Houtain, 

1749  Gille-François  Colson. 

1750  Toussaint  Damave. 

1751  Jean  Houtain. 

1752  Toussaint  Damave. 

1766  Jean  Houtain. 

1767  Houssa. 

1769  Simonis. 

1770  Colson. 

1771  Houssa. 
1775  Colson. 
1783  Houssa. 
1793  Bayar. 


M)  En  1724  on  trouve  les  noms  des  drapiers  suivants  :  N.  et  Nie.  Detrixhe, 
J.  Th.  Lejeune,  Fr.,  M.  et  G.  des Troisfontaines,  J.  Wathieu,  N.  Mordan,  G.  Ber- 
trand, Ar.Warnand,  M.  Malchair.  H.,  L.  et  0.  de  'Suive,  M.  Lahaye,  S.  Franck, 
J.  de  Micheroux,  L.  Deschamps,  A.  Grivegnée,  le  commissaire  Dumont,  J.  Renotte, 
T.  Georis,  G.  L.  Villegia,  M.  J.Moray,  H.  Goffart,  D.  Roland,  G.Freson,  J.  Dozin, 
Fr.  Colson,  P.  Zegherfisse,  la  veuve  Pauly,  Cath.  Deur,  C.  Close,  J.  Roetcrans, 
Gilman  le  Prince,  D.  Deneumolin,  A.  Francis,  G.  Tombay,  T.  de  Fane,  H.  Fisse, 
G.  Brahy,  etc. 


Inventaire    des    anciennes    archives    des  drapiers 
de  Liège. 


1249  2  août  [lundi  après  la  fête  Sl.-Pierre).  Reconnaissance  d'un 
prêt  fait  par  plusieurs  bourgeois  de  la  cité  au  clergé  el  à 
la  ville  de  Liège,  pour  le  rachat  de  l'impôt  de  la  Fermeté. 
(Documents  inédits,  n°  I). 

1323  1"  févr.  La  lettre  dos  Halles,  touchant  la  vente  du  drap. 
(Documents  inédits,  n"  II). 

1325  19  juin  {mercredi  après  les  octaves  de  sacrement  en  resailh- 
mois).  Sentence  de  4  arbitres  sur  des  difficultés  entre  les 
maîtres  foulons  et  leurs  valets  pour  le  salaire  de  ceux-ci. 
(Documents  inédits,  n°  III). 

1330  18  févr.  {dimanche  devant  la  fête  de  S1. -Pierre corolle).  Achat 
par  le  métier  d'un  terrain  sur  le  thier  des  vignes  pour  y 
établir  des  rames.  (Documents  inédits  n°  IV.) 

1334  3  févr.  {lendemain  de  la  purification N.D,conditchandeloir). 
Accord  fait  entre  le  métier  des  drapiers  et  J.  Hanozel 
ardoisier,pour  couvrir  la  halle  deFéronstrée.  (Documents 
inédits,  n"  V). 

1343  26  févr.  Acte  passé  devant  la  cour  jurée  de  Gilons  de  Ma- 
chey  :  Anne  de  Cor,  femme  de  Jean  Henroil  de  Preit,  vend 
à  Piron  Demisôns,  Gollîns  le  Vachos  el  Gilon  Bizenhaye, 
drapiers,  la  maison  de  Faneit,  située  Hors-Château,  pour 
une  malhe  de  cens.  (Original  sur  parchemin;  sceaux  en- 
levés). 

1352  19  sept.  Accord  fait  entre  les  maîtres  foulons  el  leurs  on 
vriers  au  sujet  du  salaire  de  ceux-ci.  (Documents  inédits, 
n°  VI). 


166 


1353  16  janv.  Acte  passé  devant  Jehan  Deinisons,  maire  de  la 
cour  du  métier  des  drapiers  à  Liège.  Gilles  et  Guilleaume 
de  Sumagne,  le  tanoir,  donnent  à  leur  frère  Jehan,  les  deux 
tiers  des  wennes,  stueves  et  appartenances  situées  Hors- 
Chàteau  contre  le  pont  des  tisseurs.  (Original  sur  parche- 
min ;  sceaux  enlevés). 

1365  11  nov.  {jour  de  la  fieste  de  S1. -Martin  yvernal).  Le  métier 
achète  un  moulin  avec  foulerie  entre  Beaurepart  et  la 
Boverie.  (Documents  inédits,  n°  VII). 

1367  27  avr.  Le  métier  accorde  pour  3  ans  à  J.  Kikimonde  le 
droit  de  peser  la  laine  à  la  halle  (Documents  inédits, 
n°  VIII.) 

1423  en  mars.  Discussion  entre  les  maîtres  et  jurés  de  Herck 
et  les  drapiers  de  Liège  qui  défendaient  la  vente  du  drap 
dans  la  cité.  (Echevins  de  Liège,  III,  170  v°). 

1423  1er  oct.  Le  métier  fixe  pour  12  ans  le  salaire  des  foulons. 
(Documents  inédits,  n°  IX). 

1428  1er  mai.  Ordonnance  du  métier  contre  la  poursuite  des 

offices.  (Imprimée  dans  le  recueil  des  chartes,  I,  p.  223). 

1429  26  nov.  Serv.  de  Dolhain,  gouverneur  du  bon  métier  de 

la  draperie,  avait  saisi  au  nom  des  rewards  du  métier, 
du  drap  appartenant  à  H.  Wynand,  hallier,  comme  étant 
mauvais.  Celui-ci  proteste  déclarant  que  son  drap  porte 
le  sceau  de  la  draperie  d'Eycke,  et  que  partant  il  pouvait 
l'acheter  et  le  vendre.  Les  échevius  déclarent  s'en  rap- 
porter au  témoignage  des  rewards  de  Huy,  Tongres , 
Looz ,  Hasselt  et  St-Trond  que  l'on  fait  venir  aux  frais 
du  perdant  et  qui  déclarent  que  le  draps  est  mauvais. 
Echevins  de  Liège,  n°  6,  p.  152). 

1433  28  janv.  Commission  du  métier  pour  poursuivre  les  com- 
pagnons complices  de  Mathieu  Dalhin  (Documents  inédits, 
u°  X). 

1435  10  mars.  Tarif  et  règlement  pourjes  foulons.  (Documents 
inédits,  n°  XI). 


îir 


1447  23  fév.  Accord  entre  les  drapiers  el  les  teinturiers  au  sujet 
du  salaire  de  ceux-ci.  (Documents  inédits,  n°  XII). 

1458  17  juil.  Ordonnance  du  métier  contre  la  poursuite  des 
offices:  statuts  touchanl  l'acquête,  le  relief  el  le  salaire 
des  gouverneurs.  (Imprimé  dans  le  Recueil  des  chartes,  I, 
p.  224). 

1479  26  fév.  Les  drapiers  de  Liège  veulent  défendre  à  ceux 

de  Brusthem  de  vendre  à  Liège  les  draps  appelés  grises 
droummes  disant    que    la   teinture    en    était    main- 
Ceux-ci  ayant  prouvé  que  c'était  le  même  qu'ils  vendaient 
depuis  60  ans,  soui  autorisés  à  continuer.  (Echevins  de 
Liège,  ir  41,  p.  129). 

1480  28  avr.  Lettre  par  laquelle  Louis  de  Bourbon  reconnaît 

aux  Verviétois  le  droit  de  vendre  leurs  draps  dans  la 
petite  halle  de  Liège  (Pawilhart  K,  p.  197  aux  archives. 
Publiée  par  M.  Henaux,  Hist.  de  Verviers  el  par  M.  de 
Ram,  Analecta  leodiensa,  p.  682). 

1487  .'5  avril.  Accord  entre  le  métier  et  J.  Thiry  pour  teindre  les 
draps.  (Orignal  sur  parchemin;  sceaux  enlevés.) 

1489  28  févr.  Les  tindeurs  de  Liège  déclarent  que  le  droit  de 
stampage  sur  les  draps  étrangers  envoyés  à  Liège  pour 
être  teints  appartient  au  métier  des  drapiers  et  la  visite 
aux  rewards.  Mais  que  à  cause  des«  guerres  durantes 
eux  ,  tindeurs  ,  ne  devront  rien  payer  jusque  à  tant  que 
bonne  marchandise  pourra  courir  et  que  le  cours  de  la 
Meuse  sera  ouvert.  »  (Document  sur  papier,  liasse  du 
conseil-privé,  aux  archives  . 

lbOO  31  oct.  Sentence  des  echevins  de  Liège  sur  les  difficultés 
des  drapiers  et  des  tindeurs  à  propos  de  la  stampe  des 
draps  étrangers.  (Copie  sur  parchemin). 

1503  o  mai.  Sentence  arbitrale ordonnanl  aux  tindeurs  de  p  lyér 
par  an  aux  drapiers  6  florins  pour  le  stampage  ,  el  de 
permettre  aux  rewards  la  stampe  des  pkchots  comme  de 
coutume.  (Original  sur  parchemin  ;  sceaux  enlevi 


—  168  — 

1516  29  mai.  Simon  de  Tillice,  retondeur,  proteste  contre  la 
défense  que  Goert  de  Treit,  maire  des  ewardans  et  ses 
confrères  avaient  fait  aux  foulons,  tisseurs  et  tindeurs, 
de  lui  donner  de  l'ouvrage  ;  il  invoque  une  clause  de  la 
sentence  apostolique  et  un  article  de  la  lettre  du  commun 
profit,  qui  interdit  le  monopole  des  métiers  et  défend 
d'empêcher  le  travail  à  aucun  bourgeois.  Les  wardains 
répondent  que  ledit  Simon  ayant  violé  les  chartes  en 
«  ourdissant  draps  a  une  portée  trop  étroite  qui  est  envi- 
ron de  28  filhets  comme  en  excédant  la  longesse  de  2  lj2 
olnes,  »  n'avait  pas  voulu  payer  l'amende.  Les  wardains 
sont  convaincus  d'avoir  interposé  serre  ou  monopolle,  mais 
Simon  est  condamné  à  payer  l'amende.  (Jug.  et  sent. , 
aux  archives,  n°  14,  p.  59  v°). 

1520  30  déc.  Lamb.  Brockart,  maire  des  wardains,  apporte  au 
Conseil  de  la  cité  une  pièce  de  drap  gris  la  déclarant 
fausse  denrée.  Les  wardains  sont  priés  d'aller  avec  un 
des  4  de  la  cité  muni  de  la  clef  des  maîtres,  un  secré- 
taire et  un  sergent  de  la  justice  ,  chez  celui  qui  l'avait 
vendue  pour  s'assurer  qu'il  n'y  en  avait  plus.  Après 
avoir  constaté  que  non ,  ladite  pièce  a  été  brûlée  au  pé- 
ron.  (Jug.  et  sent.,  aux  archives,  n°  17,  p.  166  v°). 

1523  23  sept.  Col.  Racket,  Fr.  et  Joli,  de  Fléron,  Th.  Brigard 

et  Th.  de  Sart,  tindeurs,  accusent  le  métier  des  drapiers 
de  serre,  ayant  défendu  aux  tisseurs  de  leur  donner  aucun 
drap  à  teindre  et  aux  retondeurs  de  tondre  aucun  drap 
teint  par  eux  ,  ce  qu'ils  déclarent  être  un  vrai  monopole 
provoqué  par  la  décision  qu'ils  avaient  prise  de  «  ramener 
la  monnoie  qui  court  présentement  à  pris  et  valleur 
qu'elle  avait  lors  coursse  lorsqu'ils  avaient  passé  leur 
contrat  ».  Les  drapiers  sont  condamnés.  (Jug.  et  sent., 
aux  archives,  n°  21,  p.  15  v°). 

1524  12  oct.  J.  van  Voxhem,  marchand  d'Anvers,  se  plaint  que 

les  rewards  de  Liège  ont  calenyé  et  saisi  16  draps  de  laine 


—  169  — 

dans  la  maison  de  l'Aigle  en  Kéronstrée«  comme  fausses 
draperieet  de  non  loy  »;  lcséchevinslui  permettent  de  les 
emporter  sans  pouvoir  les  vendre  dans  la  cité.  (Original 
sur  parchemin;  sceaux  enlevés.  — Jug.  et  sent.,  n°  22, 
p.  12  v"). 

1527  1er  févr.  Grande  charte  du  métier  approuvée  par  le  conseil 

de  la  cité  le  20  avril.  Règles  touchant  l'usance  et  la  pra- 
tique. (Imprimé  dans  le  Recueil  des  chartes,  I,  p.  227). 

1528  4  janv.  Cornet  le  Hallier,  fds  de  J.  Cornet,  est  convaincu 

d'avoir  vendu  une  fausse  pièce  de  drap  ruwain  de  6  aunes 
à  G.  le  Soyeur  de  Jemeppe  qui  s'en  est  fait  faire  un 
hocqui'ton.  Il  est  obligé  de  rendre  à  l'acheteur  le  prix, 
de  demander  au  membre  la  permission  d'user  doréna- 
vant du  métier,  et  le  hoqueton  sera  brûlé  au  péron.  (Jug. 
et  sent.,  aux  archives  ,  n°  24,  p.  341). 

1529  28  août.  Les  échevins,  à  la  demande  du  métier,  ordonnent 

à  H.  Mulkeman  de  démolir  un  bâtiment  qu'il  venait 
d'élever  contre  la  halle  des  drapiers  autrement  qu'il 
n'était  avant  la  grande  prise  de  Liège.  (Original  sur  parche- 
min ;  sceaux  enlevés.  — Jug.  et  sent.,  n°  26,  p.  186). 

1531  30déc.  Le  métier  ayant  envoyé  son  valet  sermentéa  Dinant 
pour  vérifier  si  les  draps  qu'y  vendait  H.  Mulkeman, 
liégeois,  étaient  scellés,  celui-ci  déclare  qu'ils  étaient 
dépourvus  du  scel  du  métier.  (Original  sur  parchemin  ; 
sceaux  enlevés). 

1534  13  sept.  Erard  de  la  Marck  accorde  auxVerviétois  un  jour 
de  marché  par  semaine  et  une  foire  par  an.  (Publiée  par 
M.  Henaux,  Histoire  de  Verviers). 

1536  25  nov.  Le  métier  nomme  des  députés  pour  récupérer  les 
biens  lui  provenant  de  W.  Dalhin  «  caucéllés  ou  entre- 
perdus.  »  Ces  députés  auront  le  cinquième  des  deniers 
récupérés.  (Original  sur  parchemin;  sceau  du  métier.) 

1542  18  févr.  Les  olliciers  des  drapiers  ayant  mis  à  l'amende  et 


•  —  170  — 

voulu  priver  du  métier  J.  Collai* ,  vieuwarier  et  drapier, 
pour  avoir  étalé  à  la  foire  de  Liège  du  drap  non  seellé, 
eelui-ci  proteste  en  disant  que  la  lettre  d'Engleberl  de  la 
Marck  du  24  mars  1350  permet  à  un  chacun  de  vendre 
quelle  denrée  il  lui  plait  sous  la  surveillance  de  6  per- 
sonnes instituées  à  cet  effet  lesquelles  désigneront  un 
endroit  spécial  pour  vendre  le  drap  non  scellé;  que  si 
cela  n'avait  pas  été  fait,  il  n'en  devait  compte  qu'aux 
dites  6  personnes  h  l'exclusion  de  tout  autre  juge  , 
d'après  la  même  lettre.  Les  drapiers  répondent  que 
leurs  chartes  défendent  à  qui  que  ce  soit  de  vendre  du 
drap  non  scellé  par  les  rewards  des  villes  où  il  a  été  fait; 
ils  sont  condamnés.  (Jug.  et  sent.,  aux  archives,  nn  33). 
1542  9  déc.  Additions  et  modérations  à  la  grande  charte  de  1527, 
touchant  les  xhafures  elles  sages.  (Imprimé  dans  le  Recueil 
des  chartes,  I.  p.  244). 

1544  22  août.  Le  métier  endetté  par  la  perte  d'un  procès  et  des 

travaux  faits  à  sa  halle  est  obligé  d'emprunter  de  l'argent 
à  Piron  de  Chestea  drapier.  (Original  sur  parchemin  ; 
sceaux  enlevés). 

1545  17  juil.  Le  sous-mayeur  de  Liège  ayant  confisqué  comme 

faux  des  blans  draps  venant  de  la  ville  de  Limbourg  et 
appartenant  à  P.  de  Slins,  hallier,  celui-ci  proteste  en 
disant  que  les  rewards  avaient  refusés  de  les  examiner 
et  qu'il  ne  les  avait  pas  mis  en  vente.  Des  députés  dra- 
piers, tisseurs  et  foulons  les  ayant  rewardé  déclarent 
que  l'une  de  ces  pièces  est  passable  et  peut  être  vendue 
en  étant  la  lisière  là  où  sont  les  fautes,  mais  qu'une  autre 
est  faite  de  lame  desierable.  Le  sous-mayeur  doit  restituer 
les  draps.  (Jug.  et  sent.,  aux  archives,  n°  36,  p.  201). 
1549  15  juil.  Les  rewards  et  foulons  ayant  défendu  aux  drapiers 
et  retondeurs  de  donner  leurs  draps  à  fouler  et  lainer 
hors  de  la  cité ,  franchise  et  banlieue ,  parce  que  les 


—   171  — 

étrangers  lainaienl  avec  les  gardes  de  fer  qui  gâtaient  le 
drap  et  leur  ôtait  leur  l'orée ,  les  autres  protestent  que 
c'est  leur  ruine ,  vu  qu'il  n'y  avait  pas  h  Liège  assez  de 
foulons  pour  faire  leur  ouvrage,  et  qu'ils  se  trouveraient  k 
à  leur  merci.  Les  échevins  décident  que  l'on  pourra  con- 
tinuer à  faire  fouler  les  draps  dehors,  mais  que  tous 
foulons  devront  prêter  serment  de  ne  pas  se  servir  de 
cardes  de  fer.  (Jug.  et  sent.,  aux  archives,  n°44,  p. 203). 
1550  7  janv.  Les  drapiers  <i  retondeurs  nomment  chacun  4 
commis  pour  entretenir  paix  et  bonne  police  chez  eux  ; 
«  celui  qui  aura  fait  mesus  sera  araisné  et  voce  en  cause 
devant  eux,  les  wardens,  gouverneurs,  jurés,  4  délie 
viollette,  et  maîtres  des  membres  ;  si  après  discussion, 
plaidoierie  et  sentence  des  rewards  ,  il  se  sent  opprimé, 
il  peut  recourir  à  qui  mieux  lui  plaira  ».  (Registre  aux 
recès  du  métier,  aux  archives). 

1552  27  juin.   S.   A.   ayant  demandé  pour  la  garde  de  sa  cité 

«  trois  enseignes  de  compagnons  piedtons  de  guerre  » 
les  drapiers  le  supplient  de  vouloir  se  contenter  des 
sujets  de  sa  cité  et  de  la  banlieue,  l'assurant  qu'ils  mour- 
ront jusqu'au  dernier  pour  la  défendre.  (Conseil  privé , 
liasse). 

1553  25  sept.  Le  membre  des  tisseurs  permet  par  charité  à  H. 

Dozin,  de  dresser  dans  sa  maison  unstawpour  tisser  des 
draps  et  fourures;sa  veuve  et  ses  enfants  n'étant  pas  du 
membre  ne  pourront  continuer  après  lui;  il  devra  prendre 
un  serviteur  du  membre  sans  pouvoir  tenir  un  apprenti. 
(Original  sur  parchemin  ;  sceaux  enlevés). 

1553  11  oct.  Règlement  du  métier  pour  combattre  les  poursuites 
des  offices;  assemblées,  apprentis,  acquêtes,  etc.  (Imprimé 
dans  le  Recueil  des  chartes,  l,p.  246). 

1553  30  nov.  Le  métier  paie  sa  dette  de  1544  à  Jean  de  Velroux 
et  Dameide  sa  femme,  veuve  de  Piron  Chestea.  (Original 
sur  parchemin  ;  sceaux  enlevés). 


172 


1555  20  fév.  Les  tisseurs  achètent  à  G.  de  Looz  2  maisons  dans 
la  rue  des  Weynes,  Hors-Château,  pour  6  florins  de  cens. 
(Document  sur  papier  ;  liasse  du  conseil  privé,  aux  ar- 
chives). 

1559  19  sept.  Tarif  pour  le  salaire  des  retondeurs:  36  sous  pour 
l'aune  du  cardinal  ;  30  pour  l'aune  du  drap  à  2  scels  ;  24 
pour  l'aune  du  commun  ;  4  pour  l'aune  des  estroits.  (Re- 
gistre aux  recès  du  métier,  aux  archives  . 

1561  4  juin.  Le  sous-mayeur  confisque  deux  draps  que  J.  Rat- 
mecker,  du  pays  de  Gueldre,  avait  exposé  en  vente  dans 
une  maison  privée  avant  d'avoir  été  visités  par  les 
rewards  du  métier.  (Jug.  et  sent.,  aux  archives  ,  n°  53  , 
p.  181). 

1561  6  juil.  Les  drapiers  ayant  voulu  introduire  de  nouveaux 

usages  relativement  à  la  teinture  des  draps  hors  de  la 
cité,  les  teinturiers  protestent  et  prouvent  que  les  an- 
ciennes chartes  ont  réglé  les  points  en  question.  (Jug.  et 
sent.,  aux  archives,  n°  53,  p    267  v°). 

1562  12  mars.  Stuit  du  grenier  de  la  halle  fait  parles  drapiers 

aux  rhétoriciens  de  Liège  Documents  inédits,  n°  XIII). 

1566  9  avril.  Sieulte  du  métier  réglant  le  prix  des  laines  vendues 

à  la  halle  des  drapiers.  (Registre  aux  recès  du  métier,  aux 
archives). 

1567  15  mai.  Le  conseil  de  la  cité  accorde  aux  drapiers  une 

grande  balance  pour  peser  les  laines  dans  leur  halle. 
(Recès  de  la  ville,  à  l'Université). 

1567  23  juin.  Stuit  de  6  ans  pour  l'usinier  des  wennes.  (Re- 

gistre du  métier,  n°  32,  p.  22,  aux  archives). 

1568  3  août.  Ordonnance  du  métier  touchant  les  nouvelles  rames: 

article  pour  les  offices.  (Documents  inédits,  n°  XIV). 

1569  1er  mai.  Règlement  pour  les  rewards.  (Registre  aux  recès 

du  métier,  aux  archives) . 
1569  23  juin.  Mandement  de  S.  A.  contre  les  recoupeurs  de  laine. 
(Documents  inédits,  n°  XV). 


f3  — 


1570  24  juin.  Règlement  touchant  les  droits  du  scel  dus  aux 
rewards.  (Registre  aux  recès  du  métier,  aux  archives). 

1!)71  5  nov.  Députation  envoyée  par  le  métier  à  Namur  pour 
plaider  contre  la  hanse  decetteville.  (Documents  inédits, 
u"  XVI). 

1572  29  déc.  Colley  de  Fléron,  drapier,  vend  au  membre  des 
tisseurs  une  rente  hypothéquée  sur  une  maison  de  Hors- 
Château  joignant  à  celle  du  Vental  et  à  la  rue  des  Wen- 
nes,  pour  6  ducats  de  Portugal  (à  20  florins  la  pièce),  etc. 
(Original  sur  parchemin  :  sceaux  enlevés). 

1588  1"  mai.  Les  retondeurs  réclament  l'exécution  d'un  contrat 

passé  le  15  juin  1512  entre  eux  et  les  drapiers,  par  lequel 
ils  étaient  convenus  de  nommer  chaque  année  le  1er  mai 
2  rewards  de  chaque  métier  pour  stamper  tous  draps  et 
pessots  tant  de  la  cité  que  du  dehors  portés  aux  tein- 
deurs.  (Registre  aux  recès  du  métier,  aux  archives). 

1589  25  avril.  Règlement  du   métier  touchant   les    nouvelles 

rames,  la  vente  des  draps  et  l'élection  des  rewards  ;  ap- 
prouvé par  E.  de  Bavière  le  16  juil.  1590  ;  mis  en  garde  de 
loi  le  25  sept,  et  confirmé  par  Maxim. -Henri,  le  28  mars 
1671.  (Imprimé  dans  le  Recueil  des  chartes,  I.  pp  251, 
264). 

1589  19  juin.  Modération  du  règlement  du  25  avril  (Imprimé 
dans  le  Recueil  îles  chartes,  I,  p.  254). 

1593  8  mai.  Les  drapiers  de  Liège  défendent  aux  merciers  de 
S'-Trond  de  vendre  des  bayettes,  hersées  et  statuettes  faites 
h  Liège  parce  qu'il  ne  sont  pas  du  métier.  (Registre  aux 
recès  du  métier,  aux  archives). 

1596  15  et  21  juin.  Les  tisseurs  pauvres  s'étant  plaint  du  grand 
nombre  d'ouvriers  et  de  staus  employés  par  les  riches, 
et  de  la  mauvaise  qualité  du  drap  par  la  négligence  des 
rewards,  U'  métier  défend  à  chacun  d'avoir  plus  île  2  staus 
dressés  el  chargés,  un  grand  et  un  petit,  et  de  donner 


—  174   - 

en  ourdissant  plus  de  38  aunes  aux  draps,  plus  de  66 
aunes  aux  baiettes,  fourures,  hersés,  xhafures.  (Docu- 
ment sur  papier;  liasse  du  conseil  privé,  aux  archives). 

4613  3janv.  Le  métier  assemblé  sur  sa  halle,  lieu  accoutumé  , 
décide  que  pour  célébrer  dignement  la  joyeuse  entrée  de 
S.  A.,  il  donne  10  fis.  à  30  hommes  du  métier  pour  se 
trouver  en  armes  au  jour  fixé  ,  20  fis.  aux  officiers,  plus 
10  fis.  aux  gouverneurs  pour  un  chapeau.  Les  30  compa- 
gnons susdits  seront  tenus  de  porter  la  livrée  du  métier, 
savoir  un  chapeau  blanc  gris  avec  le  cordon  rouge  et 
vert.  (Cous,  privé,  liasse). 

1617  26  nov.  Le  métier  élève  les  droits  de  relief  et  d'appren- 
tissage pour  empêcher  la  trop  grande  augmentation  des 
compagnons;  approuvé  par  le  conseil  le  19  mars  1618, 
par  les  échevins  le  29  et  par  le  prince  le  23  juin.  (Im- 
primé dans  le  Recueil  des  chartes,  I,  255.  V.  Polain,  Re- 
cueil des  édit.  et  ordon.) 

1637  1er  mai.  Ordonnance  du  métier  contre  les  ouvriers  pei- 
gneurs  et  les  employés  étrangers  ;  approuvée  par  le 
conseil  le  30  mai  1637  et  par  les  échevins  le  21  oct.  1642 
(Imprimé  dans  le  Recueil  des  chartes,  I,  p.  257). 

1637  14  août.  Touchant  la  visite  des  marchandises  par  les  re- 
wards  (Registre  aux  recès  du  métier,  aux  archives). 

1637  24  août.  Règlement  du  métier  touchant  l'ourdissage  (Docu- 
ments inédits,  n°  XVII). 

1639  11  juil.  Ordonnance  du  métier  contre  ceux  qui  possèdent 
plus  de  4  staus  ;  approuvée  par  le  conseil  le  19,  puis  par 
les  échevins,  confirmée  ensuite  par  le  métier  le  20  juil. 
1639  (Imprimé  dans  le  Recueil  des  chartes,  I,  p.  259,261). 

1644  8  juin.  Sentence  perdue  mentionnée  dans  le  Recueil  des 
chartes,  p.  262. 

1650  17  jariv.  Mandement  qui  défend  aux  gouverneurs  du  métier 
et  au  fermier  de  la  halle  de  vendre  autre  chose  que  de 
la  laine  à  la  halle  des  drapiers.  (Louvrex,  III,  p.  79). 


—  178  — 

1652  10  avr.  Ordonnance  touchant  Tannage.  (Registre  K.  331 
du  conseil  privé  aux  archives.  V.  Polain.  Recueil  des  édits 
et  ordon.) 

1659  1er  sepl  Modération  à  la  sentence  du  8  juin  1644.  Règles 
touchant  les  métiers,  les  fils  du  draps;  confirmé  par 
S  A.  le  lendemain.  (Imprimé  dans  le  Recueil  des  chartes, 
I,  p.  262  el  dans  Louvrex,  III,  p.  358). 

1662  1:2  jnil.  Pour  remédier  aux  difficultés  qui  surgissent  sou- 
venl  dans  le  métier  au  sujet  de  Tannage  des  étoffes,  les 
compagnons  instituent  3  auneurs  dans  leur  halle  à  l'ex- 
clusion de  tout  autre;  ils  prêteront  serment  et  auront  1 
patar  par  pièce  mesurée.  (Document  sur  papier;  liasse 
du  conseil  privé,  aux  archives  . 

1671  28  mars.  Mandement  qui  confirme  certaines  ordonnances 
de  15P0.  (Imprimé  dans  le  Recueil  des  chartes.  I,  p.  264.  V. 
Polain,  Recueil  des  édits  et  ordon.) 

1671  9  mai.  Edit  du  prince  touchant  les  draps  étrangers,  le  sa- 
laire des  rewards  et  Tacquête.  (Imprimé  dans  le  Recueil 
des  chartes,  1,  p.  265,  et  dans  Louvrex,  III,  p.  360). 

Il  78  26  jnil.  Le  prince  renouvelle  l'édit  du  1er  sept.  1659  contre 
les  drapiers  qui  possédaient  jusqu'à  20  staus  battants  chez 
eux  ou  ailleurs.  (Imprimé  dans  le  Recueil  des  chartes,  I, 
p.  266). 

1678  21  oct.  Recès  du  métier  permettant  d'employer  un  6e  stau 
hors  de  chez  soi.  (Recueil  des  chartes,  I,  p.  266). 

1699  13  août.  Ordonnance  du  prince  touchant  la  longueur  et  la 

largeur  des  différentes  étoffes.  (Louvrex  III,  p.  356.  V. 
Recueil  des  édits  et  ordonn.) 

1700  24 avr.  Règlement  général  modifiant  celui  du  13  août  1699. 

i  Recueil  des  chartes,  I,  267.  V.  Recueil  des  édits  et  ordonn.) 

1703  11  juin.  Le  conseil  impérial  abolit  l'impôt  d'un  liard  qui 

se  paie  dans  la  cité  de  Liège  sur  chaque  pitre  d'étoffe 

travaillée  par  les  drapiers  et  supprime  la  visite  des  re- 


—  176  — 

wards.  (Conseil  privé;  protocole  K.  139.  V.  Recueildes 
édits  et  ordonn.) 

-1721  6  févr.  Ordonnance  de  Joseph  Clément  contre  ceux  de  ses 
sujets  qui  établissent  des  manufactures  de  laine  hors 
du  pays  de  Liège  malgré  les  défenses  faites  par  les  man- 
dements du  17  août  1699  et  du  11  mai  1700.  (Polain, 
Recueil  des  édits  et  ordonn.  de  la  principauté  de  Liège). 

1724  16  févr.  Supplique  du  membre  des  drapiers  au  chapitre  de 
Sl-Lambert  pour  empêcher  la  chambre  dont  elle  fait  partie 
de  conférer  à  des  étrangers  ou  à  d'autres  Facquête  du 
membre.  (Document  sur  papier;  liasse  du  conseil  privé, 
aux  archives,  1724,  4  mai). 

1724  5  août,  18  et  23  sept.  Mandements  pour  le  tonlieu  des 
laines  {Recueil  des  édits  et  ordonnances). 

1726  24  mai.  Les  composants  de  la  chambre  S'-Jean-Baptiste 
remontrent  au  prince  qu'ils  ont  3  greffiers  :  un  du  drapier, 
un  du  membre  des  drapiers  et  un  des  retondeurs  ;  ils  de- 
mandent que  les  deux  premiers  soient  réunis,  ce  qui  fut 
approuvé  le  27.  (Document  sur  papier;  liasse  du  conseil 
privé,  aux  archives). 

1734  11  sept.  Edit  du  prince  enjoignant  d'observer  le  règlement 

du  13  août  1699  et  notamment  l'art.  4  qui  défend  aux  dra- 
piers de  la  cité  de  donner  des  pièces  à  travailler  hors  de 
la  ville,  parce  que,  par  cette  manœuvre  illicite,  les  drapiers 
ménagers  sont  sans  ouvrage.  (Conseil  privé  :  protocole  K. 
157.  V.  Recueil  des  édits  et  ordonnances). 

1735  16  juin.  Ordonnance  de  George  Louis  touchant  la  qualité 

des  laines  mises  en  vente.  Renouvelée  le  18  mai  1761. 
(Louvrex,  III,  p.  361). 
1741  3  août.  Ordonnance  qui  défend  aux  ouvriers,  marchands 
et  manufacturiers  de  Verviers  de  faire  sortir  de  cette  ville 
des  laines  teintes  «  pour  être  façonnées  en  draps  crus  ou 
brntsni  aucunfolets  enchaine  pourêtre  tissus.»  (Louvrex, 
III,  p.  408). 


—   177    - 

1746  10  mai.  Mandement  contre  la  fabrication  des  bouts  et  des 
pennes  dans  la  ville  de  Verviers.  (Nautet,  Notices  histo- 
riques, etc.  t.  III,  92). 

17  if»  12  sept  Le  gouverneur  du  métier  supplie  le  prince  démettre 
un  terme  aux  fraudes  d'un  nommé  P. Massart.  (Document 
sur  papier;  liasse  du  conseil  privé,  aux  archives). 

1755  24  août.  .Mandement  itératif  de  celui  de  1746  augmentant 
les  peines  des  contrevenants.  (Nautet,  ibid.,  p.  9o.) 

1772  déc.  S.  A.  fait  demander  à  la  chambre  S'-Jean  Baptiste  à 
quelles  conditions 'celle-ci  voudrai!  céder  la  halle  des 
drapiers,  eu  lui  faisant  observer  que  le  terrain  ne  peut 
convenir  à  un  particulier  à  cause  de  la  servitude  ou 
passage  qui  relie  les  deux  rues  et  ne  permet  pas  d'habiter 
le  rez-de-chaussée,  que  la  vétusté  du  bâtiment  exigera 
bientôt  des  frais,  et  qu'enfin  plusieurs  sociétaires  du 
grand  concert  des  amateurs,  voulant  se  procurer  un  local 
fixe  ,  lui  offrent  l'occasion  de  s'en  débarrasser.  (Cous, 
privé,  liasse). 


Il' 


DOCUMENTS    INEDITS. 


Reconnaissance  d'un  prêt  fait  par  plusieurs  bourgeois  de 
la  cité  au  clergé  et  à  la  ville  de  Liège,  pour  le  rachat  de 
l'impôt    de   la    Fermeté-    1249,   2    août. 


A  tousceulx  qui  ces  lettres  verront,  nous  Jean  par  la  grâce 
de  Dieu  prevos,  nous  Jehan  doyen,  les  archidiacres  et  tout 
le  chapitre  de  la  haulte  églize  et  les  doyens  et  tous  les  chapitres 
des  autres  églises  conventualz  et  nous  tous  les  bourgeois, et  les 
communs  de  la  citet  de  Liège,  salut  en  notre  seigneur  Jhesu 
Christ.  Sachent  tous  ceulx  qui  ces  verront,  que  nous  dehvons  à 
Gérard  des  Changes,  Radulf  le  fil  Radou, Mathieu  le  fille  Prono, 
Lambert  Quaremme,  Alexandre  de  la  Ruelle,  Antoine  de 
Neuvis  et  Golar  de  Grauz,  bourgeois  de  Liège,  vu  et  cens  mars 
<!r  lyois  (')  sur  l'aventure  de  la  marchandise  que  Giles  del 
Fur  maiiie  et  rameine  d'Engleterre;  ne  plus  de  gaigne  ne  de 
perde  ne  poront  ils  demander  et  si  eu  doibt  on  croire  celui 
Gilon  sur  son  seriment;  après  nous  debvons  à  Conral  de  Viseit 
deux  cens  mais  de;  lyois  a  rendre  a  luy  avec  les  costcnges 
a  dict  sieur  Radu  d'Ile,  Alexandre  de  la  Ruelle,  Henri  et 
Johans  de  Nuvis;  après  nous  dehvons  a  Jehan  Becheron  siex 
vingl  mars;   ;'i  Piron   Boveal  quatre  vingts  mars  de  lyois  sur 

(  I  j  Liégeois,  '!'■  Liogc. 


—  180  — 

l'aventure  Gilon  del  Fur  devant  dit  ;  en  surtout  nous  debvons  à 
Gérard  des  Changes  trois  cent  mars  de  lyois  a  payer  au  Noël 
qui  vient.  Lesquels  deniers  devant  dis  ils  nous  ont  presteis  et 
nous  les  avons  paie  a  notre  sieur  Henri  par  la  grâce  de  Dieu  esleu 
de  Liège  pour  le  rachapt  et  la  qu-ictance  de  la  fermeteit  de  la 
citeit  de  Liège  ;  et  pour  ces  deniers  devant  dis  sans  dilaie 
avoir  et  pour  les  coustenges  et  pour  les  despens  corn  on  fera, 
prenderons  nous,  par  l'assen  mon  sieur  Henri  l'esleu  de  Liège, 
la  fermeteit  de  Liège  en  touttes  choeses, ainsi  que  l'on  les  soloit 
prendre,  de  la  feste  Sainct  Remy  qui  vient  jusques  au  prochain 
Noël  après,  de  celluy  Noël  par  deux  ans  après  ;  et  s'il  advenoit 
que  dedans  cellui  terme  qu'est  nommeit  de  Noël  en  deux  ans, 
que  les  deniers  qui  desseur  sont  nommeis  et  les  costenges  et 
les  despens  que  faicts  en  seront  fussent  receus  et  payés  de  la 
fermeteit  devant  dite, nous  ni  autres  ne  pourons  ne  nedebverons 
de  dont  en  avant  prendre  point  de  la  fermeté,  ne  souffrirons  a 
noz  pouvoirs  en  bonne  foid  que  nul  le  prinssent  ;  et  s'il  advenoit 
par  adventure  que  la  fermeteit  devant  dite  ne  fust  tant  pris  de- 
dans cellui  terme  comme  les  deniers  devant  dits  et  les  costenges 
et  les  despens  ne  povist  on  payer,  nous  les  églises  d'une  parte 
nous  obligeons  par  ces  lettres  à  paier  la  moitié  délie  reman- 
nant  de  la  dette  et  la  moitié  des  costenges  et  des  despens,  et 
nous  les  bourgeois  et  les  communes  de  la  cité  de  Liège  d'autre 
parte  nous  obligeons  à  payer  l'autre  moitié  de  la  debte  et  de 
costenges  et  des  despens.  Et  pour  ce  que  ce  soit  ferme  choese 
et  estauble,  nous  les  églises  devant  dites  et  nous  les  bourgeois 
et  les  communes  de  la  cité  de  Liège  avons  scellé  ces  lettres  de 
noz  seaulx.  Ce  fut  fait  l'an  de  l'incarnation  notre  seigneur 
MCCXLIX  le  lundi  après  la  feste  Sainct  Pierre. 

(Cartulaire  de  St-Pierre.  Copie  dans  Lefort,  IIe  série ,  vol.  XVIII,  p.  4S). 


1X1  — 


II 


Lettre    des    halles  ;  règles    à    observer    pour     la  vente   du 
drap.  1323,    1er    février. 


Adulpli,  par  la  grâce  de  Dieu  evesque  de  Liège,  a  tous  ceux 
qui  ces  présentes  lettrez  veronl  el  oront,  salut  eu  Dieu  perma- 
nable  el  cognissance  de  veriteit.  Sachent  tous  que,  considéré  le 
proffit  et  l'utiliteil  de  nostre  diète  cité  de  Liège  et  de  tous  habi- 
tansen  nostre  dicte  cité,eul  sur  ee  solempneil  conseil  et  diligent 
traitié,  nous,  par  délibération  meure  et  conseil  et  ottroy  exprès 
de  noz  ameiz  feaulx  les  maistres,  le  conseil,  jureit,  les  gover- 
neurs  des  mestiers  el  de  toute  le  communalteit  de  nostre  dicte 
cité  de  Liège,  avons  ordonné  et  estaubly,  ordonnons  et  estau- 
blissons,  que  dorsenavant  ne  soit  nulx  que  en  nostre  dicte  cité 
de  Liège,  en  nostre  justice  d'Averoit  ne  en  nostre  justice  du  pont 
Amycourt,  vendre  drap  a  taille  (')  l'ours  des  deux  halles  de  nos- 
tre dicte  cité,  assavoir  est,  le  halle  qui  siet  deleiz  li  marchiet  de 
Liège  et  lautre  halle  qui  siet  en  saint  Johan  Stree  ;  et  quiconquez 
le  feroit,  il  seroit  enchieuz  en  la  paine  dune  viez  gros  turnois 
dargent,  de  chacune  oilne  de  drap  quil  venderat.  Apres,  nuls 
drappiers  de  Liège  ne  puet  ne  doit  vendre  drap  a  taille,  qui  soit 
drappiers  à  Liège  (*),  fours  que  en  ladicte  halle  en  saint 
Jehan  Stree  ;  niais  draps  enthiers  de  moison  (*)  ,  assavoir 
de  trengte  owyl  et  de  trengte  deux  olnez  de  plain  drap  , 
(4)  et  de  quarante  olnez  les  royes  (s),  et  de  trengte  owyt  olnez 


'     Au  détail. 

-  s  Fait,  manufacturé  à  Liège  ? 
(0)  Mesure. 

(  i)  Drap  uni. 
('•  )  Drap  rayé, 


—  182  — 

les  dighedunes  ('),  puelent  les  dis  drappiers  vendre  enthiers  en 
leur  maisons  ;  et  tout  en  tele  manière  y  puelent  ils  vendre  les 
demy  draps  de  muysons  deseur  dits ,  et  nyent  dautrez  muysons; 
et  se  nulz  draps  est  copeis  es  wendes  et  delîenduspar  les  war- 
dains  délie  drapperie  de  Liège  a  vendre  sur  ladiete  halle  de 
saint  Jehan  Stree  en  lieu  ou  on  vent  les  autrez  bons  draps  de 
Liège,  nulz  ne  les  doit  porteir  ne  vendre,  par  luy  ne  par  autruy, 
sur  la  paine  de  drap  perdut;  mais  les  puet  bien  vendre  en  la 
diète  halle  desoubz  par  terre,  en  lieu  ou  ly  pois  de  ladiete  halle 
stat  et  ou  on  vent  la  laynne.  Après,  toutes  manières  de  borniez 
gens  manans  a  Liège,  puelent  vendre  touttes  manierez  de  bons 
draps  en  ladiete  halle  deleiz  le  marchiet,  enthiers  et  a  taille  ; 
mais  que  les  diets  draps  soyent  bon  et  loyalz  et  soient  en  tel 
ploit  ("- 1  comme  dcl  lieu  ou  ils  aront  esté  faiz  ;  et  qui  en  aultre 
ploitle  metteroit,  vint  soulz  depetis  tournoispayeroitde  chacune 
pieche;  et  se  nulz  achateurs  de  cesdicts  draps  demande  al  ven- 
deur de  quelle  lieu  cil  drap  estoit  venut  et  fait,  il  le  doit  dire 
véritablement,  et  sil  ne  le  faisoit,  il  payeroit  x  soulz  de  petis 
tournois  d'amende, toutes  ctquantes  foixil  le  ferait.  Apres, se  qui- 
conequez  vende  drap  a  Liège  con  dist  drap  de  pennes,  il  le  doit 
dire  a  celluy  qui  le  voura  achateir  sens  demandeir;  et  sil  ne  le 
disoit,  x  soulz  payerat  de  touttes  pieches  quil  en  venderat  et 
auvec  ce  quil  deverat  reprendre  le  drap  quil  aura  ainsy  vendut 
et  rendre  a  lachateur  ses  deniers  quil  averoit  payet  desdicts 
draps.  Après,  sil  est  nulz  qui  vende  drap  en  ladiete  halle  deleiz 
le  marchiet  qui  soient  desraisonnables,  chilz  le  doit  amendeir 
a  lachateur  par  le  dicl  des  wardaius  qui  de  ce  porteront  lolïïce 
pourletemps.  Apres,  quiconeques  afforans  voura  vendre  à  Liège 
drap  dépêchons  a  taille,  vendre  les  puet  sur  ladiete  halle  deleiz 
le  marchiet  et  nyent  autrepart,  c'est  assavoir  en  planchier  ("') 


(')  Drap  à  carreaux' 

(J)  Pli- 

(•)  Chambre  haute. 


—  183  — 

desour  les  huges  (')  des  schohiers  ('),  chacun  jour  et  touttes 
heures;  mais  que  lesdicts  draps  soient  bons  et  loyaulx  ;  et  ainsy 
les  doyent  dire  le  citain  de  Liège  qui  les  gens  afforains  herbi- 
geront  qui  les  tachent  ainsy  ;  et  silx  ne  le  disoient  et  cculx  qui  en 
leur  hosteit  seroient  herbigiet  vendoient  drap  en  aultre  lieu  que 
dit  est,  li  hostez  de  cellui  payeroit  l'amende  qui  y  afferroit,  assa- 
voir pour  chacune  olne  de  drap  ainsy  vendut  ung  viez  gros 
tournoit  dargent.  Apres,  sil  est  tondeures  ou  entailleurs  de  drap 
(3)  qui  rende  draps,  qui  chargiet  li  soit  de  part  halliers  vendeurs 
de  draps,  si  n'est  anchois  fait  asseis  (4)  a  celuy  qui  vendut  larat, 
x  soulz  de  tournoix  payerat  damende  de  chacune  pieche  quil 
renderat,  et  renderat  a  vendeur  dudit  draps  ses  dommages; 
et  ne  doit  nulz  vendre  drap  a  uulluy  la  ou  chilz  tondeurs  ou 
entailleurs  soit  auvec  luy,  si  aura  payé  lamende  et  rendu  au 
vendeur  dudit  drap  ses  dommages  après  ce  que  on  luy  aurat 
deffendut,  sur  paine  de  v  soulz  tournois.  Apres,  sil  est  nulz 
vendeurs  de  drap  qui  donne  nul  lowier  (5)  a  tondeur,  entailleur 
de  draps  ne  a  corretier  (°)  pour  attraire  nul  marchant  a  luy, 
x  soulz  de  tournois  payerat  touttes  fbix  quil  le  feroit  et  de  ce 
puelent  ceulx  qui  de  ce  porteront  loffice  pour  le  temps,  des- 
traindre  C)  par  son  seriment  celluy  qui  cedit  lowier  auroit 
donné  et  celluy  qui  pris  laroit;et  celluy  qui  ledit  seriment  refuse- 
rat  a  faire  sera  encheuz  en  le  paine  de  x  soulz  de  tournois.  Apres, 
quiconequez  sera  encheuz  en  nulle  des  amendes  desseur  dictes, 
les  wardains,  qui  de  ce  porteront  loffice,  luy  poroit  faire  coman- 
deir,par  leur  varlet  jureit,  qu'il  paye  teille  amende  dedens  thiers 
jours  sur  paine  de  v  soulz  de  tournois;  et  sil  ne  le  payoit,  les  dits 


(')  Boutiques. 
(-  )  Marchands  de  cuir, 
f»)  Tailli  ins. 
I*  )  Satisfait  ,  payé. 
s  ]   Incompensé, 
(e)  Corraticr,  courtier  (Duc. 
(  '  )  Contraindre. 


—  184  — 

wardains  le  puclcnt,  tantoest  les  troix  jours  passeis,  panneir  (i) 
et  prendre  wage  (2)  a  luy  suffissant  a  ladictepaine  en  le  manière 
chi  après  escript  :  ces!  assavoir  par  ung  de  noz  menestereis  (5) 
de  Liège  et  ung  des  quattre  varlets  des  maistres  de  nostre  dicte 
cité;  et  se  ceulx  qui  lesdicte,*  paines  averoient  fourfaites  navoit 
tant  de  wages  dont  on  le  powist,  panneir  qui  sufliassent  ans 
dictes  paines,  ou  il  fuist  persoenne  ou  en  tel  lieu  coin  nelle 
powist  panneir  ou  que  ne  wouwist  obéir  az  ordonnances 
desseur  dictez,  lesdits  wardains  doyent  comandeir  ou  faire 
comandeir  a  tous  tondeurs  et  entailleurs  de  draps  quilz  ne 
lâchent  celle  desobeyssance  (  s.)  nul  ovrage,  et  tout  ainsy  doit  on 
comandeir  a  tous  coretiercs  quil  ne  fâchent  nulle  marchandiese 
par  eaulx  ne  por  aultruy  a  nul  desobeyssant,  sur  tele  paine  que 
les  desobeyssans  seroitencheuz,  jusquez  a  tant  quil  auroit  asseiz 
fait  ('')  délie  amende  ou  des  amendes  quil  deveroit.Pourlesquelz 
choescs  et  paines  susdictes  wardeiret  tenir  fermement,  si  que 
dit  est,  on  doit  enlire  chacun  an  al  jour  de  la  daete  de  ses  let- 
trezjvj  hommez,  assavoir  sont  :  deux  entre  les  jureiz  de  conseil 
de  nostre  dicte  cité,  lesquelx  les  maistres  enliront,  et  deux  entre 
les  halliers,  lesquelx  les  halliers  enliront,  et  deux  entre  les 
drappiers  de  Liège,  lesquelx  les  drappiers  eslerout  entre  eulx  ; 
lesquelx  vj  ainsy  esleut  doient  estre  mis  en  fealteit  par  les 
maistrez  et  le  conseil  jureiz  de  nostre  dicte  cité,  et  eulx  mis  en 
feaulteit,  ilz  aront  povoir  de  wardeir  lordinance  desseur  dicte 
et  de  leveir  les  paine  et  amendes  selon  les  condicions  desseur 
deviseez.  Les  queilx  vj  wardains  on  doit  croire  fermement  de 
tout  ce  quilx  importeront  et  vaura  leur  rapports  enthierement 
toutte  leur  aimée;  et  doient  conter  de  ses  dictes  paines  et  amendes 
a  lissue  de  leur  année,  pardevan!  ceulx  qui  a  ce  seront  depu- 
teiz  et  mis  de  part  noz,evesques  devant  dis,  et  de  part  les  tnais- 

(  I     Saisir. 

(2j  Prendre  des  gages,  des  garanties. 
(»)  Officier  de  justice  ou  de  police  (V.  Ducange,  ministeriales) . 
(')  Pour  celli  desobeyssant?  que  l'un  ne  donne  plus  d'ouvrage  a  ee  désobéissant, 
5)  Satisfait. 


—  188  — 

très  et  le  conseil  de  nostre  dicte  cité  de  Liège;  dos  quelz  paines 
ou  amendes  deseur deviseez,  nos,  evesques  devant  dis,  devons 
avoir  le  tirchepart,  nostre  dicte  cité  de  Liège  laetre  tirche- 
part  el  les  dicts  wardains  pour  le  temps  laultre  tirchepart,  des 
quelez  paines  ou  amendes  deseur  dictez  on  ne  pue!  quitteir 
nulle.  El  nous  les  maistrez,  le  conseil  jureiz,  les  governeurs  et 
la  comunalté  délie  dicte  cité  de  Liège,  qui  les  ordonnances 
deseur  dictez,  faites  diligemment  par  nostre  chier  et  amé  sei- 
gneur en  Dieu  levesque  de  Liège  devant  dit,  cognissons  estre 
faites  par  le  comun  proffit  de  la  dicte  citeit  et  de  tous  habi- 
tans  en  ladicte  cité,  y  avons  mis  et  mettons  nostre  assent 
et  nostre  ottroy.  Lesquelez  ordonnances  deseurdictez  nous, 
evesque  devanl  dit,  el  nous  les  maistrez,  les  jureiz,  les  gover- 
neurs et  l;i  comuniialteil  délie  dicte  cité  de  Liège  deseur  dict, 
promettons  wardeir  et  tenir  fermement  jusques  à  nostre  vollenté 
et  tout  ades  (')  por  amendement;  par  teille  condicion  que,  se 
en  cesdictez  ordonnances  avoit  point  de  ôbscurté  ou  clioese 
mal  déclarée  ou  mal  entendue,  ou  sil  advenoit  aucun  cas  des- 
raisonnablez  partenant  a  ces  dictez  ordonnances,  nous  voilons 
qui  soit  declareit  et  déterminé  par  cculx  que  nous,  evesques 
devant  dis,  yourons  de  part  nous  deputeir  et  mettre  auvec  les 
maistres  cl  le  conseil  jureiz  de  nostre  dicte  cité  qui  de  ce  auront 
povoir,  de  declareir  et  de  termineir  a  leur  advis  au  plus  près 
de  droit;  et  vaurat  entièrement  leur  déclaration  sens  venir  de 
rins  encontre.  En  tesmonguage  des  quelez  choeses,  que  elles 
dcmcurrcni  fermes  et  estaublez,  nous,  evesques  devant  dis,  pour 
nous  nostre  grand  seel,  et  nous,  les  maistres  jureiz  governeurs 
ci  la  comunnalteil  de  la  dicte  cité  de  Liège,  pour  nous  le  grant 
seel  de  ladicte  cité  avons  fait  pendre  a  cez  présentez  lellrcz  en 
signe  de  veriteit.  Donné  lan  de  grâce  nostre  singnor  mil  iij"  et 
vingte  troix,  merquedj  le  vigile  delà  purification  nostre;  Dame 
chandelleur. 

(Pawjllarl  C.  p,  260,  aux  archives  de  l'Etat,  a  liège  . 
1    Toujours. 


J86  — 


III 


Sentence  arbitrale  touchant  les  difficultés  survenues  entre  les 
maîtres  et  les  valets  des  foulons  au  sujet  du  salaire  de 
ceux-ci.   1325,  19  juillet. 


A  tous  clieias  ki  ces  présentes  lettres  veront  et  oront,  Johans 
li  Princes  li  folo-ns,  Gilons  dis  de  Comblons  maistre  de  folerie, 
Wileame  dis  Matrulliars  et  Wileame  dis  de  Vemoy,  varies  lias 
rougis (*)asi  de  mestirs  de  folerie,  apasentoirs(')et  acordoir(2) 
pris  et  enlis  par  cornons  acor  et  asens  (3)  de  maistre  de  folerie 
del  citeit  de  Liège  dune  part,  et  les  varies  has  rongies  de  mestirs 
asi  de  folerie  datre  part  ;  daquelle  descoirki  entre  les  dis  maistres 
et  les  varies  astoit  si  ke  daquelles  demandises  et  peticions  ke  li 
varies  lias  rongies  fesoient  a  maistre  si  ke  de  fur  (4)  de  roies  et 
de  dras  (s)  et  de  chu  ki  a  lui*  mestirs  de  folerie  apartenoit; 
les  quelles  en  parties  sobligarent  et  denont  plens  poior  a 
quatres  hommes  desoirdis  dcias  a  acordeir  et  dapasenteir  et 
orent  encovent  bunement  et  loiament  de  tenir,  faire  et  acomplir 
chu  quilh  diroient  ou  prononcheroient  fust  de  droit  a  dire  ou 
damiable  composisions,  et  pardevant  le  maior  et  les  wardans 
del  drapperie  del  citeit  de  Liège  asavoir  :  Johans  Remacle  maior 
par  le  teus,  Benois  lis  Watir  Benoit,  Johans  Aporcheas,  Johans 
de  Vernoy,  Colins  de  Dinant,  maistre  Johans  Demisions  et  Gérai- 
dis  Benois,  wardans  asi  del  diet  drapperie,  par  devant  les  ques 

(*)  Nous  avons  marqué  d'un  astérique  les  mois  ou  membres  de  phrases  que  nous 
ne  comprenons  pas. 
(')  Apaisenteur, arbitre. 
(■-)  Juges,  conciliateurs. 
(r')  Consentement. 
(  "•  )  Fuer,  prix,  valeur. 
(:>  )  Du  drap  rayé  et  uni. 


—  187  — 

les  oivres  et  li  fais  furent acordeitentirmenl  par  totcs  les  parties. 
Sorclm  nos,  li  quatre  desoirdis,  mis  ensemble,  parunne  volouteit 
et  otroie  avons  rewardeit  et  eonsidereit  et  diligement  examineit 
les  fais,  les  oivres,  peticions,  demandises  et  tous  les  descoirs  ki 
entre  les  dis  maistres  et  les  varies  astoient,  por  pais  et  acoir  a 
mettre  et  a  uurir  entreias  ;  et  par  quen  li  une  partie  ne  li  atre  ne 
pust  d'or  en  avant  faire  nulle  noveliteit  par  quen  li  mestir  soit 
encombreis  ue  desturbeis,  avons  par  une  acoir,  volouteit  et 
otroie  de  nos  quatre  entirment,  sans  nulle  débat ,  fait,  acordeit 
et  ordineit,  fesons,  acordons  et  ordinons  : 

Premirment  ke  tous  varies  de  mestir  de  folerie  si  ke  lias  rougis 
aront  et  doient  avoir  de  tous  dras  si  ke  de  dikedunnes  del 
musons  de  quarante  aunes  ('),  por  le  fur  delurquatir  (-),  owit 
sois  de  turnois  communs  paument  ( 3)  del  citeyt  de  Liège  tel  dont 
unns  paurat  pan,  car  et  vins  (!)  communément  dedens  le  citeit 
de  Liège. 

Apreis  ordineit  est  asi  ke  de  tous  dras  roies  del  musons  de 
quarante  aunes  li  varies  doient  avoir  par  lur  quartir  sies  sois  (5), 
dois  denirs  moins  de  turnois  del  monoie  deseurdite. 

Apreis  acordeit  est  kede  tousmeleis  et  de  tous  dras  de  Hoir  (6) 
del  musons  de  quarante  aunes,  li  varies  en  doient  avoir  cinq  sois 
trois  denirs  moins. 

Apreis  ordineit  est  ke  de  tous  drais  meleis  et  atres  de  Hoir 
del  musons  de  trente  dois  aunes,  li  varies  en  doient  avoir 
quatre  sois  et  dois  denirs  de  turnois  del  monoie  desoir  dite. 

Apreis  ordineit  est  ke  dune  drappe  dapreis  mellioir  blowe  (7) 
del  musons  quarante  aunes  ,  li  varies  en  doient  avoir  par  lur 


(  ')  Aunes. 
*)  Travail? 
(  ï  )   Paiement. 

(  •  )  Avec  Lequel  on  paiera  pain,  viande  et  vin. 
(  •'')  Six  sous. 

^  j  Drap  mélangé  de  différentes  couleurs;  drap  a  fleurs', 
(7  )  Le  meilleur  drap  bleu  diapré? 


188 


quartir  quatre  sois  et  set  denirs  de  turnois  del  monoie  deseur 
dite. 

Apreis  acordeit  est  ke  de  tous  dras  gros  del  muson  de  qua- 
rante aunes  si  ke  blans  tondus  (  '  )  et  dras  Mois,  li  varies  en  doient 
avoirs  quatre  sois  de  turnois  del  monoie  desoir  dite. 

Apreis  acordeit  est  ke  de  tous  dras  meleis  del  musons  de  vint 
et  owit  annes,  li  varies  en  doient  avoir  quatre  sois  de  turnois 
del  monoie  desoir  dite. 

Apreis  acordeit  est  ke  de  tous  dras  blawes  del  muson  de  trente 
dois  aunes,  li  varies  en  doient  avoir  par  lur  quartir  trois  sois 
cinq  denirs  de  turnois  del  monoie  desoir  dite. 

Apreis  acordeit  est  ke  de  tous  drais  a  dois  enveirs  (2)a  unne 
corois  (*)li  varies  en  doient  avoirs  del  musons  de  trente  dois 
annes,  trois  sois  etcinq  denirs  de  turnois  del  monoie  desoir  dite, 
et  de  tous  cheias  del  dite  musons  fais  a  dois  courois  li  varies  eu 
doient  avoir  quatre  sois  et  dois  denirs  de  turnois  de  telle  monoie 
com  desoir  est  dite. 

Apreis  ordineit  est  ke  de  tous  dras  blans  tondus  gros  (3)del 
muson  de  trente  dois  annes,  li  varies  en  doient  avoir  trois  sois 
et  v  denirs  de  turnois  del  monoie  desoir  dite. 

Apreis  ordineit  est  que  de  totes  scafares  a  floches  (*)  del  mu- 
sons de  quarante  annes,  li  varies  en  doient  avoir  par  lur  quartir 
quatre  sois  de  turnois  et  vij  denirs  del  monoie  desoir  dite,  et  de 
totes  atres  scafares  a  floche  del  musons  de  trente  dois  annes  ilh 
en  doient  avoir  quatre  sois  de  turnois  del  monoie  desoir  dite. 

Apreis  ordineit  est  ke  de  dois  demeis  dikedunne  li  varies  en 
doient  avoir  par  lur  quartir  owit  sois  et  set  deniers  de  turnois 
del  monoie  di  soir  dite. 

Apreis  ordineit  est  ke  de  tous  atres  dras  de  ques  ilh  seroit 
dois  pèches  ensemble  ki  furont  le  drappe  entir,  li  varies  en 


({)  Drap  blanc  ras  et.  drap  bleu? 

(2)  Drap  à  double  face. 

( :'  )  Drap  blanc  à  longs  poils? 


—  189  — 

doienl  avoir  set  turnois  polis  del  raonoie  desoir  dite  avoikes  le 
principal  fur  ke  li  dis  doit  de  quartir  a  varies. 

Apreis  acordeit  est  ke  de  tous  pèches  si  ke  de  raies,  de  ska- 
faires  a  floches,  dedemeydrappe,  en  aral  (*),  li  varies  en  doient 
avoir  por  lur  quartir  de  chascunne  anuedois  et  malhe  de  turnois 
del  monoie  desoir  dite,  ef  de  tous  atres  pèches  de  dikedunne  de 
demei  drappe  en  arat,  ilh  en  doient  asi  avoir  trais  petis  turnois 
del  monoie  desoir  dite  por  chascunne  aune. 

Apreis  ordineis  est  et  fais  ke  de  dois  scafare  scruwes  (')  ki  li 
varies  de  quartir  laveront  ('),  ilh  en  doienl  avoir  trente  dois  tur- 
nois del  monoie  desoir  dite;  et  silh  avenoitqui  ne  fut  kunne  soile 
scalaire  ensi  laveie  por  les  dis  varies ,  dont  ne  doient  ilh  avoir 
ke  sase  turnois  del  monoie  desoir  dite. 

Apreis  ordineit  est  ke  detousdras  a  remostreir  (*)li  varies  en 
doient  avoirs  et  de  mettre  elle  wende  si  ke  del  musonde  qua- 
rante annes,  owitturnois  del  monoie  desoir  dite,  et  de  tous  cheias 
del  muson  de  trente  dois  annes  ilh  en  doient  avoirs  vij  turnois 
del  monoie  desoir  dite. 

Apreis  ordineit  est  ke  de  totes  dikedunne  a  scureir  (*),  li  varies 
lias  rongies  en  doient  avoir  set  turnois  petis  del  monoie  desoir 
dile,  et  de  tous  atres  dras  en  porsiwant  ilh  en  doient  avoir  asi 
trois  turnois  del  monoie  desoir  dite. 

Apreis  ordineit  est  ke  de  tous  pèches  de  plens  dras  fais  a 
molins  (5)  del  muson  de  vij  annes  de  viij  annes  et  de  chi  ax 
aunes,  li  varies  en  doient  avoir  de  chascune  anne  trois  malhe 
del  monoie  desoir  dites. 

Apreis  ordineit  est  ke  de  tous  dras  ke  li  varies  raparelheront  ( l) 
et  ploieront  del  muson  de  quarante  annes,  ilh  en  doient  avoirs 
owil  turnois  del  monoie  desoir  dite,  et  de  tous  atres  dras  del 


1  )  En  zigzag. 

•'  )  On  peut  lire  aussi  limeront. 

(3)  Foillrs'.' 

1  )  appareiller,  mettre  la  dernière  main? 


-   190  — 

muson  de  trente  dois  amies  ilh  eu  doient  avoir  set  turnois  del 
monoie  desoir  dite. 

Apreis  ordineit  est  asi  ke  de  totes  les  dikedunnes  ki  li  varies 
meteront  elle  wende  illi  en  doient  avoirs  set  turnois  del  monoie 
desoir  dite,  et  de  tous  dras  roiés  asi,  ilh  en  doient  avoir  sies 
turnois  petis  del  monoie  desoir  dite  ;  et  doient  tuit  (')  varies  de 
quartir  ovrer  chascuns  oesteit  del  oivre  a  fur  et  a  montant  de 
lur  quartir  (*). 

Apreis  ordineit  est  ke  de  tous  dras  del  muson  de  vinte  quatre 
aimes  meleis  ou  de  floir  li  varies  en  doient  avoirs por  lur  quartir 
trois  sois  et  demey  de  turnois  del  monoie  desoir  dite. 

Apreis  ordineit  est  ke  de  tous  dras  mabreis  (2)  ki  desrasenales 
seront,  li  varies  de  quartir  aront  poior  de  porteir  devant  les 
wardans,  ki  kionkes  le  seront  par  le  tens,  et  de  mostreir  ;  et  li 
wardans,  le  drappe  veut,  en  doient  dire  solonc  lur  avis  et  chu 
quilh  en  diront  et  importeront  doit  valoir  et  varat  entirment  sens 
contredit  de  personne  nulle. 

Apreis  ordineit  est  ke  de  tous  dras  del  muson  de  quarante 
aimes  a  dois  enveir,li  varies  en  doient  avoir  fais  à  unne  courois  (*) 
quatre  sois  de  turnois  del  monoie  desoir  dite,  et  de  tous  cheias 
fais  a  dois  courois  ilh  en  doient  avoir  quatre  sois  et  noif  denirs 
de  turnois  del  monoie  desoir  dite.  Fur  (3)  de  tos  ches  articles 
sunt  trais  tous  dras  ou  scafares  englois  de  ques  li  maistres  et 
li  varies  se  doient  acordeir  de  teis  dras  ou  scafares  engles  de 
fur  a  plens  preis  (*)  quilh  poront  deas  a  acordeir. 

Apreis  ordineit  est  ke  tous  fis  de  maistre  ki  varies  lias  rongies 
detenront  ilh  doient  a  varies  sies  denirs  et  dois  por  les  ca- 
peras  (*). 

Apreis  ordineit  est  silh  avilit  ke  unns  varies  lias  rongies 
prendre  tant  de  bevrage  ques  ki  soit  et  ilh  le  remette  jus  par 


(  i  )  Tous. 

(2)  Marbré,  <\o  différentes  couleurs? 

{■■)  Hors. 


—  191  — 

yrecongne  (  '  ),  illi  est  encheus  enver  les  varies  lias  rongies  el 
amende  de  xij  denirs  el  j  denirs  ar(*)  amon  (-2);  et  asi  se  nul  var- 
ies lias  rongies  se  moine  si  preis  par  goies  de  deis  por  quen  ilh 
perde  se  braies  (3)  ilh  est  asi  encheus  enver  les  varies  lias 
rongies  elle  amende  dexij  denirs. 

Apreis  ordines  est  et  fais  ke  nus  maistre  de  mestir  de  folerie 
ne  puet  ne  ne  doit  tenir  ne  avoir  ke  uns  varlet  davantage  sor 
poine  de  v  sois  de  turnois  damende,  les  ques  v  sois  damende  li 
wardans  doientleveirel  pulenl  soloncle  furmede  lur  carere  (  *  )  et 
parmi  chu  tous  varies  ovrains  a  lur  quartir  doient  ovreir  avoike 
celi  varie  davantage  par  lur  quartir  solone  le  fur  del  oivre  (*). 

Apreis  ordineit  est  et  fais  silh  avenoit  ki  fust  roulies  cose  ( l) 
ki  apartenist  a  mestir  de  folerie  dont  chis  presens  escris  ne 
l'esist  mention  ne  déclaration  ou  aires  lias  (*)  divers  avenist  endit 
mestirs  de  folerie  par  tenche  (:')  et  descoir  en  fust,  unns  en  doit 
prendre  et  enliré  quatre  personnes  sens  sospecons,  a  savoir:  dois 
maistre  liques  maistres  enliront  et  dois  varies  lias  rongies  le 
ques  varies  numeront;  et  chi  quatre  ensi  enlis  avoikes  les  war- 
dans por  le  tens  doient  traire  ensemble,  et  la  ou  ilh  sacorderont 
ou  liplus  grant  partie  deias  et  ilh  le  importeront,  i  doien  valir  et 
varat  entirment  sens  contredit. 

Et  partant  ke  totes  ches  coses  desoir  dites  demoirent  en  lur 
vertus  et  quelles  soient  fermes  et  enstables  perpetuement  a  tous 
jur,  si  avons  nos,  li  quatre  desoir  dis,  li  maistres  de  folerie  et 
tuit  li  varies, priet  a  hommes  sages  ethonestes  les  wardans  del 
drappe,  quilh  par  nos  woilhent  pendre  a  ches  présentes  lettres 
lur  propre  saial  del  drappeiïe.  Et  nos,  li  wardans  del  drapperie 
desoir  dis,  al  prière  et  al  requeste  de  noschirs  feables  etameis 


1 1  Qui  se  rende  malade  h  force  de  boire. 
r2  !  Au  moins  ? 

■)  Se  laisse  entraîner  si  loin  par  passion  des  dés  qu'il  se  ruine 
(  i  )  Qu'il  survienne  un  cas,  une  chose  ? 
Tence,  tençon,  dispute,  querelle. 


—  192  — 

les  quatre  li  maistre  et  les  varies  de  mestirs  de  folerie,  avons 
pendut  ou  fait  pendre  a  ches  présentes  lettres  le  propre  sael  de 
nostre  draperie  en  temonage  de  veriteit. 

Che  fut  t'ait  et  doneit  lan  del  incarnation  nostre  sangnor  Jhesu 
Crist  mille  trois  cens  et  vinte  cinq,  le  merkedis  après  les  octaves 
de  sacrament  en  mois  de  resalhe  ai  entrey. 

(Original  sur  parchemin  ,  aux  archives;  sceau  enlevé). 


IV 


Le  métier  achète  un  terrain   sur  le  thier  des   Vignes  pour  y 
établir  des  rames  (weines).   1330,  18  février. 


A  tous  ceaus  ki  ces  présentes  lettres  verront  et  oront,  Giles 
disli  aneis  de  Defors  Casteal,citains  de  Liège,  salut  et  connoistre 
veriteit.  Sachent  tuit  ke  pardevant  mi  et  mes  tenans  chi  après 
escris,  vinrent  pcrsonelement  si  corn  pardevant  curt,por  chou  a 
faire  ki  sensit,  grand  planteit  (  '  i  de  hones  gens  de  mestier  dele 
drapperie  de  Liège,  por  eaus  et  por  tout  le  dit  mestier,  et  entre 
les  autres  Goffins  li  Vachos,  drappiers  de  Liège, dune  part,  ki  de 
congier,  comsent,  auctoriteit  et  otroi  de  tout  le  dit  mestier, 
en  nom  et  aoes  (  2)deaus  et  por  eaus,  si  corn  leurs  mamhors  en 
cest  cas,  releva  et  racquist  de  mi  et  de  me  curt,  a  drois  et  a  loi, 
en  lui  et  en  lestant  (*)  de  Benoit  jadis  drappier  de  Liège,  le  moitié 
des  wendes,  des  stoenes  (*),desmanages  et  dele  voie  partenans 
as  dites  wendes  et  toutes  leurs  appendices  et  appartenances 
ki  jadis  furent  damme  Cossemande  et  les  dois  scaches  (*)  ausi 
de  novel   acquest  quil  ont  acquis  a  mi,  por  les  dites  wendes 

(')  Grand  nombre. 
(2)  Au  profil. 


—  193  — 

amendeir,  regrandir  toul  ensi  com  elles  se  portent,  séans 
dedens  les  murs  dele  citeil  de  Liège  es  tiers  des  vingnes;  li 
queis  Benois  a  son  vivanl  astoil  avesti  ci  aheriteil  des  biens 
deseur  dis  aoes  de  dit  mestier,  avoekes  Johan  Alar,  maistre, 
Johan  Demicion  et  Goletea  de  Véleir  drappiers  de  Liège;  cesl 
asavoir  parmi  chinq  mars  cl  noef  sous  de  cens  hiretaule  eha- 
scon  an  por  le  mienne  pari  des  biens  deseur  dis,  de  tele  monoie 
dont  on  paiera  por  le  tens  communément  cens  hiretaule  en  la 
citeit  de  Liège,  a  paier  le  moitié  aie  nativiteit  Saint  Johan 
Baptiste  ci  latre  moitié  a  Nouel,  ci.  a  sept  sous  dele  dite  monoie 
de  relief  ou  requistison  de  hoir  (')  ou  singnour  à  autre.  Kl  est 
asavoir  ko  !i  voie  des  dîtes  wendes  jusques  aie  grande  rue  doil 
estre  ci  remanoir  a  tous  jours  eu  teilestaut  com  elle  esl  a  jour 
de  la  date  de  ces  lettres,  sens  empirier  neamenrir,e1  doil  estre 
commune  entre  nos  Johan  Pikar,  mi  Gilet,  et  tout  le  dit.  mestier 
entièrement,  nous  hoir  et  successeurs  après  nos  por  taire  nos 
ai  semences  totes  1;  s  fois  ke  besoins  en  serra.  Encore  est  asavoir 
kc  li  dis  mestiers  et  leurs  liu  tenons  doient  hiretaulement 
détenir  a  leur  frais  les  paufich  (*)  entur  les  dites  wendes  si  bien 
faitement  ke  je,  mi  hoir  ou  successeur  après  mi,  nen  nions  nul 
damage  a  leur  okison  ;  cl  se  nus  damages  en  avenoit,  ke  ja 
naviengne,  il  seroient  tenut  de  rendre  si  avant  ke  proveit  sentit 
a  veriteit.  El  la  u  !i  dis  Goffins  li  Vachos  releva  de  mi  les  biens 
deseur  dis  en  la  manière  deseure  dite,  furent  présent  Huwe- 
neais  d'Aloir,  Johan  Hanire  de  Mes  li  mangons  et  Gerars  !i 
Grains  li  bolengiers,  mi  tenant  hiretaule,  en  le  warde  des  queis 
jemislescl  leseur  dites  el  bien  en owismes  nos  droitures. 

Et  nos  li  di!  tenant  connissons  les  choses  deseur  dites  estre 
vraies.  En  tesmonnage  des  queles  choses  nous. ,  Giles  li  an- 
ucis  fi    Huweneais   d'Aloir    chasco  ls  por  lui ,  et  je  Johans 


(  '  )  Héritier,  changcmcnl  de  propriétaire 
-     Pieux. 


13 


—  194  — 

Hanire  por  mi  et  por  le  dit  Gerar  le  Grain  a  se  requeste,  nos 
propres  saieais  et  nos,  li  dis  mestiers,  por  nos,  le  propre  saiel 
de  dit  mestier  avons  pendus  ou  fait  appendre  à  ces  lettres 
faites  par  cyrograffe;  de  queil  cyrograffe  je  Giles  li  anneis  ai  une 
partie  et  li  dis  mestiers  latre  par  signe  de  veriteit.  Et  je  Gerars 
li  Grains  use  en  cest  cas  de  saiel  le  dit  Johan  Hanire.  Chou  fut  fait 
lan  de  grâce  mil  trois  et  vinte  noef,  le  dimenge  devant  le  feste 
saint  Piere  Coralle  (')  en  mois  de  février. 

;Orig.  sur  parchemin  ;  sceaux  enlevés  . 

V 


Accord  fait  entre  le  métier  des  drapiers  et  Jehans  Hannozes, 
ardoisier ,  pour  couvrir  la  halle  de  Féronstrée.  1334,  3 
février. 


A.  tous  cheaus  ki  ces  présentes  lettres  veront  et  oront,  Wil- 
heames  Gruodins,  Pirons  Demisions,  Johans  Benois  et  Gilons 
Bizenhaie,  hiretirs,  en  aioeus  (2)  del  mestir  de  drapperie  de  Liège, 
Johans  Hannozes  li  covreires  (3),  Marons  sa  femme  et  Hannes 
lur  lis,  citains  de  Liège,  salut  et  conissanche  de  veriteit.  Sachent 
tuit  ke  nos  li  hiretirs  desourdis  dune  part,  et  li  covroirs  dautre 
part,  avons  entre  nos  faites  teiles  covenanches  et  ordinnauches 
ke  chi  après  sont  escriptes  et  devisées;  promirs  est  asavoir  ke 
nos  Hannozes,  Marons  sa  femme  et  Hannes  lur  fis,  devons  a  nos 
coslenges,  frais  et  despens  covrir  le  toict  délie  halle  desdrappirs 


(  '  )  Nous  ne  connaissons  pas  S1. -Pierre  Coralle  et  nous  serions  obliges  de  choisir 
au  hasard  parmi  les  six  saints  Pierre  qu'indique  de  Wailly,  sans  l'indication  du  mois 
tir  février,  qui  nous  fait  pencher  en  faveur  de  S'. -Pierre  Damien  dont  la  fête  tombe  le 
23  de  ce  mois.  Suivant  le  nouveau  style,  la  date  de  cette  charte  serait  donc  le  18 
février  1330. 

('*'     Au  profit. 

(r>)  Ardoisier. 


-  l<të  — 

de  Liège  et  le  montée (')  délie  ditte  halle  del  eosteit  versDefurs 
Chasteal,  par  si  ke  nos  devons  a  nos  costenges  et despens  livreir 
le  meilheure  verde  skailhe  (*)  et  le  plus  loyaus  ki  isseral  délie 
droite  fosse  de  Fumain;  et  devons  livrer  tous  clauz  ki  al  dit 
ovrage  besengheront  (*),  le  milhir  pezant  quatre  livres  et  sens 
de  ryens  a  defallir;  et  devons  livreir  a  dis  hiretirs  en  warde  on 
milhir  de  clauz  deeheli  pays  por  pezeir  encontre  les  atres  clauz 
ensi  ke  uns  les  metteral  en  oivre;  encores  devons  nos  livreir 
toutes  lattes  ki  y  besengeront  et  hosteir  ehelles  ki  lur  clauz  ne 
poront  porter;  et  devons  asseir  les  chennaz  de  plonc  ensi  quilh 
y  afirt  ;  mains  li  dis  hiretirs  doivent  livreir  chennaz,  croches  et. 
reilhes  teiles  ki  y  besengeront.  Et  nos  li  covroirs  desourdis 
devons  asseir  chescunne  eskalhe  a  dois  clauz  et  doit  li  eskalhe 
prendre  le  quarte  rilee  (*).En  après  totes  les  feneistres  de  defurs 
les  stauz  doient  estre  stoppées  jusques  a  trois  (*), lesquelles  doient 
estre  assizes  en  liw  la  ou  li  dis  hiretirs  les  devizeront  et  puis  les 
devons  eovrir  ensi  corn  lautre  covrelure.  Encores  est  ilh  a  savoir 
ke  nos  devons  comenchir  a  eovrir  al  jur  délie  daute  de  ces  lettres 
et  le  devons  porsire  de  jur  en  jour  bin  et  loiament  senstargir  (') 
et  sens  boisdie  (5),  par  quen  li  moitié  délie  ditte  halle  soit  co- 
verte  dedens  le  jur  délie  trémie  prochainement  venant;  et  après 
le  ditte  treyme  nos  devons  comenchir  a  eovrir  lautre  moitié  délie 
ditte  halle  et  porsire  de  jur  eu  jur  bin  et  loiament  si  ke  elle  suit 
coverte  dedans  lautre  treyme  après  continueement  ensiwant.  Et 
devons  avoir  co verte  le  montée  délie  ditte  halle  de  le  daute  de  ces 
lettres  en  trois  ans  après  ensiwans,  par  teil  ke  nos  devons  avoir 
davantages  totes  le  vies  stoffe  (°).  Et  est  a  savoir  ke  nosdevons 
a  nos  despens détenir  le  dit  toit  el  le  montée  de  restoppeir  et  res- 

[>)  L'escalier? 

(•     Ardoise. 

(5)  Seront  nécessaires  (seront  besoin). 

(*)  Tarder. 

(*)  Tromperie. 

(*■)  Les  vieux  matériaux. 


—  196  — 

tichier  dechi  atant  ke  ilh  seront  coverte  en  le  manire  desourditte. 
Et  se  li  dis  hiretirs  par  le  defaute  de  nos  mettaient  ou  avoient 
coust,  frais  ne  damages  en  queileconques  manire  ke  che  fust, 
nos  ces  cost,  frais  et  damages  promettons  par  nos  fois  pleniées 
a  rendre  et  a  restoureir  az  dis  hiretirs  a  lur  simple  dit  en  bonne 
foid  et  loiament.  Délie  queile  oivre  desourditte  cnsi  faire  et  acom- 
plir  comme  ditte  est  nous,  li  hiretirs  desoire  nommeis,  devons 
pair  (')  et  delivreir  as  dis  covroirs  dois  chens  sissante  et  dyz 
livres  de  turnois  en  boin  comun  paiement  cursauble  délie  cange 
de  Liège,  par  teil  ke  nos  lur  devons  pair  et  delivreir  tôt  mainte- 
nant trentesies  livres  de  turnois  ensi  quilh  amonront  le  skalhc 
en  le  ditte  halle,  voir  quilh  en  y  doient  mettre  tôt  maintenant  dyz 
milhirs  ou  douze  ;  et  tôt  le  sorplus  des  donirs  desourdis  promet- 
tons nos  par  nos  fois  pleniées  a  pair  a  dis  covroirs  ou  a  lur 
certain  message  portoir  de  ces  lettres  aie  cange  a  Liège  soultc- 
ment  (*)  a  teis  terminnes  c'est  asavoir  :  trentesies  livres  de  tur- 
nois dele  ditte  monoe  del  jur  dele  date  de  ces  lettres  en  dois  ans 
après  ensiwans;  item  vinte  sept  livres  de  turnois  dedens  lautre 
année  après  ensiwant,  moitié  a  ie  feste  Saint  Johan  Baptiste  et 
lautre  moitié  a  Noël;  et  tout  ensi  le  moitié  de  vinte  sept  livres  a 
le  feste  Saint  Johan  Baptiste  et  latre  moitié  a  Noiel  dechi,  a  le 
plaine  satilaction  des  dois  cens  sissante  et  dyz  livres  de  turnois 
desourdittes  entirement,  totes  maies  occoisons  et  escuzations 
furs  mises  de  werre,  darrest  ne  datre  coust  el  pays.  Et  por  faire 
les  covroirs  desourdis  de  tos  ces  covens  chi  ens  escris  plus  cer- 
tain etsegur,  nous,  li  hiretirs  sovent  dis,  lur  avons  donneit  a  det- 
teurs  et  a  rencleurs  (*)  por  nos,  et  chescuns  por  le  tôt,  a  savoir  est  : 
Colay  de  Sanson,  Johan  Bemacle,  Goiïin  li  Vachos  et  Rennechon 
Drenkebire  citains  de  Liège,  par  teil  ke  ilh  et  chescuns  por  le 
tôt  paieront  et  delivront  tantost  a  dit  Hannozei,  a  sa  femme  et 
a  lur  lil  les  donirs  desourdis  a  teis  terminnes  ke  nommeis  sont 

(')  Payer. 


—  197    - 

par  desoire  et  les  desdamageront  se  illi  emprontoienl  les  donirs 
a  usures  et  acquiteroient  de  tous  atres  damages  ke  li  dis  covroirs 
poroient  avoir;  et  acompliroient  tos  les  covens  desoirdis  entire- 
inent  si  eom  detteurs  principas  se  nos  eslins  troveis  eu  defaute 
de  paiement  ou  des  coveus  desoir  dis,  fust  en  tôt  ou  empartie,  ke 
ja  navenge,les  queis  rondeurs  nos,  li  hiretirs  de drapperie, avons 
encovens  par  nos  fois  pleniées  agetteir  0  de  tos  cost,  frasl  el  da- 
mages a  lur  plaiu  dit, sens  loy,  sens  serhnent  a  faire  et  sens  pro- 
venchenulle  a  mestre.  Et  nos,lirendoirs desoirdis,  conissons  les 
covens  chi  eus  escris  et  les  promettons  par  nos  lois  pleniées  a 
tenira  wardeir  et  (\c>  donirs  a  pair  ci  lus  les  covens  aacomplir 
ensi  ke  deviseit  est  par  desoire,  sains  dire  ne  mettre  avant  ke  li 
detteurs  principas  soient  a  conviencre  (*).  Et  por  tant  ke  ce  soit 
ferme  cose  et  estable,  si  avons  nos,  Wilheames  Gruodins,  Pirons 
Demisions,  Johans  Beuois,  Gilons  Bizenhaie,  hiretirs,  aoes  de! 
mestir  des  drappirs  de  Liège  et  tuit  li  reudoirs  desoire  nommeis 
por  nos,pendut  u  l'ait  pendre  a  ces  lettres  laites  par  chirograplie 
le  seal  del  mestir  des  drappirs  de  Liège,  dont  nos  usons  en  cest 
cas  en  tesmongnage  de  veriteit;  et  ju,Hannozes  li  covreres,  ki 
ces  couses  chi  eus  escrites  connois  estre  bonnes  et  vraies  por 
mi,  por  ma  dittel'emmeet  por  notre  dit  fil, a  lur  priire  elrequeste, 
ai  pendut  u  lait  pendre  a  ces  lettres  mon  propre  seal  dequel  seal 
nos,  Marons  sa  femme  et  Hannes  lur  lis,  ki  ces  coses  gréons  et 
aliénions  avoec  ly,  usons  a  cesle  fois  en  signe  de  veriteit.  Ce  lut 
l'ait  lan  délie  nativiteit  nostre  saingnur  Jesu  Christ  MCCC  et 
trente  quatre,,  lendemain  dele  purification  Notre-Dame  quon 
dist  chandeloire. 

(Original  sur  parchemin;  sceaux  enlevés  . 


—  108  - 


VI 


Accord  fait  entre  les  maîtres   foulons  et  leurs    ouvriers  tou- 
chant le  salaire  de  ceux-ci.  1352,  19  septembre. 


A  tous  cheaus  qui  ces  présentes  lettres  vieront  et  oront,  nous 
ly  maistre  de  toilerie  de  mestir  des  drappirs  délie  cyteit  de  Lyege 
dune  part,  et  li  varies  del  dicte  mestir  de  toilerie  de  Lyege  dautre 
part:  Pour  esciweir  (')  tous  les  debaus  ki  avenir  pulent  entre  les 
maistre  de  toilerie  et  les  dis  varies  desoirdis,  nos,  li  maistres  et 
varies,  sûmes  accordeit  et  accordons  tuit  ensemble  de  comun 
accort  as  poins  ke  chi  après  sensiwent,  a  savoir  est  promirs: 
que  tuit  varies  de  toilerie  ovrans  a  lours  quartirs  doient  faire 
totes  dighedonnes  tiente  en  greu  de  laine  maiesté  por  quatoize 
sous  et  sics  denirs  de  turnois  contant  de  common  paiement 
dont  ons  paierat  a  pain,  a  char  et  a  vin  dedens  le  cyteit  de 
Lyege;  délie  embroyr  sauze  denirs;  de  mectre  eus  wendes 
douze  denirs  et  de  raparelhirs  douze  denirs.  Item  après  ordineit 
est  ke  toutes  dighedonnes  niellés  aile  verge  (*)  de  laine  maiesté, 
doient  avoir  douze  sous  de  turnois  et  vi  denirs  del  dicte  monoie; 
délie  embroyer  douze  denirs;  de  mectre  en  wendes  onze  denirs 
et  de  raparelhir  onze  denirs.  Item  accordeit  est  de  toutes  dighe- 
donnes blawes  et  blanches  de  laine  maiesté,  doient  avoir  onze 
sous  vi  denirs  délie  dicte  monoie;  délie  embroyr  douze  denirs  ; 
de  mectre  en  wendes  onze  denirs  ;  de  raparelhir  onze  denirs 
délie  dicte  monoie.  Item  ordinet  est  de  tous  plains  dras  blawes 
et  melleies  de  laine  maiesté  délie  muhon  de  quarante  aunes, 
doient  avoir  sies  sous; délie  embroyr  owit  denirs;  del  remos- 
treir  douze  denirs  ;  de  mectre  en  wendes  douze  denirs  et  de 
raparelhire  dyes  denirs  délie  dicte  monoie.  Item  accordejt  est 

(')  Esquiver,  éviter. 


—  199  — 

de  (luis  mellées  demées  dighedonnes  de  laine  maiesté,  doient 
avoir  traze  sous  et  vi  denirs  de  turnois  délie  dicte  monoie.  Item 
ordineit  est  de  tous  royés  de  laine  maiesté,  doient  avoir  t\y> 
sous  ;  délie  embroyer  dyes  denirs  et  de  mettre  en  wendes  dyes 

denirs  délie  dicte  monoie.  Item  ordineit  est  de  toutes  scaffars  a 
tloches,  doient  avoir  noef  sons;  de!  embroyr  sept  denirs;  de 
mectre  en  wendes  owit  denirs  et  de  raparelhir  owit  denirs  de! 
dicte  monoie.  Item  accordeit  est  de  dois  demeies  blawes  et 
Manches  dighedonnes,  doient  avoir  douze  sous  sies  denirs  délie 
dicte  monoie. Item  ordineit  est  de  toutes  scaffars  scrowés,  doient 
avoir  de  laveir  dois  sous  vi  denirs;  délie  embroyer  quatre 
denirs;  de  mectre  en  wendes  owil  denirs  délie  dicte  monoie. 
Iinn  ordineit  est  de  chascon  pieche  de  dighedonne  de  laine 
maiesté,  de  chascon  aune  clinique  denirs  délie  dicte  monoie. 
Item  accordeit  est  de  tous  plains  dras,  délie  aune  quatre  denirs 
del  dicte  monoie.  Item  de  tous  dras  royés,  délie  aune  iiij  denirs 
del  dicte  monoie. Item  ordineit  est  de  toutes  scaffars  a  Hoches, 
délie  aune  quatre  denirs  délie  dicte  monoie.  Item  ordineit  est  de 
tous  dras  a  dois  enviers  et  a  j  courois,  doient  avoir  quatre  sous 
del  dicte  monoie.  Item  accordeit  est  ki  ne  soit  maistre  del  dicte 
toilerie  ne  varies  nulle,  ki  fâche  ke  trois  lawoires  le  samaine  ;  et 
chis  ki  plus  en  ferai  et  proveit  soit,  ilh  sieroit  encens  elle  peine 
de  cent  sous  de  turnois  del  dicte  monoie  tante  fois  ke  ilh  le 
feroit.  Item  accordeit  est  se  ilh  asloit  nus  maistre  ki  mains 
vasist  donneir  az  varies  (')  de  fours  (2)  clh  desoir  escriptes, 
chis  ke  chu  feroit  ilh  sieroit  ceus  (3)  elle  poine  de  quarante 
sous  de  turnois.  Item  se  illi  astoit,  nus  varies  ki  pins  en 
demandast  del  four  desoir  dicte  cis  varies  sieroit  cens  elle 
poine  de  quarante  sous  de  turnois  tante  fois  ke  ilh  le  feroit. 
Item    accordeit    est    ke    ki   onques    soit  maistre    de    toilerie, 


i  '■     Qui  voudrait  donner  moins  aux  ouvriers. 
|  -  )  Du  prix. 
3    11  choirait. 


—  200  — 

qui  lairat  le  four  desoir  dicte  kc  illi  doient  avoir  az  drappirs,  li 
maistre  ke  chu  ferat  ilh  sierat  cens  cl  poiiie  de  quarante  sous 
de  turnois  délie  dicte  monoie;  et  se  ilii  astoit  ensi  ke  li  dis 
maistre  creist  al  drappirs  largent  de  son  drappe  ke  illi  aroit 
fait,  li  dis  maistre  sieroit  encors  cous  el  poine  de  quarante  sous 
de  turnois.  Et  toutes  ces  amendes  sieroient  départies  entre 
les  dois  parties  cest  a  savoir  :  le  moitié  al  maistre  de  toilerie  et 
lautre  moitié  az  varies  del  dicte  toilerie.  Item  ordineit  est  se 
ilh  astoit  nus  varies  ki  vosist  enpronteir  a  nul  maistre  desoir 
dicte  argent  por  overaige  ki  soit,  li  varlet  ke  clin  feroit  sieroit 
ceus  elle  poine  de  chinque  sous  de  turnois  tante  fois  ke  ilh  le 
feroit.  Item  toute  en  teil  nianire  yesi  (*)li  maistre  ki  lipresteroit 
argent  al  dit  varlet,  li  maistre  ke  chu  feroit  sieroit  ceus  elle 
poine  de  chinque  sous  de  turnois  tante  ibis  ke  ilh  li  feroit.  Item 
ordineit  est  ke  se  nul  varlet  owist  necessiteit  dempronteir  al 
dicte  maistre  argent  soloncle  necessiteit  de  maladie,  de  justiche 
ou  dautre  choize  ke  besoins  li  fuist,  et  li  maistre  tesnionguaste 
ke  besoins  li  soit,  lidis  maistre  le  puet  prester  largent  sens 
meffaire  ne  luy  okineir  (*).  Item  accordeit  est  se  ilii  astoit  nul 
varlet  ki  amestiste  (')  nus  maistre  de  toilerie,  ques  maistre  que 
che  soit,  de  nul  cauze  ke  che  fuist,  et  proveir  nel  powist,  chis 
varlet  ke  chu  feroit  ceus  sieroit  cl  poine  de  quarante  sons  de 
turnois.  Item  accordeit  est,  se  nus  maistre  ne  varlet  ki  forfesist, 
ne  ki  brisast  le  dit  mestir,  ne  ki  sabandonast,  ne  alast  ovreir  az 
drappirs  por  les  autres  maistre,  ne  varlet  enconbreir  ne  abassir, 
chis  ke  chu  feroit  sieroit  ceus  el  poine  de  dyes  livres  de  turnois, 
fuist  maistre  ne  varies  ki  le  feroit;  et  venroit  les  dis  dyes  livres 
de  turnois  moitié  az  maistre  et  lautre  moitié  az  varies  délie 
dicte  mestir.  Et  nos,  li  maistre  de  toilerie  et  varies  desoirdis, 
astons  acordet  a  chu  ke  nos  metterous  dan  en  an  quatre  hommes 
sutïisansetydones  denostre  dicte  mestir,cestasavoir  :  dois  mais- 
Ci  Qui  quitterait  (amiltere). 


—  201  — 

tre  do  toilerie  dune  pari,  cl  dois  varies  de  follerie  dautre  part, 
ki  sieronl  a  chu  commis  de  wardeir  bien  et  loyalmenl  sor  leurs 
seriment  poins  chi  desoir  escriptes  et  les  amendes  de  bien  a 
porsewir  el  bien  wardeir.El  nos,li  iiij  hommes  des  dois  parties, 
jurerons  par  nos  l'ois  plenies  sor  les  sons  (')  do  bien  wardeir  et 
tenseir  tous  les  poins  chi  desoir  escriptes  et  toutes  les  amendes 
ausi.  Kl  partant  ke  ohe  soil  terme  ehoize  et  estable  et  ke  illi  soit 
mies  tenuwes  et  mies  wardees  cesl  lettre,  avons  nos  pendut  ou 
faire  apendre  a  cesl  présentes  lectres  l'ait  par  chirograffe  nos 
propre  seal  a  savoir  sont  :  Johans  de  Vernoy  por  mi,  Lorens  li 
Folio ns  por  mi,  Lamboc  Mostoilhe  por  mi,  Emmerike  por  mi; 
Alardon,  fis  Johans  Alar,  prie  et  requier  a  Jamar  Salemonl  dem- 
pronteirson  seal;  et  ju,  Jamar  Salemon,  al  pryer  et  requeste  de 
dit  Alardon,  ai  saieloit  de  mon  propre  sealacest  présent  lettre  por 
ledit  Alar  et  ausi  por  mi.  Ju,  Johans  de  Hancheis,  prie  et  requir 
a  Johans  de  Tayuirsde  saieleir  a  cest  présent  lettre;  et  ju,Johans 
de  Taynirs,  al  pryer  et  requeste  le  dit  Johans  de  Hançees  ai 
saieleit  a  cesl  présentes  lettres  mon  propre  seal  por  le  dicte 
Johans  de  Haneees  et  por  mj  ausi.  Ju,  Johans  Groles  et  Johans, 
lis  Alar  Dule  Alar,  prions  el  requérons  a  Henris  Builhet  ke  ilh 
nos  pristerj son  seal;  et  ju,  Johans  Builhet,  al  pryer  et  requeste 
dédit  Groles  el  HankinesAlars,ai  pendut  mon  propre  seal;  Hanes 
Angueal  prie  et  requir  à  Hanes  de  Hacourl  ke  ilh  moi  priste  son 
seal;  et  ju, Hanes  deHacourt,  al  pryer  de  dit  Angueal, ai  ju  pendut 
mon  propre  seal  por  mi  et  por  luy;  Giles  li  Hulhoir  et  Johans 
Rikemudeal  prions  et  requérons  a  Alardon,  lis  Johans  Alar,  en 
teil  manire;  etju,  Alardon, al  pryer  et  requeste  de  Gileset  Rike- 
mudeal, ai  pendut  mon  propre  seal  ;  Herbiers  et  Hanes  li  bastars 
prions  ci  requérons  a  Johans  Parteil  ke  ilh  nos  preste  sou  seal  ; 
ei  ju,  Johans Parteit,  al  pryr  et  request  de  ditHerbièr  et  Hanes  li 


1     Saints. 
-     Prête. 


202  

bastars,  ai  pendut  a  cel  présent  lectre  mon  propre  seal  dequel 
seal  nos,  li  enpronteis,  usons  en  ces  cas  et  en  semblan  por  nos 
et  tuit  les  maistre  et  varies  del  dit  mestir.  Che  fut  fait  et  donneit 
lan  de  grasce  milhe  trois  cens  ehinquante  dois,  diesnoef  jour  de 
mois  de  septembre,  cest  a  savoir  le  merquedi  après  le  sain 
Lambier. 

(Original  sur  parchemin,  sceaux  enlevés). 

VII 


Le    métier    des    drapiers    achète   un    moulin    avec    foulerie 
entre  Beaurepart  et  la  Boverie     1365,  11  novembre. 


A  tous  cheaus  qui  se  présentes  lettres  veront  et  oront, 
Rausses  de  Haccourt,  cbevalirs  et  eskevin  de  Liège,  salus  et 
connissanche  de  veriteit.  Sachent  tuit  que  pardevant  nos  et  nos 
tenans  hiretables  chidesouz  nommeiz,  si  comme  devant  court, 
vient  en  propre  persone  por  chu  a  faire  qui  sensiet ,  Johans  de 
Lambermont,  drappier  et  citain  de  Liège,  si  que  un  des  quatre 
eslus  del  mestir  de  drapperie  de  Liège,  et  relevât  de  nos,  si  que 
par  ses  compangnons  et  en  nom  de  tôt  le  mestier  de  drapperie, 
le  molli  n  follereiche  a  totes  ses  aisemenches  et  appartenanches 
séant  deleiz  le  grant  mollin  condist  enmi  leiwe  de  Muese  entre 
Bearepaireet  le  Boverie,  liqueis  mollins  furent  jadis  monsigneur 
Johan  de  Lardir  jadit  chevalir  et  eskevin  de  Liège,  et  les  acque- 
simes  a  monsigneur  Adan  de  Chokir  chevalir  ;  parquen,  al  raport 
de  nos  tenans  et  par  leur  ensengnement ,  nous  lesimes  al  dit 
Johan  de  Lambermont  en  aioeuz  (  ')  de  tôt  le  dit  mestier  de  drap- 
perie, del  mollin  follereche  desoire  nommeit  a  totes  ses  aise- 

(  '  )  Au  profit. 


—  203  — 

mencheset  appartenantes,  don  et  vesture,  por  faireatousiours 
leur  lige  volonteiî  si  comme  de  lour  bon  hiretage,  parmi  chin- 
quante  souz  de  bonne  monnoe  de  cens  quilh  en  denront  a  nos 
el  a  nos  hoirs  ou  successeurs  cascun  an  hiretablement,  le  moitié 
a  Noël  et  lautre  moitié  a  le  nativiteit  saint  Jolian  Baptiste  tan- 
toust  après  ensiwant, de  teilemonnoiedont  oins  paierat  cens  hi- 
retable  communément  dedens  Liège, et  a  chienq  son/,  délie  ditte 
monnoe  de  relief  ou  de  requestion  doir  (')  a  autre  el  de  saingur 
a  autre.  Et  ens  li  commandâmes  ban  et  pais  si  avant  que  drois  et 
lois  fut  el  est  del  faire.  Et  parmi  ces  oivres  faites  sont  et  seront 
toutes  lettres  laites  entre  le  jadit  monsigneur  Johan  de  Lardir 
et  le  dit  mestier  ou  entre  le  dit  monsigneur  Adan  et  le  mestier 
des  drappirs,  faisantes  mention  dautre  monnoie  ou  dautres 
couses,  mortes,  adninchillées  et  de  nulle  valleur.  Et  toutes  ces 
oivres  nos  mesimes  en  le  warde  de  nos  tenans  hiretables  la 
presens,  ki  lours  drois  en  oirent  et  nos  ausi  les  nôtres,  a  savoir 
sont  :  sire  Wautir  de  Tongres  vestit  d'Osoing,  Herman  de  Co- 
longne  notre  genre  et  Gilon  Bacheleir  de  Sovcrain  pont.  Et  par 
tant  ke  ce  soit  ferme  couse  et  estable,  si  avons  nous,  Rausses 
de  Haccourt  chevalir,  et  si  tenans  desoire  nommez  ki  ces  oivres 
conissons  et  vvardons  eslre  bonnes  et  faites  en  notre  presenche, 
por  nos  pend  ut  u  fait  prendre  a  ces  lettres  nos  propres  seauz 
en  tesmongnage  deveriteit.  Ce  fut  fait  km  de  le  nativiteit  uostre 
Signeur  M. CGC.  sissanle  et  chienq ,  le  jour  délie  feste  saint 
Martin  yvcrnal. 

(Original  sur  parchemin  ;  sceaux  enlevés). 
1  )  D'héritier. 


—  204 


VIII 


J-C  métier  des  drapiers  accorde  pour  trois  ans  à  Joh. 
Rikemonde  le  droit  de  peser  la  laine  à  sa  halle.  1367, 
27   avril. 


A  tous  cheaus  qui  ches  présentes  lettres  veront  et  oront, 
Jolians  Rikemoude  drappirs  et  Bachine  se  femme,  salut  et 
cognaistre  veriteit.  Sachent  tuit  que  coin  Lainbers  Roseaus, 
Giles  li  Garsons,  Pirons  dit  Sanson  et  Remey  Halebache,  mam- 
bors  et  porveoirs  por  le  temps  de  tout  li  mestyr  des  drappirs 
de  Liège,  pour  levident  profit  deaus  et  sour  che  li  dit  mestir 
conseilhiet  et  par  diligent  traityet  par  plusseurs  fois  ensemble 
mis,  sy  ont  a  nos,  devant  dis,  aloweit  et  accenseit  bien  et  loial- 
ment  a  loial  firme  et  accense  a  une  certain  stuit  de  dois  ans 
entrans  et  commenchans  al  jour  délie  feste  saint  Lambert  en 
moys  de  septembre  prochainement  venant  et  tantoist  après 
continuéement  ensiwant,  le  stalaige  par  desous  délie  halle  des 
drappirs  deseur  dis  séans  en  saint  Johan  Strée  a  Liège,  a  tout 
le  moitiet  des  pois  délie  layne ,  délie  sendre  et  délie  wodre  (*)  et  le 
mesure  entirement  délie  varanche  (*)  délie  terre  des  folons  et  de 
wafre  (*)et  assi  le  demoraige  en  le  manson  délie  dite  halle  pour 
nos  et  notre  meisme ,  pour  estre  plus  apparelhies  a  tous 
cheaus  que  mestir  aront  des  chauses  desseur  dites  le  dit  stuit 
durant.  Par  teil  que  nos  ne  porons  ne  devons  par  nos  ne  par 
autruy  leveir  pesaige  ne  stalleige  outrement  que  ons  lat  leveit 
et  fais  del  temps  passait,  cest  asavoir  del  livrai  une  mine  de 
pessaige  et  stalaige  et  del  marc  dois  deniers  ;  et  ne  devons  ledit 
stuit  durant  estre  coreurs  ne  parent  a  nul  coreur  et  assi  ne 
porons  nos  loweir  ne  accenseir  a  personne  nulle  pois,  mesures 
ne  nuls  des  meulires  deseur  dis  sens  le  conseilh  etvolenteit  des 


—  20S  — 

dis  mambors  et  porvcors  ou  de  eheaus  qui  pour  le  temps  le 
seirout.  Et  ne  porons  ne  deverons  le  dit  stuil  duranl  la  ditte 
halle  encombreir  ne  loweir  si  ce  nest  pour  le  profil  de!  dit 
mestir  el  par  le  conseilh  deseur  dit.  Et  devons  assi  la  dite  balle 
clore  et  ovrir  de  temps  el  de  noire  ensi  que  ons  al  fait  anchie- 
nemenl  le  temps  passeit.  Et  se  cest  stuit  durant  ons  fai soit  nul 
assay  des  puis  ne  îles  mesures  deseur  dites,  nos  devons  cestes 
costenges  payer  sens  riens  ravoir  ne  demaudeir  al  dit  mestir. 
Et  ne  deverons  assi  tel  dit  stuil  durant  avoir  nulle  office  en  dit 
mestir  et  ne  porons  assi  envoyer  nul  coreur  peseir  fours  délie 
halle  sens  le  dit  conseilh  et  volenteit.  Et  assi  pour  chause 
quilh  avengne  de  guerre  ne  de  malle  wingne  (')  nen  devons  nos 
riens  demandeir  ne  discompteir  al  dit  mestir  délie  somme  chi 
après  escripte.  Et  se  unis  debas  avenoit  entre  luhenir  {•)  délie 
halle  et  nul  marchant  aile  ocquison  de  pesaige  ne  de  stalaige, 
ilh  nen  porontaleir  a  autre  justiche  fours  que  as  querire  mam- 
bors et  porveoirs  deseur  dis  sens  leur  congeit  et  volenteit. 
Et  ne  doit  li  huhenirs  escondire  la  ditte  halle  a  eheaus  de  mestir 
pour  menée  (meure?)  layne  waranche,  allon  et  wode  a  parchon 
entre eaus  pour  partir.  Pour  lequeil  lowaige  deseur  dit  nos  devons 
et  avons  enconvent  par  nos  fois  sour  chu  plenies  et  chascons  par 
le  tout  sens  le  delte  (?)  à  départir  a  payer  et  rendre  a  dis  mambors 
et  porveoirs  ou  a  eheaus  qui  le  seirout  pour  le  temps  chascon  an 
le  dil  stuit  durant,  trause  vieux  livres  de  turnoi  comon paiement 
pour  le  dit  mestir  et  le  saingnour  del  pays,  a  payer  le  moitié!  al 
Noiel  et  lautre  moilicl  en  le  leste  délie  nativiteit  saint  Johan 
Baptiste  après  ensiwant,de  teilemonoiequicouralpourle  temps 
;i  Liège,  a  pain,  a  char  et  a  vien,  et  que  nos  recheverous  sens 
staupe  ")e\  sensengienetdelivreirallecangeàLiégeouautrepa-rt 
la  ou  ilh  le  voront  avoir,  sens  fraude,  tôles  maies  ocquisons  et 


1    Mauvais  gain,  perte 
-     L'usinier. 


—  206  — 

exceptions  de  guerre,  d'arrest  ne  daltre  chause  en  pays,  fours 
mises.  Et  de  che  obligons  nos  tous  nos  biens  meubles  envers 
eaus  et  les  donnons  plain  poioir  de  nos  panneir  et  prendre  tuits 
nos  dis  biens,  sensi  avenoit  quenosfuissiemesde  riens  deffalans 
ensi  que  deviseit  est  chi  dedens  des  dis  covens  a  accomplir.  Et 
pour  les  quatre  mambors  et  proveofrs  deseur  dis  estre  de  cbes 
convens  plus  segur,  nos  les  en  avons  donneis  et  constitueis  con- 
delteurs  et  rendeurs  principals  avoekes  nos  et  cbascon  por  li 
tout  cum  dit  est,  bommes  bonestes  Lamber  de  Liwon  et  Johan 
Alart  drappirs  de  Liège,  as  queils  illi  poroient  demandeur  tous 
ches  convens  assi  bien  cum  che  fuist  leure  principal  debte  et 
convens  ;  les  quelles  rendeurs  et  condelteurs  nos  avons  encon- 
vent  ajetteir  (')  de  tous  coust  et  damaiges  qui  a  cesti  ocquisori 
leur  en  poroient  avenir  a  leurs  simples  dis  sens  loy  ne  seriment 
a  faire.  Et  nos,  li  dis  condelteurs  et  rendeurs,  connissons  ches 
dis  convens  et  les  promettons  par  nos  sens  sour  che  pleines  a 
tenir,  faire  et  accomplir  ensi  que  dit  est  et  sens  embrisier  ne 
aleir  encontre,  ne  dire,  ne  mettre  encontre,  avant  que  li  dis 
Johans  et  damme  Katherine  sa  femme  soient  de  riens  promirs  a 
convenire  ;  et  se  par  le  defaute  deseur  dite  li  quattre  mambors 
et  proveoirs  deseur  dis  covenist  nos  panneir,  nos,  li  condebleurs 
et  rendeurs  avons  enconvent  de  delivreir  a  eaus  nos  vages(-)  et 
nos  en  lairons  panneir  tant  et  si  suffisamment  que  pour  eaus 
voir  a  le  dit  Johan  et  sa  dite  femme  promirs  panneir  ensi  que 
ilh  en  sunt  obligies  par  deseur.  Et  partant  che  soit  ferme  chouse 
et  estauble  ju,  Hubiens  Lorens  li  drappirs  pour  les  dis  Johan 
Rikimonde  et  damme  Katherine  sa  femme  etaleures  requestes, 
et  nos,  Lambers  de  Liwon  et  Johons  Alars,  condelteurs  et  ren- 
deurs pour  nos,  avons  pendu  ou  fait  appendre  a  ches  lettres  nos 
propres  saias  en  tesmungnaige  de  veriteit.  Sour  lan  del  nativi- 


(')  Jeter  hors,  dédommager. 
(*)  Gages. 


—  207  — 

irii  Notre  Saingnour  milli  trois  cens  sissante  e<  sept,  del  moys 
davrilh  le  vinte  sepfeme  jour. 

Original  sur  parchemin  ;  sceaux  enlevés  . 


IX 


Le  métier  des  drapiers  fixe  pour  douze  ans  le  salaire  des 
foulons.  1423.  !••'■  octobre. 


A  tous  cheaus  qui  ches  présentes  lettres  verontet  oront,  les 
jureis,  governeurs  et  toutes  les  personnes  et  universiteit  de  lton 
mestier  desdrappiers  délie citeit,  franchieseet  banliwe  de  Liège, 
salul  en  Dieu  permanable  et  cognissanche  de  veriteit.  Sachent 
tuit  <|iie  pour  entretenir  pais,  union  et  transquiliteit  entre  nous 
successeurs  et  les  membres  de  nostre  dit  mestier  et  assi  teilement 
ordineir  que  nous  nous  paissons  governeir  li  une  deleis  lautre 
en  amour  et  nostre  dit  mestiers  et  les  membres  diceli  obtenir 
en  lionour,  avons  ordineit  et  accordeit,  ordinons  et  accordons 
les  ordinanches  chi  après  escriptes  et  déclarées,  a  dureir  un 
stuit  ou  tienne  de  douse  ans,  entrans  et  commenchans  à  jour 
délie  dalte  de  ces  lettres  et  lun  an  tantoist  après  lautre  conti- 
nuellement enshvanl, voir  que  nous  avons  tout  premiers  protesteit 
el  protestons  que  nos  ne  volons  point  alleir  ne  que  ce  soit  allen- 
contre  des  halteurs,  sangnouries  et  juridictions  de  notre  très 
révérend  peire  en  Dieu  liauli  puissant  et  redobté  prinche  mous. 
Johan  de  Heynsbergh,  par  le  grasce  de  Dieu  evesque  de  Liège 
et  conte  de  Lous,  des  englieses  et  successeurs,  ne  (\^a  status, 
franchieses  et  liberteis  de  ladicte  citeit,  les  queiles  nous  volons 
tôt  jours  ayedier,  wardeir,  observeir  et  maintenir  a  nous 
poioirs.  En  après  avons  ordineit  et  accordeit,  ordinons  et  accor- 
dons que  tout  le  terme  des  devantdis  douse  ans  durant,  li  folons 
de  notre  dil  mestier  ne  poront  prendre  ne  demandeir  pour  leur 
deyu  et  salaire  pour  cascun  drap  comon  que  ilhs  folleroiit,  a 


—  208  — 

cheauz  de  nostre  dit  mestier  des  drappiers,  que  syez  librez 
common  paiement  de  Liège,  et  de  une  demée  de  semblant  drap 
trois  libres  ;  mais  se  telle  demée  lenoit  plus  de  vinte  dois  olnes 
de  long,  ilhs,  les  dis  folons,  devroent  avoir  leur  dit  salaire  mou- 
lant le  demée  a  vinte  dois  olnes  et  de  sorplus  de  cascunne  olne 
chinquez  soûls  et  trois  deniers  de 'dit  paiement. 

Item  avons  ordineit  et  accordeit,  ordinons  et  accordons  que 
pour  cascun  gris  drap  appeleit  moslier  villeir  ou  bleu\ve,lcs  dis 
folons  doyent  avoir  a  nous,  les  dis  drappiers,  sept  librez  et  sept 
soûls  de  dit  paiement,  et  pour  une  demée  al  avenant  en  bonne 
foid  sens  malengin. 

Item  avons  ordineit  et  accordeit,  ordinons  et  accordons  que 
tous  cheauz  qui  sont  de  nostre  fealteit  et  qui  point  ne  siervent 
nostre  bannière  en  oust  ou  en  chevalchyes,  payeront  pour  le 
folaige  de  cascunne  demée  de  common  drap  trois  librez  et  trois 
soûls  de  dit  paiement;  et,  se  la  dicte  demée  passe  vinte  dois  olnes 
de  long,  ils  deveront  payer  pour  cascune  olne  délie  pieclie  de 
premier  enbattre  (*)  de  chi  al  dieraine  quatre  soûls  dédit  paiement. 

Et  partant  que  chu  soit  ferme  chouse  et  estable  nous,  le  dit 
mestier  geueralment  pour  nous,  le  gran  seal  de  nostre  dit 
mestier,  nous  Johans  de  Biernalmont  escuier,  Julin  de  Lierueur 
coin  jureis  et  pour  le  membre  des  drappiers,  nous  Biertrand  de 
Spauz  corn  governeur  et  Johan  Daneal  com  a  ce  commis  pour  le 
membre  de  tesseurs,  et  nous  Lynard  Wavereilhe  et  Wdheame 
Barbeal  pour  le  membre  des  maistres  de  folons,  et  nous  Johans 
de  Journal  et  Johan  de  Dolhen  pour  les  varies  des  dis  folons  et 
aile  proyere  et  requeste  des  dis  membres,  nous  propres  seals 
excepteitju,  le  dit  Johan  de  Dolhen,  qui  en  cesti  cas  use  de  seal 
Servais  de  Dolhen  mon  peire  partant  que  ju  nay  point  a  présent 
de  propre  seal,  avons  pendus  ou  fait  appendre  a  ces  présentes 
lettres  en  signe  de  veriteil.  Chu  lut  fait  lan  délie  nativiteit  nostre 
sangnur  Jhesu  Crist  milhe  quatre  cens  et  vinte  trois,  le  premier 
jour  de  moys  d'octembre. 

(Orig.  sur  parchemin  ;  pestent  trois  sceaux). 


209 


X 


Commission  et  constitution  du  métier  pour  punir  ies  com- 
pagnons qui  avaient  coopéré  à  la  sédition  de  W.  Dathin. 
1433,  28  janvier. 


Nous  lygoverneursjureis  ettouttes  les  persoinez  et  universi- 
teit  del  boin  mestier  des  drappiers  délie  citeil  franchiese  et 
banlieu  île  Liège,  salut  en  notre  Singneur.  Savoir  faisons  a 
cascun  et  a  tous  que,  por  subvenir  et  remédier  a  tous  niauls, 
sedicions,  traisons  ou  exhortacions  contre  droit  et  raison  ave- 
nuwes  derainement  en  le  eiteit  de  Liège,  et  por  exemple  doneir 
a  tous  cheauz  qui  en  temps  futur  poroient  ou  voroient  maligneir 
sedicion  faire  en  temps  a  venir,  affin  que  nous  et  tous  biu 
vuilhans  a  la  eiteit  de  Liège,  franchieses  et  liberteis  dycelle  puis- 
sent de  leurs  marcbandieses  et  labur  lune  deleis  lautre  vivre  en 
lioneur  en  amour  et  en  transquilliteit,  sens  de  jour  en  jour 
troveir  ne  faire  contre  les  statuts,  franchieses  et  liberteis  délie 
eiteit  nullez  queilconques  obsattes  armeez,  porchaches,  priers, 
mocion,  sedicion,  cris,  hahayes  ou  traisons,  avons  ja  paravent, 
par  plaine  syetede  nous  tous,sor  chu  notre  dit  boin  mestier  indut 
et  assembleit  en  notre  lieu  acoustumeit,  commis  et  constitueis 
nous  chiers  et  ameis  confrères  et  comborgois  assavoir  :  Colaur 
Flockelet,  Henry  Biertrand,  Jobans  le  Norois,  Jaquemien  délie 
Vaux,  Johans  Seat,  Tilman  Waldoreaul ,  Renkin  del  Casteaul, 
Johans  Parpeite  dit  Je  Maire,  Daneaul  le  follon,  Johans  Rave, 
Johans  Parte,  Johans  del  petit  Mireur,  Wathier  délie  Weige 
et  Florkin  Clert  lis  a  dit  Henry  Biertrand,  auzqiieis  nous  a 
plaiu  confians  deauz,  avons  douneit  plein  povoir,  puissanebe, 
autoriteit  et  mandement  especiaul  de  por  et  en  nom  de  notre 
dit  boin  mestier  generaulemont  faire  inquisicions,  enqueste 
OU  apprises  sur  tous  cheauz  de  notre  dit  boin  mestier  qui  sont 

14 


—  210  — 

ou  ont  esteit  cupablez  ou  entachies  tant  délie  sedicion  ou 
emovacion  derainement  advenuwe  le  jour  délie  fieste  délie 
visentacion  Notre  Dame  derainement  passeit,  por  parvenir 
alencontre  délie  plaine  syete  délie  citeit  et  del  cris  del  peron 
sor  chu  fait  tochant  en  le  persoine  de  Wathier  Daultyn,  et 
aussy  de  cheauz  qui  puis  celi  jour  doient  avoir  notorement 
procureit,  indut,  informeit  et  porchachiet  alencontre  de  ladite 
syete  et  cri  del  peron  et  del  seriment  sor  chu  fait  par  le  cyteit 
generaulement,  comme  de  tous  cheauz  qui  ont  ou  avoir  doient 
lait  armeez,  assembleez,  pryers,  obsattes,  séditions  ou  traisons, 
tant  puis  le  jour  de  ladite  visen'acion  notre  dame  comme. le 
nutte  délie  epiphanie  condist  des  trois  rois  derainement  passée, 
et  por  les  cupablez  de  chu  en  nom  de  nous  punier  et  corregier 
sorlont  leurs  demerittes  et  forfais  et  teillement  que  a  tousjours 
une  cascuny  puist  prendre  exemple;  et  en  chu  faisant  nouspren- 
dons  les  susdits  commis  en  le  saulvegarde  et  protection  de  nous 
notre  dit  boin  mestier  et  successeurs, voir  par  nous  protestant 
et  protestacion  faisant  que  nous  ne  volons  point  aller  ne  que  chu 
soit  alencontre  délie  saingnorye  et  juridiction  spiritueille  et 
temporeille  de  notre  très  rêverai n  peire  en  Dieu  hault  et  puissant 
prinche  monsaingneur  le  evesque  de  Liegie  et  conte  de  Lous,  de 
son  engliex  et  capitle,  des  franckyes  et  liberteis  délie  citeit  et  des 
enquestes  faites  et  affaire  par  la  ditte  citeit  ;  les  queis  ensy 
commis  de  part  nous  a  nos  commandement,  commission  et 
recharge  ont  fait  bonne  et  juste  enqueste,  inquisition  et  appriese 
sor  cheauz  de  notre  dit  boin  mestier  faitulles  des  cas  devait  dis, 
et  par  devant  nous  en  plain  mestier  sor  chu  indut  autre  requeste 
ycellez  enquestes  apprises  et  inquisitions  four  porteit.  Par  le 
viertut  des  queillez  ilhs  ont  par  notre  consent  et  recharge  pre- 
mièrement priveis,forbodeis  et  osteisde  notre  boin  mestier,  des 
franchieses,  liberteis  et  appartenanches  dyceli  assavoir  :  Johans 
de  Frères  fis  natureit  Johans  de  Frères  jadit  merchier,  Herwis  de 
Waremme  tiers,  Servais  de  Dothey,  Johanien  se  131  et  Johans  de 
Vorous  dit  de  Hesbaingne,  et  aussi  leurs  femmez  et  enfans  sens 


21  l 


chu  que  ilhs  dors  eu  avant  jamais  eu  temps  futur  soy  puissent 
entremelleir  de  notre  dit  boinmestieren  unis  cas,  des  franchies, 
bius  et  liberteis  dyceli,  ne  que  a  nous  puissent  avoir  recours, 
assistenche  ne  confort  en  manière  nulle  Et  en  après  ilhs  les  dis 
commis  ont  aussy  par  notre  consent  et  recharge  priveis  et  osteis 
de  toutes  ofliehes  de  notre  dit  boin  mestier,  de  syetes  et  croie 
affaire  sor  celi,  assavoir  :  Julin  de  Lierneu,  Collette  del  Cellier, 
Watelet  Alair,  Renchon  Jaiolct  et  Henrion  fis  a  devant  nommé 
Servais  de  Dolhen,  les  queis  chinque  derains  escrips  soy  puelent 
de  notre  dit  boin  mestier  et  marchandieses  entremelleir  sens 
syete  ne  croie  faire  ne  offiche  porteir,  voir  que  parmy  chu  ilhs 
doient  et  devront  envers  nous  et  notre  dit  boin  mestier  faire  tous 
serviches  oustes,  chevachies,  wez,  creuees  et  autres  servitudes 
aussy  bin  que  nous  meismez  sens  excusanche  faire.  Les  queillez 
enquestes,  apprieses,  inquisicions,  dit  et  pronunchiacion  des 
susdits  commis  nous,  le  devant  dit  boin  mestier  generaulment 
por  nous,  nous  hoirs  et  successeurs  a  tous  jours,  cognïssons  y 
estre  fait  par  notre  greit,  seyut,  mandement  et  recharge  et  piaille- 
ment y  estre  le  fait  de  notre  dit  boin  mestier  entirement  aussy 
bin  que  doncque  nous  et  une  cascun  de  nous  par  li  y  awissins 
esteit  presens;  sy  les  ratifions,  approvon s,  confermons  et  les 
tenons  par  boin  ferme  et  estable  en  touttes  leurs  partyes  et 
expressément  en  prendons  le  l'as  sor  nous  en  promettant  sor 
lideliteit  de  mestier  de  chu  les  susdis  commis  a  tenir  a  tous 
jours  en  pais. Et  avuecque  chu  avons  ordineit,statueit  et  accordeit 
statuons,  ordinons  et  accordons  que  sil  astoit  nuls  de  notre  dit 
boin  mestier  qui  alencontre  des  ordinanches,  dit  et  pronunchia- 
tion  susdis  allasse, procurasse  ou  fesisse  alleir  ne  procureir  par 
li  ne  par  aultruy  en  secreil  ne  en  appierl  en  manière  quelcon- 
que que,  tantoist  chu  seyul  bin  proveil  et  mis  a  clèir,  ilh  soit 
attains envers  noire  dit  boin  mestier  promiremenl  et  principaul- 
menl  de  une  voie  de  Saint-Jaqueme  en  compostelle  et  en  après 
de  dies  florins  de  Rins  doir  a  applichier  par  le  moitiet  a  notre  dit 
boin  mestier  et  huître  moitiet  a  celi  ou  ehcauz  qui  raporteroil  on 


212  

raporteroient  teil  ensi  allant  ou  procurant  contre  chu  que  dit  est, 
et  a  payer  la  dite  somme  et  del  voiaige  a  movoir  dedens  trente 
jours  tantoist  eauz  commandeit  ou  intimeit  par  les  offîcyers  de 
notre  dit  boin  mestier  ou  les  aulcuns  deauz  et  tout  chu  sens 
remission  sor  paine  de  y  estre  priveis  forbodeis  et  osteis  de 
notre  dit  boin  mestier  et  des  franchies  dyceli  entirement.  Entes- 
mongne  des  queillez  chouses  nous,  le  devant  dit  boin  mestier  des 
drappiers,  por  nous  le  grand  seaul  de  notre  dit  boin  mestier,  ju 
li  dis  Colaur  Flockelet  por  my  et  por  le  dit  Daneaul ,  ju  Henry 
Biertrand  por  my  et  por  Florkin  mon  fd,  ju  Tilman  Waldoreaul 
por  my  et  por  Johans  le  Norois,  ju  Jaquemien  délie  Vauz  por  my 
et  por  Johan  Parte,  ju  Wathier  délie  Weige  por  my  et  por  Johan 
del  petit  Mireur,  tout  chu  fait  en  présent  del  dit  boin  mestier.  Et 
nous,  tuit  li  autres  commis  devant  nomeis,  por  nous  et  cascun 
par  li  avons  aile  requeste  del  dit  boin  mestier  pendus  ou  fait 
appendre  a  ces  lettres  nous  propres  seauls  en  signe  et  coro- 
boracion  de  veriteit.  Faite  et  douée  en  lan  de  grausce  milhe 
quatre  cens  et  trente  trois,  del  mois  de  jenvier  le  vinte  owy terne 
jour. 

(Original  sur  parchemin.  Grand  scel  du  métier  et  7  petits  sceaux  des  commis). 


XI 


Tarif  et   règlement   pour  les  foulons.    1435,   10  mars. 

Innomine  domini  amen.  Nous  ly  jureis,  ly  governeur,  ly  ewar- 
dens  et  tout  les  personne  des  boins  mestier  des  drappier  délie 
citeit  et  banliwe  de  Lige,  savoir  faisons  a  tous  que,  veout  et 
considereit  quil  ait  eysteit  fait  pluseur  ordinanches  entre  les 
membres  de  notre  dit  bon  mestier,  et  survenant  entre  le 
membre  des  drappiers  et  le  membre  des  follons  al  cause  de  leur 


—  213  — 

oweraige,  quemenl  en  fais  ont  eysteit  brisietpour  le  défait  de 
boin  governement  ou  pour  acquis  singulier  de  cheaus  ou  celles 
de  noire  dit  boin  mestier  el  pour  chu  acoustreteit  (*)  et  pour 
savoir  combin  il  deveront  avoir  ou  payer  pour  lefoillaige  (*)dun 
drap  et  dun  demee  de  chy  jours  en  avant;  et  pour  entretenir 
pais  et  union,  tranqueliteit  entre  nous,  nous  successeurs  et  les 
membres  de  notre  dit  bon  mestier,  et  aussi  tclenienl  ordineir 
que  nous  puissions  governeir  li  une  deleis  laltre  en  amour,  et 
notre  dit  mestier  et  les  membres  de  eely  obtenir  et  lionoreil , 
avons  ordineit  et  accordeit,  ordonnons  et  accordons  les  ordi- 
naires chy  après  eserites  et  déclarées,  a  durcir  une  si  Lit  ou 
terme  de  dyese  ans,  entrans  et  commenchant  à  jour  délie  daute 
de  ehes  lettres  et  lun  an  tantôt  après  lautre  continuelement 
ensiwant  ;  voir  que  avons  tout  premier  portesteit  et  portestons 
(jue  nous  ne  volons  point  aleir  allencontre  del  haulteur  et  sain- 
gourie  et  juridiction  de  notre  très  révèrent  peire  en  Dieu  haut 
et  puissant  et  redobteit  prinche  monsongnour  Johan  de  Heyn- 
sebrech ,  par  le  grasce  de  Dieu  evesque  de  Liège  et  conte  de 
Lous,  délie  Engliese  et  successeurs,  ne  des  status,  tranchiez  et 
liberteis  de  la  dite  citeit,  les  queis  nous  voulons  tous  jour 
aydier ,  wardeir ,  observeir  et  maintenier  a  nous  poioir.  Et 
après  avons  ordineit  et  accordeit,  ordinons  et  acordons  que 
tout  le  terme  de  dyese  ans  durant ,  li  follons  de  notre  dit  mes- 
tier ne  porront  prende  ne  demandeira  nous  dis  drappiers,  pour 
leur  deut  et  sallaire,  pour  cascun  draps  l'ait  de  grayt  nions,  de 
Heur,  de  koxhe,  de  simple  gris,  que  wyt  libres  common  paie- 
ment de  Liège,  et  de  une  demée  que  quattre  libres  de  ce  paye- 
ment. Item  avons  ordineit  et  accordeit,  ordinons  et  accordons 
que  de  tous  gris  draps  melleis  et  tous  bleuwe  ausy  melleis,  de- 
veront avoir  nous  dis  Collons  noef  libres,  et  de  une  demée 
quattre  libres  dyes  soûls  de  dit  paiement.  Item  de  tous  altres 
draps  faits  de  hoppe  de  layne,doient  avoir  nous  dis  l'ollons  dyese 
libres  dyese  soûls,  et  de  une  demée  chineque  libres  chineque 
SOUls  de  dit  paiement  ;  les  queis  draps  el  demée  devant  loym- 


—  214  — 

meis  (')  les  dis  drappiers  les  poront  bin  faire  de  layne  d'Ardin, 
de  Hasbaingh,  de  Scoche  (2),  de  Fors  (*),  d'Espaigneet  daultrc 
layne  ossy  loymmeis,  sens  frawe  ne  malengin.  Les  queis  draps 
devant  loymmeis  doient  par  les  dis  follons  eystre  bin  fais  et 
folleis  pair  le  dit  des  rewairs  (s)  des  ewardens  ;  et  sil  avenoit 
que  teis  draps  ou  demée  ne  fuissent  nien  bien  fais  par  le  dit  des 
ewardens,  que  cely  follons  soit  tenus  del  raymendier  (4)  et 
rent  aux  drappiers  devant  trois  jours  après  chu  que  ilh  sereit 
renvoyez  en  sa  manson,  sour  lamende  et  valeur  délie  faiclions 
de  draps  ou  demée;  et  sil  avenoit  que  li  dis  follons  en  fust 
rebelle  del  raymendeir ,  que  les  aultres  follons  le  puissent  rai- 
mendeir  sans  meffaire  a  fraiz  de  cely  rebelle ,  et  sueit  serreit 
notre  dit  mestier  sour  cely  rebelle  tant  et  si  longement  qui! 
aroit  payet  le  dit  amende  et  raymendaige  de  dit  draps;  et 
que  ne  soit  nus  ne  nulz  de  notre  dit  mestier  qui  dont  (*) 
oweraige  a  cely  rebelle  tant  et  si  longement  quil  aroit  payet 
ledit  amende  et  raymendaige  de  dis  draps,  sour  le  peine  et 
amende  de  une  florin  de  Rins  dour.  Item  avons  ordineit 
et  accordeit,  ordinons  et  accordons,  quil  ne  soit  nus  ne 
nulz  de  notre  dit  mestier  qui  faiche  nus  draps  plus  long 
que  de  xlij  onnes,  et  une  demée  que  de  xxij  onne,  sous  le 
paine  et  amende  délie  texhaige  de  dis  draps  ou  demée;  et 
doient  avoir  nous  dis  follons  de  leur  (s)  que  ons  draps  verroit 

de  xliij  onne,  par  cescun  onne  délie  promier (7) 

un  labay  ;  et  parellement  se  une  demée  venoit  a  xxuj  et  sans 
frawe  ne  malengin.  Item  avons  ordineit  et  accordeit,  ordi- 
nons et  accordons  quil  ne  soit  nus  ne  nulz  de  notre  dit  mes- 


(  i  )  Nommés. 

(  2  )  D'Ecosse. 

(  s  )  Au  dire  des  rewards. 

(  «  )  Amender,  rendre  bon. 

('■')  Donne. 

(n)  Dès  lors,  aussitôt.  <jue. 

(  "  )  Trou  dans  le  parchemin. 


215 


lier  qui  die  (?)  ne  faiche  en  nom  de  ly  draps  ne  demée 
folteir  a  nu!/,  presonne  qui  soit  de  notre  fealteit,  sour  le  paine  et 
amende  de  unck  florins  de  Rins  ;  et  que  tous  texheurs  qui 
texheronl  ensi  draps  de  noire  féalté  soyent  tenus  de  l'aire  une 
demée  crois  en  le  moyins  de  draps  al  entrebal  aux  promirs 
coronl  ou  aux  direns  (')  soin-  le  paine  et  amende  de  dois  bodd. 
de  cascun  niche.  Item  avons  ordineii  el  accordeil ,  ordinons  et 
accordons  qui!  ne  soyl  nuls  ne  nus  de  noire  dit  meslier  qui 
donl  a  dis  follons,  en  secreit  ne  en  appier,  plus  grande  sallaire 
qui1  le  pris  deseur  dii,  sour  le  paine  el  amende  de  une  semblanl 
florins  comme  deseur  y  estre  escript;  mens  les  dis  drappiers 
porronl  bin  donneir  a  dis  follons,  sil  les  plaisl  sens meffaire, 
devenl  layne  pour  beuveraige  (-)  chincq  ou  six  bodd.  Item 
avons  ordineit  et  accordeil  qui!  ne  soit  nus  ne  nul/,  de  chy  jour 
en  avant  qui  clauve  ne  quistenl  (*)  nul/,  draps  en  vendre  sil  nel 
retrait,  sour  le  paine  et  amendede  une  florin  corne  deseur  sont 
devisieit,  voire  se  lois  draps  astoil  mis  avendaige  sens  retraite. 
Item  avons  ordineit  et  accordeil  ,  ordinons  et  accordons  que 
nous,  ewardens  de  notre  dil  mestier,  soient  tenus  de  faire 
envenir  les  deseurdits  amendes  awecke  les  amendes  de  nos 
dites  chaire  qui  pont  ne  volons  quilz  soient  entrebrisiet,  et  my 
chu  ilh  (lèveront  avoir  le  moitiet  de  deseurdites  amendes,  et  ly 
aultre  parvenral  a  notre  rentier  de  notre  dil  mestier  pour  et  en 
nom  de  notre  dit  mestier;  et  sil  avenoit  que  les  ewardens  de 
membre  des  follons  lussent  rebelles  de  jugier  aweek  les  aultres 
ewardens  des  points  deseurdis,  tant  fiez  que  rebelles  en  siéront 
quilz  soient  a  lamende  de  florins  de  Rins  corne  deseur  sont  de- 
viseit.  Item  avons  ordineii  el  accordeil ,  ordinons  et  accordons 
sil  astoit  nus  ne  nul/  de  noire  dil  mestier  qui  pourcura  ou  fesisl 
porcurèir  en  secreit  ne  eu  appier,  ou  allas!  a  lenconlre  des  ches 
présentes  ordinanches  le  stul  <U^  dies  ans  durant,  que  tantosl 

(')    Alix  deux  bOUtS. 

(*)  Pourboire. 


—  216  — 

chu  sayut  et  mist  a  cleir  et  le  fait  bin  prouveit,  quil  soit  attins 
de  trois  semblant  florins  corne  deseur  sont  deloymeis  a  paier 
dedens  trois  jours  après  chu  que  comandeis  li  sierat  de  parts 
nous  govcrneurs  ou  comis  deaus,  sour  pierde  le  mestier  tant 
et  si  longeaient  quilz  aroit  payet  les  dis  trois  pessant  florins  ; 
et  quil  ne  soit  nus  ne  nulz  qui  dont  ne  quimet  en  nowe  (')  celi 
ou  celiez  ensi  procurant,  tant  et  si  longement  quil  ait  paiet  les 
dis  trois  florins,  sour  le  paine  et  amende  de  trois  semblant  flo- 
rins ,  et  pourveront  et  deveront  pourvenir  a  notre  rentier  pour 
et  en  nom  de  notre  dit  mestier.  Et  pourtant  que  chu  che  soit 
fieme  choise  et  estable,  nous,  li  dis  mestier  generalment  pour 
nous,  le  grand  seaulz  de  notre  dit  mestier,  nous  notre  maistre 
Fastreit  Bareis  Souries  escuyer,  Conar  Wathier  comme  jureis 
et  pour  le  menbre  des  drappiers ,  Soyhier  de  Geneffe  et  Ren- 
kins  de  Castealz  governeurs,  et  pour  le  menbre  de  texheurs 
Johans  Parpeit  dit  le  Meir  coine  governeur  et  Johan  li  Noyroise, 
et  pour  le  menbre  des  follons  Johans  de  Hervé  et  Corneis,  am- 
bedois  enwardant  por  ledit  membre  des  follons ,  et  pour  les 
varies  de  quartier  Johan  Parteit  et  Johan  de  Jergeval  al  proyer 
et  requeste  des  dis  menbres  nous  propres  seials ,  excepteit  ju, 
li  dit  Soyhier  de  Geneffe,  qui  en  cesti  cas  use  de  seals  Henris 
Bertrans  pour  tant  que  je  nay  point  de  seals ,  ju  parellement, 
Conar  Wathier  de  seauls  Henry  mon  frciz,  ju,  Johan  deHerwie, 
des  seauls  Johan  Doyneal,  ju,  Corneis,  de  sealz  Collar  Fokeles 
et  Johans  Parteit  de  sealz  Gerar  de  Plenevalz ,  pour  tant  que 
nous  navons  point  de  seaul  propre  a  présent,  avons  pendut  ou 
fait  appendre  a  ces  présentes  lettres  nous  propres  seaulz  en 
signe  de  veriteit.  Chu  fut  fait  km  délie  nativiteit  notre  sangnur 
Jhesu  Crist  milhe  quattrecens  et  trenchincq,  le  dyeseme  jours 
de  moys  de  marche. 

tOrig.  sur  parchemin.  Onze  sceaux  enlevés), 
(!)  Qui  mette  en  œuvre,  qui  emploie   ? 


—  217  — 


XII 


Accord  entre  les  drapiers  et  les  teinturiers  an  sujet  du  salaire 
de  ceux-ci.  1447,  23  février. 


Nous  Thilman  Waldoreal  pour  le  temps  maistre  délie  cité  de 
Liège,  salut.  Savoir  faisons  a  cascun  et  a  tous,  comme  environs 
trois  ans  chidevant  passeis  différent  soy  luisse  esmeus  entre  le 
boin  mestier  et  les  personnes  généralement  des  drappiers  dele 
cité  de  Liège  dune  parte,  Willemme  Dessener,  Tliys  Lanche- 
manne, Gilis  Vleeshouwer  de  Tongre  et  Jaqmien  deHoutain  tuis 
tindeurs  dele  dicte  cité  dautre,  a  cause  de  salaire  et  prix  quilx, 
les  dis  tindeurs,  a  celi  temps  demandoient  a  avoir  plus  avant  que 
en  devant  navoient  oyut  pour  les  tintures  des  draps  des  colleurs 
teles  que  lesdits  drapiers  avoir  les  voloient,  lequel  salaire 
lesdits  drappiers  point  ne  voloient  donner  autrement  que  t'ait 
avoient  le  temps  passeit,  et  dont  lesdits  tindeurs  cessont  dele 
ovrer  et  tiudre;  pour  quoy  lesdis  drapiers  ou  les  governeurs 
dédit  mestier  trairent  en  cause  les  susdits  quattre  tindeurs  par 
devant  maistre  et  consel  dele  cité,  par  devant  lesqueilz  il  en  fut 
si  avant  questioneit  que  lesdis  maistres  et  trente  deux  passont 
et  accordont,  suyant  les  exploiz  sur  ce  faiz,que  les  susdis  quatre 
tindeurs  de  temps  advenir  tindasseut  et  ovrassent  a  teilx  pris 
que  stoffe,  matere  et  denrée  de  leur  mestier  yroit,  fuisse  a 
liault  pris  ou  bas  pris,  sains  fraude  en  ceconven;  par  vertut  de 
laquele  déclarai  ion  par  lesdis  maistres  et  xxxij  rendue  et  icelle 
moienante,  partant  que  lesdis  tindeurs  disoient  par  icelle  estre 
blechiés  et  grandement  perdaus  se  ils  tindoient  a  teilx  pris  que 
lesdis  drapiers  les  requeroient,  hommes  et  arbitz  furent,  tant 
par  ledit  boin  mestier  dune  part  et  les  susdis  Willem,  Tliys, 
Gilis,  Jacquemien,  d'autre,  pris  et  eslis  [tour  de  ce  appaisier  et 
accorder  ;  lesqueilx  hommes  par  eaux  bin  ontendutledeclaracion 


—  218  — 

dcsdis  maistres  et  xxxij,  considereit  et  calculeit  le  pris  et  valleur 
délie  denrée,  stoffe  et  matere  quil  failloit  a  tindre  les  drnps  des 
eolleurs  teles  que  lesdis  drapiers  avoir  les  voloient,  dessent  que 
le  wàusdre  partennante  a  une  brunette  selon  le  semblare  ac- 
coustumeit  dudit  mestier,  povoit  valoire  cliincque  grillons  et 
demi.  Et  après  ce  lesdis  drapiers  et  plussieurs  borgois  dele  dicte 
cité  soy  deplendoient  que  lesdis  tindeurs  erroient  grandement 
aux  colleurs  des  roiges,  verres  et  sangwing,  car  point  ne  les 
faisoient  si  bin  ne  de  si  grandes  colleurs  quon  faisoit  en  autres 
bonnes  villez  a  Tournay  et  autre  part,  dont  ilx  estoient  grande- 
ment perdans  et  yroit  le  draperie  dele  dicte  cité  en  déclin  se 
pourveut  ny  estoit  ;  si  que  pour  ad  ce  remedyer  et  pourveyr  et 
pour  la  dite  cité  avoir  noin,  en  icelle  avoir  et  troveir  boins 
draps  bin  tindres  de  bonnes  et  baultennes  colleurs,  ilx,  lesdis 
drapiers  et  les  personnes  dudit  boin  mestier,  mandont  ung 
nom  met  Giele  de  Molin  tindeur,  auquel  ilx  donnont  le  grande 
raute  dudit  mestier  parmi  tant  quil,  Giele,  devoit  tindre  de  boul- 
hon  les  draps  des  colleurs  susdites  de  bonnes  et  belles  colleurs 
aussi  belles  et  aussi  bonnes  quon  faisoit  a  Tournay  et  autrepart. 
Et  parmy  pour  cascun  drap  et  chacun  selon  sa  colleur  et  pris 
payant  comme  les  lettres  seeïéez  de  seel  ledit  boin  mestier  et 
dédit  Giele  de  Molins  font  mencion  et  continent  plus  ad  plain. 
Et  après  tout  ce  que  dit  est  par  desseur  fait  et  advenut,  et  de 
rechief  novealx  differens  et  discors  soy  fuissent  esmeus  et 
susciteis  par  et  entre  lesdis  drapiers  dune  part,  et  les  susdits 
Willeme  Dessener,  Thys  Lanchemanne,  Gilis  de  Tongre, 
Jaquemien  de  Houtain  et  Giele  de  Molins  tuis  tindeurs  dautre, 
touchant  le  wausdre  quil  falloit  et  povoit  partenir  a  une  bru- 
nette,  sangwinne  et  werre,  dont  lesdis  tindeurs  voloient  avoir 
pour  le  wausdre  partenante  a  une  brunette  cliincque  griffons 
quinze  bodd.  et  disoient  que  tant  en  avoient  oyut  et  en  avoient, 
et  lesdits  drapiers  disoient  quilx  nen  avoient  paiet  et  n'en 
paioient  que  cliincque  griffons  et  demy  et  que  plus  nen  paie- 
roient,  dont  pour  ce  lesdis  tindeurs  cessont  délie  tindre  et  ovrer 


—  219  — 

une  grande  espauze  de  temps,  qui  estoit  en  très  grand  préjudice 
et  dammaîge  desdis  drapiers  et  sen  tenoient  très  mal  eontains, 
el  avoient  pour  celi  cas  t'ait  commander  ausdis  tindeurs  sur 
estre  albains  suyant  le  susdit  déclaration  des  maistres  et  xxxij, 
que  dedens  viij  jours  ilx  tindassent,  auqueil  commant  point  ne 
obeyrent,  ains  furent  crieis  albains  et  escrips  et  encor  le  sont. 
Sur  et  pour  ions  lesqueix  differens,  discors  et  entredeux,  par- 
tant que  lesdis  drapiers  et  tindeurs  sont  dun  mestier  et  de  ung 
meisme  seriment,  certains  boins  borgois  dédit  mestier  convoi- 
tans  le  honneur  et  proffit  deaux,  sentans  iceli  discors  non  devoir 
estre  entre  eaux,  ains  devoir  estre  tout  unq  comme  frères,  soy 
sont  entremelleis,  partant  que  le  différent  estoit  si  petit  et  bin 
pour  accorder,  et  que  ce  estoit  pour  le  waindre  dunne  brunette 
dont  lesdis  tindeurs  en  voloient  avoir  chineque  grillons  et 
quinze  bodd.  et  lesdis  drapiers  nen  voloient  donneir  que 
ebineque  grillons  et  demy,  priont  a  eaux  lesdis  drapiers  et 
tindeurs  que  diceux  differens  volsissent  prendre  bommes  ou 
tenir  ad  ce  que  par  nous  le  susdit  Tliilman  Waldoreal  dit  et 
determinet  en  seroit.  A  laquele  supplication  et  requeste  in- 
clinaus,  lesdis  drapiers  par  plaine  syete  du  dit  mestier  faite 
pour  cesti  cas  en  leurs  lieu  accoustumeit,  dessent,  promiesent 
et  oerent  couvent  dele  tenir  et  accomplir  ce  que  par  nous  dit  et. 
determinet  en  serat.  Et  les  susdis  Willeme,  Tbys,  Gilis,  Jac- 
quemien  et  Giele  tuis  tindeurs,  dessent  aussi ,  promiesent  et 
ocrent  couvent  de  le  tenir,  faire  et  accomplir  tout  ce  et  de 
quant  que  par  nous  dit  et  determinet  en  serat,  comme  sovraiu 
cl  puissant  en  la  cause.  Sur  quoy  nous,  Tliilman  Waldoreal 
susdit,  comme  puissant  et  sovraiu  en  cesti  cas,  premirement 
parnous  bin  et  deyubtementvisentiettous  les  autres  (')paravant 
lais,  et  specialment  conseilles  et  pris  information  a  ceaux  qui 
a  teilx  cas  soy  cognissenl ,  consideret  le  différent  et  discors 

(  '    Tous  les  actes  ,  toutes  les  chartes? 


_^_  220  

estre  si  petis  que  de  chincque  bodd.,  avons  dit  et  sentenchiet 
disons,  pronunchons  et  sentenclions  notre  dit  sentenche  comme 
sovrain  et  puissant  en  le  manire  qui  sensiet.  Le  nom  de  Dieu 
premirement  invokeit  que  bonne  paix ,  union  et  concorde  soit 
et  demeurt  entre  les  dites  parties;  en  après  disons,  pronon- 
chons  et  sentenclions  que  les  govemeurs  de  dit  boin  mestier 
quant  requis  en  seront  soy  loyent  (*)  des  albainstés  fais  ens  per- 
sonnes des  susdis  tindeurs  et  au  papier  dele  Violette  et  que  les 
tindeurs,  se  quittez  en  vuelent  estre,  soy  fâchent  ferir  fours  de 
papier  et  a  leurs  frais.  Item  au  point  de  discors  louchant  le  sa- 
lare  et  pris  dele  waindre  partenaut  a  une  brunette,  dont  lesdis 
tindeurs  en  voloient  avoir  chincque  griffons  et  quinze  bodd.  et 
les  drapiers  nen  voloient  donner  que  chincque  griffons  et  demy, 
dissons  et  sentenclions,  comme  sovrain  en  cesti  cas,  que  lesdis 
chincque  tindeurs  dece  jour  en  avant  ovrent,  laburent  et  tindent 
bonement  et  loyalment  selon  le  patron  de  temps  parmi  a  eaux 
payant  pour  le  wansdre  dune  brunette  chincque  griffons  douze 
bodd.  et  demi.  Item  au  point  des  verres  et  sangwing  de  deux 
olnes  pour  une  long  brunette  aussi  de  deux  olnes  et  ayent  pour 
le  wansdre  dun  verre  de  deux  olnes  deux  griffons.  Et  siladvenoit 
de  ce  jour  en  avant  que  le  denrée  remoniast  ou  ravalast,  que 
pour  choese  que  lun  ne  lautre  polroit  diere  ne  pour  différent 
quilx  en  enwissent  ou  avoir  polsissent,  que  pour  ce  ne  puelent 
et  ne  doient  sérier  ne  cesser  quils  ne  ouvrent,  laburent  et  tindent 
tout  dis;  et  se  lidelferent  estoit  si  grand  que  entre  eaux  meismes 
nen  polsissent  estre  daccors,  que  dont  quant  ce  advenrat  quilx 
en  tengnent  et  accomplissent  tout  ce  et  de  quant  que  dit  et 
determinet  en  serat  par  le  bonne  ville  de  Tongreet  par  le  bonne 
ville  deHaske  sains  aller  allencontre,  demorant  le  déclaration  et 
jugement  par  lesdis  maistres  et  xxxij  rendus  en  leur  forche  et 
virtut.  Item  en  après  disons,  prononchons  et  sentenclions  que 
cascun  desdis  chincque  tindeurs  mettre  tantost  et  dedens  owyt 
jours  en  le  main  des  governeurs  dédit  boin  mestier  deux  pessans 
florins  de  Rins,  cest  ensemble  dyes  pessans  florins,  pour  les 


_  ç>21  

convertie?  en  recompensation  des  grains  et  horribles  demmaîges, 
Irais  ci  despens  qujlx,  lesdis  drapiers,  ont  oyutpour  faulte  des- 
dis  tindeurs  qui  point  nont  ovret  ne  laburet.  Laquele  notre  pré- 
sente sentenche,  dit  el  pronunciation  injondons  ausdis  drapiers 
et  tindeurs  et  a  chacun  deaux  singulerment  dele  tenir,  l'aire  et 
accomplir  en  toutes  ses  parties  sur  paine  decompromis  et  creans 
par  eaux  fais  sans  en  ce  queir  fraude.  El  partant  que  ce  soit  terme 
choeseet  estauble,  nous  Tilman  Waldoreal,  avons  a  ces  présentes 
appendul  ou  l'ait  appendre  nostre  propre  seel  et  nous,  lesgover- 
t ici! rs  et  tuit  les  personnes  generalment  dédit  mestier  desdrap- 
piers,  avons  pendut  le  grant  seel  dédit  mestier;  et  nous  Willem 
Dessener,  ThysLauchemanne,  Giles  VIeshouwer,  Jacquemien  de 
Iloutain  et  Giele  de  Molins  tuis  tindeurs,  avons  pendut  ou  fait 
appendre  a  ces  présentes  nous  propres  seelz  deleis  et  avoech 
les  seelxde  susdit  notre  maistre  Waldoreal  et  dédit  boin  mestier 
en  signe  de  vérité,  sur  lan  de  grâce  dele  nativité  nostre  seignor 
Jhesu  Cristmil  quatre  cens  et  quarante  sept,  de  moys  de  feverier 
le  vinte  troizeme  jour. 

(Orig.  sur  parchemin  ,  avec  les  sceaux  de  F.  Waldoreal,  W.  Dessener,  T.  Lanche- 
manne,  et  .1.  de  Houtain.Les  trois  autres  ont  disparu). 

XIII 


Le   métier  loue  le  grenier  de  sa  halle  à   la  Société  de 
réthorique.  1562,   12    mars. 


Nous,  les  officiers  et  généralité  de  lion  mestier  des  drappiers 
de  la  cité,  franchise  etbaulieu  de  Liège,  estant  ensembles  con- 
vocquées  sur  notre  halle  et  lieu  accoustumeit  par  Gielet  de  Looz 
nostre  serviteur  serimenté,  qui  1(3  tesmoinguat,  le  xij  jour  de 
marce  anno  quinze  cens  soissânte  deux,  et  la  miesme,  comme  y 
nous  fui  oultredonneil  et  exhibueil  certaine  supplication  par  les 


999 


maîtres  et  confrèrs  de  réthoricque  quondit  des  Innocens,  con- 
tenante les  voloir  loweir  ou  rendre  a  stuit  notre  halle  certain 
terme,  pour  par  eulx  remonstreir  aulcuns  exemples  et  l'escrip- 
ture  evangelicque  contenant  l'honneur  de  Dieu  pour  leditication 
et  entretenance  de  commun  peuple  bon  crestien,  miesmement 
requist  par  les  maitres  et  confrèrs  vouloir  accordeir  les  conditions 
cy  embas  declareit  sour  lepayne  dessoubz  escript,  premièrement 
de  voloir  parfaire  le  grenier  de  notre  dite  halle  dung  coire  a 
aultre  en  telle  sorte  que  il  est  présentement  encommenchies 
asscavoir,  de  terrasse  et  planche  ou  que  il  en  sierat  besoingne, 
voir  bonne,  leale  marchandise,  icelle  qui  par  congnisseurs  sierat 
prisée  et  que  nous  officiers  et  généralité  susdit  aront  cause  de 
contentement  ;  il  miesme  faire  une  platte  montée  pour  alleir 
sour  icelluy  dit  grenier  et  le  mectre  la  ou  y  sierat  par  les 
officiers  ordonneit  a  icelle  fin  gaingner  quelque  commodité;  il 
miesme  ce  ce  trouveit  fust  aulcune  choses  brisiez  ou  rompus 
a  leurs  loccasion  des  dis  suppléant  le  voloir  refaire  à  leurs  des- 
pens.  Ce  néantmoins  après  par  nous  les  devant  dits  officiers 
et  généralité  entendus  et  incorporées  le  contenus  et  l'effect  de 
la  supplication  et  présentation  devant  dite,  avons  unanimement 
et  sains  hommes  debattans  passeit  et  accordeit ,  passons  et  ac- 
cordons que  les  dis  suppliant  poront  avoir  ung  stuit  et  terme 
de  owyt  ans  pour  faire  et  uzeir  comme  devant  dit  est,  commen- 
chant  ledit  stuit  a  premier  jour  de  may  xv°  lxij,  flnant  a  premier 
jour  de  may  lxx  ensuyvant,  conditioneit  que  telsdis  remidrement 
par  lesdits  suppliant  présent  debverat  estre  faict  et  paracheveit 
dedens  le  jour  et  feste  S1.  Johan  Baptiste  prochainement  venant 
et  ou  cas  de  deffault  que  ainsy  ne  soit  faict,  nous  gouverneurs, 
poront  dcmandeir  comme  debte  a  tule  (*)  a  Gielet  de  Looz  le  Joesne 
et  Hubert  Bur  ambedeux  confrèrs  de  ladite  compangnie,  comme 
iceulx  estant  obligiet  por  le  susdit  remidrement,  la  somme  de 
xij  "  x  florins  liégeois. 

(Document  sur  papier,  aux  archives  de  l'Etal  à  Liège). 


XIV 


Ordonnances  pour  les   weines  clowées   desseur  et  dessoubz. 
1563,  13  août. 


Nous  les  gouverneurs,  jureiz,  les  quatre  de  nostre  balle 
avecques  touttes  la  généraliteiz  et  communalteiz  de  bon  mestier 
des  drappiers  de  la  cité,  franchieses  et  banlieu  de  Liège,  estans 
sur  nostre  lialle  et  lieu  accoustummeit  ensembles  eonvoqucis 
par  Gielet  de  Looz  nostre  serviteur  serimenteit  qui  le  tesmoing- 
nat,  le  troisième  jours  de  moix  daoust  quinsecens  soissante 
huietz,  scavoir  faisons  publicquement  par  le  tenuredeceste  pre- 
sente  nostre  lettre,  taisons,  statuons  et  ordonnons  entre  nous  les 
ordonnances,  lesquelz  volons  par  nous  et  successeurs  dung  com- 
mun accorde  les  piaillement  mainlenier,  observeir  et  wardeir 
pour  de  tant  mieulx  dirigeir  et  conduire  les  draps,  ebaffurs  et 
kersée  az  weines,  réservant  lautlioi'iteiz  et  privilèges  des  draps 
et  l'orur  comme  cidevant,  afïïn  éviteir  et  rejecteir  tous  abus, 
fraudes  et  déception,  dont  de  mot  à  mot  sensuyentla  manière  az 
icelles  articles  sécutivement  a  obéir  et  ne  les  enfraindre,  ainsy 
que  chiapres  les  narratives  des  peines  sont  ci  embas  mentionnés 
az  délinquans. 

Premier  est  asscavoir  que  on  porat  licitement,  sueir  nous 
draps,  ebaffurs  et  kersée  az  courtes  wendes  érigées  et  faictes 
sur  nostre  beritaiges  az  wendes,  exlantes  icelles  debors  Chastea 
a/,  l 'lires  îles  wingnes,  les  povoir  cloweir  dessoubz  à  la  plus 
moindre  folle  et  sains  travaillie  que  faire  se  peult,  conditioneit 
ce  il  est  ti'ouveit  aulcuns  ou  aulcunes  de  queleques  estât  qui  soit 
tirantdraps,  chaffurs,  fours  ou  kersée,  soit  de  loingoudelarge,  et 
y  ce  vient  rompre  ou  desebireir,  incourerat  eu  la  peine  et  amende 
de  ung  florin  doer  ou  la  vraie  valeur,sains  soy  povoir  excuseir 
sourumbrede  ses  enffans,  servant  ou  servantes. 


w.i 


Item  les  drappiers  ayant  wendes  ens  leurs  héritaiges  ou  ens 
aultres  lieu  commodieux  pour  cloweir  lesdis  draps,  foururs, 
chaffurs  ou  kersee  desseur  et  dessoubz,  enjoyront  et  posséderont 
pour  sueir  en  la  manière  et  ainsy  que  devant  dit  est;  réservant 
ceulx  qui  ont  wenes  ens  leurs  héritaiges,  seront  tenus  livreir 
louverture  de  leurs  maisons  et  héritaiges  az  seigneurs  ewardens 
qui  les  seront  pour  le  temps,  que  pour  de  leurs  wendes  et  mar- 
chandises avoir  inspection,  surpaine  et  amende  de  ung  florins 
doer  az  rebellans  et  defailhans  tant  de  fois  et  quante  fois  requis 
en  seront  par  lesdis  sieurs  ewardens. 

Item  ce  trouveit  est  draps  rompu  ou  deschireit  venant  des 
tindeurs,  iceluy  a  cui  ledit  draps  serat  parvenant  ou  ceulx  et  celles 
des  maisnées  les  mectent  az  wendes  lesdis  romptures  ou 
chyres  trouvée,  en  debveront  faire  premièrement  ostension  et 
monstre  ausdis  ewardens  avant  les  povoirs  cloweir  desseur  et 
dessoubs,  ou  doncque  en  labsence  des  seigneurs  ewardens  le 
faire  vérifier  pardevant  les  gouverneurs  et  jureiz  par  deux 
tesmoings  digne  de  foid,  sur  la  peine  et  amende  devant  dite  ; 
lesquels  tesmoings  seront  tenus  faire  sériment  avoir  iceulx 
romptures  ou  chires  veu  avant  les  mis  et  cloweit  ausdites 
weindes  desseur  et  dessoubs. 

Item  poront  les  ewardens  prendre  touttes  drapperies  et  les 
assaillier  ens  leawe  froid  et  chaulde,  et  se  faulte  y  trouvent, 
troix  florins  doer  damende  et  confiscation  dicelle  ce  le  cas  est 
trop  exhorbitant. 

Item  que  personnes  dequelcque  qualité  quilz  soit,  ne  présume 
mettre  marchandises  ausdites  weines,  assavoir  draps,  chaffur, 
kersée  et  bailhette  ou  marchandises  estrangne,  se  telz  drapperies 
ne  sont  à  eulx  partenante,silz  ne  sont  doncques  demorant  habi- 
tons ou  labourant  ens  les  maisons  a  cuy  telz  marchandises  est 
partenante,  a  paines  az  contrevenans  de  telle  amende. 

Item  que  personne  ne  présume  de  suer  et  mectre  des  estrocit 
draps  ausdis  wendes  et  iceulx  assubjecteir  en  neufz  quartier 
de  large  (*)  sour  umbre  de  nostre  dit  bon  mestier  sains  que  a  nul 


jour  nous  et  nous  successeurs  le  porons  remissioneir  attendu 
la  faulseté  commis  et  reproveit  de  son  seriment  comme  parjure. 
Derechief  avons  ordonneil  etstatueit  pour  demoreir  a  perpetui- 
teiten  repos,  affîn  éviteir  touttes  esclandre,  hayme,  odiositeiz  et 
discentions  que  cidevant  entre  nous  ont  rengneil  à  raison  des 
offices  qui  se  donnent  et  renouvellent  annuellement,  estquenule 
personne  suyant  noz  précédentes  ordonances  estre  et  porteir 
ne  demandeir  deux  offices,  ains  soy  doit  contenteir  dune  seule 
non  comprins  en  ceste  présente  les  offices  rengnante  ad  vilain  ; 
et  ne  debveront  estre  az  élections  des  otfices  en  nostre 
chambre  présent  sinon  les  deux  gouverneurs,  juriez,  quatre 
délie  halle,  banneresse  et  le  vieulx  maistre  de  membre,  clercque 
et  varlet,  et  si1  en  nostre  mestier  y  eust  alcuns  commissaire  on 
les  porat  dedans  appelleir  pour  lhoneur  de  leurs  offices;  voir  ce 
en  nombre  des  susdis  officiers  eust.  aulcuns  demandant  queclque 
offices  quant  adoneque  seront  tenus  sortir  sains  contredict; 
conditioneit  que  à  jour  S'.-Severins  en  faisant  lelectiort  dung 
maistre,  les  vieulx  maistre  poront  demoreir  az  élections;  finable- 
ment  que  les  non  capable  ne  ad  ce  idoine,  quant  ilz  convient 
faire  aulcunes  élections  dofficiers  ou  aulcunes  sieulte  et  se- 
quele,  ne  soient  receu  ne  admis  suyant  le  contenus  des  précé- 
dentes nous  ordonances,  comme  ossy  ceulx  qui  ne  fréquentent 
nostre  bannière  et  gens  non  mariez,  veu  et  considereit  que  des 
non  mariez  y  at  trop  grand  nombre  ce  qui  a  causeit  parcide- 
vant  les  troubles  et  differens  ;  conditioneit  se  il  advenoit  que 
aulcuns  desdis  officiers  venist  reveleir  le  secreit  de  chambrea 
quant  adoneques  serat  priveit  de  son  office  et  de  mestier. 

Ilc;ï.  aux  reçus  du  mélienles  Drapiers,  l.">."-2-lo78,  p.  132). 


22(3  -- 


XV 


Mandement  contre  les  recoupeurs  de  laine.  1569. 

En  conseil  de  la  cité  de  Liège  tenu  en  la  sale  haulte  en  judi 
xxnj''  jour  de  mois  de  jung  1569. 

Gérard  de  Groesbeck  par  la  grâce  de  Dieu,  evesque  de  Liège, 
etc.,  à  notre  souverain  maieur  de  ceste  notre  cité  de  Liège  ou 
son  lieutenant  et  à  tous  autres  nos  officiers  et  justiciers  cuy 
ce  regardera,  salut.  Savoir  faisons,  corne  estant  puis  quelcque 
mois  enclia  de  la  part  du  Roy  catholicque  en  diverses  lieux 
de  ses  Pays-Bas  (pour  éviter  les  préemptions  et  monopoles 
qui  se  faisoient  en  trafficque  et  marchandiese  de  layne  au 
grand  préjudice  des  drappiers,  foulions,  tainturiers,  retondeurs 
et  semblables  exerccans  faict  de  drapperie  et  à  detryement 
de  la  comunne)  statué  et  publyé  certaines  ordonnances  et 
deffenses,  entre  autres  des  dictes  préemptions  et  clachepter 
laines  hors  franck  marcbié,  non  par  autres  que  par  gens  de 
de  leur  stiel  et  mestier  soy  servans  de  semblables  laynes, 
par  où  bonne  partie  des  dictes  préemptions,  tant  de  noz 
subjects  que  des  subjects  de  sadicte  majesté  et  qui  se  sont 
accoustumés  dachapter,  amasser,  enserrer  et  retenir  les- 
dictes  laynes,  ne  pouvans,  obstant  ledict  édict,  exercer  leurs 
dictes  monopoles  esdis  Pays-Bas,  sadvanchent  dachapter  et 
amasser  touttes  sortes  de  laynes  en  cestuy  notre  pays  au  grand 
préjudice  de  la  commune  et  entyere  destruction  des  mestiers  et 
exercice  de  draperie  corne  dit  est  ;  pour  à  quoy  remedyer  et 
pourveoir  vous  orclonons  et  comandons  bien  et  à  certes  que  de 
notre  part  es  lieux  et  destroictz  de  votre  office  ou  Ion  est  accous- 
tumé  faire  cris  et  publications,  faites  de  notre  part  exprès  com- 
mandement et  défense  que  doresnavant  nul  ne  se  présume 
dacheter  laine  de  quelcque  sorte  quelle  soit,  prinse  en  cestuy 


—  ±21  — 

nôtre  pays  el  qui  ne  vient  des  pays  Dengleterre,  Espagne  et 
d'autre  pays  estrangier,sinon  sur  le  franck  marchiéel  au  poix  des 
bonnes  villes  ou  franchieses  de  cestuy  notre  dict  pays  aieans 
privilège  de  franok  marchié  et  aux  lieux  el  heures  accoustumez 
et  danchienetë  en  ce  observez  ;  saulff  toutteffois  que  eeulx  qui 
tienenl  el  nourissent  blanches  bestes  en  cedil  pays,pouront 
vendre  les  laynes procédantes  de  leurs  dictes  bestes  après  quelles 
seront  tondues  es  lieux  et  au  temps  que  bon  leur  sembleral  ;  et 
pour  autanl  que  la  chierté  de  la  dicte  laine  semble  bonne  partie 
procéder  et  venir  à  cause  des  marchans  qui  les  vont  préacheter 
et  les  gardenl  jusques  à  l'extrême  chierté,  ou  les  conduisent  et 
vendent  hors  cestuy  pays,  avons  ordonné  que  à  nul  marchant  ne 
sera  doresnavant  permis  damener,  vendre  nidistribuer  aucunnes 
laynes  hors  des  limittes  de  notre  dict  pays  ne  miesme  eu  cedit 
pays  ;i  marchans  estrangiers  ou  pour  les  miner  et  conduire  hors 
diceux  pais,  saufftoutte  fois  que  les  estrangiers  besongnans  de 
leur  stil  et  par  eulx  miesmes  en  laines,  pourontpour  leur.usage 
cl  exercice  de  leur  styl  et  mestier,  tant  seulement  acheter  laine 
en  cedii  pays  corne  dit  est.  Et  réciprocquemenl  corne  à  noz 
subects  est  permis  ans  dis  pays  de  Braibant  eu  faisant  pre- 
niiènieut  et  avant  toutte  es  mains  de  lofficier  du  lieu  où  ils 
vouhlrout  acheter  teles  laines,  serment  quicelles  laines  ilz 
achaptent  pour  les  employer  en  besoing  par  eulx  miesmes  et 
non  pour  les  revendre  en  autre  main,  en  prendant  sur  ce  congé 
el  act  dédit  officier  qui  leur  debvera  par  iceluy  estre délivré  sains 
en  payer  queleque  droit;  ne  poura  aussy  quelcquung  qui  que  ce 
soit  achapter,  retenir,  directement  ou  indirectement  ne  eu 
queleque  manyer  que  ce  soit  marchander  aucunnes  laines  pen- 
dant el  de  temps  quelles  sonl  encour  sur  les  moutons,  brebis 
ou  angneaux,  le  ton!  (à  dessus  d'arbitrare  correction)  à  paine 
destre  chastiés  corne  autheurs  de  monopole  selon  lexigence  de 
cas,  sains  aucunnegrace,faveur  ou  dissimulation  et  de  commettre, 
perdre  el  forfaire  lesdictes  laines  ou  la  valeur  dicelles  par  ceulx 
ou  celuy  qui  aronl  contrerement  à  nos  dictes  ordonances  ou 


—  228  — 

aucun  poînct  d'icelles,  et  pardessus  cède  payer  lamende  de  trois 
florins  dor  pour  chacun  liverea  de  laine  que  contre  et  en  préjudice 
que  dessus,  seront  vendus,  achetés  ou  eminés;à  applicquer  les- 
dictes  amendes  et  forfaitures  ung  tyers  à  notre  proffit ,  ung 
tyrs  à  loflicier  qui  en  ferat  lexécution  et  le  troixèmetyrs  au  proffit 
du  raporteur  et  dénunciateur.  Et  pour  faire  sortir  notre  dicte 
ordonance  plus  prompt  et  meilleur  effect,  voulons  et  ordonons 
que  tous  estrangiers  qui  en  notre  dict  pais  achapteront  ou 
feront  achater  laines, seront  tenus  à  dessus  desdictes  promesses, 
serimens  et  déclarations,  de  donner  suflisante  et  ydoenne  cau- 
tion devant  la  justice  de  lieu  dudit  achapt  où  ils  achaptent  les- 
dictes  laines  pour  leur  usage  et  mestier  et  non  pour  revendre 
ausdis  plesges  neautrez.  Déclarant  outre  ce  tous  achats  de  laines 
contre  ce  que  dessus  fais,  nestans  encour  parfurnis  ny  livrez, 
nestre  daucunne  valeur  ny  vigeur  et  que  les  achapteurs  ne 
pouront  en  vigheur  diceux  demander  ou  recepvoir  le  délivere- 
ment  de  laine,  a  teles  paines  et  applicables  comme  dessus,  saulff' 
touttefois  que  tous  drappiers  et  aultres  besongnans  en  laine, 
poront  revendre  le  regect  et  reiaille  desdictes  laines  dont  ils 
ne  peuvent  servir  en  leur  overage  la  et  ensy  que  bon  leur  sem- 
blerat,  le  tout  par  forme  de  provision  ,  et  tant  que  autrement  en 
ceste  endroit  serat  par  nous  pourveu  et  ordonné.  Mandons  pour 
ce  et  comandons  à  tous  nosdis  officiers,  justiciers,  subjects  et 
autres  ensemble  h  ceulx  de  nos  vassaulz,  que  notre  ordonance 
susdictc  ilz  fâchent  mettre  en  garde  de  loy  et  eslroictement 
observer,  procédâtes  contre  les  trausgresseurs  à  lexaction  des 
paines  et  amendes  susdictes  sains  aucunne  dessimulation  ou 
faveur,  car  tel  est  notre  bon  plaisier,  donné,  etc. 

(Recès  de  la  ville  à  la  bibliothèque  île  l'Université  de  Liège.  1508-1570,  p.  liO). 


—  2U20 


XVI 


Difficulcs  entre  le  métior   et  la  hanse   de  la  ville 
(le  Nsmur,  1571,  5  novembre. 


Nous  les  governeurs,  jurez,  ewardens,  maîtres  du  membre, 
quattres  et  autres  officiers  avec  la  généralité  des  compagnons 
de  bon  mestier  «les  drappiers  de  la  cité,  franchiese  et  baulieu 
Liège,  extans  ensemble  convoequéset  assemblés  sur  notre  balle 
et  lieu  aecoustumé  par  Gilet  du  Looz  nostre  serviteur  serimenté 
qui  le  tesmoingnat,  le  v  jour  de  novembre  au  xv  lxxj  ;  la 
miesme,  après  par  nous  avoir  entendu  par  auleuns  compangnons 
de  nostre  (bt  bon  mestier  comment  ilsaroient  avec  leurs  pacquets 
et  draps,  drappés  en  cesdite  cité  et  séelez  par  noz  ewardens 
jurez  suyant  le  contenu  de  noz  chartes  et  privilèges,  esté  vendre 
iceulx  à  Malone  à  la  fore  condistHerbatte,  où  qu'ils  aroient  vendu 
plussieurs  pièces  de  draps  entyères  az  balliers  de  la  bonne  ville 
de  Namurre,  lesquels  dis  balliers  les  aroient  fait  stamper  par 
les  înaitres  et  jurez  délie  bans  (ledit  Namure,  et  corne  nos  dis 
confrers euissent  ramenez  les  cruys  de  leurs  draps  qu'ils  navoient 
point  vendu  audit  Malone  en  ladite  ville  de  Namure  pour  ce 
ordonnée,  et  requis  ausdis  maîtres  et  jurez  délie  bans  de  les 
voloir  visenteir  et  semblablement  stamper  auffin  les  povoir 
mectre  à  vendaige,  ce  néantmoins  iceuls  dis  maitres  et  jurez 
délie  bans  no  les  aroient  volsu  stamper  auffin  astraindre  nosdis 
confrers  de  ne  les  mectre  à  vendaige,  de  manière  que  nosdis 
confrers  pour  tel  refus  seraient  en  dispute  pardevanl  la  justice 
dédit  Namure  ou  que  la  cause  pend  indécise,  préteudans  par  les- 
dis  maitres  et  jurés  délie  bans  par  ce  déffendre  et  empêcher 
(sans  tiltre  ny  raison,  ains  de  leur  auctorité  privée)  que  les  draps 
drappés,  tissus  et  scelez  en  ceste  dicte  cité  en  la  manière  dite,  ne 
soy  polsissent  dors  eu  avant  plus  vendre  en  ladite  ville  et  comté 


230 


deNamure,  qui  seroit  totalement  contre  les  privilèges,  puissances 
et  auctorités  que  de  ce  faire  povous  avoir,  miesme  de  lanchienne 
possession  qui  ont  heyus  cidevaut  noz  prédicesseurs  et  que 
avons  heyus  jusquez  à  présent  ;  parquoy  après  par  nous  avoir 
incorporé  le  dessus  que  redonde  à  grand  préjudice  et  domaige 
de  nous  et  noz  successeurs,  avons  par  ceste  présente  député, 
constitué  et  instabli  Stas  Tewis  et  Lambert  de  Preit  gouverneurs, 
Giele  Brockart  rentier,  Martin  Malmcdie  et  Gielet  Gielwar 
confrers  de  notre  dit  bon  mestiers,  pour  par  eulx  et  chacun  d'eux 
in  solidum  soy  trouver  par  devant  ladite  justice  de  Namure  et 
tous  autres  juges  ou  la  dite  cause  penderoit  indécise,  et  illecque 
deffendre  et  parsuyre  icelle  jusquez  en  dcffinitive  ainsy  et  corne 
par  raison  sera!  trouvé  expédient,  az  despens  de  notre  dit  bon 
mestier  ou  cas  que  nosdis  confrers  fuissent  succumbans ,  les 
donnant  puissance  et  auctorité  de  protester  des  domages  et 
intérests  par  nosdis  confrers  sustenus  et  que  eulx  ou  tous  autres 
de  notre  dit  bon  mestier  poroit  a  ceste  raison  susdite  sustenir. 

(Registre  aux  Recès  du  métier  des  drapiers.  15G9-1610,  p.  37,  aux  archives). 

XVII 

Règlement   touchant  l'ourdissage.  1637. 

L'an  1637  le  24  jour  daout  estant  nous  les  gouverneurs,  jurés, 
officiers  et  compaignons  etc.  assemblés  et  convoqués  sur  notre 
halle,  lieu  accoustumé,  ayant  par  nous  les  gouverneurs  susdits 
dit,  remonstré,  comment  les  petits  compaignons  de  notre  dit 
mestier  ne  peuvent  avoir  aucune  gaigne  en  lexercice  de  leurs 
besoigne  en  tant  que  les  grands  drapiers,  ayant  grand  moyen, 
tienent  grand  nombre  destat  et  douvrir,  tellement  quiceux  ne 
sont  nullement  servis  a  leurs  exclusion  ;  et  voulant  au  premis 
mestre  ordre  et  police  afin  que  les  petits  ayent  moyen  de  susle- 


—  231  — 

nir  el  maintenu-  leur  famille,  a  été  accordé  que  nul  compagnon 
usant  de  nostredit  art  ne  pouldra  avoir  que  cincque  sitat  pour 
besoigner  de  la  drapperie,  sur  paine  et  amende  embas  escript 
lequel debveront  ourdir  et  soy  conformera  qui  sensuit. 

Premier,  tous  fins  draps  se  debveront  ourdir  et  enlamer  (')  a 
saisecents  fils  el  point  audesoub  ou  davantaige  sy  veulent,  et 
quant  az  moyens  draps  en  quattorze  cent  fils. 

E<  quant  aux  draps  que  Ton  dist  forur,  se  debveront  ourdir  et 
enlamer  a  traize  cents  lils  et  point  au  desoub. 

[tem  los  bayet  se  debveront  ourdir  et  enlamer  a  quinze  cent 
fils  et  point  au  desoub,  quy  contiendront  neuf  quartier  large,  et 
quant  à  ceulx  de  deux  aune  se  debveront  elamer  et  ourdir  a 
douze  cents  lils  et  point  au  desoub,  et  ceulx  de  sept  quartier  à 
diex  et  demy  ou  davantage  sy  faire  veulent. 

Item  les  carsée  debveront  estre  ourdis  et  elamés  à  diex  cents 
et  demy  ou  davantaige  sy  faire  le  veulent  et  point  au  desoub. 

Item  les  large  raset  debveront  estre  ourdis  et  elamés  a  saise 
cents  fils  et  lesestroite  a  quattorse  cents  fils  et  point  iceulx  au 
desoubs,  ou  davantaige  sy  faire  veulent. 

Item  les  large  hanskotte  à  diex  huicts  cents  lils  et  les  estroitte 
à  diex  sept  cents  fils  et  point  au  desoubs  ou  davantaige  sy  faire 
veulent. 

Item  les  large  saille  (*)  se  debveront  ourdir  et  élamer  a  vingte 
deux  cents  lils  et  les  estroitte  a  diex  neuff  cents  fils  et  point  au 
desoub  ou  davantaige  sy  faire  le  veulent;  et  d'autant  que  sur  les 
présent  pièces  Ton  ne  scaurait  mettre  pour  les  sailler  sans  les 
oflfencer,  les  ewardins  y  opposeront  quelque  marque  par  notre 
greffier  à  désigner. 

Item  les  large  sitaint  se  debveront  ourdir  et  elamer  a  diex 
luiict  cents  lils  et  point  au  desoubs  ou  davantaige  sy  faire  le 
veulent,  et  auront  semblable  marque  que  dessus  à  applicquerpar 

1    On  peut  lire  aussi  enlamer. 


—  232  — 

les  susdit  ewardins,  et  les  estroites  à  saise  cents  et  point  au 
desoubs. 

Et  quant  à  ceulx  d'une  aune  large  a  douze  cents  fils  et  point 
au  desoubs  comme  dit  est. 

Item  est  aussy  passé  et  accordé  que  nulle  filz  de  drappier  ne 
pouldrat  drapper  ny  avoir  sital  dres'sé  sy  n'est  orphelins  de  père 
et  mère,  sy  doncque  il  n'est  chieff  de  ma  nage,  ayant  leage  de 
discrétions,  sur  paine  et  amende  cy  embas  escrit. 

Et  d'autant  que  plussieurs  de  noz  compaignons  ont  diverses 
chaisne  accomodé  contraire  au  présent  règlement,  aurat  apreuve. 
lieu  au  regard  de  l'ourdibege  en  compte  susdit,  dedans  trois 
mois  daete  de  ceste;  et  quant  aux  pièces  sour  li  stat  pour  travail- 
ler, at  esté  accordé  trois  sapmaine  pour  les  achever,  et  soy  lait 
sy  régler  ensuitte  du  dessus  sur  paine  celluy  quy  serat  deffail- 
lant  à  faire  et  accomplir  le  contenut  du  présent  règlement,  de  trois 
florins  d'or  d'amende  pour  la  première  fois  à  appliquer  comme 
de  coustume,  la  seconde  du  double  et  la  troisième  foys  désire 
privé  de  notre  dit  bon  métier  diex  ans  enthiers  dicelluy,  sans  ré- 
mission, en  injoindant  cependant  aux  ewardins  de  s'acquicter  de 
leurs  debvoir  conformément  noz  privilèges. 

(Registre  aux  Reces  du  mdtier,  aux  archives  de  l'État  à  Litige). 


GLOSSAIRE  TECHNOLOGIQUE 

DU  MÉTIER  DES  DRAPIERS 


PAR 


Stanislas   BORMANS. 


Un  glossaire  de  termes  techniques  du  métier  des  dra- 
piers était  assez  difficile  à  faire,  d'abord  à  cause  de  la 
transformation  complète  qui  s'est  accomplie  depuis  quel- 
ques années  dans  le  mode  de  fabrication  des  étoffes  ;  avec 
la  disparition  des  métiers  à  la  main,  ont  disparu  aussi 
beaucoup  de  mots  anciens  qui  ne  s'appliquaient  plus  aux 
machines  à  vapeur  ;  avec  l'introduction  de  celles-ci,  se 
sont  introduits  également  des  termes  de  formation  récente 
et  presque  toujours  française.  De  là,  obscurité  ou  défaut 
de  précision  à  l'égard  des  premiers,  et  pour  les  seconds, 
manque  presqu'absolu  d'intérêt  sous  le  rapport  de  la 
linguistique. 

D'un  autre  côté,  il  ne  nous  était  pas  permis  de  né- 
gliger, à  propos  de  l'industrie  qui  nous  occupe,  le  patois 
de  Verviers,  dont  le  vocabulaire  s'est  enrichi  d'une  foule 
de  termes  spéciaux  que  l'on  ne  trouverait  pas  ailleurs  ; 
or,  ce  patois  a  sa  prononciation  et  son  orthographe  propres, 
les  mots  que  l'on  y  rencontre  ont  leur  signification  parti- 
culière, quelquefois  complètement  différente  de  celle  où 
on  les  emploie  à  Liège. 

En  troisième  lieu,  les  vieux  documents  du  métier  sont 
remplis  d'expressions  archaïques  dont  le  sens  est  souvent 
tout-à-fait  inconnu  et  que,  cependant,  nous  n'avons  pas 
cru  devoir  omettre. 


-  236  — 

La  réunion  des  matériaux  que  pouvaient  fournir  ces 
trois  catégories  de  sources,  a  été  l'objet  d'un  premier 
travail;  reconnaissant  l'importance  des  éléments  que  pou- 
vaient fournir  les  informations  orales,  nous  avons  pu, 
grâce  à  l'obligeance  de  MM.  Dumont  et  Henrotte,  rece- 
veurs des  Hospices,  interroger  les  vieillards  qui,  dans 
leur  jeunesse,  avaient  vu  en  pleine  activité, dans  les  rues  Ro- 
ture et  Bêche,  l'ancien  système  des  métiers  à  la  main.  Gui- 
dés dans  nos  recherches  parle  regretté  capitaine  F.  Hock, 
nous  avons  pu  nous-mêmes  voir  encore  fonctionner  un  de 
de  ces  métiers,  légèrement  modifié,  travaillant  à  la  fabri- 
cation des  moutonnes.  Après  quoi  nous  avons  mis  à  contri- 
bution les  dictionnaires  de  MM.  Grandgagnage  et  Lobet, 
empruntant  à  celui-ci,  lorsque  nous  ne  pouvions  faire 
mieux,  des  définitions  entières. 

Enfin,  pour  ne  rien  négliger,  le  travail  complet  a  été 
soumis  à  la  révision  de  MM.  J.  Tasté  et  Lelotte.  à  Ver- 
viers,  et  particulièrement  de  M.  Debougnoux,  à  Spa,  qui 
ont  bien  voulu  se  donner  la  peine  de  le  corriger  et  de 
l'enrichir  d'expressions  nouvelles. 

Ce  glossaire  forme  le  complément  obligé  de  notre  Mé- 
moire sur  le  bon  métier  des  drapiers  de  V ancienne  cité  de 
Liège  ;  il  reproduit,  en  effet,  dans  leur  ordre  alphabétique, 
les  mots  difficiles  que  l'on  rencontre  dans  les  pièces  y 
annexées  et  dont  quelques-uns  nous  sont  devenus  plus  in- 
telligibles par  la  comparaison  depuis  l'impression  du 
Mémoire. 

Depuis  lors  aussi,  M.  Ferd  Henaux  nous  a  signalé  un 
acte  important  relatif  au  métier  des  drapiers,   que  nous 


—  237  - 

regrettons  de  n'avoir  pas  connu  pins  tôt;  on  nous  per- 
mettra de  le  mentionner  ici.  Il  s'agit  d'un  document  du 
Ier  avril  1350,  renseigné  dans  le  second  livre  des  chartes 
de  Sl-Lambert,  sous  n°  34  et  dont  l'analyse  est  ainsi 
conçue  : 

»  Quod  magistri  drappariorum,  textorum  et  fullonum,  et 
»  non  servientes  eorum,  liabeant  vocem  in  elig  endos  officiât  os 
a  civitatis.  Les  gouverneurs,  jureis  et  wardains  du  mes- 
»  tier  des  drappiers  ont  supplié  à  Englebert,  évesque  de 
a  Liège,  de  réduire  les  deux  fores  d'une  année  à  une  tant 
a  seulement,  à  cause  que  les  personnes  du  dit  mestier  es- 
ii  toient  fort  enclomagées  ,  ce  qu'il  leurs  a  accordé.  Et 
«  eulx  ont  déclarez  que  nuls  varlets,  servants  à  journée 
"  ou  autrement,  auriont  voix  sur  le  mestier  ;  de  quoy  ils 
a  ont  fait  une  ordonnance  pénale,  et  requis  le  dit  évesque, 
a  les  maîtres,  jureis,  gouverneurs,  conseaulz  de  la  cité  de 
a  la  confirmer  ;  ce  qu'ils  ont  fait  à  la  requeste  de  Johan 
a  dit  Jakcmot,  Piron  de  Sanson,  Bertholet  de  Haccourt, 
«  Gilon  Bissenhaye,  Piron  Démission,  Johan  Démission, 
"  Lambiert  dit  Rossea,  Colay  de  Villeir,  Henris  de  Herves, 
a  Sandrekin  de  Lemborgh,  Johan  de  Lambertmont,  Ja- 
»  mar  dit  Jakemot,  François  Godar.  Johan  Dawans  , 
»  Renier  Ruchar ,  Henrotte  dit  Bertrand  ,  Jamar  dit 
"  Salmon  ,  Colay  dit  Wanerailhe  ,  Loren  le  Folon  , 
«  Hankin  dit  Alart ,  Renier  dit  Drenghbiere  ,  Gé- 
ii  rard  de  Mumale,  Johan  dit  le  Salvaige,  Gilles  Ger- 
ii  son ,  Jehan  de  Freluez ,  Wilhekin  Boreit,  Hankin 
a  Loyne,  Johan  de  Taynier,  Johan  Drulhart,  Gérard  Sta- 
«  kr,  Salmon  de  Mumale ,  Johan  Dawchoul ,  Johan  dit 


"  Hankart,  Ponchar  fils  Gonthier,  Johan  Ponchar  et  de 
»  Missart ,  personnes   plus   suffisantes  du   dit  mestier , 
«  sauwes  les  franchises  et  privilèges  de  la  cité  et  la  lettre 
</  de  S1  Jakemeque  on  ait  dele  murmuré.\350  1er  avril.  (]  )« 
Le  premier  objet  dont  s'occupe  cette  charte  se  rapporte 
à  ce  qui  est  dit  des  foires  de  Liège  à  la  page  III  du  Mé- 
moire où  l'on  peut  voir  que  le  fait  qu'elle  nous  révèle 
avait  été  pressenti.  Le  second  point,  au  contraire,  si  les 
termes  de  l'analyse  sont  empruntés  littéralement  au  texte 
de  l'original  ,  vient  bouleverser  en  partie  les  hypothèses 
que  nous  avions  formulées.  Il  résulterait,  en  effet,  de  ces 
données  nouvelles  qu'en  1350  ,  l'organisation  du  métier 
des  drapiers  était  plus   avancée  que  nous  ne   le  suppo- 
sions (a)  ;  qu'il  existait  déjà  sous  la  forme  de  corporation 
régulière,  qu'il  avait  ses  gouverneurs  et  ses  jurés  parti- 
culiers, probablement  permanents  ;   qu'il  tenait  des  as- 
semblées et  participait  à  la  nomination  des  magistrats  de 
la  cité.  Nous  pouvons  constater  de  plus,  qu'à  cette  époque 
déformation,  la  société  devait  avoir  acquis  une  certaine 
importance  et  être  déjà  nombreuse  puisque  36  personnes 
interviennent  dans  l'acte  comme  témoins.  L'exclusion  des 
valets  servants,  de  l'élément  démocratique  ou  purement 
populaire,  doit  avoir  une  portée  politique  qui  se  rattache 
aux  événements  si  remarquables  qui  caractérisent  le  XIVe 
siècle  dans  l'histoire  liégeoise.   Nous  n'avons  pas  à  en 
apprécier  ici  les  causes  et  les  résultats. 

(  *  )  Analyse  des  libri  chartarum  ecclesiœ  s.  Lamberti  par  B.  de  Hinnisdael;  mss 
provenant  du  château  de  Bétho,  à  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Liège. 
(2)  V.  p.  112  du  Mémoire. 


GLOSSAIRE. 


*  Ache,  s.  f.  (suranné).  Ce  mot  peut  signifier  du  fil  de  lin  non 
tordu  servant  à  faire  la  chaîne  d'une  étoffe  et  appelé  en  wallon 
spinà,  ou  bien  et  plutôt  un  écheveau  quelconque.  On  le  trouve 
dans  les  phrases  suivantes  :  «  Celui  qui  vend  de  la  laine  ou 
ache ,  autre  dedens  que  dehors ,  payera  une  amende  »  (charte 
du  métier,  1527).  «  Filet  de  lin,  d'ache  (var.  tfaiche)  et  de  laine» 
(/.  de  Stavelot,  p.  213).  «  S'il  estoit  trouvé  aucun  drap,  aches 
ou  laine  »  {Recueil  des  Chartes,  I,  p.  240).  «  Ferets  (filets?)  de 
laine  ou  d'esse.  »  (Ibid.,  p.  321).  «  iijj  piéches  de  lins  et  v  livres 
d'echs  »  (1425,  échevins,  iv,  80).  —  C'est  peut-être  le  môme 
mot  que  ecki  dont  cette  dernière  forme  se  rapproche.  Comparez 
as\  filet  non  blanchi  {Diction,  de  Villers,  de  Malmedy). 

Acovri  ,  v.  a.  (Liège).  Couvrir  une  petite  partie  d'une  pièce 
d'étoffe  pour  qu'elle  ne  prenne  pas  la  teinture,  dans  le  but  de 
prouver  qu'elle  avait  été  teinte  en  laine.  Comparez  pour  le  sens 
banseler. 

Afroï  des  cherdons,  v.  a.  Employer  pour  la  première  fois  des 
chardons  neufs  placés  sur  les  fers  dits  cardes  des  machines  à 
lainer.  Comparez  afloyi,  briser,  assouplir  et  s'afloyi.  — D'où 
afroyège,  s.  m.  1°  action  d'afroyî  ;  2°  première  laine  sortie  des 
chardons  neufs. 

Aguesse ,  s.  1.  Mauvais  pli ,  soulèvement  formé  dans  une 

*  L'astérique  devant  un  terme,  indique  que  celui-ci  est  emprunté,  avec  son  ortho- 
graphe, aux  anciens  documents.  Ces  termes  sont  presque  tous  surannés  et  hors 
d'usage. 


—  240  — 

pièce  de  drap.  Ce  mot  signifie  littéralement  1°  pie,  2°  cor  au 
pied  ;  cette  dernière  signification  semble ,  par  analogie,  avoir 
donné  naissance  au  terme  des  drapiers. 

*Agnelin  ,  aignelin  ,  angnelin  ,  S.  m.  (suranné).  Toison  d'a- 
gneau ;  cette  laine  n'a  pas  assez  de  corps  pour  supporter  les 
apprêts.  «  Draps  œuvres  faussement  ou  de  purs  aignelins  » 
(Pawilhart  de  l'Université  n°  964.)  V.  aussi  les  Privilèges  des 
drapiers  d'Ath  (Bull,  de  la  comm.  royale  d'hist.  t.  ix,  3me  série, 
p.  220.) 

Aidebate,  s.  f.  Lisière  aux  deux  bouts  d'une  pièce  de  drap, 
servant  à  tendre  l'étoffe  sur  les  rames.  De  bâte,  quai,  bord,  et 
aidi,  aider  ? 

Ailette,  s.  f.  Petite  aile,  partie  du  rouet  à  filer. 

Airçons,  s.  m.  pi.  Litt.  archet.  Tringles  en  bois  qui  servent 
à  équilibrer  les  lames  d'un  métier. 

Aiârgî,  v.  a.  Litt.  élargir.  Lizer  ou  élizer,  tirer  un  drap  par 
les  lizières  pour  en  ôter  les  faux  plis. 

Apprêt,  s.  m.  Parure,  façon  donnée  aux  étoffes  en  les  lainant, 
les  tondant,  les  passant  à  la  presse,  en  un  mot  en  leur  faisant 
subir  toutes  les  préparations  qu'elles  doivent  recevoir  après 
avoir  été  foulées.  —  D'où  appresteu,  s.  m.  apprêteur,  celui  qui 
donne  l'apprêt  aux  étoffes. 

Arâï ,  v.  a.  (Liège).  Litt.  disjoindre,  ouvrir  en  tirant.  Erailler 
une  étoffe,  la  tirer  en  faisant  relâcher  le  fil.  Du  wall.  rayî, 
arracher. 

Arcanette,  s.  f.  Buglose  tinctoriale;  on  en  obtient  deux  teintes 
de  rouge. 

*Assaiiiier,v.  a.  (suranné).  Essayer,  éprouver?  Nous  trouvons 
ce  mot,  qui  n'est  pas  précisément  technique,  dans  une  charte  du 


—  24t  — 

métier  de  l'an  1568  :  «  Les  rewards  pourront  prendre  toutes 
drapperies  et  les  assaillier  ens  l'eawe  froide  ou  chaulde  »  (sans 
doute  pour  voir  quel  serait  le  retrait). 

Attenare,  s.  f.  (Verviers).  Déchirure  faite  dans  une  étoffe  en 
s'accrochant  à  quelque  chose.  A  Liège,  atteneure.  V.  Cinq. 

Avaièie,  s.  f.  avalée,  partie  de  la  chaîne  du  tisserand  qui  se 
trouve  entre  la  lame  et  le  ligueu;  quand  cette  partie  est  tissée, 
et  que,  en  devenant  trop  longue,  elle  empêche  le  jeu  du  battant, 
l'ouvrier  la  roule  sur  Fensouple,  il  met  la  pièce  jus,  il  Yavaleie. 
Ce  mot  signifie  par  extension  l'ensemble  des  fils  d'une  pièce  à 
tisser.  Il  s'applique  aussi  à  la  mull-Jenny  pour  désigner  la 
portion  de  fil  étiré  et  tordu  en  une  évolution. 

Awèies,  s.  f.  pi.  Litt.  aiguilles.  Ce  sont  les  mortaises  des 
quatre  pièces  de  bois  horizontales  qui  constituent  le  métier  et 
qui  se  nomment  pîces  ;  mais  les  drapiers  à  Liège  désignaient  par 
là  ces  pièces  de  bois  mêmes.  Celle  sur  laquelle  l'ouvrier  se 
tient  quand  il  ramasse  la  trame,  renoue  un  iil  cassé,  etc.,  se 
nomme  passe-pi. 

Ase,  s.  f.  Tringle  de  bois  portant  les  ficelles  des  lames  du 
tisserand  ;  chaque  lame  a  deux  âses,  qui  facilitent  le  travail  du 
herna.  Comparez  le  wall.  ahe,  aise. 

R 

Bâche,  s.  m.  Litt.  bac.  Petite  boite  carrée  dans  laquelle  le  tis- 
serand met  ses  spoules;  elle  est  à  quatre  compartiments  pour 
les  fils  de  différentes  couleurs. 

Bâdii,  s.  m.  1°  charretier  au  service  d'une  fabrique  ;  2n  ouvrier 
foulon. 

Baianci,  s.  m.  Litt.  balancier.  Liteau  supérieur  qui  fait  mou- 
voir les  battants  du  métier  à  tisser. 


242 


'Balisons, s.  m.  pi.  (suranné).  Partie  des  rames  ;  c'étaient  deux 
pièces  rondes  de  chêne ,  l'une  fixée  à  la  partie  supérieure  des 
rames,  l'autre  mobile,  à  la  partie  inférieure,  et  auxquelles  on 
attachait  les  pièces  d'étoffe  pour  les  étendre.  «  Wejmes  avec  ba- 
lisons d'en  bas,  montant  et  descendant,  chevilles,  trous,  pertuis, 
hamaides,  etc.  »  (Charte  du  métier,  1527).  Aujourd'hui  on  se  sert 
dans  ce  sens  du  mot  serra.  —  Balisons  devait  aussi  alors  avoir 
la  signification  de  pièce  de  bois  en  général,  car  dans  une  chro- 
nique du  xvne  siècle ,  on  lit  que  lorsque  les  pêcheurs  accouru- 
rent d'Outre-Meuse  pour  combattre  W.  Dathin,  ils  brisèrent  les 
balisons  (barrières?)  du  pont  des  Arches.  Cprz.  le  flam.  balie. 

Banc,  s.  m.  Même  signification  qu'en  français.  Pièce  de  bois 
soutenue  par  les  patinels,  sur  laquelle  le  tisserand  est  assis  à  son 
métier. 

*Banqueter,  v.  a.  (suranné).  Nous  trouvons  ce  mot  dans  une 
Charte  du  métier  de  l'an  1637:  «  Banqueter  et  sceller  toute  sorte 
de  marchandises.  »  Il  signifiait  peut-être  regarder  au  jour  une 
pièce  de  drap  pour  voir  s'il  n'y  avait  pas  de  défaut.  A  cet  effet, 
les  rewards  déroulaient  la  pièce  sur  une  espèce  de  chevalet  placé 
entre  eux  et  une  fenêtre  de  manière  à  voir  tout  le  tissu.  A 
Verviers  cela  s'appelle  passer  à  l'pice. 

Banseier,  v.  a.  Liter,  c'est-à-dire  couvrir  d'une  bande  de  pa- 
pier ou  d'étoffe  les  lisières  d'une  pièce  de  drap  avant  de  la  faire 
teindre  pour  les  empêcher  de  prendre  la  teinture;  en  effet,  les 
lisières  d'un  drap  servant  à  reconnaître  sa  qualité  doivent  con- 
server leur  première  couleur.  Du  flam.  band,  lien?—  La  rue  des 
Banseliers,  près  de  la  Madeleine ,  à  Liège,  était  habitée  par  des 
vanniers,  fabricants  de  banses.  —  Du  verbe  banseier  vient  le  s.  f. 
banseleuse,  femme  qui  fait  l'ouvrage  indiqué  ci-dessus. 

Bâre,  s.  f.  Litt.  barre.  1°  Pièce  de  bois  sur  laquelle  s'appuie  la 
poitrine  du  tisserand  et  par  laquelle  passe  en  premier  lieu  la 
pièce  qu'il  travaille  ;  2°  bâre  di  waine,  pièce  de  charpente  mobile 


—  243  — 

servant  de  traverse  entre  deux  poteaux  de  rames  ;  3°  bâre,  mau- 
vais fil  sur  la  largeur  de  la  pièce  d'étoffe  ou  des  draps,  lorsque 
l'ouvrier  se  trompe.  Comparez  voie  pour  le  sens. 

Bariafe,  s.  f.  coupure,  déchirure  plus  grande  qu'un  cinq  dans 
une  étoffe.  Métathèse  de  balafre. 

Baronner,  v.  a.  (Local  et  ironique).  Lessive  que  la  pauvre 
lileuse,  n'ayant  qu'un  mouchoir,  une  chemise,  etc.,  fait  le  samedi 
dans  son  bassin  ou  crameu,  empesant  son  linge  dans  une  bou- 
teille et  le  séchant  sur  son  hauspleu  qui  tourne  devant  le  foyer. 

Battant,  part.  prés.  ;  V.  S  tau. 

Battèie,  s.  f.  Les  peigneurs  de  laine  appellent  ainsi  une  por- 
tion de  20  livres  ;  c'est  la  quantité  de  laine  qu'ils  battent  en  une 
fois  pour  la  nettoyer. 

Battoir,  s.  m.  ou  Batteuse,  s.  f.,  mots  français  et  wallons 
désignant  la  machine  qui  sert  à  enlever  les  ordures  qui  se 
trouvent  encore  dans  les  laines  lavées. 

Baie,  s.  f.  Sorte  d'étoffe  de  laine  semblable  à  la  serge  ou  à  la 
bure.  Elle  prenait  son  nom ,  dit  Hécart ,  de  la  couleur  jaune 
(latin  badins)  qu'on  lui  donnait  avec  la  graine  d'Avignon.  Baey, 
en  flamand  signifie  flanelle. 

Baiette,  s.  f.  (Ecrit  anciennement  bailhette,  etc.)  Etoffe  de 
laine  moins  épaisse  que  la  baye.  «  Les  bayet  doivent  s'ourdir  et 
enlamer  à  1500  (ils  pour  ceux  de  9  quartiers  ou  quartes  de 
large  (2  1  2  aunes  de  large  sur  62  de  long);  de  1200  fils  pour 
ceux  de  2  aunes  ;  de  1050  fils  pour  ceux  de  7  quartiers.  » 
{Charte  du  métier,  1637). «  On  ne  peut  vendre xhafure s,  bayettes, 
fourures,  stain  sur  stain,  rassettes  ou  kersées  qu'aux  membres 
de  sa  famille.» (Charte  de  1527).  Dans  cette  phrase  bayette  pour- 
rait bien  signifier  une  étoffe  dont  la  trame  est  composée  de  fil 


—  244  — 

et  non  de  laine  dont  la  vente  était  détendue  ;  dans  ce  sens  le 
mot  serait  suranné.  —  En  français  bayette  signifie  une  espèce 
de  flanelle  très-lâche,  tirée  à  poil  d'un  côté. 

Bêche  délie  navette,  s.  m.  Litt.  bec.  Armure  de  la  navette  du 
tisserand,  formée  de  deux  petites  pièce  de  fer. 

*Berckmoese,  s.f.  Une  charte  de  1527  défend  aux  teinturiers 
d'employer  cette  substance  pour  teindre  le  drap.  C'est  peut-être 
le  même  mot  que  labnouse,  bleu  corrosif  qui  sert  aux  maçons. 

Bèriques,  s.  f.  pi.  Litt.  lunettes.  Trous  dans  lesquels  tournent 
les  pivots  de  l'axe  du  petit  ansouple.  Comparez  le  franc. 
besicles. 

*Bertoder,  v.  a.  (suranné).  Opération  du  foulon  que  nous  ne 
pouvons  déterminer.  «  Les  foulons  doivent  les  draps  bien  ber- 
toder  et  bien  appointer  de  tous  points.  »  [Charte  du  métier,  1527). 
Raquefort  donne  bertauder,  couper,  tondre  irrégulièrement. 

*Bianc  drap,  s.  m.  Drap  tissé  et  foulé,  mais  pas  encore  teint. 
«  Le  teindeur  doit  parfaire  un  drap  qu'il  a  en  primmeit  (?)  ou  en- 
core en  blan  ou  commenchiet  à  teindre.  »  (Charte  du  métier, 
1487).  «  On  ne  peut  porter  blancs  draps  aux  tindeurs  sans  avoir 
été  visités.  »  (Id.  1527).  —  On  appelait  aussi  anciennement 
drap  blanc,  l'étoffe  faite  avec  la  laine  des  moutons  tondus  après 
laS'Remy;  cette  laine  ne  pouvait  être  teinte  et  le  drap  qui  en 
provenait  devait  être  vendu  en  blanc  ;  il  s'appelait  soie  (saie  ou 
serge)  et  hansecote,  et  servait  à  faire  des  draps  de  lit,  des  habits 
aux  militaires  autrichiens,  etc. 

*Bieu  drap,  s.  m.  Drap  teint  en  bleu  soit  en  laine  soit  en 
pièce.  Signifiait  autrefois  une  étoffe  d'une  couleur  quelconque 
teinte  deux  fois  f  la  première  en  laine  ou  en  échevaux  ,  la 
seconde  en  pièce),  par  opposition  avec  le  drap  blanc.  (V.  la 
charte  du  métier  de  1325).  Cette  distinction  existait  aussi  en 


-  245  — 

Flandre  :  «  Aile  manière  van  blauwen  ende  van  witten  lake- 
nen.  »  (Charte  de§  drapiers  de  Bruges,  dans  Gaillard,  Ambachten 
van  Brugge,  p.  39). 

Bioquet,  s.  m.  Petit  morceau  de  bois  servant  à  mettre  le  mé- 
tier d'aplomb.  V.  Stock. 

*Bockerane,  s.f.  (suranné).  Ce  mot  est  probablement  une  cor- 
ruption et  métathèse  de  bouracan  ;  je  ne  l'ai  trouvé  que  dans  la 
phrase  suivante  :  «  Save,  wastarde,  phafurres,  fistaines,  bocke- 
ranes,  zuwilich,  fillets  tissus  et  non  tissus.  »  (1534,  Recueil  des 
chartes,  n,  336.  «  Boucrant  rouge  »  (Cart.  de  Bouvigne,  I,  321). 
Roesserants  dans  Polain,  Recueil  des  édils,  I,  314.  -  V.  Roque- 
fort bouqueran.  Le  mot  français  bougran  est  un  tissu  en  toile, 
flam.  bockerael,  toile  de  chanvre  lustrée. 

Boird,  s.  m.  (Verviers).  Litt.  bord.  Lisière,  bout,  extrémité 
d'une  pièce  de  drap.  Comparez  lisi  et  citron. 

'Bonnette,  s.  f.  (suranné).  Espèce  d'étoffe  qu'on  ne  connait 
plus  et  que  portaient  autrefois  les  bourgeoises  de  Liège.  «  Une 
cotte  de  bonnette  foreye  de  conin.  »  (1420.  Bull,  de  la  Soc.  wall. 
t.  vi,  2,  p.  107).  «  Ung  ron  de  bonnette  foreit  de  verde  scafar.  » 
(1422,  ibid.) 

Boubene,  s.  f.  (A  Verviers  bobene).  Litt.  bobine.  Fuseau  ou 
boubinai  chargé  de  fil,  de  laine,  etc.  Du  latin  pupa  ? 

Boubinai,  s.  m.  Fuseau  de  bobine;  petit  morceau  de  bois 
rond  à  rebords,  destiné  à  recevoir  la  laine  dévidée.  L'exemple 
de  Forir,  Diction,  «  J'a  l'ai  refai  m'boubene,  car  mi  boubinai  est 
cassé  »,  ne  se  comprend  pas  bien.  —  A  Verviers  on  emploie 
aussi  boubinai  dans  le  sens  du  mot  boubene  qui  précède  et  dont 
il  est  le  diminutif. 

Boubiner,  v.  a.  Dévider,  mettre  le  il  1  de  la  chaîne  en  éche- 
veaux  ou  sur  une  bobine  avant  d'ourdir. 


—  246  — 

Boubineu,  s.  m.  Ouvrier  qui  fait  l'action  de  boubiner,  exprimée 
par  le  mot  boubinège.  —  Signifie  encore  un  grand  dévidoir  dont 
chaque  côté  mesure  une  aune  et  qui  s'appelle  aussi  ourdiheu. 

Boudin  (fi  d'J,  s.  m.  Fil  produit  par  l'assortiment  de  la  laine 
filée,  et  qui  sert  à  faire  du  fil  fin. 

Bouillon  s.  m.  Brassin  des  teinturiers.  «  Ledit  Gilles  devoit 
tindre  de  bouilhon  les  draps.  »  (Charte  du  métier,  1447).  «Jeter 
hors  de  bouillon.  »  (Idem,  1527).  Hécart  donne  débouillement 
comme  terme  de  teinturerie. 

Boûie  à  bouler,  s.  f.  Instrument  en  bois  avec  manche,  dont 
les  teinturiers  se  servent  pour  ébruer  le  drap  à  la  rivière. 

Boulet,  s.  m.  Certain  nombre  de  barres  de  laine  peignée  pour 
la  dernière  fois,  roulées  ensemble. 

Bouracan ,  s.  m.  En  français  baracan,  bure,  étoffe  de  laine 
rose  et  sèche,  à  chaîne  très  tordue.  Comparez  le  français  bourre 
{bourros ,  étoffe  grossière) ,  espagnol  et  provençal  borra ,  flocon 
de  laine,  du  latin  burra,  singulier  inusité  de  burrae,  niaiseries. 
Le  singulier  présente  le  sens  propre,  le  pluriel  le  sens  méta- 
phorique. La  même  métaphore  se  rencontre  dans  le  latin  floccus 
qui  signifie  flocon  de  laine  et  bagatelle  (A.  Scheler,  Dict.  d'é- 
tymol.  franc.) 

Boureiotte  ,  s.  f.  Nœud,  inégalité  dans  un  fil  de  laine.  Même 
origine  que  le  mot  précédent. 

*«oursu,  s.  m.  (suranné).  Étoffe  que  nous  ne  pouvons  déter- 
miner. «  Un  noir  cotreau  doublé  de  boursu.»  (J.  Borgnet,  cartul. 
de  Bouvigne,  i,  221). 

Bouseiège,  s.  f.  Faux  pli,  gros  pli  rond  dans  une  étoffe. 
Comparez  le  wallon  bouseler,  former  bosse;  bouseie,  joufflu. 

Bouter  jus,  v.  a.  Terme  de  fabrique  indiquant  l'action  d'é- 
quarrir  à  la  rame. 

Bouts  (drap  de),  s.  m.  pi.  Drap  fait  avec  des  bouts  ou  déchets 


—  247  — 

de  rame  et  de  chaine,  appelés  queues  et  pennes.  L'emploi  sys- 
tématique de  ces  déchets  a  opéré  une  grande  révolution  dans 
la  fabrication  des  étoffes,  à  la  fin  du  siècle  dernier.  Un  document 
authentique  prouve  toutefois  qu'on  s'en  servait  déjà  en  1323. 

ureuse,  s.  f.  (Verviers).  Brosse  dont  on  se  sert  pour  épous- 
seter  le  drap  et  pour  en  coucher  le  poil.  —  D'où  breuseti,  v.  a. 
Brosser,  frotter,  coucher  la  laine  sur  le  drap.  A  Liège  on  dit 
hoveter. 

Bride,  s.  f.  Belle  corde  que  le  presseur  met  à  la  lisère  de  la 
pièce.  Ce  mot  est  emprunté  du  français. 

Brisoir,  s.  m.  Machine  avec  laquelle  on  sépare,  en  les  brisant, 
les  poils  de  la  laine  avant  de  carder  celle-ci  pour  la  filer.  —  D'où 
briseu,  s.  m.  briseur,  ouvrier  qui  fait  le  travail  susdit.  Ce  mot 
est  également  emprunté  du  français. 

Broke  délie  navette,  s.  f.  Brochette  de  fer  ou  de  baleine  qui 
traverse  l'espolin  dans  une  navette. 

Brunette,  s.  f.  Teinte  foncée,  probablement  brune  ou  garance, 
donnée  à  un  drap  ;  pour  cette  préparation,  l'étoffe  devait  préala- 
blement avoir  été  teinte  en  laine.  «  Brunette  sanguine  Monti- 
viller.  »  {Charte  du  métier ,  1550).  «  Les  draps  donnés  aux 
tindeurs  pour  les  colorer  brunette,  tels  tindeurs  devront  leur 
donner  waize  compétamment.  »  (Id.  de  1527).  V.  d'autres 
exemples  au  mot  waize.  —  Ce  mot  a  désigné  par  extension  une 
étoffe  de  couleur  foncée.  «  Ung  ron  de  brunette  foreit  de  noyre 
saye.  »  (1435.  Bull,  de  la  soc.  ivall.  iv,  2  p.  101).  «  Ma  heuke  de 
brunette  forée  de  wachet.  »  (1420.  ibid.  p.  107.) 

Bmsii,  s.  m.  (suranné).  Bois  de  Brésil,  de  Campêche,  ou  de 
Fernambouc  servant  à  teindre  le  drap.  On  trouve  ce  mot  avec 
les  variantes  brussi,  brusille  dans  le  recueil  des  chartes,  u,  238, 
321,  327,  33(5.  (V.  Diez,  v°  brasile.) 

Bruskenne,  s.  f.   Laine  qui  sans  être  teinte  a  naturellement 


—  248  — 

une  couleur  brune.  Autrefois  elle  provenait  surtout  des  mou- 
tons qu'on  élevait  aux  environs  de  Diest  et  qu'on  appelait 
minèmes,  parce  que  le  drap  qu'on  en  fabriquait  servait  aux 
ordres  mendiants  et  particulièrement  aux  Minimes.  Ce  drap 
n'était  teint  ni  en  laine  ni  en  pièce.  Quelquefois  on  mélangeait 
la  laine  bruskenne  avec  d'autres  pour  obtenir  des  laines  variées. 
V.  le  mot  minème. 

*Bruskin,  s.  m.  (suranné).  Drap  teint  bleu  en  laine  ou  drap  fait 
avec  de  la  laine  bruskenne  ?  D'après  une  charte  du  métier 
de  l'an  1527,  son  plein  compte  était  de  1400  à  1700  fils  pour  les 
deux  largeurs  et  le  tisserand  était  obligé  d'y  mettre  une  blanche 
entrelatte,  afin  de  pouvoir  reconnaître  s'il  y  avait  waize  perti- 
nente ou  non. 

*eurat.  s.  m.  (suranné).  Buratine,  popeline  à  chaîne  de  soie 
et  trame  de  laine.  «  Camelots,  burats,  étamines,  futaines.  » 
vPolain,  Recueil  des  Édits,  i,  319).  On  s'est  servi  ensuite  du  mot 
buratene,  et  aujourd'hui  on  dit  bure  di  soie. 

misai,  s.  m.,  ou  busette,  s.  f.  Litt.  tuyau  creux  de  sureau. 
Petite  buse  ou  tuyau  en  fer  blanc  sur  lequel  on  enroule  l'époule, 
c'est-à-dire  le  fd,  la  laine,  destinés  à  former  la  trame  d'une 
étoffe.  Comparez  le  mot  fisêie. 

*isutane,  s.  f.  (suranné).  Etoffe  commune?  «  Ungcotreal  de 
futaine  et  ung  de  butane...  (1422,  Bull,  de  la  Soc.  wall.  iv,  2, 
p.  107). 

c 

Cahotte  di  tindeu,  s.  f.  (Verviers).  Espolin,  tuyau  creu  sur 
lequel  les  fileurs  font  leurs  bobines.  —  A  Liège,  on  désignait 
par  ine  cahotte,  une  pille  de  80  liards  enveloppés  dans  du 
papier. 

Caïamane,  s.  f.  Étoffe  de  laine  lustrée  d'un  côté  comme  le 


—  249  — 

satin  ;  elle  était  unie,  rayée  ou  a  fleurs.  La  première  servait  à 
faire  les  culottes  des  prêtres. 

Caiandrége,  s.  m.  Action  de  faire  passer  les  étoffes  à  la 
calandre,  machine  qui  sert  à  les  apprêter,  lustrer,  moirer,  etc. 
Il  n'y  avait  encore  au  commencement  de  ce  siècle  qu'une  seule 
machine  à  calandrer  à  Liège,  au  pont  S'-Julien. 

Cameict,  s.  m.  Étoffe  non  croisée,  rase  et  sèche,  qui  se  fa- 
brique comme  la  toile  et  l'étamine  sur  un  métier  à  deux  marches  ; 
on  en  fait  de  diverses  matières  et  longueurs,  connues  sous 
différentes  dénomimations.  On  l'employait  autrefois  comme  dou- 
blure grossière  et  pour  des  habillements  d'hiver.  «  Longe  hup- 
plande  de  kamelin.  «  (lï'lG,  Bull,  de  la  soc.  watt.  t.  vi,  2  p.  m).  » 
—  Très-anciennement  cette  étoffe  devait  être  estimée,  car  nous 
trouvons  dans  une  obituaire  de  St. -Michel  du  xur  siècle  la 
phrase  suivante  :  «  Pro  quo  (anniversario)  habet  ecclesia  quatuor 
dalmaticas,  videlicet  duas  de  albo  panno  damasco  et  duas  de 
ûigro  camelotto.  »  L'éditeur  d'Et.  Boileau  {Chartes  des  métiers 
de  Paris,  p.  118)  met  en  note  drap  fin  à  cette  phrase  :  «  Laine  à 
tistre  estanfort,  camelin.  »  Roquefort  définit  le  mot  camelot  : 
espèce  d'étoffe  de  couleur  brune.  (V.  Diez,  v°  cambellotto.) 

Campène,  s.  f.  Nom  donné  à  la  laine  du  pays,  de  la  Campine, 
Diest,  etc. 

Canari,  s.  m.  Laine  que  volaient  les  tisserands  et  avec  laquelle 
ils  fabriquaient  des  étoffes  pour  leur  usage  :  Drèt  d'eandri,  drap 
fait  avec  de  la  laine  volée.  V.  moud. 

"cardinal,  s.  m.  (suranné).  Espèce  de  drap  très-fin.  «  Ung 
cardinal  et  ung  oultrefin.  »  (Recueil  des  chartes,  i,  p.  282). 

Carpettes,  s.  f.  Etoffe  grosse,  rayée  et  claire,  en  fil  et  en  laine, 
dont  on  fait  des  meubles  communs,  des  tapisseries  et  qui  sert 
surtout  aux  emballages.  On  appelle  carpette,  en  français,  un 
tapis  fait  de  cette  étoile. 

17 


—  250  — 

Chaîne,  s.  f.  Nom  donné  à  l'ensemble  des  fils  d'une  longueur 
déterminée  et  en  nombre  fixé  (pour  la  largeur)  tendus  sur  un 
métier  pour  tisser  une  étoffe. 

Chamoise,  s.  f.  Siamoise;  étoffe  demi-laine  avec  chaîne  de 
coton;  elle  est  de  qualité  inférieure  à  la  flanelle. 

Cha;;ai,  s.  m.  Litt.  chapeau.  Feutre,  étoffe  non  tissée,  faite  en 
foulant  la  laine  ou  le  poil.  «  Des  semelles  dî  chapai.  » 

chapitai,  s.  m.  Litt.  chapiteau.  Ensemble  de  pièces  de  bois 
formant  le  dessus  du  métier  et  soutenant  les  deux  balanciers, 
celui  des  lames  et  celui  de  la  tête. 

Chef,  s.  m.  Litt.  tête.  Bout  par  lequel  on  a  commencé  la 
pièce,  opposée  à  la  cowe,  qui  est  l'autre  bout.  Li  chef  est  la 
partie  la  mieux  tordue  ;  c'est  là  qu'on  met  la  marque.  V.  entre- 
batte. 

Gherpenne,  s.  f.  Signifie  en  général  une  grande  manne  en 
osier.  Celle  qu'on  emploie  dans  les  fabriques  de  draps  est  munie 
de  2  ou  4  anses  et  sert  à  transporter  la  laine  qui  a  été  cherpeie{1). 

Cherpî,  v.  a.  1°  Nettoyer,  éplucher,  enlever  les  ordures  et  les 
nœuds  de  la  laine,  l'ouvrir  avant  de  la  carder.  Hécart  donne 
carpir  et  écarpir.  A  Verviers  on  dit  ételer.  Du  mot  cherpî  vient 
cherpikége,  s.  m.,  action  d'ouvrir  et  d'éplucher  la  laine;  et  cher- 
piheu,  s.  m.  ouvrier,  qui  fait  ce  travail.  —  2°  Mélanger,  mêler 
ensemble  des  laines  de  deux  ou  trois  couleurs  différentes  pour 
varier  la  qualité  des  étoffes  ou  les  teintes.  D'où  fax  on  cherpi, 
faire  un  mélange. 

Chesse,  s.  f.  Litt.  chasse.  Instrument  avec  lequel  on  serre  ou 
chasse  la  chaîne  dans  la  trame. 

Cheva.s.  m.  Litt.  cheval.  Faute  qu'est  exposé  à  faire,  en 

(')  Schcrren  ,  flam.  couper,  hacher;  benne,  flam.,  panier;Jde  là  le  composé 
scherf benne,  panier  à  écarpir.  Le  fb  est  devenu  p  en  wallon.  Cprz  aussi  le  latin 
carpcre  lanam. 


—  251  — 

allant  trop  vite,  l'ouvrier  qui  met  la  chaîne  d'une  étoffe  sur 
Yourdiheu;  c'est  un  tour  de  fil  qui  manque  et  qui  doit  être  re- 
placé. C'est  aussi  un  terme  de  maçonnerie  :  quand  les  briques 
ne  sont  pas  bien  reliées,  elles  sont  à  chevâ. 

chivrou,  s.  m.  Litt.  chevreuil.  Fai  chivrou,  terme  de  fileur, 
se  dit  lorsque  dans  le  mull-Jennv  ou  grand  moulin  ,  tous  les 
fils  se  cassent  à  la  fois. 

"cigoffe,  s.  f.  (suranné).  Laine  de  Ségovie?  «  Un  chapeau  de 
laine  de  Cigoffe.  »  (Polain,  Recueil  des  édits,  I,  336,  686). 

Cinq,  s.  m.  Déchirure  en  angle  faite  dans  un  drap  en  le 
foulant;  elle  a  souvent  la  forme  d'un  V. 

Citrou  ou  cinlrou,  s.  m.  (Liège).  Lisière  du  drap  détachée  de 
l'étoffe.  Stochet  d'citrou,  chaussure  en  lisière.  Autrefois  on  en 
faisait  des  bretelles  et  des  jarretières. 

ciawer,  v.  a.  (Verviers).  Litt.  clouer.  Ramer  les  étoffes, 
mettre  et  tirer  le  drap  aux  waines.  D'où  claweu,  s.  m.,  ouvrier 
qui  étend  les  étoffes  sur  les  rames. 

ciichette,  s.  f.  Levier  en  fer  qui  vient  tomber  dans  les  en- 
grenages du  crené  et  fixe  ainsi  le  petit  enseu  pour  tendre  13 
pièce  d'étoffe  sur  le  métier. 

ciâ  d'iaine,  s.  m.,  est  encore  en  usage  dans  toutes  les  cam- 
pagnes aux  environs  de  Verviers,  et  désigne  un  poids  de  laine 
égal  à  une  livre.  «  Avoit  donné  un  doux  de  laine  à  sa  perde.  » 
(1580, 16  nov.  Jugements  et  sentences). 

Cockeneier,  v.  a.  Teindre  une  étoffe  à  la  cochenille. 

Coide  d'enseu,  s.  f.  Grosse  corde  qui  se  roule  sur  l'ensouple 
des  tisserands. 

Coieude,  s.  f.  Bout  de  l'étoffe  auquel  on  rattache  les  fils  ; 
lice  attachée  à  la  queue  des  trames  pour  ourdir  les  étoffes. 
Diminutif  de  coide. 


252 


Coller,  v.  a.  Mettre  de  la  gélatine  dans  la  chaîne  pour  pou- 
voir la  tisser  sans  la  casser. 

cope,  s.  f.  Tonte,  coupe  du  poil  au  moyen  des  forces,  façon 
donnée  au  drap  en  le  tondant  pour  l'apprêter.  Ce  mot  se  trouve 
aussi  dans  une  charte  du  métier  de  l'an  1527  avec  le  sens  de 
coupure,  déchirure  faite  dans  une  pièce  de  drap  en  tissant. 

*Corois  ou  courois  (conrois?),  s.  m.  (suranné).  Ces  mots  se 
trouvent  dans  une  charte  du  métier  de  132o  :  «  Drap  à  deux 
envers,  à  une  ou  à  deux  corois.  »  Drap  muni  d'une  ou  de  deux 
lisières?  Drap  à  lisière  simple  ou  double?  Ou  bien  encore  lisière 
de  différentes  couleurs,  à  plusieurs  raies? 

Coron,  s.  m.  1°  Reste,  bout  d'étoffe.  —  2°  Bout  de  fil  que 
tient  la  fdeuse  en  dévidant.  —  Ce  mot,  se  trouve  dans  une  charte 
du  métier  de  1435  :  «  Entrebat  aux  promirs  coront.  ou  aux 
direns.  »  C'est-à-dire,  bout  de  fil  ou  de  laine  pour  jeter  comme 
entrelatte  ;  li  prumi  coron  est  le  premier  fd  placé  dans  la  navette 
pour  commencer  la  pièce  ;  le  dernier  qui  la  termine  est  li  die- 
rain  coron;  après  vient  une  entrelatte. 

Coronne,  s.  f.  Litt.  couronne.  Dévidoir  en  bois  formé  de 
deux  croix  de  S1  André,  et  destiné  à  recevoir  les  fds  de  la  trame 
pour  être  dévidés;  c'était  l'ouvrage  de  la  hàspleuse. 

Cota  di  laine,  s.  f.  (Liège).  Toison,  laine  d'un  mouton  tondu 
dans  la  bonne  saison;  elle  tient  ensemble  neformant  qu'une  seule 
pièce.  A  Verviers  on  disait  autrefois  d"vair  (encore  usité  dans 
toute  la  partie  ardennaise  de  la  province  de  Liège),  aujourd'hui 
toison  ;  à  Mous  en  1624  veaurie  (Ann.  de  l'Acad.  d ,  arch.de  Belgique, 
XXI,  48).  —  Laine  di  cote,  laine  provenant  d'un  mouton  tondu 
dans  la  bonne  saison  (à  distinguer  de  celle  qui  provient  des  to- 
sais,  de  chez  les  paussiers,  etc.),  et,  par  extension,  la  laine  la 
plus  longue  et  la  meilleure  d'une  toison.  (V.  Ecqui).  «  Draps  de 
vilaines  coxhes  »  {Charte  du  métier,  1527),  drap  fait  avec  de  la 


—  253  — 

mauvaise  laine,  des  mules  cotes,  données  par  des  moutons  gal- 
leux  ou  rogneux ,  ou  tondus  dans  une  mauvaise  saison.  —  Le 
mot  cote,  s'est,  aussi  par  extension,  appliqué  à  la  jupe,  vête- 
ment de  laine  que  portent  les  femmes  du  peuple.  «  Kottes  d'es- 
querlates.  »  (/.  â'Outremeuse ,  l.  lll  p.  233).  «  Une  penne  de 
conin  qui  astoit  rostey  d'unne  cot.  »  (1425.  Eckevins  de  Liège, 
IV,  80).  «  Et  pour  sa  feme  ossy  bonne  cotte  que  feme  de  Liège 
polsissc  porteir  sur  ses  espalles.  »  (1460,  ibid.,  XXVI,  p.  77). 

courreresse,  s.  f.  Grande  carde  que  l'on  emploie  pour  garnir 
une  étoffe  de  poils  en  tirant  ceux-ci;  ainsi  nommée,  par  analogie 
avec  le  grand  rabot  dont  se  servent  les  menuisiers? 

Coveteu,  s.  f.  Couverture  de  laine.  Voyez  les  différentes  es- 
pèces dans  Lobet  au  mot  kofteu. 

Coxhe.  s.  f.  (suranné).  V.  le  mot  cote,  et  aussi  une  citation  au 
mot  grayt-mons. 

cramôné,  s.  m.  (Liège).  Mouton  tondu  sans  avoir  été  lavé. 
D'où  surge  ou  laine  en  suint,  grasse,  non  lavée.  Composé  du 
wallon  crûs  ? 

Cranque,  s.  f.  Se  dit  des  écheveaux  de  laine,  etc.,  qui  se 
crispent,  se  frisent  par  les  bouts.  Du  flamand  kronftelen,  se 
recoquiller? 

Crâs-cou,  s.  m.  (Liégeois).  Litt.  cul  gras.  Epilhète  grossière 
donnée  aux  peigneurs  et  lileurs  de  laine,  toujours  sales  à  cause 
de  l'huile  qu'ils  mettent  dans  la  laine  pour  la  travailler. C'était  le 
nom  donné  par  les  paroissiens  de  la  Madeleine  à  ceux  de  S'  Ni- 
colas, paroisse  des  teheux.  V.  Iïluhan  cou. 

Crâse,  s.  f.  Machine  qui  sert  à  préparer  la  laine  pour  être 
cardée  et  sur  laquelle  on  jette  de  l'huile  pour  rendre  le  travail 
plus  facile.  De  crus,  gras.  —  De  ce  mot  vient  craseresse,  s.  f., 
femme  qui  prépare  la  laine.  M.  Grandgagnage  attribue  à  ce  mot 


—  284  — 

la  signification  de  cardeuse;  dans  ce  cas  il  pourrait  bien  être 
une  métathèse  de  carder,  en  flamand  kaerden. 

Crawe,  s.  f.  (Liège).  Grand  vase  en  terre  vernissée  avec  dé- 
versoir et  deux  anses,  dans  laquelle  on  spame  ou  rince  les 
laines  filées,  très-fines.  Comparez  le  wallon  crawai  qui  paraît 
être  un  diminutif. 

Crené,  s.  m.  Roue  à  dents  de  scie  où  jouent  les  deux  pointes 
du  tend  pour  diminuer  le  frottement  et  qui  sert  à  fixer  le  petit 
enseu  sur  lequel  on  maintient^tendue  la  pièce  à  travailler.  Les 
bouchers  se  servent  du  même  instrument,  mais  ils  l'appellent 
egin,  engin. 

Crêteier,  v.  n.  (Liége^.  Faire  de  faux  plis  dans  une  étoffe. 
D'où  cretelai,  faux  plis.  Du  latin  crista,  crête? 

*Créon,  s.  m.  (suranné).  Etoffe  inconnue.  «  Une  rauche  de 
créon.  »  (1422.  Bull,  de  la  Soc.  wall.  vi,  2,  p.  107). 

r.répon,  s.  m.  (suranné).  Etoffe  inconnue.  «  Pour  crêpons  et 
velours  au  livre  des  32  métiers  présenté  au  bourgmestre  Do- 
thée.  »  {Compte  du  magistrat).  «  Crêpons  changeans,  bleu, 
jaune.  »  (Idem  de  1693).  «  Tafetas  de  France  ou  crêpons  en  di- 
verses pièce.  »  (Idem  de  1743). 

Croiser,  v.  a.  à  Verviers  kreuki.  Tisser  une  étoffe  à  3  ou  4 
marches  pour  faire  du  drap  croisé. 

Cru  drap,  s.  m.  (L'expression  est  surannée;  en  wallon  on  dit 
dret  échrou).  Drap  écru,  comme  il  vient  du  métier,  tissé  mais 
non  foulé.  On  peut  considérer  le  foulage  comme  une  espèce  de 
cuisson.  «  On  ne  peut  porter  draps  crus  aux  foulons  s'ils  n'ont 
été  visités.  »  (Charte  du  métier,  1527).  «  Les  wardens  doivent 
désenurer  (desevrer?)  les  lisières  des  draps  crus,  blans  ou  tin- 
dus,  dans  lesquelles  ils  trouveront  des  fautes.  »  (Ibid.) 

*Cuitier,  s.  m.  (suranné).  Revendeur.  «Revendeurs,  facteurs, 
cultiers,  cultresses.  »  {Charte  du  métier  ,  1527).  Comparez  le 
français  courtier. 


255  — 


» 


Damadion,  s.  m.  (Liège).  Etoffe  de  laine  à  fond  jaune  et  fleurs 
rouges.  Héeart  lui  donne  le  nom  de  camarou. 

Damas,  s.  ni.  Etoffe  de  laine  et  plus  souvent  de  soie  à  fleurs, 
introduite  primitivement  de  Syrie.  «  Une  rauche  auvecque  les 
manchettes  batue  d'argent  de  roige  drap  de  damas.  «1431,  Bull, 
de  la  Soc.  watt.  ,  iv,  p.  109).  «  Un  manchet  de  drap  de  damas 
noir.  »  (Ibid.) 

Décati,  v.  a.  Imbiber  de  vapeur  d'eau  et  même  simplement 
d'eau,  une  étoffe  pour  lui  donner  du  lustre.  Ce  même  mot 
s'emploie  pour  indiquer  l'opération  inverse,  ôler  le  lustre  d'un 
drap  en  humectant  celui-ci.  Autrefois  chaque  goutte  de  pluie 
s'attachait  en  bulle  à  une  étoffe  non-décatie.  — D'où  decatihege, 
s.  m.,  action  de  lustrer  ou  de  délustrer  ;  et  decatiheu,  s.  m.,  ou- 
vrier qui  fait  ces  opérations. 

Décraisser,  v.  a.  Forme  ancienne  pour  dégraisser,  fouler,  dans 
le  Recueil  îles  chartes,  I,  238. 

*Dcfardeier,  v.  a.  (suranné).  Déballer.  Ce  mot  qui  n'est  pas 
proprement  technique  se  trouve  dans  une  charte  du  métier  de 
l'an  1578:  «  Les  wardens  ne  peuvent  défardeler  qu'à  la  halle 
packets  de  drap,  n'ouvrir  tonneas  où  draps,  kersée  ou  xhafures 
seraient  dedens  packés.  »  Héeart  donne  enfardeler,  empaqueter  ; 
dans  ce  sens,  on  employait  h  Liège,  le  mot packer  qui  ligure  dans 
la  phrase  Ci-dessus*  et  le  mot  empacker:  «  Cornet,  hallier,  avait 
empacké  draps  non  sailleis  en  son  stal  et  poticke.  »  i29  janvier 
lo40  ,  Jugements  et  sentences,  nu  31).  —  Nous  lisons  aussi  dans 
les  privilèges  des  drapiers  d'Ath  :  «  Advant  que  (li  inarchans) 
ayent  fardelet  leur  drap.  »  {Bull,  de  la  Corn.,  t.  ix,  p.  232). 

*Déseurer  ou  désevrer,  \.2l.  (suranné).  Déchirer,  ôter  la  lisière 
d'un  drap.  Ce  mot  est  fréquent  dans  l'ancienne  langue.  Une 
charte  du  métier  de  1527  porte  deux  fois,  fautivement  sans  doute, 


—  256  — 

désenurer.  «  Les  wardens  doivent  désenurerles  lisières  des  draps 
fautifs....  Lisière  désenuré  par  les  wardens.  »  Comparez  le  ro- 
man desœuvre,  desoivre,  limite  ;  analogie  avec  la  lisière  d'un  drap. 

*Devanti-ain,  s.  m.  (suranné).  Tablier.  Les  règlements  défen- 
daient aux  cardeuses  de  mettre  des  tabliers  de  lin  pour  s'occu- 
per de  leur  travail;  ils  devaient  être  de  peau  ou  de  cuir.  [V.  le 
mémoire  sur  le  métier  des  drapiers).  —  Inepai  d'vantrin,  un  tablier 
de  cuir;  dans  les  métiers  où  les  ouvriers  ne  se  servent  que  de 
tabliers  de  cuir  ou  de  basane  tannée,  on  dit  mi  pai  et  jamais  mi 
vantrin.  Aujourd'hui  on  dit vantrin  à  Liège  et  gârdeu  àVerviers. 

Diboubiner,  v.  a.  Décharger  une  bobine  de  sa  laine  et  faire 
de  celle-ci  un écheveau  sur  le  hlspleu. 

*Digh.edune  en  1323,  dikedunne  en  1325,  dighedonne  en  1352, 
s. f.  (suranné).  Nous  ne  trouvons  ce  mot,  dont  nous  ignorons  la 
signification  exacte, qu'à  ces  trois  dates  dans  les  Chartes  du  mé- 
tier. Dans  le  plus  ancien  de  ces  documents,  on  distingue  trois 
espèces  d'étoffes  :  le  drap  plein  (uni),  le  drap  rayé  et  le  drap 
dighedune,  ce  qui  nous  fait  croire  que  c'était  une  étoffe  à  car- 
reaux, d'autant  plus  qu'en  1352  on  trouve  «  dighedonne  blawes 
et  blanches.  »  La  pièce  entière  de  ce  drap  devait  mesurer  38 
aunes  en  1323  et  40  en  1325.  —  Ce  terme  paraît  d'origine  fla- 
mande ;  on  le  trouve  plusieurs  fois  dans  les  keures  de  Gand. 
«  Ene  brede  dickedinne  lakene  dat  men  niet  en  vaerwet... 
Ene  brede  dat  men  varemt(varwet?)...  de  selve  lakene  te  verave- 
reehten  nat.  »  (Huyttens,  Recherches  sur  les  corpor.  gantoises, 
p.  192).  «  Wit,  blawe  ende  ghemynghede  dickedinne.  »  (Ibid. 
p.!97).«  Item  dat  aile  lakene,  ofwel  vanweet?  of  andere  dicke- 
dinne, die  drapiers  vercopen  zullen  in  de  hallen.  »  (Ibid., p. 207). 
L'éditeur  de  ces  keures  ne  donne  pas,  je  crois,  d'explication  du 
mot.  Du  flamand  dicke  en  dunne,  épais  et  mince?  Peut-être  dans 
les  étoffes  à  carreaux  la  trame  était-elle  plus  épaisse  que  la 
chaîne,  ou  l'inverse.  —  Il  existe  une  rue  Tiquetonne,  à  Paris. 

Diriver,  v.  a.  (Verviers).  Erailler  une  étoffe  en  la  tirant. 


—  257  — 

Divôre,  v.  a.  Dévider  ;  mettre  en  éeheveaux  le  fi!  qui  est  sur 
le  fuseau,  et  en  pelotons  celui  qui  est  en  échcvaux  {Définition 
de  Forir).  «  Car  qui  iilhe  merde,  si  covieutqu'ilh  dévoile  merde.  » 
(J.  d'Outremeuse,  /.  111,  p.  334).  La  métaphore  est  de  meilleur 
goût  dans  la  phrase  suivante  :  «  Henry  de  Dinant  commenchat 
a  devoure  les  fîsées  et  enflammoit'secréement  le  peuple.»  (Ibid. 
p.  307). —  A  Verviers  on  dit  aussi  divoti.  De  divôre  vient  divoleu, 
s.  m.,  ouvrier  qui  dévide,  et  instrument  à  dévider. 

Dôsser  et  edôsser,  v.  a.  (Verviers).  Plier  une  pièce  de  drap  en 
deux  sur  sa  longueur,  de  façon  à  ce  que  les  deux  lisières  se  tou- 
chent. Composé  du  mot  français  et  wallon  dos  ? 

Drapî,  s.  m.  Drapier,  fabricant  d'étoffes  de  laine  ;  anciennne- 
ment  drappir  (Hemricourt,  Miroir  des  nobles,  p.  201,  etc.)  — D'où 
draper,  v.  a.,  fabriquer  du  drap.  «  Draps  drappés  dans  la  cité.  » 
Charte  du  métier,  1527).  «  Un  ouvrier  drapant.  »  (Idem  de 
(1637)  ;  signifie  aussi  :  filer  au  fuseau,  faire  des  fils  de  laine  à  la 
main.  —  Drapai,  s.  m.,  chiffon,  vieux  morceau  d'étoffe.  —  Dra- 
prèie,  s.  f.  draperie,  etc. 

Dret,  s.  ni.  Drap,  étoffe  de  laine  tissée.  —  Dret  et  teule:  drap 
tissé,  tel  qu'il  vient  du  métier,  avant  d'avoir  roçu  aucun  apprêt. 
V.  cru  drap. 

Droguet,  s.  m.  Même  sens  qu'en  français.  Etoffe  de  laine  et 
de  lil  ou  de  laine  et  de  soie. 

*Droumme,  s.  f. (suranné).  Etoffe  inconnue. «  Draps  de  la  ville 
de  Bruystem  appelleis  grises  droummes....  vendre  draps  ne 
droummes.  «  (1479.  Échevinsde  Liège,  t.  44, p.  129.) 

Drousse.  s.  f.  ou  droussin,  s.  in.  Grande  carde  avec  laquelle 
on  donne  à  la  laine  son  premier  peignage. 

Droussette,  s.  f.  Carde  à  la  main  dont  on  se  servait  pour  don- 
ner à  la  laine  un  second  peignage.  Elle  est  remplacée  aujour- 
d'hui par  une  machine,  la  première  du  cardage  de  la  laine.  C'est 


258 


un  diminutif  de  drousse.  —  De  ce  mot  dérivent  drousser ,  ou 
droussi,  v.  a.,  carder,  peigner  la  laine  ;  drousseu,  s.  m.,  ouvrier 
qui  carde  ;  droussège,  s.  m. ,  action  de  carder  ;  droussèie,  s.  f., 
feuillet  de  laine  cardée. 

Duffei,  s.  m.  Sorte  de  drap  fabriqué  d'abord  en  Hollande. 

Dûte,  s.  f.  Duite  ;  fil  de  trame  que  chaque  coup  de  navette  fait 
passer  entre  les  fils  de  la  chaîne  pour  former  le  corps,  le  tissu 
de  l'étoffe.  Dobe  date,  défaut  de  fabrication  consistant  en  ce  que 
le  tisserand  fait  passer  deux  duites  au  lieu  d'une,  par  un  jet 
irrégulier  de  la  trame  dans  la  chaîne.  —  Un  liard  de  Hollande 
{duit)  s'appelait  en  wallon  ine  dùte  :  il  ne  valait  que  la  moitié  du 
liard  de  Liège. 


K. 


Ebaiier,  v.  a..  Emballer,  faire  un  ballot  de  pièces  de  drap. 

Echrou,  adj.  Ecru,  drap  tel  qu'il  sort  du  métier. 

Ecqui,  s*  m.  (Ecrit  autrefois  equé,  eché,  eki,  eschet,  etc.  (V.  le 
mot  ache).  Echeveau;  autrefois  il  devait  contenir  40  tours  du 
dévidoir  et  il  se  nommait  ecqui  étant  dessus ,  mais  plus  souvent 
enlevé  de  cet  instrument,  plié  et  noué  au  milieu.  Aujourd'hui 
les  écheveaux  ont  une  longueur  de  fil  variable.  A  Liège  on  dit 
aussi  eché  ;  M.  Grandgagnage,  d'après  Remacle,  donne  au  mot 
eki  une  autre  signification.  —  «  Personne  ne  pourra  acheter  des 
laines  filées  appelées  vulgairement  esquis,  queues  ou  pennes.  » 
{Edit  du  10  mai  1746).  «  Tisserands  qui  retiennent  les  filets 
vulgairement  appelés  queues  et  esquis.  »  (Idem  de  1755).  —  On 
appelle  ine  cote  d' ecqui,  un  paquet  de  laine  très-fine  avec  laquelle 
on  fait  des  jupes  de  moutonne.  Le  mot  ecqui  n'est  plus  guère 
usité  aujourd'hui  ;  on  se  sert  du  mot  hdspleie. 

Edreut  (à  /'),  s.  m.  Beau  côté  d'une  étoffe,  vulgairement  dit: 
l'endroit. 


—  259  — 

Efoixhes  ,  s.  f.  pi.  (  écrit  anciennement  eforches  ,  efforces , 
effbiches,  etc.).  Forces,  grands  ciseaux  avec  lesquels  on  tond  les 
draps,  et  généralement  remplacés  aujourd'hui  par  les  machines 
dites  tondeuses.  «Laine  de  deux  lbixhes  de  retondeurs.  »  {Charte 
de  1527,  c'est-à-dire  laine  restée  dans  les  ciseaux  du  retondeur 
à  la  deuxième  tonte?  Du  latin  forcipes. 

Eleresse,  s.  f.  Femme  qui  triait,  séparait  les  différentes  qua- 
lités de  laine,  ouvrage  qu'une  autre  machine,  Véchar donneuse, 
fait  actuellement.  On  dit  éler  les  laines,  les  trier. 

*Em broyer  et  embroir,  v.  a.  (suranné).  Ces  mots  que  l'on 
trouve  dans  une  charte  du  métier  de  1352,  doivent  désigner  une 
opération  des  foulons  :  dégraisser  le  drap  en  le  plaçant  sous  les 
marteaux  du  moulin  à  fouler,  avec  de  l'eau  et  de  la  terre  grasse? 
Ou  bien,  laver  le  drap  à  l'eau  pure?  Ce  terme  était  aussi  usité 
chez  les  drapiers  d'Ath  :  «  Li  valleit  qui  esbroront  le  drap... 
Esbroeir....  ki  esbroent.  »  (Bull,  de  la  comm.  royale  dlnstoire, 
t.  VI,  3,  p.  499).  On  lit  encore  dans  les  privilèges  des  drapiers 
d'Ath  :  «  Foulons  ne  polront  nulz  des  dits  draps  embrower.  » 
(Ibidem,  t.  IX,  3e  série,  p.  224).  M.  Fourdin  ajoute  cette  note  : 
broué ,  brouet  (brodium) ,  boue  ,  ordure.  Embrover,  embruer, 
c'est  laver  le  drap  dans  une  dissolution  de  terre  argileuse,  mêlée 
d'urine.  —  Du  wallon  broyi  ? 

*Fnberser  (ou  enverserl),  v.  a.  (suranné).  Autre  opération  des 
foulons  qui  n'est  pas  bien  déterminée.  Le  terme  se  trouve  dans 
une  charte  du  métier  de  1527.  «  Les  foulons  devront  léalment 
foller,  décraisser,  et  enberser.  »  Laver,  fouler? Ou  bien  est-ce 
peut-être  travailler  l'envers  d'un  drap?  Autrefois  les  habits  ser- 
vaient beaucoup  plus  longtemps  qu'aujourd'hui  et  le  grand-père 
les  transmettait  très  souvent  à  son  petit-fils.  (Voir  les  extraits 
d'anciens  testaments,  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  wal.,  t.  VI);  mais 
on  les  retournait  et  il  fallait  pour  cela  que  le  drap  fut  aussi  bien 
préparé  à  l'envers  qu'à  l'endroit. 


260 


Eniainer,  v.  a.  Considéré  isolément,  ce  mot  semble  signifier 
donner  du  poil  à  un  drap,  tirer  sa  laine  à  la  surface  avec  des 
chardons  ;  mais  le  contexte  d'une  charte  du  métier  de  1527  lui 
assigne  le  sens  de  enlamer  ;  eniainer  serait  donc  une  faute  d'im- 
pression. Il  en  est  de  même  pour  la  charte  de  1637. 

Enlamer,  v.  a.  Mettre  en  chaîné,  mettre  sur  l'ensouple,  our- 
dir. Se  dit  en  parlant  du  nombre  de  fils  dont  se  compose  la 
chaîne,  par  exemple  :  une  étoffe  est  enlamée  2000  fils.  — 
«  Celui  qui  voudra  en  plus  grand  nombre  de  fils  enlamer  son 
drap,  le  pourra  faire.  »  (1527,  Recueil  des  chartes,  p.  234). 

Enseu,  s.  m.  Ensouple.  Petit  enseu,  rouleau  sur  le  devant  du 
métier  à  tisser  à  la  main,  sur  lequel  s'enroule  le  drap  à  mesure 
qu'il  est  fabriqué.  Grand  enseu,  autre  rouleau  sur  lequel  est 
enroulé  la  chaine. 

Entrebatte,  s.  f.  Chef  ou  commencement  d'une  pièce,  fait  de 
trame  de  fil  et  d'une  autre  couleur  que  celle  du  corps  de  la 
pièce;  l'entrebatte  forme  une  petite  lisière  dans  le  sens  de  la 
largeur  de  la  pièce  et  sert  à  prouver  que  le  drap  a  été  teint  en 
laine,  puis  en  pièce,  à  mettre  le  nom  du  fabricant,  à  fixer  la 
pièce  sur  le  métier,  à  la  tendre  aux  rames,  etc.  «  Entrebat  aux 
promirs  coront  ou  aux  direns  »  (Charte  du  métier  de  1435).  «  On 
ne  peut  recosirtrou,  lisier  ni  entrebattre  déseuvrée  par  les 
wardens.  »  (Idem  de  1527,  dans  laquelle  on  trouve  encore  ce 
ce  mot  écrit  entrelatte,  de  même  que  dans  le  Recueil  des 
chartes,  p.  235 ;  dans  celui-ci ,  p.  162,  on  lit  aussi  endebatte. 
Entrebat,  dans  les  Privilèges  des  drapiers  d'Ath,  Bull,  de  la 
comm.  roy.  d'hist.,  t.  IX,  3e  série,  p.  220.)  «Les  serges,  etc. 
devront  avoir  aux  deux  debouts  une  endebatte  de  couleur.  » 
(Idem  de  1659).  —  On  appelait  frisette  l'entrebatte  de  certaines 
étoffes  à  bouts  de  laine  frisés ,  dont  on  faisait  des  balais  pour 
enlever  la  poussière  (Hécart). 

*Envers ,  s.  m.  (suranné).  Drap  qui  n'a  pas  été  tondu,  qui  a  du 


—  261  — 

poil  des  deux  côtés  et  qui  peut  se  porter  à  l'envers  ;  c'est  une 
étoffe  commune  qui  servait  aux  incurables.  «  Drap  à  deux 
envers.  »  (Charte  du  métier,  1325).  «  Les  foulons  doivent  le 
drap  bien  bcrtoder  et  bien  appointer  de  tous  points ,  beaux 
yvers  (pour  envers?).  »  (ïbid).  —  Aujourd'hui  on  se  sert  de 
l'expression  à  Fèviers  pour  désigner  le  côté  le  moins  beau  de 
l'étoffe. 

Epouti  (passer  à  V),  s.  m.  Teindre  uniformément  une  étoffe 
mélangée  de  laine  et  coton. 

*£scariate,  s.  f.  (suranné).  Litt.  écarlate,  rouge. Drap  tissé  en 
blanc  pur,  puis  teint  écarlate.  «  Me  cotte  de  skarlat  foreye  de 
soire  vaire.  «  (Bull,  de  la  Soc.  watt.,  VI,  2,  p.  107).  »  Mon  cha- 
piron  de  squarlatte  à  copiihe.  «(1438,  ïbid.  p.  115).»  Kotte 
d'esquerlate.  »  (J.  d'Outremeuse,  t.  III,  p.  172  et  233j.  On  donnait 
aussi  ce  nom  à  tout  drap  fin  préparé  avec  des  couleurs  de  bon 
teint  ;  c'est  ainsi  qu'il  y  avait  de  l'écarlate  noire,  blanche,  rouge, 
etc.  «  Blanke  escarlatte.  »  (1328,  Charte  des  drapiers  d'Ath ,  dans 
les  Bull,  de  la  comm.  royale  (F histoire;  1.  c).  C'est  avec  ce  drap 
blanc,  le  plus  fin  de  tous,  qu'on  fait  les  robes  des  Dominicains; 
il  se  salit  fort  peu.  «  Brun  scaerlaken  strypten...  rooden  scaer- 
laken  strypten.  »  (Charte  des  drapiers  de  Gand,  dans  Huyttens, 
Rech.  sur  les  corpor.  gantoises,  p.  64). 

Esseigne,  s.  f.  Litt.  enseigne.  Marque  servant  à  indiquer  une 
certaine  mesure  et  appelée  aussi  autrefois  plomb,  poster-noster, 
stampe,  etc.  «  À  sa  laine  devra  être  un  enseigne  à  cent.  »  {Charte 
du  métier,  1527),  c'est-à-dire  qu'on  devra  mettre  une  marque 
après  chaque  centaine  de  fils.  — Aujourd'hui  la  signification  de 
ce  mot  s'est  étendue  à  la  chose  mesurée  elle-même  et  désigne  4 
aunes  de  chaîne  de  tisserand. 

Estain,  s.  m.  V.  stain. 

Eteier,  v.  a.  (Vcrviers).  Nettoyer  la  laine.  V.  cherpi. 


—  262 


v. 


Façonaire,  s.  m.  Petit  fabricant  de  drap  travaillant  à  la  façon; 
un  capitaliste  lui  fournissait  de  la  laine  que  l'ouvrier  rendait  en 
drap  écru  (V.  Nautet,  Notices  historiques,  t.  III,  p.  28.)  «  Les 
faconnaires  à  pleine  ou  demi  façon.  »  (Polain,  Recueil  des  édits, 
t.  II,  p.  304).  Le  mot  né  avec  cette  industrie  est  tombé  avec  elle 
et  n'a  été  en  usage  qu'au  XVIIe  siècle  et  au  commencement  du 
XVIIIe. 

*Fausse  draperie,  s.  f.  (suranné).  Mauvais  drap  ou  plutôt  drap 
fabriqué  sans  avoir  observé  les  règlements;  opposé  à  drap  fidèle, 
léal,  rewardé.  «Faux  draps  faits  avec  laines  déserables.  »  {Charte 
du  métier  de  1527). 

*Féauité  {drap  de),  s.  f.  (suranné).  Drap  fait  sur  commande, 
non  destiné  au  commerce,  et  fabriqué  suivant  les  conventions 
et  les  désirs  du  bourgeois  qui  l'a  fait  faire  et  avec  les  matières 
fournies  par  celui-ci.  «  Drap  de  féaulté  ou  appelé  féaulté,  ap- 
partenant à  un  bourgeois  pour  le  xhirer  chez  lui,  à  sa  femme, 
enfants  etmaisines.  »  {Charte  du  métier,  1527).  C'était  probable- 
ment le  même  qu'on  appelait  drap  de  maître,  drap  de  seigneur. 
(V.  Louvrex,  1. 1,  p.  41).  Voici  deux  autres  textes  où  le  sens  du 
mot  féaulté  ne  semble  pas  conforme  à  notre  définition.  «  Ceux 
qui  sont  de  nostre  feaulteit.  »  {Charte  de  1423).  «  Les  personnes 
qui  tisseront  drap  de  notre  féaulté  seront  tenues  de  faire  une 
demi  croix  au  milieu  du  drap  à  l'entrebat  »  (Idem  de  1435),  pour 
indiquer  que  le  drap  n'était  pas  destiné  au  commerce. 

Fesse  de  mesti,  s.  f.  (Verviers).  Lame  de  bois  qui  contient  les 
fils  de  la  chaîne  d'un  tissu,  écartés  les  uns  des  autres.  (Lobet, 
Diction.) 

Filer,  v.  a.  Même  sens  qu'en  français.  D'où  filereie,  s.  f.,  fila- 
ture, atelier  où  l'on  file,  et  aussi  le  produit  de  ces  ateliers,  la 
laine  filée  que  les  Verviétois  appellent  également  mais  impro- 
prement de  la  filature. 


—  263  — 

Fiieresse,  s.  f.  fileuse,  mot  qui  se  trouve  déjà  dans  une  charte 
de  l'an  1527,  et  dans  les  privilèges  des  drapiers  d'Ath. 

*Fiiet  (écrit  aussi  filler,  fillet,  jileit,  etc.),  s.  m.  (suranné).  Fil 
de  tissage  mis  en  écheveau  (V.  luispleie).  «  Le  livre  de  tous  li- 
iez de  lin,  d'ace  ou  de  laine.  »  [PawiUart,  n°  964  de  l'Université 
p.  218).  Ce  tonne  était  aussi  usité  en  Hainaut.  «  Pour  le  filet  quand 
il  y  a  deux  livres,  devra  pour  le  hocquet  22  deniers.  »  (L.  Dcvil- 
lers  ,  Bull,  de  VAcad.  d'archéol.  de  Belgique,  t.  XXI,  p.  47,  48). 
Hécart  cite  un  article  d'un  règlement  de  Valenciennes  de  1624  à 
propos  du  même  terme.  —  Filet  au  XVe  siècle  devait  signifier 
aussi  une  espèce  d'étoffe.  «  Une  rauchc  de  lileit  et  une  huge 
common.  »  (1416,  Bull,  de  laSoe.  wal.,  VI,  2,  p.  105). 

*Fiione,  s.  f.  (suranné). Débris,  bouts  de  laine?  «  Les  ouvriers 
vont  chez  les  maîtres  chercher  des  filonnes  ou  chaînes  de  laine 
pour  fabriquer  chez  eux  des  sayes.  »  {Document  de  1749). 

Flahe  di  tindeu,  s.  f.  (Liège1.  Instrument  en  bois  courbé  et 
plat,  servant  a  battre  le  drap. 

Fiatte,  s.  f.  Epouti,  petite  crasse  que  l'on  ôte  en  épluchant  le 
drap.  A  Verviers  ont  dit  aussi  dans  ce  sens  gârdeu. 

Flocon,  s.  m.,  ordinairement  employé  au  pluriel.  Petites 
touffes  de  laine  qui  restent  dans  les  cardes  lorsque  le  peigneur 
chardonne  le  drap;  on  en  fait  des  literies.  Flockons  dans  les  Pri- 
vilèges des  drapiers  d'Ath  {Bull,  de  la  Comm.  royale  dliist.,  t. 
IV,  3e  série,  p.  221).  Comparez  nopes  et  spitares.  —  De  là  vient 
sans  doute  l'ancien  mot  flockenier,  s.  m.,  fabricant  de  mèches  de 
chandelles. 

*Fioir  (drap  de),  s.  m.  (suranné),  se  trouve  dans  une  Charte  de 
1325.  Drap  tissé  avec  des  fleurs  comme  dessin?  Une  pièce  en- 
tière de  ce  drap  devait  avoir  32  ou  40  aunes.  —  «  Drap  fait  de 
fleur.  »  {Charte  du  métier  de  4435)  ;  on  veut  peut-être  désigner 
fiai  cette  expression  du  drap  de  maître  fait  avec  tout  ce  qu'il  y 


—  264  — 

avait  de  mieux  en  laine,  la  partie  la  plus  fine  de  la  toison,  pei- 
gnée par  les  meilleures  ouvrières,  teinte  en  laine,  en  écheveau 
et  en  pièce  ;  ce  drap  non  destiné  au  commerce,  était  réservé 
pour  l'aire  des  cadeaux  à  des  parents,  à  des  avocats  qui  avaient 
l'ait  gagner  un  procès,  à  des  chanoines,  etc.  En  1825,  la  petite 
aune  de  Liège  de  ce  drap  valait  de  50  à  55  francs.  (V.  un  exemple 
au  mot  grayt-mons). 

Foier,  v.  a.  1°  Fouler,  battre  et  nettoyer  une  étoffe  avec  de  la 
terre  grasse  et  de  l'eau.  «  Faisons  défense  à  tous  fouleurs  de 
fouler  draps.  »  (Polain,  Recueil  des  éclits,  II,  p.  83);  2°  action  de 
l'ouvrier  tisserand  qui  fait  mouvoir  les  lames  du  métier  avec  ses 
pieds;  3°  donner  un  apprêt  aux  étoffes  en  les  pressant  (Lobet). 
—  De  ce  mot  dans  le  premier  sens  dérive  folereïe,  foulerie,  mou- 
lin à  fouler;  folereie  à  wahai,  litt.  foulerie  à  cercueil,  où  le  drap 
est  foulé  dans  de  grands  coffres  avec  des  battants. 

Foyeter  on  dret,  v.  a.  Plisser  une  pièce  de  drap  avant  de  la 
presser;  la  mettre  en  feuillets. 

Foreure,  s.  f.  Doublure.  On  employait  à  cet  usage  la  laine 
des  tosais ,  moutons  tondus  entre  les  premiers  jours  de  sep- 
tembre et  d'octobre.  La  charte  de  1527  déclare  qu'elle  doit  por- 
ter une  lisière  rouge  pour  la  distinguer  du  drap.  «  Les  draps 
condist  forures  se  devront  ourdir  et  enlamer  a  1300  fils.  » 
[Charte  de  1637,  Recueil  des  chartes,  p.  235).  —  Aujourd'hui  on 
n'emploie  plus  d'étoffes  de  laine  pour  les  doublures. 

*Forhopé,  adj.  pris  subst.  (surranné).  Fil  de  laine  fdé  inégale- 
ment et  par  conséquent  de  mauvaise  qualité  ;  on  ne  l'employait 
que  pour  faire  du  drap  de  doublure.  «  Ne  pourat  ourdir  chaîne 
de  forures  forhoppés.  »  {Charte  de  1527  ,  Recueil  des  chartes,  p. 
235).  «  Hors  d'un  forhoppé  le  tisseur  ne  peut  jeter  que  6  fils.  » 
(Ibid.),  c'est-à-dire  que  l'ouvrier  en  tissant  ne  peut  hors  d'un 
écheveau  de  ce  fil,  en  jeter  plus  de  6  parce  qu'il  ferait  trop  de 
tort  à  son  maître.  «  Sceel  de  forhoppé.  »  (Charte   de  1570), 


—  265  — 

marque  que  l'on  mettait  sans  doute  sur  les  étoffes  tissées  avec 
du  mauvais  fil. 

Fusai,  s.  m.  (A  Verviers  fisaie,  s.  f.)  Petit  fuseau  en  bois, 
comme  une  longue  bobine  ,  sur  lequel  on  met  la  cbaîne.  Hem- 
ricourt  {Miroir  des  nobles,  p.  341)  écrit  fisée. 

*Fustaine.  s.  f.  Futaine,  «  Me  cotte  de  fustaine.  »  (1420,  Bull, 
de  la  Soc.  watt.,  VI,  2,  p.  107).  «  Trois  dobles  cappirons  de  lis- 
tâmes. »  (Ibidem,  p.  109). 

Frisette,  s.  f.  Etoffe  de  laine  gaufrée  ou  frisée.  Hécart  cite  la 
plirase  suivante  :  «  Défendu  à  tous  marchands  et  autres  ache- 
tant les  dictes  bayes,  de  les  faire  fouler  pour  les  convertir  en 
frisettes...  Les  frisettes,  façon  d'Angleterre,,  auront  4  fils  de 
couleur  rouge  ou  bleue,  pour  les  distinguer  des  dictes  bayes.  » 
(V.  Entrebatte). 


G. 


Gâde,  s.  f.  Carde;  garde  dans  la  charte  de  1527.  —  D'où  gar- 
der, v.  a.,  carder  ;  gârdeu,  s.  m.,  ouvrier  qui  carde  la  laine; 
gardresse,  cardeuse,  dans  la  même  charte  (V.  Devantrain  et 
Flate)  ;  gârdèie,  s.  f.,  feuille  de  laine  cardée  en  une  fois,  prête  à 
être  filée.  V.  matelas. 

Geese,  s.  f.  (Verviers).  Sorte  de  levier  qui,  dans  les  ramages 
des  étoffes,  sert  à  faire  baisser  les  traverses  inférieures  d'une 
rame,  quand  il  s'agit  d'élargir  le  drap  (Lobet). 

*Grayt  mons,  s.  m.  (suraniié).Nous  ne  pouvons  expliquer  ce 
mot  qui  se  trouve  dans  la  phrase  suivante  :  »  Pour  çascun  drap 
fait  degrayt  nions,  de  fleur,  de  koxhe,  de  simple  gris.  »  [Charte 
de  1435);  grayt  est  peut-être  mis  pour  gris  et  mons  (?)  serait  en 
opposition  avec  simple;  ces  mots  indiqueraient  de  la  laine  noire 
et  blanche  mêlée,  tissée  sans  être  teinte;  le  simple  gris  serait  la 

18 


—  266  — 

partie  la  moins  bonne  de  la  laine  mêlée.  «  Tous  gris  draps  mê- 
lés. »  (Charte  de  1435).  «  Un  gris  drap  meslé  de  deux  laines  se 
devra  enlamer  en  1300  fils.  »  (Idem  de  1527).  «  Une  hupplande 
de  gris  à  petites  manches.  »  (1435,  Bull,  de  la  Soc.  wall.,  VI,  2, 
p.  101).  V.  mêlé. 


H 


*Haiiier,  s.  m.  (suranné).  Ce  mot  que  l'on  trouve  dans  Hemri- 
court,  dans  la  charte  du  métier  de  1323  et  ailleurs,  signifiait, 
non  pas  un  drapier,  un  fabricant  de  drap,  mais  un  marchand  de 
drap  possédant  un  stau  ou  établi  à  la  halle. 

Harnais,  s.  m.  pi.  Marches  d'un  métier  de  tisserand.  Ce  sont 
deux  leviers  ou  plus,  en  bois,  maintenus  aux  hamelires  et  ser- 
vant à  faire  mouvoir  les  deux  lames  par  la  pression  du  pied  que 
leur  donne  l'ouvrier.  Ce  mot  paraît  être  un  diminutif.  Du  latin 
scamnun,  banc? 

Kaine,  s.  m.  Petit  banc  à  4  pieds,  sur  lequel  s'asseyent  les 
petits  garçons  pour  spouler. 

Hamelires,  s.  f.  pi.  Pièces  de  bois  munies  d'entretoisses  et 
d'une  cheville  de  fer ,  et  auxquelles  on  attache  les  harnais  pour 
les  empêcher  de  glisser.  On  dispose  quelques  fois  bout  à  bout 
deux  systèmes  semblables  de  boiseries  pour  faciliter  le  travail, 
ce  qui  s'appelle  me  dobe  hamelire. 

Haasecotte,  s.  f.  Bure,  étoffe  commune  tissée  avec  de  la  laine 
blanche  ;  elle  servait  à  faire  des  draps  de  lit,  de  la  doublure  et  à 
d'autres  usages  domestiques;  on  la  teignait  quelques  fois  en 
vert  pour  faire  des  rideaux  d'alcove,  les  gordennes  des  lits  dans 
les  hôpitaux,  etc.  «  Chaque  pièce  de  saye,  hanskotte,  rassette  et 
semblables  étrangers,  doit  être  visitée.  »  {Charte  de  1589).  «  La 
large  hanskotte  doit  être  ourdie  à  1800  fils,  l'étroite  à  1700  au 
moins.  »  (Idem  de  1637).  «  Les  hanskottes  larges  devront  avoir 


—  267 

6  quartes  de  large  et  62  aunes  de  long;  les  étroites  îî  quartes  de 
large.  »  (Idem  de  4659).  On  trouve  ce  mot  dans  Louvrex,  t.  III, 
p.  358,  dans  Polain,  Recueil  desédits,  t.  I,  p.  361,  etc. 

Haspe  ou  hàspien,  s.  m.  (a  Vcrviers  hesse).  Asple,  dévidoir, 
machine  en  bois  servant  a  former  le  fil  en  écheveaux,  en  le  reti- 
rant de  dessus  la  bobine.  Du  flamand  haspe,  haspel,  cabestan, 
dévidoir.  —  De  ce  mot  viennent  1°  haspler  là  Vcrviers  hespler), 
v.  a.,  dévider  les  époules  sur  le  hesse  ou  hâspleu,  sur  lequel  le 
fil  se  forme  en  écheveaux.  On  dit  d'un  homme  qui  se  dandine: 
il  hâspleie  tôt  rottant.  (Comparez  hasjri  ,  Diction,  de  Villers  ,  de 
Malmedy)  ;  2°  hâspleie,  s.  f.  (sous-entendu  laine),  écheveau.  V. 
ecqui\  3°  haspleu,  s.  m.  Y.Haspe;  d'après  Hécart  ce  mot  signifie 
aussi  l'ouvrier  qui  dévide.  V.  Coronne  ;  4°  hâspleuse  et  hespule- 
résse,  s.  f.,  ouvrière  qui  fait  des  écheveaux. 

*Hasrongis  (valet),  s.  m.  (suranné).  Nous  ignorons  complète- 
ment la  signification  de  ces  mots  qu'on  lit  dans  une  charte  du 
métier  de  1325,  à  propos  des  ouvriers  foulons.  «  Les  varies  bas 
rougis  de  mestirs  de  foleries...  Peticions  que  li  varies  lias  ron- 
gies  faisoient  à  leur  maistre...  Tous  varies  de  mestir  de  folerie 
si  ke  bas  rongis  aront  awit  sous...  S'ilh  avenoit  aires  bas  di- 
vers avenist  endis  mestirs  de  folerie,  etc.  » 

Hausse  délie  lame,  s.  f.  Lame  de  bois  d'un  pouce  d'épaisseur, 
dépassant  la  largeur  de  la  chaîne  et  servant  à  tenir  écartés  les 
fds  qui  se  croisent  sur  elle.   Le  français  hausser ,  mettre  plus 

haut  ? 

Hé,  s.  m.  Fourche  ou  trident  à  dents  recourbées,  servant  a 
remuer  dans  la  chaudière  la  laine  qui  prend  la  teinture. 

îierna,  s.  m.  Système  de  lames  ou  filets  de  cordes  dans  les- 
quels entrent  les  fils  de  la  chaîne;  les  deux  lames  formant  le 
herna  constituent  toute  la  partie  intérieure  du  métier.  «  Dans  les 
hernas  el  xhanchillons  où  l'on  tisse  les  draps  étroits.  »  (Charte 
de  1571  ;  ces  métiers,  pour  les  petits  draps,  s'appelaient  autre- 


—  268  — 

fois  harnaps  de  stroit.  «  Les  rooz  et  les  hernaz  des  drapiers  de- 
vront être  tissés  généralement  en  2100  sur  le  hansion  de  22, 
dans  lesquels  ils  tisseront  les  sayes  susdites.  »  {Règlement  de 
1700;  Louvrex,  t.  III,  p.  356). 

Hesse,  s.  f.  V.  Haspe. 

Hirâde,  s.  f.  Déchirure,  accroc  fait  dans  une  étoffe.  «  Les 
tindeurs  doivent  dédommager  suivant  la  quantité  de  la  xhireur 
ou  rompure.  »  {Charte  de  1527).  On  trouve  dans  ce  même 
document  les  mots  xhirer,  deshiivr  ou  rompre,  et  zhirer,  hirars, 
dans  J.  de  Stavelot,  p.  499  ;  désirant  draps  dans  le  pawilhart, 
n°  964  de  l'Université,  1328.  —  Apocope. 

Hiaireure,  s.  f.  Litt.  clairure,  éclaircie;  endroit  plus  mince, 
défaut  dans  un  drap  mal  tissé. 

Hoppe,  s.  f.  (suranné).  Nœuds,  bourre  de  laine?  «  Draps  faits 
de  hoppe  de  laine.  »  {Charte  de  1435).  Comparez  le  français 
houppe. 

I. 

infleure,  s.  f.  Litt.  enflure.  Trame  mal  filée,  lorsque  les  fils 
ne  sont  pas  d'égale  grosseur. 

inveioppe,  s.  f.  Baline,  grosse  étoffe  de  laine  qui  sert  à  em- 
baller les  marchandises. 


Jacquard   (prononcez  d'jakâr),  s.  m.  Métier  de  tisserand  in- 
venté par  Jacquard. 


Kariot,  s.  m.  Rouet  qui  servait  à  filer  la  laine  avant  l'inven- 
tion des  machines  que  l'on  emploie  aujourd'hui.  D'où  karioter, 
filer  la  laine. 

*Karzée,  Jsersée,  carsée,  carisée,  etc.  (suranné).  Bure,  grosse 


—  269  — 

étoffe  commune  en  laine.  «  Les  carsées  doivent  être  ourdies  et 
enlamées  à  1500  fils  et  demi  au  moins.  »  (Charte  de  1637). «  Kcr- 
sées  doivent  avoir  cinq  quartes  de  large,  62  aunes  de  long  et 
être  ourdies  à  1600  fillets  ;  les  étroites  à  1500.  »  (Idem  de  1659). 
En  français  carisset  signifie  une  étoffe  de  laine  croisée. 
Keueiie,  s.  f.  Bois  sur  lequel  le  boudin  est  enroulé. 

Kibrodt,  v.  a.  Chiffonner  une  étoffe,  en  ôter  le  lustre  en  la 
maniant. 

Laine,  s.  f.  (anciennement  layne,  laisne).  Poils  de  moutons 
dont  on  fait  le  drap,  les  étoffes. —  Laine  jârdeuse,  laine  jarreuse, 
où  l'on  trouve  entremêlés  de  longs  poils  blancs  et  raides  comme 
des  soies  de  porc.  On  trouve  dans  Et.  Boileau  la  phrase  sui- 
vante :  «  Ne  puet  mètre  nul  garl  en  oevre,  file  gardeurs  et  laine 
jârdeuse.  »  — D'où  :  1°  lainège,  s.  m.,  lainage,  façon  donnée  au 
poil  du  drap  avec  les  chardons  qui  tirent  la  laine  ;  2°  lainer, 
v.  a.,  carder,  donner  du  lainage  au  drap.  «  Un  folon  ne  peut 
laisner  de  garde  de  fer.»  (Charte  de  1527);  3°  laineu,  s.  m., 
ouvrier  qui  donne  le  lainage  au  drap. 

Lame,  s.  f.  Lisse,  pièce  mobile  d'un  métier  à  tisser,  formée 
de  tringles  ou  liteaux  de  bois,  d'une  longueur  égale  au  tissu 
qu'on  veut  fabriquer  (V.  Lobet).  Les  boulangers  se  procurent  les 
vieilles  lames  pour  nettoyer  leur  four. 

*Lansure,  s.  f.  (suranné).  Déchets  que  les  maîtres  donnaient 
peut-être  en  paiement  aux  ouvriers.  «  On  ne  peut  donner  laines 
peignées,  ni  lileit,  ni  chaîne,  ni  lansures  a  ses  serviteurs.  » 
(Chartes  de  1527  et  de  1700).  Hécart  cite  aussi  ce  mot  (v.  plus 
loin  saïette) ,  mais  ne  l'explique  pas.  Ce  mot  est  peut-être  le 
même  que  Uchurre  dans  la  phrase  suivante  :  «Une  ensengne  de 
une  duitte  de  fil  de  lin  ou  de  lichurre  entrant  dedens  les  dis 
draps.  »  {Privilèges  des  drapiers  d'Ath,  dans  les  Bull,  de  la  corn, 
royale  dliist.,  t.  IX,  3,ne  série,  p.  226)  :  on  appelle  lichure  un 


—  270  — 

assemblage  de  fils  dont  une  liche  (lisse;  est.  composée  (note  de 
M.  Fourdin). 

*Larder,  v.  a.  (suranné).  Tirer,  tendre?  «  Que  personne  ne 
présume  larder  ses  draps  aux  wendes.  »  (Charte  de  1527).  Ce 
même  mot  existe  dans  les  Privilèges  des  drapiers  d"Ath  (t.  IX, 
p.  229). 

Largeur,  s.  f.  Même  sens  qu'en  français.  Largeur  d'une  étoffe. 

Lisette,  s.  f.  Petite  boîte  où  l'on  met  la  navette  qui  contient 
l'époule.  Diminutif  du  wallon  lâse. 

Latte,  s.  f.  1°  Tringle  en  bois  portant  les  fils  de  fer  dans  les- 
quelles on  place  les  bobines.  2°  latte,  partie  du  métier  qui  sert 
au  tisserand  à  conserver  partout  la  même  largeur  au  drap. 
Lattre  dans  la  charte  de  1527  et  dans  le  Recueil  des  chartes,  p. 
235. 

Lavoir,  s.  m.  Machine  à  laver  la  laine;  s'applique  au  drap  lui- 
même  avant  ou  après  le  foulage.  —  On  trouve  ce  mot  avec  le 
sens  de  lavage  dans  une  charte  de  1352.  «  Un  maître  folon  ne 
peut  faire  que  3  lavoirs  par  semaine.  » 

Lefgot,  s.  m.  Litt.  boudin.  Laine  qui  sort  de  l'appareil  en 
forme  de  boudin  roulé  ou  d'escargot.  —  Machine  à  lefgot,  ma- 
chine à  boudin,  à  andouilles  ;  appareil  d'invention  récente  adapté 
aux  assortiments  de  filature. 

Légal,  s.  m.  (Verviers).  Lingard,  fil  qui  sert  à  réparer  ceux 
qui  se  rompent  en  tissant  le  drap. 

Lice,  s.  f.  Ficelle  qui  maintiennes  fils  de  la  chaîne  au  dessus 
des  bâtons  de  croisures  du  métier  à  tisser  le  drap.  «  Ne  pourra 
ouvrer  à  la  haute  liste  de  fiere,  de  épenickes,  de  bocques  ou  à 
la  gueule  de  faire  fettes  ,  ny  chapeaux.  «  (Charte  des  flockeniers , 
dans  le  Recueil  des  chartes,  t.  II,  p.  321).  —  Autrefois  ce  mot  in- 
diquait le  fil  d'une  couleur  différente  de  celle  de  la  trame  jeté 
dans  la  largeur  de  la  pièce.  Lorsqu'un  tisserand  profitait  de  la 


—  271 

permission  que  lui  donnaient  les  rewards  de  faire  son  drap  plus 
long  que  la  loi  ne  le  fixait,  il  devait  «  jeter  une  lice  tout  outre 
apparente  pour  éloigner  tout  soupçon  de  fraude.  »  (Charte  de 
1527). 

Ligueu,  s.  m.  Verdillon,  perche  qui  tient  la  chaîne  du  tisse- 
rand en  drap,  rouleau  de  renvoi.  —  On  lier  di  ligueu,  signifie  h 
Liège,  un  fer  à  repasser. 

Lisî,  s.  m.  (Verviers).  Lisière,  bord  d'une  étoffe.  Autrefois  on 
employait  aussi  ce  mot  à  Liège  :  «  La  lisire  de  let  drap.  » 
(Recueil  des  chartes,  p.  234).  «  La  lizire  d'un  faux  drap  serat 
xhirée  d'un  coron  a  autre  ossi  avant  que  la  faute  sera.  »  [Charte 
de  1527).  V.  Boird,  Citron,  etc. 

Lisser,  v.  a.  (Faute  pour  tisser'/)  «  Les  roos  et  hernoz  devront 
être  lissés  généralement  en  2100  sur  le  hansion  de  22.  »  [Règle- 
ment de  1700). 

*L.ivrea,  s.  m.  (suranné).  Poids  de  12  livres  servant  autrefois 
d'unité  pour  vendre  la  laine.  «  Il  est  défendu  de  porter  les  pes- 
sants  condist  livreaux  hors  de  la  cité  pour  peser  laines.  »  {Chartes 
de  1527  cl  V'.QQ).  «  Avoir  poisé  26  livrars  de  laynes.  »  (1580  , 
Jugem.  et  sent.).  On  trouve  aussi  ce  mot  dans  les  pawilharts. 
Ailleurs  on  employait  le  mot  pierre  traduction  de  l'anglais  stone 
qui  signifie  une  pierre  et  un  poids  de  14  livres. 

Lonhai,  s.  m.  (Liège).  Peloton  produit  par  un  écheveau  que 
l'on  a  dévidé.  En  rouchi  :  boulot. 

Loquette,  s.  f.  (Verviers).  Laine  courte  de  mouton  tué. 


il 


Mabré  {drap),  adj.  (suranné).  Mabre,  espèce  d'étoffe  marbrée, 
chinée,  de  diverses  couleurs.  (V.  Ducange  mabretus,  mebretus). 
«  Dras  mabreis.  »  {Charte  de  1325).  «  De  mabrez,  estanfors  et 


—  272  - 

de  tous  draps  à  lisières.  {Règlement  de  1405,  dans  le  livre  d'Ét. 
Boileau). 

Machet,  s.  m.  Ouvrier  teinturier  ou  laveur  de  laine  en  général. 
Celui  qui  teint  la  laine  s'appelle  tindtu,  celui  qui  les  lave,  laveu; 
le  mot  machet  s'applique  à  tous  deux. 

Macquerai,  s.  m.  Instrument  en  forme  de  râteau  avec  lequel 
on  allonge  le  drap  aux  rames;  ainsi  nommé  parce  qu'il  donnait 
à  l'étoffe  plus  de  largeur  qu'elle  n'en  devait  avoir  ?  La  signifi- 
cation ordinaire  de  ce  mot  étant  :  sorcier.  «  On  ne  peut  doré- 
navant plus  employer  l'instrument  appelé  macrea  pour  attacher 
la  tête  de  l'étoffe  à  la  wende.  »  {Charte  de  1527). 

Mahaing,  s.  m.  Défaut  du  drap.  On  trouve  ce  mot  dans  une 
charte  de  1650  et  dans  le  livre  d'Ét.  Boileau.  Comparer  le 
wallon  mehain,  dans  le  Diction,  de  M.  Grandgagnage. 

Maho,  s.  m.  (Verviers).Drap  de  laine,  léger, de  couleur  claire, 
etc.  (V.  Lobet). 

Maherer  les  drets,  v.  a.  Litt.  noircir.  (V.  Grandgagnage, 
Diction.).  Lorsqu'on  teint  en  drap,  non  en  laine,  il  se  trouve  des 
petits  points  restés  intacts  ,  qui  n'ont  pas  pris  la  couleur;  on 
enduit  ces  points  d'une  espèce  d'encre,  afin  de  rendre  le  drap 
complètement  noir. 

Majesté  {laine),  subst.  pris  adjectivement;  (suranné).  Laine  la 
plus  fine,  celle  qui  venait  d'Angleterre.  On  trouve  ce  mot  dans 
une  charte  de  1352. 

Mâiiiettes,  s.  f.  pi.  Maillons;  petits  disques  ovales  en  acier  ou 
en  cuivre  munis  de  trois  trous  et  servant  à  attacher  les  fils  de  la 
navette  dans  la  laine  ;  le  trou  du  milieu  est  celui  par  où  passe 
le  fil  de  la  chaîne.  La  fabrication  de  ces  maillons,  qui  ne  servent 
qu'une  fois,  a  lieu  à  Spa.  Un  sieur  Hans,  mécanicien,  a  inventé 
une  machine  qui  en  produit  plusieurs  milliers  par  heure,  et  qu'il 
expédie  même  aux  fabricants  de  soieries  à  Lyon.  (Renseign.  de 
M.  A.  Body.) 


273 


Manowe,  s.  f.  Centaine,  bout  de  iil  par  lequel  on  finit  un 
éehcveau  qu'on  dévide  et  avec  lequel  on  lie  celui-ci  dans  le 
milieu  pour  le  maintenir. 

Mantai,  s.  m.  Litt.  manteau.  Commencement  d'une  pièce  de 
drap  avec  l'entrebande  où  se  trouve  le  nom  du  fabricant;  c'est 
la  première  partie  ourdie  qui  s'enroule  sur  l'ensouple  et  sert 
comme  d'enveloppe ,  de  manteau  à  la  pièce.  Cette  partie,  qui 
mesure  2  ou  3  aunes  sur  28,  est  la  meilleure  de  la  pièce,  parce 
qu'à  mesure  que  l'on  avance,  la  trame  s'allonge  par  le  poids  et 
les  fils  deviennent  plus  faibles.  —  D'où  manteler,  v.  a.,  plier  une 
étoffe,  l'envelopper  dans  le  manteau,  la  marquer  avec  de  la 
soie  avant  de  la  mettre  dans  le  sechet. 

Marchotai,  s.  m.  Petit  fabricant  de  drap,  travaillant  le  plus 
souvent  pour  le  compte  d'autrui. 

Maringo,  s.  m.  Étoile  de  laine  couleur  violet  foncé,  avec  des 
points  de  soie. 

Marquiresse,  s.  f.  Marqueuse  d'étoffes,  femme  qui  inscrit  sur 
le  chef  d'une  pièce  de  drap  avec  de  la  soie  ou  du  coton,  le  nom 
du  fabricant. 

Matelas,  s.  m.  Laine  qui  sort  de  la  droussette  et  passe  succes- 
sivement par  trois  machines  différentes  pour  devenir  fil  de 
boudin. 

Mêlé  {drap),  adj.  Chaîne  de  drap  mélangée,  collée  pour  faire 
du  drap  mêlé;  drap  où  se  marient  en  dessins  différentes  cou- 
leurs ;  drap  commun  teint  en  laine  et  pas  en  pièce.  «  Drap 
melleis.  »  {Charte  de  1325).  «Tous  gris  drap  melleis  et  tous 
bleuwe  aussy  melleis,  »  (  Idem  de  1435),  c'est-à-dire  mêlé  de 
blanc.  «  Un  gris  drap  mêlé  de  deux  laines  (fait  avec  des  laines 
noire  et  blanche  mêlées),  doit  être  enlamé  de  1300  fils  ou  plus 
et  peut  avoir  telle  longueur  qu'on  veut.  »  (Charte  de  1527).  «  Me 
cotte  de  melleit  foreie  de  patte  de  meire.  »  (1420,  liull.de  la  Soc. 
wall.,  t.  VI,  2  p.  107).  «  Se  heukial  de  meleit  foreit  d'azuré.  » 


—  274  — 

(1422,  ibid.)  Finalen  gemingden...  breede  gemingden...  smale 
gemingden.  »  (Espèces  de  draps  fabriqués  à  Gand  de  1314  à 
1400,  dans  Huyttens,  p.  64).  «  Gheminghet  laken  daer  de  moeder 
bleau  of  es...  glieminghet  wit  laken.  »  (Gaillard,  Ambachten  van 
Bragge,  p.  39). 

Ménager,  s.  m.  (suranné).  Maître  drapier,  tenant  ménage, 
et  employant  un  apprenti.  «  Chaque  drapier  et  ménager  paiera 
un  liard  par  pièce  aux  wardens.  »  {Charte  de  1671). 

Minéme,  s.  in.  (Liège).  Mouton  dont  la  laine  est  brune;  d'où 
la  laine  beigne,  bège  ou  brune  elle-même.  V.  Bruskenne. 

Mintons,  s.  m.  pi.  Litt.  mentons.  Corbeaux  en  bois  qui  sou- 
tiennent le  grand  ensouple. 

Miseiaiue,  s.  f.  Etoffe  commune  de  fil  et  de  laine  mélangés 
avec  laquelle  on  habille  les  pauvres  de  Reickem,  etc.  De  l'italien 
mezzalana,  mi-laine.  (Grandgagnage,  Diction.)  Hécart  donne 
aussi  meselaine. 

Moiin,  s.  m.  Moulin  à  filer.  Autrefois  on  appelait  grand  molin 
celui  qui  servait  à  filer  les  écheveaux  et  petit  molin  celui  que  les 
femmes  employaient  pour  filer  la  laine  au  coin  du  feu  ou  sur  le 
seuil  des  maisons.  Aujourd'hui  le  grand  moulin  est  la  mull- 
jenny,  opposé  à  celui  qui  existait  avant  l'invention  de  cette  ma- 
chine. 

Monter  li  stau,  me  chaine,  v.a.  Embrever  un  métier,  rappro- 
cher toutes  les  parties  de  son  armure  et  le  disposer  pour  tra- 
vailler. 

Mortain,  s.  m.  (Liège).  Laine  des  moutons  morts.  On  l'appelle 
aussi  moëte  laine.  Morine  dans  les  anciens  documents  signifie 
mouton  mort  de  maladie.  A  Verviers  on  dit  pelades  qui  ne  s'em- 
ploie qu'au  pluriel. 

*Mostier  viiieir,  s.  m.  (suranné).  Drap  fait  pour  ou  par  les 
templiers  de  Villers  ?  «  Drap  gris  appeleit  mostier  villeir  ou 
bleuwe.  «  (Charte  de  1423). 


-   275  — 

Moûd?  g.  m.  (Liège).  Echeveau  de  fil  de  laine  que  les  ouvriers 
volent  aux  fabricants  de  drap.  V.  Canari 

Mouiton,  s.  m.  Molleton,  étoffe  drapée,  tirée  à  longs  poils, 
bleu  ou  brun  foncé.  On  en  faisait  autrefois  des  camisoles  et  des 
pantalons  d'enfants. 

Moutonne,  s.  f.  Sorte  d'étoffe  de  laine  a  raies  bleues  ou  rouges 
et  qui  ne  sert  qu'a  faire  des  jupes  de  paysannes.  On  en  fabrique 
encore  a  Liège  sur  des  métiers  à  la  main. 

*Muson,  moison  ,  muyson,  million,  etc.  (suranné),  s.  f.  Mesure, 
moisson  du  drap;  longueur  de  la  chaîne.  «  Draps  enthiers  de 
moison.  »  (Charte  de  1323),  pièce  de  drap  entière.  On  trouve 
ce  mot  dans  la  charte  de  13o2,  dans  celle  des  drapiers  d'Ath, 
etc.  — V.  Ducange  v°  moiso  1. 


K. 


Navette,  s.  f.  Instrument  des  tisserands  pour  faire  courir  le 
fil  de  la  trame  sur  le  métier. 

Nez,  s.  m.  Ce  qu'il  reste  de  laine  filée  sur  la  bobine  de  la  mull- 
jenny:  déchet. 

Noki,  v.  a.  Nouer  la  chaîne  sur  le  métier,  l'attacher  pour  la 
travailler.  —  D'où  nokeresse,  s.  f.,  femme  qui  fait  cette  opéra- 
tion. 

Nope,  s.  f.  Bourre,  tontisse,  nœud  qui  se  trouve  à  la  surface 
du  drap  après  la  fabrication  et  que  l'on  enlève  par  la  tonte  ;  elle 
sert  à  faire  des  tapisseries  veloutées.  «  Personne  ne  peut  presser 
noppes  sur  les  draps  sous  peine  de  confiscation.  »  [Charte  de 
1527).  «  Noppes  de  follons.  »(1534,  Recueil  des  chartes,  II,  337), 
—  D'où  1"  noper,  v.  a.,  énouer  le  drap,  enlever  avec  des  pinces 
les  nœuds,  époutis,  etc.  ;  noper  es  lavège,  noper  en  maigre 
après  le  lavage  du  drap;  noper  es  clawège,  nettoyer  le  drap  en 
dernier  lieu  ;  2°  nopège,  s.  m.,  action  d'énouer  le  drap  ;  3"  nopetk ', 


—  276  — 

s.  f.,  pinces  fines  et  flexibles  servant  à  énouer  le  drap;  4°  nope- 
resse,  s.  f.,  nopeuse,  ouvrière  qui  enlève  les  époutis  des  pièces 
de  drap;  ce  mot,  ainsi  que  noper,  se  trouve  dans  les  Privilèges 
des  drapiers  d'Ath,  {Bull,  de  la  Comm.  royale  d'hist.,  t.  IX,  3me 
série,  p.  222). 

Noret,  s.  m.  (Verviers).  Grand  cachemire  ayant  1 1/2  aune  de 
long  et  1  de  large,  brodée  au  métier  par  les  deux  bouts ,  etc. 
(V.  Lobet).  —  A  Liège  noret  signifie  mouchoir. 

o. 

Oirseiie,  s.  f.  Oirseille,  noir  de  fumée  que  l'on  obtient  par  le 
bois  de  vigne;  la  charte  de  1527  défend  aux  teinturiers  d'em- 
ployer cette  matière  pour  la  teinture  du  drap,  parce  qu'elle  ne 
tient  pas.  Ce  mot  est  écrit  orzée  dans  le  Recueil  des  chartes,  1.  II, 
p.  317  et  321.  —  Comparez  le  flamand  zwartsel,  suie,  noir  de 
fumée. 

Ostnie,  s.  f.  (suranné).  Métier  à  tisser.  Le  français  outil? 

Ori,  orire,  s.  f.  (suranné).  Lisière;  c'est  plutôt  une  entrebatte 
de  2  ou  3  fils  contre  la  lisière. 

*Ouitrefm,  s.  m.  (suranné).  Espèce  de  drap  très-fin.  V.  un 
exemple  au  mot  cardinal. 

Ourdï,  v.  a.  Ourdir  une  chaîne,  disposer  les  fils  de  laine  sur 
le  grand  dévidoir  carré  qui  mesure  une  aune  de  chaque  côté 
pour  faire  la  chaîne.  «  Nul  drapier  ne  porat  ourdir  chaîne  de 
forure  forhoppés,  en  quoi  ait  plus  de  deux  fils  de  blan  estain 
dedens  une  demi  portée  courante  sur  la  lattre,  et  dedans  une 
large  4  fils.  »  {Charte  de  1527).  —  Ourdi  aile  comme,  ourdir  avec 
des  dévidoirs  pour  remplacer  la  fiseie.  —  D'où  :  1°  ourdihège, 
s.  m.,  action  d'ourdir,  première  opération  qu'on  fait  subir  aux 
fils  avant  de  tisser  la  pièce;  2°  ourdeu,  s.  m.,  machine  de  bois 
sur  laquelle  on  ourdit;  3°  ourdiheu,  s.  m.,  grand  dévidoir  ser- 


—  277  — 

vant  à  mesurer  et  à  préparer  la  chaîne,  et  aussi  :  ouvrier  qui 
ourdit.  —  A  cette  famille  se  rattache  probablement  le  mot 
outoire  qu'on  lit  dans  la  phrase  suivante  :  «  Qui  donnist  à  plu- 
sieurs compagnons  de  stain,  traimes  d'outoires.  »  {Recueil  des 
chartes,  p.  284)  ;  mais  il  doit  être  mal  écrit. 

Oûve,  s.  f.  (Verviers).  Fassure,  partie  de  l'étoffe  fabriquée 
entre  l'ensouple,  le  peigne  et  la  lame,  etc.  (V.  Lobet). —  A  Liège 
on  connaît  l'expression  divin  et  fous  ouve. 


Paitot,  s.  m.  Anciennement  habillement  d'homme  en  forme 
de  tunique  grise  :  «  Una  tunica  grisea  vulgariter  paltot  dicta  ; 
item  unum  dalphinum  panni  lanei.  »  (1473,  Décrets  capitulaires, 
n°  III,  p.  166  v°.) 

Panais,  s.  m.  pi.  Pièces  de  bois  dans  lesquelles  roule  le  petit 
ensouple. 

Panne,  s.  f.  Étoffe  ordinairement  lignée  imitant  le  velours; 
velours  d'Utrecht  fait  à  Liège  avec  de  la  laine. 

Paquetiresse,  s.  f.  Empaqueteuse;  femme  qui  réunit  plu- 
sieurs écheveaux  en  laine  et  en  fait  un  paquet. 

Parer  me  chaîne,  v.  a.  Empeser,  coller  une  chaîne  avant  de  la 
tisser.  Autrefois  ce  mot  signifiait  orner,  lustrer  une  pièce  de 
drap  avant  de  la  mettre  en  vente  ou  peut-être  fouler?  «  Dras 
crus  ou  parés.  »  {Charte  de  1527).  «  Fouller  et  parer.  »  {Charte 
des  Drapiers  iïAth).  «  Parer  drap...  salaire  des  pareuses  de 
drap.  »  (Dans  le  livre  d'Ét.  Boileau.) 

Pas,  s.  m.  (Verviers).  Passage  pour  la  navette  dans  la  chaîne 
de  l'étoffe  ;  levée  de  la  chaîne  de  l'étoffe,  mouvement  d'une 
marche  de  tisserand. 

Pas  di  chet,  s.  m.  Défaut  dans  le  drap  fait  pendant  le  tissage  et 
occasionné  par  des  fils  qui  se  nouent  ou  qui  faufilent.  «  S'il  y  a 


278 


des  pattes  de  chat  de  trois  sorfils  au  plus,  le  tisseur  payera  une 
amende.  »  (Charte  de  1527). 

Passe-pîd,  s.  m.  V.  aweies. 

Patinet,  s.  m.  Corbeau  en  bois  sur  lequel  s'appuie  le  banc 
d'un  métier  à  tisser  à  la  main.  V.  banc. 

*Pauflcht,  s.  m.  Pieux  et  fagots  d'épines  que  l'on  mettait 
autour  des  waines  pour  empêcher  les  chats  d'y  entrer  et  d'aller 
déchirer  les  draps  pendus  aux  rames.  Vieux  français,  pa/fut, 
pafice,  pieu. 

Peçot,  s.  m.  Morceau,  coupon  d'étoffe  de  10  à  14  aunes  de 
long.  La  petite  halle  aux  draps  de  la  rue  Sainte-Ursule  s'appelait 
Il  halle  aux  peçots,  parce  qu'on  n'y  pouvait  vendre  que  des 
coupons.  Écrit  pechot  dans  la  charte  de  1527.  Diminutif  de  p'ece. 

Peigne,  s.  m.  Instrument  dont  on  se  sert  pour  apprêter  la 
laine  (').  La  charte  de  1527  où  ce  mot  est  écrit  pigne,  dit  qu'il 
devait  avoir  1  75  aune  de  long  et  20  dents  au  moins.  «  Avant  le 
cop  de  peigner  »  (Recueil  des  chartes  ,  p.  233) ,  c'est-à-dire 
avant  de  commencer.  D'où  peigmu,  s.  m.  (Liège),  ouvrier  qui 
peigne  \a\-A'me.Pineresse,  s.  f.,  peigneuse  (Privilèges  des  drapiers 
d'Ath). —  Alote  po  les  peigneux  est  un  terme  de  mépris  populaire 
dont  j'ignore  l'origine  et  qui  équivaut,  dit-on,  à  :  je  m'en  moque. 

Peignon,  s.  m.  Laine  courte  qui  reste  dans  le  peigne  après  le 
peignage  ;  on  l'emploie  à  la  fabrication  des  draps  ordinaires 
après  leurs  réunions  aux  fils. 

Pelade,  s.  f.  (Verviers).  V.  mortain. 

Peiards,  s.  m.  pi.  Laine  de  mauvaise  qualité  que  la  carde  ra- 
masse lorsqu'on  carde  la  laine  pour  faire  des  matelas. 

Peiare  oupelege,  s.  f.  Défaut  dans  le  drap  où  la  tonte  s'est  laite 
trop  près;  endroit  d'une  étoffe  amincie  par  la  morsure  des  vers, 
etc. 

(')  Peigner  et  carder  sont  deux  opérations  différentes:  la  laine  peignée  sert  à 
faire  des  étoffes  fines,  des  mérinos,  etc.  ;  avec  la  laine  cardée  on  fabrique  les  draps 
dans  le  genre  de  Verviers. 


—  279  — 

Pelin,  s.  m.  (suranné).  Laine  trop  courte  provenant  de  tosais, 
enlevée  d'une  bête  morte  ou  détachée  par  la  chaux.  «  Avec  les 
pellins  pelés  après  la  St-Gilles,  on  pourra  faire  des  fourures,  et 
avec  ceux  pelés  après  la  St-Remy,  du  drap  ;  mais  ce  drap  ne 
pourra  être  teint  ni  vendu  ;  il  sera  usé  par  le  fabricant  et  sa  fa- 
mille. »  {Charte  de  1527).  Hécart  donne  dans  le  même  sens  les 
mois  pleye  et  plis. 

Pennes,  s.  f.  pi.  Bouts  qui  restent  de  la  chaîne  et  qui  n'ont 
pu  entrer  dans  la  composition  de  l'étoffe.  «  Draps  de  pennes.  » 
{Charte  de  1323). «  Queue  et  penne  de  chaque  enseigne.  »  (Polain, 
Recueil  d'édits,  II,  p.  303).  V.  un  autre  exemple  au  mot Ecqui. 
—  Penne  doit  aussi  autrefois  avoir  signifié  une  espèce  particu- 
lière d'étoffe  ou  de  fourure.  «  Deux  pennes  de  gros  veir  qui  point 
n'astoient  aux  cottes  attachiés...  une  penne  de  conins.  »  (1425, 
Echevins  de  Liège,  IV,  80.  «  Une  cotte  de  violeit  forée  d'une 
penne  devaire.  »  (1416,  Bull,  de  la  Soc.  wall.,  VI,  2,  p.  105). 
«  Une  robe  de  melleit  sans  penne.  »  (1437,  Ibid.,  p.) — En 
1392  la  halle  deFéronstrée  était  appelée  «  la  grande  halle  aux 
pennes.  »  {Cour  féodale,  nn  44,  p.  4ov°). 

Pice  passer  aile),  s.  f.  (Verviers).  V.  banqueter  et  aweies. 

Pice-cou,  s.  m.  Litt.  pince-cul.  Nom  wallon  de  la  bardane. 
Les  fileurs  appellent  ainsi  une  espèce  de  petit  chardon  qui  se 
trouve  dans  les  haies  et  s'attache  fortement  aux  toisons  des  bre- 
bis passantes.  On  l'extrait  de  la  laine  au  moyen  de  l'échardon- 
neuse.  Ces  petits  chardons  ne  se  trouvent  que  dans  les  laines 
arrivant  de  l'étranger,  principalement  de  Buenos-Ayres. 

Picette,  s.  f.  Pli  d'un  drap  fait  par  le  pilon  des  fouleries. 

*Pier,  s.  m.?  Pour  i>ersl  Bleu  foncé.  «  Sans  visiter  le  drap 
extant  pier  avant  que  l'on  y  pendisse  le  scel,  et  que  faire  ne  se 
devoit.  »  {Charte  de  1500).  «  Une  cotte  de  drappe  de  piere.  » 
(1420,  llull.  de  la  Soc.  wall.,  VI,  2  p.  107).  «Une  cotte  de  pier 
fourée  de  soir  vair.  »(1422,  Ibid  ).  «  Quemelins  bruns,  blancs  et 
pers.  »  (Dans  le  livre  d'Et.  Boileau). 


—  280  — 

*Pierre  calengiere,  s.  f.  Rouleau  en  grès  pourcalendrer?  Cette 
expression  se  trouve  dans  la  charte  de  1527. 

Piiaine,  s.  f.  (Verviers).  Loquet,  laine  de  la  cuisse  des  mou- 
tons. 

Pilou,  s.  m.  Etoffe  poilue  de  coton  et  quelques  fois  de  laine 
Qui  se  fabriquait  à  Verviers. 

Pipe,  s  f.  Bout  de  roseau  sur  lequel  on  met  la  trame  destinée 
à  faire  de  petites  étoffes. 

*Piain-compte,  s.  m.  (suranné).  Mettre  un  drap  en  son  plein 
compte,  c'est  lui  donner  en  largeur  le  nombre  de  fils  exigé  par 
la  loi;  chaque  large  pièce  de  3  1/2  aunes  devait  avoir  1700 
fils  au  moins,  chaque  étroite  de  3 1/4  quart,  1400  fils.  Ce  terme 
se  trouve  dans  la  charte  de  1527. 

*piain-drap,  s. m.  (suranné).  Drap  uni  ou  d'une  seule  couleur. 
(V.  Charte  de  1323).  «  Strypte  lakene  no  pleyne.  »  (Gaillard, 
Ambachten,  etc.,  p.  38).  V.  Ducange,  v°  planeus. 

pianquet,  s.  m.  Surnom  donné  à  un  compagnon  de  travail, 
au  voisin  {copain),  à  celui  qui  travaille  vis-à-vis  ou  côte-à-côte 
avec  un  autre,  dans  le  même  atelier. 

piatinet,  s.  m.  Rondelle  en  bois  qui  vient  se  placer  sur  le 
fuseau  pour  filer  au  grand  moulin. 

*Pioit,  s.  m.  (suranné).  Pli.  La  lettre  des  halles  de  1323  défend 
de  changer  \eploil  des  draps  étrangers  pour  les  mettre  en  vente, 
c'est-à-dire  de  les  plier  d'une  autre  façon  pour  tromper  l'ache- 
teur sur  sa  provenance,  parce  que  chaque  ville  avait  sa  manière 
propre.  «  Ploier  le  drap  »  {Charte  de  1325). 

pioquet,  s.  m.  Feuillet,  rouleau  de  laine  cardée  propre  à  filer. 

Pioquettes,  s.  f.  pi.  Petits  flocons  de  laine  qui  tombent,  qui 
sont  trop  courts  pour  être  cardés  et  par  conséquent  pour  aller 
avec  la  bonne  laine.  On  appelle  aussi  pioquettes  les  petits  touffes 
de  laine  que  les  moutons  laissent  dans  les  haies,  dans  les 


—  281  — 

champs,  etc.  et  que  les  bergers  ramassent;  ils  sont  jaunes  et 
donneraient  une  mauvaise  couleur  à  la  bonne  laine  avec  laquelle 
on  les  mêlerait.  «  Flockons,  plocus.  »  (Recueil  des  chartes,  1.  II, 
p.  321-. 

pioumion,  s.  m.  Résidu  de  la  laine  lorsqu'elle  est  travaillée, 
dernier  déchet. 

piôyeie,  s.  f.  Avalée,  quantité  d'étoffe  entre  la  perche  et  le 
faudet,  ce  que  fait  un  ouvrier  à  la  fois.  Levée,  quantité  d'ouvrage 
fait  avant  de  le  rouler  sur  l'ensouple  (Lobet). 

piôyette,  s.  f.  Troussis,  pince ,  pli  fait  à  une  étoffe  pour 
qu'elle  soit  plus  courte.  Encrure,  pli  qui  se  forme  sur  une  étoffe 
qu'on  est  en  train  de  tondre.  Pinçure,  faux  pli  d'un  drap  foulé 
qui  a  été  mal  placé  dans  l'auge  (Lobet). 

Poirteie,  s.  f.  Portée,  nombre  de  fils  qui  doit  entrer  dans  la 
chaîne  d'une  étoffe  et  qui  varie  suivant  la  finesse  de  celle-ci.  Les 
tisserands  comptent  28  fils,  les  ourdisseurs  40  par  portée. 
«  Portée  de  40  filets  »  (Règ.  de  1700).  Ce  mot  se  trouve  aussi 
dans  les  Privilèges  des  drapiers  d'Ath  de  1461  (Bull,  de  la  comm. 
royale  d'hist.,  t.  IX,  3me  série,  p.  19);  M.  Fourdin  met  en  note  : 
longueur  du  fil  sur  l'ourdissoir. 

Poitrai,  s.  m.  Poitrai  dlanceu,  traversier,  bâton  qui  soutient 
les  cordes  dans  un  métier  de  tisserand.  Poitrai  d'mestî,  porte- 
lame,  pièce  qui  fait  hausser  et  baisser  les  lames  des  métiers. 
Cassin,  châssis  au-dessus  du  métier  des  tisserands  où  sont  atta- 
chées les  poulies. 

Pon  (mette  à),  s.  m.  Mettre  la  chaîne  sur  le  métier,  la  mettre 
à  point  après  l'avoir  nouée.  V.  noki. 

Postei,  s.  m.  (Verviers).  Nom  donné  aux  chardons  les  plus 
forts  après  ceux  qui  n'ont  pas  encore  servi. 

Poteiége,  s.  m.  Grippage,  froncement  sur  le  drap  ;  mauvaise 
fabrication  du  drap   venant   de  ce  que  le  tisserand  n'a  pas 

19 


282  

employé  des  trames  de  la  môme  qualité,  ce  qui  produit  des 
froncements  sur  les  draps. 

Poufrin,  s.  m.  (Verviers).  Étoffe  claire,  non  croisée  ;  espèce 
de  camelot  ou  bouracan  d'un  grain  très-gros;  étoffe  commune  et 
de  mauvaise  qualité. 

5»ouieter,  v.  a.  (Verviers).  Jarrer-,  chercher  le  jarre  dans  la 
laine,  arracher  les  poils  blancs  longs  et  durs  sur  les  draps.  Du 
français  pou? 

Quart,  s.  m.  Un  quart  d'aune.  Ce  mot  que  l'on  rencontre  dans 
les  Chartes  du  métier  des  drapiers  de  Liège  et  d'Ath,  est  souvent 
écrit  quarte,  quartier,  quartir. 

*Quartir,  s.  m.  (suranné).  Opérations  ou  mains-d'œuvre  diffé- 
rentes occupant  chacune  une  certaine  quantité  d'ouvriers. 
«  Varies  de  quartier.  »  {Charte  de  1435.  V.  aussi  celle  de  1325). 

Queues,  s.  m.  pi.  Bouts  restants  après  avoir  coupé  la  chaîne 
du  métier  (avant  l'invention  des  machines);  bouts  de  lils  qui  se 
cassent  et  tombent  de  la  trame  en  lissant  les  draps  et  qu'on  re- 
tranche arrière  du  nœud  après  avoir  renoué  le  fd  cassé.  V.  des 
exemples  au  mot  ecqui.  —  Signifie  aussi  au  singulier  la  (in  delà 
pièce  opposée  au  chef. 


u. 


Raikem,  s.  m.  Nom  propre  d'un  dépôt  de  mendicité.  M.  P. 
Hauzeur,  industriel  à  Verviers,  ayant  fait  construire  il  y  a  une 
quinzaine  d'années  une  fabrique  sans  étage,  éclairée  seulement 
par  le  toit  afin  d'empêcher  les  ouvriers  d'être  distraits,  ceux-ci 
la  comparèrent  à  une  prison  et  disaient  :  il  ouveure  à  Raikem.  Ce 
terme  se  généralisa  et  aujourd'hui  on  appelle  jusqu'en  Amérique 
on  raikem,  tout  établissement  construit  sur  ce  modèle. 


—  283  — 

Ramon,  .s.  m.  Point  d'appui  de  la  bâre  1. 

*Rapareiher,  raparelhir,  ou  raparellier  (dans  les  Chartes  de 
1325  et  1382),  v.  a.  (suranné).  Apprêter  le  drap  après  le  foulage, 
lui  donner  un  lustre  =  aparelhier. 

*Rasette,  s.  f.  (suranné).  Espèce  de  drap  ras.  «  Les  rasets 
larges  doivent  être  ourdis  à  1600  fils,  les  étroits  à  1400  »  {Charte 
de  1637,).  «Les  rassettes  larges  devaient  avoir  6  quartes  larges, 
62  aunes  de  long  et  être  ourdies  de  1900  iillets;  les  autres 
rassettes  larges  devaient  avoir  les  mêmes  dimensions  et  1600 
fillets;  les  étroites  1400  Iillets  »  (Règl.  de  1659;  Louvrex,  t.  III, 
p.  358).  V.  hansecote. 

Rassir  on  dret,  v.  a.  Enverser  une  pièce  de  drap,  faire  le 
couchage  du  poil  au  drap,  polir,  lustrer  le  drap  avec  de  l'eau. 

Ratene,  s.  f.  Ratine,  étoffe  de  laine  croisée,  drapée,  à  longs 
poils  ou  à  poils  frisés.  —  Frise,  machine  à  faire  le  ratinage  des 
étoffes  nommées  ratines,  à  l'envers  du  drap  noir,  etc. 

Reiamer,  v.  a.  Augmenter  la  largeur  des  lames  de  tissage. 

Remidrer,  v.  a.  Recommencer,  réparer,  proprement  rendre 
meilleur  (ancien  wallon  miedre).  «  S'il  teint  mal  par  sa  faute,  il 
doit  remidrer  et  réduire  le  drap  en  bon  et  léal  état.  »  {Charte  de 
1527).  «  Après  que  les  ewardens  auront  renvoie  les  draps  pour 
remidrer  les  colleurs  de  waize...  Et  les  draps  refiais  etradoublés 
de  waize.  »  (Jugem.  et  sentences,  n°  53,  p.  268).  On  a  encore 
aujourd'hui  l'expression  taper  fou  raine  et  remidrer  raine,  être 
interrompu  et  reprendre  le  lïl  de  son  discours. 

*Remostreir  un  drap,  v.  a.  (suranné).  Opération  des  foulons  ; 
apprêter?  V.  les  chartes  de  1325  et  de  1352. 

Retirege,  s.  m.  Raccourcissement  d'une  étoffe  fabriquée. 

Repasseresse,  s.  f.  Carde  très-fine  avec  laquelle  on  repasse  la 
laine  déjà  cardée. 


.  -   284  — 

*Retaiiions,  s.  m.  pi.  (suranné).  Petits  bouts  de  laine  coupés 
par  les  retondeurs  en  tondant  les  draps.  V.  la  charte  de  1527  et 
le  Recueil  des  chartes,  II.  337. 

Retondre,  v.  a.  (suranné),  Tondre.  «  Drap  que  l'on  luy  avoit 
donné  à  retondre.  »  (Dans  le  Pa\villiai%). 

Ribouteu,  s.  m.  Instrument  qui  sert  à  rebrousser  le  poil  aux 
draps  à  contrepoil,  etc.  (Lobet). 

Ritoirdège.  Action  de  tordre  un  ou  plusieurs  fils  de  laine. 
—  Un  ouvrier  qui  file  la  laine  d'abord  à  un  seul  fil,  puis  en  met 
plusieurs  ensemble  pour  les  tordre  fait  de  ftoirdou.  —  Rtoirdeu, 
s.  m.,  ouvrier  qui  fait  le  ftoirdou. 

Rispàmer,  v.  a.  Terme  de  foulon;  laver  les  draps  à  l'eau 
claire,  les  dégorger  pour  la  seconde  fois. 

R'iuhan-cou,  s.  m.  (Verviers).  Litt.  cul  reluisant.  Epithète 
donnée  aux  tisserands,  parceque,  étant  toujours  assis, ils  ont  le 
fond  de  culotte  lustré. 

*Roige,  Adj.  pris  subst.  Étoffe  rouge?  «  Unez  chaches  de 
brunette,  une  jakette  de  roige.  »  {Conv.  test.  134,  p.  154.) 

Roiai,  s.  m.  Espèce  de  petit  ensouple  servant  à  donner  de  la 
facilité  h  l'ouvrier  pour  faire  descendre  les  lames. 

Rôiette,  s.  f.  Paquet  de  laine,  formé  d'écheveaux,  tel  qu'il 
vient  de  la  filature. 

*Rompture,  s.  f.  (suranné).  Rupture,  déchirure  du  drap 
tendu  aux  rames.  «  Se  troveit  est  drap  rompu  ou  deschireit  » 
{Charte  de  1568).  «  Rompture  ou  chyre.  »  fldem  de  1527). 

Ros,  rot,  roo,  rooz.  s.  m.  Espèce  de  peigne  fait  d'écorce  de 
roseau  (d'où  il  tire  son  nom)  ou  de  fer  et  qui  sert  à  passer  la 
chaine  d'une  étoffe  pour  la  fabriquer  :  chaque  dent  du  peigne 
tient  un  ou  plusieurs  fils  de  la  chaine ,  car  il  a  la  même  largeur 
que  la  pièce  ;  ou  prend  quelquefois  ce  mot  dans  le  sens  de 


—  285  — 

largeur  du  drap  entre  les  deux  rais  ou  lisières.  «  Le  roo  large 
de  drap  doit  tenir  de  longueur  entre  les  1700  fils  3  5  aunes,  et 
le  roo  étroit  3  aunes  5  quart  entre  son  compte  de  1400  fils.  » 
(Charte  de  1527).  «  Les  roos  et  hernaz  des  drapiers  devront,  etc.» 
[Règl.  de  1700;  Recueil  des  chartes,  p.  267). 

Rosai,  s.  ni.  Chaque  dent  du  ros. 

Rouie-ta-bosse,  s.  m.  Désigne  une  partie  de  l'assortiment  des 
laines  filées. 

Royé  {drap),  adj.  Drap  rayé,  qui  a  des  raies  ou  des  bandes 
de  différentes  couleurs.  (V.  Ducànge,  Radiatus).  En  1323,  une 
pièce  entière  de  ce  drap  mesurait  40  aunes.  Dans  la  charte  de 
1325  «  fur  de  roiés  et  de  dras  »  semble  mis  pour  drap  rayé  op- 
posé à  drap  plein  ou  uui.«  Yestiments  rayés  ou  partis  scagolets» 
(1337,  Louvrex,  t.  I,  p.  385).  Le  Pawilhart  964  de  l'univer- 
sité porte  :  «  Yestiments  roges  ou  parties  scagelez.  »  Il  paraît 
qu'au  XVe  siècle  les  draps  rayés  ou  mi-parties  étaient  un 
signe  distinctif  de  l'état  séculier.  «  Loren  dit  Lens  Borbaxhe, 
messagier  de  capitle  de  Liège,  extant  en  drap  partis  et  royéz  et 
renonchanten  cesti  cas  à  clergie.  «  (1409,  Echevins  de  Liège,  I, 
214).  Etre  aux  draps  de  quelqu'un ,  c'était  porter  les  mêmes 
draps  ou  les  mêmes  couleurs  qu'un  autre,  être  de  sa  maison, 
son  ami  (Hemricourt). 

Royin,  s.  m.  Roue  en  bois  ou  en  fer  qui  sert  de  volant  et 
donne  le  mouvement  à  une  machine. 

Rubrocher,  v.  a.  Terme  de  presseur;  arranger  la  pièce  de 
drap  avec  des  baguettes  de  fer  avant  de  la  manteler. 

Rufresse  di  trôs,  s.  f.  Moi  à  mot  rei'aiseuse  de  trous  ;  femme 
qui  répare  les  étoiles,  rentrayeuse. 

S. 
saie,  s.  f.  Serge,  étoffe  grossière  de  laine  rayée.  «  Les  larges 


—  286  — 

sailles  se  dévoient  ourdir  à  2200  fils,  les  étroites  à  1900  au 
moins.  »  (Règlement  de  1637).  «  Une  sarge  large  devra  avoir  6 
quartes  de  largeur,  50  aunes  de  long,  et  être  ourdie  en  1200  fîl- 
lets;  l'étroite  5  quartes  de  largeur,  50  aunes  de  long  et  être 
ourdie  à  1900  tillets.  »  (Id.  de  1659).  «  Les  drapiers  doivent  our- 
dir leurs  sayes  41  portées  contenant  1640  tillets  au  moins  ;  mais 
ils  peuvent  en  faire  de  plus  larges.  »  (Id.  de  1700).  «  Une  hup- 
plandre  de  roge  saie  forée  de  spiroulet  une  manchette  de  bors.  » 
(1431,  Bull,  de  la  Soc.  watt.,  VI,  2,  p.  109).  «  Forée  de  noyre 
saye.  »  (Ibid.).  «  Un  cottillon   de  saye.  »  (Polain,  Recueil  des 
édits,  I,  360).  «  Gum  blanco  seruco  saye  dicto.  »  (1457,  Décrets 
capitulaires  t.  III ,  f°  176   v°).  «  Toga  muliebris   nigri  coloris 
foderata  cum   nigra   saya.   »  (Ibid.,  n°  112  ,   p.  83).  Aujour- 
d'hui la  serge  très-légère  toute  de  laine  sert  à  faire  des  dou- 
blures d'habits  et  de  meubles.  —  Ce  mot  s'est  étendu  à  une 
sorte  de  mantelet  noir  fait  avec  de  la  serge,  dont  les  femmes  se 
couvraient  autrefois  pour  aller  aux  messes  de  mort  et  aux  en- 
terrements (à  Verviers  affuldre).  Lorsque  ce  mantelet  était  en 
soie,  il  s'appelait  faille  et  l'étoffe  délie  soie  di  faille.  Anvers  en 
avait  la  spécialité;  cette  étoffe  ne  se  pliait  pas,  elle  se  roulait. 
Latin  sagum  ;  flamand  saey. 

Saiette,  s.  f.  Sayette,  laine  filée  en  deux  ou  trois  doubles 
pour  faire  les  bas.  Suivant  Hécart  elle  servait  à  fabriquer  la 
sàie.  Cet  auteur  cite  la  phrase  suivante  au  mot  chéveron  :  «  En- 
semble haute-lisse,  cheverons,  damassez,  osselletz,  changeants, 
pavements,  eschellettes  et  nœuds  d'amour.  Satins  brochiez, 
satins  de  soye,  satins  qu'on  dit  de  Bruges,  fustennes,bustennes, 
nœuds  de  cordelier,  et  généralement  tous  ouvrages  figurez,  soit 
de  saiette  par  soy  ou  mesleez  et  partout  ou  il  y  a  lanchure  de 
lin,  de  soye,  etc.  »  —  Saiette  signifie  en  général,  laine  filée 
destinée  à  l'exportation  et  principalement  les  mi-laines. 

*Sanguine,  adj.  pris  subst.  (suranné).  Préparation  fondamen- 
tale du  brun  ou  brunette,  teinture  de  la  laine.  «  Les  tindeurs 


—  287  — 

erroienl  grandement auz colleurs  des  roges, verres  etsangwing, 

car  point  ne  les  faisoîent  de  si  hautes  colleurs  qu'à  Tournay.  » 
(Charte  de  1447). —  D'où  L'étoffe  même,  préparée  de  cette  façon. 
«  Me  melleur  heucke  de  sawine.  »  (1420,  Bull,  de  la  Soc.  wall., 
VI,  2, 107).  «  Cot  de  sawine  forée  de  gro  vaire.»  (Ibid.)  «  Une 
bourse  de  sangwine  liverée  à  lettres  de  pièle.  »  (1438,  Idid.) 
«  Une  heuke  de  sauwin  eskerlat.  »  (1425,  Eckevins  de  Liège, 
IV.  p.  80).  «  Pannus  laneus  nigri  et  sanguinei  coloris.  »  (1477, 
Décrets  capitulaires,  n°  112,  p.  4  v°). 

"£apiier,s.  m.  (suranné).  Mesure  <»u  poids  de  laine  ?«  Livrauce 
de  8  sapliers  de  layne  pour  60  nobles  le  saplier.  »  [EcJievins  de 
Liège,  n°  4,  154  v°). 

Sâ-pire,  s.  f.  Sac  de  grande  dimension  dans  lequel  on  met  la 
laine  au  pays  de  Liège,  ainsi  que  le  houblon  à  expédier. 

*Scafare,  s.  m.  (suranné).  Etoffe  de  laine  ratinée?  Encore  de 
mode  en  1631  pour  les  grandes  dames. «  Scaffars  scrawés  ^(Charte 
de  1352),  c'est-à-dire  en  zig-zags.  «  Ung  rong  de  bonnette  foreit 
de  verde  scafar.  »  (1422,  Bull,  de  laSoc.  wall.,Vl,  2, 107).  «  Xha- 
fart.  »  (Ibid.)  «  Une  doble  hoikc de  meleit  forée  de  roige  scafért.» 
(1415,  Ibid.).  «  G.  à  Groesbeeck  cardinalis  veste  rubea  ex 
caffart  vestitus  curn  pileo  rubro.  »  (1579,  Décrets  capitulaires, 
u°  116,  p.  392). 

*Scurer,  v.  a.  (suranné).  Curer,  mettre  sur  l'herbe  pour  blan- 
chir? "  Scurer  une  dikedune.  »  {Charte  de  1325). 

Sechet  {mette  es),  s.  m.  Mettre  en  sac;  lorsque  le  drap  esl 
prêt  à  être  expédié,  le  revêtir  d'une  enveloppe  de  lustrine  ou 
calicot. 

Serrn,  s.  m.  Levier  en  bois  servant  à  serrer  la  chaîne;  il  se 
compose  de  la  taliette,  de  la  waffe  et  de  la  corde.  V.  balisons. 

Serron,  s.  m.  Quenouillée.  Filasse  pour  garnir  la  quenouille. 

Skif,  s.  f.  Roulette  de  fuseau,  petite  roue  de  bois  qui  s'adapte 
sur  le  devant  d'un  fuseau  à  hier  à  la  main.  (Lobet). 


—  288  — 

Sopî,  v.  a.  Ebertauder,  tondre  un  drap  en  première  coupe. 
«  Rabattre  et  souppier  drap.  »  (Recueil  des  chartes,  p.  292). 
«  Soppier.  »  (Ibid.,  p.  282). —  D'où  sopiege,  s.  m.  Seconde  tonte 
du  drap  ;  Sopieu,  s.  m.  Tondeur  qui  ébertaude  le  drap  en  pre- 
mière coupe  ;  se  dit  aussi  du  tondeur  qui  tond  chez  lui  pour 
compte  du  fabricant.  «  Retondeurs,  sopieurs  de  draps  et  fou- 
lons. »  (Polain,  Recueil  des  édits,  I,  24). 

*Sorfii,  s.  m.  (suranné).  Endroit  où  les  iîls  ont  été  renoués 
ensemble.  «  S'il  y  a  des  pattes  de  chat  de  trois  sorfils  au  plus,  le 
tisseur  sera  à  l'amende.  »  [Charte  de  1527). 

Souer,  v.  a.  Sécher.  «  On  porat  licitement  sueir  les  draps, 
chaffures  et  kersées  az  courtes  wendes.  »  (Charte  de  1568). 
«  Sueeiz  les  laines.  »  (Idem  de  1579).  Ressuer,  dans  les  Privilèges 
des  drapiers  d'Ath,  t.  IX,  p.  228). 

Spâmer,  v.  a.  Laver,  rincer  la  laine  ou  une  étoffe  dans  l'eau, 
les  dégorger,  dégraisser.  «  Et  se  auchuns  valles  va  espaumer  à 
l'euwe  nus  et  mauviestis  il  est  à  vj  d.  »  (1328,  Charte  des  dra- 
piers d'Ath.)  On  y  trouve  burghier  dans  le  même  sens  (Ibid. 
t.  IX,  p.  229  des  Bull,  de  la  Comm.  d'histoire.) 

Spinâ,  s.  m.  V.  ache. 

Spitare,  s.  f.  Déchet,  grosse  bourre  de  drap  foulée  qui  se 
produit  dans  la  foulerie,  et  que  l'on  retire  de  l'auge  pour  faire 
des  matelas  de  lit.  Ce  mot  s'emploie  ordinairement  au  pluriel. 

Spouie ,  s.  f.  Epoulle  ;  fil  de  la  trame  d'une  étoffe ,  dé- 
vidée sur  la  buzette  ou  espolin  qui  se  met  dans  la  navette. 
D'où  :  Spouler,  v.  a.  Enrouler  le  fil  sur  l'espolin  qui  doit  se 
placer  dans  la  navette  ;  Spouleu  ,  s.  m.  Ouvrier  qui  charge  les 
époulins,  qui  dévide  la  trame  sur  la  busette,  qui  forme  les 
époules  et  dispose  les  fils  des  trames  pour  les  tissures  des 
étoffes  ;  Spouleresse,  s.  f.  Ouvrière  qui  attache  ou  noue  les  fils 
du  métier  à  tisser. 


—  289  — 

Spouiebache,  s.  m.  Bac  hémi-sphérique  dans  lequel  le  spouleu 
met  les  spoulcs  et  qu'il  porte  ensuite  au  tisserand.  Flamand 
spoel-back. 

stain,  s.  m.  Etaim,  laine  cardée,  la  partie  la  plus  fine  de  la 
laine  cardée,  et  aussi  lil  de  chaîne  contre-tordu,  plus  fort  que 
celui  de  la  trame.  «  Nul  drapier  ne  peut  ourdir  chaîne  de  forures 
ferhoppées  où  il  y  a  plus  de  2  fils  de  blan  estain.  »  (Charte  de 
1527).  «  Toutes  les  larges  sitaint  se  devront  ourdir  et  enlamer  à 
1800  fils,  les  étroites  à  1600  au  moins,  ceux  d'une  aune  large  à 
1200  tils.  »  (Id.  de  1637).  «  On  ne  peut  donner  à  un  compagnon 
des  stains,  traimes  doutoires  et  choses  semblables  pour  be- 
soigner  en  leurs  maisons.  »(Id.  de  1639).  —  «  La  petite  drappe- 
rie  se  polra  faire  de  secq  estain  (laine  cardée  à  sec,  par  opposi- 
tion à  celle  qui  est  filée  avec  de  l'huile,  dit  M.  Fourdin)  et  de 
laisne.  »  (Privilèges  des  drapiers  d'Ath,  dans  le  Bull,  de  la  Coin, 
royale  d'hist.,  t.  IX,  3e  série,  p.  221).  — Stain  sur  stain,  dont  la 
chaîne  est  aussi  trame?  «  Les  pièces  de  stain  sustain  devront 
avoir  6  quarts  de  large,  62  aunes  de  long  et  être  ourdies  à  1800 
lillets.  (Id.  de  1659).  «  Stain  sur  stain.  »  (Recueil  des  chartes, 
p.  264).  Peut-être  sont-ce  des  fautes  d'impression  pour  stain, 
fustain(V.  Ibid.,  p.  262).  — On  trouve  aussi  estain.  (Ibid.,p.  5). 
Stain  signifie  encore  la  chaîne  elle-même. 

stamene  di  laine,  s.  f.  Étamine,  étoffe  de  laine  mince  et  peu 
serrée,  non  croisée. 

stapiet,  s.  m.  Morceau  de  bois  carré  servant  de  base  à  une 
tringle  en  bois  ou  en  fer  qui  doit  recevoir  le  dévidoir  appelé 
coronne. 

stau,  stal,  s.  m.  Métier  à  tisser.  Hécart  donne  ottil.  «  Stau 
chargé»  (Charte  de  1590).  «Nul  ne  peut  drapper  ou  avoir  sitôt 
dressé  s'il  n'est  chef  de  ménage  »  (Id.  de  1637)  «  Stau  battant  » 
(Id.  de  1659),  métier  en  activité. 

stock,  s.  m.  Morceau  de  bois  au  moyen  duquel  on  maintient 
le  métier  d'équerre.  V.  blocquet. 


-^  290  — 

stoffe,  s.  1'.  Étoffe,  tissu  de  laine,  coton,  etc.  stoffe chinée,  sloffe 
brouillée ,  etc.  Autrefois  mis  pour  matière  première  :  «  Stoffe, 
matière  et  denrée  »  (Charte  de  1447),  en  parlant  des  teinturiers. 
Estoffe  dans  la  charte  de  1487. 

streu  drap,  adj.  Drap  étroit  à  chaîne  de  1600  fils. 

Surfiler,  v.  a.  Filer  une  seconde  fois  pour  rendre  le  fil  plus 
lin  qu'on  ne  pourrait  l'obtenir  en  ne  le  filant  qu'une  fois,  quand 
la  qualité  de  la  laine  ne  le  permet  pas.  Surfileu,  ouvrier  qui  fait 
les  surfilés,  les  filatures  filées  deux  fois. 

*Sygiaton,  s.  m.  (suranné). Mot  qui  se  trouve  dansJ.  d'Outre- 
meuse  et  que  M.  de  Gerlache  traduit  par  drap.  (Hist.  de  Liège, 
2e  édit.  p.  117). 


Tabis,  s.  m.  Espèce  de  gros  taffetas  onde  par  la  calandre. 
«  Incarnadin,  tabis  chair»  (Compte  de  1693). 

Tahette,  s.  f.  Etrier  qui  maintient  une  poulie  sur  laquelle 
glisse  une  corde  servant  à  fixer  avec  la  waffe  la  grande  ensouple. 

*Taiiie  {vendre  drap  à)  s.  f.  (suranné).  Vendre  en  détail  des 
pièces  non  entières,  taillées  ou  à  tailler.  «  Dras  enthiers  et  à 
taille  »  (Charte  de  1323J  «  Drap  entier  ou  coupé  en  manière  de 
taille  »  (Id.  de  1527),  c'est-à-dire  taillé  pour  un  vêtement. 

Tainkion,  s.  m.  Peigne,  instrument  qui  tend  l'étoffe  sur  le 
métier,  composé  de  deux  barres  de  bois,  s'approchant  et  s'al- 
longeant  à  la  volonté  du  tisserand.  V.  timpes. 

Taire,  s.  f.  Le  français  tare? «  L'usinier  délie  halle  doit  veiller 
sur  la  marchandise  pour  savoir  s'il  y  a  taires  cottrealx ,  fres- 
ou  vilains  vaires  non  laudables  à  la  dite  marchandise.  »  (Charte 
de  1527). 

Take,  s.  f.  Fer  à  repasser  dont  se  servent  les  apprêteurs  de 
draps  pour  y  faire  des  plis. 


-  291  — 

Tavieu,  s.  ni.  Compagnon  du  tondeur,  celui  qui  l'aide  à  tondre 
en  étendant  le  drap  sur  la  table.  —  D'où  le  verbe  tavler,  v.  a., 
faire  cette  opération. 

Tèhe,  v.  a.  Tisser,  faire  des  étoffes  sur  un  métier  en  entre- 
laçant les  fils.  Te xhe  et  texhre  en  1527.  —D'où:  Tehègc,  s.  m., 
texture,  action  de  tisser,  tissu.  Telieu,  s.  m., tisserand  en  drapi1), 
vieux  français  toisserand;  à  Mous  mulkinier  (Art.  de  M.  De- 
villers,  dans  \eBull.  de  l'Acad.  tfarchéol.  de  Belg.).  P'tit  teheu,  qui 
fait  des  moutonnes  que  les  femmes  allaient  vendre  par  pièce, 
par  jupon,  dans  les  villages.  Teheu  à  sàie,  ouvrier  qui  fait  des 
serges,  tisserand  en  étoffe  au  petit  métier. 

Tenâ,  s.  m.  Balancier  de  la  tête  ;  système  de  corde  qui  sou- 
tient les  lames. 

*Terceneiie,  s.  f.  Espèce  d'étoffe.  (Compte  de  1693). 

Téteure,s.  f.  Teinture,  couleur  donnée  au  drap.  «  Drap  tindu 
ou  non.  »  (Charte  de  1527).  A  Liège  teindeure. 

Teuie,  s.  m.  Toile  ou  balin,  grosse  étoffe  de  laine  servant  a 
faire  des  emballages. 

Tiesse  di  ban,  s.  f.  Poupée  aux  deux  extrémités  du  montage 
des  ros  du  lamier. 

Timpet,  s.  f.  Latte  en  bois,  d'un  pouce  de  largeur,  armée  de 
dents  à  ses  extrémités,  soutenue  par  une  traverse  et  destinée  à 
maintenir  la  largeur  de  l'étoffe  en  la  tissant. 

Tiretaine,  s.  f.  Grosse  étoffe  de  laine  et  fil.  «  Tiretaines,  gale- 
bruns  (étoffe  commune?)  et  tout  autre  drap  ourtiz.  »  (Dans  le 
livre  d'Et.  Boileau).  «  Que  tels  draps  soient  vendus  avec  les  ter- 
taines.  »  (Louvrex,  I,  418). 


(*)  Tisserand  est  celui  qui  fait  la  toile  exclusivement;  mais  ce  nom  est  employé 
improprement  à  Yerviers  pour  tisseur,  qui  devrait  désigner  l'ouvrier  fabricant  les 

étoffes. 


—  292  — 

Tindeu,  s.  m.  Teinturier.  «  Tous  drapiers,  tindeurs,  reton- 
deurs. »  (Polain,  Recueil  des  édits,  I,  270).  On  trouve  dans  le 
même  sens  tesseur.  Voyez  Machet. 

Toirdège,  s.  m.  Tordage,  façon  donnée  en  doublant  et  tordant 
des  tîls  de  laine,  etc. 

Tonde,  v.  a.  Tondre,  couper  la  laine  des  moutons,  les  poils 
du  draps,  etc.  — D'où  tondèie,  s.  f. ,  époque  à  laquelle  on  tond 
les  moutons  :  aie  tondèie.  Tondave  ou  tondège,  s.  m.  Tonte, 
action  de  tondre  les  moutons  ;  le  dernier  mot  s'emploie  aussi 
pour  le  produit  de  la  tonte,  la  toison.  Tondeu,  s.  m.  Eber- 
taucleur,  celui  qui  tond  les  draps.  «  Joban  li  tonderes.  »  (Charte 
de  St-Lambert,  n°  674).  Tondreie,  s.  f.  Endroit  où  on  tond.  Ton- 
dresse,  s.  f.  Machine  à  tondre. 

Tosai ,  s,  m.  Mouton  tondu  entre  le  4"  juin  et  le  Ier  oc- 
tobre ;  on  n'employait  cette  laine  que  pour  faire  des  couvertures. 
V.  loquette. 

Traime,  s.  f.  Trame,  file  conduit  par  la  navette,  et  passé 

dans  les  fils  de  la  chaîne.  Tresme  en  4527. 

Trait  (vilain),  s.  m.  (suranné).  Déchirure  ou  autre  faute  faite 
dans  le  drap  par  les  tisserands,  les  foulons,  etc.  «  Les  foulons 
qui  font  plus  de  4  vilains  traits  dans  une  pièce,  ou  mal  enversés 
doivent  payer  42  livres.  »  (Charte  de  1527).  «  Laine  de  2  forches, 
de  traits  (de  bouts  tirés  ou  ploqués),  de  flockons,  noppes  et  re- 
taillons, et  autres  laines  déserables.  »  (Ibid.) 

Trouand  d'mesti,  s.  m.  Truand,  traverse  en  marche-pied  du 
métier  à  tisser. 

Trôyai,  s.  m.  Verge  qui  entre  dans  les  anneaux  de  la  chaîne 
à  tisser. 


Vai,  s.  m.  Litt.  veau.  Se  dit  de  la  laine  roulée  sur  la  spoule, 


—  293  — 

lorsqu'elle  est  trop  serrée  et  se  défait.  D'où  vailer,  v.  n.,  qui  in- 
dique ce  résultat. 

Véges,  s.  f.  pi.  On  appelle  ainsi  deux  lamelles  de  bois  ser- 
vant à  réparer  les  fils  de  chaque  lame. —  Vège  d'ouve,  cartero, 
lame  de  bois  qui  contient  les  fils  de  la  chaîne  d'un  tisserand, 
appelée  aussi  votai. 

violette,  s.  f.  (suranné).  «  Une  cotte  de  violette.  »(1420,  Bail, 
de  la  Soc.  wall,  VI,  2,  107).  Espèce  d'étoffe  appelée  du  nom  de 
sa  couleur? 

voie,  s.  f.  Mauvais  fil  sur  la  longueur  de  la  chaîne. 

Votai,  s,  m.  Peigne  de  tisserand,  châssis  dans  lequel  passe 
le  fil  de  la  chaîne. 

Vûdi  ine  étoffe,  v.  a.  Litt.  vider  une  étoffe.  Terme  de  laineur, 
lainer  trop,  gratter  trop  fort  un  drap  et  ainsi  le  rendre  mince. 


w 


*Wachet,  waghet,  etc.  s.  m.  (suranné).  Sorte  de  fourrure?  «Une 
heuke  de  brunette  forée  de  wachet.  »  (1420,  Bull,  de  la  Soc. 
wall.,  VI,  2,  107). 

waffe,  s.  f.  Petite  planchette  de  bois  de  6  à  7  pouces  de  long, 
et  percée  de  trous,  servant  à  maintenir  le  grand  ensouple  avec 
la  tahelte.  Son  nom  lui  vient  de  sa  ressemblance  avec  une 
gauffre. 

waffiî,  v.  a.  Brocher,  passer  les  fils  de  côté  et  d'autre  dans 
une  étoffe  pour  arrêter  les  fils  de  cette  étoffe,  ébaucher. 

Waigette,  s.  f.  Poulie  du  métier  à  tisser  qui  porte  les 
les  lames. 

Waine,  s.  f.  Ecrit  wendes  en  1323,  iveines  en  lo68,  etc.  Rame, 
-•'■lit.'  de  madriers  carrés,  fixés  eu  terre  à  2  mètres  au  moins  de 


—  294  — 

distance  et  assemblés  horizontalement,  exposés  au  midi,  ser- 
vant a  sécher  les  draps  et  a  les  tendre  en  longueur  et  largeur. 
Stinde  as  waines,  arramer.  —  Aujourd'hui  ce  mot  s'applique 
aussi  aux  rames  à  chaud  employées  pour  sécher  le  drap.  — 
Signifiait  aussi  autrefois  l'enclos  même  où  se  trouvaient  les 
rames.  Les  grandes  waines  des  drapiers  se  trouvaient  Hors- 
Château,  et  on  y  allait  par  la  rue  des  Waines  (V.  le  Mémoire 
sur  le  métier  des  drapiers).  «  La  moitié  des  wendes,  des  stoenes, 
des  manages,  et  de  la  voie  situés  dans  les  murs  au  Tier-des- 
Vignes.  »  (Charte  de  1329). 

waïne,  s.  f.  Litt.  gaine.  Os  de  pied  de  mouton  dont  se  sert 
l'ourdisseur  lorsqu'il  établit  sa  chaîne,  afin  de  ne  pas  se  blesser 
les  mains  par  la  rotation.  Les  femmes  s'en  servent  aussi  pour 
maintenir  l'aiguille  avec  laquelle  elles  tricotent  les  bas. 

*Waneaix  de  craitz,  s.  m.?  (suranné).  Suin,  laine  graisseuse 
du  dos  du  mouton,  et  qui  attire  les  mittes?  Cette  expression  se 
trouve  dans  la  Charte  de  1527.  «Drap  de  wanealx.  »  {Recueil  des 
chartes,  p.  232). 

waranze,  s.  f.  (suranné)  Garance?  «  Alloen,  brussy,  rouges 
feuilles  et  autres  cirre  weaze,  waranze,  crapes  et  commines 
pareilles,  avec  touttes  apoticadries  »  (1534.  Recueil  des  chartes, 
II,  336). 

warzire,  v.  a.  Foncer  la  nuance  d'une  couleur  en  chaudière. 
«Les  rewards  ne  donneront  aux  tindeurs  congié  de  warzier 
leurs  draps,  ni  les  marquer  avant  d'être  justifiés,  »  (Charte  de 
1527).  «S'il  estoit  trouvé  que  aucun  des  ewardens  donist  licence 
ou  congié  de  wairsier  de  waize  avant  l'avoir  scelé,  eschieroit  en 
l'amende.  »  (Jugera,  et  sentences,  n°53,  p.  268). 

Wastarde,  s.  f.  (suranné).  Espèce  d'étofle  qu'on  ne  connaît 
plus.  «Ine  cotte  de  wastarde.  »  (1420,  RulL  de  la  Soc.  ivall.,  VI, 
2,  107.  V.  aussi  le  Recueil  des  chartes,  t.  II,  p.  336). 

Wergnon,  s.  m.  Instrument  servant  a  tordre  la  laine  impré- 
gnée de  colle.  Flamand  vrengen  par  métathèse. 


—  295  — 

Wèze,  s.  f.  Guide  ou  pastel,  plante  avec  laquelle  on  teint  en 
bleu  foncé  ;  m  drep  treize,  un  drap  bleu.  «  Disent  que  le  wausdre 
partenanteà  une  brunette  valoit  5  griffons.  »  (Charte  de  1447,  en 
parlant  des  teinturiers).  »  Touchant  le  wausdre  qu'il  fallait  et 
pouvait  partenir  à  une  brunette,  sanguine  ou  werre.  »  (Ibidem). 
«  Pour  le  waindre  d'une  brunette.  »  (Ibid.)  Ce  mot  signifie  aussi 
les  deux  teintes  d'un  drap,  l'une  en  laine,  l'autre  en  pièce  :  don- 
ner waize,  donner  une  seconde  teinture.  «  Reboutter  en  la 
waize.  »  [Charte de  1527).  «  Drap  dewaize  pour  faire  sanguine.  » 
(Ibid).  «  Couleur  lavende  cramoisin,  avec  waize  et  couchenille.  » 
(Ibid.)  «  Les  wardens  doivent  saieller  le  waize.  »  (Ibid.)  «  Les 
teinturiers  estoient  tenus  faire  la  colleur  de  waize  scelon  la  pa- 
reilbe  et  semblable  que  les  ewardens  retiendroient  pardevers 
eux,  dit  le  commun  semblan,  pour  faire  colleur  burnette.  »  (Juge- 
ments et  sentences,  n°  53,  p.  267  v°).  «  Weze.  »  (Recueil  des 
chartes,  p.  235).  «  Molin  à  waisdre.  »  (Charte  de  St-Lambert, 
n°  614).  «  Une  couve  de  waize.  »  (1591,  Règl.  de  la  chambre  des 
finances,  XIII,  p.  39).  «  La  mesure  délie  vesdre  cuyte...  Le  poix 
aile  wode  doit  peser  iiij  libvres.  »  (Pavilhart  del'Univ.,  n°  964, 
p.  126  et  v°).  «  Fleur  de  waize.  »  (Recueil  des  chartes,  t.  II, 
p.  321).  —  Waid,  dans  les  Privilèges  des  drapiers  a"Ath,  (t.  IX, 
p.  229).  A  Verviers  on  dit  aussi  voilte.  Dans  les  règlements  des 
métiers  de  Paris  de  Et.  Boileau,  on  trouve  gaide  et  guesde. 

*wixheaz,  s.  m.  (suranné).  Espèce  de  fourure.  «Tabardum 
unum  longum  virilem  nigri  coloris,  foderatum  cum  nonnullis 
foderaluris  sive  pellibus  wixbeaz  et  marts  dictis.  »  (1493,  Décrets 
capitulaires,  n"  m,  166  v°,  168  v°).  Wiha,  en  wallon,  signifie  : 
fouine. 

x. 

*xhafure,  s.  f.  fsuranné).  Serge,  étoffe  commune  de  laine,  de 
petite  largeur  «  Xhafures,  karsées,  sayes  »  {Charte  de  1568). 


—  296  — 

chaffurs,  (ïbid.)  «  Les  larges  xhaphures  tenantes  deux  aunes 
lavées  se  doivent  enlamer  en  2200  fils  et  les  étroites  tenant  une 
aune  lavée.  »  (Id.  de  1527).  «  Phafurre  »  (Rec.  des  chartes, 
II,  336.) 

*xhanchiiion,  s.  m.  (suranné).  Ansouple?  «Dans  les  hernas 
et  xhanchillons  où  l'on  tisse  draps  étroits  »  {Charte  de  1571).  V. 
le  Diction,  de  M.  Grandgagnage  au  mot  hansi  2. 


RECHERCHES 


RUES  DE  L'ANCIENNE  PAROISSE  ST-ANDRE 

A  LIÈGE 

par    Stanislas    BORMANS. 

C'est  un  charme  pour  la  pensée  de  rétablir 
en  face  du  présent ,  l'aspect  et  la  physionomie 
des  temps  antérieurs. 

(Fremder.) 


INTRODUCTION. 


Origines  .  formation  et  développements  successifs  de   la  ville 
de  Liège  jusqu'au  XVIIIe  siècle. 


Les  origines  de  la  ville  de  Liège,  aujourd'hui  l'une  des  plus 
considérables  de  la  Belgique,  sont  entourées  d'obscurité.  Nos 
écrivains  du  moyen-âge,  peu  scrupuleux  à  l'égard  de  la  cri- 
tique, sans  respect  môme  pour  la  tradition  qui  par  la  suite 
aurait  pu  mettre  les  historiens  sur  la  trace  de  la  vérité,  jaloux, 
d'un  autre  côté,  d'attribuer  à  leur  patrie  une  antiquité  en  rap- 
port avec  son  importance,  ont  accumulé  sur  ce  point  les  inven- 
tions les  plus  fabuleuses.  La  plupart  des  récits  qu'ils  nous  ont 
transmis  sont  tellement  incroyables  qu'on  ose  à  peine  les  men- 
tionner. 

Sans  parler  de  ceux  qui  font  remonter  nos  fastes  aux  premiers 
jours  de  la  Genèse  ou  qui. rapportent  la  fondation  de  la  ville  à 
Oenops,  fils  de  Léodès,  qui  après  la  [irise  de  Troie,  en  l'an  1190 
avant  Jésus-Christ,  serait  venu  se  fixer  sur  les  bords  de  la 
Meuse,  presque  toutes  les  chroniques  vulgaires  attribuent  l'ori- 
gine de  Liège  el  des  villes  voisines  à  des  rois  qui,  plusieurs 
siècles  avant  l'ère  chrétienne,  auraient  régné  dans  la  Taxandrie. 
D'autres,  appelant  à  l'appui  de  leur  opinion  les  anciennes  mu- 
railles du  palais,  qui,  semblables  à  l'appareil  romain,  leur  font 
croire  que  cet  édifice  esl   élevé  sur  une  construction  antique, 


—  300  — 

avancent  que  Liège  existait  sous  l'empire  de  Rome  (').  D'autres 
enfin,  parmi  lesquels  il  faut  citer  Hubert  Thomas,  font  naître  la 
ville  au  temps  d'Ambiorix  et  des  Eburons. 

Ces  assertions  n'ont  pas  besoin  d'être  réfutées.  Tout  ce  qu'on 
peut  accorder  à  ces  panégyristes  trop  ardents  de  notre  cité,  est 
que,  lorsque  César  arriva  dans  les  Gaules,  la  vallée  de  la  Meuse 
où  Liège  s'étend  aujourd'hui,  était  occupée  par  une  peuplade 
éburonne  ('),  et  que,  après  l'extermination  de  cette  vaillante 
et  malheureuse  tribu,  une  petite  partie  des  Trongrois,  envoyés 
par  Auguste  pour  repeupler  la  contrée,  charmée  de  la  beauté  de 
l'endroit,  vint  s'y  fixer. 

Si  les  fondations  du  palais  dénotent  réellement  une  construc- 
tion romaine,  on  peut  croire  que  cette  bâtisse  fut  établie  vers 
cette  époque,  soit  pour  servir  de  demeure  à  un  legatus,  soit 
comme  forteresse  élevée  par  les  vainqueurs  dans  le  but  d'assurer 
leurs  conquêtes  (3).  Malheureusement  aucune  autre  découverte 
d'antiquités  n'est  venue  confirmer  le  passage  des  Romains  dans 
notre  vallée:  mais  cette  preuve  négative,  serait  peut-être  détruite 
si  les  exhaussements  considérables  du  sol  dont  nous  parlerons 
plus  loin,  permettaient  d'entreprendre  dans  la  ville  des  fouilles 
archéologiques.  Ajoutons  toutefois  que  César  ni  aucun  auteur 
ancien  ne  font  mention  de  cette  localité  dans  leurs  écrits. 

A  cette  époque  et  pendant  plusieurs  siècles  encore,  l'aspect 
de  notre  pays  était  complètement  sauvage.  Les  sommets  et  les 
versants  des  collines  qui  bordent  la  Meuse,  étaient  couverts  de 


(')  «  Civilas  à  Romanis  imperatoribus  condita  (Suffr.  Pétri,  dans  Cliapeauville, 
III,  185).  M.  F.  Henaux  dans  son  Histoire  de  Liège,  I,  57,  cite  aussi  le  texte  suivant 
pour  étayer  l'opinion  que  sous  Auguste,  un  romain  nommé  Ceistulphus  s'établit  à 
Liège  :  Villam  publieant,  nominalam  à  vicino  monte,  qui  Mons  Publiais  est  dictus, 
ab  Aistulpho  viro  notninato,  ibi  convnorante  tempore  Augusti  (Pistorius,  llerum 
Germanicarum  Scriptores,  III,  85). 

(s)  Bouille,  llist.  de  Liège,  I,  39.  Il  cite  Wassebourg  et  Jacques  de  Vitry. 

(3)  Voyez  sur  le  palais  un  article  de  M.  F.  Henaux  dans  les  Bulletins  de  Uns. 
archéol.  liégeois,  IV,  302. 


—  301  — 

forêts.  Le  fleuve,  dont  le  lit,  moins  profond,  ne  pouvait  contenir 
les  eaux,  se  répandait  en  une  foule  de  branches  dans  toute  la 
largeur  du  vallon  et  transformait  les  fonds  en  marécages  ou  en 
vastes  prairies.  Toutefois  le  pied  des  montagnes  s'élevant  en 
pente  douce,  pouvaient  offrir  remplacement  de  quelques  habita- 
tions sinon  d'un  bourg. 

Avant  d'avoir  traversé  cette  période  d'incertitudes  pour  arriver 
aux  temps  historiques,  force  est  de  nous  arrêter  un  moment 
encore  aux  récits  plus  que  problématiques  des  chroniqueurs. 

Jean  d'Outremeuse,  le  plus  étendu  d'entre  eux,  cite  pour  la 
première  fois  Liège  à  propos  de  Richer,  tils  de  Jupila,  qui  serait 
monté  sur  le  trône  de  Tongres  l'an  9  de  la  nativité  du  Christ.  Ce 
Richer  avait  à  Jupille  un  oncle  nommé  Lothringe  ;  un  jour  qu'il 
était  parti  pour  aller  le  voir  tout  en  chassant,  il  s'égara  à  la 
poursuite  d'un  sangulier  qui  le  mena  à  travers  les  bois  jusqu'au- 
près d'une  source  jaillissant  au  pied  d'une  montagne.  Ayant 
appris  par  un  valet  de  son  père  qu'il  se  trouvait  à  une  distance 
extraordinaire  du  palais  de  son  oncle,  il  en  fut  si  émerveillé  qu'il 
fit  ériger  en  cet  endroit  un  monument  sur  lequel  était  réprésenté 
un  homme  à  cheval.  Or  cette  fontaine  serait  la  même  que  celle 
qui  coule  encore  actuellement  derrière  l'ancien  couvent  des  frères 
Mineurs,  rue  Hors-Château,  et  qui  porte  le  nom  de  Richon  ou 
Richeron-fontaine. 

Depuis  cette  époque  jusqu'au  temps  de  Sle-Materne,  il  n'est 
plus  fait  mention  de  notre  vallée.  D'après  le  même  Jean  d'Ou- 
tremeuse cet  évêque  fit  construire  en  l'an  124  une  chapelle  en 
l'honneur  de  S*-Pierre  sur  la  montagne  de  Publemont  qui  durait, 
dit-il,  de  Sl-Gille  jusqu'à  la  tour  de  l'official,  et  de  Sl,,-Walburge 
en  descendant  par  Sl-Servais  jusqu'au  Marché.  Selon  lui  toute 
la  vallée  n'était  encore  qu'une  grande  forêt  (  «  ). 

L'écrivain  nous  fait  ensuite  franchir  d'un  seul  bond  un  espace 

(')  Jean  d  Outremeuse,  public  par  M.  Borgnel,  I,  531. 


302 


de  plusieurs  siècles,  et  nous  transporte  au  règne  de  Sl-Mo- 
nulphe.  De  cette  époque  date  le  récit  le  plus  ancien  relatif  à 
Liège  auquel  on  puisse  ajouter  quelque  croyance.  Presque  tous 
les  historiens  s'accordent  a  dire  que  Sl-Monulphc,  qui  fut  élu 
évêque  de  Tongres  en  l'an  55S,  allant  un  jour  de  Maestrecht  à 
Dînant,  s'arrêta  sur  une  hauteur  d'où  il  découvrit  un  endroit 
habité,  tellement  agréable,  qu'il  en  demanda  le  nom;  il  apprit 
qu'il  s'appelait  Legia.  Ayant  prévu  l'importance  que  ce  lieu 
acquerrait  un  jour,  il  voulut  assurer  à  ses  habitants  les  bienfaits 
du  christianisme  en  y  élevant  une  chapelle  qu'il  dédia  aux  saints 
Cosme  et  Damien  (»). 

Ce  récit,  que  l'on  admet  généralement,  n'étant  pas  assez  mer- 
veilleux au  gré  de  Jean  d'Outremuse,  le  chroniqueur  poète,  il 
l'orna  de  la  façon  suivante:  L'an  559,  l'évêque  Monulphe  ayant 
reçu  du  duc  d'Ardenne  le  château  de  Chèvremont  situé  sur  une 
montagne  non  loin  de  Ghênée,  qu'on  appelait  alors  la  ville  de 
S^Materne,  voulut  aller  voir  son  nouveau  domaine.  Comme  il 
en  revenait,  il  s'arrêta  pour  prier  dans  une  chapelle  qui  se  trou- 
vait sur  la  montée.  Or,  pendant  qu'il  était  en  oraison ,  il  aper- 
çut tout  à  coup  une  croix  lumineuse  qui  tombait  du  ciel,  et  en 
même  temps  il  entendit  ces  paroles  prononcées  par  une  voix 
céleste  :  «  Tu  trouveras  sur  la  rivière  qu'on  nomme  Legia  l'en- 
»  droit  que  Dieu  a  choisi  pour  être  sanctitié  par  le  sang  de  son 
»  serviteur;  c'est  là  que  s'élèvera  un  jour  une  des  plus  nobles 
»  cités  du  monde.  »  Aussitôt  l'évêque  se  mit  à  chevaucher  parmi 
les  bois  qui  s'étendaient  de  Maestrecht  a  Huy  et  de  Chèvremont 
à  Tongres  et  entouraient  plusieurs  bourgs.  Il  passa  près  de  la 
Legia;  mais  comme  ce  n'était  qu'un  ruisseau  et  qu'il  cherchait 
une  rivière,  il  n'y  fit  pas  attention.  Un  pastoureau  qui  gar- 
dait ses  moutons  aux  bords  de  la  Meuse,  ayant  été  obligé  d'en 
ramener  un  qui  s'était  égaré  près  du  ruisseau,  et  s'étant  écrié  : 

(')  Nicolas, dans  Chapeauville,  I,  199. —  Foullon, Compendium,  a0  o65,  p.  25. — 
Acta  ss.  Belgii,  II,  193,  n.  11. 


—  303  — 

«  Orde  morie  Liège  vous  at  attrapé,  se  je  ne  feusse,  vous  fcussez 
Qoyé.  "  Mfonulphe  fui  3e  celle  façon  miraculeusement  tiré  d'in- 
certitude. Il  trouva,  non  loin  de  là,  la  trace  de  la  croix  ardente 
qui  comprenait  cent  pieds  en  long  et  eu  large.  Ayant  aussitôt 
fait  venir  des  ouvriers  de  Maestrecht,  il  y  éleva  la  chapelle  des 
saints  Cosme  et  Damien,  à  laquelle  il  adossa  une  demeure  pour 
les  hermites  qui  devaient  la  garder  «  car  n'avoit  nul  habitacle  à 
ce  bois  jusqu'à  Ans,  Tilleur  et  Jupille  »  (i). 

A  partir  de  S'-Monulphe  jusqu'au  temps  de  S'-Remacle,  c'est- 
à-dire  pendant  tout  un  siècle,  les  annalistes  Liégeois  nous  lais- 
sent de  nouveau  dans  l'ignorance  sur  les  destinées  de  l'hermi- 
tage  bâti  sur  les  bords  de  la  Legia.  11  est  probable  que  le  nombre 
des  cabanes  bâties  au  pied  de  la  montagne  ne  s'augmenta  guère 
durant  ce  laps  de  temps,  et  qu'elles  continuèrent  à  être  habitées 
par  des  bergers.  Mais  vers  l'année  650,  S'-Remacle  ayant  l'ait 
publier  au  loin  ,  avec  la  permission  du  pape,  qu'une  indulgence 
était  accordée  à  tous  ceux  qui  se  rendraient  en  pèlerinage" à  la 
chapelle  pendant  les  huit  premiers  jours  de  juillet  et  les  di- 
manches et  jours  de  fête  de  toute  l'année,  il  s'y  porta  une  telle 
foule  de  gens  à  pied  et  à  cheval  «  que  tous  les  chemins  en  étaient 
pleins.  »  Aussitôt  des  spéculateurs  établirent  tout  le  long  de  la 
Legia  jusqu'au  Vivier,  des  échoppes  où  ils  vendaient  à  boire  et 
à  manger  aux  pèlerins.  Ils  y  construisirent  même  au  nombre  de 
200  des  cabanes  pour  les  loger  et  formèrent  ainsi  une  petite 
ville! te  qu'on  nomma  Merchoule  ou  Mierchole,  parce  que,  dit  la 
chronique,  ces  quelques  demeures  furent  le  centre  et  la  mère 
de  la  grande  ville  qui  s'y  forma  depuis.  Elle  ajoute  qu'elles  occu- 
paient exactement  l'ancienne  paroisse  de  la  .Madeleine,  où  passe 
la  Legia  (!). 

L'opinion  la  plus  accréditée  place  les  premières  maisons  de 


!l)  Jean  d'Oulremeuse,  partie  inédite,  I.  II,  p.  97  v°. 

(*)  Ibidem,  p.  128.  Chronicon  leodiense de  1827  aux  archives  de  Liège,  p.  103- 
II. S.  —  Bouille,  1,  24. 


.  -    304  — 

Liège  vers  S'-Pierre  et  au  bas  de  Pierreuse,  parce,  que  dit-on,  la 
vallée  était  marécageuse;  l'assertion  de  Jean  d'Outremeuse  ne 
nous  parait  toutefois  pas  impossible  à  admettre.  Il  faut  en  effet 
supposer  que  sur  toute  l'étendue  de  cette  vallée,  il  y  avait  des 
endroits  plus  élevés  les  uns  que  les  autres  notamment  sur  tout 
le  parcours  de  la  Legia  qui,  sinon,  aurait  disparu  immédiatement 
au  pied  de  la  montagne,  et  si  l'on  examine  le  sol,  on  remarquera 
que  le  quartier  de  la  Madeleine  est  plus  élevé  que  le  reste  du 
centre  de  la  ville;  d'un  autre  côté  la  construction  de  la  chapelle 
de  S^Monulphe  sur  la  place  actuelle  de  S'-Lambert  prouve  que 
cet  endroit  était  dès  lors  habitable  sans  être  toutefois  bien  af- 
fermi et  tout  à  fait  à  l'abri  des  inondations,  comme  on  le  verra 
plus  loin. 

Cette  chapelle  se  trouvait  a  un  bonnier  du  ruisseau,  exacte- 
ment a  la  même  place  où,  dans  la  suite,  on  éleva  le  vieux  chœur 
de  S'-Lambert.  (l) 

Nous  ne  savons  ce  que  Jean  d'Outremeuse  entendait  par  un 
bonnier  comme  mesure  de  longueur  ;  mais  on  peut  s'en  faire 
une  idée  en  étudiant  l'état  des  lieux.  Et  pour  cela  il  nous  paraît 
nécessaire  d'indiquer  le  cours  exact  de  la  Legia,  ce  qui  n'est  pas 
exempt  de  difficultés. 

On  sait  que  ce  ruisseau  a  sa  source  au  village  d'Ans  dans  une 
prairie  appelée  les  18  bonniers  ;  là  il  porte  le  nom  de  Riz  du  Coq 
Fontaine  jusqu'à  ce  qu'il  soit  réuni  à  un  autre  ruisseau  qui 
prend  sa  source  dans  la  pleine  supérieure  d'Ans.  Depuis  le  fond 
d'Ans  où  il  prend  le  nom  de  Bas-Rieu,  il  longe,  sous  les  jardins 
situés  à  gauche  en  descendant,  le  faubourg  de  Sle-Marguerite, 
traverse  la  rue  du  Bas,-Rieu  et  arrivé  à  la  hauteur  du  café  de 
Fontainebleau,  changeant  de  direction  pour  tourner  la  mon- 
tagne, il  va  mettre  en  mouvement  un  moulin  dans  la  rue  des 
Meuniers;  (2)  puis  il  passe  les  remparts,  coule  entre  les  mai- 

(4)  Jean  d'Outremeuse,  partie  inédite,  1.  II ,  p.  97  v°. 

(»)  Un  faux  biez  construit  en  cet  endroit  pour  le  service  du  moulin,  se  dirigeait 


305 


sons  de  la  rue  S'-Séverin  et  l'ancien  bastion  du  S'-Esprit  (aujour- 
d'hui propriété  de  M.  Andrien),  descend  la  rue  Agimont  sous  le 
trottoir  opposé  à  la  maison  des  orphelins  (il  a  un  œil  contre 
l'école  communale  des  filles  de  l'ouest),  traverse  la  rue  des  Bons 
Enfants  où  il  alimentait  le  moulin  des  Bons-Enfants  démoli 
cette  année,  descend  et  passe  rue  Table-de-Pierre  (il  a  un  œil 
immédiatement  eu  dessous  de  la  Vierge),  continue  derrière 
S'-Pierre  (aujourd'hui  rue  de  Bruxelles),  fait  tourner  derrière  le 
Palais  l'ancien  moulin  au  braz  (plus  tard  moulin  h  chicorée  de 
M.  Orban,  aujourd'hui  scierie),  pénètre  dans  le  Palais  sous  la 
maison  du  concierge  à  l'angle  N.-O.  de  la  grande  cour,  tra- 
verse la  seconde  cour  du  palais  et  va  tomber  sur  la  roue  du 
moulin  au  braz  près  du  Marché  (*);  de  là  il  traverse  le  Marché, 
passe  sous  l'Hôtel-de-Ville ,  fait  un  coude  pour  aller  rue  de  la 
Madeleine  au  bout  de  laquelle  il  alimentait  encore  un  moulin 
du  côté  de  S'-Denis,  et  enfin  va  se  jeter  dans  la  Meuse  en  amont 
de  Pont-des-Arches.  (*) 

Tel  était,  croyons-nous,  le  cours  primitif  de  la  Légia,  auquel 
plusieurs  embranchements  vinrent  successivement  se  joindre  à 
différentes  époques. 

Depuis  un  temps  immémorial  le  chapitre  de  S'-Lambert  avait 
mis  la  Legia  à  profit  en  amenant  par  un  canal  une  partie  de  son 
eau  à  travers  les  cloîtres  de  l'église.  En  1340  ce  canal  fut  recons- 
truit et  l'évoque  continua  au  chapitre  le  droit  de  s'en  servir 
comme  auparavant,  tout  en  se  réservant  celui  de  faire  conduire 
les  eaux,  quand  il  le  jugerait  convenable,  devant  la  porte  de  son 
Palais  et  vers  la  place  (3).  Ce  dernier  projet  fut  réalisé  dans  la 

vers  S'-Séverin  près  d'une  fontaine  dont  on  ignore  l'emplacement,  passait  dans  la 
rue  Fond-de  l'Empereur,  traversait  la  maison  des  Bons-Enfants  et, allait  sans  doute 
rejoindre  ensuite  Le  Eaux-Rien  après  avoir  passé  sous  une  voussure  devant  l'église 
S'-Servais. 

(  '  )  Cet  endroit  est  le  seul  dans  la  ville  où  l'on  puisse  voir  à  ciel  ouvert,  la  Légia, 
d'une  fenêtre  du  Musée  archéologique. 

(  -    Comparez  le  tableau  donné  par  Louvrex,  t.  II,  p.  SJ6ti. 

(•")  Chartes  de  S'-Lambert,  n°  628. 


306 


suite,  car  dans  un  document  du  19  juin  1536,  les  voir-jurés  des 
eaux,  en  visitant  le  cours  de  la  Legia,  trouvent  à  4  pieds  du  pont 
de  l'Epervier,  derrière  S'-Pierre,  un  conduit  fermé  par  un  gril- 
lage en  fer  qui  va  alimenter  d'eau  le  vieux  Marché  et  la  rue  de 
Souverain-Pont  (*). 

Un  autre  conduit  partant  de  la  Legia  à  l'endroit  où  celle-ci 
passe  sous  le  Palais  coulait  dès  le  XIIIe  siècle  dans  la  rue 
Derrière-le-Palais,  faisait  un  coude  devant  les  Mineurs,  traver- 
sait le  Bougnou,  le  Marché,  la  rue  du  Pont  et  allait  se  jeter  dans 
la  Meuse.  Une  lettre  du  5  octobre  1304  défendait  de  toucher  au 
venta  qui  se  trouvait  sur  ce  conduit  sous  l'arvo  des  frères  Mi- 
neurs (2).  Une  autre  branche  fut  dans  la  suite  greffée  sur  celle-ci 
à  peu  près  vis-à-vis  de  la  rue  du  Pont  sur  le  Marché;  elle  se 
dirigeait  par  les  rues  Féronstrée  et  S'-Jean,  vers  la  place  de  la 
Draperie,  Pecluse  et  les  Foulions  pour  aller  se  jeter  dans  la 
Meuse  au  port  de  Maestricht.  Un  recès  de  la  ville  de  l'an  1566 
défendait  également  de  toucher  au  venta  qui  se  trouvait  devant 
la  Halle  des  Vignerons,  ordonnant  de  faire  couler  deux  fois 
par  semaine  l'eau  du  côté  de  Féronstrée  pour  nettoyer  et  assainir 
les  rues  par  lesquelles  passait  ce  second  embranchement  (3). 

Enfin  le  8  juillet  1493,  le  conseil  de  la  cité  décida  que  le  Rieu 
qui  coulait  devant  les  Mineurs,  serait  poursuivi  en  ligne  droite 
dans  la  rue  Hors-Château  jusqu'au  moulin  délie  SemmeC);  il 
traversait  les  rues  Grasse-Poule  et  Sl-Georges  avant  d'aller  dé- 
boucher dans  la  Meuse. 

Mais  ces  derniers  détails,  quoiqu'indispensables  pour  l'histoire 
topographique  delà  cité,  sont  peut-être  prématurés.  Il  est  temps 
de  revenir  à  l'histoire  de  nos  évoques  et  de  leurs  travaux. 

('    Archives  du  Val  Sl-Lambert,  rcg.  199.  p.  138  v°. 

-  Ibidem,  p.  139.  Une  partie  des  eaux  de  Riehonfontaine  venait  se  jeter  dans 
cette  branche  après  avoir  passé  par  les  caves  des  mineurs  dans  le  but  de  raffraichir 
les  vins  dont  ces  religieux  faisaient  le  commerce. 

('•>)  Rapport  de  M.  le  conseiller  Vict.  Hénaux  a  la  \ille,  18o8,  p.  14. 

(*)  Bartholet,  Consiliumjuris,  n°  168. 


307 


Comme  on  l'a  vu  par  ce  qui  précède,  Liège  n'était  tout  au 
plus  qu'une  bourgade  de  quelques  cabanes  lorsque  S'-Lantbert 
qui,  d'après  Usuard  (')  (qui  écrivait  vers  830)  y  avait  transféré 
en  l'an  (ïï'A  1rs  os  de  S'-Théodard  (*),  y  tut  assassiné  le  17 
septembre  696.  Une  tradition  antique  rapporte  que  S'-Monulphe, 
en  tondant  la  chapelle  des  SS.  Cosme  et  Damien,  avait  l'ait  une 
obligation  à  ses  successeurs  d'y  venir  dire  la  Messe  une  (bis  par 
semaine.  SMLambert,  pour  se  conformer  à  celle  prescription, 
était  arrivé  un  soir  à  Liège  pour  y  remplir  le  lendemain,  qui 
('■tait  un  vendredi,  son  saint  devoir.  Il  était  dans  la  maison  de 
l'hermite  préposé  à  la  garde  de  la  chapelle,  lorsqu'on  vint 
l'avertir  de  l'approche  de  ses  assassins;  comme  ces  deux  cons- 
tructions se  touchaient,  il  se  rendit  sans  peine  sur  l'autel,  <>ù  il 
tomba  sous  les  coups  de  Dodon  et  de  ses  complices  (a).  Ceux-ci 
après  l'accomplissement  de  leur  crime  se  sauvèrent  à  travers 
les  bois,  car  le  jour  se  levait  et  ils  craignaient  d'attirer  l'atten- 
tion des  habitants  de  Merchoule  (4).  On  sait  que  ces  derniers 
redoutant  la  colère  de  Pépin  et  d'Alpaïde,  transportèrent  secrè- 
tement le  corps  du  Saint-Martyr  à  Maestrecht. 

Mais  en  607  S'-Hubert,  son  successeur,  le  fit  ramener  en 
triomphe  à  Liège  (s),  dont  les  habitants  coururent  à  la  rencontre 
du  cortège  avec  toutes  les  démonstrations  de  la  joie  (c).  Le 
corps  l'ut  provisoirement  déposé  le  28  août  dans  l'hermitage, 
pendant  que  S'-Hubert  s'occupait  à  bâtir  près  de  l'ancienne  cha- 

1  Cel  auteur  ne  m-  reportant  pas  au  temps  qu'il  décrivait,  donne  déjà  a  Liège  le 
surnom  de  ville  :  In  Legia  villa  publica. 

(*)  Chapeauville,  I.  100. 

(s)  Lamberlus  morabatureo  lempore  in  viculo  dicto  Legia,  qui  in  valle  situs,  etc. 
(Nicolas  dans  Chap.  I.  399).  —  l'as-us  est  Lambertus  in  vico  Leodiço.  Chapeauville 
I,  149).  —  Lambertus  tune  forte  Leodii  commorans   Anselme  dans  Chap.  1,  119). — '■ 
Villa  parvi  adbuc  nominis  Godescalc dans  Chap.  I.  336.) 
')  Jean  d'Outremeuse,  partie  inédite,  1.  11,  p.  184. 

(5)  S.  Hubertus  cum  ossibus  beati  Lamberti  Leodium  transtulit  sedem  episcopii 
quœ  eatenus  babebaturTrajecti  (Anselme  dans  Chap.  1,  129).  —  Helatum  itaque  sancti 
corpus  in  villa  publica  Legia  tumulavit  (Renier,  ib.  415). 

(8)  Godescalc  dans  Chap.  1,348 


—  308  — 

pelle  une  vaste  église  qu'il  consacra  sous  le  vocable  de  S'-Lam- 
bert  (<)•  «  Et  entendez  bien  comment,  dit  Jean  d'Outremeuse  ; 
il  ne  l'annexa  mie  (la  chapelle)  qu'elle  fut  dedens  l'église,  ne 
qu'elle  joindit  à  l'église;  ains  estoit  dedens  les  achintes  de  l'en- 
cloistre  derrière  l'église,  vers  occident  a  demy  bonnier  près  de 
l'église.  Car  la  propre  chapelle  du  viel  cuer  qu'on  appelle  hour 
et  ly  église,  stesoit  et  commençoit  tantost  après  le  trésorie  Sl- 
Lambert  et  la  tour  aux  cloches,  et  duroit  vers  orient  sy  lonc 
que  le  cuer  de  l'église,  condit  le  hour,  venoit  a  la  maison  délie 
Crotte,  là  on  vend  vin  ;  et  encore  le  cellier  délie  Crotte  fut  la 
crotte  de  l'église  Sl-Lambert  (*).  » 

Dans  cette  nouvelle  église  S'-Hubert  établit  une  chapelle  dédiée 
à  S'-Gille  et  consacrée  à  l'usage  des  habitants  de  Liège  ;  ce  fut 
la  première  paroisse  du  bourg. 

Les  miracles  opérés  sur  le  tombeau  de  Sl-Lambert  attirèrent 
en  foule  les  pèlerins  et  les  malades  et,  par  suite,  de  nouveaux 
habitants.  S '-Hubert  ayant  obtenu  de  Charles  Martel  et  ensuite 
du  roi  Hildebert  la  propriété  temporelle  de  Liège  et  la  juridiction 
sur  tout  son  territoire,  il  permit  aux  étrangers  de  venir  libre- 
ment bâtir  et  demeurer  autour  de  son  église  sans  payer  aucun 
treffond  ni  redevance.  Cette  mesure  ne  contribua  pas  peu  au 
rapide  accroissement  du  bourg.  Il  n'était  toutefois  pas  encore 
considérable  et  ne  comprenait  que  ce  qu'on  appela  depuis  le 
quartier  ou  vinàve  du  Marché. 

Première  enceinte  construite  par  Sl-Hubert, 

Quelque  petite  qu'elle  fût,  S'-Hubert  jugea  cependant  néces- 
saire de  fortifier  la  villette  pour  la  protéger  contre  les  pays  de 

(1)  Ipse  primum  in  humili  Leodio,  Deo  opitulante,  religionis  posuit  fondamentum, 
unam  tantum  ecclesiam  ordinando  (Anselme  dans  Chap.  I,  129).  —  Godescalc,  ib. 
I,  345,  dit  que  ce  fut  le  peuple  lui-même:  Postmodum  ibidem  populus  coepit  ejus 
nomini  et  honori  cedificare  ecclesiam  honesti  cultus. 

(2)  Jean  d'Outremeuse,  partie  inédite,  1.  II,  p.  199.  Nous  avons  trouvé  l'emplace- 
ment de  la  maison  qui  portait  l'enseigne  de  la  Grotte. 


—  309  — 

Lotharingie  et  d'Ardenne.  C'était,  paraît-il,  une  nécessité  de 
cette  époque  d'assurer  contre  les  entreprises  extérieures  les 
moindres  agglomérations  de  maisons.  Il  commença  par  édifier 
sur  le  tertre  de  Cornillon  près  de  Liège  un  château  sur  l'empla- 
cement d'une  construction  antérieure  (*);  puis  il  enferma  le 
bourg  lui-même  d'un  mur  de  pierres  dont  les  matériaux  furent 
arrachés  aux  montagnes  voisines,  et  auquel  il  ménagea  trois 
portes.  La  première  était  située  au  pied  de  Publemont  près  des 
degrés  de  S'-Pierre;  elle  regardait  vers  la  Hesbaye;  «  et  encore 
est-elle  à  Liège,  dit  le  chroniqueur,  si  lanomme-t-onlatourl'Of- 
tîcial  »  .  La  seconde  longtemps  appelée  Hasselhise ,  Hasseline, 
de  Trect  ou  de  Basse-Rieu,  se  trouvait  près  de  S'-George  vers  le 
chemin  de  Maestrecht.  La  troisième  fut  bâtie  au  bord  delà  Meuse 
en  lieu  dit  au  Vivier  en  Cheravoie.  Le  mur  d'enceinte  qui  partait 
de  la  porte  S'-Pierre,  allait  tout  autour  de  Pissevache  comme 
on  pouvait  encore  le  voir  du  temps  de  Jean  d'Outremeuse  «  en 
palais  où  les  maisons  de  Pissevache  sont  sus  fondées,  »  descen- 
dait devant  les  frères  Mineurs  jusqu'à  la  porte  Hasseline  et  tra- 
versant l'Evesque-court  continuait  par  Meruerie  (Mairnierue?) 
jusqu'à  la  porte  du  Vivier;  de  là  il  allait  vers  la  Sauvenière 
rejoindre  la  première  porte  en  traversant  les  prés  de  Meuse- 
court  (au  pied  du  Pont-d'Ile)  et  l'enclos  de  S'-Lambert  derrière 
l'hôtel  du  prévôt.  Tout  autour  en  dehors  des  portes  régnaient  à 
une  grande  distance  des  bois,  des  prés  et  des  marécages,  excepté 
au  thier  de  Pierreuse,  où  s'étaient  déjà  établies  beaucoup  d'hô- 
telleries (2). 

De  nos  jours  il  ne  reste  plus  aucune  trace  de  ces  constructions 
primitives;  mais  ce  n'est  pas  un  motif  pour  les  révoquer  en  doute 
comme  l'a  fait  Foullon  (3)  ;  car,  ainsi  que  le  dit  très-bien  Sau- 

(')  Jean  d'Outremeuse,  partie  inédite,  1.  II,  p.  206. 
(?)  Ibidem,  1.  II,  p.  199. 

(3)  Urbs  Leodiensis  nundum  tune  moenibus  videtur  fuisse  firmata  Compendium 
a».  709.  p.  38  . 


—  310  — 

mery,  si  le  premier  mur  d'enceinte  du  bourg  avait  été  construit 
par  Notger,  Anselme  le  panégyriste  de  cet  évêque  et  qui  écrivait 
une  Cinquantaine  d'années  après  sa  mort,  n'aurait  pas  manqué 
de  lui  en  faire  honneur.  Des  vestiges  en  existaient  du  reste  encore 
au  XV0  siècle  en  Pissevache,  en  Draperie,  sur  Meuse-aux-mair- 
niers  et  près  du  Vivier  dont  les  maisons ,  d'après  des  actes  au- 
thentiques, avaient  issues  sur  les  anciens  murs  de  la  Fermeté  ('). 
Il  y  a  quelques  années,  lorsque  l'on  perça  l'ouverture  de  la  rue 
Notger,  on  mit  au  jour  une  série  d'arcades  ou  caveaux,  qui 
avaient  sans  doute  servi  de  base  à  la  porte  S'-Pierre  (:). 

Pour  surcroit  de  sûreté  Sl-Hubert  ordonna  au  comte  Plaudris 
d'Osterne  ou  de  Looz  de  bâtir  hors  des  murs  a  l'entrée  du  bois 
de  Publemont  une  forteresse  qui  fut  appelée  le  château  Sylvestre 
à  cause  de  sa  position  près  des  bois,  ou  le  château  du  Voué  (3). 
Au  pied  de  la  montagne,  adossé  extérieurement  à  la  porte  de 
S(-Pierre,  il  éleva  en  l'honneur  du  prince  des  apôtres  un  monas- 
tère qui  était  de  la  même  grandeur  que  l'église  S'-Lambert ,  à 
l'usage  de  moines  bénédictins. 

Enfin  S'-Hubert  fit  construire  son  propre  palais  dans  l'endroit 
qui,  en  souvenir  de  cette  résidence,  porta  pendant  plusieurs 
siècles  la  dénomination  de  Court-l'évêque  ou  Veske-court  ;  cette 
demeure  avec  ses  dépendances  devait  être  assez  vaste  et  com- 
prendre le  bâtiment  de  la  boucherie  actuelle  avec  les  rues  qui 
l'entourent.  C'était  !à  que  le  prélat  tenait  ses  plaids  de  justice  en 
vertu  de  l'autorité  temporelle  que  lui  avait  conférée  Charles 
Martel  ('). 

Si,  comme  nous  le  croyons,  Sl-Hubert  fit  réellement  exécuter 
tous  ces  travaux,  on  est  obligé  d'admettre  qu'il  fut  le  vrai  fonda- 
teur de  Liège.  Que  l'on  se  garde  bien  toutefois  de  croire  qu'à 

(')  Jean  d'Outromeuse,  partie  inédite,  1.  IL,  p.  209. 

;2)  Bulletin  de  l'Institut  Arckéol.  liégeois,  111,412. 

(r')  Jean  d'Outremeuse,  partie  inédite,  II,  p.  217. 

( ')  Chronicon  leodiense  de  io27.  aux  Archives  do  Liège,  p.  [20. 


311 


cette  époque,  cet  endroit  lût  déjà,  comme  l'avance  Sigcbert  de 
Gembloux,  élevé  au  rang  de  ville  (');  en  effet  lorsque  Charle- 
magne  vint  en  770  y  célébrer  les  l'êtes  de  Pâques,  ce  n'était  en- 
core, suivant  son  historiographe  contemporain,  qu'un  virus  pu- 
bliais, une  bourgade  (').  L'aspect  qu'offrait  notre  vallée  ne  pou- 
vait du  reste  pas  être  celui  d'une  ville.  Que  l'on  se  figure  la  plus 
grande  partie  de  cette  vallée  encore  déserte,  couverte  de  gazon 
et  de  plantes  marécageuses,  oui  recoupée  en  tous  sens  par  des 
cours  d'eau.  Un  seul  endroit  assez  restreint,  renfermé  entre  la 
montagne  et  deux  branches  de  la  Meuse,  offre  un  emplacement 
habitable.  Là  s'élèvent  une  église,  un  monastère,  deux  vastes 
demeures,  l'une  actuellement  le  Palais,  réservée  aux  Pépins, 
l'autre  à  l'évêque;  tout  autour  de  petites  cabanes  disséminées, 
construites  en  bois  et  en  argile,  couvertes  en  chaume,  dépour- 
vues de  vitres  et  de  cheminées,  pas  de  rue,  presque  pas  de  com- 
merce, telle  était,  autant  qu'il  est  possible  de  le  conjecturer,  la 
physionomie  du  bourg  au  VIII0  siècle.  Mais  ce  bourg  contenait 
en  germe  une  vaste  cité  ;  S'-Hubert  jeta  les  principaux  fonde- 
ments de  sa  prospérité  en  y  introduisant  les  éléments  de  la  civi- 
lisation chrétienne;  les  habitants  autrefois  ignorants  et  sauvages 
commencent  à  se  policer  (3). 

Nous  arrivons  à  l'époque  chevaleresque  d'Ogier  le  Danois, 
cousin  de  l'empereur  Charlemagne  et  haut  voué  de  Liège,  qui  a 
laissé  dans  l'esprit  des  Liégeois  un  souvenir  si  poétique  et  au- 
quel le  bourg  l'ut  redevable  de  si  grands  et  de  si  utiles  travaux. 
En  récompensede  ses  exploits  contre  les  Sarrazins,  Charlemagne 
lui  donna  le  comté  de  Looz  et  avec  le  château  Sylvestre  la  haute 
vouerie  de  Liège,  c'est-à-dire  la  char;;.'  de  défendre  et  île  pro- 
jette localité. 


(  '  )  Ex  tune  Lcgia  exaltata  el  in  urbem  est  ampliata  (Sig,  Gemblacensis). 

(2)  Karolus  Magnus  cœlebral  Pascha  in  Leodio,  vico  publiée- (Chapeauville  a0  770). 

(r>)  Populus  qui  ante  erat  agrestis  el  incultus,  paulutim  cœpil  esse  compositus, 

limoratus  et  religiosus  'Godesculr  durs  Chap.  I.  348. 


312 


L'illustre  paladin  prenant  en  affection  la  ville  naissante  com- 
mença par  faire  agrandir  et  fortifier  sa  demeure,  dans  laquelle 
il  construisit  une  chapelle  en  l'honneur  de  S'-Michel  ;  ce  fut  la 
seconde  paroisse  de  Liège.  Puis  il  songea  à  défendre  les  portes 
du  bourg  contre  toute  attaque.  Celle  de  S '-Pierre  était  suffisam- 
ment gardée  par  le  château  Sylvestre.;  mais  celles  de  Hasseline 
et  du  Vivier  étaient  sans  défense.  A  deux  bonniers  de  la  pre- 
mière il  éleva  une  puissante  forteresse  s'étendant  jusqu'à  la  rue 
de  Richeron-fontaine,  qui  depuis  cette  bâtisse  porta  le  nom  de 
Hors-Château.  C'est  là,  dit-on,  qu'en  770  logea  l'empereur  Char- 
lemagne  avec  toute  sa  cour  et  que  quatre  ans  après,  fut  installé 
Desiderius,  roi  des  Lombards  exilé  à  Liège  par  le  grand  empe- 
reur. Ogier  en  fondant  dans  ce  château,  une  chapelle  en  l'hon- 
neur de  Sl-George,  créa  la  troisième  paroisse  de  Liège  et  donna 
naissance  au  vinâve  de  S'-Johanstrée.  Egalement  à  deux  bon- 
niers de  la  porte  du  Vivier,  du  côté  de  la  Veske-court,  il  éleva 
une  seconde  forteresse  qui  comprenait  un  bonnier  de  terrain, 
et  dont  une  des  tours  ou  portes  forma  plus  tard  la  grande  porte 
du  Pont-des-Arches.  Ce  château,  qu'Ogier  destina  à  l'évêque, 
servit  de  logement  au  Pape  Léon  III  et  à  ses  cardinaux,  lors- 
qu'il vint  d'Aix-la-Chapelle  à  Liège,  en  795  ;  le  haut  voué  y  fît 
aussi  bâtir  une  chapelle  à  S,e-Catherine  qui  fut  la  4me  paroisse 
de  Liège  en  même  temps  que  l'origine  du  vinâve  de  Neuvice  (»)• 

Les  bâtisses  du  haut  voué  de  Liège  ne  durèrent  pas  même  un 
siècle;  et  néanmoins,  malgré  des  désastres  occasionnés  parles 
Normands,  malgré  les  exhaussements  successifs  du  sol,  il  serait 
encore  possible  à  l'heure  qu'il  est  de  déterminer  leur  emplace- 
ment exact  et  leur  étendue,  au  moins  en  ce  qui  concerne  le  châ- 
teau Sl-Georges.  En  effet  depuis  le  pied  des  vignes  dans  le  cou- 


(')  Jean  d'Outremeuse,  1.  II.  —  Chronicon  leodiense  de  1527 1  aux  archives,  p. 
•126.  On  ne  connait  pas  au  juste  l'époque  de  l'arrivée  d'Oger  le  Danois  à  Liège,  mais 
on  la  place  généralement  à  l'an  811  ;  dans  ce  cas  on  ne  peut  admettre  le  séjour  de 
Charlemagne,  Desiderius  et  Léon  III  dans  les  constructions  du  haut  voué. 


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venl  des  Ursulines,  rue  Hors-Château  11)  jusqu'à  la  Meuse  eu 
passant  par  les  rues  Velbruck  el  Smean-Baptiste,  dès  que  dans 
les  creusements  souterrains  on  atteignait  la  profondeur  de  21 
pieds,  on  a  toujours  rencontré  des  maçonneries  qui  devaient 
avoir  servi  de  base  à  des  constructions  immenses;  e'est  ee  qui 
arriva  encore  en  1857  chez  M.  de  Sauvage  Verdcourt.De  plus, 
lorsdes  grands  travaux  exécutés  en  1864  surla  Batte  pourl'égoût 
latéral,  on  mil  à  découvert  en  l'ace  de  la  rue  Pecluse  el  à  plus 
de  lo  pieds  sous  terre  une  large  porte  cintrée  qui  devait  avoir 
appartenu  au  même  château. 

Il  est  assez  probable  que  vu  l'état  marécageux  des  bords  de 
la  Meuse,  Ogier  le  Danois  avait  dû  préalablement  faire  exécuter 
de  giamls  travaux  d'attérissement  pour  construire  le  château  du 
Vivier, d'autant  plusque  la  Meuseavançanl  considérablement  sur 
la  rive  gauche  venail  baigner  ses  murs,  pour  aller  ensuite  à  tra- 
vers la  rue  Sur-Meuse-aux-maisons  lécher  la  Vesque-court.  On 
conçoit  qu'à  la  moindre  crue  d'eau  le  fleuve  se  répandait  hors 
de  son  lit.  isolait  du  reste  du  bourg  l'église  Sle-Catherine  et  l'évê- 
que  dans  sa  demeure,  et  obligeait  les  Liégeois  de  circuler  en 
nacelle.  Pour  éviter  ce  désagrément,  Ogier  fit  construire  sur  des 
ai  cades  une  roule  à  travers  le  bas-fond  qui  régnait  entre  S'-Lam- 
berl  et  son  château  ;  ce  n'était  pas  à  proprement  parler  un  pont, 
puisqu'aucune  eau  ne  coulait  dessous;  mais  à  cause  de  sa  forme 
élevée,  ou  lui  donna  ce  nom  en  y  ajoutant  l'épithète  de  souve- 
rain parce  que  à  la  différence  d'autres  ponts  que  le  même  per- 
sonnage fit  élever  ailleurs,  celui-ci  était  eu  pierres  eL  très  grand. 
Quelques  chroniqueurs  prétendent  qu'Ogier  prolongea  celte 
route  sur  la  Meuse  en  ligne  directe  avec  le  pont  de  S'-Nicolas. 
D'autres  assurenl  qu'à  côté  du  Souverain-Pont,  il  lit  construire 
une  autre  roule  toute  semblable  qui  allait  de  Richonfontaine  jus- 
qu'à Comillon.  Mais  nous  n'ajoutons  pas  loi  à  ces  récits,  parce 


1     i  es  quatre  contreforts  qui  soutiennent  les  vignes  dans  la  cour  des  Ursulines, 
doivent  être  de  construction  beaucoup  plus  réédite. 


31< 


qu'à  cette  époque  la  rive  droite  de  la  Meuse  était  complètement 
inhabitable,  si  ce  n'est  au  pied  de  la  montagne;  or  il  n'est  pas 
vraisemblable  que  pour  les  quelques  habitations  qui  pouvaient  se 
trouver  là,  Ogier  eut  entrepris  un  ouvrage  aussi  gigantesque. 

Quant  aux  ponts  de  bois  du  haut  voué  paladin,  on  ne  sait  où 
il  les  avait  établis;  ce  ne  pouvait  être  que  dans  l'enceinte  du 
bourg.  En  effet  la  Meuse  qui  traversait  Avi'oi  et  la  Sauvenière  et 
qui,  suivant  l'opinion  du  baron  de  Crassier  que  nous  adoptons 
pleinement,  avait  son  lit  principal  en  cet  endroit,  était  trop  large 
pour  songer  à  relier  par  un  pont  le  quartier  de  l'Ile  à  celui  du 
Marché;  celui-là  du  reste  était  encore  désert  aussi  bien  que  le 
quartier  d'Outremeuse. 

Après  avoir  accompli  tous  ces  travaux,  Ogier  quitta  Liège  lais- 
sant la  direction  de  la  petite  ville  à  son  filleul  Radus  des  Prez. 
Celui-ci  s'étant  logé  dans  le  château  Sylvestre  commença  par  faire 
abattre  les  bois  depuis  sa  demeure  jusqu'à  la  ville  d'Avroi  et  les 
couvertit  en  prés,  qui  réunis  à  ceux  de  Meuse-court,  compre- 
naient tout  l'espace  occupé  par  les  quartiers  de  l'Ile,  de  la  Sau- 
venière et  d'Avroi:  c'est,  dit-on,  pour  ce  motif  qu'on  donna  à 
Radus  le  surnom  de  des  Prez.  Il  y  fonda  deux  petits  oratoires, 
l'un  dédié  à  S'-Germain  à  la  place  ou  se  trouve  aujourd'hui  Sl- 
Paul,  l'autre  à  S'-Martin  qui  devint  dans  la  suite  l'église  de  Ste- 
Véronique. 

Cependant  le  bourg  de  Liège  s'était  peu  à  peu  transformé  en 
ville  et  jouissait  déjà  vers  le  milieu  du  IXe  siècle  d'une  certaine 
réputation  ;  à  cette  époque  le  poète  écossais  Sedulius  vint  y 
chercher  asile  auprès  de  l'évêque  Hircaire  (').  Tous  les  endroits 
habitables  de  la  vallée  s'étant  couverts  de  chaumières,  Radus 
fut  obligé  de  créer  en  dehors  des  murs  pour  le  surplus  de  popu- 
lation, une  nouvelle  villette  appelée  la  Sauvenière  qui  s'étendait 
jusqu'au  pied  du  pont  d'Ile.  Mais  en  840  l'évêque  Hircaire  ayant 

(')   Bull,  de  la  comm.  royale  d'hist.,  t.  X,  p.  1 17. 


—  315  — 

comblé  les  bas-fonds  par  des  remblais  et  exhaussé  tout  le  niveau 
de  la  ville,  il  conquit  sur  les  eaux  et  les  marais  un  grand  espace 
de  terrain  ('). 

Liège  avait  le  titre  de  Cité  (2),  lorsque  les  peuplades  du  nord, 
envahissant  nos  contrées  en  880,  incendièrent  jusqu'à  rez  de 
terre  les  chaumières  de  Liège  et  les  châteaux  d'Ogier  (*).  Après 
leur  départ  l'évèque  Francon  rappela  les  habitants  qui  avaient 
pris  la  fuite  et  leur  donna  «  or  et  argent  »  pour  rebâtir  leurs  mai- 
sons (*);  les  habitants  des  campagnes,  cruellement  éprouvés 
par  cette  invasion  et  se  croyant  mieux  à  l'abri  derrière  des 
murailles  que  dans  la  plaine,  accoururent  en  foule  et  vinrent 
aider  les  anciens  Liégeois;  au  bout  d'un  an  la  ville  se  trouvait 
réidifiée  plus  belle  qu'auparavant.  Seulement  les  vieux  murs 
qui  avaient  beaucoup  souffert  dans  le  désastre  et  le  monastère 
de  S'-Pierre  qui  avait  été  dévasté  se  trouvaient  toujours  dans  le 
même  état.  Francon,  qui  devint  évêque  en  922.  répara  en  partie 
ces  dégâts;  il  reconstruisit  sur  une  plus  grande  échelle  l'église 
de  S'-Pierre,  qui  devint  la  première  collégiale  de  Liège,  répara 
S'-Lambert,  qui,  parait-il,  avait  échappé  au  vandalisme,  et  bâtit 
la  nouvelle  église  paroissiale  de  S'-Etienne.  Quelques  années 
plus  tard  Ricaire  fonda  celle  de  S'-Servais  qui  donna  naissance 
à  un  nouveau  vinâve,  celui  de  S'-Servais.  En  construisant  cette 
église,  les  ouvriers  ayant  découvert  une  source,  Richer  en  lit 
conduire  l'eau  par  des  tuyaux  jusque  sur  le  Marché  ,  à  la  place 
où  est  aujourd'hui  le  perron,  et  alimenta  ainsi  la  ville  d'eau 
potable  (5) 

'  i  Lue  chronique  de  1827  dit  :  Sous  Hircaire  fut  fondée  la  ville  du  pont  d'Amer 
cœur  sous  Cornillon  (Aux  Archives  de  Liège,  p.  136). 
(8    Leodium  civitatem  Reginon,  a0  881). 

J    Normanni  Leodium  violenter  irruperunt  et  municipiis  effractis  at<|ue  combus- 
tis,  civibus  eliara  immoderata  csede  fusis  et  substantiis  eorum  sublatis,  eani  solo  co- 
sequantes,  sola  ruinée  et  combustionis  vestigia  reliquerunl   Anselme  dans  Chap.  I, 
123). 
(i    Chronicon  leodiense, de  1527,  aux  Archives,  p.  lo8. 
•    Ibid.,  p.  I  il. 


—  316  — 

Sous  le  règne  de  Farabert,  un  chevalier  nommé  Rigald  des 
Prez  fit  reconstruire  les  églises  de  Ste-Catherine  et  de  S'-George 
ruinées  par  les  Normands.  L'évêque  lui-même  créa  une  nou- 
velle paroisse  en  élevant  l'église  de  Saint-André,  qui  était, 
croit-on,  avant  cette  époque  un  couvent  de  Bénédictins.  Bientôt 
après  s'élevèrent  Saint-Denis,  Sainte-Marie-Madeleine  et  d'au- 
tres. Le  nombre  de  ces  édifices  et  leurs  dimensions  montrent 
quelle  était  dès  cette  époque  l'importance  de  la  ville.  Il  n'est  pas 
même  douteux  que  déjà  alors  la  population  fut  beaucoup  trop 
nombreuse  pour  rester  dans  l'enceinte  décrite  par  les  murailles 
de  S'-Hubert,  d'autant  plus  plus  que,  suivant  l'usage  des  romains, 
il  était  défendu  de  bâtir  sur  le  pomœrium  au  dehors  et  au  dedans 
des  remparts  à  16  pieds  de  distance.  Nous  n'en  voulons  pour 
preuve,  outre  la  création  du  quartier  de  la  Sauvenière,  que  les 
nombreux  et  magnifiques  temples  qui  vers  cette  époque  s'éle- 
vèrent successivement  dans  toutes  les  directions  au  dehors  des 
murs,  et  qui  attestent  dans  ces  endroits  l'existence  de  faubourgs. 
Est-il  besoin  de  citer  Sl-Paul,  S'-Martin  en  Mont  (  i),  Sl-Lau- 
rent  (2),  Sl-Cristophe,  S'-Jean  Evangéliste  (3)  S'-Barthélemy  (4), 
S'-Séverin  ,  Stc'-Marguerite  ,  S'-Remacle  en  mont ,  Ste-Croix 
Nous  ne  parlons  pas  de  S'-Jacques  qui  fut  élevé  avec  intention 
dans  un  lieu  solitaire  (y  ). 

Il)  963:  Eracle  fonde  l'église  S'-Martin  in  civitate  Leodiensi  in  monte  publico 
('Chapeauville,  I,  194). 

(2)  959:  Lochs  latronum  suspendio  et  malignorum  kominum  cœde  pollutus  (An- 
selme, dans  Chap.  1,  liis  . 

(3)  In  monasterio  sancti  Joannis  in  Inmla ,  ab  eo  ante  civitatem  noviter  cons- 
tructo  (Charte  de  99"  dans  Mirœus,  I,  657). 

(4)  In  extremo  civitatis  sita  (Chronique  de  v.  d.  Berch  aux  archives,  p.  41). 
Cœnobinm  monachorum  ante  portam  urbis  Leodii  (Mirœus  III,  p.  300  et  Martène  et 
Durand,  Ampliss.  coll.  IV,  1169) —  Confirmation  de  S'-Barthélemy  in  suburbio 
leodiensi  (Fisen,  I,  498). 

(5)  Il  fut  d'abord  question  de  placer  S1- Jacques  in  cuite  Amerina  eo  quod  illc 
locus  par  solitudini  esse  videretur,  sed  vicit  celia  opinio  (Chronique  de  v.  d.  Berch 
aux  archives,  p.  41.)  —  Cœnobium  monachorum  in  fnsula  Leodii.  (Charte  du  6  sep. 
1016,  dans  Mirœus,  III,  297). 


317 


Travaux  publics  de  Notgcr. 

La  plupart  de  ces  construction  nous  amènent  à  l'évêqueNotger 
que  les  annalistes  ont  surnommé  le  second  fondateur  de  la  cité. 
En  effet  les  travaux  de  toute  espèce  que  cet  illustre  prélat  lit 
exécuter  sont  tellement  remarquables  qu'ils  ont  presque  fait 
oublier  ceux  de  ses  devanciers. 

Il  rebâtit  d'abord  la  cathédrale  qui  malgré  les  réparations  de 
Francon,  et  du  reste  trop  petite,  commençait  à  tomber  en  ruine  ; 
l'ayant  conçue  sur  de  vastes  proportions,  il  y  comprit  l'an- 
cienne chapelle  des  SS.  Gôme  et  Damien,  qui  forma  le  chœur 
appelé  le  vieux  hour;  la  trésorerie  qui  y  joignait  était  l'anci  m 
ermitage.  Tout  31110111-  furent  construites  les  maisons  claus- 
trales, et  non  loin  la  petite  chapelle  paroissiale  de  Notre-Dame 
aux  fonts  ainsi  nommée  parce  que  c'était  là  qu'on  administrait 
le  baptême  a  tous  les  habitants  de  la  ville  (1).  Ou  lui  attribue 
aussi  la  réédification  de  l'ancienne  demeure  des  Pépins  qui 
devint  depuis  lors  la  résidence  de  tous  les  évoques  de  Liège. 

Les  annalistes  disent  (pie  Notger  fortifia  la  ville  par  un  triple 
rangdemurset  de  fossés  garni  de  tours  et  bastions très-élevé 
Mais  nous  ne  croyons  pas  qu'il  ait  reculé  les  remparts  de  S'-Hu- 
bert;  peut-être  les  a-t  il  réparés  en  y  ajoutant  des  redoutes.  Ce 
qui  probablement  donna  lieu  à  celle  croyance,  furent  les  mu- 
railles dont  cet  évêque  entoura  les  monastères  isolés  cl  notam- 


1     Bouille,  //m/.  deLwi/c,  I,  (j!t.  Villenfagne,  Mélangesde  1 788,[).  196. 

Notgerus  urbem  muro  circumeinxit ,  œdificiis  honestavit,  majorera  ecclesiara 
eorpore  b.  Lamberti  insignitam,  u  fundamentis  renovavit,  cœnobium  S.Joannis  Ev. 
in  Insula  fundavil  (Sigeberl  de  Gembloux,  dans  Ghap.  I,  -20-2  —  Foullon  ,1,  p.  196. 
—  Anselme  dans  Chap.  I.  203.  -  Jam  priraum  urbem  mûris  cinctam  Lipsius 
Ego  prolatum  dumtaxal  pomœrium  arbilror ,  clausaque  munimentis  a  Notgero  col- 
legia  cœnobiaque,  qua;  ab  urbe  condita,  in  suburbanis  Prœsules  exstruxerant 
Fisen,  Bist.  leod.  —  Adhuc  ci  tempore  civitas  leodiensis  perva  cral  irruptioni  vio 
lentorurn  patensel  castri  Capra  montis  injuriissubjacens   Anselme  dans  Chap.  1 ,300). 


318 


nient  S'-Marliu  (*)  ;  il  avait  du  reste  pour  celui-ci  un  motif  parti- 
culier; c'était  la  sécurité  de  la  ville:  car  cet  emplacement  étant 
très-favorable  pour  y  placer  une  forteresse  qui  aurait  dominé  la 
ville,  il  fallait  l'assurer  contre  un  coup  de  main.  Il  fit  en  consé- 
quence entourer  toute  la  montagne  d'un  mur  qui  régnait  au 
bas  de  la  Sauvenière  tout  le  long  de  la  Meuse,  jusqu'aux  Bégards 
où  se  trouvait  une  poterne,  près  des  Degrés  du  Thier  de  la  Fon- 
taine, remontait  jusqu'à  la  porte  de  St-Martin,  passait  derrière 
la  place  St-Séverin ,  derrière  les  maisons  de  la  rue  Table-de- 
Pierre,  de  la  rue  Neuve,  puis  venait  rejoindre  l'autre  bout  près 
de  la  Porte-St-Pierre.  On  voit  encore  aujourd'hui  des  vestiges 
de  cette  enceinte. 

Le  château  Sylvestre  se  trouvant  dans  la  même  position  que 
St-Martin,  Notger  voulut  aussi  se  rendre  maître  de  cette  place 
occupée  par  le  haut  voué  Radus  des  Prez  dont  les  successeurs 
auraient  pu  inquiéter  la  ville.  On  connaît  la  ruse  qu'il  employa 
pour  parvenir  à  cette  fin.  Profitant  d'un  long  voyage  que  devait 
faire  le  haut  voué,  il  rasa  son  château  et  éleva  à  sa  place  l'église 
Ste-Croix.  Il  donna  toutefois  en  échange  a  Radus  tout  le  terrain 
d'Outremeuse  jusqu'à  la  Boverie,  composé  de  prés  entrecoupés 
de  marécages,  et  qui  appartenait  à  sou  cousin  Robert,  prévôt  de 
St-Lambert,  auquel  par  compensation  il  donna  en  propriété  la 
ville  de  la  Sauvenière  (2). 

Enfin,  disent  les  chroniques,  Notger  profitant  des  excavations 
faites  dans  la  montagne  de  Publémont  pour  la  construction  des 
églises,  creusa  le  bras  de  la  Meuse  qui,  partant  du  Tournant- 
St-Jacques,  longeait  les  promenades  actuelles  d'Avroi  et  de  la 
Sauvenière,  baignait  le  pied  de  la  montagne  St-Martin,  traver- 
sait la  place  aux  Chevaux  et  la  rue  de  la  Régence  dans  toute  sa 

(  '  ;  Clauslrum  exlerius  ecclesiw  b.  Martini,  incise  colle  publici  niunlis  triplici 
vallo  et  muro  ,  cum  propugnaculis  et  turribus  sublimibus  communivit ,  et  candem 
mûri  et  turrium  munitionem,  eirea  ambitum  civitatis ,  sua  longitudine  et  latitudine, 
sicutadhuc  hodie  videtur,  perduxit  (Anselme,  dans  Chap.  I,  203). 

(!)  Anselme  dansCbap.  1,  205. 


319 


longueur  pour  aller  retrouver  une  autre  branche  du  fleuve, 
entourant  ainsi  d'eau  le  grand  espace  de  terrain  qui  lut  depuis 
appelé  le  quartier  de  l'Ile  (  i  ).  Mai